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Ma chère soeur,
Tu as vécu ta vie avec force et passion, et tu as sauté dans l'infini comme un feu d'artifice!
Merci pour tous les rêves, les cadeaux magnifiques et les précieux conseils que tu nous as donné et que tu as partagé.
Je me souviendrai et garderai toujours au plus profond de mon coeur le son de ta voix, profonde et chaude, le souvenir de toi, chantant, dansant, et prenant plaisir à la présence de la magie et du féminin.
A présent que tu voyages avec tous les êtres impeccables qui ont dédié leur vie à l'affection et à la conscience, je t'envoie mon dernier aurevoir depuis cette Terre, jusqu'à ce que moi aussi je te rejoigne dans cet infini.
Comme tu le chantais la première fois que je t'ai rencontrée à La Haye, "High energy your love is lifting me!", je sens que maintenant, ce sont ta grande énergie et ton amour qui nous élèvent. Tu es devenue la glue de notre structure.
Aurevoir chère amour
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Publié à 12:30 le 1 June 2009 dans Notes de Sorcellerie |
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Qu’est-ce que la Tenségrité?
La Tenségrité est le nom donné à la version moderne du chemin du coeur du guerrier-voyageur que don Juan Matus a enseigné à ses quatre étudiants: Carlos Castaneda, Florinda Donner-Grau, Taisha Abelar et Carol Tiggs. Don Juan Matus était un voyant, un indien yaqui, et le guide d’un groupe d’hommes et de femmes voyants dont la lignée trouve ses origines dans le Mexique des temps anciens – plus spécifiquement, une zone qui s’étendait de la Vallée de Mexico jusqu’à la Californie centrale, bien avant qu’il y ait des divisions entre les pays – et dont le but et l’objectif étaient ce que don Juan appelait la liberté de perception – la liberté de percevoir au-delà des interprétations sociales que nous avons été entraînés à faire.
La Tenségrité inclue la version moderne des passes magiques qui furent découvertes par ces sorciers des temps anciens, des mouvements et des positions du corps et des respirations qui réhaussent notre bien-être général – se faisant, en recyclant ou redéployant, notre énergie naturelle.
Le nom Tenségrité fut inventé par un architecte, un ingénieur scientifique et rêveur que Carlos Castaneda admirait: R. Buckminster Fuller. Fuller disait que le mot tenségrité était une combinaison de tension et d’intégrité. En pratiquant les passes magiques, disait Carlos Castaneda, cette combinaison de mettre en tension, ou d’engager, et relâcher les tendons et les muscles du corps, aide à nous guider vers une intégrité d’ensemble du corps et de l’être.
Pour les étudiants de don Juan, la Tenségrité c’est vivre de telle façon que vous vous adaptez à votre propre énergie, et à celle des autres, à n’importe quel moment donné – une intégrité fluide qui vient de l’action de se traquer soi-même, ou pratique de l’auto-examen, prenant en compte l’impact physique et énergétique que nous avons sur les communautés dans lesquelles nous vivons – la communauté de notre voisinage, de notre business, de notre famille, la communauté des plantes et des arbres, de la terre et des étoiles, autour de nous, jusqu’aux cellules de notre être propre. Quel est l’effet, par exemple, si j’ai des relations sexuelles de manière désinvolte, sans réels sentiments ni conscience? Quel effet cela aura t-il si je traite cette énergie comme étant sacrée, comme la puissante force donneuse de vie qu’elle est, et que je me conduis en accord avec cela?
Une des parties clé de traquer, disait Carlos Castaneda, inclue de porter attention à: De quoi avez-vous hérité de votre culture et votre lignée? Et comment pouvez-vous sortir de la répétition des faiblesses et des failles de cette culture et de cette lignée afin d’incorporer et de cultiver la force et les joies de celles-ci? Puisque nous sommes cette culture et cette lignée, disait-il, cela commence avec nous.
L’intitulé du séminaire est Traquer la Forme Humaine II: Une Récapitulation du Sexe, du Genre, du Pouvoir et de la Créativité. Comment ces thèmes sont-ils reliés entre eux?
Pour les chamans de la lignée de don Juan, notre énergie sexuelle est notre énergie créatrice, une force qui accorde à la fois vie et conscience. Cette énergie est également l’énergie dans laquelle nous puisons lorsque nous donnons naissance à quoi que ce soit – à des rêves, comme un nouveau jardin, un nouveau programme de logiciel, un film, des enfants, un groupe de musique, une société durable ou une communauté.
Encore que beaucoup de notre énergie se retrouve piégée dans les jeux de pouvoir en rapport avec le sexe et le genre – par exemple, durant certaines phases de notre vie, nous perdons d’énormes quantités de temps et d’énergie à essayer d’attirer un ou une partenaire, quelque chose que la psychologue et chercheuse, le Dr. Marta Meana, appelle “les comportements créateurs de désirs.”
Florinda Donner-Grau disait que le problème est que nous nous investissons beaucoup à essayer d’être “un produit chaud (sexy)”, en essayant de posséder l’autre, et très peu dans quoi faire lorsque nous sommes avec cette personne.
Les chamans de la lignée de don Juan ont découvert qu’il était impératif de traquer et de devenir plus conscient de ce que nous faisons en réalité, ce que nous ferons dans ce séminaire.
Notre comportement sexuel est si inconscient; la science est en train de mettre à jour certaines recherches fabuleuses à propos de la réalisation que notre attraction sexuelle pour une autre personne est purement biologique.
Don Juan montra à Carlos Castaneda qu’au-delà de cet impératif biologique, nous les humains, sommes des créateurs, dans le sens où nous pouvons amener nos rêves dans la vie, dans une forme physique.
Alors dans ce séminaire, chaque participant peut se pencher sur: Comment les membres de votre lignée ont-ils bien utilisées leur énergie sexuelle et leur énergie créatrice? Comment les ont-ils mal utiliséees? Comment l’utilisez-vous? Y avaient-ils des luttes de pouvoir basées sur le genre et la sexualité dans votre lignée, et dans votre vie, passée et présente? Ou bien, le pouvoir était-il partagé? Et comment pouvez-vous puiser dans le meilleur de votre lignée, afin de le mettre en valeur dans le temps présent?
Comment décidez-vous du thème d’un séminaire et des passes magiques que vous allez y enseigner?
C’est une spirale d’évènements qui se transforment eux-mêmes en séminaire: des requêtes de praticiens ou des observations, des évènements de la vie quotidienne, ce qui se passe pour nous personnellement, ce qui se passe dans le monde. Nous traquons tout cela; le séminaire naît d’un rêve-collage de toutes ces choses.
Chaque sujet de séminaire évolue selon l’endroit et le rassemblement de praticiens, et avec les différents cadres de temps et de saisons.
Un ingrédient essentiel du processus sont les passes magiques, qui utilisent le souffle pour nous faire bouger de notre fixation, notre point de vue bloqué. Et avec ce thème de la créativité qui a évolué pour Amsterdam, nous avons rêvé, ou vu, l’occasion d’aller plus profondément avec les passes magiques de la forme Lié/Délié, que nous ferons au cours de ce séminaire.
En pratiquant ces passes magiques en particulier, on peut devenir conscient de ce que don Juan appelait la force de maintien: une force cohersive qui maintient ensemble le conglomérat de champs d’énergie que nous sommes en tant qu’êtres humains.
Carlos Castaneda nous indiqua que nos habitudes sont également maintenues ensemble par une force de maintien – et si nous voulons défaire n’importe laquelle de nos habitudes, nous avons besoin d’être conscient de ce qu’est cette habitude.
Nous avons entendu dire qu’une lignée s’était éteinte, et qu’une nouvelle ère de cette connaissance s’est manifestée avec la Tenségrité. Pouvons-nous parler de Nouvelle Génération? Quelles en sont les caractéristiques?
L’intention du rêve de liberté a aujourd’hui une forme différente – avec la venue de la Tenségrité est arrivé un apprentissage ouvert pour tous ceux qui sont intéressées.
Ce qui a pris fin était le temps où cette connaissance était ésotérique, entre les mains d’un petit nombre. Les étudiants de don Juan disaient que nous sommes maintenant dans un temps exotérique, ce qui signifie que nous sommes globalement interconnectés et interdépendants, et l’information dont nous avons besoin est là; malheureusement, nous ne pouvons plus utiliser l’ignorance comme excuse – vous pouvez trouver ce dont vous avez besoin, il vous suffit juste de poser la question.
Donc, puisque la connaissance de se libérer est disponible – le défi est à présent de la pratiquer – prendre la connaissance que nous avons et répondre, être responsable de ce que nous en faisons.
Par exemple, certains d’entre nous savent que dans notre lignée, l’énergie sexuelle a été mal dirigée; alors maintenant, que faisons-nous de cette connaissance – plutôt que d’essayer d’y échapper ou de le répéter inconsciemment, comment y répondons-nous de façon constructive, afin que l’aspect sacré de notre énergie sexuelle et créatrice fasse partie de notre vie quotidienne? Chacun d’entre nous peut trouver sa propre réponse, guidé par ce que don Juan appelait le voyant intérieur, la partie de nous qui écoute la voix de l’esprit. Ainsi le guide n’est pas à l’extérieur – le guide est à l’intérieur.
Qui est Cleargreen? Qui sont les sponsor et co-sponsor de ce séminaire?
Cleargreen est une société basée à Los Angeles fondée sous la guidance des quatre étudiants de don Juan, dont le but est de mettre en oeuvre l’instruction et la publication de la Tenségrité. Le nom de Cleargreen découle d’une idée que les chamans avaient à propos de la configuration de notre énergie humaine.
Ils croyaient que différents types d’énergie avaient différentes teintes, et bien qu’aujourd’hui l’énergie humaine ait une teinte blanc-cassé, elle a été verte claire à une époque, une teinte qui correspond à une qualité que don Juan appelait l’intention inflexible – la capacité de soutenir un rêve ou un objectif. Cleargreen se réfère aussi à la teinte de l’énergie dans la sphère lumineuse autour de la zone du coeur, ou point d’assemblage. Et cela fait également référence au rêve d’être connecté dans nos coeurs avec toute la vie sur la planète Terre. C’est l’état du chaman-voyant, qui est notre état naturel.
Cleargreen sponsorise ce séminaire en collaboration avec vous, Tussenin – pour les lecteurs, Tussenin est une organisation de praticiens de Tenségrité basée à Amsterdam. Vous nous avez dit que le mot “Tussenin” est le mot hollandais pour “entre-deux”, qui est un endroit que vous considérez vous-même comme se trouvant à plusieurs niveaux – servant d’intermédiaires ou de facilitateurs en aidant à amener une ancienne connaissance dans les temps modernes, en aidant à amener Cleargreen et l’instruction de la Tenségrité en Hollande et en Europe. Les étudiants de don Juan disaient que cet endroit “entre-deux” est un endroit où nous ne sommes plus si certains, si fixés dans notre point de vue, un endroit riche et fertile.
Tussenin est supporté par les membres du groupe d’Amsterdam, Stichting Mot, et par les représentants du groupe hollandais, qui ont tous pratiqué minutieusement les passes magiques et l’auto-examen, la traque, depuis un certain temps.
Qui seront les instructeurs de ce séminaire et quel est leur entraînement?
Les instructeurs de ce séminaire seront les étudiants des quatre étudiants de don Juan, et leur associés enseignants; notre rôle est d’aider les participants à se souvenir de ce qu’ils ont déjà: un but créatif inné, un lien directe avec l’infini.
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Publié à 08:49 le 8 April 2009 dans Instructeurs de Tenségrité |
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A paraître aux Editions Alphée, le 22 janvier 2009
Notes de l’éditeur mexicain
Ce livre est une collection de témoignages sur Carlos Castaneda, où certains de ses plus proches apprentis mexicains ont accepté de raconter leur relation avec ce personnage.
Carlos Castaneda est un intellectuel contemporain, qui suscita une grande polémique. Celle-ci débuta dès la publication de ses premiers travaux littéraires, qui touchèrent des millions de lecteurs dans le monde entier, non seulement au niveau académique, mais également à tous les niveaux de la société.
Ses livres, qui sont toujours avidement recherchés, ont résolument et profondément influencé une génération entière de penseurs. Castaneda, avec un grand talent littéraire, a orienté l'attention du monde sur le nagualisme, un système d’anciennes pratiques et de croyances chamaniques, datant du Mexique préhispanique. Un système dont les énoncés et les croyances font preuve d’une grande profondeur intellectuelle et conceptuelle ; ce qui n'est pas habituellement attendu des traditions indigènes du Mexique, si nous devions juger ces énoncés selon le point de vue officiel de l'anthropologie actuelle.
Le lien entre Castaneda et le Mexique a commencé dans les années 1950, quand il s'est embarqué dans son voyage et a effectué son terrain auprès de ce vieil et étrange Indien yaqui, don Juan Matus, son maître dans l'art de la sorcellerie.
Le voyage de Castaneda s’est terminé en mai 1998, quand Florinda Donner et les autres sorcières sont retournées dans son désert bien-aimé de Sonora pour disperser ses cendres. On raconte que l'endroit exact où se déroula la cérémonie se trouve sur cette fameuse colline qui, en une certaine occasion, lui fut « donnée » par son maître ; une colline qui était un de ses endroits préférés sur la Terre, et qu’il visitait autant dans ses rêves que durant ses voyages à l’état de veille.
L'activité publique de Castaneda se divise en deux phases. La première phase se déroula du milieu des années 1970 jusqu'au début des années 1990. Durant cette période, Castaneda resta très réservé au sujet de sa vie privée, au point de ne pas permettre d'être photographié, ni enregistré. Ses rares contacts eurent lieu avec des personnes qui étaient soigneusement choisies par quelque chose d’assez vague, qu’il appelait des « indications ».
Vers le milieu des années 1980, Carlos commença à entraîner gratuitement de petits groupes d'apprentis. Ces groupes, au caractère très privé, se décrivaient eux-mêmes comme une « société non ésotérique mais fermée ». Ce cercle d’étudiants fut successivement dirigé au Mexique par Fausto Rosales, Martha Venegas, Carlos Ortiz de la Huerta, Marivi de Teresa et Toni Karam.
La seconde phase du travail de Castaneda se déroula entre 1994 et 1998. Durant ces quatre années d’activité, le nagual se consacra à donner des conférences à de larges audiences et à organiser des séminaires orientés vers la pratique des exercices appelés « Tenségrité ». Selon Carlos, ce changement de stratégie fut motivé par le retour de Carol Tiggs, la femme nagual ; un événement qui scella officiellement la fin de la lignée de don Juan Matus, et marqua le commencement d’une nouvelle ère pour le nagualisme.
Il ne fait aucun doute que Carlos était spécial, et qu’il était un formidable traqueur. Il connaissait précisément, parmi les personnes qui l’entouraient, les points qui étaient les plus douloureux, et il les fustigeait afin de les aider à se réveiller. On peut deviner qu’une telle attitude eut pour effet de « blesser » un grand nombre d’individus, qui furent incapables de comprendre ce que le nagual leur avait enseigné. Ces personnes se dédièrent rapidement à diffamer et à discréditer son message de liberté.
Certaines des rumeurs entourant sa vie privée sont vraies, d’autres sont fausses, et cela ne diminue en rien l’étendue de son travail, car pour ceux qui sont intéressés par le sujet, il reste la possibilité d’expérimenter directement ses enseignements. En outre, il déclara lui-même à plusieurs occasions qu’en tant qu’être humain il était un individu ordinaire.
Séparer l’homme du nagual n’est pas une tâche facile. Mais les guerriers qui ont une intention inflexible de liberté, libre de toute fantaisie et d’idéalisme, savent que le nagualisme n’est pas une religion mais un chemin individuel de connaissance et de corroborations, et qu’il ne peut-être soutenu que par un dessein abstrait.
Un lecteur de Castaneda peut être considéré comme un apprenti seulement lorsqu’il décide de mettre de côté les maîtres et qu’il fait lui-même face à la connaissance ; et il peut s’appeler lui-même un guerrier seulement lorsqu’il a fait le premier pas dans la lutte contre son propre ego.
Beaucoup de livres se sont inspirés et ont été écrits sur le travail de Castaneda. Cependant, le témoignage direct de ceux qui reçurent son instruction et ses enseignements faisait défaut. C’est pour cette raison que nous nous sommes dédiés à la tâche de réunir les entretiens constituant le présent volume, dans l’espoir qu’ils seront utiles pour les chercheurs qui sont sincèrement intéressés par le sujet.
Ces entretiens sont fiables, et sont le reflet des personnes sérieuses qui, pour une raison ou pour une autre, ont croisé le chemin du nagual. J’ai la chance de connaître beaucoup d’entre eux, et je vois comment ils luttent pour vivre leur vie impeccablement. Chacun d’entre eux possède une forte personnalité et une référence qui lui est propre. Leur admiration pour l’être humain qu’était Carlos Castaneda et pour son travail est le résultat légitime d’avoir été témoins des activités d’une personne hors du commun.
Les pages suivantes montrent comment la présence du nagual a affecté leurs vies de façon dramatique, et comment chacun d’entre eux a par la suite interprété la connaissance qu’il a reçu, selon son propre point de vue individuel et son expérience.
Ces témoignages ont l’intention de secouer la conscience du lecteur, pas tant à cause de la particularité des auteurs ou de leurs accomplissements, mais parce que l’implication du nagualisme est aujourd’hui plus vivante que jamais et qu’il est possible de rejoindre cette intention, peu importe qui vous êtes ou avez été.
Juan Yoliliztli
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Publié à 04:36 le 26 August 2008 dans Notes de Sorcellerie |
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Los Angeles Magazine - Mai 1996
Par Bruce Wagner
Dans l'avion en provenance de Mexico avec Carlos Castaneda
Et je grogne, parce qu'il n'y a pas de putain de peyotl. Aucune proposition; aucune fusion, aucune transaction - pas de bouton taille enfant ou de quelconque indication sur des rondelles finement tranchées en lamelles. Pas de drogues! Pas de Mescalito! Seulement ces cacahuètes enrobées de miel, bien apprêtées dans du papier argenté et une hôtesse livide et fantaisiste avec un rouge-à-lèvre violet, faisant une moue Anistonienne (« Il s'appelle ‘Manic Panic',» dit-elle. « Je l'ai eu sur Melrose. ») qui vacille en voyant sur mes genoux le scenario portant la mention CAA [Creative Artists Agency] , d'un rouge pompe-à-incendie excessif; un seven-up chaud et éventé, sur le point de demander, « Qu'est-ce que vous filmez à Mex-hee-ko? » On dirait qu'elle a bossé pour la navette de Sundance et qu'elle a pris goût au show-bizz.
Je suis tenté de dire que le Dr Castaneda et moi faisons équipe pour un film de Tim Burton, ou « un truc avec Drew. » Ou pourquoi pas une tête d'affiche pour les célèbres Studios Churubusco pour faire une réécriture de Chéri, J'ai Rétréci les Frontières de la Perception Normale (chez Touchstone) à 38 million de dollars? Nan, elle a 23 ans et ne saurait pas faire la différence entre Carlos Castaneda et un truc de Werner Erhard. Après tout, Carlos Castaneda n'est pas un bouquin de la Learning Annex [école privée pour adultes qui offre des cours sur les sujets les plus farfelus]. Soudain, je suis frappé par l'horrible publicité du L.A. Times, celui avec la fille scout sexy pour la location d'équipement de montagne. (Dans la publicité, le directeur dit: « Où est ma rivière ? ») Ça me frappe comme un jingle bon marché de Joan Osborne - dans ma version personnalisée, Lèvres Violettes est la fille scout, et moi le type balèze, poilu et arrogant: « Où est mon peyotl ? »
Mince. J'avais espéré qu'un séminaire au Mexique avec don Carlos allait être un moment mystique de perdition; je ne m'attendais à rien de moins que des singes volants et à l'acquisition d'un tout nouveau cerveau. L'idée était de batifoler à travers une super production surnaturelle, le chaparral du coyote égaré des célèbres couvertures de ses livres, le temps et le sol s'effondrant tandis que je frappais du poing des alliés haut de 5m à la forme changeante, me métamorphosant ensuite en corbeau, volant dans un diaporama IMAX du ciel de Sonora, découvrant ce que c'est que d'arracher à coup de bec la merde d'un petit lièvre tripant. On ne peut pas toujours avoir ce qu'on veut.
Même en étant complètement sobre, je dois dire que Mexico fut éclatant. L'archevêque condamna la « pseudo religion du New Age » (vous savez, le genre qui encourage una falsa vision de la realidad), tandis que le smog étouffant de la métropole, inconscient de ses imprécations Bunueliennes, descendait sur un club privé, fort d'un bon millier de personnes, venues participer au séminaire de « Tenségrité » de Castaneda, dont les profits allaient être reversés à des orphelinats locaux. Comme c'est rétro! Les médias, alignés, curieux, fidèles, fatidiques et simplement quelconques, pointaient du doigt des extraits du dernier livre de Castaneda, Les Lecteurs de l'Infini, un exégèse du « monde tel qu'il est interprété par les sorciers. » Pour ceux qui ont suivi l'élusif nagual et ses pérégrinations mondiales, la Tenségrité est le cœur de l'artichaut de ses enseignements: un mystérieux ensemble de mouvements physiques, « des passes magiques développées par des chamans indiens qui vivaient au Mexique durant l'époque précédant la Conquête espagnole. »
Whoua.
La carlingue se contracte à travers un tunnel de turbulence; la queue pour les toilettes vacille. Je suis sans arrêt en train de fuir vers les toilettes quand je suis avec cet homme - je deviens morose et nerveux, tel un Jimmy Olson détraqué. Carlos Castaneda m'a raconté que les toilettes sont un endroit dangereux. Si on devient suffisamment « silencieux » en étant sur la cuvette, une fissure s'ouvre entre les mondes. A un moment, vous êtes assis sur le siège ergonomique de votre toilette « Snyder-Diamond » à 600 dollars, et le moment d'après vous êtes en train de twister devant cette agaçante Troisième Porte, celle dont il parle dans L'Art de Rêver, où vous vous retrouvez en train de regarder avec curiosité un ronfleur endormi qui s'avère être...vous! Avec un frisson, je fixe le trou en caoutchouc noir situé à 11 000m de haut en ruminant sur l'entraînement-judicieux-du-sorcier-aux-toilettes du Docteur Castaneda.
« On nous a appris avec beaucoup de minutie comment voir le monde - et comment le ‘maintenir',» avait-il dit un moment plus tôt, alors qu'un déplaisant trou d'air avait envoyé l'hôtesse dans les bras meurtris d'un retraité étonné. « L'ordre social nous ordonne: comment nous moucher, lire une carte ou interpréter les gestes d'un étranger - ‘des actions pratiques.' Nous apprenons si bien que même un psychotique utilisera les toilettes plutôt qu'une plante verte dans un hall d'hôtel. » Il ajoute avec réserve: « Presque tous psychotiques. Tu dois apprendre un nouvel ensemble ‘d'actions pratiques' si tu veux voir que le monde n'est pas ce que ta mère t'a décrit. » J'aurais voulu lui dire que pour briser ces frontières, j'avais besoin de drogues - je ne parle pas de Prozac ou de Percocet. Pas un de ces cacas de Brentwood. Je parle de Datura inoxia. Je parle de Lophophora williamsii et de Psilocybe mexicana. Ses livres ne parlaient-ils pas de ça (les premiers en tout cas)? Un étudiant d'UCLA travaillant sur sa thèse et recherchant un expert en plantes hallucinogènes, et rencontrant involontairement un Indien yaqui brujo, don Juan Matus. Don Juan lui dit que nous sommes des êtres magiques, des animaux exquis, de véritables perceveurs - à présent en chute, des lions en cage, édentés et mangés par les insectes, sans aucune conscience du sens ou de la majesté de notre vie et notre mort. Castaneda baille devant le brujo. Don Juan le napalme avec des psychotropes jusqu'à ce que Castaneda voit, écrive un best-seller et soit en couverture du Time. Devenant ansi une icône culturelle et le prétendu parrain du New Age. Eh bien, j'avais essayé trois (... ?) il veut que je sache que les drogues sont inutiles (*) - « Oui, elles bougent le point d'assemblage, mais de manière instable. »
A présent complètement fisselé sur mon siège, je lèche mes plaies sans drogue et j'envois à l'hôtesse un de ces vibrants et indignés « Ne-Me-Demandez-Rien-Sur-Le-Show-Business ».
Alors que nous commençons notre descente, une descente sans drogue, je pense à comment j'ai rencontré Castaneda. Je travaillais sur un script pour Ixtlan (la société d'Oliver Stone, chez qui on ne trouve que des ‘artisans' [Jeu de mot: en anglais, artisan se dit ‘journeyman', une référence au titre du livre de Castaneda: Journey to Ixtlan]), quand j'ai entendu dire qu'Oliver Stone et le légendaire chaman avaient cassé la croûte ensemble. Comme c'est malin! Je pensais (de façon un peu maladroite), tirez vos chapeaux pour Oliver, le futé, le clownesque, le glandeur du dharma, l'ethnographe, le fourrageur pop de la décennie.
Hmmm. Trop bon pour laisser passer l'occasion; je pourrais moi aussi aller fouiner un peu. J'avais lu tous les livres de CC, toutes les grosses fantaisies de l'apprenti/touriste-accidentel.
Si je pouvais juste me démerder pour m'introduire à un dîner, un déjeuner, passer un peu de temps au coeur du volcan, pour ainsi dire, puis continuer à partir de ça; écrire l'ultime biographie, façon David Foster, de la taille de celle de Wallace, puis contacter Annie Leibovitz pour la couverture du New-York Time Magazine (« Le Guerrier Bruce Wagner: Sur les Chamans, Castaneda et l'Art Elusif de la Biographie »).
J'avais rencontré Billy Wilder assez facilement grâce à Oliver. Mais Oliver Stone était en Thaïlande pour faire des repérages, comme à son habitude - Où est mon delta? - ainsi quelqu'un de la maison à brouillé les antennes. Il ne s'est rien passé. Le sushi de Gelson - et les jours détrempés de caféine s'effaçaient pour devenir des semaines, s'effaçant pour devenir des mois; les projets s'enflammaient, se dilataient, crépitaient, vacillaient, se consumaient et mourraient; les scenarios faisaient des clins d'oeil comme des patients brûlant d'excitation du ICU [unité de soins intensifs] depuis leur étagère IKEA. Mais tout restait calme sur le front énergétique. Finallement, une source hippie de San Rafael appela pour dire que CC allait donner une conférence à la librairie Phoenix, dans Santa Monica.
Donc j'y vais et il est là, et c'est bizarre! Parce qu'il est « minuscule » et grégaire, avec un large sourire élastique, et il parle de phénoménologie, d'intentionalité, d'intersubjectivité de sorcier; Brentano, Husserl et Heidegger - et puis il est bouillonant à propos de...Hollywood! Castaneda à des réunions de promotion avec des studios dans les années 70! Evoquant tous les costard-cravates qui ont voulu faire un film avec ses livres! Et il est catégorique, de manière indécente, Orson Welles? Marrant - je dis ça parce que j'avais l'habitude de conduire Welles à Ma Maison dans une limousine, et Welles avait le même type de conversation, parsemée de ces trucs inattendus et flippants dont il était au courant, de ces références incisives à vous retourner l'estomac.
(Nous les chauffeurs avons gardé une planche dans le coffre pour faire glisser la clientèle sur mesure, éléphants de mer échoués, jaillissant de la voiture; l'ai aussi fait avec Larry Flynt, quand nous l'avons amené jusqu'à l'hôpital Martin Luther King pour désintox.)
Entre deux beurks - CC dit que ses blagues sont en « dissonance » pour ramollir les gens afin qu'ils suspendent leur jugement - il parla de la merde la plus farfelue de ses livres, que tous ceux qui étaient là avaient lus, bien sûr, mais qu'ils avaient en quelque sorte temporairement oubliée, dû au choc d'avoir en face d'eux, en chair et en os, l'obsédant et mythique teneur de journal intime. J'eus le sentiment que la moitié de l'audience voulait s'assurer qu'il s'agissait bien de lui - toujours pas confiante, ne voulant pas faire partie du Barnum de don Juan. Après tout, il n'a jamais été photographié, enregistré, et caetera. Lorsque la foule fut suffisamment chauffée, il dit des trucs comme:
(1) Nous avons été amené à force de cajoleries à percevoir le monde comme un endroit fait de surfaces dures et de finalités; (2) L'univers n'est qu'énergie - il n'y a ni bien ni mal, seulement de l'énergie; (3) La définition du sorcier? Quelqu'un qui « voit » l'énergie telle qu'elle s'écoule; (4) Nous sommes des êtres électromagnétiques: quand un sorcier « voit » un homme ou une femme énergétiquement, ils ressemblent à des « oeufs lumineux »; (5) Chaque oeuf lumineux a un « point d'assemblage.» Les sorciers apprennent à déplacer ce point d'assemblage, ainsi - c'est tout ce que j'ai pu retenir.
Presque sur terre à présent. Sous les rivets tremblants et morveux des ailes de l'avion, Hollywood Park ressemble à un truc sorti de Toy Story - impossiblement grand, lumineux, amusant et débile. L'épouvantable hôtesse de l'air nous fait face depuis le siège de sûreté rabattable. Elle m'a certainement excité. S'est bien occupé de moi sous prétexte que je voyageais sous couvert de la CAA.
« L'idée du sorcier,» dit Castaneda, « est de s'aventurer dans un endroit où la socialisation et la syntaxe ne règnent plus. Rêver, pour un sorcier, ce n'est pas être le héro - ça c'est le ‘rêve lucide', totalement obsédé par l'ego. Se rêver en un autre endroit demande une discipline formidable. On rêve lorsqu'il n'y a plus rien: plus de désir ou de doute, de colère ou de joie - juste le silence. Et puis, boom ! Don Genaro Flores disait que c'était le son du monde qui s'arrête. Quand tu stoppes le système d'interprétation, c'est ce que tu entends: BOOM. A ce moment là, tout ce que tu es va vers cet autre endroit - les cheveux, le portefeuille, les chaussures. »
Pour l'instant, cet autre endroit était Customs [hôtel 5 étoiles]. Nous sommes de retour à L.A. Je peux l'affirmer, car c'est le seul aéroport que je connaisse qui soit livré avec les paparazzi.
Il y a quelques mois, j'ai reçu un coup de fil de la femme d'un vieil ami, qui était en train de succomber à une tumeur au cerveau. Boom. Un athlète avec une mauvaise herbe poussant dans le jardin de son crâne, pour ce qu'en disaient les médecins, il y a de cela une dizaine d'années. Ils disaient que ça se posait sur le cerveau comme une calotte, mais je le vis plutôt comme un navire de guerre parcourant gentiment ses fluides cerébraux. C'était le genre de pote avec qui vous auriez pu plaisanter de manière ironique si cela était arrivé à quelqu'un d'autre. Comment cela était-il possible? Je le vis à Cedars après son opération, et il me parla d'un rêve qu'il avait fait. Il avait rêvé d'un groupe de goules. Les goules les plus polies lui avaient demandé, de leur voix la plus gouleuse, s'il serait assez aimable pour être le « porte-parole officiel des désincarnés.» Cela me fit frissonner. Mon ami continua en disant qu'il avait accepté - c'est-à-dire dans le rêve - « parce que maintenant j'ai du temps libre.»
Mon Dieu. C'était un truc bon pour Oliver Sacks - ou Carlos Castaneda.
« La mort est trop choquante, » dit CC, alors que nous parcourons des yeux le hall du Chateau Marmont. « Nous préférons être le roi de la colline.» Il dit ça de manière décontractée, désinvolte. « Il y a dix mille ans, » il est venu ici pour rencontrer un écrivain qui travaillait sur un scénario de L'Herbe du Diable et la Petite Fumée. Nous passons devant la réception pour nous diriger vers Sunset Boulevard. Est-ce Judy Davis qui vient d'entrer dans l'ascenseur?
« La quantité de sperme de l'homme décline - est-ce que tu en as entendu parler? Elle est en dessous du niveau des hamsters. Ils disent que c'est à cause de la migration vers les villes, mais c'est absurde. Les chauves-souris gagneront - leur système de sonar est devenu inconcevable. Pendant que les chauves-souris aiguisent leurs sens, que fait l'homme? Il mange. Il se bat. Il baise. Il défend son ego. L'homme est vraiment un singe malade! Il a ses saints - la chaise spéciale sur laquelle le gourou s'est assis est en exposition. ‘C'est là que s'est assis Baba,' disent-ils durant la visite...Ils ont emballé ses excréments dans du plastique. C'est ça le New Age. Je suis le Vieil Age!»
CC et moi déambulons dans le bar du Marmont. L'installation branchée apporte une touche hallucinatoire à sa juxtaposition, mais il semble bien s'amuser. Je lui indique quelques notables: Michael Stipe à une table avec Abel Ferrara et Steve Buscemi, Paul Schrader et Bridget Fonda, un agent d'UTA avec un top-model.
Je crois qu'elle s'appelle Shalom (paix dans une langue quelconque). En gros, le moment parfait pour poser une question sur l'oeuf lumineux.
« Okay, disons que vous, heu, voyez Michael Stipe qui se tient devant vous. Je veux dire énergétiquement. »
« Michael Stipe apparaîtra comme une sphère lumineuse. »
J'y suis maintenant; l'apprenti boxant dans le vide est en train d'avoir le pied marin. « Vous avez dit que ces sphères lumineuses avait un point brillant appelé le point d'assemblage.»
« Approximativement à la hauteur des omoplates, » explique t-il, « à une longueur de bras vers l'arrière. C'est là que la perception est assemblée et interprétée. Les anciens sorciers virent que le point d'assemblage est à la même position pour tous les hommes - c'est pourquoi nous voyons le monde, ce monde, de manière si uniforme. Le point d'assemblage se déplace lorsque nous rêvons - et lorsque cela arrive, de nouveaux mondes s'assemblent, aussi réels que le nôtre. L'art du sorcier est de déplacer délibérément ce point d'assemblage, puis de le fixer sur sa nouvelle position. C'est l'art de rêver. »
Mes « Everlasts » [gants de boxe de la marque Everlast] énergétiques se déchirent, je me précipite dans le coin du ring pour me faire recoudre et trouver un peu de soulagement - les toilettes à nouveau, pour m'asseoir sur ma selle. Je pense que je comprends ce qu'il dit, mais cela me rend foutrement nerveux. Je me dévisage dans le miroir en essayant d'évoquer l'oeuf lumineux...plutôt convainquant l'espace d'un instant, puis complètement bizarre l'instant d'après. Le monde a toujours été excessivement improbable; comment, dans ce cas, faisons-nous pour choisir ce qui est et ce qui n'est pas, de manière personnelle? Est-ce simplement une question de contexte?
Je m'asperge le visage avec de l'eau, me réfugiant dans la reposante et insignifiante paranoïa du Monde du Cinéma. De manière crispée, je songe: Hé. Est-ce que Stipe n'a pas un genre de « main-mise » sur Miramax? Il doit probablement déjà être en train de se précipiter pour se présenter à Castaneda - lui serrant la main et négociant sur le champs Le Don de l'Aigle. Un petit film...quelque chose entre 7 et 10 [millions de dollars] - avec Buscemi dans le rôle de don Juan le brujo. Schrader les rejoint déjà, échaffaudant avec eux un deuxième acte sur un coin de nappe, tandis que la chaud-et-ennuyé agent d'UTA envoie balader Shalom comme une espèce d'allié de Sonora.
Lorsque je reviens, Castaneda est seul, en train de prendre soin de son eau chaude. Il boit toujours de l'eau chaude. Au moment où je m'assois, l'oeuf lumineux et son point d'assemblage sont redevenus des absurdités. La durée de mon attention a été engloutie; peut-être qu'un petit Ritalin pourrait m'aider à fissurer le code énergétique. Inconsolable, je lui dis que j'ai profondément réfléchi à ces sournois concepts chamaniques mais que je ne semble pas être en mesure de suspendre mon jugement. Mon ego est vérouillé dans le ça.
« Tu penses trop, c'est tout, » dit-il. « Nous sommes tous en train de ruminer. » Une personne affreusement obèse se dirige vers nous, puis s'éloigne en flottant comme une barque qui aurait des fuites - aujourd'hui? Homme à tout faire? Agent publicitaire? « C'est nous: mourant du fait d'être gros et inutile. Le côté difficile dans le monde de don Juan est que tu dois en faire l'expérience.
Si la cogitation est soigneusement examinée, elle apparaît être sans signification. La cogitation - l'obsession accompagnée d'une réponse linéaire, avec sa relation de cause à effet - est fallacieuse. Il n'y a aucun moyen d'expliquer quoi que ce soit. Nous avons été entraînés à croire que nous étions curieux de connaître le pourquoi des choses. Nous pensons que nous pouvons arriver à une ‘compréhension'; nobles intellectuels complètement inacoutumés à l'action. Nous prétendons chercher des réponses, mais notre désir est de discréditer. Nous sommes tous de Grands Inquisiteurs - J'ai rencontré Torquemadas en mon temps! Nous avons soif de la Grosse Question et nous nous laissons charmé par la Réponse Inadéquate, alors nous pouvons retourné regarder Seinfeld [célèbre feuilleton télévisé américain du début des années 90]. La vérité c'est que nous ne sommes pas du tout curieux.»
Alors que nous marchons sur Sunset Boulevard, nous dépassons un énorme mobile home; des visages pincés d'hommes et de femmes en noir en train de se précipiter sur des tas de vêtements. Il y a une séance photo genre Vogue dans le jardin du Château, et nous allons jeter un coup d'œil. Helmut Newton est en train d'enjamber un top model pâlichon d'1m80, pour une boutique Prada de seconde main. Cela rappelle Fellini à Castaneda, qui s'est déplacé une fois jusqu'à Los Angeles pour le rencontrer. Le Maestro voulait faire un film sur ses livres; mieux encore, il voulait éclater cette Troisième Porte, déferler en tenue de soirée au bras musclé de mescalito (**). Quel rendez-vous de rêve. Et, oh! J'aurais bien sympathisé avec l'auteur décédé extravagant à la bouche de poisson!
Mon humeur tangue comme un hamac dans la caressante Santa Ana. Je suis mélancolique et mentionne mon ami, celui qui a eu une tumeur.
« Nous sommes des êtres qui allons mourir. C'est exquis - Penseà ce qui peut être accompli par un être qui sait qu'il va mourir, qui en est pleinement conscient. Ce n'est pas morbide, c'est un triomphe. Mais nous n'y croyons pas, c'est le problème. Ton ami, il va bien ? »
« Oui. Il a l'air de s'en remettre. »
Son visage s'éclaire. « Ah! Il est possible de tout rejeter. Mais nous avons besoin de preuves et de garanties - l'assurance de la rémission. Les médecins veulent sans arrêt tout examiner. Nous sommes des fatalistes compulsifs. J'ai un ami dont le père lui envoie des e-mails à propos de sa prostate; Papa a le cancer et il veut prévenir son fils à temps - ‘Le cancer est au coin de la rue - fais gaffe!' Nous avons été entraîné à accepter des défaites conventionnelles, une mort conventionnelle; nous savons que la fin va venir. Pour lui, ce sera la prostate; pour elle, le sein. Nous plaçons nos paris sur des investissements: des fonds de retraite, des pensions, des projets de vacances. L'hôtel le plus ‘chaud' à Lanai donne sur l'horizon! Nous voulons ‘tout' savoir à l'avance. Face à cette immensité là dehors, nous ne savons rien! Comment le pourrions-nous? Nous nous agrippons: si seulement nous pouvions vraiment savoir, comme Leonard Nimoy. »
Je crache façon vulcain. « Expliquez-moi ça s'il vous plaît. »
« Une fois, un Argentin m'a écrit une lettre. ‘Mon cher Carlos,' disait-il. ‘Quoi qu'il en soit, vous devez être conscient de ça: Leonard Nimoy est au courant.' »
Le monde est fou, j'en suis plus que certain. Mais est-ce que Carlos Castaneda l'est? Il croit que nous sommes des êtres magiques; seuls les pires cyniques pourraient ne pas être d'accord avec ça. Il affirme que nous sommes électromagnétiques; les scientifiques hochent la tête affirmativement. Il désire remplacer le dialogue intérieur par le silence; cela ne pose aucun problème aux bouddhistes. Il désire naviguer dans l'inconnu avec une chose appelée le double, ou « corps d'énergie ». Oh merde.
Nous nous retrouvons en centre ville, où il venait à l'occasion avec don Juan. Si les sorciers rêves de gargotte, ils rêvent sûrement de celle-là. Il trouve là la quintessence du restaurant: lissé, vaguement hanté, parfaitement distillé - la version diurne du Night Hawks de Hopper.
« Je voulais vous posez une question à propos du double. »
« Nous l'appelons ‘corps d'énergie' ou ‘corps de rêve.'»
« C'est différent de l'oeuf lumineux? »
« Oui, le double est quelque chose d'autre. C'est une contrepartie. Nous en avons tous un, mais nous en sommes séparés à la naissance - comme le dit Spy Magazine. Les sorciers rappèlent le double à eux. Ils l'utilisent pour naviguer...là, dehors. »
J'ai à nouveau une urgence et cherche rapidement les toilettes des yeux. Juste pour le plaisir, je décide de briser un vieux schéma et de rester bien en vue - ce que les sorciers appellent un « non-faire. » Ainsi, cela serait mon « non-usuel » des toilettes pour hommes. A la place, je m'interroge sur le point essentiel de ses récents séminaires, la série d'étranges mouvements que lui a enseigné le légendaire brujo - les « passes magiques », jamais mentionnées dans aucun de ses livres. Il appelle cet art perdu « Tenségrité », et dit qu'il est essentiel pour rassembler suffisamment d'énergie afin « d'annuler notre héritage visuel du monde. »
« Les passes magiques furent découvertes par les chamans de l'ancien Mexique au cours de leurs navigations de rêve. Elles étaient terriblement secrètes - je n'ai jamais écrit à leur propos car elles étaient tout simplement trop personnelles. »
« Mais les explications de don Juan étaient-elles suffisantes? » Mon non-usuel m'avait rendu courageux. « J'aurais pensé que son affaire à propos des navigations de rêve se passaient un peu plus du côté abstrait - c'était probablement au début de votre apprentissage, non? N'étiez-vous pas plus curieux à propos de l'origine des mouvements? »
« Bien sûr! Je voulais tout savoir, arriver à une ‘compréhension.' Oh, je me suis donné du mal à ruminer ainsi. Mais don Juan n'encourageait pas ce genre de discussion. De même qu'il me décourageait à me regarder dans un miroir ou à me filmer quand je rêvais. »
« Effrayant. » Bien que je ne sois pas sûr de ce qu'il ait voulu dire, je trouvais la perspective vraiment dérangeante.
« Je t'assure que ‘Mr Cauchemard' était plus inquisiteur que Geraldo - ou Mike Wallace. » Il ria si fort qu'il en recracha presque son steak. « C'est comme ça que don Juan m'appelait: Mr Cauchemard. »
Cleargreen - la compagnie qui sponsorise dans le monde entier les séminaires de Tenségrité de Carlos Castaneda - a récemment annoncé sur internet que « dû aux circonstances en relation avec le flux d'énergie, » Los Angeles allait maintenant recevoir toute la concentration de Castaneda. Lorsque je lui demande de préciser, il a l'air tout à coup distant. Pas nostalgique mais éloigné. « Je ne rejoindrai jamais don Juan. Comme c'est beau! Tellement plus beau que la tristesse merdique que j'ai trimballée à propos de mes parents et de leur destinée. Il ne reste plus beaucoup de temps; je suis la fin de la lignée de don Juan. Être ici, à Los Angeles, est très réel. Tu sais, don Juan avait un endroit de prédilection - une vallée situé à une centaine de kilomètres au nord de Mexico, près de la pyramide de Tula. Pour moi, il disait que cet endroit de prédilection était Los Angeles. »
Au Buffalo Club (sans lui)
Sur le chemin, j'ai cru avoir heurté un oiseau. Ce qui m'alarma parce que Castaneda m'avait dit que c'était une des blagues habituelles de don Juan - « Tout le monde est toujours nerveux en disant, ‘Je crois que j'ai heurté un oiseau.'» Mauvais présages en perspective.
Je m'assois au bar du Buffalo et je bois. Steve Buscemi et Steve Bocho et Frank Stallone et Michael Stipe et Cameron Diaz et Lauren Shuler-Donner et Paul Schrader et Eric Idle et Traci Lords et Spike Jones et Bob Shaye et Shalom et Michael Mann et Elisabet Shue et Helmut Newton et Abel Ferrara et Dominick Dunne. Aucun d'entre eux n'étaient là! Ça doit être une nuit de congé. J'imagine mon ami avec la tumeur excisée, entrant majestueusement, dans un sombre costume Dolce & Gabbana, un pin's insectoïde de la Légion Etrangère epinglé sur son revers de veste annonçant « Porte-parole Officiel des Désincarnés. »
Au-dessus d'un martini, je relis mes notes: (1) Nous sommes des êtres magiques, pas seulement des trou-du-culs; (2) On nous a appris à voir le monde d'une certaine façon; (3) Nous pouvons temporairement annuler ce qu'on nous a appris et faire l'expérience de nouveaux mondes, aussi réels que le nôtre; (4) Il n'y a pas de mot pour décrire ces nouveaux mondes; (5) Ces mondes sont accessibles au cours des rêves, quand notre emprise perceptuelle inattaquable se relâche; (6) Nous utilisons notre droit de naissance - le double, ou corps de rêve - pour naviguer; (7) Faire cela demande des putain de tonnes d'énergie; (8) L'énergie s'accroît en faisant taire le dialogue intérieur et en faisant d'étranges anciens mouvements physiques; (9) L'énergie s'accroît avec « l'intention »; (10) L'intention est une force naturelle, comme la gravité. (Les sorciers disent que les dinosaures ont eu l'intention de voler, et qu'ainsi leurs ailes ont commencé à pousser. Si l'homme doit évoluer, alors il doit intentionner les ailes abstraites de la liberté.)
Je vois Kim Cattrall et passe en revue avec elle les 10 points, tandis que son petit ami, Daniel Benzali, le number one du moment, rend visite au chef. Je lui demande ce qu'elle pense, et elle me dit qu'on dirait une question d'un centre psycho-medico-social. Je lui raconte l'histoire de mon ancien copain qui a une tumeur, et cela ouvre les vannes de la morbidité: elle mentionne quelqu'un qui a été tué par balle et je mentionne Elisabeth Leustig, la directrice de casting qui s'est fait renversée à Moscou par un chauffard qui a pris la fuite. Malheureusement, mon esprit, toujours en train de prendre soin de lui-même, enchaîne à propos du roman que je viens d'écrire, les épreuves en placard qui sont arrivées ce matin dans un colis FedEx déchiré, le dos de chaque page marqué de larges traces de pneu. De mauvais présages en perspective!
Je les laisse tomber. Quelques types genre la bande à Baader, en plus pâteux et effacés, poussent vers elle des crayons de couleur et des carnets - des magasines Bonfire, Star Trek et Masquerade. Kim leur parle dans un allemand fluide, et tous les chasseurs d'autographes obsédés par le star-système peuvent se rallier à son « Zuper!» Tandis qu'elle signe, Daniel, ayant surpris ma diatribe énergique, mentionne John Cage, puis me demande quel est le point de vue de Castaneda sur le « silence.» Il est bienveillant, piétinant le sol avec délicatesse - comme on prend avec des pincettes quelqu'un d'émotionnellement instable.
« Il dit qu'une fois que tu as coupé le dialogue intérieur, tu deviens vide. Et cela t'ouvre à tout un tas de trucs bizarres. »
« Et qu'est-ce tu racontais à propos des couleurs, Bruce? »
« Quand tu es vide - je veux dire, c'est ce que Castaneda dit - tu vois un genre de pellicule sur l'horizon. Et c'est couleur lavande! Il dit qu'il y a un point de couleur sur cette pellicule: rouge grenat. Il dit que le point grenat s'étend, puis explose en un infini qui peut être lu. »
« Comme un vrai texte? » demande Kim.
Pause. Là, elle m'a eu. Le charitable Daniel grimace un aurevoir.
Quatre heures du matin sur le MultiSync, surfant sur les listes de discussion non-officielles comme alt.dreams.castaneda, des poêmes espagnols - Gorostiza, Vallejo, Neruda - et des échanges de paroles de chanson de tango. Conseil au malheureux en énergie et en amour. Il me semble que mon pote sans tumeur aura à évincer l'impétrant Bill Gates - le véritable porte-parole des désincarnés (vous ne votez que par abstention). Je demande à l'éther si l'Infini peut être lu comme un texte, et quelqu'un dit, Ouais, c'est comme ça que Castaneda écrit ses livres. Cancan du prochain séminaire. Des spéculations sur la possible présence de l'Eclaireur Bleu, une enfant sauvage venue des étoiles, présentée en 1994 dans L'Art de Rêver. Des noms de passes lâchés: « Se Préparer à Traverser », « Percer l'Energie en Cherchant une Nouvelle Position du Point d'Assemblage », « L'Être Ailé Mâle et Femelle », « La Trappe des Etoiles ». Quelqu'un dit que cette dernière tire « l'énergie des étoiles mortes », ce qui suscite de nouvelles questions: Est-ce que les arbres ont un point d'assemblage? Où est le « lieu de pouvoir » de L.A.? (Indice: Pas chez Drai's [Restaurant de célébrités à Los Angeles]) Y a t-il des mondes où les teintes ont un parfum? Et quelle est la couleur de la discipline?
Le séminaire à UCLA
Cinq cent chercheurs, mis en chorégraphie sur le parquet poli d'un spectacle de mi-temps chamanique. Conforme au thème du week-end - « Les Guerriers dans la Course » - les passes semblent être plus rapides, plus propulsives que celles de Mexico: des éruptions gorgées de qi qui ressemblent au kung fu; puis, soudain, une passe en filigrane, fait-main, voisine du tai chi. Mais qu'est-ce que j'en sais?
« La Tenségrité n'est pas une forme de combat, » dit CC au groupe. « Ce n'est pas une compétition. Dans le monde, une pensée est en compétition avec dix autres. Nous devons essayer de laisser le monde derrière nous. Les passes magiques sont des manoeuvres conçues pour isoler et accroître ce que les sorciers appellent le ‘corps d'énergie' » - pas vraiment l'objectif de votre habituelle devanture de dojo pour jeunes garçons blancs féroces. Quelqu'un demande si les mouvements étaient pratiqués en masse aux temps de don Juan. « Pas à cette époque - parce que les passes étaient nocives. Les mouvements qui me furent enseignés étaient seulement pour moi, pour équilibrer ma configuration énergétique et pour la purger de sa nature obsessionnelle. Vous voyez, nous pensons que les hommes et les femmes qui découvrirent ces mouvements étaient un peu sombres, un peu...sinistres. Ces particularités devaient être éliminées avant que les passes puissent être partagées. »
Je fais 20 minutes de Tenségrité dans mon salon; curieusement, mes membres semblent se souvenir de l'une des longues séquences. J'imagine mon corps de rêve flottant vers moi comme un petit animal fantôme au moment de la pâtée. Puis je m'allonge pour faire l'un des exercices de Silence: Les mollets ballants, je place un poids sur mon ventre, effectuant une pression sur le haut de la cage thoracique avec le bout des doigts. Je ferme les yeux et voyage au-delà de mes paupières, me concentrant sur un point lointain du sombre horizon. Après avoir flirté avec le silence, je retourne boire un coup de Kahlua et rêve d'inepties liqueurées.
Réveillé à quatre heures du matin, j'allume la télévision. Ping-pong entre Bravo, CNN, VH-1, Cops, IFC, Court-TV. Sur cette dernière, un recueil de procets: des criminels de guerre à la barre à La Haye; à Atlanta, un avocat spécialiste des divorces divorce de sa femme, elle-même ancienne cliente; une femme abandonne son père affligé de la maladie d'Alzheimer sur une piste de courses pour chiens dans l'Idaho. (C'est tendance. Les médias appellent cela le « papy dumping.») J'appuie sur le bouton « muet » et laisse dériver mes pensées...Et si Castaneda disait vrai? fredonne le refrain dans ma tête vaguement nauséeuse.
Et si, en fait, cette réalité de Citywalk bosniaque pour laquelle nous sommes si impudemment possessifs s'avérait être une blague genre La Quatrième Dimension (l'épisode où le couple bourré se réveille dans ce qui s'avère être la maison de poupée d'une petite fille extraterrestre). Et si l'insolvable et séduisant monde de Barneys nous était en fait impudemment imposé - pas une simple imposition de lois ou de subtilités sociales savantes mais, quelque chose de beaucoup plus insidieux, le dictateur de ce que nous percevons, le tyran de notre façon de regarder ces mêmes choses qui sont en face de nous (il a nos yeux)...et, oh, si c'est vraiment ça, nous avons été couillonnés à la naissance, dépouillés même de la merdique quantité de conscience que cela demande pour voir un peu de la merveille qui se trouve au-delà de cet inventaire éculé de sangsue - et pour le reste, eh bien, c'est assez peinard, vraiment: une prison fédérale bien tenue, bien éclairée, avec des massages de Burke Williams, des marches contre le SIDA, des téléphones portables nec plus ultra, de la lubricité sur Internet, des opérations chirurgicales excellentes, des adoptions réussies, des antidépresseurs excellents pour travailleurs besogneux, et des brunchs quatre saisons servis par de souriants chef-omelettes portant de grands chapeaux boursoufflés - comme l'une de ces prisons de Tijuana dont j'ai entendu parler, où l'argent vous paye un genre de caillou brun, et où vous pouvez avoir des armes, des putes, de l'héroïne, et toute la famille réunie pour un barbecue. Et si c'était vrai alors...BOOM! Comme ils disent.
Le Getty domine tandis que nous nous garons sur la route 405. Un vulgaire promontoire construit pour la somme de 750 millions de dollars, sans parler de l'autoroute, de l'hôtel circulaire et du proche dépotoir - tu parles d'un feng shui funky! Mais qui suis-je pour parler?
Je pose une question sur les lieux de pouvoir locaux, et CC mentionne un endroit situé quelque part à El Monte.
« Est-ce que vous y êtes vraiment allé ?»
« Visiter ces lieux, » dit-il, « est quelque chose que l'on fait quand on est jeune - ce n'est pas pour moi. Je me concentre sur l'horizon. »
« Est-ce que ça veut dire, » je demande, « avec les lieux de pouvoir et tout ça, que la terre est consciente? Si c'est le cas, alors elle doit avoir un point d'assemblage. » Ma poitrine se gonfle. Superbement maîtrisé, je travaille la sauvage et récemment acquise lingua franca.
« La terre est un être conscient, » il répond. « Elle a une manière très étrange de nous tirer. Quand tu te sens un peu hystérique, allonge-toi sur elle avec ton estomac - elle te guérira. La terre absorbe; elle nous soutient. Puis, à un certain moment, elle n'a plus rien à donner. Elle dit au guerrier, ‘Tu devrais partir.'» Je lui jette un coup d'oeil; il frissonne. « La terre en tant qu'être conscient - une mère supérieure - coupe ses racines afin de le laisser flotter. ‘Vas t-en !' lui dit-elle. Comme c'est magnifique. »
Nous nous embrassons dans le terminal. Je me demande juste où il peut bien aller, un vol judicieux. Ce n'est pas le Mexique - c'est ce qu'a dit un de ses collègues. Je n'allais pas insister. Un flic géant, aboyant après le nu et le double: stationné, il fait son chemin vers nous. Je m'attarde, répétant ce que j'ai lu la nuit d'avant dans Le Voyage à Ixtlan:
« Don Juan disait qu'il n'y avait aucun moyen pour vous de retourner à Los Angeles. ‘Ce que tu as laissé là-bas est perdu pour toujours.' »
« C'est vrai. Tout à fait vrai. Mais il disait également que les sentiments d'un homme ne meurent pas et ne changent pas. ‘Le sorcier commence son chemin de retour en sachant qu'il n'y parviendra jamais, en sachant qu'aucun pouvoir sur terre, même pas sa mort, ne le délivrera des endroits, des choses, et des personnes qu'il a aimés.' »
Puis il est partit et le flic est là, m'accueillant à nouveau dans le monde.
(*) Je serai heureux de voir la fin des années 90: se peut-il que même les sorciers ne soient pas immunisés face au bras long des Douze Etapes [les Douze Etapes pour sortir de l'addiction des Alcooliques Anonymes aux USA]. « J'en suis arrivé à croire que j'étais impuissant face à l'Ordre Social...»
(**) Chez les Sorciers Anonymes, la question secrète quand on se rencontre est, « Es-tu un ami de williamsii ?»
Copyright Los Angeles Magazine, Inc. May 1996
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Publié à 04:42 le 1 June 2008 dans Carlos Castaneda interviews |
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Séminaire de Mexico - Janvier 1996
Six à Sept cent personnes s'étaient réunies vendredi soir dans la vaste salle de balle du Centre Asturiano, près de l'hôtel Nikko, dans le parc de Chapultepec, pour écouter la première conférence du Nagual. Elle devait se dérouler de 20h à 22h, mais la plupart des gens étaient déjà installés sur leur chaise à 18h45, et la conférence et la session de questions-réponses durèrent beaucoup plus longtemps que prévu, jusqu'à 22h40.
Castaneda traita la plupart des sujets qu'il avait déjà traités au cours de séminaires précédents, et il sembla être aussi drôle et déterminé en espagnol qu'il l'est en anglais. Cependant, l'audience avait une attitude différente de celle d'un séminaire typiquement américain. Durant la session de questions-réponses, plusieurs personnes hurlèrent leur question à Castaneda, parfois avant qu'il ait fini de répondre à la question précédente. Et il me sembla que le même genre de questions était posé répétitivement avec juste quelques légères variations dans la formulation, comme par exemple, "Pourquoi devrais-je faire de la Tenségrité ?" et "Comment dois-je pratiquer ?"
Réponse : "La seule façon de faire de la Tenségrité est de le faire." Autre exemple de question : "Est-ce que don Juan est maintenant un OVNI ?", "Est-ce que les sorcières sont comme des OVNI ?"
Il était fascinant de voir comment Castaneda arrivait à supporter une audience aggressive et parfois énervée sans jamais perdre son sang froid ou élever la voix. Il s'arangea pour répondre de manière lumineuse, pointue et humoristique aux questions les plus odieuses.
L'inconvénient pour les participants ne parlant pas l'espagnol, qui étaient apparemment plus nombreux que prévu, était qu'il y avait un nombre insuffisant de traducteurs officiels et les quelques traducteurs disponibles n'étaient pas de langue maternelle anglaise. Heureusement, nombre d'entre nous avait des compétences en espagnol et furent capables de corriger les erreurs des traducteurs. Et les traductions semblèrent s'améliorer au fil du week-end.
Samedi matin à 9h, Castaneda parla à nouveau brièvement à une audience plus réduite, environ 400 personnes. Il nous prépara pour les mouvements et suggéra que nous suspendions notre jugement en essayant de pratiquer. En quittant la scène, il repéra plusieurs d'entre nous qui venaient des USA et qui avaient participé aux séminaires de Los Angeles, et nous salua chaleureusement.
La salle fut assez surprise, et aussi enchantée, lorsqu'entrèrent les cinq femmes, les Pisteuses d'Energie - qui prirent les trois scènes surélevées afin de montrer les mouvements - dont Nyei et Reni Murez et Kylie Lundahl. Deux jeunes femmes les accompagnaient, l'une s'appelait Aerin (elle vient apparemment d'Argentine), et l'autre, dont je n'ai pas retenu le nom, est italienne.
Elles nous enseignèrent huit passes ce matin là, dont l'intention était de renforcer les jambes - "notre base." Nous avons répété les passes plusieurs fois, et on nous a dit que nous pouvions les répéter autant de fois que nous le voulions dans notre pratique individuelle, du moment que nous faisions une pause après une vingtaine de fois, afin que l'énergie se redépose sur l'ensemble du corps. Chacune de ces passes était assez simple, et aucune n'avait de nom.
Contrairement au précédent compte-rendu fait par un témoin qui n'était pas présent, les Pisteuses répondirent à beaucoup de question au sujet de comment faire chaque passe (bien qu'il sembla y avoir plus de questions que lors des séminaires aux Etats-Unis). Et contrairement à ce "compte-rendu", ni Nyei ni Reni ne semblaient avoir de difficulté à suivre les autres Pisteuses. Selon mon point de vue, toutes les cinq semblaient être bien préparées et hautement énergétiques, bien que la nouvelle Pisteuse italienne semblait être un peu nerveuse au début, et moins accoutumée que les autres à enseigner à une large assistance.
Ce matin là, à un certain moment, Philip, dont les participants au précédent séminaire se souviendront de lui comme traducteur pour les praticiens de langue espagnol, rejoignit Kylie au centre de la scène pour aider à traduire les instructions (que Kylie, Nyei et Reni donnèrent en anglais, et qu'Aerin donna en espagnol), et pour aider dans la démonstration des mouvements. Samedi après-midi, un grand nombre de femmes autour de moi commentèrent que Philip avait très bien montré les passes et que c'était bien d'avoir un gars sur scène pour changer.
Après la pause déjeûner, Castaneda vient à nouveau parler et dit un mot à porpos d'un participant italien qui était parti en colère durant la session du matin. Il nous rappela que ce n'était pas la voie du guerrier de se mettre en colère et que cela n'était qu'une manifestation de l'importance personnelle de partir froissé. Puis l'instruction de Tenségrité reprit, et nous avons revu les passes du matin, puis nous avons appris quatre autres passes qui étaient des enchaînements plus longs que les passes du matin.
La conférence du samedi soir fut reportée à 20h30. Castaneda commença par répondre aux questions, et sembla captiver l'audience avec ses histoires, ses plaisanteries et ses jeux de mots. Une de ses plaisanteries, qui ne fit pas beaucoup réagir l'audience au début, était de don Juan, et Castaneda dit qu'il s'agissait d'un exemple de méthode qu'utilisait don Juan pour créer chez lui une dissonance cognitive.
Castaneda la raconta : "Un homme suivait un perroquet dans la rue. Après un certain temps, le perroquet se retourne et demande, ‘Pourquoi est-ce que vous me suivez ?' L'homme répond, ‘Je suis désolé. Je pensais que vous étiez un perroquet.'" Cette blague plia Castaneda en deux de rire lorsque don Juan la lui raconta (et Castaneda nous la raconta à nouveau dimanche matin, vraisemblablement pour se faire rire lui-même).
Castaneda ayant mentionné que la Vallée de Mexico (dans laquelle la ville de Mexico est située) était "l'épicentre", plusieurs personnes demandèrent ce qui rendait cet endroit si spécial. D'après ce que j'ai compris, le Nagual expliqua que le "toit énergétique" était si haut à cet endroit, que des perceptions et des événements inhabituels s'y produisaient. Il rapporta également que sa vue était meilleure à cet endroit, alors qu'après deux jours à Los Angeles, elle était à nouveau mauvaise.
Comme il l'avait précédemment expliqué, son problème de vue a été causée par la blessure qu'il a subi à l'un de ses yeux, après avoir tournoyé pour percevoir dans le monde à 360°, qu'il a déjà décrit au cours de séminaires précédents. Il indiqua également qu'il ne faisait jamais l'expérience du monde à 360° dans sa pratique de rêver quand il se trouvait à Mexico.
Le Nagual répondit aussi à beaucoup de questions concernant les flyers, et nous raconta une histoire merveilleuse à propos d'une rencontre avec une sorcière d'une autre lignée, à Mexico, peu après la mort de La Gorda, qui l'avait soudainement éclairé sur ce qui était arrivé et sur ce qu'il avait à faire à partir de là.
Dimanche matin, Castaneda nous salua à 9h15, et commença à parler et à répondre aux questions durant presque deux heures. Il parla de la longue question pompeuse qu'un homme avait posée le soir précédent; il avait demandé à Castaneda de répondre à un certain nombre d'affirmations à propos de vagues concepts que l'homme affirmait être des "faits". Castaneda cita cela comme un exemple de comment nos esprits de flyer nous rendaient pesant et lourd, à cause de la "masturbation mentale." Il dit qu'il existait un mot chinois pour cela : "manfifa", et il utilisa ce mot plusieurs fois pour représenter cette activité de manière plus douce.
Alors que le séminaire touchait à sa fin, les Pisteuses d'Energie indiquèrent qu'elles allaient essayer de passer les 15 dernières minutes à répondre à quelques questions additionnelles concernant la Tenségrité. Tout d'abord, Kylie avait une déclaration à faire, pour expliquer que son apparition, ainsi que celles de Reni et Nyei le jour précédent, étaient en "expiation", à cause de ce qui était arrivé au séminaire de décembre, tandis que leur présence ce jour là était destinée à aider au lancement de la nouvelle configuration des Pisteuses d'Energie.
Elle indiqua également qu'elle ne savait pas si elle continuerait à enseigner pour les séminaires à venir. Durant les quelques minutes restantes, au lieu de prendre des questions, Kylie conduisit une série rapide et vigoureuse de plusieurs des passes que nous avions apprises. Cette "révision" enchanta l'assitance.
Genrich
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Publié à 09:36 le 7 April 2008 dans Séminaires de Tenségrité |
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Arizona Republic, 3 août 1997
Par Thomas Ropp
Rencontre lumineuse : l'élusif Castaneda reste un homme complexe. Un ‘oeuf' ordinaire se rapproche du sorcier lettré Carlos Castaneda
J'aurais pu lui demander n'importe quoi.
« Je suis votre prisonnier, » dit Carlos Castaneda. Nous parlâmes de corbeaux. Je voulais plus particulièrement savoir comment on pouvait dire si un corbeau n'était pas vraiment un corbeau. « Vous regardez son énergie, » dit Castaneda. « Un corbeau qui est un sorcier brille d'une couleur ambre. »
Il ne me dit pas de quelle couleur brillait un corbeau normal. Mais cela n'avait pas d'importance puisque je ne vois pas l'énergie pure. Castaneda, lui, peut le faire, et affirme qu'il le fait depuis plusieurs années. Il commença par voir des humains comme des formes énergétiques, ou des « œufs lumineux, » dans la cafétéria d'UCLA alors qu'il travaillait sur son doctorat d'anthropologie, il y a de cela une trentaine d'années.
C'est ainsi qu'a débuté mon repas avec Carlos Castaneda. C'était un jeudi, à 2h de l'après-midi. Nous nous retrouvîmes dans un restaurant cubain proche de West Hollywood. Je ne sus qu'au dernier moment où est-ce que j'allais rencontrer Castaneda. Son entourage dit que c'est comme ça que fait Castaneda. Il lit l'énergie pour décider des lieux de rencontre et de la plupart de ses autres affaires.
« Tout ce que nous connaissons est une interprétation de l'énergie, » dit Castaneda. Pendant longtemps, j'avais eu peur d'avoir à trouver Castaneda dans Los Angeles, sans aucune indication, comme pour tester mon intention inflexible et le droit de mériter de parler à l'énigmatique légende et auteur de neuf best-sellers, dont le classique L'Herbe du Diable et la Petite Fumée.
Donc, nous voici, juste deux œufs lumineux, en train de déjeûner. Dans mon meilleur espagnol, je commandai des moros y cristianos (ce que les Cubains appellent du riz blanc et des haricots noirs) y tostones (des bananes frites). Il jeta un coup d'œil sur son menu et dans un anglais parfait commanda : « Numéro 12. » Un steak et des pommes de terre.
Je me sentis muy stupido.
L'interview eut lieu à cause du séminaire de Tenségrité de Castaneda, qui se déroulera à Phoenix le week-end prochain. On me prévint que j'aurais à prendre l'avion jusqu'à Los Angeles car Castaneda ne donne pas d'interviews par téléphone. En fait, il donne rarement des interviews. Des décennies entières se sont écoulées sans que Castaneda ne fasse une seule apparition. Puis il a réapparu. Une conférence par ci. Une conférence par là. Seulement pour disparaître à nouveau.
Ayant lu ses neuf livres (plusieurs fois) et partageant un intérêt commun pour l'anthropologiue culturelle, la métaphysique et tout particulièrement pour le mysticisme yaqui, mon point d'assemblage - un terme de Castaneda pour désigner un centre de perception - était tout frissonnant à l'idée d'avoir cette rare opportunité.
Cependant, on m'avait dit qu'il y avait des règles de base, comme ne pas prendre de photo et ne pas faire d'enregistrement, mais opter pour simplement écouter et se souvenir (bien que je pris quelques notes à l'aveuglette sous la table, sur un petit carnet).
Rétropectivement, dans la tradition de synchronicité des chamans, je suppose que ce déjeûner n'était pas vraiment accidentel. Deux semaines avant l'interview, j'avais mentionné à quelqu'un que j'étais surpris de constater que mon chemin n'avait pas encore croisé celui de Carlos Castaneda.
Et puis il y avait eu ce corbeau.
Quelques jours avant que j'apprenne que j'allais faire cette interview, je fus réveillé à 6h du matin par le puissant « caw-caw-caw » du plus grand corbeau que j'avais jamais vu. Il était perché sur sur le sommet d'un yucca situé hors de mon patio. Son cri était si puissant que l'écho se réverbérait sur les montagnes avoisinantes, créant un effet similaire au bruit du tonnerre. Je m'approchais de l'oiseau mais il ne parut pas en être effrayé. Il me regarda un instant puis concentra toute son attention derrière lui pour emplir l'air de ses vocalisations. Je détachais mon regard de l'oiseau, l'espace d'un instant, pour voir comment mes chats réagissaient. Lorsque je me tournais à nouveau, le corbeau avait disparu.
Castaneda était intéressé par mon histoire de corbeau, mais n'offrit aucune explication. Les corbeaux et les corneilles, comme le savent tous les changeurs de forme, sont des formes populaires du voyage aux Amériques.
On sait relativement peu de choses à propos de Castaneda. Désaccentuer l'importance donnée à l'ego et effacer l'histoire personnelle est la voie que la lignée de voyants de Castaneda a développée afin de devenir des guerriers de la connaissance pure. C'est aussi pour cela que les photos et les enregistrements sont interdits.
« Il n'y a rien sur Carlos Castaneda, » dit-il. « La personnalité est une prétention. La reconnaissance ? Le succès ? Qui s'en préoccupe ? Si nous ne nous investissions pas autant dans notre ego, nous ne nous traiterions pas de façon si barbare. »
Encore qu'il y ait quelques enregistrements, et Castaneda lui-même laisse filtrer un bonus personnel de temps en temps. Apparemment, Castaneda est né il y a environ 70 ans au Pérou, et fut élevé par un grand-père hédoniste. Mais il a passé la plus grande partie de sa vie à Los Angeles. Il fut diplômé de la Hollywood High School et a obtenu un doctorat en anthropologie à UCLA. Durant une courte période, il enseigna l'anthropologie culturelle à l'Université de California-Irvine.
Castaneda ne se démarque pas au milieu d'une foule. En fait, vous ne le remarqueriez sans doute pas au milieu d'une foule. Il est minuscule, ne faisant pas plus d'1m55 et ne pesant sans doute pas plus de 45 kilos. Sa chevelure étoffée est presque complètement grise et coiffée vers l'avant. Il aime plaisanter sur les descriptions que les gens ont fait de lui, ressemblant à un jardinier, un chauffeur, ou à un serveur mexicain. L'écrivain Bruce Wagner à une fois demandé à Castaneda comment il décrirait son apparence. Castaneda suggéra Lee Marvin.
Assis en face de moi, vêtu d'une chemise à manches courtes de couleur ambre et de pantalons kaki, les cheveux ébouriffés, il me fit penser à un professeur iclonoclaste à la retraite, le professeur de non-faire, en train de déjeûner. Excepté que ce professeur a un œil de sorcier, l'œil gauche, qui s'agrippe à votre conscience avec une force inimaginable.
Mais toutes les descriptions sont décevantes et fragiles. Castaneda ne possède pas qu'une seule apparence. Mais plusieurs. Son apparence change avec ses humeurs, qui changent aussi facilement. Comme ses maîtres don Juan et don Genaro, il rit, il jure, produit des sons iréels et fait claquer ses lèvres avec exagération. Puis, il devient soudainement féroce en déversant ses idées éloquentes et convaincantes sur la nature des choses.
Castaneda est complexe, je m'y attendais. Parfois il parle dans une langue différente, je m'y attendais aussi. Pour la plupart des œufs lumineux que nous sommes, il est impossible de comprendre toutes ces idées. Don Juan disait que de toute façon nous ne comprenons rien, et que la véritable connaissance ne s'accomplit pas à travers l'intellect.
Je ne m'attendais à ce que Castaneda ait un si grand humour. « Nous devons rire pour nous équilibrer, » dit-il.
Il raconta des histoires, qui ne peuvent être répétés dans cette publication. Je pense qu'il se tient au courant de l'actualité. Il était particulièrement intéressé par l'histoire du spécialiste de la fertilité en Virginie, Cecil Jacobson, qui est aujourd'hui en prison pour avoir utiliser sa semence afin de mettre enceinte 70 de ses patientes.
Il n'y eut aucune discussion concernant le peyotl ou Mescalito ou la petite fumée, mais sur un coin de nappe, il fit un dessin pour me montrer comment couper le haut d'un « coussin de belle-mère » (variété de cactus) afin d'en récupérer le jus.
« Vous en buvez juste un peu pour rajeunir, » dit Castaneda, qui fit ensuite claquer ses lèvres en signe d'approbation.
L'Arizona est particulièrement importante dans la saga de Castaneda. Il rencontra don Juan à Nogales, et passa beaucoup de temps dans notre état durant son apprentissage, et même plus tard. Les yeux de Castaneda devinrent humides alors qu'il se rappela ses années passées en Arizona.
« L'Arizona est une région magique, » dit Castaneda. « Le désert de Sonora a une convergence bien spécifique. » Il dit qu'il ne pourrait pas revenir en Arizona car cela lui rappellait trop de souvenirs forts et poignants.
« Un guerrier sait que tout ce qu'il voit, il ne le reverra plus jamais, » dit Castaneda. «Je pourrais vraiment pleurer. J'ai besoin de toute ma force. »
Nous sommes tous seuls.
Casteneda n'aimait pas son steack. Il dit qu'il sentait la merde. Il le fit renvoyer en cuisine, puis se plongea dans une autre pensée : « L'univers n'est pas prévisible, peu importe ce que vous disent les scientifiques », dit Castaneda.
C'est un sujet sur lequel il est insistant, ainsi que sur le fait que nous sommes vraiment tout seul. « Dieu ne vous aime pas, croyez-moi. » Le problème, insiste Castaneda, c'est que nous sommes tellement piégé dans notre ego que nous n'avons jamais une vision plus élargie de l'existence. Nous ne sommes pas des individus entourés d'autres individus, ou de maisons, ou de centres commerciaux.
Nous sommes des individus entourés par l'infini. Castaneda est vague quand il s'agit de savoir à quoi il passe ses journées, mais il écrit toujours. L'année prochaine, Simon & Schuster va publier une édition pour le trentième anniversaire de L'Herbe du Diable et la Petite Fumée, avec une nouvelle préface de Castaneda. Il y aura aussi un nouveau livre, l'année prochaine, publié par Harper Collins, Passes Magiques : le savoir pratique des chamans de l'ancien Mexique. Castaneda a également finalisé ce qu'il appelle son « dernier livre », qui a pour titre Le Voyage Définitif.
« Je ne pense pas que je puisse encore écrire, » dit Castaneda. « L'univers est prédateur. Il produit de profondes vagues de tristesse qui se dirigent vers moi à présent. Cette tristesse ontologique, vous la voyez venir, puis vous sentez qu'elle est sur vous. »
Même le chemin qui a du cœur n'est pas du gâteau. Castaneda pourrait ne plus être avec nous dans quelques temps. Il en a dit autant à son staff. « Mais il ne mourra pas d'une mort physique, » dit l'instructrice de Tenségrité, ou « pisteuse d'énergie », Kylie Lundahl. « Il disparaîtra de la même manière que don Juan. Il sait qu'il reste peu de temps avant que cela arrive. »
L'objectif de la lignée de voyants mexicains de don Juan a été d'accomplir ce qu'ils appellent « le vol abstrait, » pour « s'évanouir avec la totalité de leur être » dans l'infini - disparaître avec leurs bottes , pour ainsi dire. Don Juan, le maître de Castaneda, et son clan sont supposés l'avoir fait en 1973.
Mais Castaneda semble avoir un problème à ce sujet. On a le sentiment, en lisant ses derniers livres, et en conversant personnellement avec lui, que quelque chose ne va pas, et que Lee Marvin a peur.
Avant qu'il ne quitte ce monde, don Juan Matus fut très clair envers Castaneda et les autres apprentis, en leur expliquant que cette lignée de voyants mexicains de l'antiquité se terminerait avec Castaneda, le dernier « nagual ». Quelque chose dans la configuration énergétique des voyants qui furent laissés en arrière n'était pas propice pour continuer la lignée. Donc, par définition, il fut laissé à Castaneda et à son clan la tâche de « fermer » la lignée.
Serait-il possible que Castaneda, comme E.T., ait été abandonné dans ce monde ? Don Juan a t-il négligé de lui dire quelque chose à propos d'emmagasiner suffisamment d'énergie personnelle pour le vol abstrait ?
Durant notre déjeûner, qui dura environ trois heures, je ne pus pas m'empêcher de me désengager de temps en temps de son œil gauche et de me demander ce qu'il voyait irradier de mon corps d'énergie - sans aucun doute quelque chose de désagréable et rose, étant donné toutes les années passées à boire du coca light et des chewing-gums sans sucre.
Je me demandais aussi s'il en savait plus qu'il ne voulait le dire sur le corbeau. Nous nous sommes dit au revoir sur le parking du restaurant. Il me dit qu'il m'appréciait et qu'il avait aimé notre conversation. Je dis : Somos monos extranos. Nous sommes des singes étranges.
Il sourit, mais ne répondit pas. Il n'avait pas besoin de le faire. L'espace d'un instant, je fus accroché par l'univers prédateur de Castaneda, par l'une de ses vagues de tristesse lorsque me revint en mémoire ce qu'il avait dit à propos du fait qu'un guerrier savait que tout ce qu'il voyait, il ne le reverrait jamais plus.
Je fis quelques pas en direction de ma voiture de location, me demandant si Castaneda arriverait vraiment à faire son saut abstrait. Je l'espérais sincèrement.
Lorsque je regardai en arrière, Castaneda, comme le corbeau, avait disparu.
Note de marge : « C'est Celui Que Tu Avais Attendu ! »
Copyright Août 1997, The Arizona Republic
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Publié à 11:01 le 31 March 2008 dans Carlos Castaneda interviews |
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Los Angeles, séminaire intensif, août 1995
Carlos Castaneda - Conférence du dimanche après-midi
Aujourd'hui c'est notre dernier jour. Est-ce que vous pouvez m'entendre ? (il réajuste le fil de son micro). Donc, nous sommes sur le point de finir notre route de trois semaines. Beaucoup de gens sont mécontents car nous n'avons pas répondu à leurs besoins personnels. C'était impossible. Je vous ai dit au début que j'allais dire des choses dérangeantes. Vous avez besoin de suspendre votre jugement. C'est un accord qui va avoir lieu entre votre corps d'énergie et « ça ». Nous ne pouvons pas être des investisseurs, et penser toujours en fonction du « moi ». Ne me donnez pas de cette saloperie à propos de l'ego ! Vous posez des questions en fonction de ce que veut votre ego. Non, vous n'êtes pas parti de rien. Vous avez été atteint à un niveau très bizarrement profond, croyez-moi. Vous allez vous souvenir de ce que j'ai dit : j'ai contourné mon mental, et ainsi j'ai contourné le vôtre. C'est une manœuvre de sorcier. C'est quelque chose que nous ne pratiquons pas dans le monde de la vie quotidienne, à cause du « moi ».
N'ayez pas le sentiment d'avoir été escroqué. Ne formulez pas d'accusations comme, « Où as-tu rangé ces ciseaux ?! », ou, « Tu ne vois pas que je t'aime ?! » (demandé sur un ton de reproche). J'étais dans le bureau d'un avocat. C'était un gars exquis. Une jeune femme était là, qui voulait récupérer son compte (elle ne voulait plus travailler avec lui). « Vous ne m'aimez pas ? », demanda l'avocat. « Bien sûr que je vous aime bordel ! », répondit-elle, énervée. Mais c'est ce que nous faisons tous. La plainte est dans la question. La plupart des questions que j'avais étaient en rapport avec le désir ou la sensualité. « Qu'est-ce que je fais avec mon désir ? », je disais à don Juan, avec ce ton de voix (faible, pleurnichard). « Don Juan, qu'est-ce que je dois faire, je ne peux pas vivre sans avoir une femme dans mon lit tous les jours ! » Don Juan répondait toujours, « Eh bien, si le ton de ta voix peut donner une quelconque indication sur ton niveau de désir, tu n'as pas à t'inquiéter... » Si nous avions vraiment un désir aussi grand que ça, nous aurions trois femmes. « Est-ce que c'est bien de regarder le cul de quelqu'un ? » C'est le mental. Si vous vous calmiez un peu, vous ne seriez pas comme ça.
Certains ont mentionné ma « plainte » à propos de certaines choses. Je décris un processus phénoménologique. Un gars qui se plaignait m'a demandé quelle était la différence entre sa plainte et la mienne. Je décris un processus. Je lui ai demandé comment il se sentait. « Très mal ! », il a répondu. Mais moi je me sens bien...Tout comme pour mon avocat, pour qui je dois concocter des histoires afin qu'il sente à quel point ma vie est merdique. Putain, qu'est-ce qu'il m'aime !
Mon œil droit ne voit plus très bien. Quelque chose m'emporte chaque jour vers mon côté gauche, l'endroit où la vision est à 360°, là où je tournoie complètement, cela affecte les yeux. Comment je me sens ? Les gens me demandent comment je nourris mon corps lorsque je pars pour de longues périodes de temps. Vous l'emportez avec vous ! Les chaussures et tout le reste. Ils me demandent, « Bon, pourquoi avez-vous besoin de partir ? » Mais plus j'essaye d'expliquer les choses, plus je me sens mal, comme tout le monde.
Don Juan était abstrait. Nous sommes en train d'exploser, nous sommes le dernier maillon. Oui, nous avons tous eu de longs apprentissages. Mais ce n'est plus le cas maintenant. Nous ne pouvons pas vous tenir la main. Nous vous donnons le meilleur de l'explosion. Nous devons être fluides pour faire face à ce « quelque chose » de nouveau. Au moment décisif, nous devons y entrer, et y établir rapidement un ordre inhérent. C'est l'agilité que je voulais décrire. Cela peut paraître stupide, mais laissez votre corps d'énergie digérer.
Je suis un scientifique en sciences sociales, par définition et par choix. Je voulais écrire des articles d'ethnobotanique, alors je suis parti à la recherche d'un indien. Un anthropologue m'a servi de guide. La raison pour laquelle don Juan m'a regardé, c'est parce que Bill, qui nous a mis en relation, était sur le point de mourir d'une crise cardiaque. Un an plus tard, il est mort. Don Juan a vu quelque chose en lui qui lui a indiqué qu'il était sur le point de mourir ; quand je lui ai demandé ce que c'était, il m'a dit qu'une fois que j'aurais appris à voir, je serais capable de le faire aussi, mais je ne peux toujours pas le faire. Je ne sais donc pas ce que don Juan a fait.
Ainsi, j'ai été présenté à don Juan par la mort elle-même. C'était un signe important pour don Juan, cela signifiait la mort de sa lignée après moi. C'est pourquoi don Juan devait me prêter attention. Puisque les sorciers n'agissent qu'en fonction de ce que « ça » leur dicte, il devait m'apporter toute l'aide qu'il pouvait. Il dévia la direction de mon intérêt. J'étais étudiant en ethnométhodologie, une composante de l'ethnologie et de la phénoménologie. Alfred Shultz, auteur dans ce domaine, prend le monde de la vie de tous les jours comme un sujet sérieux de discussion philosophique. Selon ses termes, nous sommes tous de surprenants sociologues de notre propre culture quotidienne, alors pourquoi ne pas nous considérer nous-mêmes comme les experts que sont les sociologues ?
En 1883, un statisticien mesura la quantité de crottin de cheval laissée par les voitures à cheval dans Manhattan, et conclut qu'en 1923, tout Manhattan serait recouvert d'une épaisse couche de crottin. Bien sûr, les voitures sans chevaux furent inventées, et donc sa projection fut jetée par la fenêtre. Nous sommes en train de supprimer la forêt vierge...mais nous n'avons pas pris en compte les virus qui vont nous conduire à l'extinction. J'ai connu une femme activiste qui a écrit deux pages entières dans le New-York Times, en blâmant George Bush à propos de la déforestation. Elle-même a cinq enfants, mais...ce n'est pas un mal. C'est ça le problème. Elle m'a demandé de contribuer. Non ! Elle est coincée dans un slogan répétitif. Ça sonne bien mais ça n'a pas de signification. La population continue de s'accroître. Comment allons-nous régler ce problème, en protestant ? Où allons-nous mettre tout notre papier toilette ? Je lui ai dit qu'il existait différents niveaux de sofistication par rapport à comment nous affirmons et expliquons les choses. La plupart se contente de répéter des slogans, cela n'a aucun sens. Ce n'est pas de la réflexion, c'est juste de la rhétorique. Mais ça semble bien à première vue...
Bon, j'ai encore digressé. Donc, je suis allé chez un tailleur pour apprendre à ressembler à un ethnométhodologue. Et j'apprenais à parler en mordillant ma lèvre de cette façon (durant sa démonstration, il prend l'air du penseur sérieux et fait rire l'audience). Puis, j'ai rencontré cet homme qui m'a accueilli - l'épitomé de tout ce que je ne voulais pas trouver, mais ce fut pour moi l'ultime expérience. J'étais bien préparé à le prendre au sérieux une fois dépassées mes barrières...l'ego. J'étais préparé à le prendre mortellement au sérieux, mais il avait un travail à faire sur moi. Ma résistance était tout comme la vôtre. Nous prétendons être aventureux, mais nous restons bloqués face à la nouveauté. Je posais des questions obscènes à don Juan, tout comme vous. Je me plaignais, « J'ai roulé 2500 Km pour venir vous voir, et vous ne faites rien, à part vous moquez de tout ce qui est sacré. » Il était seulement en train de me montrer les failles. Mais il adorait rire, alors il était agressif en me les montrant...Il me donnait des coups - un seul petit coup et je bougeais.
Puis, il me présenta une manière extraordinaire de comprendre l'univers, infiniment plus inclusive que celle de mon grand-père. Tout ce que fit mon grand-père fut de m'enseigner à être un égomaniaque, à vivre une vie inutile et à mourir d'une mort inutile. Annulez ça ! Bougez-vous ! Ils vous « flanquent » dans cet état, alors flanquez-vous dehors. Ils vous ont fait ainsi ! Don Juan m'a donné un format, le « chemin du guerrier ». Il définit ce qu'est la sorcellerie. Pas d'incantations... je m'abstiens de parler de l'Eglise catholique, encore que ce soit plus facile que de parler des Amérindiens - un sujet très sensible ces jours-ci. Mais ils déforestent les plaines, et brûlent le sol des Etats-Unis. Il n'y là rien de sacré, rien de spirituel. C'est rituel. Nous tombons tous dans ce genre de choses.
Quelque chose nous dicte nos croyances. Pourquoi cette angoisse ? Ce sont simplement des placebos qui nous maintiennent en rang, et nous empêchent d'examiner ce qui se passe. Nous voyons la faille chez l'autre, mais pas chez nous. J'ai vu des Américains d'origine mexicaine récolter 3000 dollars en travaillant dans des parkings. Des professionnels. Mais quelle est la définition du problème ? Une des choses les plus difficiles au monde est de faire que des Argentins voient la vérité. Pourquoi ? Ils sont les meilleurs pour donner des explications. La blague c'est qu'il y a un psychologue par Argentin. J'avais un ami que j'essayais d'aider. Mais il y a une limite à ce qu'on peut faire pour quelqu'un sans sa coopération. Maintenant j'ai vraiment perdu le fil !
La première loi de la sorcellerie : l'ego provoque la maladresse. Puis vient l'explication. Nous sommes capables de voir l'énergie telle qu'elle s'écoule, et donc de voir les êtres humains comme des conglomérats de champs énergétiques, maintenus ensemble par une mystérieuse force de cohésion, dont le résultat est un œuf lumineux. Nous décrivons le phénomène « d'apercevoir » l'énergie en « voir », bien que cela ne soit pas régi par les yeux mais plutôt par chaque morceau de notre conscience. Puisque nous sommes essentiellement visuels dans notre perception de la vie quotidienne, entendre est un acte minimal, et sentir et goûter n'existent pas, tout est reduit à l'expression visuelle. Ainsi, pour les objectifs de l'explication, nous disons que c'est « visuel, et bien plus ». Les sorciers ont fait ça durant des milliers d'années.
C'est la seule façon de voir un être humain. Nous ne pouvons pas nous voir en tant qu'aura, ou en tant que « lumière azur », ce sont juste des explications, des interprétations. Il n'y a qu'une seule façon de marcher, c'est la façon bipède. Mais, combien de temps cela nous prend-il pour apprendre ? Des années. Donc, cela prend des années pour gagner...ou regagner, en fait, la capacité de voir l'énergie telle qu'elle s'écoule, sans interprétation. Le moment où nous interprétons, nous nous retrouvons devant le monde de la vie de tous les jours. Nous commentons une agglutination de détails en unités uniques de gloses sans fin. Cela nous prend une éternité pour apprendre à agglutiner une « chambre ». A l'intérieur de la « chambre », nous pouvons prendre « un mur », etc., en allant vers de plus en plus petites unités de gloses, à l'infini. C'est la manière dont nous avons appris à interpréter les données sensorielles comme sollicitation perceptuelle, et que nous avons émergé dans le monde de la vie de tous les jours.
Pour les sorciers, le monde de la vie de tous les jours n'a aucun sens, à part en tant qu'accord que nous avons été forcé d'adopter. Regardez ce que nous faisons aux enfants autistes qui ne peuvent pas assembler une « chambre », qui ne peuvent pas faire de gloses. Nous les mettons dans des institutions, nous les droguons, nous leur donnons des électrochocs. Je suis presque devenu un psychanalyste profane. Mais c'était trop accablant. Rien que de penser - Je pourrais analyser vos rêves sexuels ! J'aurais été le « Dr Katz ». Maintenant, j'ai vraiment perdu le fil.
Où est-ce que j'en étais ? Nous construisons des gloses de signification, de perception, d'intentionnalité. Nous intentionnons la chambre avant même qu'elle ne soit une chambre. Les autistes ne peuvent pas fixer leur point d'assemblage assez longtemps pour s'en préoccuper. Une fois, j'ai fait parlé un autiste. Mais mon professeur m'a recalé, sous prétexte que je n'avais pas suivi la bonne méthodologie. Nous pouvons leur prêter la position de notre point d'assemblage. Mais nous ne pouvons pas le faire à travers un processus. Nous le faisons à travers un canal d'affection. Les enfants s'accrochent et se mettent sur la position de notre point d'assemblage.
Qu'est-ce que le point d'assemblage ? Le point d'assemblage est un point d'une intense luminosité, visible sans l'intervention des yeux. Nous le « sentons » ou le « voyons » dans l'œuf lumineux. L'œuf est de ma taille, les bras étendus dans chaque direction. L'art des sorciers est de vous taper depuis en dessous et de vous faire flotter, puisque nous sommes incrustés dans la matrice de la Terre.
La responsabilité est affection pour les sorciers, c'est exquis. Cela n'a rien à voir avec l'ego. Ça vient de l'abstrait, de l'inconnu, de l'éternel. C'est irréfutable. Ils vous tapent, et vous flottez comme une bulle d'énergie. Le point d'assemblage est là (indiquant un point derrière le dos, entre les omoplates), la perception est « assemblée », d'où le nom de point d'assemblage. Ce n'est pas une théorie. C'est une conclusion faite par les sorciers et basée sur l'observation. Des milliards de champs énergétiques mobiles convergent et passent à travers le point d'assemblage, produisant le monde par des moyens indescriptibles. Cette position produit le monde de la vie de tous les jours (indiquant la même position entre les omoplates). Mais par là (indiquant des points situés à d'autres endroits), il y a d'autres ensembles de champs ou filaments énergétiques venant de toutes les directions concevables. Lorsque le point d'assemblage bouge et que les filaments convergent vers celui-ci, nous avons un autre monde complètement différent. Il est toujours à l'intérieur de l'œuf lumineux, ou du royaume de l'homme. Ces mondes peuvent être obscurs et bizarres, mais ils font toujours partie de nous.
J'ai lu LaBarre ( ?) et Schlotke ( ?), des experts en peyotl. De gros textes, des livres épais. J'en ai lu trois d'entre eux, ensuite je suis devenu moi aussi un expert. J'ai dit à don Juan, « Je peux vous être très utile, étant donné ma connaissance sur le peyotl ». Don Juan ne lisait pas, il voyait directement, ce n'est pas un processus mental. Don Juan disait que l'œuf lumineux est l'épicentre ou le noyau de la tradition des sorciers. La sorcellerie ce n'est pas « hiya, hiya, hiya » (imitant un drôle de chant indien). Les gens me détestent quand je fais ça ! Mais je ne me moque pas, ce n'est pas ça. Lorsque nous faisons face à notre mort, nous ne sommes pas seuls, en train de mourir d'un cancer. Il y a des choses horribles emmagasinées en nous. C'est un choix. C'est notre choix de ne pas nous sentir offensés. Vous récoltez ce que vous semez.
Ce qu'obtiennent les sorciers, c'est un moment de désespoir. Don Juan m'a donné des plantes hallucinogènes afin que j'aie accès à ce désespoir. Si nous ne sommes pas désespérés, ce n'est pas assez - nous sommes foutus. Pourquoi essayerions-nous, si nous sommes heureux dans notre vie quotidienne ? Jusqu'ici, j'ai été incapable de créer ce sens du désespoir chez les autres. Soit vous l'avez, soit vous ne l'avez pas. Comment pourrais-je défaire l'amour que les gens ont pour leur ego, pour la vie quotidienne ?
Je veux vous offrir tout le traitement que puisse apporter un être final. Comme la petite fille de 10 ans. Je ne peux pas concevoir qu'elle ne sache pas ce qu'elle fait. Elle le sait, même si c'est à un niveau différent. Je respecte cela. La sorcellerie est l'art d'annuler le système d'interprétation qui rend le monde tel que nous le voyons. Annulez-le et l'énergie coulera jusqu'à vous. Le sorcier l'annule durant un temps suffisamment long pour voir. C'est ce qui fait de nous des sorciers. Qu'est-ce qu'un chaman ? Il contacte ses esprits, il boit du coca en fumant son tabac...cette annulation demande un effort immense et un immense désespoir. Si la vie quotidienne est okay, alors pourquoi s'en soucier ? Nous devenons complaisants. Il est pour moi impossible de casser la « ligne de complaisance ». Mais pas pour vous.
Don Juan m'a dit, « Tu dois faire quelque chose d'extrêmement nihiliste, ou sinon tu vas juste le foutre dans ton sac de notes et devenir un professeur, aveuglant ses étudiants avec toutes ses recherches. » Il disait, « Tu dois quitter tes amis ; ils te connaissent tellement bien, tu n'as jamais été seul de ta vie. Vas louer une chambre et restes-y jusqu'à ce que tu meures. » Je lui ai demandé, « Quel est votre critère pour savoir que je suis mort ? » Il m'a répondu, « Lorsque être accompagné ou être seul n'aura plus aucune importance pour toi. Ne pense qu'en terme de ‘temporaire' », dit-il. « Alors tu ne pleurnicheras plus. Pense aux cinquante prochaines années comme étant ‘temporaires' ». Ainsi, ce jour là, je m'en suis débarrassé. J'étais heureux, mais lorsque je suis arrivé sur la route 365, cela m'a frappé. Qu'allais-je faire ? Revenir à ce que je connaissais ?...des routines. Cela me prit trois mois pour arriver à comprendre ce qu'était la paix. Don Juan avait réussi à créer un sentiment de désespoir en moi. Avant j'étais morbide, pas désespéré. Là, j'avais un besoin désespéré de sauter par dessus la barrière.
Les gens demandent s'ils ont besoin de déménager à Los Angeles pour faire partie du groupe. Nous ne sommes pas un groupe. Nous sommes des navigateurs. Chacun d'entre nous est responsable de sa carte et de son plan de navigation. Ce groupe se réunit, mais nous ne sommes pas « amis ». Je pense que nous nous apprécions les uns les autres, mais je ne suis pas si sympa que ça - mon côté latin ressort, en tout cas quand je ne porte pas mon costume. Nous suivons une ligne de travail. Cela s'avère être l'affection la plus immuable qui soit, mais pas celle de l'investisseur. Nous ne travaillons pas ensemble pour faire des exercices de sorcellerie - assis tous ensemble durant la nuit, tous nus ! Rêvant chaque nuit avec un rêveur different ! (rires) Nous ne faisons pas ça.
L'explosion que je vous offre est une expression du dernier maillon, un monde à découvrir. Il n'y a plus de tradition. Ce monde est défini aussi bien qu'il se développe. Il est de plus en plus aligné. Je vois l'énergie mais je ne sais pas pourquoi, ainsi cela m'équilibre. Et puis ? L'avantage est de savoir comment naviguer, comment démêler la réalité pendant un instant. Et l'utiliser à nouveau, ailleurs. La découverte du point d'assemblage est ce qui rendit les anciens sorciers puissants. Mais durant des générations, ils se sont rendus dingues en essayant de trouver où le placer et comment le fixer. C'est ainsi qu'apparurent les arts de rêver et de traquer.
Rêver est l'art d'utiliser le processus naturel du sommeil pour déplacer le point d'assemblage vers de nouveaux endroits, et traquer est l'art de fixer le point d'assemblage sur cette nouvelle position afin d'assembler de nouveaux mondes véritables, inclusifs et complets. Ils devinrent si compétents à fixer la position du point d'assemblage qu'ils finirent par demeurer dans ces nouvelles positions, sans pouvoir en revenir. C'est comme les pelures d'un oignon. Il y a des milliards de positions possibles, mais ces positions ne sont pas toutes des mondes totalement inclusifs. Don Juan supposait qu'environ 600 positions étaient des mondes, les autres étaient des mondes fantômes, ils étaient trop « fugitifs » et pas assez « étoffés » pour s'y accrocher. Don Juan n'y était jamais allé mais les sorciers de l'antiquité, eux, y étaient allés. Même si je ne devais pénétrer que dans une seule couche des 600 pelures de l'oignon, c'est infiniment mieux que de mourir d'un cancer. Allez-y...
Nous arrivons à un certain âge et il n'y plus aucun mystère. Rien de nouveau. Ce n'est pas un lieu commun. Je ne suis pas comme la femme gourou dont je vous ai parlé tout à l'heure, celle que j'ai rencontrée, qui massait les boules du jeune homme...Quand je lui ai demandé ce qu'elle voyait dans le miroir lorsqu'elle était seule le soir, elle m'a répondu, « Le grand secret est de ne pas être seule ! » Que c'est absurde. « Mais qu'est-ce que je fais avec mon désir ? » Si vous vous en inquiétez c'est que vous n'en avez pas. Avec ce niveau d'énergie ? C'est un mensonge. Confrontez-vous à ce que vous êtes.
Si notre mère n'a pas eu un énorme orgasme au moment où nous avons été conçus, nous sommes des « baises ennuyeuses ». Alors, allez demander à maman. Le désir est amoindri par l'effet de l'alcool ou de l'herbe. Ce n'est pas le genre d'ingrédients qu'il faut prendre si on veut utiliser le corps physique. Faire ça, c'est répondre à leur commandement (celui des flyers), pas au notre.
Le premier art, l'art de rêver, est l'art d'utiliser les rêves comme de véritables portes de perception. C'est la condition pour « atteler » l'attention de rêver, ou l'art de fixer l'attention dans les rêves sur différents objets, de façon systématique. C'est une manière disciplinée de vous souvenir que vous devez observer les objets dans vos rêves. Juste un coup d'oeil ; restez sur les objets aussi longtemps que possible jusqu'à ce qu'ils commencent à se dissoudre, puis, passez à un autre objet, et répétez la même action, jusqu'à ce que vous n'ayez plus d'attention de rêver et que vous vous endormiez.
Quelque chose en nous enregistre nos efforts ; nous devenons meilleurs jusqu'à ce que nous puissions concentrer notre attention sur tout ce que nous voulons - 1000 objets. Rêver suit le mouvement naturel du point d'assemblage. Il se déplace très loin ou juste un peu. Lorsque le point d'assemblage se déplace sur des positions fantômes, nous faisons l'expérience d'un rêve ordinaire. Un jour votre point d'assemblage se retrouvera sur une position clé. A partir de là, vous aurez harnaché votre attention de rêver, et vous pourrez vous concentrer sur autant d'objets que vous le désirez. Le corps d'énergie connaît le seuil - combien d'objets vous avez besoin pour changer de rêve. Supposons que mon seuil soit 16 objets. Je me concentre sur 16 objets, après quoi je suis dans un monde différent, prévoyant que mon point d'assemblage s'est déplacé vers l'une des 600 positions. Ne désespérez pas. Un jour il bougera vers l'une de ces positions « étoffées ». A ce moment là, vous connaîtrez votre seuil. Vous entendrez « 16 objets ».
Il y a deux choix, l'un est d'explorer l'inconnu humain, les positions se situant à l'intérieur de l'oeuf lumineux. L'autre est l'inconnaissable, qui ne peut être que partiellement connu. C'est le royaume des nouveaux voyants. Le second art est l'art de fixer le point d'assemblage sur la nouvelle position. Vous vous êtes suffisamment fixé sur des positions fantômes pour avoir des rêves bizarres. Mais avec le temps, vous atteignez la partie « étoffée », vous devenez suffisamment compétent pour savoir comment fixer le point d'assemblage sur la nouvelle position. Alors là, c'est parti. Le danger c'est de se faire piéger. Vous bougez corporellement, en permanence.
Les anciens sorciers ne pouvaient pas revenir. Mais lorsque vous voyagez en dehors de l'oeuf, l'abstrait ne veut pas de vous. C'est « vous » qui le voulez. C'est l'idulgence humaine qui nous tire et nous piège dans des endroits qui sont à l'intérieur de l'inconnu humain. Les sorciers de l'antiquité, bien que perdus, sont « au paradis ». Le meilleur des mondes possibles. Mais pas dans la mentalité de don Juan. L'objectif de don Juan était la liberté totale. La liberté se définit par la capacité à laisser sa conscience grandir totalement.
Les sorciers de l'antiquité étaient sujets à la voracité des flyers (il fit un mouvement pour montrer qu'ils avaient fait grandir leur conscience jusqu'au niveau de la poitrine, mais n'étaient pas complets). Lorsque votre conscience grandit totalement, elle se transforme en feu ; exquis. Impossible à concevoir. Que fit don Juan ? Impossible de savoir. Sa conscience a été augmentée au million. C'est pourquoi on appelle cela « la grande aventure ».
Rêver et traquer. Rien à voir avec jouer des tours. Cela a à voir avec VOUS. Il n'y aucun moyen d'enseigner, on peut juste indiquer une direction. Vous travaillez, vous ne faites pas des exercices. Vous serez guidé par l'explosion du dernier maillon. C'est ça la proposition. Donc, si vous pouvez percevoir l'énergie, les possibilités sont...Je ne peux même pas dire ça. Chaque filament est éternel, s'étirant dans l'infini.
Nous ne pouvons soutenir cette vue plus de quelques secondes, après quoi nous recommençons à interpréter. Mais cette pause nous permet de changer. Je ne suis ni un croyant, ni un adepte, ni un enseignant, ni un gourou. Je suis venu ici chaque jour pour vous parler. C'est ma tâche. Ma tâche d'expliquer. Mais je dois le faire sans gain en retour. Il n'y a rien que vous puissiez faire pour moi. Don Juan fut le premier être que j'ai rencontré qui n'avait besoin d'absolument rien de moi. C'est ça la beauté.
Les gens viennent ici et essayent de me dénigrer. Il se sentent obligés de le faire. Comme c'est tragique...600 peaux de l'oignon sont juste un côté de la clôture. De l'autre côté, il y a le monde des êtres qui possèdent une conscience mais pas d'organisme ; le monde des êtres inorganiques. Ce sont des forces jumelles qui forment une unité complète, holiste. Nous n'avons pas été élevés pour remarquer le côté inorganique. Si nous le remarquons, il y a plus d'énergie disponible pour nous, tout comme dans la démonstration que je vous ai montrée, où une seule impulsion peut déplacer l'énergie vers différents côtés. Où est le type sur qui je l'ai appliquée ? (le type lève la main) Là ! Tu te sentais faible, puis fort ensuite, pas vrai ? (L'homme répond, « Oui - et pas seulement, vous avez à moitié guéri mon rhume ! ») J'ai peut-être déplacée plus d'énergie que prévu...
Nous sommes dans un combat constant pour agglutiner notre énergie vers le centre, sur nos surrénales, là où elle est la plus utile, mais quelque chose est continuellement en train de lutter pour la diffuser à sa périphérie. Les sorciers ont dit qu'ils avaient voulu éviter une exaggération à propos du monde des êtres inorganiques. Alors pourquoi est-ce que je pense le contraire ? Je suis forcé de conclure que le fait que nous soyons poussé à être indulgent est accidentel, c'est la décision des flyers. Il est impossible d'éviter des parties de l'univers qui nous sont indispensables. C'est du déni. Dénier c'est blesser. Quelque chose m'empêche d'établir ce contact. Si je le faisais, je ne serais pas si faible.
En voyant le corps, les sorciers voient une contrepartie, un jumeau. Où est cette contrepartie ? Pour certains elle est proche, mais d'autres ne l'ont pas. Pourquoi ? Si c'est vraiment un univers jumeau, pourquoi cette contrepartie est au Japon ? Quelque chose a contribué à l'écarter.
Plus vous êtes discipliné, plus votre corps d'énergie est proche de vous. Le contact a lieu via le point d'assemblage. Le « corps de rêve », ou corps d'énergie - c'est la même chose, mais j'aime l'appeler corps d'énergie ; corps de rêve sous-entend que nous le forgeons en rêve, tandis que corps d'énergie est plus abstrait - a aussi un point d'assemblage. Au travers du rêve, on peut être proche du corps d'énergie, mais pas à travers le rêve lucide. Le corps d'énergie se rapproche lorsque l'on pratique le rêve, ou en exerçant notre attention de rêver. Le corps et l'esprit ne forment pas une dualité pour les sorciers. Le corps et le corps d'énergie forment une dualité.
Il est important d'engager une entité qui soit le témoin de tout ce que vous faites. Cette entité c'est votre mort. Elle réduit la mesquinerie. Nous tentons de l'éviter. Pour utiliser la totalité de nos possibilités, nous devons pouvoir définir le problème. Donc, à moins que nous incorporions l'univers jumeau, nous sommes juste en train de boiter, pas de marcher. Cela ne veut pas dire que cette nuit les êtres inorganiques vont vous chopper par les gonades... « Qu'est-ce que je dois faire ? Vous m'avez dit que les êtres inorganiques étaient des êtres féminins... » Certains d'entre vous sont sur le point de naviguer...il y a ici une énergie magnifique. Certains seront toujours insatisfaits. Je ne peux rien y faire, et il n'y a rien en dehors de vous-même qui puisse vous aider.
C'est pourquoi les Chacmools donnent des « diplômes ». Elles pensent qu'ils seront un jour précieux, alors elles les ont même numérotés ! Donc, quand vous m'envoyez des questions, envoyez-moi votre code, « 1/178 » par exemple, je saurais qui vous êtes. J'aimerais pouvoir inclure tout le monde, mais cela dépend d'un principe absurde - le choix. Alors pourquoi ne pas faire le choix de la liberté ? Les théories de don Juan ne sont pas des théories. Ce sont des conclusions, définitives. Nous aimerions inclure la totalité de l'humanité, alors je devine que vous pourriez dire que nous sommes « catholiques » à cet égard. Nos perceptions sont limitées par la culture, et l'histoire. Don Juan disait qu'il y a infiniment plus. Mais vous devez le faire vous-même. Don Juan m'a fourni des indicateurs. Il disait, « Ne retiens pas ce que je dis, fais-le ! » Utilisez ce séminaire comme un début. Si vous êtes désespéré, le désespoir trouvera une ouverture. Don Juan disait, « Ne crois pas ce que je dis, fais-le ! » Faites les passes, ajustez-vous autant que possible, souvenez-vous en de façon kinesthésique. Ensuite, quelque soit la prémisse que j'ai propagée directement à votre corps d'énergie, elle remontera à la surface. Puis nous ferons plus, beaucoup plus.
Faisant parti de la connaissance traditionnelle de don Juan, le « Défieur de la mort » est une entité qui apparut en 1725, et qui alla à la rencontre du nagual Sebastian, qui était sacristain dans l'église de Tula. Le nagual pouvait travailler dans l'église et y était à l'abri. Il s'occupait des cloches, et des autres biens de l'église. Un jour, un vieil indien vint à lui et lui dit : « J'ai besoin de ton énergie, ou bien je te dénoncerai comme praticien de sorcellerie noire... » Bien sûr, avec cette menace, Sebastian était disposé à l'écouter. L'indien ne voulait que l'énergie du nagual.
Nous avons tous un ombilical, le nombril, « le trou ». Nous mourons tous par là, c'est un endroit mortel, un trou dans le corps d'énergie, d'où la force de vie s'échappe au moment de la mort. Un nagual a deux fois l'énergie d'un homme normal, alors l'indien lui dit que lui donner une petite quantité d'énergie ne lui causerait aucun mal.
Cet indien était en fait un sorcier qui vivait il y a 7000 ans ; il vit aujourd'hui en plaçant son point d'assemblage sur différentes positions, obtenant ainsi une « hypothèque » sur la vie. Il déplace son point d'assemblage sur un endroit particulier qui lui donne la qualité d'être comme un insecte. Il extrait alors l'énergie par le nombril du nagual, et tire cette énergie jusqu'à une espèce de poche. Son point d'assemblage retourne ensuite sur sa position habituelle, où il est comme tout le monde.
Il n'a pas eu besoin d'énergie jusqu'en 1725. Puis, il s'est établi dans la lignée. En échange de l'énergie du nagual, il donnait des dons, des positions du point d'assemblage, ainsi que la connaissance nécessaire pour atteindre ces nouvelles positions et savoir quoi y faire. Sebastian était extraordinaire. Il reçut huit nouvelles positions de ce défieur de la mort. Lujan en reçut cinquante-deux ! Mais ce ne fut pas le cas pour don Juan, qui n'était pas intéressé par les dons du Défieur de la mort, ni pour moi. Mais il m'a touché, il n'y pouvait rien. Don Juan disait que j'étais mordu !
Je croyais à moitié ce que don Juan disait à propos de l'existence du Défieur de la mort. Du maïs trouvé au Mexique avait été daté au carbone 14 et estimé vieux de 34 000 ans. La première migration vers le Mexique était supposée avoir eu lieu il y a seulement 10 000 ans, et ne se constituait que de chasseurs-cueilleurs. Mais don Juan disait que c'était faux. Il disait,« Nous avons chacun notre façon de mesurer le temps ; tu mesures, tandis que... je demande. »
Un jour, don Juan me dit qu'il allait m'emmener voir le Défieur de la mort. Pas de problème, j'ai pensé, ce ne sont que des conneries. Et il m'emmena. J'étais complètement effrayé par les lueurs de l'aube. J'ai rencontré cet indien à l'accent le plus étrange qui soit. Il mettait l'accent sur toutes les mauvaises syllabes. Si l'accent d'un mot était sur la première syllabe, il le mettait sur la seconde. Mais il le faisait avec tant de constance que ce la me convainquit de sa sincérité.
L'homme était très mince, sec. Il me rendit cinglé à force de parler comme ça. Il me dit,
« Mes yeux se sont promenés sur les casques des conquérants espagnols. Je les ai vus, j'ai vu comment ils se déplaçaient. J'ai senti leur gêne, et j'ai senti comment ils devaient dormir avec leur casque et leur armure, j'ai senti leur douleur. J'ai vu des choses incroyables. Qu'est-ce que tu veux ? »
« Rien », j'ai répliqué.
« Mais nous avons un arrangement. Avec toi, ce sera difficile, tu es le dernier... »
Bien sûr, d'une certaine façon il savait que j'étais le dernier nagual de cette lignée, bien que je ne le sache pas à l'époque. Nous nous sommes rencontrés dans une ville du Mexique, un samedi. J'ai mangé du fromage avec lui, tout semblait être très normal. Nous nous sommes promenés. Ensuite, je sais que j'attendais que don Juan vienne me chercher, et je n'avais aucune idée de ce qui s'était passé. Je suis parti avec un sentiment terriblement ancien, évaporé, bienveillant, étranger, paisible. Cette nostalgie bizarre. C'était comme si j'étais engagé dans une lutte sans fin. C'est la première fois que j'ai vraiment réalisé qu'il y avait des choses qui n'avaient pas de fin.
Je me suis réveillé dans une ville étrange. Il y avait une rue pavée, surélevée en son milieu. Une route sur laquelle on ne peut rouler qu'en première. La première chose que vous voyez en montant cette colline, ce sont les chapeaux des mexicains sur l'autre versant. C'était une sensation étrange, un sensation « cinématographique ». Donc, je regardais ça... (Don Juan découvrit que cette ville était l'épicentre de « convolutions énergétiques »). J'attendais don Juan avec ce sentiment de nostalgie, mais pour ma vie ou mon passé, c'était quelque chose d'étranger. Si ancien, si triste, bien que charmant et récurrent. Ce sentiment ne m'a jamais quitté, je ressens encore cette sensation, la lutte sans fin, sans possibilité de trouver une accalmie. Don Juan disait que c'était du poison que le Défieur de la mort avait laissé en moi. C'était comme être disposé, être prêt, comme si quelque chose allait arriver. Un sentiment étranger.
La fois suivante où j'ai rencontré le Défieur de la mort se passa presque à la fin de la vie de don Juan. Dans une petite église de Tula, j'ai rencontré une femme extraordinaire. J'avais plus d'appréhension, don Juan dut littéralement me traîner dans l'église. Non loin de là, il y avait deux femmes et trois hommes qui sortaient de l'église. Les trois hommes descendirent les marches et les deux femmes entrèrent à l'intérieur. « Où est-il ? », demandai-je à don Juan, « Les hommes sont partis ».
Don Juan répondit, « Qui t'a dit que le Défieur de la mort était un homme ? » Il indiqua la femme sur le dernier banc de l'église. Don Juan m'implora de « traverser » moi-même, d'observer la coutume, et de ne pas me donner en spectacle. La femme se tourna et sourit. A cet instant, je courus hors de l'église, en proie à une crise d'asthme. J'avais de l'asthme quand j'étais enfant...
« Pourquoi cette peur ? » me demanda don Juan.
Mon nom de famille est Carlos Arana (prononcé « Arania »), et en portugais, Arana signifie araignée. Don Juan me demanda : « Qu'est-ce qui ne va pas Mr. Spider ? » Plus je m'éloignais, plus j'avais de la tachycardie. Puis, je me sentis vraiment très mal et dit simplement à don Juan : « Ok, allons-y », et retournais dans l'église et m'assis à côté de la femme.
Elle me salua et me serra la main ; elle avait une voix râpeuse. « J'aime ton énergie...muy buen ». Elle m'emmena de rêves en rêves - durant neuf jours -, j'étais perdu, bien que je pensais qu'il ne s'était écoulé qu'une seule journée. Don Juan me dit que j'avais passé des accords dont je ne serai pas conscient avant d'être « pleinement mature ».
Le Défieur de la mort est aussi réel que moi ou don Juan. C'est une possibilité d'être différente mais bizarre, qui est disponible pour chacun d'entre nous. L'inconnu humain est aussi éloigné que possible, mais il reste dans le domaine de nos possibilités. Ouah ! Qui sommes-nous ?!
Sommes-nous simplement des voyageurs retenus dans un genre d'horrible piège ? Peut-être. Pour moi, j'ai vu le Défieur de la mort et don Juan comme des navigateurs. Je navigue, par conséquent qui sommes-nous ? Pourquoi accepter des accords du passé - être acariâtre, sénile, mécontent, répétitif et plein de regrets - quel qu'ils soient, ce ne sont pas des décisions.
J'ai décidé de venir à ce séminaire - si c'est de la fiente de poulet, ainsi soit-il. C'est la voie du sorcier. « Oh, je n'ai pas reçu de traitement personnel... » Les gens viennent, et à la première fausse note, ils nous disent d'aller nous faire voir. Je dis que nous devons nous défaire de l'ego, mais alors c'est : « Vas te faire foutre ». Nous devons être aussi aiguisé qu'une lame de rasoir, allez-y doucement au début, puis vous pourrez sauter. Ne me donnez pas de, « Je sui volontaire pour rejoindre votre groupe, prenez-moi, prenez-moi, je ferai tout ce que vous voulez... » Cessez d'être un égomaniaque. « Oh je suis si déçu Carlos, pas de peyotl dans le désert ? »
Hier soir je vous ai invité à étudier votre « héritage » (les écrits de la Bible, de Jésus, de Mohammed, etc), et de chercher le « moi, moi, moi ». C'est l'homme qui parle pour Dieu. Cela ne peut être quelque chose de personnel. A la minute où ça l'est, nous injectons du « moi » dedans. Qu'est-ce que le paradis ? L'humanité pour l'éternité ? Nous ne voulons pas de ça ! Qu'est-ce que la paix du paradis ? Je suis en toge, marchant de cette façon (il marche terriblement lentement)... Puis vint le Défieur de la mort. Un mâle extraordinaire de son temps.
Les êtres inorganiques sont aussi attaqués par les flyers. Il n'y a rien qu'ils aimeraient plus que s'unir avec nous. Mais les seuls qui soient assez courageux sont les sorciers, des êtres qui veulent élargir leur conscience. Si vous professez être ce que vous êtes dans leur royaume, ils vous attrapent ! Comment pourraient-ils faire autrement puisqu'ils n'ont pas d'autre moyen de se faire connaître de nous. Nous sommes systématiquement séparés des êtres inorganiques par les flyers.
Don Juan disait que les êtres inorganiques étaient dangereux. Le Défieur de la mort s'est fait attrapé par les êtres inorganiques, mais il a accepté leur offre. Il a passé des centaines d'années dans leur monde. Un jour, cette ultime combattant de la liberté a découvert un moyen de s'échapper. Se transformer en femme ! C'est très simple pour un sorcier. Une femme a la lueur de son point d'assemblage tournée vers l'intérieur, tandis que celle du point d'assemblage des hommes est tournée vers l'extérieur. Tout ce qu'on a à faire est de faire tourner le point d'assemblage sur lui-même, et tout notre corps se transforme en autre chose. Ce n'est pas simplement une illusion. En tant que femme, les êtres inorganiques ne se rendaient même pas compte qu'il existait, et il s'est simplement glissé hors de leur monde sans se faire remarquer. En faisant un marché avec les êtres inorganiques, il a perdu ses possibilités. Mais maintenant il est caput. Je suis le dernier de la lignée, alors que va faire le Défieur de la mort ? Il va venir avec moi, je suis sa dernière chance. Cela me donne la chair de poule, mais c'est infiniment plus excitant...
Donc, ce défieur de la mort s'est échappé deux fois ! La première fois de la mort elle-même, puis du monde des êtres inorganiques. Quelle beauté, quelle élégance. Il a choisit de ne pas être humain, mais il demeure un être qui va mourir. Il ne connaît que la lutte, c'est une histoire, pas un bobard ! Il est chacun d'entre nous, mais rehaussé par sa soif de liberté. Je ne pense pas que le Défieur de la mort sache vraiment ce qu'est la liberté, et alors ? Il va vers quelque chose d'indéfini. C'est pourquoi j'essaye de me sortir de là (d'essayer d'arrêter de parler du Défieur de la mort). Car je vais pleurer comme un imbécile. N'osez pas croire que je n'en suis pas capable...
J'ai eu la chance de le faire avec mon père, un homme horrible. Il chassait avec mon grand-père, il avait tous ces sifflets, ces appauts, qu'il accrochait autour de son épaule. Une fois, il tira un canard, que je dus ensuite abattre alors qu'il se trouvait dans un eucalyptus. Mais il était vieux et couvert de gale. Je détestais mon père. A un certain moment, don Juan me dit que je devais aller le voir. J'y suis allé. Je fus reçu à la porte, mais ne connaissais pas les habitudes de la maison. Je demandais à parler à « Piloto Arana », il vint me retrouver sur le seuil. Il était plus âgé, et élégant. « Je suis venu vous rendre visite », j'ai dit. Il était très civilisé, exquis. « Est-ce que vous voulez du thé, du café ? A présent, dites-moi qui vous êtes et où nous nous sommes rencontrés...», dit-il aimablement.
« Okay, mais une fois que je vous aurai dit qui je suis, je n'aurais pas besoin de vous dire où nous nous sommes rencontrés (rires)... Je suis Carlos, ton fils, et je suis venu ici pour enterrer la hache de guerre, bien que je t'ai méprisé toute ma vie. »
« Tu t'es engagé dans un combat unilatéral. Tu as lutté, et j'ai oublié », dit-il. Il m'invita à entrer, mais me fit promettre de garder ma véritable identité secrète... J'aimais vraiment bien cet homme. C'était un grand lecteur. Il avait même les livres de Carlos Castaneda dans sa collection. Un homme exquis, gentil, diplomate. Mais son système cognitif « connaissait » la raison pour laquelle j'étais venu, c'était pour lui demander de l'argent. Je l'attrapai par les bras pour lui exprimer ma plus profonde affection. Sa fille entra et vit cela. Elle dû être surprise car aucun homme n'avait jamais touché son père ainsi. Puis, je regardai sa fille dans les yeux et lui dit, « J'aurais aimé avoir un père comme le vôtre, en grandissant... » (A ce moment là de l'histoire, Carlos et la moitié de la salle étaient sur le point de pleurer).
Mais...arrêtez-vous à cet endroit. Gelez l'instant, et vous garderez cet instant avec vous pour l'éternité. Comme des êtres qui vont mourir.
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Publié à 07:50 le 25 March 2008 dans Los Angeles août 1995 |
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Gaia Bookstore - 19 novembre 1993
Conférence de Taisha Abelar
L'entraînement d'un traqueur
«Nous vivons ce que nous écrivons dans nos livres. Nous n'avons pas l'intention de vous égarer. Castaneda n'est pas tout cela de lui-même. Le premier anneau de pouvoir est constitué de Carlos Castaneda, Florinda Donner, Taisha Abelar, en tant qu'expression impeccable des idées de don Juan. »
« Nous sommes des sorciers, constamment attaqués, bombardés par les tirs pénétrants du connu et de l'inconnu. Nous survivons grâce à notre propre endurance. Et nous en voulons toujours plus. Notre objectif est de saisir l'opportunité qui se présentera de sauter dans l'inconcevable. »
« Mais si votre corps d'énergie n'est pas éveillé et développé, vous pourriez bien sauter dans l'inconnu et ne pas vous en apercevoir. Nous devons aiguiser nos corps d'énergie afin d'être conscient de la subtilité et du mystère du saut, car sinon nous n'en serons même pas conscient. »
« Avant tout autre chose, le monde est énergie. Puis les formes émergent. Puis, la ‘réalité concrète'. Nous avons perdu la capacité de percevoir l'énergie directement. »
« Nous nous sommes perdus dans les catégories indexicales. Nous sommes des experts dans la manipulation des catégories indexicales. Nous percevons tout comme étant concret. Nous voulons voir l'énergie à nouveau. Les gens sont vus comme des œufs lumineux, de la taille des bras étendus sur le côté, devant et derrière, fait de fibres de lumière, avec le point d'assemblage situé dans le dos à une longueur de bras, à l'arrière entre les omoplates. Il y a là un point lumineux brillant de la taille du poing, un point de conscience, un point d'assemblage, le point de la perception, c'est là que nous assemblons le monde ; le regroupement des filaments provoque la perception. »
« Le point d'assemblage peut bouger grâce à une profonde médiation, aux drogues, une forte fièvre, la sénilité, à une privation de sommeil, une privation sensorielle, au sommeil naturel. »
« Ce que font les traqueurs c'est fixer le point d'assemblage sur une autre position. Le point d'assemblage peut également bouger grâce au coup du nagual. Les drogues ne sont pas nécessaires et de plus elles sont nuisibles. Elles ne furent utilisées qu'aux toutes premières étapes de l'apprentissage de Castaneda, juste parce qu'il était un nagual et que son point d'assemblage était trop difficile à bouger. »
« Lorsque l'on dort, traquer signifie maintenir le rêve, contrôler le rêve. Eveillé, traquer a une signification différente. Il s'agit de s'accrocher à une ligne - lui permettre de vous accrocher - et d'y consacrer toute votre énergie et la laisser vous tirer d'un coup sec. On ne peut pas partir si le point d'assemblage est rigide. Pour être efficace en tant que traqueur, vous devez avoir l'énergie de travailler avec. Il vous faut soustraire un peu d'énergie de ce monde afin de l'utiliser pour vous maintenir sur une autre position. »
Taisha Abelar fût entraînée à déplacer son point d'assemblage graduellement, à travers la récapitulation, jamais grâce à l'usage des drogues. Elle pensait qu'elle était parfaitement normale, totalement inchangée par la récapitulation, mais à la fin, sans même être consciente du processus, elle avait déplacé la moitié de sa conscience vers son corps d'énergie. Le corps d'énergie s'active naturellement, de lui-même, de manière presque invisible. Taisha expliqua que l'on ne se sent pas différent vis-à-vis du monde après une récapitualtion ; c'est juste qu'à ce moment là, on ne se vexe plus à cause des « petites choses » qui avant nous ennuyaient.
« Ne vous sentez pas insulté si facilement et ne vous faites pas prendre par les rituels de séduction. Le point d'assemblage peut également bouger de façon soudaine, de lui-même, ce qui peut être assez déconcertant. »
« L'autre jour, Carlos devait décider d'un sujet pour une conférence -- nous attendons toujours le dernier moment pour le faire. Parfois, j'écris une conférence parce que je suis nerveuse mais lorsqu'arrive le moment de parler, je ne l'utilise jamais. Je ne sais jamais de quoi je vais parler. Donc, Carlos était allongé dans son lit, gardant son esprit ouvert pour laisser l'intention formuler sa conférence pour lui, il avait peur de s'endormir, alors il se leva et marcha sans but dans la pièce, sans pensée, attendant que l'intention se canalise pour nous et pour vous, quand soudain, lui apparut le sens complet de ce qu'il allait faire durant sa conférence, c'est alors qu'il entendit ce bruit de ronflement, et il regarda en direction de son corps - et vous savez, quand vous rêvez, vous êtes supposé regarder vos mains et maintenair votre regard sur un meuble quelconque, ce sont des trucs pour que la scène ne change pas et que vous ne vous retrouviez pas à zoomer le mur. Et de toute façon, Carlos était si terrifié qu'il pensa qu'il était sur le point de sauter dans l'inconnu quand il commença à s'inquiéter du fait qu'il était en dehors de son corps, en train de contempler celui-ci, et son corps n'avait absolument aucun contrôle sur ses sphincters anaux, tout son contrôle était avec lui, dans le corps d'énergie, et il se demanda ce qui pourrait se passer si son corps évacuait une grosse merde... »
« Lorsque ces déplacements soudains ont lieu, ils peuvent blesser le corps physique. C'est pourquoi la règle numéro 1 est de maintenir le corps physique en très bonne condition afin de résister à l'assaut. »
Taisha commença alors à décrire plusieurs longues séquences du « théâtre du réel » dans lesquelles le traqueur revêti un rôle, bouge son point d'assemblage et joue un personnage tellement totalement qu'il se perd lui-même dans le rôle. Ses trois rôles, qui lui furent donnés par Emilito, étaient : Ricky, le gringo américain très laid - un homme. Taisha devint si talentueuse qu'elle finit par tromper tout le monde, à part le groupe de sorciers ; puis l'Esprit, c'est-à-dire Emilito, lui présenta son rôle suivant dans le théâtre du réel : une jeune fille mexicaine issue d'une famille aisée, attendant un prétendant (il y a un épisode amusant au cours duquel Taisha tombe en fait vraiment amoureuse d'un ancien curé défroqué qui souffre d'un syndrôme massif de « pauvre bébé », et Taisha lui donne un coup de poing sur le plexus solaire et le suspend dans un arbre, pensant que si cela avait été bénéfique pour elle - afin qu'elle retrouve l'esprit, cela serait aussi bénéfique pour son amant fougueux et brisé. Puis, son dernier rôle fut celui d'une clocharde cinglée, mais dans ce rôle, Taisha était ignorée de tous et passait ses journées assise à regarder les gens aller et venir. Un jour, elle ne vit plus de gens, mais seulement des corps énergétiques.
La récapitulation avait rendu le point d'assemblage de Taisha fluide ; elle traquait avec son corps ordinaire. Le théâtre du réel avait pour but d'entraîner son corps d'énergie à traquer. C'est l'intention, ou l'Esprit, qui choisit les rôles à jouer pour le traqueur, pas le traqueur lui-même. Dans son rôle de fille mexcicaine, elle croyait vraiment, en frappant sur la tête de son prétendant et en le suspendant dans un arbre, qu'elle n'était plus en train de traquer, mais qu'elle était amoureuse et qu'elle se devait de l'aider. Les autres sorciers lui versèrent un seau d'eau sur la tête afin qu'elle retrouve ses esprits. Lorsqu'elle vit tous ces gens allant et venant dans l'église, au cours de son dernier rôle, elle devint excessivement consciente du fait que ces gens étaient complètement forcés d'agir comme ils le faisaient, et qu'ils étaient chargés du poids de l'index de l'ordre social, incapables même de relever la tête.
« Il y a des brèches dans la toile sociale, l'index social. Je les ai vues quand j'étais folle. Vous n'en êtes pas conscient quand vous êtes normal. Mais les sorciers sont conscients de ces brèches et tentent de se glisser à l'intérieur. Et les êtres inorganiques en sont aussi conscients, ils les utilisent pour apparaître, entre les mailles. C'est la matrice sociale. »
Comment récapituler
« Il n'y a pas de manière bonne ou mauvaise de le faire. Nous avons remarqué que Florinda Donner et Carlos Castaneda utilisaient chacun une direction différente pour la respiration. Peu importe dans quel sens vous allez, l'important est de remuer doucement le point d'assemblage qui est entre vos omoplates en tournant la tête. Le plus important est de permettre à l'intention de vous guider dans le rêve ou dans le mouvement du point d'assemblage ; quelque chose viendra harmoniser ce que vous faites. »
« Donc, vous pourriez commencer avec une technique particulière, puis la développer et la rafiner selon les ordres de l'esprit. Ne vous faites pas mal au cou en le tournant trop fortement. Une fois que vous avez de l'expérience, vous pouvez récapituler en marchant ou en faisant la vaisselle, juste en balayant des petits paquets d'énergie en revivant des expériences passées et en renvoyant les petits crochets que les gens ont laissé en vous. »
« Commencer en vous asseyant et en calmant l'esprit. Prenez quelqu'un de votre liste, puis visualiser une scène avec cette personne où vous avez suffisamment de détails. Y a t-il des émotions associées à la scène ? Puis vous faites la respiration balayante. Vous travaillez à reculons depuis la personne la plus récente jusqu'à la plus ancienne. »
« Ne ravagez pas le corps physique. Eviter le comportement du boucher qui découpe les catégories avec les indexes sociaux. Les sorciers se jettent sur ces catégories qui viennent d'être découpées et qui ont été mises de côté. Il y eut 27 générations de sorciers dans la lignée de don Juan, qui ont manipulé beaucoup de catégories indexicales. Nous ne pouvons pas retrouver ces catégories indexicales dans la vie de tous les jours. Nous avons besoin de sortir un peu de nos positions familières. »
« Les sorciers de la lignée de don Juan apprirent des centaines de positions différentes du point d'assemblage transmises par le Défieur de la mort, comme par exemple la position de rêve double : s'endormir dans un rêve et se réveiller dans un second rêve dans la même position. Cela provoque un véritable saut dans l'inconcevable. Les naguals peuvent faire des rêves doubles parce qu'ils ont des corps doubles ; Carol peut le faire, mais je ne le peux pas, Carol peut le faire parce qu'elle est double et a un lien direct avec le Défieur de la mort. Vous ne devriez pas commencer avec des tâches aussi difficiles, commencer juste par chercher vos mains. »
« Nous cherchons à étendre les paramètres de notre perception, à obtenir plus que ce qui nous est attribué ; les sorciers s'échappent du quotidien avec beaucoup d'harmonie, vers un monde qui est différent et qui plus est a été infiniment meilleur pour moi que ce monde ordinaire. »
Session de questions-réponses
« Non, les sorciers ne croient pas à la réincarnation, bien que la vie puisse être prolongée une fois que la personne meurt, le point d'assemblage s'éteint et c'est tout. Les sorciers essayent de récapituler afin de pouvoir offrir un substitut à la place de leur conscience. Etant né avec seulement une quantité préétablie et limitée d'énergie, la récapitulation vous permet de la réclamer et cela vous donne plus d'énergie. A chaque fois que vous déplacer le point d'assemblage vers une autre postion, cela vous donne un boost, une poussée, c'est pourquoi il est important de perdre l'importance personnelle, car sinon cette poussée peut se traduire par de l'egomanie. »
« Lorsque vous récapitulez, débarrasez-vous d'abord des trucs étrangers ; ne commencez pas avec vos relations courantes ou bien vous risquez de les couper. Ne commencer pas par votre mère, c'est une des grosses relations que l'on garde pour la fin. La récapitulation ne veut pas dire que vous n'aimerez plus jamais personne ; en fait, vous aimerez les gens que vous avez connu pour la première fois lorsque vous aurez fini, puisqu'il n'y aura plus d'affaires en cours, de vieux bagages entre vous. »
(Carol Tiggs, à San Francisco, après une conférence à East-West, en 1993, a dit qu'il était bien sûr difficile de récapituler un mari, il y a une quantité de personnes à choisir de récapituler, alors pourquoi rechercher des ennuis en commençant à récapituler son mari ?)
Durant la session de questions-réponses, Taisha dit qu'il y avait toujours au moins une femme dans l'audience qui demandait le divorce après une des conférences de Florinda Donner.
« Placez-vous dans la scène que vous avez visualisée, puis respirez à l'intérieur de celle-ci. Tournez doucement la tête. Ne vous faites pas un torticoli. Voyez l'énergie, les filaments -- c'est quelque chose que vous devez voir ou sentir, mais cela deviendra de plus en plus facile avec le tmeps, particulièrement quand vous aurez plus d'énergie avec laquelle travailler résultant de votre pratique. Ressentez avec la respiration. Expirez et laissez aller -- brisez la matrice de la structure sociale. Evitez le jugement moral ou le narcissisme. Parfois le corps est impliqué - agitez vos fibres. L'action de tourner la tête agite le point situé derrière vous. Vous pouvez récapituler en faisant la vaisselle. Le corps d'énergie se fera connaître, entendre, et vous enseignera comment respirer, à votre propre manière.
Comment faisons-nous pour nous stabiliser ici sans avoir recours aux cigarettes, à la boisson et aux mauvaises habitudes ?
Au début, Taisha pensait que la question était de savoir comment toutes ces habitudes nous dé-stabilisent, puis réalisa que la personne qui avait posée la question ne s'intéressait pas aux déplacements du point d'assemblage, mais plutôt aux déplacements non voulus et à l'instabilité du point d'assemblage. Cela la plongea dans un long discours à propos des occupations ennuyeuses qui stabilisent le point d'assemblage des sorciers, comme la comptabilité et la programation d'ordinateur ; comment elle avait étudié la programation d'ordinateur. Dans l'un de ses rôles, elle est comptable. Elle dit que toutes ces choses, si elle nous sont étrangèrent, bougent le point d'assemblage. Elle parla aussi du fait que tous les membres du groupe avaient des diplômes supérieurs. Elle dit qu'elle était aussi courtier en immobilier. Les sorciers utilisent un berceau suspendu dans les arbres afin de restaurer la position du point d'assemblage.
« Ne restez pas en dehors de l'ordre social, utilisez-le. »
Est-ce que nous pouvons vaincre la mort sans l'aide d'un maître ?
« Oui, je pense. Nous sommes à la fin de la lignée de don Juan. Don Juan ne travaillait qu'avec deux ou trois positions du point d'assemblage. Carlos Castaneda n'en accepta aucune. Nous sommes en train de transmettre cette connaissance à quiconque est intéressé. D'une certaine manière, l'intention vous a atteint à travers les livres. D'être dans cette salle ce soir vous permet d'être entraînés par notre intention. Nous nous intéressons à la liberté totale, pas à une autre position du point d'assemblage. Alors récapitulez, c'est le plus important. Activez le corps d'énergie et quelque chose vous guidera. Nous nous sommes présentés tel que nous étions - une ligne qui part depuis l'arrière de la pièce englobe chaque personne présente - l'intention a avalé chacun d'entre nous durant tout ce temps. »
« Si vous vous abandonnez à l'intention et si vous récupérez totalement votre énergie, l'intention prendra soin de vous totalement sans que vous n'ayez rien à faire. C'est la fin de toute la lignée. Nous devons le faire nous-mêmes. Le seul guide est le corps d'énergie. J'ai l'intention que votre point d'énergie bouge, les livres en ont l'intention. Permettez que cela ait lieu. Si il y a quelque chose pour vous ici, alors faites-le. »
« J'avais l'habitude de lire avec beaucoup de plaisir les sutras bouddhistes, et aussi de me battre avec Florinda à ce sujet. Apprenez à vous frotter aux petits tyrans dans votre vie ou dans le théâtre du réel. »
Une question fut posée à propos du fait que le point d'assemblage de Taisha et celui des autres membres du groupe s'étaient déplacé à l'intérieur du corps. Taisha confirma, disant qu'elle n'avait pas été consciente du processus et qu'elle n'avait sentie aucune différence ; elle exposa une théorie sur la similarité existant entre ce déplacement du point d'assemblage à l'intérieur du corps et la croyance taoïste sur l'énergie prénatale, lorsque la vie commence au niveau du Tan Tien, avec seulement une certaine quantité d'énergie à disposition pour vivre, peut-être est-ce pour cela que le point d'assemblage doit remonter par le périné jusqu'à l'intérieur du corps. Elle se demandait si cela n'était pas semblable à la fleur qui fleurissait avant de mourir. Avant qu'elle et son groupe aillent là où don Juan était allé, dans l'inconnu.
« Nous nous inquiétons de ne pas avoir assez de temps. Le temps n'a plus aucune signification pour nous à présent, bien que je porte encore une montre. Nous nous inquiétons plus du fait de ne pas avoir assez d'énergie pour maintenir et affuter nos corps d'énergie et donner ces conférences. »
Question sur le sexe.
« Oui, récapitulez le sexe, les préliminaires, même les baisers contiennent d'énormes quantités d'énergie. »
Je veux dire, devons-nous éviter les relations sexuelles ?
« Récapitulez toutes vos relations sexuelles, mais évitez celles qui sont en cours. »
Devons-nous aussi récapituler les morts ?
« Oui. Même les morts. »
Comment faire pour récupérer mon énergie ? Je pensais que nous avions une quantité limitée d'énergie avec laquelle nous étions nés...
« Vous accumulez plus d'énergie parce que vous la récupérez. Pour le moment, vous avez seulement ce qui vous reste d'énergie, mais vous pouvez remplir à nouveau votre entrepôt, et les déplacements du point d'assemblage vous donnent toujours une poussée - gardez un corps fort ! Plus vous utilisez le corps d'énergie, plus vous devenez fort. Plus vous êtes fort, plus vous êtes conscient et plus vous deviendrez sensible. »
Prises de notes d'un praticien - copyright 1993 by WMW
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Publié à 08:44 le 13 March 2008 dans Taisha Abelar |
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Los Angeles, août 1995
Carlos se montra au cours des deux rencontres de la journée. Durant la seconde rencontre, il était tellement dans sa conférence qu'il dépassa le temps prévu pour celle-ci et nous avons été obligé de rester un peu plus tard. Le sujet était principalement « le pauvre bébé » et j'ai eu le sentiment que Carlos était suffisamment confiant envers l'audience afin d'être un peu moins diplomatique. Par exemple, il parla d'autres philosophies en disant qu'elles étaient devenues contraires à la vie. Cette partie de la conférence parlait du fait de vivre comme un sorcier et de se consacrer à explorer d'autres mondes. Carlos dit que s'il l'avait pu, il aurait édulcoré ses livres parce que le truc important nous était trop étranger.
Le groupe entier apparut le soir, à l'exception de Fabrizio et Tracy. Les noms de deux personnes du groupe avaient encore changés. Carlos parla de quelque chose qu'il avait évoqué le jour précédent : Ils s'attendent à ce que certaines choses étranges se produisent en résultat du séminaire. Carlos nous dit de garder un œil sur la sonnette d'alarme car il n'était ni notre mère ni notre gourou. Il insista à nouveau sur le fait que les Chacmools sont idéales pour nous car elles sont à mi-chemin. Il dit qu'il n'était plus dans ce monde. En fait, il ne pouvait pas se projeter au-delà de la dernière conférence de dimanche, ainsi ils avaient dû reporter la dernière rencontre au lendemain et les deux groupes finiraient ensemble le dimanche suivant.
A propos du locataire, il nous dit que les mondes qu'ils exploraient actuellement étaient en dehors de la tradition de la lignée de don Juan (vraisemblablement parce qu'ils sont créés par des positions du point d'assemblage différentes de celles que don Juan utilisait, et qui sont plus proches de celles utilisées par le locataire). A propos du bien et du mal, il dit qu'aucun des deux n'existait depuis le point de vue des sorciers. A propos de l'humeur de don Juan, il dit qu'en tant que personne, il n'avait pas grand-chose à dire à ce sujet. Mais si nous rejoignions son but, il serait obligé de nous aider de n'importe quelle façon possible. Il dit qu'il se souciait beaucoup de la condition de l'humanité et ne voulait pas s'en aller sans avoir fait quelque chose pour l'aider. Il ne se voyait pas laisser la connaissance de don Juan simplement se terminer comme ça. Puis il dit que don Juan ne partageait pas cet intérêt, que don Juan ne se souciait pas particulièrement de ses frères humains.
A la fin d'une longue session de Tenségrité, Carlos insista sur l'importance de faire les mouvements exactement de la même façon que les Chacmools, plutôt que de les faire « comme nous sentions » qu'ils devaient être pratiqués. Il nous dit que ces mouvements, q'ils étaient fait avec précision et diligemment, auraient un effet intentionné sur notre corps, et sur notre corps d'énergie, que nous y croyions ou pas.
Durant le séminaire, quelqu'un posa une question sur les êtres cycliques. Carlos demanda à Zaia et à l'enfant qui était avec elle de se lever. Il dit qu'elles étaient des êtres cycliques. Je présume qu'il estima que l'audience ne le prenait pas au sérieux, alors il réitéra qu'il était trop impliqué pour inventer des choses pareilles, que c'était pour lui une question de vie ou de mort.
Ils nous enseignèrent une technique appelée, « Le combattant ailé mâle et femelle ». Ils dirent que cette technique était propre au Défieur de la mort. Il s'agit d'une des deux techniques enseignées qui viennent de cette même source. Carlos insista sur à quel point nous étions timides. Il donna l'exemple du cancer et des virus mortels disant que nous étions si timides que nous acceptions que ces états soient permanents. Ensuite, il dit que la technique que j'ai auparavant mentionnée - la passe du Défieur de la mort - servait à « changer de sillon », comme sauter d'un morceau à l'autre sur un disque vinyle. Aussi, si vous découvrez que quelque chose ne va pas avec une partie de votre corps, même un handicap comme avoir deux vertèbres de la colonne vertébrale qui soient soudées ensemble (quelqu'un posa une question spécifique à ce propos), vous pouvez changer de sillon et vous libérez de tout handicap ou sortir de toute situation qui met votre vie en danger.
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Publié à 08:58 le 21 January 2008 dans Los Angeles août 1995 |
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Los Angeles, août 1995 (2)
Carlos se montra pour cette première rencontre. Ce fut une surprise pour tout le monde. Plusieurs des autres membres de son groupe s'étaient déjà présentés, relevant l'information, vérifiant les gens à l'intérieur, et faisant même la circulation. Mais lorsqu'il fut temps pour les Chacmools de faire leur entrée, Carlos ouvrait la marche. Il s'avança rapidement jusqu'au devant du groupe et se présenta. Il portait de tous nouveaux pantalons Levi's, et une chemise sans poches. Il expliqua plus tard que cette chemise n'avait pas de poche parce qu'il avait été fumeur.
En dépit des précédentes descriptions faites sur Carlos, disant qu'il était petit et simple, je le trouvais petit et très beau. Il était plus âgé que les autres, mais beaucoup plus vigoureux en même temps. Tous les mouvements de ses mains étaient rapides et énergiques, il bondissait durant sa conférence, martelant ses mains sur la scène aux moments clés. Même les sons dans la salle, comme les claquements de porte, collaient parfaitement au timing de sa conférence. Ses yeux avaient cette différence que sont supposés avoir les yeux d'un sorcier. Son œil gauche était noir et blanc et s'éloignait un peu de l'autre. Il avait les cheveux raides, assez courts, et presque entièrement gris. Il était petit, extrêmement mince, mais un peu plus musclé au niveau de la poitrine.
Je n'étais qu'à quelques mètres de Carlos et il gardait constamment ce contact avec l'audience au travers de ses yeux. Prendre des notes aurait été plutôt inapproprié. Carlos commença en nous racontant que les gens lui demandaient souvent, « Comment ça se fait que ce truc de Tenségrité n'était pas dans les livres ? » Carlos répondait que ça y était, qu'il en était question partout. Il donna l'exemple de don Juan se faisant craquer les os. Il raconta une brève histoire sur le fait qu'il aimait tellement ça qu'il avait engagé une conversation avec don Juan à ce propos. Don Juan lui avait suggéré qu'il l'imite et il avait appris à le faire lui-même. Ce fut le début de son entraînement de Tenségrité.
Carlos nous raconta qu'une fois, don Juan lui avait demandé s'il ne trouvait pas cela étrange que la position du point d'assemblage du monde entier soit si uniforme. Lorsque Carlos répondit qu'il ne s'en était pas rendu compte, don Juan continua, en lui demandant si ce n'était pas un grand mystère que tous les endroits dans le monde et toutes les cultures partageaient la fixation commune du je, je, je et du moi, moi, moi. Carlos expliqua que nous n'étions pas nés avec cette idée du moi, mais qu'elle nous avait été enseignée et que nous l'emportions jusque dans la tombe. Il dit que nous étions enterrés en pensant « moi, moi, moi ». Et qu'à aucun moment de notre vie nous ne l'abandonnions.
Don Juan lui avait expliqué que ce n'était pas de notre faute si nous étions comme ça, que quelque chose d'autre en était la cause. Puis il décrivit les Flyers à Carlos. Il dit que les voyants avaient perçu quelque chose qui passaient devant nous si rapidement que c'était même trop rapide pour les yeux d'un sorcier. Il s'avéra que ces choses possédaient une conscience mais pas de corps physique. Ils se nourrissent de notre énergie, en nous léchant jusqu'à ce qu'il ne nous reste plus que l'énergie propre à l'autocontemplation. Il est dans leur intention que nous ne regardions jamais ailleurs. Ils veulent juste que nous nous tenions tranquille et que nous les laissions se nourrir de nous. Carlos ne croyait pas aux Flyers à cette époque. Au cours de sa conférence, il dit avec insistance à quel point cela avait été difficile pour lui d'y croire, étant donné sa formation académique et le fait qu'il se considère inconsciemment supérieur à don Juan.
Carlos avait demandé à don Juan s'il pouvait voir les Flyers. Don Juan avait répondu, « Bien sûr que tu peux les voir. Mais pas dans ta condition actuelle. » Carlos voulait savoir pourquoi, et don Juan lui avait dit que c'était parce qu'il était trop gros. Carlos expliqua qu'à cette époque, il adorait manger des sandwiches au bacon. Il en mangeait 17 par jour, plus 12 sandwiches au beurre de cacahuète et à la confiture. Il expliqua aussi que pour un sorcier, il n'était pas approprié de se rendre dans les centres de remise en forme de type Spa ou de faire des exercices physiques de manière ordinaire. Il dit qu'un sorcier ne devait entraîner son corps qu'en faisant de la Tenségrité. Carlos expliqua l'objectif de le Tenségrité de la même façon que l'avaient fait les Chacmools : donner un goût à notre conscience qui ne soit pas savoureux pour les Flyers. Mais il donna aussi une autre explication.
Il décrivit comment on pensait que certaines galaxies étaient maintenues en un tout grâce au gigantesque trou noir qui se trouvait en leur centre. Bien que personne n'ait pu le prouver, c'était la seule chose qui pouvait expliquer pourquoi les planètes ne s'éloignaient pas dans un mouvement de spiral. Il dit que le même concept pouvait être utilisé pour nous décrire. Nous étions une collection de filaments lumineux avec une lueur de conscience encore plus lumineuse. Quelque chose empêche cette conscience de partir dans l'infini. C'est sur cette force, qui maintient la conscience, que s'exerce la pratique de la Tenségrité.
Carlos dit qu'il avait demandé une fois à don Juan si il y avait un moyen de savoir si la Tenségrité marchait pour lui. Don Juan lui dit qu'il y avait un test qu'il pouvait faire mais que cela lui paraîtrait trop dégoûtant. Après qu'il ait éveillé sa curiosité, Carlos ne put résister et supplia don Juan de lui dire quel était ce test, même si c'était choquant. Don Juan lui dit : « Très bien, mais tu dois me promettre de me dire quels sont les résultats, peu importe à quel point cela te semble choquant. » Carlos acquiesça sur le champ. Don Juan dit à Carlos d'aller chez lui, dans sa salle de bains, de baisser son pantalon, de se pencher en avant, d'attraper ses genoux, et de pointer son derrière vers l'est. Ensuite il devait péter. Si la pratique de la Tenségrité marchait pour lui, il ferait un pet long et volumineux. Si la Tenségrité ne marchait pas, ce serait juste un petit prout. Carlos expliqua que don Juan était très vulgaire mais que lui-même était assez naïf pour croire à ses tests. En fait, il essaya, et rapporta les résultats à don Juan. « Je suis en très mauvaise forme... », lui dit-il. Don Juan se tourna vers ses associés, en riant, et répéta, « Il est en mauvaise forme ! » Carlos expliqua que le paiement de don Juan pour son enseignement était des heures sans fin de divertissement aux dépends de Carlos.
Carlos raconta l'histoire où don Juan l'avait guérit de son tabagisme. Il nous expliqua qu'il fumait depuis qu'il était un jeune garçon, et qu'habituellement il s'essoufflait rapidement en faisant de l'exercice, ainsi il rattrapait son souffle perdu en tirant sur des cigarettes. Une fois, don Juan lui annonça qu'ils allaient faire une petite escapade dans les montagnes pendant 10 jours. Carlos dit que l'endroit où ils devaient se rendre était parcouru de profonds ravins et de paysages époustouflants. Don Juan lui dit de ne pas se préoccuper d'emmener quoi que ce soit, sauf peut-être quelques paquets de cigarettes car ils partaient pour 10 jours. Il lui dit d'être très généreux et d'emmener 50 paquets, de les envelopper dans du papier aluminium et dans du tissu car les coyotes pouvaient les lui voler ; ils ne pouvaient résister à l'odeur du tabac. Carlos dit qu'il avait suspecté que quelque chose allait se passer, et le premier jour il fuma comme un malade. Puis il alla se coucher et quand il se réveilla le matin suivant les cigarettes avaient disparu.
Don Juan n'était pas inquiet. Il dit à Carlos, « Jusqu'à quelle distance un coyote peut-il transporter un énorme paquet de cigarettes ? Elles doivent probablement être coincées dans une branche d'arbre ou dans une crevasse rocheuse à une vingtaine de mètres d'ici. Tout ce que nous avons à faire est de suivre sa piste. » Don Juan passa les huit heures suivantes avec Carlos à essayer de retrouver la piste du coyote. Carlos gloussa à cet endroit de l'histoire. Il dit que la piste qu'ils avaient trouvée passait par les ravins les plus dangereux qu'il ait jamais vus. A la fin, ils suivaient la piste dans un ravin très profond et dangereux. Don juan lui demanda si il voulait vraiment courir après ses cigarettes. Carlos dit qu'à ce moment là, il était si désespéré de fumer une cigarette qu'il aurait fait n'importe quoi. Il descendit dans le ravin, ne put trouver ses cigarettes et se retrouva coincé. La nuit était tombée, alors don Juan lui dit de ne pas s'inquiéter, il le sortirait de là le lendemain matin.
Le jour suivant, don Juan trouva un chemin détourné, très exposé au vent, qui leur permit de sortir du ravin. Je ne me souviens plus de combien de jours s'étaient écoulés à ce moment de l'histoire, mais don Juan annonça finalement à Carlos que si celui-ci était disposé à fumer le tabac « noir » local, ils pourraient trouver des cigarettes dans une ville voisine. Carlos lui répondit, « Bien sûr, je fumerais N'IMPORTE QUOI ! Je vous fumerais vous si je le pouvais. » Don Juan commença alors à lui indiquer le chemin pour parvenir à une ville locale, mais après un moment il admit, « Je deviens vieux. Je suis perdu. »
Carlos dit qu'à ce moment là, il était furieux. Il nous confia qu'au cours de son association avec don Juan, il avait de nombreuses fois désiré lui faire du mal mais qu'il avait peur de don Juan. Après plusieurs jours à être perdu, Carlos remarqua que sa capacité à escalader les ravins était extraordinaire. Et il n'eut plus jamais envie de cigarettes. C'est à ce moment là que don Juan lui annonça qu'il était fatigué d'errer ainsi avec Carlos, qu'il était temps de rentrer. Il ne marcha pas plus d'une trentaine de mètres et lui montra la route pour rentrer. Carlos dit que la route avait été là tout ce temps, mais qu'il n'en avait jamais rien su et il avait vraiment cru qu'ils étaient perdus.
Une bonne partie de la conférence de Carlos avait pour but de contredire les rumeurs et les spéculations à propos des Chacmools. Carlos affirma qu'il avait lui-même essayé de construire une base de praticiens sérieux durant des années, en enseignant, entre autres choses, la Tenségrité. Mais qu'il n'y était pas parvenu. Tout ce qu'il avait réussi à faire, avait été de prodiguer un jargon à des personnes peu scrupuleuses qui s'étaient rendu célèbres pour enterrer des gens dans des cercueils merdiques et qui déclaraient être capables de leur enseigner comment rêver et traquer. Carlos nous regarda, incrédule, comme s'il nous disait, « Comment pourraient-ils enseigner rêver et traquer ? »
Il dit que les Chacmools avaient, en un temps extrêmement court, réussi là où il avait échoué. Il dit que son point d'assemblage était dans un endroit différent du nôtre, mais que les Chacmools étaient à mi-chemin entre ici et l'infini. Carlos insista sur le fait qu'il allait encore nous parler, de nombreuses fois. Il dit qu'il reviendrait pour répondre aux questions lorsque les deux groupes (les deux classes) seraient ensemble. Puis il dit que nous devrions suspendre notre jugement parce que cette classe était très spéciale. Elle était conçue pour produire un effet spécifique sur nous.
Il regarda autour de lui et dit qu'il cherchait au niveau de nos talons, qu'il cherchait à voir cette « étincelle ». Il dit qu'à la fin des trois semaines, nos talons seraient pleins d'étincelles. Alors seulement il pourrait nous parler. En attendant, il était juste une personne qui parlait à une autre, et il n'avait rien à dire à part, « Allons manger un hamburger » et « Comment tu t'appelles ? » Mais si nous nous engagions à nous joindre à cette incroyable exploration, alors il se devrait de faire pour nous tout ce qui était en son pouvoir. Il ne voulait pas la connaissance juste pour mourir avec, pour que tout s'arrête avec lui. Il voulait nous la donner. La dernière chose que dit Carlos fut, « Swinguons ! »
Puis les Chacmools arrivèrent pour nous enseigner des passes magiques. Il n'y aurait aucun intérêt à décrire les mouvements de Tenségrité qu'elles nous enseignèrent, à part celui de dire que je ne les avais jamais vus, ni sur la première vidéo, ni au cours des trois derniers séminaires auxquels j'ai assisté. L'enseignement était très différent, concentré sur un certains aspects très mineurs. Bien que ceux-ci aient semblé être très importants. Par exemple, nous avons pratiqué bouger notre pouce en l'ajustant à notre main, tout en levant le bras très légèrement, et rechercher une sensation dans la poitrine et au niveau des aisselles. De plus, la position du cavalier employée était superficielle et elles insistèrent sur le fait de tourner nos doigts de pieds vers l'intérieur. Kylie nous dit de rechercher une sensation de tension à l'intérieur de la cuisse, et aussi de pratiquer la marche à pieds au cours des trois prochaines semaines, avec nos pieds pointant légèrement vers l'intérieur.
Elles nous recommandèrent également d'arrêter de manger du sucre raffiné au cours des trois prochaines semaines, ainsi que de l'amidon, et d'arrêter de manger des fruits. Et aussi de manger moins de sel. Elles insistèrent sur le fait que cette classe était spéciale, et avait été conçue pour produire un effet très particulier. J'ai demandé à une des Chacmools si les programmes des deux classes allaient être les mêmes. Elle affirma que c'était prévu, mais qui savait ce qui allait arriver énergétiquement ?
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Publié à 08:22 le 17 January 2008 dans Los Angeles août 1995 |
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Los Angeles, Séminaire intensif de Tenségrité, 13 août 1995
Castaneda apparut un peu après quatre heures de l'après-midi, impeccablement habillé, portant un costume marron, des chaussures marron et une cravate jaune et marron. Les chaises se trouvaient à proximité de la scène, comme promis cette fois. Les membres de son clan prirent place à nouveau dans les deux premières rangées, bien que la jeune fille qui avait été présentée la semaine précédente (en compagnie de l'Eclaireur bleu), en tant qu' « être cyclique », fut absente. Du côté nord au bout de la rangée se trouvait l'Eclaireur bleu, assise à côté d'une jeune femme avec des cheveux très rouge, puis venait ensuite Carol Tiggs, Florinda, et enfin Taisha. Amalia était à côté de Taisha, et les Chacmools étaient à ses côtés. Castaneda dit qu'il avait prévu de parler des êtres inorganiques ce soir là, et que le sujet avait semble t-il effrayé certaines personnes.
Don Juan lui avait dit que tout était le produit de l'interaction de deux forces. Les situations sont toujours en dichotomie - par exemple, des cliques opposées au travail ou d'autres situations du même type - et le système des sorciers sert à guider cette dichotomie.
Une fois, il était à Tula avec le groupe de don Juan. Tula et sa vallée est la région d'où venaient tous les anciens sorciers de la lignée de don Juan, et c'était également l'endroit où don Juan habitait. Castaneda prenait un immense plaisir à être avec ces splendides guerriers qu'étaient les membres du clan de don Juan. A cette époque, le nagual Mathias leur rendait visite ; un nouveau nagual de l'héritage allemand, qui avait été frappé sur la tête quand il avait 14 ans et qui n'avait jamais récupéré. Il parlait un espagnol étrange, qu'il disait provenir du temps de la Conquête. (Et qui était Castaneda pour dire que ce n'était pas possible ?) Il voulait aller à Tula avec le groupe de don Juan. Castaneda était heureux que la situation se transforme en dichotomie et qu'ils n'emmènent pas Mathias avec eux. Apparemment, ils s'amalgamèrent en deux groupes, « les bons sorciers et les mauvais sorciers. »
Les sorciers aiment contrôler cette division pour aller vers « ce qui est permissible. » Le même genre de dichotomie s'opère dans notre monde. D'un côté se trouve le monde organique - qui nous inclut, nous, et d'autres organismes dotés d'une conscience. De l'autre côté se trouve le royaume inorganique - des entités avec une conscience mais sans corps organiques. « La structure de leur monde est différente mais complémentaire à la nôtre. » Les sorciers découvrirent que les êtres inorganiques venaient à leur rencontre au travers des rêves. Les rêves, en tout cas un certain type de rêves spéciaux, sont des « portails » qui ouvrent sur un passage donnant sur le côté inorganique de l'univers, et qui leur permet de passer dans notre monde. C'est seulement en rêve que nous pouvons suffisamment équilibrer notre énergie pour percevoir cet autre royaume. Autrement, notre vélocité est trop rapide pour les percevoir.
Les anciens sorciers découvrirent que les rêves donnent accès aux êtres inorganiques et aussi à d'autres royaumes. Ils nommèrent les êtres qui s'y trouvaient « les alliés ». Ce terme n'est pas approprié, bien sûr, puisque ces êtres ne sont pas capables d'agir comme des alliés dans ce royaume, et ils laissèrent tomber les sorciers en temps de crise. Depuis lors, les sorciers s'en sont tenus à l'écart. Don Juan sentait que la seule chose à faire était de se tenir à l'écart des êtres inorganiques. Au moment où on utilise le portail, on entre dans un véritable monde très bien organisé, que ça nous plaise ou non. Les sorciers entraînent leur attention de rêver - la développant dès le début en se souvenant de focaliser leurs yeux sur n'importe quel objet, en donnant de petits coup d'œil, puis en déplaçant leur focalisation sur un autre objet, puis un autre, etc.
Ils découvrirent que pour chaque individu il y a un nombre seuil d'objets que nous pouvons focaliser avant que le rêve devienne autre chose. Dans les rêves non ordinaires, une fois que nous atteignons ce seuil, nous sommes en route autre chose. De tels rêves spéciaux s'annoncent par quelque chose de plutôt inhabituel - par exemple, l'image d'un poisson qui vole. Une fois que l'on apprend à piéger notre attention, nous pouvons atteindre ce seuil à partir du moment où nous entrons dans « un rêve qui n'est pas un rêve. »
Don Juan donna comme tâche à Castaneda de chercher ses mains dans ses rêves, et Castaneda la transforma en obsession. Il découvrit qu'il ne pouvait pas le faire (et s'imita lui-même en train de dire à don Juan qu'il ne pouvait pas trouver ses mains. Don Juan lui dit qu'il pouvait chercher autre chose : « Cherche ton pénis. » Castaneda s'imita, disant sur un ton geignard, « Décidez-vous une fois pour toutes à arrêter vos blagues, je ne les aime pas. ») Don Juan lui dit initialement de chercher ses mains « ou quelque chose d'autre, » et il oublia simplement ce « quelque chose d'autre. » - [Cela lui rappela une femme qui avait fait une liste de toutes les raisons qui la rendaient spéciale. Il dit qu'il nous ramènerait la liste avant la fin du séminaire. Sur la liste, par exemple, il y avait le fait qu'un jour un professeur lui avait dit, « d'une certaine façon tu es trop mature. » Lorsque Castaneda lui avait demandé s'il ne manquait pas quelque chose dans cette affirmation, elle était allée parler au professeur et avait découvert à son grand regret qu'il avait juste tenté de lui dire, « Tu es trop mûre pour agir comme un trou du cul. »] - Castaneda voyait tout sauf ses mains. En fait, il ne trouva ses mains qu'une seule fois dans ses rêves - et ce n'était pas vraiment les siennes mais plutôt deux grosses mains velues. (Ils ont trouvé récemment des mains de singe en plastique, et ont trouvé que leur aspect, en forme de coupe, était représentatif de ce que sont les êtres humains - des êtres avec de petites mains cupides de gorille. Il dit qu'il nous les rapporterait pour nous les montrer.) Mais Castaneda avait en fait réussi à accomplir la mission que lui avait donnée don Juan, sans le savoir, car il avait focalisé son attention sur toutes les autres choses dans ses rêves. (Il était sûr que d'avoir mentionné cette commande de don Juan avait eu le même effet sur ceux qui avaient lu ses livres et avait produit une obsession à propos de trouver ses mains.)
L'attention de rêver est une autre source de discipline qui nous rend immangeables pour les Flyers. Une fois que nous traversons le portail, quelque chose vient pour nous emmener vers une autre couche de l'oignon, ou vers l'univers duel des êtres inorganiques. Nous contrôlons la direction vers laquelle nous allons en exprimant notre intention à voix haute - essentiellement en donnant des ordres, comme « Emmène moi dans ton monde. » La seule chose qu'ils écoutent est un ordre direct, il n'est pas bon du tout de geindre, ou de supplier. Il ne faut pas leur demander quoi que ce soit de façon arrogante, mais plutôt d'une manière forte, ferme et convaincante. « Si vous êtes bien élevé, vous pouvez dire ‘s'il vous plaît' ou ‘merci' », plaisanta t-il, « mais c'est optionnel. »
Une fois que vous avez exprimé à voix haute votre désir d'aller dans leur monde, ces balles d'énergie vous emportent. Don Juan lui a dit d'aller ailleurs et de ne pas exprimer à voix haute son intention d'aller dans le monde des êtres inorganiques. Mais Castaneda a toujours eu cette étrange propension à se fourrer dans des situations dangereuses.
Enfant, Castaneda jouait de la trompette pour éviter d'aller à l'école. Il disait à son professeur qu'il avait des répétitions avec son groupe, puis il disait au groupe qu'il devait aller en cours. Ainsi, il finit par n'aller à aucun des deux. Puis, il fut transféré dans une autre école, et le type qui s'occupait du groupe de musique lui dit qu'ils n'avaient pas besoin de lui. (Il s'imita en état de choc à l'idée de devoir aller en classe.) Alors il avait décidé de rendre sa trompette inutilisable. A la nuit tombée, dans le pensionnat, il se glissa furtivement dans la salle de répétition et démarra un petit feu, en utilisant de la corde, afin de créer suffisamment de chaleur dans l'embouchure de la trompette pour rendre le ton mauvais. Mais il aurait dû utiliser du câble plutôt qu'une corde. La corde tomba dans une percussion. Alors, il essaya d'arrêter le feu avec de l'eau, au lieu de retourner dans son lit, où il n'aurait pas été surpris. Mais il n'était pas assez fort pour soulever le seau d'eau (il s'imita en train de répandre de l'eau partout), et il dut le remplir par trois fois. Il finit par se détremper les pieds. Puis il retourna dans son lit et, naturellement, fut découvert en raison des traces de pied mouillées qui l'avaient directement conduites à lui. Finalement, une aile entière du bâtiment avait brûlé. Sa famille avait dû payer pour la reconstruction de l'aile et pour les instruments. Il en avait parlé à son grand-père, son seul allié. Son grand-père avait seulement dit, « Que c'est stupide ! Tu aurais dû utiliser du câble. » Son grand-père, un peu criminel lui-même, était horrifié par la stupidité du garçon mais pas par l'acte nihiliste de brûler l'école.
Ainsi, Castaneda nous dit qu'il était un « crétin désespéré » de nature, quelqu'un qui prend des risque. Don Juan lui avait dit qu'il allait commencer à entendre une voix, celle de « l'émissaire de rêver », mais lui avait dit de ne pas l'écouter. Un jour, il entendit une voix, mais se dit à lui-même que cela devait être dû à un genre d'effet post-hallucinogène. Cependant, la voix vient d'un autre monde, et s'adapte à nous. Pour lui, cela avait commencé par être une voix d'homme qui parlait un espagnol argentin, ou un anglais de la côte ouest des Etats-Unis. Elle utilisait des termes attachants - comme « flaco », « hijito », et « boludo. » Et la voix lui avait dit qu'elle lui révélerait tout ce qu'il voudrait savoir. Mais ses résultats étaient toujours désynchronisés. Elle lui disait quelque chose à propos de quelqu'un deux mois après sa demande, ou même 5 ans après, alors qu'il n'en avait plus rien à faire.
Cette voix de l'émissaire de rêve s'attache à nous physiquement. Pour lui, il l'avait ressentie comme si elle provenait de la zone du foie.
Le monde des êtres inorganiques est essentiellement féminin, et Castaneda avait fini par entendre une voix de femme - « plutôt exquise. » Les mâles sont couvés dans ce monde parce qu'ils ne sont qu'une « petite vrille » provenant d'une base femelle. (Il imita « être un macho », puis n'être juste qu'une « petite vrille ». Puis il décrivit comment une fois, alors qu'il était chez don Juan, il s'était mouché le nez si fort que ses végétations étaient sorties. Sa réaction immédiate avait été « d'aller voir maman pour lui montrer.» Cela lui rappela alors qu'il avait travaillé dans un hôpital psychiatrique, où un type qui n'avait plus aucune sensation dans son corps avait attrapé un de ses globes oculaires, puis l'avait apporté au docteur en disant, « Regardez ce qui vient de se passer. » Etant seulement psychiatre et pas chirurgien, le docteur s'était évanoui. Le même patient fut découvert un peu plus tard en train de se scier le bras, en chantant « Le vieux MacDonald avait une ferme. »)
Don Juan ne s'attendait pas à ce que Castaneda soit si stupide. L'émissaire de rêve est un commerçant très attachant. Il dit, « Tout ce que vous avez à faire est de me dire deux mots. » Ces mots sont « Pour toujours. » - « Si vous me donnez votre parole, nous pouvons allonger votre conscience à 5 milliards d'années. Vous pourrez voir des choses inconcevables, comme le cœur d'une étoile, et vous ne brûlerez pas. Vous n'aurez pas besoin des respirer. Mais, nous ne pouvons pas vous forcer, c'est votre choix. » Don Juan lui avait dit de ne pas tomber là dedans.
Les êtres inorganiques sont aussi consommés par les Flyers, et ils désirent joindrent leur vitesse lente à la nôtre, plus rapide. La voix emmena une fois Castaneda dans le monde des êtres inorganiques et lui dit qu'il était peuplé de trois types d'êtres - ceux qui ressemblent à des bougies ondulantes, ceux qui sont ronds, et d'autres qui sont en forme de cloche. La voix lui dit aussi qu'il y avait d'autres entités qu'elle ne pouvait pas lui montrer à moins qu'il donne sa parole de rester. « Tous les rêveurs mâles ont rapporté la même expérience, don Juan inclus. » Les psychiatres et d'autres experts ne purent lui expliquer ce qu'était cette expérience, à part le produit de son esprit. Castaneda finit par faire des voyages sans fin dans ce monde, et durant l'un deux, il vit une énergie qui ressemblait à une petite fille qu'il connaissait. La « fille » lui demanda de l'aide. D'après don Juan, une des qualités de Castaneda était qu'il était capable de sauter avec bravoure pour briser les chaînes de l'autre. Il donna sa parole, son intention, ce qui épuisa toute son énergie, et il fut retenu là, bien qu'il ait réussi à libérer la « fille ». Don Juan et quelques-uns de ses associés avaient dû y aller pour le sortir de là. Ils n'y étaient pas entrés en rêvant mais grâce à des techniques de sorcellerie d'une haute maîtrise. Ainsi, Castaneda savait que c'était un monde réel, un univers jumeau.
Don Juan avait prévu de sauter en évitant le monde des êtres inorganiques. Mais Castaneda nous dit que nous ne pouvions pas faire le voyage définitif sans passer par « la maison de nos cousins. » Même si ce monde est grandement mixé avec le nôtre, don Juan avait insisté sur le fait d'en rester à l'écart. Don Juan était dans une position de déni absolu. Castaneda pense qu'il est maintenant préférable de traiter avec ce monde ; d'apprendre à le gérer avant de s'engager pour notre ultime voyage.
Les êtres inorganiques peuvent ralentir notre vitesse et augmenter la leur, en nous donnant soit des aperçus fugaces de leur présence, soit au travers d'interactions soutenues. « Les femmes n'ont pas besoin de lire beaucoup. Mais bon, il peut y avoir des femmes philosophes qui le font. » (Florinda sembla mal à l'aise à ce moment.) « Et peut-être des femmes allemandes, des femmes allemandes philosophes. »
Castaneda dit qu'il demandait toujours, comme beaucoup d'entre nous, quand est-ce qu'il serait capable de voir l'énergie, et quand les pratiques de sorcellerie auraient un impact sur lui. Puisque certaines personnes avaient dit qu'elles n'avaient pas entendu « l'horrible histoire » qu'il avait racontée le dimanche précédent, il raconta à nouveau l'histoire de don Juan lui disant qu'une façon de savoir s'il avait fait des progrès était de se pencher en avant et de péter en direction de l'est. Si c'était un gros pet, c'est qu'il faisait des progrès.
L'interaction du groupe de Castaneda avec les êtres inorganiques est bien plus grande qu'elle ne l'était au temps de don Juan. Les histoires de don Juan sur les anciens sorciers n'ont pas beaucoup aidé Castaneda à traiter avec ce monde. Tout ce que Castaneda possède sur ce monde pour continuer sont ses propres observations, et le fait que les êtres inorganiques ne peuvent pas mentir. Cependant, ils ne peuvent répondre qu'à des questions qui ne sont pas d'ordre spéculatif - par exemple, « Y a-t-il un homme de l'autre côté de ce mur ? Pourquoi y a-t-il un homme derrière ce mur ? Comment cet homme est arrivé là ? » Cela nous entraîne à être très direct. Traiter avec les êtres inorganiques nous force à devenir clair comme du cristal, car sinon l'émissaire de rêve ne peut pas nous répondre. Castaneda leur avait posé des questions à propos de notre interaction avec les êtres inorganiques, et ils lui avaient dit que cela pouvait arriver, au travers d'une immense sobriété.
Les Flyers ou « les sauteurs », sont aussi inorganiques, et se nourrissent d'autres êtres organiques. Bien que les sorciers aient été incapables de distinguer les détails de l'œuf lumineux des organismes non humains afin de discerner cet état de fait, l'émissaire de rêve avait répondu « oui » à la question de savoir si les Flyers se nourrissaient des animaux ou des autres organismes de notre monde.
Castaneda n'entend plus la voix de l'émissaire de rêve maintenant. « Les êtres inorganiques m'ont piégé dans un monde longtemps recherché par don Juan où la cognition humaine ne fonctionne pas. » Quelque chose l'a tiré à travers un « tube de conscience longitudinale, » et il s'est retrouvé sur son côté gauche. Les êtres de ce monde ont une vision à 360°, ce qui les oblige à entreprendre des actions qui sont pour nous inconcevables. Afin sortir de ce monde, une voix avait dit à Castaneda qu'il devait « tourbillonner », ce qui avait causé d'importants dommages à sa rétine. Mais la voix lui avait proposé de le ramener sans douleur, s'il lui donnait sa parole. Castaneda décida que le seul moyen de s'en sortir était d'adopter l'attitude de ne pas se soucier de s'en sortir ou pas, ce qui, en quelque sorte, lui avait permis de revenir par ses propres moyens. Maintenant, il n'entend plus la voix, et elle lui manque. Il regrette de ne pas lui avoir dit merci, car la voix lui a dit des choses stupéfiantes, inconcevables.
Un des principes de la voie des sorciers est que l'on doit payer pour ce qu'on a reçu, et si nous ne pouvons pas payer, nous devons au moins donner quelque chose d'une valeur égale.
La fille de 10 ans qu'il avait mentionnée la nuit précédente (l'Eclaireur orange), avait dû faire un choix - soit elle restait avec eux, soit elle retournait vivre avec ses grands-parents (les parents de Florinda). « La décision est un autre des principes des sorciers. Les sorciers voient un horizon d'ambre roussâtre en permanence. » A un certain moment se produit un mouvement de tourbillon quelque part - sur notre gauche, notre droite ou au centre - cela tourbillonne dans le sens des aiguilles d'une montre depuis la vision de l'observateur. Puis une porte s'ouvre, et vous voyez l'infini à travers celle-ci, et une décision se présente. Cela se passa ainsi pour la petite fille de 10 ans. Elle avait décidé d'aller vivre avec ses grands-parents, bien qu'elle ait affirmé vouloir rester avec eux pendant un moment encore. « Nous l'avons mise dans un avion aujourd'hui. » Sa décision était finale pour eux. Le facteur décisif pour elle fut qu'elle désirait manger des tamales. Ses grands-parents lui donnaient tout ce qu'elle voulait. Le groupe de Castaneda lui donnait aussi tout ce qu'elle voulait, sauf des tamales ou du sucre. Don Juan se fichait pas mal des choix, tout ce qui l'intéressait était de continuer sa lignée. Cependant, le choix est la seule chose que possède Castaneda, alors comment pourrait-il ne pas le respecter ? Ainsi, la petite fille a choisi de mourir.
Une fois, Castaneda était allé voir un célèbre producteur, à propos de la possibilité de faire un film sur « Les Enseignements de don Juan. » Le type le reçut dans une pièce immense, très impressionnante, dans Century City ; il avait également un bureau gigantesque, et Castaneda était assis loin au-dessous de lui. L'homme avait des bagues à tous les doigts et mâchait un cigare. Il marmonna quelques questions à Castaneda, que celui-ci ne put comprendre. Il marmonna à nouveau, et Castaneda ne put toujours pas le comprendre et commença à se sentir très mal à l'aise. Puis le producteur enleva le cigare de sa bouche et demanda, « Est-ce que la tribu s'en occupait ? » Oups, maintenant Castaneda pouvait l'entendre mais n'avait aucune idée de quoi le type était en train de parler, et pensa qu'il n'avait pas bien entendu. Il lui demanda à nouveau de répéter sa question. Finalement l'homme expliqua qu'il était en train de demander si le groupe de don Juan s'intéressait au fait que don Juan ait donné du peyotl à Castaneda. Castaneda fut grandement soulagé d'avoir au moins une question à laquelle il put répondre, et il dit, « Oui. » L'homme lui dit, « Alors il y aurait un épisode dramatique. Cette partie à propos de pisser sur des chiens m'a laissé plutôt froid. » Mais il pensait que la scène avec les autres Indiens contrariés par le fait que Castaneda reçoive du peyotl avait une vraie tension dramatique. (Castaneda imita les Indiens hollywoodiens en train de dire, « Brûlons-le. ») Le producteur voulait également que Mia Farrow soit dans le casting pour jouer l'intrigue romanesque. Elle resterait en arrière et jouerait « une femme qui dit, ‘Ne prends pas cette drogue !' Et tu le fais quand même. C'est la confrontation. »
Castaneda a rencontré beaucoup de gens d'Hollywood au fil des années. Il ne peut plus les supporter. Ils pensent tous que ses livres sont des créations fictionnelles. Castaneda avait expliqué que les livres étaient juste des explications phénoménologiques de quelque chose que tout le monde peut faire. « Mais personne ne nous en a parlé avant. » Il fit la description d'une femme gourou célèbre avec qui il avait dîné à Los Angeles, et qui tenait en permanence les testicules d'un grand et jeune masseur tout en lui parlant. Castaneda demanda finalement au type comment il pouvait supporter cela, et l'homme lui répondit, « La réponse c'est de ne jamais être seul. » Castaneda nous demanda, « Est-ce vraiment cela la réponse, de ne jamais être seul ? »
Une fois, Castaneda dut se faire opérer d'une mauvaise hernie. Une couverture de survie fut nécessaire afin qu'il supporte l'opération. Durant l'une de ses explorations dans la seconde attention, il avait fait quelque chose qui avait endommagé son corps. Il aurait pu se soigner lui-même, mais n'avait pas le temps ou l'énergie. Il fit une description du docteur en train de lui expliquer tous les risques de l'anesthésie - une explication complète d'un « grand homme à un autre grand homme, » tout cela, tandis que Castaneda était totalement nu. Ensuite un homosexuel mexicain était entré, et Castaneda imita le gars en train de rouler les yeux avec des gestes maniérés. Le gars dit à Castaneda de se mettre en position fœtale. Puis, il lui dit qu'il allait le maintenir et que cela ne lui ferait pas du tout mal. Castaneda trouva absurde que cette scène puisse être sa « dernière scène sur Terre. » Après qu'il s'être réveillé, une infirmière lui dit, « Vous voulez regarder la télévision, n'est-ce pas ? » Et sans même le regarder ou attendre sa réponse, elle alluma la télévision et repartit. Il vit alors Guru Rajneesh à la télévision en train d'expliquer qu'une femme de son entourage venait de lui voler 52 millions de dollars, et qu'il pensait que cette femme voulait contrôler le monde. Une autre scène absurde, qui fit rire Castaneda de façon incontrôlée. Castaneda se demandait ce que ces deux scènes ridicules pouvaient présager et en comment elles étaient connectées avec cette opération vitale.
« Vous êtes impeccable et vous posez votre intention. Le reste arrive tout seul. » Les anciens sorciers ne permirent jamais à leur conscience de grandir au-dessus de la région de la poitrine. En maintenant leur conscience à cet endroit, ils firent des assertions inexactes sur les êtres inorganiques et sur leur habilité à les aider dans ce plan. S'ils avaient laissée leur conscience croître au-dessus de leur tête, afin que celle-ci recouvre leur œuf, ils n'auraient pas fait ce genre d'erreur.
Don Juan disait, « Laisse le résultat en dehors de ton domaine. Lance ton intention, ton effort, et ensuite oublie tout ça. N'essaye pas de contrôler les résultats. » Castaneda nous recommanda d'essayer cette méthode avec quelque chose de très simple au début. (Il plaisanta sur le fait que nous ne devions pas laisser un marché d'un million de dollars se régler tout seul, pour ensuite dire, s'il n'était pas conclu, « C'est ce que Castaneda nous a dit de faire. »
A dix-huit heures, Castaneda commença à répondre aux questions. La première était de Louis : « Comment fait-on pour attraper des êtres inorganiques ? » Castaneda répondit : « Il faut insister. Mais vous devez leur laisser du temps parce qu'ils se déplacent lentement. » Il plaisanta sur quelqu'un qui attendait une heure ou deux, puis qui laissait tomber l'affaire. Il dit aussi qu'il avait l'habitude de crier, « Intention ! » et qu'un des membres de son groupe, sans doute Florinda, avait l'habitude de crier « Intention ! » de vive voix, ce qui faisait que ses voisins appelaient régulièrement la police. Il nous avertit aussi de ne pas se sentir penaud et de ne pas avoir de doutes lorsqu'il s'agissait de parler aux êtres inorganiques. « Ce que vous avez pour traiter avec eux c'est votre discipline, la discipline de la Tenségrité. »
Un homme posa une question à propos des Eclaireurs bleu et orange, mais Castaneda éluda la question, disant que ce n'était pas pertinent concernant les êtres inorganiques.
Une femme demanda comment s'échapper du monde des êtres inorganiques une seconde fois (c'est-à-dire, lorsqu'ils l'ont emmené vers le monde à 360°), Castaneda répondit : « J'y suis encore. » Il expliqua que c'était pour cette raison qu'il louchait. Il raconta qu'il était allé chez deux médecins différents, des spécialistes des yeux. Le second avait diagnostiqué que son état était dû au fait que Castaneda avait des relations sexuelles intenses, et de violents orgasmes. Il avait appris à ne prendre que les conseils ou les spéculations des médecins, sans tenter de leur raconter comment cela lui était vraiment arrivé. Ce médecin avait aussi calculé son âge, il avait trouvé 75 ans, et il était impressionné que Castaneda ait de violents orgasmes à cet âge.
Castaneda eut une fois une infection à la vessie après une de ses expériences. Il alla chez un médecin sous le nom de « Ramon Garcia. » Le médecin lui dit, « Ramon Garcia, qu'est-ce que ça pourrait être d'autre ? C'est une blennorragie. » Castaneda fit l'erreur de vouloir expliquer que cela était dû à un combat d'une grande ampleur énergétique. Le médecin diagnostiqua alors tout naturellement qu'il était fou, avec une blennorragie. Un jour, le célèbre psychiatre pour lequel travaillait Castaneda lui demanda, puisqu'il était tellement intéressé par l'ethnométhodologie, s'il voulait aller au troisième étage, là où se trouvaient les patients atteints de maladie mentale, afin qu'il puisse les étudier en tant que membre de leur groupe. Castaneda demanda, « Et si quelque chose vous arrive ? « (Sous-entendu que personne d'autre ne sache que Castaneda n'était pas vraiment un patient). Le psychiatre était sûr que Castaneda pourrait négocier afin de se sortir de là d'une manière ou d'une autre.
Thomas demanda si on pouvait pratiquer l'attention de rêver et la récapitulation en même temps. Castaneda répondit, « Oui, vous pouvez appeler l'attention de rêver en même temps. » Cela ne prend pas beaucoup de temps, comparé au temps que nous passons devant la télévision. Un homme posa une question à propos des Flyers qui n'apporta pas beaucoup de nouvelles informations. Castaneda dit que les Flyers sont « intégralement sur nous. » un homme demanda si le célibat était important. Castaneda dit, « Si vous êtes des baises ennuyeuses, oui. » Il raconta à nouveau l'histoire de son cousin « Rigoti », et comment son grand-père avait dit à Castaneda - « Arana » -- qu'il devrait imposer sa volonté et passer par la fenêtre, tandis que le beau Rigoti serait invité à passer par la porte. Le leitmotiv de son grand-père, que Castaneda adopta par la suite, était, « Tu ne peux pas faire l'amour à toutes les femmes du monde, mais tu peux essayer ! » Castaneda était né après une baise rapide - « derrière la porte » -- donc, il était tout le temps nerveux. Si vous êtes le fruit d'une relation passionnée, il n'y a pas de problème. Vous pouvez avoir autant de relations sexuelles que vous voulez.
Un homme demanda si la taille du point d'assemblage avait une limite extérieure. Castaneda dit qu'il avait habituellement la taille d'une balle de tennis. Il dit que le seul point d'assemblage immense qu'il avait vu était celui de la femme gourou qui attrapait les testicules du jeune masseur. Mais son point d'assemblage était très figé, alors qu'il aurait dû être fluide. Lorsque le point d'assemblage d'une personne est fixé, cette personne fait partie des personnes « qui savent tout » ; qui savent ce qui va et ce qui ne va pas. Elles sont des « autorités » et sont très coincées. Castaneda expliqua que le seul moyen de fluidifier le point d'assemblage était la récapitulation. Il mentionna que nous, les auditeurs, étions devenus plus forts en la pratiquant. « C'est génial d'intentionner la fluidité du point d'assemblage. »
Un homme posa une question sur le Défieur de la mort. Castaneda dit que ce serait le sujet de sa dernière conférence. Un homme demanda si les êtres inorganiques organisaient aussi des séminaires. Castaneda ria et dit, « peut-être ». L'homme demanda aussi si cela intéresserait les êtres inorganiques d'avoir une relation symbiotique avec nous. Castaneda dit, « Oui. Ils sont plus sages et plus vieux que nous, et ils adoreraient fusionner avec notre vitesse. Mais cette possibilité reste exclue, à moins que nous nous consacrions à la révolution de don Juan. » Un homme posa une question sur l'intention. Castaneda dit que nous allions y venir, en parlant de la traque. Une femme demanda, « Peut-on intentionner d'aller soit dans le monde des êtres inorganiques, soit dans d'autres lieux si une boule d'énergie vient à notre rencontre en rêve. » Castaneda répondit que oui, mais que don Juan ne lui en avait jamais parlé.
Un homme demanda si Castaneda avait des alliés, et s'il les utilisait. Castaneda répondit, « Non. » Il expliqua que les alliés étaient des entités très primitives qui provenaient de la lignée de don Juan. Castaneda avait des « trucs mieux que ça », et ces entités s'étaient tout simplement évanouies. L'intérêt de Castaneda est l'élucidation, il veut que « le monde des sorciers soit compréhensible en nos termes. » Une femme posa une question sur les moyens de stopper le dialogue intérieur. Castaneda fit le mouvement de picorer avec ses doigts, et suggéra que c'était un exemple, car nous devons être très attentif à ce que nous faisons. Les Chacmools le conduisent souvent dans certains endroits sans dire un mot. Elles ont tellement coupé leur dialogue intérieur que même entre elles, elles ne se parlent pas. « Elles ont fait de la Tenségrité tellement longtemps qu'elles ne parlent plus. Jusqu'à ce que vous leur demandiez de parler, et là elles ne peuvent plus la fermer. »
Castaneda nous dit aussi de ne pas nous laisser gouverner par les statistiques qui disent que nous n'absorbons que trois et demi pourcents de ce que nous entendons au cours d'une conférence. Castaneda avait l'habitude de se fier à cette affirmation, et s'en servait comme excuse pour dormir durant les conférences auxquelles il assistait, puisque de toute façon il n'allait en absorber que trois et demi pourcents (ou six pourcents si elle était répétée). Un homme posa une question sur le point d'assemblage des plantes. Castaneda dit que les arbres ressemblaient à d'énormes blobs de luminosité, et que leur point d'assemblage se trouvait tout en bas, au niveau des racines. Ainsi, les arbres assemblent la perception, ils perçoivent. L'ensemble des végétaux ont leur point d'assemblage au pied de leur cambrure. Leur point d'assemblage est habituellement plat, bien que certains soient de forme géométrique - les diamants par exemple. Les eucalyptus ont un point d'assemblage très « contracté », on dirait qu'il a des dents. Et Castaneda se demandait si nous savions pourquoi les gens disaient qu'ils sont mauvais pour l'environnement. Deux personnes avancèrent que les eucalyptus empoisonnaient le sol autour d'eux, que c'était « allopathique ». Les figuiers ont un point d'assemblage d'apparence exquise. Castaneda raconta une histoire où il avait été pratiquement tué par un figuier. Il était en train de cueillir des fruits pour Florinda, et l'un d'eux se balança devant lui en disant : « Mange-moi ! » Castaneda avait une intolérance héréditaire au fructose. Cependant, il avait commencé à manger tous les fruits de l'arbre. Ils l'avaient retrouvé inconscient. « Je me suis réveillé deux ans plus tard », plaisanta t-il.
Une femme posa une question sur la dichotomie, et comment cela était en relation avec la Tenségrité. Castaneda dit que la Tenségrité consistait en une série de tensions et de relâchements. Nous ne devons pas chercher la dichotomie, car le monde est déjà en dichotomie quoi que nous fassions. Don Juan avait tenté d'unifier Castaneda dès le début. Une femme posa une question à propos du fait que l'on ne pouvait pas être volontaire pour faire partie du monde des sorciers. Castaneda dit, « Non, votre intention fait une offre. » Il dit qu'il attendait une certaine action spéciale pour révéler la prochaine étape. « Notre dernier rempart est l'ego, et quand il est démasqué, où pouvons-nous aller ? » Il nous dit d'essayer de récapituler et d'exercer notre attention de rêver. « Certains prennent ça au sérieux, alors nous verrons bien... » Si nous faisons cela, notre vie dans la vie quotidienne deviendra plus forte, plus serrée. Nous ne serons plus à la merci des autres, comme ce fut le cas lorsque nous sommes nés dans ce monde en tant que « baises ennuyeuses. »
Un homme posa une question sur la connexion entre l'Aigle et les Flyers. Castaneda répondit que don Juan ne savait pas. Il n'avait pas pu répondre lorsque Castaneda lui avait posé la même question. Un homme posa une question sur la suggestion qui avait été faite la nuit précédente de rediriger notre attention, alors même qu'elle se trouve au niveau de nos pieds, depuis la position du moi-moi-moi. Castaneda dit qu'il nous avait donné des instructions à ce propos, c'était comme lorsque don Juan lui avait dit de chercher ses mains.
Une femme posa une question sur les êtres inorganiques et sur la tentative de don Juan de les éviter en partant pour son voyage définitif. Castaneda dit que don Juan était le parfait exemple du guerrier abstrait désirant la liberté abstraite, mais il supposait que son saut avait été minimisé parce que les membres praticiens de son clan étaient trop concrets. On a besoin d'une relation très sobre avec les êtres inorganiques pour naviguer dans leur monde. Tony, le bouddhiste tibétain qui a pris la photo des Flyers sur les pyramides, serait avec nous le dimanche suivant. C'est un « gars charmant ». Il a de grands yeux qui décrivent de larges cercles. Il est aussi un excellent traducteur qui fait de la traduction instantanée. Quelqu'un demanda comment Tony avait pris la photo. Il y avait 90 000 mexicains catholiques et bouddhistes à cet endroit, ainsi que le Dalai Lama. Tony est aussi « un saint ». Ils l'appèlent « Tony Lama. » Il avait organisé l'évènement, et y avait pris beaucoup de photos, en rafale. Sur l'une d'entre elles, il y avait une tâche qu'il a ensuite agrandie. Il l'a apporté à Carol Tiggs. Lorsqu'elle l'a montrée à Castaneda, ils le prirent comme le signe qu'il était temps de parler des Flyers. Don Juan lui avait dit de ne jamais en parler, car sinon les gens allaient sûrement le brûler.
Un homme demanda comment les sorciers utilisaient les noms. Quelle était leur fonction ? Castaneda dit que les noms n'étaient pas permanents. Ils dépendent de l'étape où nous sommes sur le chemin. Lui-même n'est plus « Carlos Castaneda ». Tout son corps a changé, et il a besoin d'un nouveau nom. Il a un autre nom, mais qui n'est pas encore tout à fait « coagulé. » Avoir juste un seul nom est trop bizarre, trop monogamique. Un homme demanda si l'univers avait de l'affection. Castaneda dit que la question n'était pas de savoir si l'univers était affectueux, mais plutôt de savoir si nous pouvions créer ce lien d'affection avec notre impeccabilité. La force de l'intention ou de l'esprit est là, mais nous ne pouvons lui faire face qu'avec une immense énergie. Si nous lui faisons face alors que nous sommes faibles, elle nous détruira. Si nous sommes fort, elle deviendra une force immensément accrue. Une femme demanda comment nous devions faire pour revenir de rêve. Castaneda expliqua que c'était comme une bande élastique - vous l'étirez autant que votre énergie le permet, puis quelque chose vous ramène. « Et vous n'êtes même pas en sueur. » Il plaisanta sur le fait d'être parti en rêve avec le costume qu'il portait, son préféré, et que celui-ci était revenu avec lui en parfaite condition, « repassé. »
Il mentionna à nouveau la petite fille et dit qu'elle était extrêmement intelligente et qu'elle savait ce qu'elle faisait. Elle leur avait demandé de l'excuser auprès de tout le monde d'être une petite fille ne sachant pas comment choisir. » Castaneda sembla très affecté par cette affirmation. Il raconta comment nous tentons de prendre la fuite devant les loups, en nous cloîtrant derrière une porte qui s'avère n'être qu'un encadrement de porte. Il n'y a aucun endroit où fuir dans ce monde. Quelqu'un demanda si la petite fille aurait une seconde chance. Castaneda répondit, « Non. Ce ‘vortex' ne s'ouvre qu'une seule fois. » Il dit qu'il n'avait aucun regret à propos de la petite fille. Ils avaient agi impeccablement avec elle. Elle avait pris sa décision, et à présent elle n'existait plus pour eux. C'était juste une histoire, une histoire poignante qu'il nous racontait. C'est ce que font tous les sorciers.
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Publié à 07:49 le 11 December 2007 dans Los Angeles août 1995 |
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Interview de Taisha Abelar
Librairie East West - Avril 1998
Par Sean Meshorer
Taisha Abelar est l'une des quatre disciples de don Juan Matus, l'énigmatique chaman qui fut amené à l'attention populaire pour la première fois par Carlos Castaneda dans son best-seller L'Herbe du Diable et la Petite Fumée. Taisha est l'auteur du Passage des Sorciers, et responsable - avec ses co-disciples Carlos Castaneda, Carol Tiggs, et Florinda Donner-Grau - de l'adaptation des pratiques chamaniques de don Juan pour le public contemporain.
Que sont les « passes magiques » et quel rôle jouent-elles dans les enseignements de don Juan Matus ?
« Passes magiques » est le nom que les chamans de l'ancien Mexique donnèrent aux mouvements ou aux postures qu'ils découvrirent durant leurs états chamaniques de conscience accrue. Après des générations passées à tenter d'atteindre ces états, ils réalisèrent que leurs corps ressentaient un équilibre extraordinaire à certains moments. Ils se sentaient cohérents et satisfaits, autant mentalement que physiquement. Cependant, ces chamans en tirèrent la conclusion que ces états de conscience accrue étaient responsables de ces sensations, et ils n'allèrent pas plus loin. Plus tard, ils réalisèrent que les mouvements étaient en eux-mêmes la cause de leurs sensations de bien-être. Ils agirent en conséquence afin de les isoler et de les répéter durant leurs heures de veille. Le résultat fut prodigieux : ils découvrirent un système de mouvements qui les revigorait, qui renouvelait leur vitalité, et qui approfondissait leur objectif.
Cette pratique fut maintenue dans le secret, elle n'était connue que par quelques disciples et praticiens avancés, jusqu'à très récemment. Pourquoi a-t-elle finalement été révélée ?
L'effet des passes magiques était si extraordinaire pour ceux qui recherchaient la conscience qu'elles durent être transformées en quelque chose de secret, en une affaire sacrée. Une des disciples du nagual Juan Matus, Carol Tiggs, arriva à la conclusion qu'il était essentiel pour les quatre disciples de don Juan de n'avoir aucun secret, et de ne pas dissimuler d'archives. La seule manière de vider la pièce, pour ainsi dire, était de prendre la partie la plus secrète de ses enseignements, les passes magiques, et de les montrer à quiconque voudrait les apprendre. L'effort d'essayer de les enseigner fut plus que bénéfique pour les disciples. De manière indirecte, cela les a forcé à accumuler de l'expérience. Ils réalisèrent qu'enseigner les passes magiques n'allait pas être une affaire facile, car cela demande un degré de discipline, d'engagement et d'intérêt de la part des participants - des particularités de caractère qu'ils avaient été incapables de trouver à l'intérieur des paramètres des conférences et des lectures.
En rendant la pratique publique, Carlos Castaneda a fait quelques changements quant à la façon dont elles lui ont été montrées. Il a appelé ce système altéré « Tenségrité ». Pourquoi a-t-il fait de tels changements et en quoi la pratique est-elle différente ?
Les altérations ont été faites pour adapter des passes magiques à l'origine faites sur mesure pour correspondre à des natures spécifiques de praticiens individuels. Par exemple, tous les praticiens de Tenségrité n'ont pas un corps petit et compact comme celui de Carlos Castaneda. Et tous les praticiens n'ont pas atteint son degré de concentration. Les passes magiques appartenant à Carlos Castaneda lui sont adaptées. Les rendre applicable par quiconque fut un travail qui prit plus de dix ans aux disciples de don Juan Matus. Le résultat final - la Tenségrité - est une adaptation réussie, dans laquelle les qualités rituelles des passes magiques ordinaires ont été supprimées, aussi bien que la fixation excessive sur les détails superflus. Seuls les mouvements, dans leur forme non modifiée, ont été retenus, les mouvements réunis par les chamans qui les découvrirent avant qu'ils ne deviennent sacrés, secrets, cérémonieux et rituels.
A quoi les gens peuvent-ils s'attendre à apprendre au cours d'un séminaire de Tenségrité ?
Un des grands avantages de nos séminaires, du point de vue des praticiens de Tenségrité, est l'influence de la masse humaine - une caractéristique que n'ont jamais rencontrée avant les praticiens chamans. En enseignant la Tenségrité, les instructeurs - qui sont tous des praticiens chamans - ont trouvé que plus grand était le nombre de personnes assistant à un séminaire, plus facile était la pratique pour chacun de ses participants, même concernant des passes magiques longues et complexes. A travers un processus inconnu, les participants dégagent d'énormes modes ou possibilités de souvenir kinesthésique, bloqués à l'intérieur du corps. La masse des participants met les praticiens débutants en contact avec une possibilité inexploitée auparavant de se souvenir et de soutenir un objectif. A la fin du séminaire, ils se souviennent des mouvements les plus complexes avec une étonnante facilité.
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Publié à 08:33 le 29 September 2007 dans Taisha Abelar |
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La chance masquée par la vie ordinaire
The Sun magazine - Février 1996
Par Nina Wise
Mon quarantième anniversaire approchait tel un raz-de-marée. J'étais seule, sans enfant, et je me posais des questions sur ma vie d'artiste performer suivant un culte mais sans revenus fixes. J'avais manqué les indices propres à l'âge adulte : un divan, une salle à manger, un service de vaisselle, une télévision couleur. Bien que j'ai essayé de me convaincre que cela était dû au fait que je venais de me séparer d'un amant qui était propriétaire d'à peu près tout le mobilier et les appareils électroniques que j'avais utilisé pendant sept ans, je savais que le vrai problème était que j'avais consacré ma vie à mon travail et que je n'étais pas devenue célèbre assez rapidement. Je n'avais pas de contrats pour des livres, pas de business avec le cinéma, pas d'apparition télévisée. J'avais besoin d'aide, d'une carte pour me guider à travers la semi existence lunaire de ma défaite.
Un des grands avantages de la déception est qu'elle vous conduit à la religion - habituellement pas celle dans laquelle vous avez été élevé ; si celle-ci avait marché, vous ne seriez pas dans cette condition. Il aurait fallut un exorcisme pour écarter les démons qui avaient capté le vent de mon anniversaire approchant, et qui étaient en train de donner des petits coups de langue glacée près de mon oreille, me chantant une liturgie symphonique de protestation. Je décidai d'apprendre à méditer, découvris un maître bouddhiste vipassana dans mon quartier, et commençai à m'asseoir tous les matins sur mon zafu violet.
Une après-midi, mon amie Martina appela pour me dire que le Dalai Lama venait à Santa Monica pour donner une initiation kalachakra. J'avais rencontrée Martina dans les coulisses de l'une de mes performances. « Cette fantaisie sexuelle avec le frigo était divine », me dit-elle plus tard durant l'une de ses fêtes sur Pacific Heights, tandis que les majordomes portaient des plateaux d'argent remplis de saumon fumé et de toasts au caviar, piétinant au milieu d'une foule effervescente d'environnementalistes, d'éditeurs, d'écrivains, et de philanthropes. Martina a grandit en Argentine, où traditionnellement, les rupins recréent autour d'eux un milieu international de royauté, d'intellectuels, et d'artistes. Ses yeux marron et brûlants exsudaient la confiance, ses joues étaient aphrodisiaques, et elle arborait une mèche d'argent dans ses cheveux bruns pour montrer que, même si elle épiloguait sur un tapis blanc paré d'inestimables antiquités, elle était vraiment une rebelle. Au moment du champagne, Martina et moi découvrîmes que nous étions toutes les deux des chercheuses. Nous commençâmes à aller ensemble à des retraites, des conférences sur le dharma, des satsangs, et des darshans.
« Est-ce que tu veux aller à Santa Monica avec moi et être ma colocataire ? » me demandait Martina au téléphone.
L'initiation kalachakra est une des pratiques les plus ésotériques et les plus avancées dans le Bouddhisme tibétain. Durant la cérémonie, les participants jurent de dévouer leur vie à l'altruisme et de devenir bodhisattva, des gens illuminés qui, au lieu de descendre la roue de l'incarnation au moment de leur mort, retourne sur Terre pour servir tous les êtres vivants. Normalement, l'initiation est donnée uniquement aux étudiants ayant des années de pratique derrière eux, mais, le monde était dans un tel état de désolation que le Dalai Lama avait décidé d'offrir la transmission à quiconque se sentait enclin à participer. Beaucoup de mes amis se rendaient en Californie du sud pour cet évènement. J'acceptai l'invitation de Martina sans hésitation.
Quand j'arrivai au Shangri La, un hôtel classieux art déco situé sur Ocean Boulevard, Martina était en train de s'équilibrer sur un énorme lit afin de déplier un magasine sur la maternité sur son ventre, qui émergeait tel une baleine venant d'un calme océan. Elle attendait son cinquième enfant après une pause de douze ans, et avait besoin de s'informer sur comment être parent. Je m'allongeai à ses côtés et extirpai le texte de quarante pages qu'on nous avait donné pour les cinq jours du processus d'initiation :
A partir de maintenant jusqu'à l'illumination, je susciterai l'intention altruiste de devenir illuminé, je susciterai la pensée très pure, et abandonnerai le concept du Je et du Moi.
Je n'étais pas certaine de tout comprendre. « Martina, quelle est la pensée très pure ? » demandai-je, espérant une discussion approfondie sur le dharma.
« Ça n'a pas d'importance. Nous y parviendrons par osmose. Pense-tu que je devrais avoir un service à couches ? »
« Absolument », dis-je, retournant à l'incompréhensible texte.
Dans la matinée, nous attendîmes dans une queue qui s'étirait autour de l'immeuble jusqu'à ce que ce soit notre tour de prendre trois gorgées d'eau safranée bénie et de recracher notre mental et nos toxines émotionnelles dans un énorme seau en plastique blanc.
« Je vais vomir, » gémit Martina, se couvrant les yeux afin de ne pas avoir à regarder la salive mousseuse couleur urine.
Nous effectuâmes trois prostrations en entrant dans le hall - une pour Bouddha, une pour l'enseignement, et une pour la communauté des chercheurs. Alors que nous cherchions nos places au milieu de la foule de l'auditorium, j'essayai de ne pas fixer les célébrités. Nous nous assîmes dans des sièges en velours, sortîmes nos livres, et étudiâmes la scène, où des moines vêtus de robes lie-de-vin à une seule manche et de coiffes jaunes bouton d'or chantaient un chant de gorge multi octave, et le Dalai Lama récitait des instructions détaillées en tibétain.
« On en est à quelle page ? » demandai-je à Martina.
« Ça n'a pas d'importance, » dit-elle, se réveillant d'une sieste. « Respire. Médite. »
« Mais on est supposé être en train de visualiser une déité avec des bras verts et une fleur sur le front. »
« Relax,» dit-elle en fermant à nouveau les yeux, étendant ses jambes, et en reposant sa tête sur le dossier de la chaise.
Mais je ne pouvais pas me relaxer. C'était l'occasion de recevoir une importante transmission. Je luttai pour suivre le texte :
A l'intérieur du grand sceau de claire lumière dépourvue des élaborations inhérentes à l'existence, le centre d'un océan de nuages d'offrande de Samantabhadra, tel un arc-en-ciel à cinq couleurs complètement décoré...
A la pause, les gens se ruèrent dans le hall, où des lignes sinueuses se dégageaient depuis les téléphones payant comme les cheveux de Méduse. Des hommes en jean avec des T-shirts Lacoste déambulaient dehors sous le soleil de Santa Monica, des téléphones portables pressés contre leurs oreilles :
« As-tu reçu des directives pour la fête que Richard Gere organise pour le Dalai Lama ? »
« Est-ce que mon agent a appelé ? »
« Il a dit qu'il allait signer ? Fantastique. Peut-être que ce truc va marcher. »
« J'ai entendu dire qu'il y aurait trois fêtes ce soir, et un dîner quelque part. Est-ce que Barbara Streisand sera là ? Renseigne-toi. »
Au son du gong, les gens se ruèrent en direction de l'auditorium. Imprégnés par la chaleur de l'été, nous nous plaçâmes dans les fauteuils cossus et priâmes pour être plein de vérité, bon, et compatissant. Deux cent d'entre nous firent ensemble le vœu de dédier leur vie au bien-être des autres.
Sur le chemin du retour vers l'hôtel, Martina murmura, en prenant un air de conspirateur, que son ami Carlos Castaneda allait venir nous rejoindre pour le dîner.
« N'en parle à personne. C'est juste entre nous. Il est un peu difficile concernant les personnes avec qui il sort. »
Nous n'avions qu'une demi-heure pour nous préparer. Comme des camarades de chambre se préparant pour un rendez-vous, nous prîmes notre douche ensemble, oscillant épaules contre épaules en face du miroir de la salle de bain avec nos sèche-cheveux et nos rouges à lèvres, et choisîmes nos tenues avec finesse. Nos poignets étaient encore moites du parfum français de Martina lorsque nous entendîmes quelqu'un frapper à la porte. Martina glissa à travers la pièce avec une pause étudiée et ouvrit la porte. Un petit homme aux cheveux gris, vêtu d'un costume froissé en polyester et de bottes de cow-boy sales l'embrassa dans l'entrée.
Cela ne pouvait pas s'agir de lui, pensai-je. J'avais imaginé quelqu'un de grand, avec de larges épaules et une toison épaisse de cheveux noirs - un air d'aristocratie mexicaine imprégnait le chamanisme et les ravins désertiques. Au lycée, j'avais lu tous les livres de Castaneda, et ils m'avaient affectée plus que tout ce que j'avais étudié. Les comptes-rendus de Castaneda sur ses rencontres au Mexique avec le sorcier indien yaqui don Juan Matus avaient éduqué toute ma génération. Mes amis et moi nous citions don Juan. « Suis un chemin qui a du cœur, » nous disions-nous. « La mort se trouve près de ton épaule gauche. » Nous prenions des drogues psychédéliques et essayions de changer le monde en un lieu qui valorisait l'amour plutôt que le matérialisme, et la magie plutôt que la science. Castaneda et don Juan étaient nos guides sur un territoire hors la loi - un territoire que nos parents trop conservateurs avaient peur d'explorer. Castaneda était notre père de remplacement, don Juan notre maître spirituel, notre prophète.
« Carlos, voici Nina, » dit Martina, souriant avec une grâce intégrée. « Nina, Carlos Castaneda. »
Telle la terre ouverte par le soc de la charrue, le visage de Carlos s'éclaira d'un large sourire lorsqu'il me serra la main. Sa main était aussi chaude qu'un nid d'oiseau. Il s'assit dans un fauteuil à imprimé floral et demanda un verre d'eau. Je pouvais à peine croire que j'étais dans la même pièce que cet homme.
Martina alla directement au cœur du sujet. « J'ai attendu très longtemps pour vous demander cela : qu'est-il vraiment arrivé à don Juan ? Est-ce qu'il est mort ? »
« Non, non, » dit Castaneda avec un gloussement, « il n'est pas mort. Il a disparu. Il est allé de l'autre côté. Je suis en train d'apprendre cela aussi : à devenir immortel. C'est mon boulot maintenant. La plupart des gens pensent que leur travail est ce qu'ils font durant la journée, mais le vrai travail a lieu dans l'obscurité. La plupart des gens gâchent leur vie parce qu'ils oublient qu'ils vont mourir. C'est durant la nuit, en rêve, que je pratique. Quand vous apprenez comment mourir, vous apprenez à vivre pour toujours.
« Après que don Juan ait traversé, La Gorda devint mon benefactor, » continua t-il, se penchant en avant et nous regardant toutes les deux directement dans les yeux. « Elle était grosse et laide, avec les cheveux noirs comme du charbon et les yeux sombres. J'étais complètement sous le charme. »
Et j'étais moi complètement sous son charme à présent. Sa voix, la gaîté de son accent espagnol berçant un anglais impeccable, m'hypnotisait. Ses yeux brillaient de la satisfaction de nous avoir capturé.
« Et tout ce que La Gorda voulait que je fasse, je devais le faire. Un jour, alors que je me préparais à quitter le Mexique pour rentrer à Los Angeles, elle me dit qu'à la place, je devais aller à Tucson. Elle me dit que je devais travailler comme cuisiner dans un bar.
« Non, » lui ai-je dit, « J'aime ma vie à Los Angeles. J'aime mes amis. Je ne vais pas à Tucson. Je ne sais pas cuisiner. »
« Je suis monté dans mon camion, et j'ai roulé. A six heures de route de Nayarit, je pensais, ‘Ma vie à Los Angeles n'est pas si super.' A douze heures de route de Nayarit, je pensais, ‘Ma vie à Los Angeles a ses hauts et ses bas.' A dix-huit heures de Nayarit, sur la frontière avec l'Arizona, je me retrouvais à penser, ‘Ma vie à Los Angeles est complètement misérable.' J'ai roulé jusqu'à Tucson, ai remonté la route jusqu'à la première gargote qui s'est présentée, je suis entré à l'intérieur et j'ai demandé du boulot. »
A ce moment de l'histoire, Carlos croisa les bras, gonfla sa poitrine, et intensifia sa voix.
« Tu connais les œufs ? » m'a demandé le patron. « Tu vois, les hamburgers et les frites c'est facile, mais nous servons des petits déjeuners toute la journée, et tu dois connaître les œufs. »
« Je ne connaissais pas les oeufs, alors j'ai trouvé un studio, et j'ai cuisiné des oeufs pendant deux semaines - brouillés, à la coque, à feu vif, des œufs mollets, des œufs durs, des omelettes, des œufs pochés. Ensuite je suis retourné au café. ‘ Tu connais les œufs ?' m'a à nouveau demandé le patron.
« Oui, je connais les œufs, » ai-je répondu.
Carlos gloussa, adorant l'histoire. Je m'assis avec les jambes relevées sur le divan pastel et étudiai son visage. Les critiques dans la presse avaient récemment essayé de discréditer ses affirmations d'avoir été l'apprenti d'un chaman au Mexique. Les critiques sympathiques suggéraient que c'était juste la preuve d'une certaine poésie. Les plus dures l'accusaient d'escroquerie. J'écoutais l'histoire de Carlos comme un détective, guettant les failles éventuelles. J'examinais son visage sombre et ridé, ses yeux, cherchant une supercherie évidente. Mais j'étais séduite par son enthousiasme, son rire éclatant, son intelligence, et je plongeai dans l'histoire comme si j'avais été emportée par le débit d'une rivière.
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Publié à 02:05 le 29 September 2007 dans Carlos Castaneda interviews |
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« Un matin, » continua t-il, « Linda arriva très nerveuse au café. »
« Qu'est-ce qui se passe » lui ai-je demandé. « Que pasa ? »
Carlos s'assit bien droit dans sa chaise, croisa les jambes, et parla avec une voix haut perchée.
« Il est ici, » dit-elle. « Carlos Castaneda. Dans l'allée. Il y a un grand Mexicain assis dans une limousine blanche avec les fenêtres relevées, et il écrit des notes sur un carnet jaune. Je suis sûr que c'est lui - il y a des rumeurs comme quoi Castaneda est à Tucson. Qu'est-ce que je fais ? »
« Je ne savais pas quoi dire. Je lui dis simplement d'y aller et de se présenter. Elle pensait qu'elle était trop grosse et que Castaneda ne s'attarderait pas sur une serveuse dans une gargotte crasseuse. Je la regardais se tenant devant moi avec sa casquette et son tablier. Pour moi elle était jolie et radieuse. Elle était jeune et vivante, et avait l'esprit vif.
« Tu es parfaite comme tu es, » lui dis-je.
« Alors elle se mit du rouge à lèvres, arrangea ses cheveux et sortit dans l'allée. Deux minutes plus tard, elle revint les yeux pleins de larmes.
« Qu'est-ce qui s'est passé ? lui demandai-je. Elle pouvait à peine parler.
« J'ai frappé à la vitre...et il l'a baissé...et j'ai dit ‘salut,' et je lui ai dit que je m'appelais Linda...mais il a juste remonté la vitre...et il ne voudra plus jamais me parler. »
« Je me sentais très mal, » dit Carlos, la tristesse assombrissant son regard. « Bien sûr, je savais que ce n'était pas Castaneda, mais je pensais qu'elle aurait rencontré un type qui l'aurait emmené dîner. Je ne savais pas quoi faire. Je l'ai prise dans mes bras. » Il fit une pause, regardant par la fenêtre les silhouettes des palmiers alignés dans la rue.
« Et j'ai commencé à pleurer aussi. Vous voyez, j'en étais venu à vraiment aimer cette fille. Nous avions été les meilleurs amis pendant presque une année. Je voulais lui dire qui j'étais, mais je savais qu'elle ne me croirait jamais. Elle aurait pensé que je faisais cela pour qu'elle se sente mieux. Vous voyez, pendant tout ce temps, elle me connaissait en tant que Joe Cortes. »
Carlos Castaneda, l'homme qu'elle rêvait de rencontrer, la tenait dans ses bras, pleurant d'amour pour elle. Mais elle ne le reconnut pas. L'amour passe par un alias. Je pris conscience que j'étais comme Linda, réalisant que ce à quoi j'aspire est quelque chose d'autre que cette vie faite de moments se déployant les uns après les autres d'une manière que je ne pourrais jamais planifier ou même imaginer.
Carlos s'arrêta et me regarda. Dehors, des mouettes criaient, et le soleil couchant marbrait le ciel. Nous étions assis dans le rose décroissant du coucher de soleil. Rien ne bougeait.
« Lorsque je retournai à mon studio, La Gorda était assise là, à m'attendre. Je ne savais pas comment elle était arrivée là, mais elle me retrouvait toujours. Je lui dis ce qui venait de se passer et lui demandai ce que je devais faire.
«Vamanos, » dit-elle.
« Mais je ne peux pas partir comme ça, » lui dis-je. « Je dois donner deux semaines de préavis, former un remplaçant, dire au revoir à mes amis. »
« C'est quoi le problème ? » dit-elle. « Tu as peur que personne ne sache cuire les œufs comme Carlos Castaneda ? Vamanos. » Et nous sommes montés dans mon camion et nous sommes partis.
Carlos se leva pour partir, attrapa sa veste, et étendit ses bras. J'allais directement l'embrasser, et une joie passa à travers moi comme un rayon de lune balayant l'horizon.
Plusieurs jours plus tard, alors que l'initiation kalachakra tirait à sa fin, Martina et moi nous assîmes dans nos sièges en velours dans l'obscurité, à l'intérieur de l'auditorium étouffant de Santa Monica. Nous nouâmes des bandeaux rouges sur nos yeux. Nous lançâmes sept fois des cure-dents dans les airs. Nous nous visualisâmes comme la déité kalachakra à quatre visages, avec vingt quatre bras, embrassant son consort jaune safran à quatre visages et à huit bras. Nous léchâmes du yaourt déposé dans notre paume droite. Nous imaginâmes des points rouges remonter le long de notre colonne vertébrale et se mélanger avec des points blancs descendant le long de notre colonne. Les moines tibétains chantèrent leur bourdon polytonal, martelèrent leurs tambours, frappèrent leurs gongs, fracassèrent leurs cymbales, et soufflèrent dans des cornes de 2 mètres de long, dans une symphonie qui fit vibrer tout notre squelette. Nous fîmes le vœu de dire la vérité, d'être bon, d'être généreux, de cultiver l'amour, et de nous dédier à l'illumination de tous les êtres.
En retournant à l'hôtel, Martina, un sourire coquin sur ses lèvres pleines, me dit que Carlos allait nous rendre une autre visite ce soir là. Nous disposâmes une assiette de biscuits et de fromage, un bol de fruits, et des bouteilles d'eau minérale. Alors que le soleil était suspendu à l'horizon, nous l'entendîmes frapper à la porte.
Carlos portait le même costume froissé que j'avais vu sur lui quelques jours plus tôt. Il plaça ses mains sur le ventre bombé de Martina et se pencha sur elle. « Hola, chica. Que tal ? » Envoya t-il à l'enfant pas encore naît. « Tienes una madre muy bonita, muy sympatica, y muy especial. » Il ferma les yeux et resta là, en silence, pendant un moment, puis se tourna vers moi et me donna l'accolade.
Martina se cala contre un amas de coussins sur le lit, je m'assis sur le divan, et Carlos prit place dans le fauteuil. Il demanda à Martina des nouvelles de son mari, de ses enfants, de leurs amis communs. Nous parlâmes du temps ; il était théâtral même en parlant du smog, passant en un instant d'un langage lucide et précis à un torrent de blasphèmes divertissants. Son enjouement réchauffait la pièce comme un feu de cheminée.
« Dites m'en plus à propos de La Gorda, » entreprit finalement Martina, se rallongeant sur les coussins comme une enfant attendant son histoire favorite.
Carlos s'arrêta pendant un moment, son regard persistant sur chacune d'entre nous une seconde de trop, de la façon dont vous regardez dans les yeux un amant potentiel.
« Une autre fois, j'étais prêt à quitter Nayarit, » dit-il, « et La Gorda me donna ces instructions. »
Carlos s'allongea dans son fauteuil, étendit ses genoux de part et d'autre, sortit son ventre, et parla d'une voix aigue. Je pouvais voir La Gorda, grosse et brune.
« Carlos, vas à Escondido. Prends une chambre dans un motel, le genre de chambre avec une moquette couleur olive, pleine de tâches de café et de brûlures de cigarettes, où les meubles empestent le vieux tabac. »
« Combien de temps dois-je y rester ? » demandai-je.
« Jusqu'à ce que tu meurs, » dit-elle avec un sourire qui me glaça les os.
« Je ne ferais pas ça, » lui dis-je. « J'aime ma vie à Los Angeles. J'aime mes amis. J'aime mon appartement. »
« Je suis monté dans mon vieux camion, et j'ai roulé. Après quelques heures sur l'autoroute mexicaine, je commençai à penser que ma vie à Los Angeles n'était pas si bien que ça. Après quelques heures de plus, je commençai à penser que ma vie à Los Angeles avait aussi ses côtés déplaisants. En approchant de la frontière à Tijuana, ma vie à Los Angeles paraissait complètement misérable. Je fis demi-tour et pris la direction d'Escondido ; je m'arrêtai dans le premier motel que je pus trouver et pris une chambre. Elle avait une moquette couleur olive avec des tâches de café et des brûlures de cigarettes, et puait le vieux tabac. Je suis resté seul dans cette chambre pendant des semaines. Peut-être des mois ». Carlos soupira.
J'avais récemment terminé une performance sur la solitude. Pour développer la pièce, j'avais étudié mes gestes dans le privé : la façon dont je prenais mes repas en face de la télévision ; la façon dont je restais dans la lumière du frigo ouvert, fixant une brique de lait, une bouteille de jus d'orange, du tofu en train de flotter dans un bol d'eau ; les intonations et le langage utilisés quand je me parlais à moi-même, la manière dont mon corps s'enroulait dans le lit ; la mélodie de mes pleurs. J'étais en train d'essayer de décortiquer la solitude afin de pouvoir examiner son noyau. Je pensais alors que la douleur pouvait disparaître, comme des particules de matière se transformant en vagues de lumière lorsqu'elles sont étudiées sous un microscope électronique. Le travail avait reçu des critiques élogieuses, mais la solitude m'agressait toujours. J'avais besoin de conseils.
« Qu'avez-vous fait ? » demandai-je à Carlos, incapable de contenir ma curiosité. « Avez-vous regardé a télévision, écouté la radio, lu des livres, parlé au téléphone ? »
« Rien, » dit Carlos calmement, attrapant mon regard durant un instant, puis laissant ses yeux retomber sur ses mains jointes. « Je n'ai rien fait. » Il parlait doucement. « J'ai étudié les motifs des brûlures de cigarettes sur la moquette. J'ai fixé le plafond. J'ai regardé la poussière danser dans la lumière qui venait des portes en verre coulissantes. J'ai bu du café. J'ai mangé. Lorsque la peur arrivait, je me blottissais sous le couvre-lit - Parfois la chaleur de l'anxiété me faisait tellement suer, que je jetais les couvertures sur le sol. Parfois, la terreur était si forte que je m'enroulais au bord du lit et je pressais le coin du matelas contre mon ventre, mon plexus solaire, en essayant juste de rester en vie. J'étais sûr que j'allais mourir. Et puis un jour, finalement...j'ai laissé aller. »
Il s'arrêta et me regarda, et je le regardai en retour, de la façon dont vous ne pouvez plus détacher vos yeux d'un cerf jusqu'à ce que l'un de vous bouge.
« Soudain, quelque chose a changé, » continua t-il. « La peur s'est envolée. Et tout ce à quoi j'avais toujours tenu - la douleur de l'enfance, les luttes liées à ma carrière, le succès, l'argent, les romances, les femmes qui m'avait quitté, celles que je désirais encore, le passé, le futur, le ‘Est-ce que tu m'aimes ? Est-ce qu'il m'aime ! Est-ce qu'elle m'aime ?' Comment nous perdons notre vie...tout cela s'est évanoui. En un instant, j'étais entièrement libre. Et je ne m'étais jamais senti aussi heureux de toute ma vie. »
Carlos prit une gorgée d'eau et regarda par la fenêtre. Le ciel était sombre, et les bruits de la circulation nocturne envahirent la pièce.
« J'ai appelé mes amis à Los Angeles, » dit-il en souriant.
« Partagez-vous mes affaires, » leur ai-je dit. « Je ne reviens pas. » ils pensaient que j'étais bourré. « Je ne suis pas bourré, » les ai-je assuré. « Je suis parfaitement sobre. Si vous ne prenez pas mes affaires, le propriétaire le fera. »
Le matin suivant, je sortis du motel, montai dans mon camion, et repartis. Je ne savais pas où j'allais, et je m'en fichais. Je n'avais jamais été plus heureux de toute ma vie.
« Vous voyez, » dit Carlos, en se tassant à nouveau dans son fauteuil, « la différence entre moi et la plupart des gens est que la majeure partie des gens prennent leur vie comme s'ils étaient dans un train et qu'ils étaient assis dans le wagon de queue. Ils regardent les voies défiler derrière eux et voient qu'il s'est passé ceci et cela, et ils sont déçus. Mais ils s'y font. Et ils savent exactement ce qui va arriver ensuite à cause de ce qui s'est passé avant. Ils croient que leur futur sera exactement comme leur passé - le même lot de déceptions, le même lot de plaisirs. »
« Mais moi, je regarde ma vie comme si j'étais assis dans la locomotive. Devant moi, le paysage disparaît au loin. Je ne sais pas où je vais, et je n'ai aucun idée de ce qui va arriver ensuite. Peu importe ce qui s'est passé hier, je sais qu'aujourd'hui tout peut arriver. C'est ce qui me maintient heureux. C'est ce qui me maintient en vie. »
Carlos étincelait d'énergie et d'aisance. Son bien-être était contagieux.
« Vous devez écouter les appels tranquilles du coeur, » dit-il, d'une voix calme et étouffée. « L'ambition est l'ennemi de l'intuition. Vous devez être silencieux. Vous devez écouter les appels tranquilles du coeur et savoir que tout peut arriver. »
J'étais assise tranquillement, en train d'écouter. C'était comme si les mots de Carlos avaient dévoré les démons de l'accablement qui s'étaient logés dans les murs de ma poitrine comme des mollusques. Je dois me souvenir de cette histoire, pensais-je pour moi-même.
« Es muy tarde, » dit Carlos, se levant et étirant les jambes. « Martina, tu dois te reposer. Et moi, je travaille la nuit, donc je dois partir. »
« Exact, la pratique de l'immortalité. S'il vous plaît, faites-moi une faveur et ne disparaissez pas de ce plan avant de m'avoir rendu visite à San Francisco, » dit Martina, en souriant.
« Ne t'inquiète pas, » la rassura Carlos, plaçant à nouveau les mains sur son ventre.
Nous raccompagnâmes Carlos jusqu'à la porte, et il m'embrassa une dernière fois. Il sifflait en marchant dans le hall. J'avais envie de lui courir après, de tomber à genoux et de le supplier de m'emmener avec lui. Je voulais entrer dans le monde du rêve et cheminer à travers les royaumes post-mortem avec Carlos comme guide. Je voulais apprendre comment mourir sans mourir.
« Martina, pouvons-nous aller avec lui ? » implorais-je.
« Tu plaisantes ? Je suis crevée, » gémit-elle, s'effondrant sur le lit et attrapant le téléphone. « On commande des glaces, on rampe sous les couvertures, et on regarde David Letterman. »
Cela semblait être une bonne idée.
Une vague de joie venant du monde ordinaire s'empara de moi. Alors que Martina était en train de composer le numéro du service d'étage, je marchai jusqu'à la fenêtre et observai Carlos marcher d'un pas rapide sous les arcades des palmiers. Personne ne s'arrêta pour le regarder, personne ne le prit en photo, ni ne lui demanda son autographe. Il était totalement anonyme. Je suivis sa progression sur le trottoir jusqu'à ce qu'il grimpe dans son vieux camion et qu'il disparaisse.
Copyright Février 1996
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Publié à 02:00 le 29 September 2007 dans Carlos Castaneda interviews |
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De la sorcellerie et des rêves : une rencontre avec Carlos Castaneda
The Sun Magazine - Septembre 1997
Par Michael Brenan
Rêver fut une fois une aventure extraordinaire pour moi. Quand j'avais treize ans, j'avais de fréquents rêves conscients et des expériences de sortie de corps. Habituellement, juste avant de m'endormir, quand mon corps était complètement relaxé, je glissais sans avertissement vers un remarquable état d'alerte. Mon corps physique était lourd et engourdi, bien que je sois complètement éveillé. D'une certaine façon, je savais qu'il était alors pour moi possible de quitter mon corps.
Presque toutes les nuits durant les trois années suivantes, je me laissais aller au sommeil, seulement pour me réveiller et m'aventurer dans des mondes de rêve d'une beauté et d'une clarté à couper le souffle. J'étais pleinement conscient et terriblement curieux à propos de tout ce que je rencontrais. Inlassablement, j'expérimentais à l'aide de mes sens et de ma capacité à manipuler ces étranges univers. Mais je ne pouvais jamais déterminer si les mondes dans lesquels j'entrais étaient objectivement réels, ou simplement des projections.
A seize ans, je participai à une étude de recherche pionnière menée par Stephen LaBerge. Utilisant un équipement de laboratoire et une série de signaux pré arrangés, LaBerge démontra que les humains ont la capacité d'être conscient à l'intérieur d'un état physique de sommeil. Il appelait le phénomène « le rêve lucide. »
Mais, même la validation scientifique n'avait pas entièrement chassé mon incertitude, car elle n'expliquait pas, par exemple, comment je pouvais parfois être simultanément conscient, à la fois à l'intérieur de mon corps physique et à l'intérieur de cet « autre » corps. A la fin, je décidai que mes questions étaient pour le moment sans réponses, et que les réponses n'avaient plus beaucoup d'importance. Le sentiment d'euphorie, de liberté, et de joie que je connaissais dans ces mondes interieurs était la véritable valeur de l'expérience.
Avec le temps, ce même état de conscience accrue commença à se transposer à mon existence de tous les jours, l'imprégnant de richesse et de magie. La vie devint un rêve éveillé. Alors que cette sensibilité grandissait, elle entra en conflit avec tout ce qu'on m'avait enseigné.
Les prêtres qui m'éduquaient semblaient croire que l'âge des miracles s'était éteint deux mille ans plus tôt. La science suggérait que tout pouvait être réduit à des mécanismes basiques. Et la société contemporaine conseillait une évolution sécurisante et exsangue de l'accouchement, de l'école, du travail, et de la mort, entrecoupée d'un consumérisme insipide.
L'année de mes dix-sept ans, j'ai commencé à sentir que quelque chose n'allait pas chez moi. J'étais assailli par l'insécurité habituelle de l'adolescence et, en plus, ma perception du monde ne concordait pas avec celle de mes paires. Mes peurs submergèrent l'esprit de beauté que j'avais eu tant de hâte à formuler.
Pour compenser la lâcheté que je percevais en moi, je m'embarquais dans une course polissonne, en me liant avec des gens peu recommandables et en extériorisant mon tourment intérieur. En faisant cela, je trahissais tout qui était sacré pour moi, et mon angoisse était immense. Durant les quinze années suivantes, je souffris d'accès prolongés d'addiction, d'une absence de domicile, et de plusieurs incarcérations en prison et en hôpital psychiatrique. Mes rêves m'avaient abandonné, seulement pour être remplacés par un cauchemar éveillé. Je me suicidais à petit feu, un processus qui atteint sa conclusion il y a sept ans, lorsque j'ai partagé des aiguilles sanguinolentes avec deux comparses toxicomanes dans un taudis de Lower East Side à New-York.
Depuis, mes compagnons junkies de l'occasion sont tous les deux morts du sida.
A présent, assis à proximité de la mort, moi-même je cherche un espace vide à l'intérieur.
Curieusement, ce vide s'accompagne d'un certain abandon et d'un délicieux sentiment d'anticipation - je n'ai rien à perdre. Ma mortalité imminente semble offrir une mince chance de récupérer ce que j'ai perdu : mon expérience du monde comme un rêve éveillé, d'une grande beauté et plein de mystère.
C'est dans cet état d'esprit que je reçus une invitation pour participer au séminaire d'Oakland donné par les associés de Carlos Castaneda, et d'écrire dessus en tant que journaliste. L'objectif du séminaire était d'enseigner une discipline magique que Castaneda prétend avoir apprise du voyant yaqui don Juan Matus. D'après Castaneda, les voyants de l'ancien Mexique expérimentaient des états de conscience accrue durant le rêve. Ils apprirent à recréer ces états alors qu'ils étaient réveillés, utilisant une collection de mouvements précis appelés « passes de sorcellerie. »
Enveloppée de secret, cette discipline fut transmise durant vingt-sept générations de sorciers, dont don Juan Matus était le dernier. Maintenant, Castaneda et quelques-unes de ses cohortes affirment être les gardiens contemporains de cet art des anciens sorciers, que Castaneda a nommé « Tenségrité », d'après un terme architectural qui désigne des forces opposées en équilibre.
Une autre perspective, proposée par les critiques de Castaneda, est qu'il est l'inventeur de cette discipline, et du mythe de don Juan Matus. D'après eux, le mythe de Castaneda a ses origines, non pas dans le monde des Toltèques de la pré conquête, mais à l'été 1961, quand l'étudiant de 37 ans en anthropologie qu'était alors Castaneda s'aventura dans le désert de Sonora à la recherche de son doctorat. Là, sous le brûlant soleil mexicain, Castaneda a présument concocté ses charmantes histoires de sorcellerie.
En dépit des louanges dont a été gratifié Castaneda par le respectable monde académique, scientifique, et littéraire, les septiques restent troublés par les inconsistances chronologiques de ses livres, par son refus que don Juan soit soumis à un examen publique, et par la propre inaccessibilité de l'auteur. A la fin, don Juan Matus semble destiné à nous hanter comme un fantôme aperçu du coin de l'œil, nos cœurs s'accélérant à la possibilité que la sorcellerie puisse encore exister.
Il y a six ans, la controverse prit une nouvelle dimension lorsque deux femmes - Florinda Donner-Grau et Taisha Abelar - écrivirent des livres rêveurs, élégants, qui décrivaient leur propre rencontre avec don Juan. Donner-Grau et Abelar révélèrent qu'elles étaient les collègues de Castaneda.
Une troisième collègue, Carol Tiggs, fut mentionnée dans le dernier livre de Castaneda, L'Art de Rêver, dans lequel il décrivait comment, en « rêvant ensemble » dans la chambre d'un hôtel mexicain, Tiggs disparut de ce monde, portée par les ailes de « l'intention ». Les « tempêtes de l'infini » la renvoyèrent dans cette dimension, dix ans plus tard, lorsque Castaneda la découvrit déambulant avec stupeur dans la librairie Phoenix de Santa Monica. Son improbable retour avait « créé un trou dans le tissu de l'Univers ».
Castaneda, Donner-Grau, et Abelar furent complètement déconcertés par les implications de cet événement. Finalement, Tiggs persuada ses compagnons voyageurs d'adopter une nouvelle approche radicale pour leur travail : pour la première fois, ils présenteraient les enseignements de don Juan ouvertement, offrant aux chercheurs l'opportunité d'explorer en détail les fantastiques pratiques des légendaires voyants.
Ils parvinrent à cette décision sans précédent, disent-ils, parce qu'ils sont les derniers de leur lignée et brûleront bientôt avec « le feu du dedans », et accompliront leur saut dans l'inconcevable. Mieux encore, ils dévoilent leur discipline par pure gratitude envers leurs maîtres et benefactors, afin que cette ancienne connaissance puisse survivre.
Comme beaucoup de lecteurs, j'ai été profondément touché et inspiré par les livres de Castaneda - spécialement (pour des raisons évidentes) par ses écrits concernant les possibilités magiques du rêve. En même temps, j'ai gardé un scepticisme de journaliste à propos de toute l'affaire.
Mais maintenant, les créatures moulées par le mythe de don Juan Matus ont émergé du brouillard de leur inaccessibilité et bruissent à travers ma conscience comme le feuillage d'un arbre. J'allais écouter leur message, plein de questions, de doutes, d'anticipation, et d'une nostalgie pour la magie qui réfute les rêves sans âme de la société contemporaine.
Les six instructrices, appelées les « Pisteuses d'Energie », se tiennent par deux au sommet de trois plateformes dans le Centre de Convention d'Oakland. Elles sont habillées dans un style art martial, avec d'amples vêtements, leurs cheveux coupés court, chacune dégageant un athlétisme et une force attractive. Leur âge va de 11 à 36 ans, et elles viennent d'Europe et d'Amérique. Leurs manières sont à la fois pratiques et amicales. Elles sont là pour enseigner, et les trois cent individus qui les entourent sont là pour apprendre.
Durant les deux jours suivants, les Pisteuses d'Energie font la démonstration d'une série de mouvements élaborés - les « passes de sorcellerie », sur lesquelles Castaneda a écrit. Les mouvements ont des noms évocateurs : Craquer une pépite d'énergie, Sauter par-dessus une racine d'énergie, Gratter la boue d'énergie. J'ai des années de pratique d'hâta yoga, et je peux confirmer qu'il y a quelques parallèles entre les deux disciplines. Beaucoup de mouvements ont également une férocité et une humeur martiale qui font penser à des réminiscences d'aïkido et de karaté.
Mais il y a quelques éléments inhabituels dans le système de Tenségrité que je ne peux replacer dans aucun contexte familier.
Parmi les participants, il y a un énorme mélange d'activités professionnelles - des médecins, des enseignants, des ingénieurs, des artistes, des laborantins, des biologistes - et de nationalités : des Espagnols, des Italiens, des Allemands, des Russes, des Américains, des Français. J'ai parlé à une grande variété de personnes, recherchant des témoignages sur l'efficacité des mouvements, et ce que j'ai entendu à commencé à doucement ébranler mes doutes.
Un homme, qui avait pratiqué le karaté durant six ans dans sa jeunesse, me dit qu'il trouvait les mouvements de Tenségrité particulièrement puissants. « Plus je fais de Tenségrité, me dit-il, plus je pense que personne n'a pu simplement les inventés. Il y en a trop, ils sont trop sophistiqués et systématiques, et leurs résultats sont tout bonnement trop puissants. »
Mario, un Indien tarahumara élevé dans le nord du Mexique et qui vit maintenant à Los Angeles, me dit que lui et son groupe d'amis indiens et mexicains se sont longtemps réunis de façon informelle pour pratiquer les stratégies glanées dans les livres de Castaneda. Maintenant, avec la présentation plus formelle des enseignements, ils ont accru leurs efforts. Quand Mario décrit certaines de ses aventures de rêve, je suis frappé par leur similarité évidente avec les rêves conscients de mon enfance.
« Récemment, je me suis retrouvé éveillé dans un rêve », dit Mario. « J'étais sous un arbre, sur une colline ; je ne suis pas sûr de l'endroit exact. Mon frère Joss, qui vit à Oaxaca, était avec moi. Il me demandait ce que j'avais appris au séminaire auquel j'avais participé. Je lui racontai, et nous échangeâmes plus d'information sur nos vies personnelles. J'étais pleinement conscient durant le rêve, mais lorsque je me réveillai, j'avais oublié quelque chose : Joss m'avait dit quelque chose tout à la fin du rêve, et je n'arrivais pas à me souvenir quoi.
« Une semaine plus tard, il m'appela du Mexique. Avant que je ne puisse parler, il commença à me décrire le rêve : la même colline, le même arbre, la même conversation. Je sentis un frisson, et un sentiment d'émerveillement. Puis il me demanda si je me souvenais de ce qu'il m'avait dit à la fin de notre rêve. Avant qu'il dise quoi que ce soit de plus, mes oreilles commencèrent à bourdonner, et la scène oubliée se rejoua en un instant. Il m'avait remercié de l'avoir amené jusqu'à ce chemin. »
Au cours du week-end, nous avons pu entendre les trois comparses de Castaneda. Parlant la première, Florinda Donner-Grau épia l'audience et sourit comme le chat d'Alice. Ses cheveux blonds coupés en brosse et ses pommettes élégantes lui donnaient un air très teuton. Elle parla avec une diction bien précise, comme si chaque mot était un morceau délectable :
« Don Juan Matus présenta quatre visages à ses quatre disciples. Pour Carlos Castaneda, il était une présence féroce et effrayante d'une beauté intense. Pour Taisha Abelar, il était une figure intensément familière bien qu'énigmatique. Pour moi, il était une intrusion abrupte dans mon monde, et en même temps apaisant et déconcertant. Pour Carol Tiggs il était un personnage gentil, une figure paternelle capable d'une immense affection. »
Elle continua en nous racontant que dans le monde des sorciers, les femmes sont des créatures surdouées en raison de leur affinité avec la nature féminine de l'univers. En utilisant leur utérus, elles sont capables d'avoir accès à l'énergie universelle et d'accomplir des exploits de transformation stupéfiants. Mais, en même temps, les femmes doivent lutter contre les effets ahurissants de leur socialisation. Bref, elles sont entraînées depuis leur naissance à être des bimbos, et c'est seulement grâce à un effort inflexible qu'elles peuvent échapper à leur destin.
« Don Juan me demanda », dit Donner-Grau, « sur un ton très pragmatique, si je voulais être une chatte stupide le restant de ma vie...Vous devez comprendre que je viens d'une famille germano-espagnole très convenable. Personne, et particulièrement un homme, n'avait jamais utilisé ce mot en ma présence. J'étais horrifiée et insultée. »
Vu le plaisir avec lequel elle raconta l'épisode, je pus en conclure que, d'une certaine façon, elle avait dépassé sa mortification.
Pour moi, le moment déterminant de sa conférence fut quand elle parla de la mort : « La mort est votre véritable amie, et votre conseillère la plus valable. Si vous avez des doutes sur la tournure que prend votre vie, vous n'avez qu'à consulter votre mort pour avoir la direction appropriée. La mort ne vous mentira jamais. »
Taisha Abelar était élégante et énergique. Je ne peux pas resitué son accent, mais globalement sa conférence et son apparition m'ont rappelé la Katharine Hepburn des années soixante. J'étais intrigué par les différences entre ses expériences de rêve et les miennes.
« J'étais sur le toit d'un immeuble, » dit Abelar, « au milieu d'une ville étrange. Soudain, j'entendis un terrible raffut au-dessus de moi, et je vis une forme noire descendre vers moi depuis le ciel. J'ai immédiatement bougé, et ce faisant, j'ai vu que la forme noire était en fait un hélicoptère, et que l'horrible bruit était le son de ses pales en train de trancher l'air. Si j'étais resté une seconde de plus sur ce toit, j'aurais été découpée en charpie. »
Au début, cela me laissa perplexe, car dans mes rêves conscients je pouvais manipuler l'environnement de manière extraordinaire. Je me demandais pourquoi Abelar n'avait pas repousser l'hélicoptère, ou lui avait fait prendre feu. Puis cela me frappa : elle parlait de transporter son corps physique dans ces mondes.
Durant l'heure suivante, elle raconta des histoires dingues qui me firent penser qu'elle était soit complètement folle, soit une menteuse accomplie. Mais tout dans ses manières suggérait la sobriété et la sincérité, et je suis forcé de reconnaître une troisième alternative, presque inconcevable : elle ne fit que reporter ses expériences avec fidélité.
Carol Tiggs, quant à elle, décrivit ses aventures de rêve ; chaque épisode étant aussi bizarre et « extraterrestre » que les histoires de Abelar, mais la plupart de ses histoires impliquaient de « rêver ensemble » avec Carlos Castaneda. Comme Castaneda, Tiggs se dénomme elle-même « nagual », un terme toltèque qui signifie « maître » ou « guide ». L'affinité qui relie une femme nagual et un homme nagual et qui leur permet de rêver ensemble est décrite dans de nombreux livres de Castaneda. Ce n'est ni un lien romantique, ni sexuel, mais quelque chose de beaucoup plus profond.
Vers la fin de sa conférence, Tiggs répondit aux questions de l'audience à propos de la santé de Castaneda (on disait qu'il était malade), et je ressentis la féroce affection qui existait entre eux. Elle était là d'autant plus grande. Prenant une profonde inspiration, et expirant doucement, elle sourit, au bord des larmes, et dit, « Notre frère Carlos ne pourra pas nous rejoindre car il combat une infection. Nous ne connaissons pas la nature de sa maladie. Un sorcier ne peut pas s'abandonner à la médecine traditionnelle ; il doit se relier à l'esprit, et à ses propres ressources.
« Avant qu'un sorcier n'atteigne le seuil où son corps ne fonctionne plus, il choisira, s'il le peut, d'embraser la conscience de son corps entier, afin de quitter ce monde intacte et entier. Et notre frère Carlos a fait la promesse de nous inclure dans cet acte final. Mais nous ne savons pas si c'est le moment de son départ. »
Elle fit une pause, et lorsqu'elle reprit la parole, sa voix était étouffée par l'émerveillement. « Nous sommes ici, ensemble, dans une bulle hors du temps, rêvant le rêve des anciens Toltèques. Par vos efforts, vous nous avez aidé à l'étendre et à l'accélérer à l'intérieur de l'inconnu. Nous vous remercions,» conclut-elle avec douceur, ouvrant ses bras face à l'audience, « et nous vous embrassons dans le rêve. »
En repartant vers Portland le dimanche soir, je cherchais en moi des changements et trouvai à la place que le mécontentement et le vide qui m'avaient assailli durant la moitié de ma vie avaient décuplé. Je restais en dehors du grand mystère, écrivant sans arrêt, doutant sans arrêt.
Par dessus tout ça, mon corps éclatait : ma testicule gauche avait doublé, et une éruption de varicelle m'affligeait de la tête aux pieds. J'allais voir un médecin traditionnel chinois dont la sagesse provient d'une longue lignée historique. Il prit mon pouls et examina ma langue, puis s'assit et hocha la tête, comme une grue assoiffée plongeant pour boire de l'eau, tout en murmurant quelque chose en chinois. Il prépara un breuvage complexe d'herbes, que je consommai, convoquant toute la gratitude que je pouvais avoir envers les plantes qui avaient donné leur vie pour la mienne.
Quelques semaines passèrent, et je regagnai mon équilibre, mais mes doutes sur Carlos Castaneda, qui ne m'avaient jamais vraiment quitté, devinrent plus insistants. Je vacillais entre les souvenirs des résultats pratiques rapportés par les praticiens de Tenségrité, et la connaissance de notre capacité à interpréter les mythes d'une manière appropriée à nos besoins.
Tout me ramenait à l'authenticité de don Juan et de ses prédécesseurs toltèques. Est-ce que don Juan était un mythe inventé par Carlos Castaneda, ou un sorcier en chair et en os de dimension mythique ? J'étais conscient qu'une seule personne pouvait répondre à cette question.
Puis, une chose apparemment impossible arriva : mon murmure silencieux fut exaucé, et je reçus une invitation inespérée pour rencontrer et interviewer Carlos Castaneda. Dû à mes défauts - j'ai vécu une vie d'indulgence, n'ai pas écrit de grande épopée, je suis à peine diplômé de l'université, et je ne connais rien à la science ou à l'anthropologie - j'allais être énormément intimidé.
Mais, à la place, à partir du moment de l'invitation, je fis l'expérience d'un profond et apaisant sentiment de sécurité. Si Castaneda était juste un coquin inventif, alors je ne perdrais rien, mise à part mes illusions. Mais si il était le sincère héritier de l'héritage des voyants toltèques, alors j'aurais gagné un cadeau d'une incalculable valeur - la possibilité de restaurer la magie durant le restant de ma vie.
Une agréable quiétude s'empara de moi à la lumière de cette prise de conscience, amenant avec elle un sentiment fébrile d'anticipation et - d'autant plus remarquable pour moi - un calme et une confiance irrésistibles. Tout était en ordre. Il semblait que je n'avais plus rien à faire à part saluer l'inconnu.
Je cherchais dans les quatre pages simples de questions que j'avais préparées et aperçu un groupe de trois personnes se dirigeant vers moi, en traversant le restaurant de Santa Monica. La femme qui arrangeait l'interview pour moi se trouvait en face. Elle me présenta à l'une des Pisteuses d'Energie du séminaire, puis au petit homme derrière elle - Carlos Castaneda. Le calme des derniers jours ne m'avait pas abandonné, et je saluai Castaneda avec un mélange relaxé de respect, d'affection, et de scepticisme professionnel.
Gracieux et sans prétention, il remonta les manches de sa chemise blanche froissée avec toute l'élégance propre au Vieux Monde, tandis que nous prenions place dans nos fauteuils. Je remis de l'ordre dans mes notes tout en lui jetant de petits coups d'oeil dissimulés. D'après mes recherches, je savais qu'il était d'origine péruvienne et qu'il avait au moins soixante et onze ans. Cependant, il semblait n'avoir qu'une petite soixantaine d'années. Il faisait environ 1m60, sa peau avait la couleur du cuivre poli, une toison poivre et sel en guise de cheveux, et il était charpenté comme un lutin. Son visage était beau et buriné, une symphonie d'angles et de rides qui suggéraient les traits classiques espagnols. Son regard était aiguisé et lucide, son expression en revanche semblait prévenante, amicale, et badine.
Il m'offrit une bouteille d'eau, et ce simple geste sembla incarner la générosité. J'eus le sentiment de me retrouver avec des amis. Durant les trois heures qui suivirent, je posai quelques-unes des questions de ma longue liste de manière sporadique, mais j'étais la plupart du temps absorbé par la prise de notes de ce qui se disait.
« Cette discipline est une affaire intérieure, » dit Castaneda à un moment. « Il y a des techniques, mais elles doivent être renforcées par une décision, et par un sentiment qui vient de l'intérieur. Vous avez besoin de parvenir à cette décision et à vous ressentir vous-même. Pour moi, c'est une question de renouvellement quotidien. »
Parler de discipline m'invita à lui poser une question à propos de quelque chose dont il avait un jour parlé : qu'arrêter de fumer pouvait être un acte révolutionnaire.
« Vous ne fumez pas, n'est-ce pas ? » s'enquérit-il, avec une franche curiosité.
« En honneur de cette occasion, » répondis-je, « j'ai laissé mes cigarettes à la maison. » Il resta imperturbable face à mon aveu, et face à la banalité de mon problème.
« J'ai commencé à fumer quand j'avais huit ans, » dit-il. « Je voulais être comme ces vieux types argentins. Vous les auriez vu ; c'était les types les plus cools de la terre. » Avec une mimique ridiculement suave, il imita les types les plus cool de la terre, en plissant son œil gauche et en penchant sa tête pour souffler un invisible nuage de fumée. « Un jour, don Juan me dit d'arrêter de fumer. Je répondis que j'aimais fumer et que je m'arrêterai quand je serais prêt.
« Puis, j'ai essayé d'arrêter mais je ne pouvais pas ; ni la première, ni la seconde fois. Même après toutes ces années, je me retrouve encore à tapoter ma poche de poitrine, à chercher des cigarettes qui ne sont plus là. Ces routines sont difficiles mais pas impossibles à briser, » conclut-il. « Vous devez juste changer de... »
Son dernier mot se perdit dans la gaîté de son accent. Je laissai passer et écoutai quand il parla d'une amie à lui qui était morte à l'hôpital. (Je n'avais rien dit de ma propre maladie, et mon expression ne laissait rien paraître.) « J'aimais profondément cette femme, » dit-il. « C'était une très grande amie. J'ai demandé à don Juan ce que je pouvais faire pour elle.
« Il me décrivit une stratégie à suivre, et je lui ai transmise. Je lui ai dit qu'elle devait repousser sa maladie avec sa main, avec son intention, de façon répétitive, aussi longtemps que nécessaire. Elle me répondit qu'elle était trop faible pour étirer son bras. ‘Alors utilise ton pied !' J'ai crié. ‘Utilise ton cœur, utilise ton esprit ! Aie l'intention qu'elle sorte de toi !' Mais elle n'avait plus l'énergie pour cela. »
Sans attendre de commentaire de ma part, il commença à parler de sa récente maladie, qu'il décrivit comme « une infection virale vicieuse. » Je fus presque effrayé par le parallèle avec ma propre vie, et je cessai momentanément de prendre des notes afin de l'observer. En fait, il décrivait un combat avec une infection mortelle, et comment sa discipline l'obligeait à refuser les traitements traditionnels offerts par les médecins.
Le résultat - de son état, qui avait apparemment mit sa vie en danger, et qui s'était réglé de lui-même - était évident, car il était à présent assis en face de moi, tel un paquet d'énergie.
« J'ai lu un livre écrit par l'ex femme de Carl Sagan, » continua t-il. « Elle développe cette théorie sur la nature virale du corps. Elle théorise que, physiquement, nous ne sommes que des sacs à virus. Nous vivons dans un univers prédateur, et rien n'est moins prédateur que les virus.
« Nous sommes des créatures qui allons mourir, » ajouta t-il, presque comme un illogisme, et c'en fut trop pour moi. J'étais venu ici en tant que journaliste, mais j'avais su pendant tout ce temps que je cherchais à guérir mon cœur avant de quitter cette terre. Mon temps était compté, et avant que je puisse me stopper moi-même, je l'interrompis grossièrement.
« J'ai une question personnelle, » commençai-je.
« S'il vous plaît, s'il vous plaît, » dit-il gentiment, m'engageant à parler d'un signe de la main. « Demandez tout ce que vous voulez. »
« Eh bien, » dis-je, « je déteste le mélodrame. Alors je dirais juste que je suis dans un mauvais état de santé. Il y beaucoup de dérive en rapport avec celui-ci, mais le savoir établi dit que... » Je regardais au loin, ne voulant pas apparaître manipulateur ou dans la demande.
« Peut-être quelques saisons de plus, » murmurai-je. « Quelques coups en plus à mon système, et... » Je donnais un petit coup de poing sur la table, comme si je voulais en balayer la poussière : pouf ! Disparue, envolée.
Ce que je venais de faire n'était pas du tout professionnel ; bien que je pensais, de manière enfantine, que c'était lui qui avait commencé à dire, avec ses livres, avec ses affirmations franches, qu'en ce jour et à cette époque, nous étions encore capables d'expérimenter le monde de la magie.
Je ressentis un sentiment de colère et de nostalgie déplacées, ainsi qu'une angoisse que j'avais portée en moi depuis que j'avais tourné le dos à tout ce qui était sacré pour moi.
Soutenant mon regard avec intensité mais sans passion, Castaneda se lança dans une autre longue histoire, celle-ci parlait d'un ami à lui alcoolique. Il me regarda depuis ses paupières abaissées, comme s'il plissait les yeux en face du soleil. Son regard était affûté et brillant, comme des éclats d'obsidienne, bien que l'effet produit par celui-ci ne soit ni hypnotique ni écrasant. Ils semblaient plutôt tenir une espèce de défi ouvert.
« Donc, » conclut-il, comme un professeur résumant sa sagesse, « je vais bouger. Je vais changer de ... »
Encore une fois, son dernier mot m'échappa, et mon anxiété dû se voir, car il répéta doucement, « Je vais changer de sillon. »
Il fit une pause comme pour soulever l'aiguille invisible d'un tourne-disque, ses yeux ne quittant pas les miens. « Je vais changer de sillon, » dit-il. « Je vais bouger. »
Mes journaux d'adolescent sont remplis de ce genre de métaphore. A cette époque, le sillon à un seul morceau que la tête de lecture suivait sur le disque symbolisait pour moi la nature habituelle de mon esprit. Changer de sillon signifiait changer ces habitudes qui me mettaient à l'écart de ma capacité à expérimenter la vie ordinaire comme une chose pleine de beauté et d'émerveillement.
Les trois routines que je cherchais le plus à changer était me curer le nez, mon humeur d'adolescent, et - la plus dure de toute - mon infinie capacité à ressasser de vieux événements dans mon esprit au lieu de simplement les laisser aller.
Maintenant, à trente six ans, je trouve que seul mon humeur s'est adoucie. Je me cure toujours le nez, et je suis encore capable de me justifier sans fin, me défendre, et excuser mes actions passées. A ces routines insipides, j'ai ajouté, au cours des sept dernières années, une habituelle pulsion de mort.
Je savais, depuis le moment où j'ai partagé cette aiguille, qu'une partie de moi conspirait à ma propre mort. Entre-temps, cette même partie en était venu à voir le sida comme la punition adéquate à mes péchés, ou peut-être comme l'articulation à l'aridité de ma spiritualité.
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Publié à 10:35 le 28 September 2007 dans Carlos Castaneda interviews |
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Pourtant, à travers tout ça, quelque chose de ferme à l'intérieur de moi se refusait à mourir. Je préférait appeler cette chose inviolée « esprit », et c'est ce même esprit qui m'excitait alors que j'écoutais les prescriptions de Castaneda pour changer. La mort est le seul fait inexorable dans nos vies transitoires. Peut-être que je mourrais comme un vieux fou gaga ; peut-être que je mourrais avant que le soleil se couche ce soir. Mais je mourrais - c'est plus que certain.
Pendant ce temps, ce qui me reste de contrôle est le sillon de ma vie, le morceau sur lequel je choisis de marcher, entre l'exclamation de mon futur et l'ellipse de mon départ. Dans sa perfection, ce parcours est sans parcours, comme un chemin couvert par une neige fraîchement tombée.
Et piétiner de tels chemins vierges est l'image la plus durable de mes rêves d'adolescent. En parlant directement à ce souvenir, Castaneda l'avait réveillé dans mon cœur. Etant donné le creux de vague périlleux que j'avais atteint dans la vie, je ne peux décrire cet exploit que comme un acte authentique de sorcellerie.
Ah, mais qu'en était-il de don Juan Matus, le mythique voyant yaqui dont les os avaient été exhumés ? Etait-il assis à mes côtés à présent, un maître farceur tissant des contes trompeurs de sagesse, de folie, et de vérité ? Je n'en sais rien, je ne saurais dire.
Trois heures s'étaient écoulées, et Castaneda signala gentiment la fin de notre rencontre en déroulant les manches de sa chemise de coton burinée. Il était encore temps de poser cette question définitive et plus journalistique, mais quelque chose à l'intérieur de moi la laissa passer.
Puis, subitement, le silence fut une fois encore brisé par l'adorable accent de Castaneda. Son regard fixa le lointain, et il parla doucement, ses mots étaient comme ceux q'un homme confronté à un mystère insoluble. A nouveau, je l'étudiais pour déceler l'évidente supercherie, et dû repartir les mains vides.
« Si je pouvais poser à don Juan une ultime question, » commença t-il doucement, « je lui demanderais, comment a t-il pu me toucher autant ? Comment a-t-il pu toucher mon esprit à tel point que chaque battement de mon cœur est rempli du sentiment de ce chemin ? »
« Chaque battement de mon coeur, » répéta t-il calmement, et durant un bref instant, ses mots semblèrent suspendus dans l'air comme du brouillard. Puis, son murmure fut touché par le temps, et il disparut dans le mystère qui nous entoure.
Copyright Septembre 1997
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Publié à 10:20 le 28 September 2007 dans Carlos Castaneda interviews |
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Interview de Taisha Abelar par Alexander Blair-Ewart - Dimensions Magazine
Pourriez-vous parler du sujet complexe de traquer ?
Il y a deux façons de l'approcher. Tout d'abord, une définition générale dit qu'un traqueur est quelqu'un qui a transformé en art le fait de passer inaperçu. Donc, l'art de traquer est conçu pour donner une secousse au sorcier ou au praticien, et par secousse nous entendons une poussée ou une légère explosion d'énergie, afin que le point d'assemblage se déplace vraiment légèrement. Le but des traqueurs est de bouger ou de déplacer le point d'assemblage, et à travers ça, de changer leur perception du monde. La perception, bien sûr, peut être modifiée à travers le rêve, mais les traqueurs le font quand ils sont réveillés.
La manière dont les sorciers perçoivent le monde part de la prémisse que tout ce que nous voyons lorsque nous sommes éveillés dans cette réalité dépend de la position du point d'assemblage. Je suis sûr que vous êtes un familier des livres de Castaneda, et vous savez ce qu'est le point d'assemblage, mais laissez-moi décrire à nouveau ce que c'est. C'est la focalisation du point lumineux de la conscience sur l'œuf lumineux - aussi connu comme « l'aura ».
Nous croyons que le corps énergétique des êtres humains est une masse de fibres de lumière d'un nombre infini, qui ont chacune une conscience spécifique. Ces fibres ne sont pas, disons, de la lumière électrique, mais de la lumière de conscience. Sur la forme en œuf lumineux qui compose le corps énergétique, il y a un point d'une intense luminosité où la concentration de la personne, sa conscience, est assemblée. Ce point lumineux est à peu près de la taille d'une balle de golf, depuis le point de vue des « voyants » qui voient l'être lumineux des gens. Mais il peut changer de taille ; il peut aussi changer de position sur le corps lumineux.
Et l'endroit où il est situé détermine ce qui est perçu, car il y a un alignement entre les fibres allumées à l'intérieur du corps lumineux et les fibres qui sont au dehors, dans l'univers. Les sorciers maintiennent que l'univers entier est composé d'une infinité de fibres énergétiques, dont certaines sont perceptibles, et d'autres complètement au-delà de nos capacités humaines de perception. Donc, quand la position de ce point d'assemblage, cette zone éclairée de l'être lumineux, s'aligne avec ce qui se trouve à l'extérieur, la perception a lieu.
Est-ce que cela s'applique à tout le monde ?
Nous avons tous notre point d'assemblage situé à peu près au même endroit, car lorsqu'un enfant vient au monde, en vertu du fait qu'il va devenir un être humain, une personne sociale, il doit aligner la position de son point d'assemblage à celle des autres êtres humains dans le monde, afin de pouvoir interagir avec eux et percevoir le même monde. C'est parce que nos points d'assemblage sont au même endroit que nous pouvons avoir un langage, que nous pouvons parler des arbres, des voitures, de la solidité des murs et du plancher, et que nous pouvons avoir une continuité temporelle et spatiale.
Nous savons qu'il y a eut un hier et qu'il y aura un demain. Tout cela est en rapport avec la position du point d'assemblage. Le temps, notre conception de tout ce que nous connaissons, est déterminé par l'endroit où se situe ce point de concentration de la conscience. Et, si à cause d'une quelconque anomalie, il ne se trouve pas à l'endroit où le point d'assemblage humain devrait être, alors soit ces personnes sont des sorciers - et nous parlerons de cela dans un instant - soit ce sont des candidats à la maladie mentale.
Ces derniers se retrouvent dans des asiles car leur point d'assemblage n'est pas fixé à la position où les autres êtres humains maintiennent le leur. Donc, ils n'ont pas cette intersubjectivité en termes de perception, et ils ne sont pas accordés à ce qui constitue la réalité. Il existe un mandat biologique qui dit que tous les êtres humains doivent avoir leur point d'assemblage sur cette position particulière afin qu'ils puissent être ce que nous appelons des êtres humains. Les animaux ont le leur à des endroits différents, et c'est ce qui fixe leur espèce en tant qu'animaux. Les arbres ont leur point d'assemblage à un certain endroit dans leur coquille lumineuse, et cela fait d'eux des arbres.
Alors nous pourrions aussi appeler le point d'assemblage « la position du consensus collectif de la réalité de la persona » ?
Exactement. C'est notre persona, notre personne. Maintenant, les sorciers disent que cette personne n'est pas tout ce que nous sommes capables d'être. Nous pouvons être plus qu'une simple personne sociale. Pour être plus que ce que la société, ou ce que notre privilège de naissance nous a donné, nous devons déplacer ou changer la place du point d'assemblage. Nous devons le déplacer en dehors de la position où il est fixé. Donc, ce n'est pas seulement le point d'assemblage qui est capable de bouger ailleurs, mais quand il le fait, d'autres fibres lumineuses intelligentes s'allument et s'alignent avec l'univers, et ainsi d'autres réalités sont constituées.
Ces autres réalités sont aussi réelles et solides que celle dans laquelle nous sommes actuellement. Et tout est basé sur la position du point d'assemblage. S'il se déplace - et il le fait, car il se déplace de lui-même au cours des rêves - nous appelons ce rêve réalité, car celle-ci est séparée de l'état de veille ordinaire. Nous reconnaissons qu'il existe d'autres royaumes d'expérience, mais nous nous y référons toujours depuis la position de la réalité de tous les jours.
Les sorciers ne font pas cela. Ils disent que vous pouvez sortir de la réalité quotidienne en étant éveillé. Vous n'êtes pas obligé de rêver. Rêver, bien sûr, est le contrôle du mouvement du point d'assemblage au cours du sommeil, dans les rêves, et sa fixation sur d'autres positions.
Et vous pouvez le faire sans être fou ?
Absolument.
En soit, c'est une affirmation réellement révolutionnaire !
Oui, parce que notre consensus dit que les gens fous ont des hallucinations, qu'ils voient des monstres, et qu'ils sont, en quelque sorte, déficients du point de vue de l'ordre social. Oui, ils sont déficients dans le sens où ils n'ont pas stabilisé leur point d'assemblage à l'endroit où tout le monde a le sien. D'une certaine façon, leur point d'assemblage est fluctuant, il se déplace sans arrêt. Ils sont fous parce qu'ils hallucinent, et ils n'ont pas l'énergie pour maintenir leur point d'assemblage sur une position donnée. Si ils avaient cette énergie et le contrôle nécessaire, ils seraient des sorciers, parce qu'ils traqueraient cette nouvelle position.
Je vois.
Donc, tout ceci nous ramène à la question d'avoir l'énergie de percevoir plus que ce que nous sommes autorisés à percevoir, étant donné le fait que nous sommes nés en tant qu'êtres humains. Notre ordre social ne nous permet pas de nous aventurer dans d'autres royaumes sauf au travers de la folie ou des rêves qui, de toute façon, ne sont pas considérés comme réels. Donc, il y a deux voies qui sont ouvertes, mais elles ne sont pas vraiment viables. Maintenant, les sorciers disent que vous pouvez déplacer votre point d'assemblage si vous avez assez d'énergie pour le fixer sur une autre position, parce que vous ne voulez pas finir complètement perdu dans ces quantités de mondes qui existent là, comme dans les couches d'un oignon.
Il est donc nécessaire d'avoir du contrôle, de l'énergie et de la fluidité, et ce que nous appelons une « intention inflexible ». La fluidité permet de déplacer le point d'assemblage, de le bouger depuis l'endroit donné qui fait de nous des personnes, et qui nous donne un sens du moi. Et c'est pourquoi l'importance personnelle doit être jetée par la fenêtre, car aussi longtemps que nous maintenons notre allégeance à l'ego, ce que nous faisons en réalité, c'est maintenir notre allégeance à cette position particulière du point d'assemblage.
Et nous ne serons jamais capable de percevoir rien d'autre en dehors de cette réalité qui « va de soit ». Nous ne sommes autorisés qu'à percevoir ce qui est permit par notre position dans l'ordre social. Donc, nous avons besoin de fluidité pour déplacer le point d'assemblage ailleurs, puis nous avons besoin de stabilité, de concentration et d'énergie pour le fixer sur une autre position. Et c'est vraiment cela la sorcellerie.
Est-ce que votre être essentiel, votre humanité essentielle survit à cette transition entre ces mondes de réalité alternative ?
Votre luminosité et votre conscience, qui sont en fait le point d'assemblage, restent intactes ailleurs. Mais ce n'est plus humain. Cela n'a pas à être humain, et c'est une erreur que nous ne voulons pas faire. Non, vous laissez derrière vous tout ce qu'il y a d'humain.
La plupart des gens ne voudraient vraiment pas faire cela.
C'est exact, non, ils ne veulent pas. Beaucoup de gens s'intéressent à notre travail, à Carlos Castaneda et à don Juan, mais ils ne veulent pas réellement le faire. Ils ont une curiosité intellectuelle à propos d'une possibilité quant à l'existence de quelque chose d'autre, au-delà, car nous avons tous cette curiosité en tant qu'êtres humains.
Si nous reconnaissons que la voie du sorcier n'est réservée qu'au très petit nombre de personnes qui l'emprunteront, alors pourquoi avez-vous publié votre livre ?
La raison c'est que Carlos Castaneda, Florinda Donner, Carol Tiggs et moi-même, sommes les derniers de la lignée de don Juan. A l'époque où nous avons été entraînés, ils ne savaient pas que Carlos, qui devait devenir le futur nagual, s'avérait ne pas être du tout un nagual à quatre compartiments. Un nagual est quelqu'un qui a quatre compartiments énergétiques. Mais Carlos est un nagual à trois compartiments, et cela signifie que sa mission est différente. Une des différences majeures est que la femme nagual, qui traditionnellement part avec le groupe du précédent nagual - Carol Tiggs dans ce cas -, est tout d'abord partie avec don Juan, mais est un jour revenue.
L'intention du nagual Carlos, ou celle de Florinda Donner et la mienne, l'a littéralement retenue dans cette réalité. En d'autres mots, son point d'assemblage est revenu, ainsi elle est avec nous aujourd'hui. Maintenant, c'est un fait qui ne s'est absolument jamais produit au cours des générations de naguals et de voyants de la lignée de don Juan. Et c'est parce qu'elle est revenue que Carol nous a donné l'énergie d'écrire sur nos expériences.
Que signifie ce changement sans précédent ?
Les desseins de l'Esprit sont absolument différents de ce qu'ils furent pour don Juan. Son groupe suivait des règles, ils avaient certaines procédures d'entraînement. Bien qu'ils soient abstraits, dans un certain sens ils étaient très concrets. Ils étaient les praticiens de techniques qui leur avaient été transmises par le groupe précédent, et ils nous ont retransmis ces techniques. Mais, en fait, ce que nous en avons gardé ne sont que les méthodes les plus abstraites, comme la récapitulation, l'idée d'être impeccable, l'idée de faire et de non-faire, qui se résument à la négation totale des pratiques et des procédures. Carol Tiggs, la femme nagual, nous a donné ce surplus d'énergie pour ramener ces choses dans la réalité. Autrement, elles ne seraient que des idées.
Et parce que nous les pratiquons, nous sommes ces idées. Il n'y pas de différence entre ce que nous disons et ce que nous faisons, c'est pourquoi nous sommes capables de bouger nos points d'assemblage, car ce ne sont pas simplement des abstractions. Nos corps les ont incorporées. Oui, il y a des millions de personnes qui lisent ou qui ont lu les livres, et chacun d'entre eux peut pratiquer et parvenir à trouver le chemin. Et la raison pour laquelle je dis tout cela, c'est parce que vous n'avez pas besoin de maître.
Etre abstrait, de la façon dont chacun d'entre nous l'est dans cette dernière génération, nous permet de voir que tout ce dont vous avez besoin est d'une occasion minimale, une idée. Alors si une personne fait de la récapitulation, des exercices de non-faire, etc., l'Esprit ou l'intention elle-même le guidera et lui enseignera, parce que cela est déjà construit en soi dans les exercices et dans les livres.
Quelles sont les méthodes par lesquelles on peut entretenir et cultiver l'énergie de traquer ?
Il existe des techniques ou des procédés que les sorciers utilisent, et cela inclut les techniques de non-faire et la récapitulation, qui est la technique fondamentale pour permettre au point d'assemblage de bouger de sa position habituelle. Il y a aussi des méthodes comme « perdre l'histoire personnelle », qui permet également de s'écarter de ce qu'est notre idée du moi.
Mais perdre l'importance personnelle est la clé, parce que, comme je l'ai déjà dit, tant que nous avons cette idée d'un moi, d'un moi fort, d'un ego, d'une personnalité avec laquelle nous interagissons avec les autres en termes d'accords intersubjectifs, alors nous demeurons prisonniers. Vous voyez, si la force du monde de l'ordre social est si énorme, c'est à cause du consensus de milliards de personnes qui maintiennent leur point d'assemblage à cette place particulière.
Donc, à un niveau individuel, on pourrait appeler cela « la pression des pairs », et à un niveau universel on pourrait appeler cela « l'esprit des temps » ?
Oui. A un niveau très individuel, on pourrait appeler cela « auto indulgence », ou idée du moi, ou s'incliner devant la pression des pairs. Et à un niveau largement plus culturel, il y a le langage, la famille, les barrières fondamentales que vous devez casser - l'individu, les pairs, la famille, la culture -, et puis un espèce d'énorme inconscient collectif qui maintient tout en place. Un sorcier doit sauter hors de tout cela pour rejoindre un niveau différent.
Et alors, derrière cet inconscient collectif, nous avons un mandat biologique qui nous maintient prisonniers dans ce « moule du singe ». Nous possédons une conduite biologique, nous avons besoin d'être des êtres sociaux, grégaires, parce que nous sommes des animaux sociaux. La solitude est quelque chose qui effraye terriblement les gens. Je veux dire que l'idée d'entreprendre un voyage solitaire, une quête solitaire, est un de celle qui élimine les néophytes, car la récapitulation se fait dans une solitude absolue.
Les gens pensent qu'ils peuvent méditer ensemble, faire des choses ensemble, tant qu'ils peuvent avoir un consensus de groupe. Mais, vous voyez, c'est ce même consensus de groupe qui empêche le mouvement subtil du point d'assemblage. Donc, vous devez aller au-delà de cette force, et vous devez avoir l'énergie, et l'énergie provient de toutes ces choses que j'ai mentionnées avant, comme l'impeccabilité ou le fait d'utiliser sa mort. Vous vous donnez à mort, car de toute façon, vous vous donnerez à la mort.
Si vous suivez la voie du sorcier, si vous souhaitez vous défaire du moi, de cette position donnée du point d'assemblage, et vous aventurez dans l'inconnu, alors c'est comme mourir. Le moi doit capituler, et c'est une sentiment horrible, émotionnellement et physiquement. C'est comme, vous savez, l'homme contre l'univers.
Et cette mort se prolonge, n'est-ce pas ? Je veux dire, cela n'arrive pas à un moment miraculeux. C'est quelque chose qui s'effectue progressivement. Cela peut prendre des années. A quel moment savez-vous que c'est fait ? A quel moment savez-vous que votre vieux moi est finalement mort, ou bien que vous êtes devenu ce qui est appelé dans les livres « un guerrier sans forme » ?
Vous devez être sans forme. Vous devez ne pas avoir de moi. Avant tout, comme vous le dites, ce n'est pas un processus soudain, bien qu'il puisse l'être. Le mouvement du point d'assemblage peut être soudain, dans certains cas anormaux. Un grand choc survenant tout à coup le déplace dans un autre endroit, et une nouvelle réalité est constituée en face de la personne. Mais, habituellement, cela ne dure pas, car cela est provoqué par une force externe, et il revient ensuite à sa position habituelle. Si cela se prolonge, la personne ne saura pas ce qui se passe et deviendra un sujet pour les asiles ou les institutions. Donc, un changement graduel est préférable car vous avez du contrôle.
J'ai compris que les drogues, les plantes de pouvoir, pouvaient également induire un déplacement ?
Oui, c'est exact. Sous l'influence de drogues psychotropes, vous voyez des mondes différents, et le point d'assemblage est complètement « soufflé » de sa position. Mais vous ne faites pas ça, vous n'avez pas de contrôle. Encore une fois, c'est dû à un agent externe. La simple présence d'un nagual déplace aussi le point d'assemblage. Son impeccabilité peut bouger le point d'assemblage de ses apprentis. Il n'a pas besoin de leur donner un coup dans le dos ou quoi que ce soit. L'énergie pure peut pousser les apprentis à assembler différents mondes.
Mais vous voyez, encore une fois, à chaque fois que nous étions en présence de don Juan et de ses compagnons, leur force nous faisait accomplir des choses fantastiques. Ces choses dont je parle dans mon livre. Mais lorsque je suis revenue à Los Angeles, ils n'étaient plus là, et je me suis retrouvée à faire face à la force de l'ordre sociale, et mon point d'assemblage est retourné dans la première attention. Le plus tragique, c'est qu'à moins que vous ne fassiez revenir votre point d'assemblage aux endroits où il était sous l'influence de don Juan et de ses compagnons, vous vous souveniez à peine de ce que vous aviez fait, ou en quoi consistaient ces autres mondes. Ils étaient comme des rêves.
Vous devez emmagasiner l'énergie vous permettant de déplacer votre point d'assemblage jusqu'à la conscience accrue, afin de pouvoir l'y maintenir là vous-même et vous aventurez au-delà. Ensuite, vous le déplacez encore plus loin. Donc c'est un changement graduel.
Comment emmagasinez-vous ou gardez-vous de l'énergie pour déplacer votre point d'assemblage ?
La récapitulation est la méthode principale. J'aimerais juste mentionner qu'un autre moyen de le déplacer est l'impeccabilité pure, en ayant l'intention du mouvement. L'intention est vraiment une voie, une force qui nous connecte directement avec l'énergie en liberté. Et parce que cette force est intelligente, c'est un ordre directif en quelque sorte, on l'appelle l'Esprit, l'Aigle. Et lorsque l'homme relie son énergie personnelle à l'énergie du dehors à travers des actes impeccables, c'est l'Esprit lui-même qui bouge le point d'assemblage, car dans un sens, l'homme a renoncé à son contrôle. Il a renoncé à lui-même, à son ego.
Il s'est laissé aller et a permit à la force directrice de l'intention de le déplacer. Et toutes ces activités de sorcellerie que j'ai mentionné, la récapitulation, tous les non-faires, sont déjà reliés à l'intention des sorciers. Alors, les gens ont juste à faire ces choses et laisser l'intention les prendre, et leur point d'assemblage bougera, car ce sont d'anciennes techniques qui ont été transmises durant des générations à l'intérieur de la lignée de don Juan, et qui sont déjà connectées à l'Esprit.
Nous connaissons déjà la nécessité d'emmagasiner de l'énergie, car c'est le seul moyen de sortir du moule dans lequel nous sommes nés en tant qu'êtres humains. Nous aimons parler en termes de « singe humain », parce que cela replace vraiment l'homme dans une perspective appropriée.
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Publié à 11:41 le 27 September 2007 dans Taisha Abelar |
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Les livres parlent de deux sortes de voyants, les anciens et les nouveaux. Pouvez-vous parler de la différence entre les deux ?
Il y a une distinction entre les anciens sorciers et les nouveaux sorciers dans la lignée de don Juan, entre son maître, le nagual Julian, et son apprenti, le nouveau nagual Carlos Castaneda. Ces derniers sont des sorciers modernes qui s'intéressent à l'évolution vers l'abstrait, loin de tous ces déplacements vers le bas qui sont si faciles à réaliser en rêvant, lorsque le point d'assemblage trouve tout seul ces positions. Et c'est pour cette raison que toutes les personnes associées à Carlos Castaneda sont diplômées, éduquées et sont des penseurs éclairés - avec un peu de chance.
Ce que je veux dire, c'est que c'est une de nos tâches. Une des tâches actuelles du sorcier est d'être capable de penser avec cohérence, clarté, de voir où nous en sommes en tant qu'êtres humains, et de voir quel est notre potentiel. Nous essayons d'atteindre ce niveau de vérité concrète en utilisant la raison dans son sens le plus strict, et pas dans le sens « bas de gamme », qui est de raisonner quelque chose et puis d'agir de façon contraire, comme le font en fait les êtres humains.
On rencontre des personnes qui ont abandonné la raison et la logique, et les fonctions naturelles de l'esprit, et qui finissent dans une sorte de zone floue ; elles ne sont plus capables d'avoir de la clarté à propos de quoi que ce soit.
Oui, et ce fut l'un des pièges majeurs dans lequel tombèrent les anciens sorciers. Ils mettaient l'accent sur les techniques de rêve pour déplacer le point d'assemblage, et ils ne possédaient pas la technique des traqueurs pour s'équilibrer. C'est une question d'équilibre, car si vous n'avez pas la sobriété et le contrôle, quel intérêt y a-t-il à déplacer le point d'assemblage ? Vous le bougez et vous vous retrouvez complètement perdu dans ces royaumes, et vous n'êtes plus capable de revenir dans ce monde.
Les traqueurs ont ce contrôle. En traquant, vous créez de la réalité où que vous soyez en élaborant une structure, en imputant de l'ordre, en raisonnant. Vous pouvez raisonner même en étant dans un royaume totalement différent. Vous pouvez toujours y maintenir votre conscience. Vous tentez d'amener de l'ordre aux perceptions inconcevables, au chaos qu'est l'univers, et le pré requit pour se déplacer vers d'autres réalités est l'habileté à convoquer l'énergie nécessaire pour garder votre conscience intacte, une fois à l'intérieur de celles-ci.
Pourriez-vous parler plus spécifiquement de la récapitulation ?
La récapitulation est une technique très ancienne transmise par les anciens sorciers de la lignée de don Juan, mais qui fut en quelque sorte oubliée par ceux-ci, car ils s'intéressaient plus au pouvoir et à dominer les gens. Et perdre l'importance personnelle était la chose la plus éloignée de leur objectif. Mais les nouveaux sorciers ravivèrent cette technique, et maintenant nous la considérons vraiment comme la technique la plus fondamentale de la sorcellerie, de toutes les techniques que nous avons apprises pour déplacer le point d'assemblage.
Et vous n'avez pas besoin d'être un « apprenti sorcier » ou rien de ce genre. Tout le monde peut le faire. C'est une technique qui sert à gommer l'idée du moi, en termes de tous les souvenirs et toutes les associations que l'on a eut avec les gens au cours de notre vie. Lorsque l'on interagit avec les gens, de l'énergie est échangée, et celle-ci reste dans le monde au travers des émotions profondes que nous ressentons. Ainsi, la stratégie est de récupérer cette énergie afin que vous puissiez l'avoir entièrement avec vous, dans le présent. Pourquoi la laisser flotter là, dans quelque passé mystérieux qui vous retient dans l'endroit où vous êtes maintenant ?
Ce que vous faites, c'est trouver un endroit de calme et de solitude, un endroit clos de préférence - les sorciers avaient l'habitude d'utiliser des boîtes de récapitulation où ils se cloîtraient, ou des grottes - un endroit qui entoure le corps d'énergie afin que s'exerce une certaine pression sur l'être lumineux. Mais avant de vous asseoir, vous faites une liste de toutes les personnes que vous avez rencontrées dans votre vie - votre famille, vos associés, etc. Cela demande une certaine action, une certaine remémoration, qui en soit relâche le point d'assemblage. Et vous travaillez à reculons.
En fait, vous faites deux listes. Vous commencez avec vos expériences sexuelles, car les sorciers disent que c'est l'énergie fondamentale qui est perdue à l'extérieur, et si vous la récupérez, alors cela vous donne la poussée nécessaire pour faire les autres personnes. Donc, vous avez vos deux listes, vous êtes assis dans votre boîte de récapitulation, puis vous commencez à respirer. Ce troisième élément, la respiration, est très important, parce que la respiration est ce qui démêle l'énergie. Notre interaction avec les autres se fait avec nos corps d'énergie et la respiration déplace les fibres lumineuses.
Vous commencez en plaçant votre tête sur votre épaule droite, et quand vous avez parfaitement visualisé la scène dans votre esprit, avec les lieux et les personnes, alors vous placez votre menton sur votre épaule droite et vous inspirez en tournant votre tête vers votre épaule gauche. Puis, vous expirez en ramenant votre tête vers votre épaule droite, et ensuite vous ramenez votre tête au centre. C'est comme un balayage de la scène. Vous balayez toute la scène, la personne, l'endroit, tout ce qui s'y trouve, et vous re-tirez tout ce que vous avez laissé là en inspirant, et expirez tout ce que l'autre personne a laissée comme énergie en vous.
Ainsi, vous vous détachez de cette rencontre particulière, et vous faites la même chose avec toutes les autres. Après avoir fait cela pour votre vie entière, vous êtes relativement détaché de votre passé remémoré. Cela ne signifie pas faire une quelconque auto-analyse, mais vous ne pouvez pas vous empêcher de voir votre façon d'agir et de vous comporter, et que ce qui est attendu de vous est une forme de schéma comportemental. Avec la respiration, vous cassez ce schéma.
Ainsi, ce que vous cherchez à faire, fondamentalement, c'est être sans forme, sans schéma comportemental, et c'est la façon dont agit un sorcier. Il est absolument fluide. Ce qui nous ramène à traquer. Un traqueur est quelqu'un qui passe inaperçu. Il n'a pas de schémas, rien à affirmer, aucun point de vue à défendre, pas de demandes, pas de désirs. Et tout cela est éliminé au travers de la récapitulation.
Il y a également quelque chose appelé « arrêter le dialogue intérieur » dans cette tradition. Pouvez-vous en parler ?
La manière dont ces modèles de comportement sont implantés en nous se fait à travers le dialogue intérieur, dans lequel nous nous répétons certaines choses comme : « Oh, je suis nulle », ou « Ils ne m'aiment pas », ou « Je dois être comme ça pour m'affirmer » ; ce flux constant de pensées et de réaffirmations du moi. Les sorciers disent que vous avez besoin de mettre un terme à ce renforcement continuel du moi, qui fixe la position du point d'assemblage.
Lorsque vous commencez à allonger ces moments de silence, en coupant le dialogue intérieur, alors un pouvoir, provenant du pur silence vient à vous. Cela en soit permettra au point d'assemblage de se déplacer depuis votre état quotidien jusqu'à la conscience accrue. Donc, en pratiquant ces techniques, le voyant qui est en nous commence à s'ouvrir. Il y a beaucoup de techniques comme ça dans les livres de Carlos Castaneda. Par exemple, certaines techniques de contemplation.
Vous pouvez pratiquer une technique avec une allumette. Vous la laissez brûler juste un instant, la contemplez, ensuite vous l'éteignez, mais pas entièrement. Puis, vous la retournez en la tenant dans votre main gauche et vous regardez la flamme en train de brûler l'autre bout de l'allumette. Cela apaise l'esprit. Vous pouvez faire toutes sortes de méditations mineures pour accomplir cela, cependant, je ne recommande pas de s'impliquer lourdement dans les techniques de méditation orientale, car lorsqu'on fait déjà de la récapitulation, on ne cherche pas à se fixer dans une forme quelconque.
Tout ce que nous faisons maintenant, en tant que sorciers abstraits, est le minimum en termes de technique, afin de pouvoir s'écarter du moi. Nous ne voulons pas entrer dans le domaine du renforcement de l'ego, du genre « maintenant nous faisons de la méditation », etc.
Ainsi vous ne voulez pas vous construire d'image, même en tant qu'être spirituel ?
Non, nous ne voulons pas en rajouter. Et quand vous voyez tout ce que vous avez à faire pour en sortir, vous faites attention à ne pas en rajouter. Et c'est là que l'impeccabilité entre en jeu. Vous voulez maintenir votre comportement de tous les jours à un niveau impeccable et cela signifie que vous êtes juste le plus humble possible. La plus grosse partie de notre énergie quotidienne va dans la défense du moi, parce qu'il est attaqué de toutes parts, et le mental reprend ses forces en un éclair, essayant de raccommoder les blessures de l'ego. Mais les sorciers laissent faire.
Don Juan avait un adage : « Elimine le moi et tu ne craindras rien. » Si vous n'avez pas d'ego, il n'y a absolument rien à craindre, parce que toutes nos peurs et nos déceptions viennent de l'idée du moi, quelles soient positives ou négatives. Alors la seule chose dont le sorcier moderne ou le traqueur est dépendent est quelque chose de si abstrait qu'il l'appelle l'Esprit ou l'inconnu. En se débarrassant du moi, il le donne à l'Aigle comme un souvenir. Il se donne lui-même dans une mort symbolique, et c'est pour cela que l'on dit que l'Aigle permet au guerrier impeccable de s'échapper.
Et les anciens voyants n'étaient pas capables de faire cela ?
C'est exact. Lorsque les anciens sorciers faisaient du rêve, ils avaient un ego très lourd, c'est ainsi qu'ils se sont perdus et se sont fait piégés dans les différents niveaux du rêve. Ils avaient leurs idées de pouvoir, et ils devinrent obsessionnels, alors ils ne furent pas capables d'en ressortir, parce qu'ils étaient trop lourds.
Le traqueur des temps modernes n'est pas obsédé par quoi que ce soit. Il traite avec le monde sur la base de la folie contrôlée, ce qui signifie qu'il y a un ordre, une structure mais qui n'a pas à être prise au sérieux, car il existe d'autres ordres, d'autres structures, une infinité de couches dans cet oignon de réalité, et il peut aller ailleurs. Mais où qu'il soit, il crée son ordre et sa structure, et quand l'Esprit le touche, quelque chose bouge son point d'assemblage et le déplace ailleurs. Il est impeccable dans ses rêves et dans cette réalité de tous les jours, quand il s'y trouve.
Voulez-vous dire que c'est un accomplissement majeur de la part des voyants aspirants d'atteindre le point où ils ne soucient plus de savoir si oui ou non ils sont aimés ?
Oui, c'est un accomplissement majeur. Les sorciers ont une théorie à propos de l'énergie que vous avez eue au moment de votre conception. Si les parents s'aiment, je veux dire sexuellement, s'ils ont vraiment du bon temps, une super expérience sexuelle, au moment où l'enfant est conçu il reçoit une énorme explosion d'énergie. Et il ne se souciera pas que les gens l'aiment ou pas car il aura ce sens intrinsèque de bien-être énergétique.
Mais si l'un des deux parents s'ennuie - don Juan appelait toujours cela des « conceptions ennuyeuses » - ou s'ils ont eu une relation sexuelle parce qu'ils étaient mariés et que c'était le truc à faire le vendredi soir, alors l'enfant viendra au monde avec un réel désavantage. Il sentira tout le temps que quelque chose manque. Il voudra être aimé de ses pairs, il voudra être aimé de maman, et peut-être que maman ne l'aimera pas du tout.
Les sorciers peuvent voir si un être lumineux est énergétique. Ils peuvent voir comment bouge l'énergie. Chez certaines personnes, elle est presque amorphe, stagnante, et bien sûr cela s'exprime par une grande docilité et un faible niveau d'enthousiasme envers la vie. Chez d'autres, elle est forte. Pour eux, tout est un défi. Ils ont cet effet charismatique, presque hypnotique sur les autres, et ils ne sont pas aussi nécessiteux que les autres.
Alors bien sûr, quelqu'un qui a toute cette énergie attirera toutes sortes de personnes dans le besoin qui voudront le pomper ?
Les sorciers disent que le moi est réellement un poignard métaphorique avec lequel nous nous poignardons nous-même. Mais cela ne fonctionne que si nous saignons ensemble. Tant que d'autres saignent avec nous, ça va. Et je dois m'inclure dans cette catégorie parce que je ne suis absolument pas le produit d'une conception enthousiaste.
Et vous voyez ces démons dans la récapitulation, qui n'est jamais vraiment finie, car elle doit être éprouvée et testée dans la vie de tous les jours. Vous ne pouvez pas simplement vous échappez dans le désert pour la faire, puis sentir que ça va bien et que tout est terminé. Retournez voir votre père, votre mère, que vous font-ils pour que vous réagissiez comme la petite fille, le petit garçon qui veut que maman lui lave son linge, qu'elle s'occupe de son mal au ventre ? Nous avons encore ces sentiments en nous. Alors la récapitulation en soit n'est pas suffisante. Les traqueurs traquent le moi, ainsi lorsqu'ils sont avec les gens dans le monde, ils se traquent constamment et voient ce qui se passe.
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Publié à 11:34 le 27 September 2007 dans Taisha Abelar |
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Conférences de Taisha Abelar
Los Angeles, 24 août 1997
« Ce séminaire est nouveau pour nous, c'est donc un non-faire, » dit Taisha.
« Différents personnages émergent sous l'influence du non-faire. On peut ressentir que l'on est un inconnu pour soi-même. Doucement, mais sûrement, tous les 'panneaux indicateurs' s'effacent d'eux-mêmes, l'un après l'autre. Bien que quelque chose subsiste »...On nous raconta alors l'histoire d'un vieil home de 85 ans qui ne savait plus qui il était et qui avait complètement cessé de parler. Par le passé, il avait été d'un tempérament très dominateur : il disait à tout le monde ce qu'il fallait faire et faisait sans arrêt des plans pour tout le monde. Apparemment, c'était également une célèbrité. Mais lorsque le psychiatre, qui était sur le point de s'en occuper, lui avait annoncé que son tarif horaire était de 350 $, le vieil homme l'avait immédiatement renégocié à 95 $ !
Sous l'influence du non-faire, on élague, on ajuste. Une fois de temps en temps, il est nécessaire de revaloriser sa vie et de jeter tout ce qui n'est pas nécessaire.
La sobriété selon le point de vue du vieux nagual : ce que nous faisons doit être calculé fonctionnellement. L'intérêt se trouve dans la restauration de la lueur de la conscience. Il s'agit de sortir de l'autocontemplation du ‘moi'. Cela s'accomplit à travers la saturation, en faisant des passes.
‘Bobby' Taisha préfère le nom ‘Robert', car elle n'a aucune affinité pour le flyer - est une grosse tache noire ; il est hideux, négligent et négligé. Nous sommes tous le véritable reflet de ‘Bobby' : mesquins et egomaniaques. Pour sortir de ses griffes, la seule solution est d'être de sobres guerriers-voyageurs. Cela demande de l'énergie et une discipline de fer (une intention inflexible). De cette façon, la lueur est restaurée. Bien sûr, ‘Robert' se venge. C'est à travers l'autocontemplation que nous sommes dévorés par les prédateurs. Alors nous devons choisir des alternatives en accord avec à cet événement ; penser en termes d'impeccabilité, en termes de façons de rallumer la lueur, et rechercher le voyage dans l'inconnu.
Nous sommes des guerriers-voyageurs sur la route de l'Infini.
Quelques faits énergétiques : nous sommes reliés via le point d'assemblage à la Mer Sombre de la Conscience. Les êtres organiques, inorganiques, et d'autres êtres sont comme des sondes à travers lesquelles l'Univers prend conscience de lui-même. Par conséquent, cela demande des nerfs en acier, une intention inflexible, et de la discipline pour s'aventurer dans l'inconnu. La sobriété et le détachement sont nécessaires pour éviter de devenir cinglé à cause des soucis du ‘moi'. Un sentiment de distance est essentiel. Au début, on dit : « Je ne peux pas le faire », mais rapidement on réalise que la seule alternative que l'on a est de faire grandir la lueur de la conscience.
Nous sommes hypnotisés par les idoles pop et les chanteurs. Cela nous oblige à essayer d'adopter l'attitude de ces idiots et à nourrir Bobby à travers notre apitoiement. La discipline et la sobriété sont les seules façons de garder les prédateurs à distance.
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