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Un nouveau forum pour francophones se consacrant principalement à l'échange d'informations sur la pratique de la Tenségrité et des Passes magiques vient de s'ouvrir.

 

Vous y trouverez des annonces de pratiques intensives et de classes de Tenségrité organisées par les praticiens, et parfois en collaboration avec Cleargreen.

 

 

Le forum possède une section dédiée à l'échange sur les autres pratiques et les autres enseignements liés à la recherche de la liberté et/ou au chamanisme.

 

 

Il s'agit aussi d'un lieu d'échanges de service pour les praticiens (co-voiturage, co-location, etc)


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Publié à 14:31 le 21 août 2009 dans Notes de Sorcellerie
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Los Angeles 1995 - Conférence Castaneda (7)

 
 
 
 
Los Angeles, séminaire intensif, août 1995
 
 
 
 

Carlos Castaneda - Conférence du dimanche après-midi



         Aujourd'hui c'est notre dernier jour. Est-ce que vous pouvez m'entendre ? (il réajuste le fil de son micro). Donc, nous sommes sur le point de finir notre route de trois semaines. Beaucoup de gens sont mécontents car nous n'avons pas répondu à leurs besoins personnels. C'était impossible. Je vous ai dit au début que j'allais dire des choses dérangeantes. Vous avez besoin de suspendre votre jugement. C'est un accord qui va avoir lieu entre votre corps d'énergie et « ça ». Nous ne pouvons pas être des investisseurs, et penser toujours en fonction du « moi ». Ne me donnez pas de cette saloperie à propos de l'ego ! Vous posez des questions en fonction de ce que veut votre ego. Non, vous n'êtes pas parti de rien. Vous avez été atteint à un niveau très bizarrement profond, croyez-moi. Vous allez vous souvenir de ce que j'ai dit : j'ai contourné mon mental, et ainsi j'ai contourné le vôtre. C'est une manœuvre de sorcier. C'est quelque chose que nous ne pratiquons pas dans le monde de la vie quotidienne, à cause du « moi ».

         N'ayez pas le sentiment d'avoir été escroqué. Ne formulez pas d'accusations comme, « Où as-tu rangé ces ciseaux ?! », ou, « Tu ne vois pas que je t'aime ?! » (demandé sur un ton de reproche). J'étais dans le bureau d'un avocat. C'était un gars exquis. Une jeune femme était là, qui voulait récupérer son compte (elle ne voulait plus travailler avec lui). « Vous ne m'aimez pas ? », demanda l'avocat. « Bien sûr que je vous aime bordel ! », répondit-elle, énervée. Mais c'est ce que nous faisons tous. La plainte est dans la question. La plupart des questions que j'avais étaient en rapport avec le désir ou la sensualité. « Qu'est-ce que je fais avec mon désir ? », je disais à don Juan, avec ce ton de voix (faible, pleurnichard). « Don Juan, qu'est-ce que je dois faire, je ne peux pas vivre sans avoir une femme dans mon lit tous les jours ! » Don Juan répondait toujours, « Eh bien, si le ton de ta voix peut donner une quelconque indication sur ton niveau de désir, tu n'as pas à t'inquiéter... » Si nous avions vraiment un désir aussi grand que ça, nous aurions trois femmes. « Est-ce que c'est bien de regarder le cul de quelqu'un ? » C'est le mental. Si vous vous calmiez un peu, vous ne seriez pas comme ça.

         Certains ont mentionné ma « plainte » à propos de certaines choses. Je décris un processus phénoménologique. Un gars qui se plaignait m'a demandé quelle était la différence entre sa plainte et la mienne. Je décris un processus. Je lui ai demandé comment il se sentait. « Très mal ! », il a répondu. Mais moi je me sens bien...Tout comme pour mon avocat, pour qui je dois concocter des histoires afin qu'il sente à quel point ma vie est merdique. Putain, qu'est-ce qu'il m'aime !

         Mon œil droit ne voit plus très bien. Quelque chose m'emporte chaque jour vers mon côté gauche, l'endroit où la vision est à 360°, là où je tournoie complètement, cela affecte les yeux. Comment je me sens ? Les gens me demandent comment je nourris mon corps lorsque je pars pour de longues périodes de temps. Vous l'emportez avec vous ! Les chaussures et tout le reste. Ils me demandent, « Bon, pourquoi avez-vous besoin de partir ? » Mais plus j'essaye d'expliquer les choses, plus je me sens mal, comme tout le monde.

         Don Juan était abstrait. Nous sommes en train d'exploser, nous sommes le dernier maillon. Oui, nous avons tous eu de longs apprentissages. Mais ce n'est plus le cas maintenant. Nous ne pouvons pas vous tenir la main. Nous vous donnons le meilleur de l'explosion. Nous devons être fluides pour faire face à ce « quelque chose » de nouveau. Au moment décisif, nous devons y entrer, et y établir rapidement un ordre inhérent. C'est l'agilité que je voulais décrire. Cela peut paraître stupide, mais laissez votre corps d'énergie digérer.

         Je suis un scientifique en sciences sociales, par définition et par choix. Je voulais écrire des articles d'ethnobotanique, alors je suis parti à la recherche d'un indien. Un anthropologue m'a servi de guide. La raison pour laquelle don Juan m'a regardé, c'est parce que Bill, qui nous a mis en relation, était sur le point de mourir d'une crise cardiaque. Un an plus tard, il est mort. Don Juan a vu quelque chose en lui qui lui a indiqué qu'il était sur le point de mourir ; quand je lui ai demandé ce que c'était, il m'a dit qu'une fois que j'aurais appris à voir, je serais capable de le faire aussi, mais je ne peux toujours pas le faire. Je ne sais donc pas ce que don Juan a fait.

         Ainsi, j'ai été présenté à don Juan par la mort elle-même. C'était un signe important pour don Juan, cela signifiait la mort de sa lignée après moi. C'est pourquoi don Juan devait me prêter attention. Puisque les sorciers n'agissent qu'en fonction de ce que « ça » leur dicte, il devait m'apporter toute l'aide qu'il pouvait. Il dévia la direction de mon intérêt. J'étais étudiant en ethnométhodologie, une composante de l'ethnologie et de la phénoménologie. Alfred Shultz, auteur dans ce domaine, prend le monde de la vie de tous les jours comme un sujet sérieux de discussion philosophique. Selon ses termes, nous sommes tous de surprenants sociologues de notre propre culture quotidienne, alors pourquoi ne pas nous considérer nous-mêmes comme les experts que sont les sociologues ?

         En 1883, un statisticien mesura la quantité de crottin de cheval laissée par les voitures à cheval dans Manhattan, et conclut qu'en 1923, tout Manhattan serait recouvert d'une épaisse couche de crottin. Bien sûr, les voitures sans chevaux furent inventées, et donc sa projection fut jetée par la fenêtre. Nous sommes en train de supprimer la forêt vierge...mais nous n'avons pas pris en compte les virus qui vont nous conduire à l'extinction. J'ai connu une femme activiste qui a écrit deux pages entières dans le New-York Times, en blâmant George Bush à propos de la déforestation. Elle-même a cinq enfants, mais...ce n'est pas un mal. C'est ça le problème. Elle m'a demandé de contribuer. Non ! Elle est coincée dans un slogan répétitif. Ça sonne bien mais ça n'a pas de signification. La population continue de s'accroître. Comment allons-nous régler ce problème, en protestant ? Où allons-nous mettre tout notre papier toilette ? Je lui ai dit qu'il existait différents niveaux de sofistication par rapport à comment nous affirmons et expliquons les choses. La plupart se contente de répéter des slogans, cela n'a aucun sens. Ce n'est pas de la réflexion, c'est juste de la rhétorique. Mais ça semble bien à première vue...

         Bon, j'ai encore digressé. Donc, je suis allé chez un tailleur pour apprendre à ressembler à un ethnométhodologue. Et j'apprenais à parler en mordillant ma lèvre de cette façon (durant sa démonstration, il prend l'air du penseur sérieux et fait rire l'audience). Puis, j'ai rencontré cet homme qui m'a accueilli - l'épitomé de tout ce que je ne voulais pas trouver, mais ce fut pour moi l'ultime expérience. J'étais bien préparé à le prendre au sérieux une fois dépassées mes barrières...l'ego. J'étais préparé à le prendre mortellement au sérieux, mais il avait un travail à faire sur moi. Ma résistance était tout comme la vôtre. Nous prétendons être aventureux, mais nous restons bloqués face à la nouveauté. Je posais des questions obscènes à don Juan, tout comme vous. Je me plaignais, « J'ai roulé 2500 Km pour venir vous voir, et vous ne faites rien, à part vous moquez de tout ce qui est sacré. » Il était seulement en train de me montrer les failles. Mais il adorait rire, alors il était agressif en me les montrant...Il me donnait des coups - un seul petit coup et je bougeais.

         Puis, il me présenta une manière extraordinaire de comprendre l'univers, infiniment plus inclusive que celle de mon grand-père. Tout ce que fit mon grand-père fut de m'enseigner à être un égomaniaque, à vivre une vie inutile et à mourir d'une mort inutile. Annulez ça ! Bougez-vous ! Ils vous « flanquent » dans cet état, alors flanquez-vous dehors. Ils vous ont fait ainsi ! Don Juan m'a donné un format, le « chemin du guerrier ». Il définit ce qu'est la sorcellerie. Pas d'incantations... je m'abstiens de parler de l'Eglise catholique, encore que ce soit plus facile que de parler des Amérindiens - un sujet très sensible ces jours-ci. Mais ils déforestent les plaines, et brûlent le sol des Etats-Unis. Il n'y là rien de sacré, rien de spirituel. C'est rituel. Nous tombons tous dans ce genre de choses.

         Quelque chose nous dicte nos croyances. Pourquoi cette angoisse ? Ce sont simplement des placebos qui nous maintiennent en rang, et nous empêchent d'examiner ce qui se passe. Nous voyons la faille chez l'autre, mais pas chez nous. J'ai vu des Américains d'origine mexicaine récolter 3000 dollars en travaillant dans des parkings. Des professionnels. Mais quelle est la définition du problème ? Une des choses les plus difficiles au monde est de faire que des Argentins voient la vérité. Pourquoi ? Ils sont les meilleurs pour donner des explications. La blague c'est qu'il y a un psychologue par Argentin. J'avais un ami que j'essayais d'aider. Mais il y a une limite à ce qu'on peut faire pour quelqu'un sans sa coopération. Maintenant j'ai vraiment perdu le fil !

         La première loi de la sorcellerie : l'ego provoque la maladresse. Puis vient l'explication. Nous sommes capables de voir l'énergie telle qu'elle s'écoule, et donc de voir les êtres humains comme des conglomérats de champs énergétiques, maintenus ensemble par une mystérieuse force de cohésion, dont le résultat est un œuf lumineux. Nous décrivons le phénomène « d'apercevoir » l'énergie en « voir », bien que cela ne soit pas régi par les yeux mais plutôt par chaque morceau de notre conscience. Puisque nous sommes essentiellement visuels dans notre perception de la vie quotidienne, entendre est un acte minimal, et sentir et goûter n'existent pas, tout est reduit à l'expression visuelle. Ainsi, pour les objectifs de l'explication, nous disons que c'est « visuel, et bien plus ». Les sorciers ont fait ça durant des milliers d'années.

         C'est la seule façon de voir un être humain. Nous ne pouvons pas nous voir en tant qu'aura, ou en tant que « lumière azur », ce sont juste des explications, des interprétations. Il n'y a qu'une seule façon de marcher, c'est la façon bipède. Mais, combien de temps cela nous prend-il pour apprendre ? Des années. Donc, cela prend des années pour gagner...ou regagner, en fait, la capacité de voir l'énergie telle qu'elle s'écoule, sans interprétation. Le moment où nous interprétons, nous nous retrouvons devant le monde de la vie de tous les jours. Nous commentons une agglutination de détails en unités uniques de gloses sans fin. Cela nous prend une éternité pour apprendre à agglutiner une « chambre ». A l'intérieur de la « chambre », nous pouvons prendre « un mur », etc., en allant vers de plus en plus petites unités de gloses, à l'infini. C'est la manière dont nous avons appris à interpréter les données sensorielles comme sollicitation perceptuelle, et que nous avons émergé dans le monde de la vie de tous les jours.

         Pour les sorciers, le monde de la vie de tous les jours n'a aucun sens, à part en tant qu'accord que nous avons été forcé d'adopter. Regardez ce que nous faisons aux enfants autistes qui ne peuvent pas assembler une « chambre », qui ne peuvent pas faire de gloses. Nous les mettons dans des institutions, nous les droguons, nous leur donnons des électrochocs. Je suis presque devenu un psychanalyste profane. Mais c'était trop accablant. Rien que de penser - Je pourrais analyser vos rêves sexuels ! J'aurais été le « Dr Katz ». Maintenant, j'ai vraiment perdu le fil.

         Où est-ce que j'en étais ? Nous construisons des gloses de signification, de perception, d'intentionnalité. Nous intentionnons la chambre avant même qu'elle ne soit une chambre. Les autistes ne peuvent pas fixer leur point d'assemblage assez longtemps pour s'en préoccuper. Une fois, j'ai fait parlé un autiste. Mais mon professeur m'a recalé, sous prétexte que je n'avais pas suivi la bonne méthodologie. Nous pouvons leur prêter la position de notre point d'assemblage. Mais nous ne pouvons pas le faire à travers un processus. Nous le faisons à travers un canal d'affection. Les enfants s'accrochent et se mettent sur la position de notre point d'assemblage.

         Qu'est-ce que le point d'assemblage ? Le point d'assemblage est un point d'une intense luminosité, visible sans l'intervention des yeux. Nous le « sentons » ou le « voyons » dans l'œuf lumineux. L'œuf est de ma taille, les bras étendus dans chaque direction. L'art des sorciers est de vous taper depuis en dessous et de vous faire flotter, puisque nous sommes incrustés dans la matrice de la Terre.

         La responsabilité est affection pour les sorciers, c'est exquis. Cela n'a rien à voir avec l'ego. Ça vient de l'abstrait, de l'inconnu, de l'éternel. C'est irréfutable. Ils vous tapent, et vous flottez comme une bulle d'énergie. Le point d'assemblage est là (indiquant un point derrière le dos, entre les omoplates), la perception est « assemblée », d'où le nom de point d'assemblage. Ce n'est pas une théorie. C'est une conclusion faite par les sorciers et basée sur l'observation. Des milliards de champs énergétiques mobiles convergent et passent à travers le point d'assemblage, produisant le monde par des moyens indescriptibles. Cette position produit le monde de la vie de tous les jours (indiquant la même position entre les omoplates). Mais par là (indiquant des points situés à d'autres endroits), il y a d'autres ensembles de champs ou filaments énergétiques venant de toutes les directions concevables. Lorsque le point d'assemblage bouge et que les filaments convergent vers celui-ci, nous avons un autre monde complètement différent. Il est toujours à l'intérieur de l'œuf lumineux, ou du royaume de l'homme. Ces mondes peuvent être obscurs et bizarres, mais ils font toujours partie de nous.

         J'ai lu LaBarre ( ?) et Schlotke ( ?), des experts en peyotl. De gros textes, des livres épais. J'en ai lu trois d'entre eux, ensuite je suis devenu moi aussi un expert. J'ai dit à don Juan, « Je peux vous être très utile, étant donné ma connaissance sur le peyotl ». Don Juan ne lisait pas, il voyait directement, ce n'est pas un processus mental. Don Juan disait que l'œuf lumineux est l'épicentre ou le noyau de la tradition des sorciers. La sorcellerie ce n'est pas « hiya, hiya, hiya » (imitant un drôle de chant indien). Les gens me détestent quand je fais ça ! Mais je ne me moque pas, ce n'est pas ça. Lorsque nous faisons face à notre mort, nous ne sommes pas seuls, en train de mourir d'un cancer. Il y a des choses horribles emmagasinées en nous. C'est un choix. C'est notre choix de ne pas nous sentir offensés. Vous récoltez ce que vous semez.

         Ce qu'obtiennent les sorciers, c'est un moment de désespoir. Don Juan m'a donné des plantes hallucinogènes afin que j'aie accès à ce désespoir. Si nous ne sommes pas désespérés, ce n'est pas assez - nous sommes foutus. Pourquoi essayerions-nous, si nous sommes heureux dans notre vie quotidienne ? Jusqu'ici, j'ai été incapable de créer ce sens du désespoir chez les autres. Soit vous l'avez, soit vous ne l'avez pas. Comment pourrais-je défaire l'amour que les gens ont pour leur ego, pour la vie quotidienne ?


         Je veux vous offrir tout le traitement que puisse apporter un être final. Comme la petite fille de 10 ans. Je ne peux pas concevoir qu'elle ne sache pas ce qu'elle fait. Elle le sait, même si c'est à un niveau différent. Je respecte cela. La sorcellerie est l'art d'annuler le système d'interprétation qui rend le monde tel que nous le voyons. Annulez-le et l'énergie coulera jusqu'à vous. Le sorcier l'annule durant un temps suffisamment long pour voir. C'est ce qui fait de nous des sorciers. Qu'est-ce qu'un chaman ? Il contacte ses esprits, il boit du coca en fumant son tabac...cette annulation demande un effort immense et un immense désespoir. Si la vie quotidienne est okay, alors pourquoi s'en soucier ? Nous devenons complaisants. Il est pour moi impossible de casser la « ligne de complaisance ». Mais pas pour vous.

         Don Juan m'a dit, « Tu dois faire quelque chose d'extrêmement nihiliste, ou sinon tu vas juste le foutre dans ton sac de notes et devenir un professeur, aveuglant ses étudiants avec toutes ses recherches. » Il disait, « Tu dois quitter tes amis ; ils te connaissent tellement bien, tu n'as jamais été seul de ta vie. Vas louer une chambre et restes-y jusqu'à ce que tu meures. » Je lui ai demandé, « Quel est votre critère pour savoir que je suis mort ? » Il m'a répondu, « Lorsque être accompagné ou être seul n'aura plus aucune importance pour toi. Ne pense qu'en terme de ‘temporaire' », dit-il. « Alors tu ne pleurnicheras plus. Pense aux cinquante prochaines années comme étant ‘temporaires' ». Ainsi, ce jour là, je m'en suis débarrassé. J'étais heureux, mais lorsque je suis arrivé sur la route 365, cela m'a frappé. Qu'allais-je faire ? Revenir à ce que je connaissais ?...des routines. Cela me prit trois mois pour arriver à comprendre ce qu'était la paix. Don Juan avait réussi à créer un sentiment de désespoir en moi. Avant j'étais morbide, pas désespéré. Là, j'avais un besoin désespéré de sauter par dessus la barrière.

         Les gens demandent s'ils ont besoin de déménager à Los Angeles pour faire partie du groupe. Nous ne sommes pas un groupe. Nous sommes des navigateurs. Chacun d'entre nous est responsable de sa carte et de son plan de navigation. Ce groupe se réunit, mais nous ne sommes pas « amis ». Je pense que nous nous apprécions les uns les autres, mais je ne suis pas si sympa que ça - mon côté latin ressort, en tout cas quand je ne porte pas mon costume. Nous suivons une ligne de travail. Cela s'avère être l'affection la plus immuable qui soit, mais pas celle de l'investisseur. Nous ne travaillons pas ensemble pour faire des exercices de sorcellerie - assis tous ensemble durant la nuit, tous nus ! Rêvant chaque nuit avec un rêveur different ! (rires) Nous ne faisons pas ça.

         L'explosion que je vous offre est une expression du dernier maillon, un monde à découvrir. Il n'y a plus de tradition. Ce monde est défini aussi bien qu'il se développe. Il est de plus en plus aligné. Je vois l'énergie mais je ne sais pas pourquoi, ainsi cela m'équilibre. Et puis ? L'avantage est de savoir comment naviguer, comment démêler la réalité pendant un instant. Et l'utiliser à nouveau, ailleurs. La découverte du point d'assemblage est ce qui rendit les anciens sorciers puissants. Mais durant des générations, ils se sont rendus dingues en essayant de trouver où le placer et comment le fixer. C'est ainsi qu'apparurent les arts de rêver et de traquer.

         Rêver est l'art d'utiliser le processus naturel du sommeil pour déplacer le point d'assemblage vers de nouveaux endroits, et traquer est l'art de fixer le point d'assemblage sur cette nouvelle position afin d'assembler de nouveaux mondes véritables, inclusifs et complets. Ils devinrent si compétents à fixer la position du point d'assemblage qu'ils finirent par demeurer dans ces nouvelles positions, sans pouvoir en revenir. C'est comme les pelures d'un oignon. Il y a des milliards de positions possibles, mais ces positions ne sont pas toutes des mondes totalement inclusifs. Don Juan supposait qu'environ 600 positions étaient des mondes, les autres étaient des mondes fantômes, ils étaient trop « fugitifs » et pas assez « étoffés » pour s'y accrocher. Don Juan n'y était jamais allé mais les sorciers de l'antiquité, eux, y étaient allés. Même si je ne devais pénétrer que dans une seule couche des 600 pelures de l'oignon, c'est infiniment mieux que de mourir d'un cancer. Allez-y...

         Nous arrivons à un certain âge et il n'y plus aucun mystère. Rien de nouveau. Ce n'est pas un lieu commun. Je ne suis pas comme la femme gourou dont je vous ai parlé tout à l'heure, celle que j'ai rencontrée, qui massait les boules du jeune homme...Quand je lui ai demandé ce qu'elle voyait dans le miroir lorsqu'elle était seule le soir, elle m'a répondu, « Le grand secret est de ne pas être seule ! » Que c'est absurde. « Mais qu'est-ce que je fais avec mon désir ? » Si vous vous en inquiétez c'est que vous n'en avez pas. Avec ce niveau d'énergie ? C'est un mensonge. Confrontez-vous à ce que vous êtes.

         Si notre mère n'a pas eu un énorme orgasme au moment où nous avons été conçus, nous sommes des « baises ennuyeuses ». Alors, allez demander à maman. Le désir est amoindri par l'effet de l'alcool ou de l'herbe. Ce n'est pas le genre d'ingrédients qu'il faut prendre si on veut utiliser le corps physique. Faire ça, c'est répondre à leur commandement (celui des flyers), pas au notre.

         Le premier art, l'art de rêver, est l'art d'utiliser les rêves comme de véritables portes de perception. C'est la condition pour « atteler » l'attention de rêver, ou l'art de fixer l'attention dans les rêves sur différents objets, de façon systématique. C'est une manière disciplinée de vous souvenir que vous devez observer les objets dans vos rêves. Juste un coup d'oeil ; restez sur les objets aussi longtemps que possible jusqu'à ce qu'ils commencent à se dissoudre, puis, passez à un autre objet, et répétez la même action, jusqu'à ce que vous n'ayez plus d'attention de rêver et que vous vous endormiez.

         Quelque chose en nous enregistre nos efforts ; nous devenons meilleurs jusqu'à ce que nous puissions concentrer notre attention sur tout ce que nous voulons - 1000 objets. Rêver suit le mouvement naturel du point d'assemblage. Il se déplace très loin ou juste un peu. Lorsque le point d'assemblage se déplace sur des positions fantômes, nous faisons l'expérience d'un rêve ordinaire. Un jour votre point d'assemblage se retrouvera sur une position clé. A partir de là, vous aurez harnaché votre attention de rêver, et vous pourrez vous concentrer sur autant d'objets que vous le désirez. Le corps d'énergie connaît le seuil - combien d'objets vous avez besoin pour changer de rêve. Supposons que mon seuil soit 16 objets. Je me concentre sur 16 objets, après quoi je suis dans un monde différent, prévoyant que mon point d'assemblage s'est déplacé vers l'une des 600 positions. Ne désespérez pas. Un jour il bougera vers l'une de ces positions « étoffées ». A ce moment là, vous connaîtrez votre seuil. Vous entendrez « 16 objets ».

         Il y a deux choix, l'un est d'explorer l'inconnu humain, les positions se situant à l'intérieur de l'oeuf lumineux. L'autre est l'inconnaissable, qui ne peut être que partiellement connu. C'est le royaume des nouveaux voyants. Le second art est l'art de fixer le point d'assemblage sur la nouvelle position. Vous vous êtes suffisamment fixé sur des positions fantômes pour avoir des rêves bizarres. Mais avec le temps, vous atteignez la partie « étoffée », vous devenez suffisamment compétent pour savoir comment fixer le point d'assemblage sur la nouvelle position. Alors là, c'est parti. Le danger c'est de se faire piéger. Vous bougez corporellement, en permanence.

         Les anciens sorciers ne pouvaient pas revenir. Mais lorsque vous voyagez en dehors de l'oeuf, l'abstrait ne veut pas de vous. C'est « vous » qui le voulez. C'est l'idulgence humaine qui nous tire et nous piège dans des endroits qui sont à l'intérieur de l'inconnu humain. Les sorciers de l'antiquité, bien que perdus, sont « au paradis ». Le meilleur des mondes possibles. Mais pas dans la mentalité de don Juan. L'objectif de don Juan était la liberté totale. La liberté se définit par la capacité à laisser sa conscience grandir totalement.

         Les sorciers de l'antiquité étaient sujets à la voracité des flyers (il fit un mouvement pour montrer qu'ils avaient fait grandir leur conscience jusqu'au niveau de la poitrine, mais n'étaient pas complets). Lorsque votre conscience grandit totalement, elle se transforme en feu ; exquis. Impossible à concevoir. Que fit don Juan ? Impossible de savoir. Sa conscience a été augmentée au million. C'est pourquoi on appelle cela « la grande aventure ».

         Rêver et traquer. Rien à voir avec jouer des tours. Cela a à voir avec VOUS. Il n'y aucun moyen d'enseigner, on peut juste indiquer une direction. Vous travaillez, vous ne faites pas des exercices. Vous serez guidé par l'explosion du dernier maillon. C'est ça la proposition. Donc, si vous pouvez percevoir l'énergie, les possibilités sont...Je ne peux même pas dire ça. Chaque filament est éternel, s'étirant dans l'infini.

         Nous ne pouvons soutenir cette vue plus de quelques secondes, après quoi nous recommençons à interpréter. Mais cette pause nous permet de changer. Je ne suis ni un croyant, ni un adepte, ni un enseignant, ni un gourou. Je suis venu ici chaque jour pour vous parler. C'est ma tâche. Ma tâche d'expliquer. Mais je dois le faire sans gain en retour. Il n'y a rien que vous puissiez faire pour moi. Don Juan fut le premier être que j'ai rencontré qui n'avait besoin d'absolument rien de moi. C'est ça la beauté.

         Les gens viennent ici et essayent de me dénigrer. Il se sentent obligés de le faire. Comme c'est tragique...600 peaux de l'oignon sont juste un côté de la clôture. De l'autre côté, il y a le monde des êtres qui possèdent une conscience mais pas d'organisme ; le monde des êtres inorganiques. Ce sont des forces jumelles qui forment une unité complète, holiste. Nous n'avons pas été élevés pour remarquer le côté inorganique. Si nous le remarquons, il y a plus d'énergie disponible pour nous, tout comme dans la démonstration que je vous ai montrée, où une seule impulsion peut déplacer l'énergie vers différents côtés. Où est le type sur qui je l'ai appliquée ? (le type lève la main) Là ! Tu te sentais faible, puis fort ensuite, pas vrai ? (L'homme répond, « Oui - et pas seulement, vous avez à moitié guéri mon rhume ! ») J'ai peut-être déplacée plus d'énergie que prévu...

         Nous sommes dans un combat constant pour agglutiner notre énergie vers le centre, sur nos surrénales, là où elle est la plus utile, mais quelque chose est continuellement en train de lutter pour la diffuser à sa périphérie. Les sorciers ont dit qu'ils avaient voulu éviter une exaggération à propos du monde des êtres inorganiques. Alors pourquoi est-ce que je pense le contraire ? Je suis forcé de conclure que le fait que nous soyons poussé à être indulgent est accidentel, c'est la décision des flyers. Il est impossible d'éviter des parties de l'univers qui nous sont indispensables. C'est du déni. Dénier c'est blesser. Quelque chose m'empêche d'établir ce contact. Si je le faisais, je ne serais pas si faible.

         En voyant le corps, les sorciers voient une contrepartie, un jumeau. Où est cette contrepartie ? Pour certains elle est proche, mais d'autres ne l'ont pas. Pourquoi ? Si c'est vraiment un univers jumeau, pourquoi cette contrepartie est au Japon ? Quelque chose a contribué à l'écarter.

         Plus vous êtes discipliné, plus votre corps d'énergie est proche de vous. Le contact a lieu via le point d'assemblage. Le « corps de rêve », ou corps d'énergie - c'est la même chose, mais j'aime l'appeler corps d'énergie ; corps de rêve sous-entend que nous le forgeons en rêve, tandis que corps d'énergie est plus abstrait - a aussi un point d'assemblage. Au travers du rêve, on peut être proche du corps d'énergie, mais pas à travers le rêve lucide. Le corps d'énergie se rapproche lorsque l'on pratique le rêve, ou en exerçant notre attention de rêver. Le corps et l'esprit ne forment pas une dualité pour les sorciers. Le corps et le corps d'énergie forment une dualité.

          Il est important d'engager une entité qui soit le témoin de tout ce que vous faites. Cette entité c'est votre mort. Elle réduit la mesquinerie. Nous tentons de l'éviter. Pour utiliser la totalité de nos possibilités, nous devons pouvoir définir le problème. Donc, à moins que nous incorporions l'univers jumeau, nous sommes juste en train de boiter, pas de marcher. Cela ne veut pas dire que cette nuit les êtres inorganiques vont vous chopper par les gonades... « Qu'est-ce que je dois faire ? Vous m'avez dit que les êtres inorganiques étaient des êtres féminins... » Certains d'entre vous sont sur le point de naviguer...il y a ici une énergie magnifique. Certains seront toujours insatisfaits. Je ne peux rien y faire, et il n'y a rien en dehors de vous-même qui puisse vous aider.

         C'est pourquoi les Chacmools donnent des « diplômes ». Elles pensent qu'ils seront un jour précieux, alors elles les ont même numérotés ! Donc, quand vous m'envoyez des questions, envoyez-moi votre code, « 1/178 » par exemple, je saurais qui vous êtes. J'aimerais pouvoir inclure tout le monde, mais cela dépend d'un principe absurde - le choix. Alors pourquoi ne pas faire le choix de la liberté ? Les théories de don Juan ne sont pas des théories. Ce sont des conclusions, définitives. Nous aimerions inclure la totalité de l'humanité, alors je devine que vous pourriez dire que nous sommes « catholiques » à cet égard. Nos perceptions sont limitées par la culture, et l'histoire. Don Juan disait qu'il y a infiniment plus. Mais vous devez le faire vous-même. Don Juan m'a fourni des indicateurs. Il disait, « Ne retiens pas ce que je dis, fais-le ! » Utilisez ce séminaire comme un début. Si vous êtes désespéré, le désespoir trouvera une ouverture. Don Juan disait, « Ne crois pas ce que je dis, fais-le ! » Faites les passes, ajustez-vous autant que possible, souvenez-vous en de façon kinesthésique. Ensuite, quelque soit la prémisse que j'ai propagée directement à votre corps d'énergie, elle remontera à la surface. Puis nous ferons plus, beaucoup plus.

         Faisant parti de la connaissance traditionnelle de don Juan, le « Défieur de la mort » est une entité qui apparut en 1725, et qui alla à la rencontre du nagual Sebastian, qui était sacristain dans l'église de Tula. Le nagual pouvait travailler dans l'église et y était à l'abri. Il s'occupait des cloches, et des autres biens de l'église. Un jour, un vieil indien vint à lui et lui dit : « J'ai besoin de ton énergie, ou bien je te dénoncerai comme praticien de sorcellerie noire... » Bien sûr, avec cette menace, Sebastian était disposé à l'écouter. L'indien ne voulait que l'énergie du nagual.

         Nous avons tous un ombilical, le nombril, « le trou ». Nous mourons tous par là, c'est un endroit mortel, un trou dans le corps d'énergie, d'où la force de vie s'échappe au moment de la mort. Un nagual a deux fois l'énergie d'un homme normal, alors l'indien lui dit que lui donner une petite quantité d'énergie ne lui causerait aucun mal.

         Cet indien était en fait un sorcier qui vivait il y a 7000 ans ; il vit aujourd'hui en plaçant son point d'assemblage sur différentes positions, obtenant ainsi une « hypothèque » sur la vie. Il déplace son point d'assemblage sur un endroit particulier qui lui donne la qualité d'être comme un insecte. Il extrait alors l'énergie par le nombril du nagual, et tire cette énergie jusqu'à une espèce de poche. Son point d'assemblage retourne ensuite sur sa position habituelle, où il est comme tout le monde.

         Il n'a pas eu besoin d'énergie jusqu'en 1725. Puis, il s'est établi dans la lignée. En échange de l'énergie du nagual, il donnait des dons, des positions du point d'assemblage, ainsi que la connaissance nécessaire pour atteindre ces nouvelles positions et savoir quoi y faire. Sebastian était extraordinaire. Il reçut huit nouvelles positions de ce défieur de la mort. Lujan en reçut cinquante-deux ! Mais ce ne fut pas le cas pour don Juan, qui n'était pas intéressé par les dons du Défieur de la mort, ni pour moi. Mais il m'a touché, il n'y pouvait rien. Don Juan disait que j'étais mordu !

         Je croyais à moitié ce que don Juan disait à propos de l'existence du Défieur de la mort. Du maïs trouvé au Mexique avait été daté au carbone 14 et estimé vieux de 34 000 ans. La première migration vers le Mexique était supposée avoir eu lieu il y a seulement 10 000 ans, et ne se constituait que de chasseurs-cueilleurs. Mais don Juan disait que c'était faux. Il disait,« Nous avons chacun notre façon de mesurer le temps ; tu mesures, tandis que... je demande. »

         Un jour, don Juan me dit qu'il allait m'emmener voir le Défieur de la mort. Pas de problème, j'ai pensé, ce ne sont que des conneries. Et il m'emmena. J'étais complètement effrayé par les lueurs de l'aube. J'ai rencontré cet indien à l'accent le plus étrange qui soit. Il mettait l'accent sur toutes les mauvaises syllabes. Si l'accent d'un mot était sur la première syllabe, il le mettait sur la seconde. Mais il le faisait avec tant de constance que ce la me convainquit de sa sincérité.

         L'homme était très mince, sec. Il me rendit cinglé à force de parler comme ça. Il me dit,

« Mes yeux se sont promenés sur les casques des conquérants espagnols. Je les ai vus, j'ai vu comment ils se déplaçaient. J'ai senti leur gêne, et j'ai senti comment ils devaient dormir avec leur casque et leur armure, j'ai senti leur douleur. J'ai vu des choses incroyables. Qu'est-ce que tu veux ? »
« Rien », j'ai répliqué.
« Mais nous avons un arrangement. Avec toi, ce sera difficile, tu es le dernier... »

         Bien sûr, d'une certaine façon il savait que j'étais le dernier nagual de cette lignée, bien que je ne le sache pas à l'époque. Nous nous sommes rencontrés dans une ville du Mexique, un samedi. J'ai mangé du fromage avec lui, tout semblait être très normal. Nous nous sommes promenés. Ensuite, je sais que j'attendais que don Juan vienne me chercher, et je n'avais aucune idée de ce qui s'était passé. Je suis parti avec un sentiment terriblement ancien, évaporé, bienveillant, étranger, paisible. Cette nostalgie bizarre. C'était comme si j'étais engagé dans une lutte sans fin. C'est la première fois que j'ai vraiment réalisé qu'il y avait des choses qui n'avaient pas de fin.

         Je me suis réveillé dans une ville étrange. Il y avait une rue pavée, surélevée en son milieu. Une route sur laquelle on ne peut rouler qu'en première. La première chose que vous voyez en montant cette colline, ce sont les chapeaux des mexicains sur l'autre versant. C'était une sensation étrange, un sensation « cinématographique ». Donc, je regardais ça... (Don Juan découvrit que cette ville était l'épicentre de « convolutions énergétiques »). J'attendais don Juan avec ce sentiment de nostalgie, mais pour ma vie ou mon passé, c'était quelque chose d'étranger. Si ancien, si triste, bien que charmant et récurrent. Ce sentiment ne m'a jamais quitté, je ressens encore cette sensation, la lutte sans fin, sans possibilité de trouver une accalmie. Don Juan disait que c'était du poison que le Défieur de la mort avait laissé en moi. C'était comme être disposé, être prêt, comme si quelque chose allait arriver. Un sentiment étranger.

         La fois suivante où j'ai rencontré le Défieur de la mort se passa presque à la fin de la vie de don Juan. Dans une petite église de Tula, j'ai rencontré une femme extraordinaire. J'avais plus d'appréhension, don Juan dut littéralement me traîner dans l'église. Non loin de là, il y avait deux femmes et trois hommes qui sortaient de l'église. Les trois hommes descendirent les marches et les deux femmes entrèrent à l'intérieur. « Où est-il ? », demandai-je à don Juan, « Les hommes sont partis ».

          Don Juan répondit, « Qui t'a dit que le Défieur de la mort était un homme ? » Il indiqua la femme sur le dernier banc de l'église. Don Juan m'implora de « traverser » moi-même, d'observer la coutume, et de ne pas me donner en spectacle. La femme se tourna et sourit. A cet instant, je courus hors de l'église, en proie à une crise d'asthme. J'avais de l'asthme quand j'étais enfant...
« Pourquoi cette peur ? » me demanda don Juan.

         Mon nom de famille est Carlos Arana (prononcé « Arania »), et en portugais, Arana signifie araignée. Don Juan me demanda : « Qu'est-ce qui ne va pas Mr. Spider ? » Plus je m'éloignais, plus j'avais de la tachycardie. Puis, je me sentis vraiment très mal et dit simplement à don Juan : « Ok, allons-y », et retournais dans l'église et m'assis à côté de la femme.

         Elle me salua et me serra la main ; elle avait une voix râpeuse. « J'aime ton énergie...muy buen ». Elle m'emmena de rêves en rêves - durant neuf jours -, j'étais perdu, bien que je pensais qu'il ne s'était écoulé qu'une seule journée. Don Juan me dit que j'avais passé des accords dont je ne serai pas conscient avant d'être « pleinement mature ».

         Le Défieur de la mort est aussi réel que moi ou don Juan. C'est une possibilité d'être différente mais bizarre, qui est disponible pour chacun d'entre nous. L'inconnu humain est aussi éloigné que possible, mais il reste dans le domaine de nos possibilités. Ouah ! Qui sommes-nous ?!

         Sommes-nous simplement des voyageurs retenus dans un genre d'horrible piège ? Peut-être. Pour moi, j'ai vu le Défieur de la mort et don Juan comme des navigateurs. Je navigue, par conséquent qui sommes-nous ? Pourquoi accepter des accords du passé - être acariâtre, sénile, mécontent, répétitif et plein de regrets - quel qu'ils soient, ce ne sont pas des décisions.

         J'ai décidé de venir à ce séminaire - si c'est de la fiente de poulet, ainsi soit-il. C'est la voie du sorcier. « Oh, je n'ai pas reçu de traitement personnel... » Les gens viennent, et à la première fausse note, ils nous disent d'aller nous faire voir. Je dis que nous devons nous défaire de l'ego, mais alors c'est : « Vas te faire foutre ». Nous devons être aussi aiguisé qu'une lame de rasoir, allez-y doucement au début, puis vous pourrez sauter. Ne me donnez pas de, « Je sui volontaire pour rejoindre votre groupe, prenez-moi, prenez-moi, je ferai tout ce que vous voulez... » Cessez d'être un égomaniaque. « Oh je suis si déçu Carlos, pas de peyotl dans le désert ? »

         Hier soir je vous ai invité à étudier votre « héritage » (les écrits de la Bible, de Jésus, de Mohammed, etc), et de chercher le « moi, moi, moi ». C'est l'homme qui parle pour Dieu. Cela ne peut être quelque chose de personnel. A la minute où ça l'est, nous injectons du « moi » dedans. Qu'est-ce que le paradis ? L'humanité pour l'éternité ? Nous ne voulons pas de ça ! Qu'est-ce que la paix du paradis ? Je suis en toge, marchant de cette façon (il marche terriblement lentement)... Puis vint le Défieur de la mort. Un mâle extraordinaire de son temps.

         Les êtres inorganiques sont aussi attaqués par les flyers. Il n'y a rien qu'ils aimeraient plus que s'unir avec nous. Mais les seuls qui soient assez courageux sont les sorciers, des êtres qui veulent élargir leur conscience. Si vous professez être ce que vous êtes dans leur royaume, ils vous attrapent ! Comment pourraient-ils faire autrement puisqu'ils n'ont pas d'autre moyen de se faire connaître de nous. Nous sommes systématiquement séparés des êtres inorganiques par les flyers.

         Don Juan disait que les êtres inorganiques étaient dangereux. Le Défieur de la mort s'est fait attrapé par les êtres inorganiques, mais il a accepté leur offre. Il a passé des centaines d'années dans leur monde. Un jour, cette ultime combattant de la liberté a découvert un moyen de s'échapper. Se transformer en femme ! C'est très simple pour un sorcier. Une femme a la lueur de son point d'assemblage tournée vers l'intérieur, tandis que celle du point d'assemblage des hommes est tournée vers l'extérieur. Tout ce qu'on a à faire est de faire tourner le point d'assemblage sur lui-même, et tout notre corps se transforme en autre chose. Ce n'est pas simplement une illusion. En tant que femme, les êtres inorganiques ne se rendaient même pas compte qu'il existait, et il s'est simplement glissé hors de leur monde sans se faire remarquer. En faisant un marché avec les êtres inorganiques, il a perdu ses possibilités. Mais maintenant il est caput. Je suis le dernier de la lignée, alors que va faire le Défieur de la mort ? Il va venir avec moi, je suis sa dernière chance. Cela me donne la chair de poule, mais c'est infiniment plus excitant...

         Donc, ce défieur de la mort s'est échappé deux fois ! La première fois de la mort elle-même, puis du monde des êtres inorganiques. Quelle beauté, quelle élégance. Il a choisit de ne pas être humain, mais il demeure un être qui va mourir. Il ne connaît que la lutte, c'est une histoire, pas un bobard ! Il est chacun d'entre nous, mais rehaussé par sa soif de liberté. Je ne pense pas que le Défieur de la mort sache vraiment ce qu'est la liberté, et alors ? Il va vers quelque chose d'indéfini. C'est pourquoi j'essaye de me sortir de là (d'essayer d'arrêter de parler du Défieur de la mort). Car je vais pleurer comme un imbécile. N'osez pas croire que je n'en suis pas capable...

         J'ai eu la chance de le faire avec mon père, un homme horrible. Il chassait avec mon grand-père, il avait tous ces sifflets, ces appauts, qu'il accrochait autour de son épaule. Une fois, il tira un canard, que je dus ensuite abattre alors qu'il se trouvait dans un eucalyptus. Mais il était vieux et couvert de gale. Je détestais mon père. A un certain moment, don Juan me dit que je devais aller le voir. J'y suis allé. Je fus reçu à la porte, mais ne connaissais pas les habitudes de la maison. Je demandais à parler à « Piloto Arana », il vint me retrouver sur le seuil. Il était plus âgé, et élégant. « Je suis venu vous rendre visite », j'ai dit. Il était très civilisé, exquis. « Est-ce que vous voulez du thé, du café ? A présent, dites-moi qui vous êtes et où nous nous sommes rencontrés...», dit-il aimablement.

         « Okay, mais une fois que je vous aurai dit qui je suis, je n'aurais pas besoin de vous dire où nous nous sommes rencontrés (rires)... Je suis Carlos, ton fils, et je suis venu ici pour enterrer la hache de guerre, bien que je t'ai méprisé toute ma vie. »

         « Tu t'es engagé dans un combat unilatéral. Tu as lutté, et j'ai oublié », dit-il. Il m'invita à entrer, mais me fit promettre de garder ma véritable identité secrète... J'aimais vraiment bien cet homme. C'était un grand lecteur. Il avait même les livres de Carlos Castaneda dans sa collection. Un homme exquis, gentil, diplomate. Mais son système cognitif « connaissait » la raison pour laquelle j'étais venu, c'était pour lui demander de l'argent. Je l'attrapai par les bras pour lui exprimer ma plus profonde affection. Sa fille entra et vit cela. Elle dû être surprise car aucun homme n'avait jamais touché son père ainsi. Puis, je regardai sa fille dans les yeux et lui dit, « J'aurais aimé avoir un père comme le vôtre, en grandissant... » (A ce moment là de l'histoire, Carlos et la moitié de la salle étaient sur le point de pleurer).

         Mais...arrêtez-vous à cet endroit. Gelez l'instant, et vous garderez cet instant avec vous pour l'éternité. Comme des êtres qui vont mourir.




Publié à 07:50 le 25 mars 2008 dans Los Angeles août 1995
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Los Angeles, Séminaire Intensif, août 1995 (3)

 

Los Angeles, août 1995

 

 

         Carlos se montra au cours des deux rencontres de la journée. Durant la seconde rencontre, il était tellement dans sa conférence qu'il dépassa le temps prévu pour celle-ci et nous avons été obligé de rester un peu plus tard. Le sujet était principalement « le pauvre bébé » et j'ai eu le sentiment que Carlos était suffisamment confiant envers l'audience afin d'être un peu moins diplomatique. Par exemple, il parla d'autres philosophies en disant qu'elles étaient devenues contraires à la vie. Cette partie de la conférence parlait du fait de vivre comme un sorcier et de se consacrer à explorer d'autres mondes. Carlos dit que s'il l'avait pu, il aurait édulcoré ses livres parce que le truc important nous était trop étranger.

 

 

         Le groupe entier apparut le soir, à l'exception de Fabrizio et Tracy. Les noms de deux personnes du groupe avaient encore changés. Carlos parla de quelque chose qu'il avait évoqué le jour précédent : Ils s'attendent à ce que certaines choses étranges se produisent en résultat du séminaire. Carlos nous dit de garder un œil sur la sonnette d'alarme car il n'était ni notre mère ni notre gourou. Il insista à nouveau sur le fait que les Chacmools sont idéales pour nous car elles sont à mi-chemin. Il dit qu'il n'était plus dans ce monde. En fait, il ne pouvait pas se projeter au-delà de la dernière conférence de dimanche, ainsi ils avaient dû reporter la dernière rencontre au lendemain et les deux groupes finiraient ensemble le dimanche suivant.

 

 

 

         A propos du locataire, il nous dit que les mondes qu'ils exploraient actuellement étaient en dehors de la tradition de la lignée de don Juan (vraisemblablement parce qu'ils sont créés par des positions du point d'assemblage différentes de celles que don Juan utilisait, et qui sont plus proches de celles utilisées par le locataire). A propos du bien et du mal, il dit qu'aucun des deux n'existait depuis le point de vue des sorciers. A propos de l'humeur de don Juan, il dit qu'en tant que personne, il n'avait pas grand-chose à dire à ce sujet. Mais si nous rejoignions son but, il serait obligé de nous aider de n'importe quelle façon possible. Il dit qu'il se souciait beaucoup de la condition de l'humanité et ne voulait pas s'en aller sans avoir fait quelque chose pour l'aider. Il ne se voyait pas laisser la connaissance de don Juan simplement se terminer comme ça. Puis il dit que don Juan ne partageait pas cet intérêt, que don Juan ne se souciait pas particulièrement de ses frères humains.

 

 

 

         A la fin d'une longue session de Tenségrité, Carlos insista sur l'importance de faire les mouvements exactement de la même façon que les Chacmools, plutôt que de les faire « comme nous sentions » qu'ils devaient être pratiqués. Il nous dit que ces mouvements, q'ils étaient fait avec précision et diligemment, auraient un effet intentionné sur notre corps, et sur notre corps d'énergie, que nous y croyions ou pas.

 

 

 

         Durant le séminaire, quelqu'un posa une question sur les êtres cycliques. Carlos demanda à Zaia et à l'enfant qui était avec elle de se lever. Il dit qu'elles étaient des êtres cycliques. Je présume qu'il estima que l'audience ne le prenait pas au sérieux, alors il réitéra qu'il était trop impliqué pour inventer des choses pareilles, que c'était pour lui une question de vie ou de mort.

 

 

 

         Ils nous enseignèrent une technique appelée, « Le combattant ailé mâle et femelle ». Ils dirent que cette technique était propre au Défieur de la mort. Il s'agit d'une des deux techniques enseignées qui viennent de cette même source. Carlos insista sur à quel point nous étions timides. Il donna l'exemple du cancer et des virus mortels disant que nous étions si timides que nous acceptions que ces états soient permanents. Ensuite, il dit que la technique que j'ai auparavant mentionnée - la passe du Défieur de la mort - servait à « changer de sillon », comme sauter d'un morceau à l'autre sur un disque vinyle. Aussi, si vous découvrez que quelque chose ne va pas avec une partie de votre corps, même un handicap comme avoir deux vertèbres de la colonne vertébrale qui soient soudées ensemble (quelqu'un posa une question spécifique à ce propos), vous pouvez changer de sillon et vous libérez de tout handicap ou sortir de toute situation qui met votre vie en danger.



Publié à 08:58 le 21 janvier 2008 dans Los Angeles août 1995
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Los Angeles, Séminaire Intensif, août 1995 (2)

 

 

 

 

Los Angeles, août 1995 (2)

 

 

         Carlos se montra pour cette première rencontre. Ce fut une surprise pour tout le monde. Plusieurs des autres membres de son groupe s'étaient déjà présentés, relevant l'information, vérifiant les gens à l'intérieur, et faisant même la circulation. Mais lorsqu'il fut temps pour les Chacmools de faire leur entrée, Carlos ouvrait la marche. Il s'avança rapidement jusqu'au devant du groupe et se présenta. Il portait de tous nouveaux pantalons Levi's, et une chemise sans poches. Il expliqua plus tard que cette chemise n'avait pas de poche parce qu'il avait été fumeur.

 

 

         En dépit des précédentes descriptions faites sur Carlos, disant qu'il était petit et simple, je le trouvais petit et très beau. Il était plus âgé que les autres, mais beaucoup plus vigoureux en même temps. Tous les mouvements de ses mains étaient rapides et énergiques, il bondissait durant sa conférence, martelant ses mains sur la scène aux moments clés. Même les sons dans la salle, comme les claquements de porte, collaient parfaitement au timing de sa conférence. Ses yeux avaient cette différence que sont supposés avoir les yeux d'un sorcier. Son œil gauche était noir et blanc et s'éloignait un peu de l'autre. Il avait les cheveux raides, assez courts, et presque entièrement gris. Il était petit, extrêmement mince, mais un peu plus musclé au niveau de la poitrine.

 

 

         Je n'étais qu'à quelques mètres de Carlos et il gardait constamment ce contact avec l'audience au travers de ses yeux. Prendre des notes aurait été plutôt inapproprié. Carlos commença en nous racontant que les gens lui demandaient souvent, « Comment ça se fait que ce truc de Tenségrité n'était pas dans les livres ? » Carlos répondait que ça y était, qu'il en était question partout. Il donna l'exemple de don Juan se faisant craquer les os. Il raconta une brève histoire sur le fait qu'il aimait tellement ça qu'il avait engagé une conversation avec don Juan à ce propos. Don Juan lui avait suggéré qu'il l'imite et il avait appris à le faire lui-même. Ce fut le début de son entraînement de Tenségrité.

 

 

         Carlos nous raconta qu'une fois, don Juan lui avait demandé s'il ne trouvait pas cela étrange que la position du point d'assemblage du monde entier soit si uniforme. Lorsque Carlos répondit qu'il ne s'en était pas rendu compte, don Juan continua, en lui demandant si ce n'était pas un grand mystère que tous les endroits dans le monde et toutes les cultures partageaient la fixation commune du je, je, je et du moi, moi, moi. Carlos expliqua que nous n'étions pas nés avec cette idée du moi, mais qu'elle nous avait été enseignée et que nous l'emportions jusque dans la tombe. Il dit que nous étions enterrés en pensant « moi, moi, moi ». Et qu'à aucun moment de notre vie nous ne l'abandonnions.

 

 

         Don Juan lui avait expliqué que ce n'était pas de notre faute si nous étions comme ça, que quelque chose d'autre en était la cause. Puis il décrivit les Flyers à Carlos. Il dit que les voyants avaient perçu quelque chose qui passaient devant nous si rapidement que c'était même trop rapide pour les yeux d'un sorcier. Il s'avéra que ces choses possédaient une conscience mais pas de corps physique. Ils se nourrissent de notre énergie, en nous léchant jusqu'à ce qu'il ne nous reste plus que l'énergie propre à l'autocontemplation. Il est dans leur intention que nous ne regardions jamais ailleurs. Ils veulent juste que nous nous tenions tranquille et que nous les laissions se nourrir de nous. Carlos ne croyait pas aux Flyers à cette époque. Au cours de sa conférence, il dit avec insistance à quel point cela avait été difficile pour lui d'y croire, étant donné sa formation académique et le fait qu'il se considère inconsciemment supérieur à don Juan.

 

 

         Carlos avait demandé à don Juan s'il pouvait voir les Flyers. Don Juan avait répondu, « Bien sûr que tu peux les voir. Mais pas dans ta condition actuelle. » Carlos voulait savoir pourquoi, et don Juan lui avait dit que c'était parce qu'il était trop gros. Carlos expliqua qu'à cette époque, il adorait manger des sandwiches au bacon. Il en mangeait 17 par jour, plus 12 sandwiches au beurre de cacahuète et à la confiture. Il expliqua aussi que pour un sorcier, il n'était pas approprié de se rendre dans les centres de remise en forme de type Spa ou de faire des exercices physiques de manière ordinaire. Il dit qu'un sorcier ne devait entraîner son corps qu'en faisant de la Tenségrité. Carlos expliqua l'objectif de le Tenségrité de la même façon que l'avaient fait les Chacmools : donner un goût à notre conscience qui ne soit pas savoureux pour les Flyers. Mais il donna aussi une autre explication.

 

 

         Il décrivit comment on pensait que certaines galaxies étaient maintenues en un tout grâce au gigantesque trou noir qui se trouvait en leur centre. Bien que personne n'ait pu le prouver, c'était la seule chose qui pouvait expliquer pourquoi les planètes ne s'éloignaient pas dans un mouvement de spiral. Il dit que le même concept pouvait être utilisé pour nous décrire. Nous étions une collection de filaments lumineux avec une lueur de conscience encore plus lumineuse. Quelque chose empêche cette conscience de partir dans l'infini. C'est sur cette force, qui maintient la conscience, que s'exerce la pratique de la Tenségrité.

 

 

         Carlos dit qu'il avait demandé une fois à don Juan si il y avait un moyen de savoir si la Tenségrité marchait pour lui. Don Juan lui dit qu'il y avait un test qu'il pouvait faire mais que cela lui paraîtrait trop dégoûtant. Après qu'il ait éveillé sa curiosité, Carlos ne put résister et supplia don Juan de lui dire quel était ce test, même si c'était choquant. Don Juan lui dit : « Très bien, mais tu dois me promettre de me dire quels sont les résultats, peu importe à quel point cela te semble choquant. » Carlos acquiesça sur le champ. Don Juan dit à Carlos d'aller chez lui, dans sa salle de bains, de baisser son pantalon, de se pencher en avant, d'attraper ses genoux, et de pointer son derrière vers l'est. Ensuite il devait péter. Si la pratique de la Tenségrité marchait pour lui, il ferait un pet long et volumineux. Si la Tenségrité ne marchait pas, ce serait juste un petit prout. Carlos expliqua que don Juan était très vulgaire mais que lui-même était assez naïf pour croire à ses tests. En fait, il essaya, et rapporta les résultats à don Juan. « Je suis en très mauvaise forme... », lui dit-il. Don Juan se tourna vers ses associés, en riant, et répéta, « Il est en mauvaise forme ! » Carlos expliqua que le paiement de don Juan pour son enseignement était des heures sans fin de divertissement aux dépends de Carlos.

 

 

         Carlos raconta l'histoire où don Juan l'avait guérit de son tabagisme. Il nous expliqua qu'il fumait depuis qu'il était un jeune garçon, et qu'habituellement il s'essoufflait rapidement en faisant de l'exercice, ainsi il rattrapait son souffle perdu en tirant sur des cigarettes. Une fois, don Juan lui annonça qu'ils allaient faire une petite escapade dans les montagnes pendant 10 jours. Carlos dit que l'endroit où ils devaient se rendre était parcouru de profonds ravins et de paysages époustouflants. Don Juan lui dit de ne pas se préoccuper d'emmener quoi que ce soit, sauf peut-être quelques paquets de cigarettes car ils partaient pour 10 jours. Il lui dit d'être très généreux et d'emmener 50 paquets, de les envelopper dans du papier aluminium et dans du tissu car les coyotes pouvaient les lui voler ; ils ne pouvaient résister à l'odeur du tabac. Carlos dit qu'il avait suspecté que quelque chose allait se passer, et le premier jour il fuma comme un malade. Puis il alla se coucher et quand il se réveilla le matin suivant les cigarettes avaient disparu.

 

 

         Don Juan n'était pas inquiet. Il dit à Carlos, « Jusqu'à quelle distance un coyote peut-il transporter un énorme paquet de cigarettes ? Elles doivent probablement être coincées dans une branche d'arbre ou dans une crevasse rocheuse à une vingtaine de mètres d'ici. Tout ce que nous avons à faire est de suivre sa piste. » Don Juan passa les huit heures suivantes avec Carlos à essayer de retrouver la piste du coyote. Carlos gloussa à cet endroit de l'histoire. Il dit que la piste qu'ils avaient trouvée passait par les ravins les plus dangereux qu'il ait jamais vus. A la fin, ils suivaient la piste dans un ravin très profond et dangereux. Don juan lui demanda si il voulait vraiment courir après ses cigarettes. Carlos dit qu'à ce moment là, il était si désespéré de fumer une cigarette qu'il aurait fait n'importe quoi. Il descendit dans le ravin, ne put trouver ses cigarettes et se retrouva coincé. La nuit était tombée, alors don Juan lui dit de ne pas s'inquiéter, il le sortirait de là le lendemain matin.

 

 

         Le jour suivant, don Juan trouva un chemin détourné, très exposé au vent, qui leur permit de sortir du ravin. Je ne me souviens plus de combien de jours s'étaient écoulés à ce moment de l'histoire, mais don Juan annonça finalement à Carlos que si celui-ci était disposé à fumer le tabac « noir » local, ils pourraient trouver des cigarettes dans une ville voisine. Carlos lui répondit, « Bien sûr, je fumerais N'IMPORTE QUOI ! Je vous fumerais vous si je le pouvais. » Don Juan commença alors à lui indiquer le chemin pour parvenir à une ville locale, mais après un moment il admit, « Je deviens vieux. Je suis perdu. »

 

 

         Carlos dit qu'à ce moment là, il était furieux. Il nous confia qu'au cours de son association avec don Juan, il avait de nombreuses fois désiré lui faire du mal mais qu'il avait peur de don Juan. Après plusieurs jours à être perdu, Carlos remarqua que sa capacité à escalader les ravins était extraordinaire. Et il n'eut plus jamais envie de cigarettes. C'est à ce moment là que don Juan lui annonça qu'il était fatigué d'errer ainsi avec Carlos, qu'il était temps de rentrer. Il ne marcha pas plus d'une trentaine de mètres et lui montra la route pour rentrer. Carlos dit que la route avait été là tout ce temps, mais qu'il n'en avait jamais rien su et il avait vraiment cru qu'ils étaient perdus.

 

 

         Une bonne partie de la conférence de Carlos avait pour but de contredire les rumeurs et les spéculations à propos des Chacmools. Carlos affirma qu'il avait lui-même essayé de construire une base de praticiens sérieux durant des années, en enseignant, entre autres choses, la Tenségrité. Mais qu'il n'y était pas parvenu. Tout ce qu'il avait réussi à faire, avait été de prodiguer un jargon à des personnes peu scrupuleuses qui s'étaient rendu célèbres pour enterrer des gens dans des cercueils merdiques et qui déclaraient être capables de leur enseigner comment rêver et traquer. Carlos nous regarda, incrédule, comme s'il nous disait, « Comment pourraient-ils enseigner rêver et traquer ? »

 

 

         Il dit que les Chacmools avaient, en un temps extrêmement court, réussi là où il avait échoué. Il dit que son point d'assemblage était dans un endroit différent du nôtre, mais que les Chacmools étaient à mi-chemin entre ici et l'infini. Carlos insista sur le fait qu'il allait encore nous parler, de nombreuses fois. Il dit qu'il reviendrait pour répondre aux questions lorsque les deux groupes (les deux classes) seraient ensemble. Puis il dit que nous devrions suspendre notre jugement parce que cette classe était très spéciale. Elle était conçue pour produire un effet spécifique sur nous.

 

 

         Il regarda autour de lui et dit qu'il cherchait au niveau de nos talons, qu'il cherchait à voir cette « étincelle ». Il dit qu'à la fin des trois semaines, nos talons seraient pleins d'étincelles. Alors seulement il pourrait nous parler. En attendant, il était juste une personne qui parlait à une autre, et il n'avait rien à dire à part, « Allons manger un hamburger » et « Comment tu t'appelles ? » Mais si nous nous engagions à nous joindre à cette incroyable exploration, alors il se devrait de faire pour nous tout ce qui était en son pouvoir. Il ne voulait pas la connaissance juste pour mourir avec, pour que tout s'arrête avec lui. Il voulait nous la donner. La dernière chose que dit Carlos fut, « Swinguons ! »

 

 

         Puis les Chacmools arrivèrent pour nous enseigner des passes magiques. Il n'y aurait aucun intérêt à décrire les mouvements de Tenségrité qu'elles nous enseignèrent, à part celui de dire que je ne les avais jamais vus, ni sur la première vidéo, ni au cours des trois derniers séminaires auxquels j'ai assisté. L'enseignement était très différent, concentré sur un certains aspects très mineurs. Bien que ceux-ci aient semblé être très importants. Par exemple, nous avons pratiqué bouger notre pouce en l'ajustant à notre main, tout en levant le bras très légèrement, et rechercher une sensation dans la poitrine et au niveau des aisselles. De plus, la position du cavalier employée était superficielle et elles insistèrent sur le fait de tourner nos doigts de pieds vers l'intérieur. Kylie nous dit de rechercher une sensation de tension à l'intérieur de la cuisse, et aussi de pratiquer la marche à pieds au cours des trois prochaines semaines, avec nos pieds pointant légèrement vers l'intérieur.

 

 

         Elles nous recommandèrent également d'arrêter de manger du sucre raffiné au cours des trois prochaines semaines, ainsi que de l'amidon, et d'arrêter de manger des fruits. Et aussi de manger moins de sel. Elles insistèrent sur le fait que cette classe était spéciale, et avait été conçue pour produire un effet très particulier. J'ai demandé à une des Chacmools si les programmes des deux classes allaient être les mêmes. Elle affirma que c'était prévu, mais qui savait ce qui allait arriver énergétiquement ?



Publié à 08:22 le 17 janvier 2008 dans Los Angeles août 1995
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Los Angeles, Séminaire Intensif, août 1995

 

 

 

 

 

 

Los Angeles, Séminaire intensif de Tenségrité, 13 août 1995

 

 

 

 

         Castaneda apparut un peu après quatre heures de l'après-midi, impeccablement habillé, portant un costume marron, des chaussures marron et une cravate jaune et marron. Les chaises se trouvaient à proximité de la scène, comme promis cette fois. Les membres de son clan prirent place à nouveau dans les deux premières rangées, bien que la jeune fille qui avait été présentée la semaine précédente (en compagnie de l'Eclaireur bleu), en tant qu' « être cyclique », fut absente. Du côté nord au bout de la rangée se trouvait l'Eclaireur bleu, assise à côté d'une jeune femme avec des cheveux très rouge, puis venait ensuite Carol Tiggs, Florinda, et enfin Taisha. Amalia était à côté de Taisha, et les Chacmools étaient à ses côtés. Castaneda dit qu'il avait prévu de parler des êtres inorganiques ce soir là, et que le sujet avait semble t-il effrayé certaines personnes.

 

 

         Don Juan lui avait dit que tout était le produit de l'interaction de deux forces. Les situations sont toujours en dichotomie - par exemple, des cliques opposées au travail ou d'autres situations du même type - et le système des sorciers sert à guider cette dichotomie.

 

 

         Une fois, il était à Tula avec le groupe de don Juan. Tula et sa vallée est la région d'où venaient tous les anciens sorciers de la lignée de don Juan, et c'était également l'endroit où don Juan habitait. Castaneda prenait un immense plaisir à être avec ces splendides guerriers qu'étaient les membres du clan de don Juan. A cette époque, le nagual Mathias leur rendait visite ; un nouveau nagual de l'héritage allemand, qui avait été frappé sur la tête quand il avait 14 ans et qui n'avait jamais récupéré. Il parlait un espagnol étrange, qu'il disait provenir du temps de la Conquête. (Et qui était Castaneda pour dire que ce n'était pas possible ?) Il voulait aller à Tula avec le groupe de don Juan. Castaneda était heureux que la situation se transforme en dichotomie et qu'ils n'emmènent pas Mathias avec eux. Apparemment, ils s'amalgamèrent en deux groupes, « les bons sorciers et les mauvais sorciers. » 

 

 

         Les sorciers aiment contrôler cette division pour aller vers « ce qui est permissible. » Le même genre de dichotomie s'opère dans notre monde. D'un côté se trouve le monde organique - qui nous inclut, nous, et d'autres organismes dotés d'une conscience. De l'autre côté se trouve le royaume inorganique - des entités avec une conscience mais sans corps organiques. « La structure de leur monde est différente mais complémentaire à la nôtre. » Les sorciers découvrirent que les êtres inorganiques venaient à leur rencontre au travers des rêves. Les rêves, en tout cas un certain type de rêves spéciaux, sont des « portails » qui ouvrent sur un passage donnant sur le côté inorganique de l'univers, et qui leur permet de passer dans notre monde. C'est seulement en rêve que nous pouvons suffisamment équilibrer notre énergie pour percevoir cet autre royaume. Autrement, notre vélocité est trop rapide pour les percevoir.

 

 

         Les anciens sorciers découvrirent que les rêves donnent accès aux êtres inorganiques et aussi à d'autres royaumes. Ils nommèrent les êtres qui s'y trouvaient « les alliés ». Ce terme n'est pas approprié, bien sûr, puisque ces êtres ne sont pas capables d'agir comme des alliés dans ce royaume, et ils laissèrent tomber les sorciers en temps de crise. Depuis lors, les sorciers s'en sont tenus à l'écart. Don Juan sentait que la seule chose à faire était de se tenir à l'écart des êtres inorganiques. Au moment où on utilise le portail, on entre dans un véritable monde très bien organisé, que ça nous plaise ou non. Les sorciers entraînent leur attention de rêver -  la développant dès le début en se souvenant de focaliser leurs yeux sur n'importe quel objet, en donnant de petits coup d'œil, puis en déplaçant leur focalisation sur un autre objet, puis un autre, etc.

 

 

         Ils découvrirent que pour chaque individu il y a un nombre seuil d'objets que nous pouvons focaliser avant que le rêve devienne autre chose. Dans les rêves non ordinaires, une fois que nous atteignons ce seuil, nous sommes en route autre chose. De tels rêves spéciaux s'annoncent par quelque chose de plutôt inhabituel - par exemple, l'image d'un poisson qui vole. Une fois que l'on apprend à piéger notre attention, nous pouvons atteindre ce seuil à partir du moment où nous entrons dans « un rêve qui n'est pas un rêve. »

 

 

         Don Juan donna comme tâche à Castaneda de chercher ses mains dans ses rêves, et Castaneda la transforma en obsession. Il découvrit qu'il ne pouvait pas le faire (et s'imita lui-même en train de dire à don Juan qu'il ne pouvait pas trouver ses mains. Don Juan lui dit qu'il pouvait chercher autre chose : « Cherche ton pénis. » Castaneda s'imita, disant sur un ton geignard, « Décidez-vous une fois pour toutes à arrêter vos blagues, je ne les aime pas. ») Don Juan lui dit initialement de chercher ses mains « ou quelque chose d'autre, » et il oublia simplement ce « quelque chose d'autre. » - [Cela lui rappela une femme qui avait fait une liste de toutes les raisons qui la rendaient spéciale. Il dit qu'il nous ramènerait la liste avant la fin du séminaire. Sur la liste, par exemple, il y avait le fait qu'un jour un professeur lui avait dit, « d'une certaine façon tu es trop mature. » Lorsque Castaneda lui avait demandé s'il ne manquait pas quelque chose dans cette affirmation, elle était allée parler au professeur et avait découvert à son grand regret qu'il avait juste tenté de lui dire, « Tu es trop mûre pour agir comme un trou du cul. »] - Castaneda voyait tout sauf ses mains. En fait, il ne trouva ses mains qu'une seule fois dans ses rêves - et ce n'était pas vraiment les siennes mais plutôt deux grosses mains velues. (Ils ont trouvé récemment des mains de singe en plastique, et ont trouvé que leur aspect, en forme de coupe, était représentatif de ce que sont les êtres humains - des êtres avec de petites mains cupides de gorille. Il dit qu'il nous les rapporterait pour nous les montrer.) Mais Castaneda avait en fait réussi à accomplir la mission que lui avait donnée don Juan, sans le savoir, car il avait focalisé son attention sur toutes les autres choses dans ses rêves. (Il était sûr que d'avoir mentionné cette commande de don Juan avait eu le même effet sur ceux qui avaient lu ses livres et avait produit une obsession à propos de trouver ses mains.)

 

 

 

         L'attention de rêver est une autre source de discipline qui nous rend immangeables pour les Flyers. Une fois que nous traversons le portail, quelque chose vient pour nous emmener vers une autre couche de l'oignon, ou vers l'univers duel des êtres inorganiques. Nous contrôlons la direction vers laquelle nous allons en exprimant notre intention à voix haute - essentiellement en donnant des ordres, comme « Emmène moi dans ton monde. » La seule chose qu'ils écoutent est un ordre direct, il n'est pas bon du tout de geindre, ou de supplier. Il ne faut pas leur demander quoi que ce soit de façon arrogante, mais plutôt d'une manière forte, ferme et convaincante. « Si vous êtes bien élevé, vous pouvez dire ‘s'il vous plaît' ou ‘merci' », plaisanta t-il, « mais c'est optionnel. »

 

 

 

         Une fois que vous avez exprimé à voix haute votre désir d'aller dans leur monde, ces balles d'énergie vous emportent. Don Juan lui a dit d'aller ailleurs et de ne pas exprimer à voix haute son intention d'aller dans le monde des êtres inorganiques. Mais Castaneda a toujours eu cette étrange propension à se fourrer dans des situations dangereuses.

 

 

 

         Enfant, Castaneda jouait de la trompette pour éviter d'aller à l'école. Il disait à son professeur qu'il avait des répétitions avec son groupe, puis il disait au groupe qu'il devait aller en cours. Ainsi, il finit par n'aller à aucun des deux. Puis, il fut transféré dans une autre école, et le type qui s'occupait du groupe de musique lui dit qu'ils n'avaient pas besoin de lui. (Il s'imita en état de choc à l'idée de devoir aller en classe.) Alors il avait décidé de rendre sa trompette inutilisable. A la nuit tombée, dans le pensionnat, il se glissa furtivement dans la salle de répétition et démarra un petit feu, en utilisant de la corde, afin de créer suffisamment de chaleur dans l'embouchure de la trompette pour rendre le ton mauvais. Mais il aurait dû utiliser du câble plutôt qu'une corde. La corde tomba dans une percussion. Alors, il essaya d'arrêter le feu avec de l'eau, au lieu de retourner dans son lit, où il n'aurait pas été surpris. Mais il n'était pas assez fort pour soulever le seau d'eau (il s'imita en train de répandre de l'eau partout), et il dut le remplir par trois fois. Il finit par se détremper les pieds. Puis il retourna dans son lit et, naturellement, fut découvert en raison des traces de pied mouillées qui l'avaient directement conduites à lui. Finalement, une aile entière du bâtiment avait brûlé. Sa famille avait dû payer pour la reconstruction de l'aile et pour les instruments. Il en avait parlé à son grand-père, son seul allié. Son grand-père avait seulement dit, « Que c'est stupide ! Tu aurais dû utiliser du câble. » Son grand-père, un peu criminel lui-même, était horrifié par la stupidité du garçon mais pas par l'acte nihiliste de brûler l'école.

 

 

 

         Ainsi, Castaneda nous dit qu'il était un « crétin désespéré » de nature, quelqu'un qui prend des risque. Don Juan lui avait dit qu'il allait commencer à entendre une voix, celle de « l'émissaire de rêver », mais lui avait dit de ne pas l'écouter. Un jour, il entendit une voix, mais se dit à lui-même que cela devait être dû à un genre d'effet post-hallucinogène. Cependant, la voix vient d'un autre monde, et s'adapte à nous. Pour lui, cela avait commencé par être une voix d'homme qui parlait un espagnol argentin, ou un anglais de la côte ouest des Etats-Unis. Elle utilisait des termes attachants - comme « flaco », « hijito », et « boludo. » Et la voix lui avait dit qu'elle lui révélerait tout ce qu'il voudrait savoir. Mais ses résultats étaient toujours désynchronisés. Elle lui disait quelque chose à propos de quelqu'un deux mois après sa demande, ou même 5 ans après, alors qu'il n'en avait plus rien à faire.

 

 

         Cette voix de l'émissaire de rêve s'attache à nous physiquement. Pour lui, il l'avait ressentie comme si elle provenait de la zone du foie.

 

 

         Le monde des êtres inorganiques est essentiellement féminin, et Castaneda avait fini par entendre une voix de femme - « plutôt exquise. » Les mâles sont couvés dans ce monde parce qu'ils ne sont qu'une « petite vrille » provenant d'une base femelle. (Il imita « être un macho », puis n'être juste qu'une « petite vrille ». Puis il décrivit comment une fois, alors qu'il était chez don Juan, il s'était mouché le nez si fort que ses végétations étaient sorties. Sa réaction immédiate avait été « d'aller voir maman pour lui montrer.»  Cela lui rappela alors qu'il avait travaillé dans un hôpital psychiatrique, où un type qui n'avait plus aucune sensation dans son corps avait attrapé un de ses globes oculaires, puis l'avait apporté au docteur en disant, « Regardez ce qui vient de se passer. » Etant seulement psychiatre et pas chirurgien, le docteur s'était évanoui. Le même patient fut découvert un peu plus tard en train de se scier le bras, en chantant « Le vieux MacDonald avait une ferme. »)

 

 

 

         Don Juan ne s'attendait pas à ce que Castaneda soit si stupide. L'émissaire de rêve est un commerçant très attachant. Il dit, « Tout ce que vous avez à faire est de me dire deux mots. » Ces mots sont « Pour toujours. » - « Si vous me donnez votre parole, nous pouvons allonger votre conscience à 5 milliards d'années. Vous pourrez voir des choses inconcevables, comme le cœur d'une étoile, et vous ne brûlerez pas. Vous n'aurez pas besoin des respirer. Mais, nous ne pouvons pas vous forcer, c'est votre choix. » Don Juan lui avait dit de ne pas tomber là dedans.

 

 

 

         Les êtres inorganiques sont aussi consommés par les Flyers, et ils désirent joindrent leur vitesse lente à la nôtre, plus rapide. La voix emmena une fois Castaneda dans le monde des êtres inorganiques et lui dit qu'il était peuplé de trois types d'êtres - ceux qui ressemblent à des bougies ondulantes, ceux qui sont ronds, et d'autres qui sont en forme de cloche. La voix lui dit aussi qu'il y avait d'autres entités qu'elle ne pouvait pas lui montrer à moins qu'il donne sa parole de rester. « Tous les rêveurs mâles ont rapporté la même expérience, don Juan inclus. » Les psychiatres et d'autres experts ne purent lui expliquer ce qu'était cette expérience, à part le produit de son esprit. Castaneda finit par faire des voyages sans fin dans ce monde, et durant l'un deux, il vit une énergie qui ressemblait à une petite fille qu'il connaissait. La « fille » lui demanda de l'aide. D'après don Juan, une des qualités de Castaneda était qu'il était capable de sauter avec bravoure pour briser les chaînes de l'autre. Il donna sa parole, son intention, ce qui épuisa toute son énergie, et il fut retenu là, bien qu'il ait réussi à libérer la « fille ». Don Juan et quelques-uns de ses associés avaient dû y aller pour le sortir de là. Ils n'y étaient pas entrés en rêvant mais grâce à des techniques de sorcellerie d'une haute maîtrise. Ainsi, Castaneda savait que c'était un monde réel, un univers jumeau.

 

 

 

         Don Juan avait prévu de sauter en évitant le monde des êtres inorganiques. Mais Castaneda nous dit que nous ne pouvions pas faire le voyage définitif sans passer par « la maison de nos cousins. » Même si ce monde est grandement mixé avec le nôtre, don Juan avait insisté sur le fait d'en rester à l'écart. Don Juan était dans une position de déni absolu. Castaneda pense qu'il est maintenant préférable de traiter avec ce monde ; d'apprendre à le gérer avant de s'engager pour notre ultime voyage.

 

 

 

         Les êtres inorganiques peuvent ralentir notre vitesse et augmenter la leur, en nous donnant soit des aperçus fugaces de leur présence, soit au travers d'interactions soutenues. « Les femmes n'ont pas besoin de lire beaucoup. Mais bon, il peut y avoir des femmes philosophes qui le font. » (Florinda sembla mal à l'aise à ce moment.) « Et peut-être des femmes allemandes, des femmes allemandes philosophes. »

 

 

 

         Castaneda dit qu'il demandait toujours, comme beaucoup d'entre nous, quand est-ce qu'il serait capable de voir l'énergie, et quand les pratiques de sorcellerie auraient un impact sur lui. Puisque certaines personnes avaient dit qu'elles n'avaient pas entendu « l'horrible histoire » qu'il avait racontée le dimanche précédent, il raconta à nouveau l'histoire de don Juan lui disant qu'une façon de savoir s'il avait fait des progrès était de se pencher en avant et de péter en direction de l'est. Si c'était un gros pet, c'est qu'il faisait des progrès.

 

 

 

         L'interaction du groupe de Castaneda avec les êtres inorganiques est bien plus grande qu'elle ne l'était au temps de don Juan. Les histoires de don Juan sur les anciens sorciers n'ont pas beaucoup aidé Castaneda à traiter avec ce monde. Tout ce que Castaneda possède sur ce monde pour continuer sont ses propres observations, et le fait que les êtres inorganiques ne peuvent pas mentir. Cependant, ils ne peuvent répondre qu'à des questions qui ne sont pas d'ordre spéculatif - par exemple, « Y a-t-il un homme de l'autre côté de ce mur ? Pourquoi y a-t-il un homme derrière ce mur ? Comment cet homme est arrivé là ? » Cela nous entraîne à être très direct. Traiter avec les êtres inorganiques nous force à devenir clair comme du cristal, car sinon l'émissaire de rêve ne peut pas nous répondre. Castaneda leur avait posé des questions à propos de notre interaction avec les êtres inorganiques, et ils lui avaient dit que cela pouvait arriver, au travers d'une immense sobriété.

 

 

 

         Les Flyers ou « les sauteurs », sont aussi inorganiques, et se nourrissent d'autres êtres organiques. Bien que les sorciers aient été incapables de distinguer les détails de l'œuf lumineux des organismes non humains afin de discerner cet état de fait, l'émissaire de rêve avait répondu « oui » à la question de savoir si les Flyers se nourrissaient des animaux ou des autres organismes de notre monde.

 

 

 

         Castaneda n'entend plus la voix de l'émissaire de rêve maintenant. « Les êtres inorganiques m'ont piégé dans un monde longtemps recherché par don Juan où la cognition humaine ne fonctionne pas. » Quelque chose l'a tiré à travers un « tube de conscience longitudinale, » et il s'est retrouvé sur son côté gauche. Les êtres de ce monde ont une vision à 360°, ce qui les oblige à entreprendre des actions qui sont pour nous inconcevables. Afin sortir de ce monde, une voix avait dit à Castaneda qu'il devait « tourbillonner », ce qui avait causé d'importants dommages à sa rétine. Mais la voix lui avait proposé de le ramener sans douleur, s'il lui donnait sa parole. Castaneda décida que le seul moyen de s'en sortir était d'adopter l'attitude de ne pas se soucier de s'en sortir ou pas, ce qui, en quelque sorte, lui avait permis de revenir par ses propres moyens. Maintenant, il n'entend plus la voix, et elle lui manque. Il regrette de ne pas lui avoir dit merci, car la voix lui a dit des choses stupéfiantes, inconcevables. 

 

 

         Un des principes de la voie des sorciers est que l'on doit payer pour ce qu'on a reçu, et si nous ne pouvons pas payer, nous devons au moins donner quelque chose d'une valeur égale.

 

 

         La fille de 10 ans qu'il avait mentionnée la nuit précédente (l'Eclaireur orange), avait dû faire un choix - soit elle restait avec eux, soit elle retournait vivre avec ses grands-parents (les parents de Florinda). « La décision est un autre des principes des sorciers. Les sorciers voient un horizon d'ambre roussâtre en permanence. » A un certain moment se produit un mouvement de tourbillon quelque part - sur notre gauche, notre droite ou au centre - cela tourbillonne dans le sens des aiguilles d'une montre depuis la vision de l'observateur. Puis une porte s'ouvre, et vous voyez l'infini à travers celle-ci, et une décision se présente. Cela se passa ainsi pour la petite fille de 10 ans. Elle avait décidé d'aller vivre avec ses grands-parents, bien qu'elle ait affirmé vouloir rester avec eux pendant un moment encore. « Nous l'avons mise dans un avion aujourd'hui. » Sa décision était finale pour eux. Le facteur décisif pour elle fut qu'elle désirait manger des tamales. Ses grands-parents lui donnaient tout ce qu'elle voulait. Le groupe de Castaneda lui donnait aussi tout ce qu'elle voulait, sauf des tamales ou du sucre. Don Juan se fichait pas mal des choix, tout ce qui l'intéressait était de continuer sa lignée. Cependant, le choix est la seule chose que possède Castaneda, alors comment pourrait-il ne pas le respecter ? Ainsi, la petite fille a choisi de mourir.

 

 

 

         Une fois, Castaneda était allé voir un célèbre producteur, à propos de la possibilité de faire un film sur « Les Enseignements de don Juan. » Le type le reçut dans une pièce immense, très impressionnante, dans Century City ; il avait également un bureau gigantesque, et Castaneda était assis loin au-dessous de lui. L'homme avait des bagues à tous les doigts et mâchait un cigare. Il marmonna quelques questions à Castaneda, que celui-ci ne put comprendre. Il marmonna à nouveau, et Castaneda ne put toujours pas le comprendre et commença à se sentir très mal à l'aise. Puis le producteur enleva le cigare de sa bouche et demanda, « Est-ce que la tribu s'en occupait ? » Oups, maintenant Castaneda pouvait l'entendre mais n'avait aucune idée de quoi le type était en train de parler, et pensa qu'il n'avait pas bien entendu. Il lui demanda à nouveau de répéter sa question. Finalement l'homme expliqua qu'il était en train de demander si le groupe de don Juan s'intéressait au fait que don Juan ait donné du peyotl à Castaneda. Castaneda fut grandement soulagé d'avoir au moins une question à laquelle il put répondre, et il dit, « Oui. » L'homme lui dit, « Alors il y aurait un épisode dramatique. Cette partie à propos de pisser sur des chiens m'a laissé plutôt froid. » Mais il pensait que la scène avec les autres Indiens contrariés par le fait que Castaneda reçoive du peyotl avait une vraie tension dramatique. (Castaneda imita les Indiens hollywoodiens en train de dire, « Brûlons-le. ») Le producteur voulait également que Mia Farrow soit dans le casting pour jouer l'intrigue romanesque. Elle resterait en arrière et jouerait « une femme qui dit, ‘Ne prends pas cette drogue !' Et tu le fais quand même. C'est la confrontation. »

 

 

 

         Castaneda a rencontré beaucoup de gens d'Hollywood au fil des années. Il ne peut plus les supporter. Ils pensent tous que ses livres sont des créations fictionnelles. Castaneda avait expliqué que les livres étaient juste des explications phénoménologiques de quelque chose que tout le monde peut faire. « Mais personne ne nous en a parlé avant. » Il fit la description d'une femme gourou célèbre avec qui il avait dîné à Los Angeles, et qui tenait en permanence les testicules d'un grand et jeune masseur tout en lui parlant. Castaneda demanda finalement au type comment il pouvait supporter cela, et l'homme lui répondit, « La réponse c'est de ne jamais être seul. » Castaneda nous demanda, « Est-ce vraiment cela la réponse, de ne jamais être seul ? »

 

 

 

         Une fois, Castaneda dut se faire opérer d'une mauvaise hernie. Une couverture de survie fut nécessaire afin qu'il supporte l'opération. Durant l'une de ses explorations dans la seconde attention, il avait fait quelque chose qui avait endommagé son corps. Il aurait pu se soigner lui-même, mais n'avait pas le temps ou l'énergie. Il fit une description du docteur en train de lui expliquer tous les risques de l'anesthésie - une explication complète d'un « grand homme à un autre grand homme, » tout cela, tandis que Castaneda était totalement nu. Ensuite un homosexuel mexicain était entré, et Castaneda imita le gars en train de rouler les yeux avec des gestes maniérés. Le gars dit à Castaneda de se mettre en position fœtale. Puis, il lui dit qu'il allait le maintenir et que cela ne lui ferait pas du tout mal. Castaneda trouva absurde que cette scène puisse être sa « dernière scène sur Terre. » Après qu'il s'être réveillé, une infirmière lui dit, « Vous voulez regarder la télévision, n'est-ce pas ? » Et sans même le regarder ou attendre sa réponse, elle alluma la télévision et repartit. Il vit alors Guru Rajneesh à la télévision en train d'expliquer qu'une femme de son entourage venait de lui voler 52 millions de dollars, et qu'il pensait que cette femme voulait contrôler le monde. Une autre scène absurde, qui fit rire Castaneda de façon incontrôlée. Castaneda se demandait ce que ces deux scènes ridicules pouvaient présager et en comment elles étaient connectées avec cette opération vitale. 

 

 

 

         « Vous êtes impeccable et vous posez votre intention. Le reste arrive tout seul. » Les anciens sorciers ne permirent jamais à leur conscience de grandir au-dessus de la région de la poitrine. En maintenant leur conscience à cet endroit, ils firent des assertions inexactes sur les êtres inorganiques et sur leur habilité à les aider dans ce plan. S'ils avaient laissée leur conscience croître au-dessus de leur tête, afin que celle-ci recouvre leur œuf, ils n'auraient pas fait ce genre d'erreur.

 

 

 

         Don Juan disait, « Laisse le résultat en dehors de ton domaine. Lance ton intention, ton effort, et ensuite oublie tout ça. N'essaye pas de contrôler les résultats. » Castaneda nous recommanda d'essayer cette méthode avec quelque chose de très simple au début. (Il plaisanta sur le fait que nous ne devions pas laisser un marché d'un million de dollars se régler tout seul, pour ensuite dire, s'il n'était pas conclu, « C'est ce que Castaneda nous a dit de faire. » 

 

 

 

         A dix-huit heures, Castaneda commença à répondre aux questions. La première était de Louis : « Comment fait-on pour attraper des êtres inorganiques ? » Castaneda répondit : « Il faut insister. Mais vous devez leur laisser du temps parce qu'ils se déplacent lentement. » Il plaisanta sur quelqu'un qui attendait une heure ou deux, puis qui laissait tomber l'affaire. Il dit aussi qu'il avait l'habitude de crier, « Intention ! » et qu'un des membres de son groupe, sans doute Florinda, avait l'habitude de crier « Intention ! » de vive voix, ce qui faisait que ses voisins appelaient régulièrement la police. Il nous avertit aussi de ne pas se sentir penaud et de ne pas avoir de doutes lorsqu'il s'agissait de parler aux êtres inorganiques. « Ce que vous avez pour traiter avec eux c'est votre discipline, la discipline de la Tenségrité. »

 

 

         Un homme posa une question à propos des Eclaireurs bleu et orange, mais Castaneda éluda la question, disant que ce n'était pas pertinent concernant les êtres inorganiques.

 

 

 

         Une femme demanda comment s'échapper du monde des êtres inorganiques une seconde fois (c'est-à-dire, lorsqu'ils l'ont emmené vers le monde à 360°), Castaneda répondit : « J'y suis encore. » Il expliqua que c'était pour cette raison qu'il louchait. Il raconta qu'il était allé chez deux médecins différents, des spécialistes des yeux. Le second avait diagnostiqué que son état était dû au fait que Castaneda avait des relations sexuelles intenses, et de violents orgasmes. Il avait appris à ne prendre que les conseils ou les spéculations des médecins, sans tenter de leur raconter comment cela lui était vraiment arrivé. Ce médecin avait aussi calculé son âge, il avait trouvé 75 ans, et il était impressionné que Castaneda ait de violents orgasmes à cet âge.

 

 

 

         Castaneda eut une fois une infection à la vessie après une de ses expériences. Il alla chez un médecin sous le nom de « Ramon Garcia. » Le médecin lui dit, « Ramon Garcia, qu'est-ce que ça pourrait être d'autre ? C'est une blennorragie. » Castaneda fit l'erreur de vouloir expliquer que cela était dû à un combat d'une grande ampleur énergétique. Le médecin diagnostiqua alors tout naturellement qu'il était fou, avec une blennorragie. Un jour, le célèbre psychiatre pour lequel travaillait Castaneda lui demanda, puisqu'il était tellement intéressé par l'ethnométhodologie, s'il voulait aller au troisième étage, là où se trouvaient les patients atteints de maladie mentale, afin qu'il puisse les étudier en tant que membre de leur groupe. Castaneda demanda, « Et si quelque chose vous arrive ? «  (Sous-entendu que personne d'autre ne sache que Castaneda n'était pas vraiment un patient). Le psychiatre était sûr que Castaneda pourrait négocier afin de se sortir de là d'une manière ou d'une autre.

 

 

 

         Thomas demanda si on pouvait pratiquer l'attention de rêver et la récapitulation en même temps. Castaneda répondit, « Oui, vous pouvez appeler l'attention de rêver en même temps. » Cela ne prend pas beaucoup de temps, comparé au temps que nous passons devant la télévision. Un homme posa une question à propos des Flyers qui n'apporta pas beaucoup de nouvelles informations. Castaneda dit que les Flyers sont « intégralement sur nous. » un homme demanda si le célibat était important. Castaneda dit, « Si vous êtes des baises ennuyeuses, oui. » Il raconta à nouveau l'histoire de son cousin « Rigoti », et comment son grand-père avait dit à Castaneda - « Arana » --  qu'il devrait imposer sa volonté et passer par la fenêtre, tandis que le beau Rigoti serait invité à passer par la porte. Le leitmotiv de son grand-père, que Castaneda adopta par la suite, était, « Tu ne peux pas faire l'amour à toutes les femmes du monde, mais tu peux essayer ! » Castaneda était né après une baise rapide - « derrière la porte » -- donc, il était tout le temps nerveux. Si vous êtes le fruit d'une relation passionnée, il n'y a pas de problème. Vous pouvez avoir autant de relations sexuelles que vous voulez.

 

 

 

         Un homme demanda si la taille du point d'assemblage avait une limite extérieure. Castaneda dit qu'il avait habituellement la taille d'une balle de tennis. Il dit que le seul point d'assemblage immense qu'il avait vu était celui de la femme gourou qui attrapait les testicules du jeune masseur. Mais son point d'assemblage était très figé, alors qu'il aurait dû être fluide. Lorsque le point d'assemblage d'une personne est fixé, cette personne fait partie des personnes « qui savent tout » ; qui savent ce qui va et ce qui ne va pas. Elles sont des « autorités » et sont très coincées. Castaneda expliqua que le seul moyen de fluidifier le point d'assemblage était la récapitulation. Il mentionna que nous, les auditeurs, étions devenus plus forts en la pratiquant. « C'est génial d'intentionner la fluidité du point d'assemblage. »

 

 

 

         Un homme posa une question sur le Défieur de la mort. Castaneda dit que ce serait le sujet de sa dernière conférence. Un homme demanda si les êtres inorganiques organisaient aussi des séminaires. Castaneda ria et dit, « peut-être ». L'homme demanda aussi si cela intéresserait les êtres inorganiques d'avoir une relation symbiotique avec nous. Castaneda dit, « Oui. Ils sont plus sages et plus vieux que nous, et ils adoreraient fusionner avec notre vitesse. Mais cette possibilité reste exclue, à moins que nous nous consacrions à la révolution de don Juan. » Un homme posa une question sur l'intention. Castaneda dit que nous allions y venir, en parlant de la traque. Une femme demanda, « Peut-on intentionner d'aller soit dans le monde des êtres inorganiques, soit dans d'autres lieux si une boule d'énergie vient à notre rencontre en rêve. » Castaneda répondit que oui, mais que don Juan ne lui en avait jamais parlé.

 

 

 

         Un homme demanda si Castaneda avait des alliés, et s'il les utilisait. Castaneda répondit, « Non. » Il expliqua que les alliés étaient des entités très primitives qui provenaient de la lignée de don Juan. Castaneda avait des « trucs mieux que ça », et ces entités s'étaient tout simplement évanouies. L'intérêt de Castaneda est l'élucidation, il veut que « le monde des sorciers soit compréhensible en nos termes. » Une femme posa une question sur les moyens de stopper le dialogue intérieur. Castaneda fit le mouvement de picorer avec ses doigts, et suggéra que c'était un exemple, car nous devons être très attentif à ce que nous faisons. Les Chacmools le conduisent souvent dans certains endroits sans dire un mot. Elles ont tellement coupé leur dialogue intérieur que même entre elles, elles ne se parlent pas. « Elles ont fait de la Tenségrité tellement longtemps qu'elles ne parlent plus. Jusqu'à ce que vous leur demandiez de parler, et là elles ne peuvent plus la fermer. »

 

 

 

         Castaneda nous dit aussi de ne pas nous laisser gouverner par les statistiques qui disent que nous n'absorbons que trois et demi pourcents de ce que nous entendons au cours d'une conférence. Castaneda avait l'habitude de se fier à cette affirmation, et s'en servait comme excuse pour dormir durant les conférences auxquelles il assistait, puisque de toute façon il n'allait en absorber que trois et demi pourcents (ou six pourcents si elle était répétée). Un homme posa une question sur le point d'assemblage des plantes. Castaneda dit que les arbres ressemblaient à d'énormes blobs de luminosité, et que leur point d'assemblage se trouvait tout en bas, au niveau des racines. Ainsi, les arbres assemblent la perception, ils perçoivent. L'ensemble des végétaux ont leur point d'assemblage au pied de leur cambrure. Leur point d'assemblage est habituellement plat, bien que certains soient de forme géométrique - les diamants par exemple. Les eucalyptus ont un point d'assemblage très « contracté », on dirait qu'il a des dents. Et Castaneda se demandait si nous savions pourquoi les gens disaient qu'ils sont mauvais pour l'environnement. Deux personnes avancèrent que les eucalyptus empoisonnaient le sol autour d'eux, que c'était « allopathique ». Les figuiers ont un point d'assemblage d'apparence exquise. Castaneda raconta une histoire où il avait été pratiquement tué par un figuier. Il était en train de cueillir des fruits pour Florinda, et l'un d'eux se balança devant lui en disant : « Mange-moi ! » Castaneda avait une intolérance héréditaire au fructose. Cependant, il avait commencé à manger tous les fruits de l'arbre. Ils l'avaient retrouvé inconscient. « Je me suis réveillé deux ans plus tard », plaisanta t-il.

 

 

 

         Une femme posa une question sur la dichotomie, et comment cela était en relation avec la Tenségrité. Castaneda dit que la Tenségrité consistait en une série de tensions et de relâchements. Nous ne devons pas chercher la dichotomie, car le monde est déjà en dichotomie quoi que nous fassions. Don Juan avait tenté d'unifier Castaneda dès le début. Une femme posa une question à propos du fait que l'on ne pouvait pas être volontaire pour faire partie du monde des sorciers. Castaneda dit, « Non, votre intention fait une offre. » Il dit qu'il attendait une certaine action spéciale pour révéler la prochaine étape. « Notre dernier rempart est l'ego, et quand il est démasqué, où pouvons-nous aller ? » Il nous dit d'essayer de récapituler et d'exercer notre attention de rêver. « Certains prennent ça au sérieux, alors nous verrons bien... »  Si nous faisons cela, notre vie dans la vie quotidienne deviendra plus forte, plus serrée. Nous ne serons plus à la merci des autres, comme ce fut le cas lorsque nous sommes nés dans ce monde en tant que « baises ennuyeuses. »

 

 

 

         Un homme posa une question sur la connexion entre l'Aigle et les Flyers. Castaneda répondit que don Juan ne savait pas. Il n'avait pas pu répondre lorsque Castaneda lui avait posé la même question. Un homme posa une question sur la suggestion qui avait été faite la nuit précédente de rediriger notre attention, alors même qu'elle se trouve au niveau de nos pieds, depuis la position du moi-moi-moi. Castaneda dit qu'il nous avait donné des instructions à ce propos, c'était comme lorsque don Juan lui avait dit de chercher ses mains.

 

 

 

         Une femme posa une question sur les êtres inorganiques et sur la tentative de don Juan de les éviter en partant pour son voyage définitif. Castaneda dit que don Juan était le parfait exemple du guerrier abstrait désirant la liberté abstraite, mais il supposait que son saut avait été minimisé parce que les membres praticiens de son clan étaient trop concrets. On a besoin d'une relation très sobre avec les êtres inorganiques pour naviguer dans leur monde. Tony, le bouddhiste tibétain qui a pris la photo des Flyers sur les pyramides, serait avec nous le dimanche suivant. C'est un « gars charmant ». Il a de grands yeux qui décrivent de larges cercles. Il est aussi un excellent traducteur qui fait de la traduction instantanée. Quelqu'un demanda comment Tony avait pris la photo. Il y avait 90 000 mexicains catholiques et bouddhistes à cet endroit, ainsi que le Dalai Lama. Tony est aussi « un saint ». Ils l'appèlent « Tony Lama. » Il avait organisé l'évènement, et y avait pris beaucoup de photos, en rafale. Sur l'une d'entre elles, il y avait une tâche qu'il a ensuite agrandie. Il l'a apporté à Carol Tiggs. Lorsqu'elle l'a montrée à Castaneda, ils le prirent comme le signe qu'il était temps de parler des Flyers. Don Juan lui avait dit de ne jamais en parler, car sinon les gens allaient sûrement le brûler.

 

 

 

          Un homme demanda comment les sorciers utilisaient les noms. Quelle était leur fonction ? Castaneda dit que les noms n'étaient pas permanents. Ils dépendent de l'étape où nous sommes sur le chemin. Lui-même n'est plus « Carlos Castaneda ». Tout son corps a changé, et il a besoin d'un nouveau nom. Il a un autre nom, mais qui n'est pas encore tout à fait « coagulé. » Avoir juste un seul nom est trop bizarre, trop monogamique. Un homme demanda si l'univers avait de l'affection. Castaneda dit que la question n'était pas de savoir si l'univers était affectueux, mais plutôt de savoir si nous pouvions créer ce lien d'affection avec notre impeccabilité. La force de l'intention ou de l'esprit est là, mais nous ne pouvons lui faire face qu'avec une immense énergie. Si nous lui faisons face alors que nous sommes faibles, elle nous détruira. Si nous sommes fort, elle deviendra une force immensément accrue. Une femme demanda comment nous devions faire pour revenir de rêve. Castaneda expliqua que c'était comme une bande élastique - vous l'étirez autant que votre énergie le permet, puis quelque chose vous ramène. « Et vous n'êtes même pas en sueur. » Il plaisanta sur le fait d'être parti en rêve avec le costume qu'il portait, son préféré, et que celui-ci était revenu avec lui en parfaite condition, « repassé. »

 

 

 

         Il mentionna à nouveau la petite fille et dit qu'elle était extrêmement intelligente et qu'elle savait ce qu'elle faisait. Elle leur avait demandé de l'excuser auprès de tout le monde d'être une petite fille ne sachant pas comment choisir. » Castaneda sembla très affecté par cette affirmation. Il raconta comment nous tentons de prendre la fuite devant les loups, en nous cloîtrant derrière une porte qui s'avère n'être qu'un encadrement de porte. Il n'y a aucun endroit où fuir dans ce monde. Quelqu'un demanda si la petite fille aurait une seconde chance. Castaneda répondit, « Non. Ce ‘vortex' ne s'ouvre qu'une seule fois. » Il dit qu'il n'avait aucun regret à propos de la petite fille. Ils avaient agi impeccablement avec elle. Elle avait pris sa décision, et à présent elle n'existait plus pour eux. C'était juste une histoire, une histoire poignante qu'il nous racontait. C'est ce que font tous les sorciers. 



Publié à 07:49 le 11 décembre 2007 dans Los Angeles août 1995
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Sun Magazine - Rencontre avec Carlos (1983)

   

 

 

 

 

 

The Sun Magazine - Rencontre avec Carlos

 

 

 

 

        En 1983, je vivais dans un appartement situé sur le haut d'une colline surplombant la ville, au nord-ouest de Los Angeles. Je partageais l'appartement avec mes deux frères et tout se passait très bien, nous étions tous concernés par les mêmes intérêts.  Mon voisin de palier de l'époque était un étudiant licencié de l'Université de l'Etat de Californie à Los Angeles. Un soir, il arriva tout excité pour nous informer que Carlos Castaneda allait parler sur le campus le lendemain même. Hé bien, ce fut pour nous une super nouvelle, ayant lu tous les livres qu'il avait écrit jusqu'à présent.

 

 

 

 

        Le jour suivant, accompagné de mes deux frères, j'arrivai tôt à l'auditorium afin de me placer au tout premier rang et avoir une vue claire de l'homme, de ses manières, de ses mouvements, etc. Nous étions là depuis environ quinze minutes lorsque la foule commença à arriver. Nous remarquâmes alors un homme de type latin, trapu et de taille moyenne, habillé d'un costume, qui entra avec la foule et nous sûmes immédiatement que ça devait être Carlos Castaneda.

 

 

 

        Il arriva comme si lui aussi venait pour voir et entendre Carlos Castaneda parler, la foule ne le remarqua pas et tous espéraient le voir surgir sur scène de derrière les rideaux et parler sur le podium. Pour une quelconque raison, ou sans raison aucune, il marcha directement vers nous, et nous parla, en demandant : « Pensez-vous que je devrais utiliser le micro ou juste m'installer et parler à voix haute ? » Je répondis que ça dépendait de lui, mais qu'à mon avis il devrait parler à voix haute, puisqu'il semblait évident que c'était ce qu'il voulait faire. Il acquiesça sans difficulté puis monta sur scène et se tint juste à côté du podium.

 

 

 

        La toute première chose que je remarquai fut ses yeux. Ils étaient clairs et paisibles et donnaient l'impression d'avoir une grande profondeur. D'une certaine façon, je pouvais voir que l'homme avait été dévasté par d'autres mondes et avait maintenant besoin d'essayer d'élaborer cette connaissance pour d'autres.

        

          Lorsque la foule se calma, il commença à parler, en disant que lorsqu'il aurait fini de parler, il répondrait aux questions de l'audience. Il lança un rapide coup d'œil vers un endroit situé cinq rangées derrière nous et secoua son doigt et sa tête, disant à une jeune femme que cela n'allait pas être possible. Elle posa promptement sa caméra au sol.

 

 

 

 

        Je n'ai pas envie d'écrire le contenu entier de sa conférence, seulement le message principal qu'il voulait transmettre. Il dit que don Juan lui avait raconté que nous vivions comme des poulets dans un poulailler. Nous traversons notre vie en donnant beaucoup d'importance à nos affaires, quand, en réalité, nous ne faisons que préparer notre conscience au travers de l'expérience pour être consommés et effacés par la même force incroyable qui nous avait créé. Don Juan comparait cela aux poulets, qui vivent pour picorer et manger, seulement pour être abattus à la fin. Nous ne faisons que nourrir notre conscience - pas pour notre propre objectif, mais pour un autre objectif - celui d'être consommé au moment de notre mort. Donc, nous étions comme des poulets dans un poulailler. Don Juan avait dit qu'à la lumière de cette destinée, notre seul défi authentique était de vivre avec notre plein potentiel et d'échapper à ce destin si nous le pouvions.

 

 

 

 

        Après la fin de sa conférence, il répondit à quelques questions superflues et redondantes, et il était pour nous évident que tout ce qu'il avait dit allait immédiatement passer par-dessus la tête de la plupart des gens présents. Ce qui les intéressait vraiment était d'avoir un autographe sur leurs livres.

 

 

 

 

        Après avoir signé plus d'une centaine de livres, il sortit et commença à marcher avec un petit groupe d'environ huit personnes qui le suivait. Certains semblaient être des universitaires, d'autres de simples curieux. Il s'avéra que les universitaires le voulaient pour eux seuls, mais il dit qu'il allait à la librairie, dans l'une des salles d'étude, pour parler à quiconque voudrait l'écouter. Alors naturellement nous suivîmes. En marchant, il parlait à ceux qui l'entouraient, un à la fois.

        Mes deux frères m'incitèrent à aller vers lui pour lui parler. Il était maintenant là, c'était l'occasion. Attendant une pause dans la conversation, je saisis ma chance, allai directement vers lui, et lui affirmai catégoriquement : « Basé sur mes propres expériences, j'ai été capable de suivre le contexte de votre conférence plutôt facilement. »

 

 

 

 

        Carlos s'arrêta de marcher, se tourna et me regarda calmement dans les yeux. Me donnant son attention exclusive, il attrapa ma main et dit : « Marche avec moi. » Je remarquai les expressions étonnées de ceux qui l'entouraient, alors qu'il disait : « Bien sûr, bien sûr, tes expériences. »

 

 

 

 

        Ensuite il commença à me parler en espagnol et me demanda d'en faire autant. Puis il pressa ma main dans un geste de solidarité et d'affirmation, et me dit : « N'est-ce pas merveilleux d'être en vie ? » Je répondis que oui, ça l'était, et que j'avais toujours voulu le rencontrer, car j'avais moi aussi été témoin du nagual. Cela sembla vraiment éveiller son intérêt et il me demanda si j'étais chez moi plus tard dans la soirée. Il viendrait et me parlerait personnellement, seul à seul. Il savait que je disais la vérité. J'avais juste à écrire mon nom et mon adresse sur un bout de papier et il serait là dans la soirée.

 

 

 

 

        A la librairie, il parla de quelques concepts concernant l'éducation des enfants. Un enfant est imprégné des sentiments des parents au moment de la conception. Donc, il était très important pour les parents d'être extrêmement passionnés au moment de la conception ou autrement ils se retrouvent avec un enfant ennuyeux. Il parla également de « l'Aigle qui nous dévore, » un concept tiré de son dernier livre Le Don de l'Aigle.

 

 

 

 

        Ensuite, Carlos sollicita les auditeurs pour qu'ils posent des questions et je demandai la seule chose qui me paraissait pertinente à l'époque. Est-ce que l'Aigle était le nagual ? Il ne répondit jamais vraiment à ma question, mais dessina un schéma sur un tableau représentant la forme et la configuration de la forme lumineuse que possèdent tous les êtres humains. C'était avant la sortie du Feu du Dedans, et tout ça était donc nouveau pour les personnes présentes.

 

 

 

 

        Lorsqu'il s'arrêta de parler, tout le monde se retrouva à nouveau à l'extérieur. Il était tard dans l'après-midi et il devait s'en aller. Il s'éloigna avec les mêmes universitaires, et, alors qu'il était sur le point de partir, je lui tendis un morceau de papier avec mon adresse dessus. En le prenant, il me dit au revoir, puis il fit une pause, jeta un regard vers mon frère, sourit et alla vers lui pour lui serrer la main avec force, comme si tous les deux partageaient quelque chose de merveilleux et d'indéfini. Et ce fut tout.

 

 

 

Source : Los Angeles, Californie



Publié à 09:03 le 7 septembre 2007 dans Notes de Sorcellerie
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Mexico - Mai 2002

 

 

 

 

 

Séminaire de Mexico - Mai 2002

 

 

 

        Le séminaire s'est tenu dans le centre de Mexico, au dernier étage d'un immeuble qui en comportait six ; un centre de congrès situé un peu à l'ouest du parc Alameda. Nous avons commencé vendredi en apprenant une nouvelle version de « Pister l'Energie », guidée par Aerin Alexander. Toujours pleine d'une énergie très exubérante, elle était même encore plus animée qu'à l'accoutumée. Son énergie semblait être primordiale pour que le séminaire se déroule.

        Il y eut une conférence pour ouvrir le séminaire, incluant une explication des concepts basiques sur l'énergie, les centres vitaux, la redistribution d'énergie vers ces centres, le point d'assemblage, etc. La version de la passe « Pister l'Energie » enseignée à ce séminaire mit l'accent sur les pieds et les jambes - il n'y avait pas de mouvements de bras, tout se faisait avec les pieds, les jambes, et les yeux. Les instructeurs prirent en compte le grand nombre de nouveaux praticiens présents pour leur premier séminaire, et les remercièrent de leur présence. Ce sont les nouveaux praticiens qui apportent la nouvelle énergie et la fraîcheur au groupe entier des praticiens.

        Samedi matin, nous avons continué à apprendre « Pister l'Energie », ainsi qu'une nouvelle version de « La Respiration des Voyants » (J'ai oublié le nom de la nouvelle version). Gavin donna une conférence sur le thème de traquer et du besoin d'être conscient de notre niveau d'énergie ou de notre disponibilité énergétique à chaque instant. Il commença par se référer au rêve sorcier, disant qu'il n'y a aucun moyen de rêver comme les voyants le font avant d'avoir accumuler de l'énergie en restreignant sa dispersion dans notre vie quotidienne. Il lut les trois premiers principes de traquer de « La Roue du Temps » : choisir notre champs de bataille, écarter tout ce qui n'est pas nécessaire, et toujours être prêt à livrer notre dernière bataille. Il relata que ces trois points étaient nécessaires pour être conscient de notre propre condition énergétique, afin d'éviter d'entrer dans une « bataille » (une interaction, un projet, une activité) à un moment ou dans un endroit où nous n'avons pas suffisamment d'énergie pour la mener à bien.

      

       Il raconta l'histoire suivante : Un jour, on leur demanda, à lui et à d'autres apprentis, de nettoyer le grenier de la maison de Florinda. Gavin, en bon Allemand, sentait qu'il était particulièrement bien placé pour planifier et diriger l'effort du groupe. Cependant, le groupe sembla ignorer ses suggestions et son offre de tout diriger, et procéda de façon différente. A la fin du boulot, ils avaient tout nettoyé, mais Gavin repéra un paquet de saletés au bord du grenier. La construction de la maison était typique des Etats-Unis : des chevrons de bois avec des feuilles de roche clouées aux chevrons du dessous. Le revêtement en roche ne pouvait supporter plus de poids, il fallait donc marcher sur les chevrons, en s'équilibrant avec prudence, afin d'éviter de traverser le plafond. Alors que Gavin s'approchait du tas de déchets, il dut se pencher en avant et étendre son corps pour l'atteindre. Soudain, il perdit l'équilibre et marcha sur le revêtement qui céda ; il tomba à travers celui-ci. Il voulut se rattraper aux chevrons de bois avec ses bras, et vint finir sa course, accroché aux chevrons par les jambes et la ceinture, le haut du corps se balançant à travers le plafond de la chambre à coucher de Florinda. Florinda et Taisha étaient dans la chambre à ce moment ; elles le dévisagèrent simplement avec la bouche ouverte. Après l'avoir aidé à descendre, Florinda renvoya Gavin chez lui pour qu'il se repose et se lave, en lui disant de ne pas s'inquiéter pour les dégâts.

       

        Le jour suivant, Florinda eut une conversation avec lui. Elle le questionna à propos de son état énergétique de l'après-midi là, incluant sa réaction lorsque ses recommandations et son envie de diriger avaient été ignorées par les autres apprentis au cours du projet de nettoyage. Elle conclut : « Gavin, tu n'avais tout simplement pas l'énergie pour tenter ta dernière manoeuvre. Tu aurais du être conscient de ton énergie, ainsi tu aurais su si oui ou non tu pouvais entrer dans la bataille suivante. Tu dois devenir un comptable de ton énergie. »

 

        Nous avons pratiqué une nouvelle version de « Cartographier le corps », en manipulant les pieds avec la conscience de l'énergie qui s'y trouve - notre meilleure énergie.

        Il y eut plusieurs conférences durant lesquelles Aerin, Nyei, Miles et Gavin répondirent aux questions et firent des commentaires. Durant l'une de ces sessions, ils parlèrent de la tendance qu'a l'homme moderne d'assigner des nombres à tout. Les voyants utilisent les outils disponibles pour pister l'énergie - un des outils qu'ils peuvent utiliser est cette concentration que nous employons pour compter et pour les nombres. On nous demanda d'examiner notre niveau d'énergie à ce moment et d'attribuer un pourcentage allant de 1 à 100 pour décrire notre niveau actuel d'énergie. Puis, on nous demanda d'examiner où nos pensées et notre esprit étaient à ce moment. Finalement, nous avons fait l'inventaire de notre corps : comment on se sentait, comment étaient certaines parties, tendues ou douloureuses, comment était notre respiration, etc. C'est un exercice que nous fîmes un certain nombre de fois au cours du séminaire. On nous demanda également d'examiner ce qui aurait pu expliquer les augmentations et les chutes de notre énergie au fil du temps - qu'est-ce que nous nous disions à nous-même ?

        Aerin raconta une histoire où elle avait projeté d'aller au restaurant pour y rencontrer quatre de ses amis afin de discuter d'un projet. Au restaurant, ses quatre amis étaient arrivés ensemble, elle était la seule qui était arrivée toute seule. La rencontre devint horrible - elle se retrouva à refuser à peu près tout ce que les autres proposaient. Plus tard, le nagual la questionna à propos de la rencontre. En entendant son compte-rendu, il lui dit qu'elle n'avait pas d'énergie pour l'interaction. Pourquoi ? Parce que son dialogue intérieur était : « Eux quatre sont arrivés ensemble, ils ont du être ensemble avant, sans moi - ils m'ont mise à l'écart. » La plupart de nos pertes d'énergie viennent de notre importance personnelle, de notre sentiment d'avoir été blessé par un coup porté à cette même importance personnelle : ils ne m'aiment pas, ils ne m'apprécient pas, ils ne font pas attention à mes sentiments, ils me laissent tomber.


        Au cours d'une session de questions-réponses, le samedi soir, Aerin demanda à des praticiens de décrire leur état énergétique du moment. Une praticienne répondit que le sien était très bas à cause d'une situation difficile à laquelle elle faisait face à son travail. Aerin et Nyei lui expliquèrent que ni elles ni personne ne pouvaient lui dire  quel était le meilleur moyen de gérer cette situation, mais qu'elle pouvait trouver elle-même la meilleure solution, si elle pouvait devenir consciente de où son énergie était à chaque moment, et de ce qu'elle se disait à elle-même qui pourrait provoquer une élévation ou une chute de son énergie. Et la seule façon de devenir conscient de cela est dans le moment présent : prendre note de mon énergie maintenant, où sont mes pensées, et qu'est-ce qui se passe avec mon corps maintenant ? On nous demanda de faire ce type de compte-rendu dans nos carnets de bord, plusieurs fois par jour, puis de les relire tous après un mois pour voir ce que nous pouvions découvrir.

       

         La session du samedi soir se termina par une pratique spéciale de « Pister l'Energie ». Trois percussionnistes montèrent sur scène et jouèrent alors que nous faisions les passes, laissant le rythme nous souffler les changements de direction, et finalement, chacun fit son fragment préféré de la passe dans différentes directions.

    

          Dimanche, Miles parla de la relation entre nos corps d'énergie et l'énergie de la Terre : tous les filaments d'énergie dans notre corps existent aussi dans les filaments énergétiques de la Terre, et l'alignement de nos filaments d'énergie avec ceux de la Terre est important.

 

        Une fois, le nagual demanda à Miles de devenir conscient de la direction à laquelle il faisait face durant la journée. Miles nous montra une petite boussole qu'il avait achetée pour l'aider à s'orienter. La chaise sur laquelle nous nous asseyons dans une pièce, la direction dans laquelle nous faisons une passe magique, sont importantes pour notre alignement optimal avec l'énergie de la Terre. Il n'y a pas une seule direction optimale pour chacun, ni une même direction optimale pour la même personne tout le temps : la direction du meilleur alignement change et doit être ressenti selon le moment.

        Miles nous lut un long extrait du premier livre de Castaneda ("L'Herbe du Diable et la Petite Fumée"), décrivant l'effort qu'entreprend Castaneda pour trouver la « bonne place », pour s'asseoir ou se reposer en face de la maison de don Juan. Le passage mentionne le besoin d'utiliser les yeux, mais pas de façon directe ou visuelle.

 

     

         Puis nous avons pratiqué les passes un certain nombre de fois  dans différentes directions, en cherchant à ressentir une différence dans comment nous nous sentions. Nous avons aussi pratiqué s'asseoir et s'allonger avec les yeux à moitié fermés : une contemplation « soft ».

       

         Dimanche après-midi, nous avons pratiqué la passe de « La Folie Contrôlée » - d'abord par deux, puis en groupes de quatre. La passe évoque les variétés de nos interactions avec les autres dans le contexte d'être entouré par l'Infini et de lui faire face. Pour finir le séminaire, nous avons fait la passe avec la musique d'Augustin Lara : « Rival ». Le nagual sentait que l'air de piano de Lara parlait directement à nos centres d'énergie. Et affronter un « rivale » en étant conscient de notre propre énergie, qui conduit à laisser tomber notre dialogue intérieur basé sur l'importance personnelle, peut faire éclore un nouveau point de vue - le rival devient quelque chose d'autre, quelque chose d'exquis.

       

         Pour moi, l'effet le plus puissant qui suivit le séminaire fut le sentiment d'être responsable de comment je perçois le monde, et être responsable de la finalité de mes décisions - il n'est plus possible d'agir simplement pour apaiser les autres ou pour suivre le chemin le plus commode, ou le chemin qui offre le moins de résistance. La vieille habitude de prendre chaque décision de manière à garder le plus d'options ouvertes ne fonctionne plus, car je n'ai plus envie de répéter ou de reporter à plus tard quoi que ce soit. La blague que j'avais l'habitude de faire dans un bureau où je travaillais était : « Bien sûr, je vais déjeuner avec toi, à moins que j'ai une meilleure offre. »

 

        Mais maintenant cela semble plus clair en quelque sorte, plus évident, que je ne peux pas prendre mes décisions avec de la réserve, et toujours refuser de m'engager pleinement parce que quelque chose de mieux va peut-être m'arriver. Au moins, je sais que lorsque j'assume la pleine responsabilité d'une décision, en essayant de ressentir sa finalité, mon niveau d'énergie est en nette augmentation.

Notes d'un praticien

 

 



Publié à 01:39 le 2 septembre 2007 dans Séminaires de Tenségrité
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Sedona Journal-Octobre 1996

 

 

 

 

Voyages avec la Tenségrité de Carlos Castaneda

Sedona Journal -Octobre 1996

 

 

 

 

 

Par Elizabeth Kaye McCall

 

 

 

 

 Contes et enseignement des navigateurs de l'Infini  

     

         Los Angeles, Californie, 30 juillet 1996 - Je suis allée à la Tenségrité armée d'une importance personnelle de journaliste. Les séminaires forgés par Carlos Castaneda pour enseigner les « passes magiques » (des mouvements) découvertes par les chamans de l'ancien Mexique ont rapidement gagnés en notoriété, et je voulais faire un article sur les étranges séminaires avant qu'ils ne deviennent la tendance. Ce que j'ai y trouvé a fait que j'ai laissé tomber mon rôle, mon dictaphone et mon bloc-notes pour avoir affaire à des expériences uniques à côté d'un séminaire normal.

        Ceux que j'ai rencontrés dans la Tenségrité ont également partagé généreusement leurs perceptions. « J'ai été présenté à Carlos par un ami, et je ne savais rien de lui. Je n'avais pas lu un seul mot d'aucun de ses livres », dit Greg Mamishian, un électricien de Topanga Canyon en Californie, qui a participé à des classes données par Castaneda plusieurs années auparavant, avant que le nom « Tenségrité » soit adopté. « Nous les appelions simplement ‘les classes expérimentales'. Il a présenté le nom Tenségrité plus tard. » A cette époque, un groupe de 30 à 35 étudiants se retrouvaient pour apprendre au cours de chaque session des mouvements assez simples, d'après Mamishian, en contraste avec les passes plus élaborées enseignées depuis lors, qui impliquent typiquement « beaucoup de mouvements enchaînés ensemble. » Pendant plusieurs mois, Mamishian a participé aux classes une à deux fois par semaine.

 

 

 

        Tout comme aujourd'hui, les passes impliquaient souvent des mouvements physiques vigoureux, et l'enseignement était souvent parsemé par les histoires de Castaneda sur son apprentissage avec le chaman indien mexicain, ou sorcier, don Juan Matus. « Oh, il racontait des histoires très drôles ; c'est un véritable maître conteur », commenta Mamishian. Pour ceux qui participent à la Tenségrité maintenant, les conférences fréquentes mais imprévues durant les séminaires sont pour beaucoup le moment le plus marquant de l'évènement. « Je me souviens de la première chose qu'il nous a dit : ‘Vous êtes tous des êtres qui vont mourir.' Et cela a toujours été le point de départ », éclaira Mamishian, à propos d'un thème qui imprègne la Tenségrité et le travail de Castaneda.

 

 

 

 

        Mamishian, longtemps praticien de méditation Zen, se souvient également distinctement de sa première rencontre avec Castaneda,quand  la personne qu'il allait bientôt connaître comme le nagual était en train de chercher une place de parking près du lieu de pratique. Mamishian lui offrit promptement la sienne. « Ce qui m'impressionna, je crois, comme presque tout le reste, fut comment il apprécia cela, appréciant sincèrement que quelqu'un lui offre sa place de parking », dit-il, se rappelant ce jour mémorable. A la fin de l'après-midi et la fin de la conférence de trois heures de Castaneda sur le monde des sorciers, l'électricien fut suffisamment inspiré pour en apprendre le plus possible. « Je n'avais aucune préconception, et je suis si heureux que cela en fut ainsi, parce que je n'avais aucune idée sur son passé. Je n'ai vu que le résultat final de 35 ans. J'ai vu le produit fini et je l'ai immédiatement aimé », affirma Mamishian. Les remarques fréquentes de Castaneda sur « avoir une histoire d'amour avec la connaissance » avait une signification spéciale. « Il aime l'inconnu. Il est totalement captivé par celui-ci, et je le suis aussi maintenant. »

 

 

 

 

        Mamishian dévora rapidement tous les livres que Castaneda avait écrits, et très rapidement, fit l'expérience de l'inhabituelle façon de rêver que ceux-ci décrivaient avec insistance.

 

 

 

 

        « Rêver, comme le font les sorciers, est un exercice de conscience et un exercice de perception », expliqua Mamishian, en décrivant comment il avait suivit la méthode définie par les livres de Castaneda, afin de se souvenir de « chercher ses mains quand on rêve » au moment d'aller se coucher. Une nuit, au beau milieu d'un rêve normal, Mamishian fit l'expérience d'un sentiment désagréable à propos de quelque chose dont il devait se rappeler. « Tout à coup, cela me frappa, et je me suis dit, regarde tes mains idiot ! Et c'est ce que je fis. J'ai tenu mes mains en face de moi et j'ai regardé, et c'étaient mes mains, et cela déclencha un réveil dans mon rêve », continua t-il. « J'étais si surpris d'être réveillé tout en étant dans un rêve. Je vous le dis, c'est bouleversant, parce que nous avons seulement l'habitude d'être réveillé ici. »

        Maintenant, avec les expériences ajoutées de trois séminaires de Tenségrité, Mamishian m'expliqua leur effet sur son état de rêve : « La nuit, c'est là que je remarque la différence. Je peux avoir suffisamment d'énergie pour être conscient. » Comme avant, les occasions qu'offrent les séminaires d'entendre Castaneda et ses cohortes parler de leurs vies apparemment incroyables sont là. « J'adorais voir Carlos. J'adorais l'écouter. Le séminaire vous permet d'avoir un petit aperçu de leur monde...et la Tenségrité est une partie de cela, parce que le but ou l'intention de la Tenségrité n'a rien à voir avec la vie de tous les jours. Cela change votre perception de façon très subtile et vous avez l'occasion de goûter au monde des sorciers. »

        Comme un grand nombre de personnes qui ont participé aux séminaires, Mamishian pratique régulièrement la Tenségrité avec un ou plusieurs groupes qui ont spontanément émergés à Los Angeles, et dans d'autres villes où les gens se rencontrent pour faire les mouvements. Bien qu'ils ne soient pas affiliés à Castaneda ou à Cleargreen Inc. (la compagnie basée à Santa Monica qui organise la Tenségrité), les groupes de pratique sont composés d'un grand nombre de personnes qui viennent régulièrement pour revoir la collection élargie de passes. Des nouvelles à propos des séminaires à venir, des annonces internet et des connaissances traditionnelles de Castaneda sont également nombreuses dans les groupes.

 

 

 

 

        « Il y a un tel sentiment mystique à propos de toutes ces personnes que les rumeurs tourbillonnent autour d'eux comme un cyclone », dit Mamishian. « Il y a tellement de connaissance de seconde main...les gens adorent les petits bouts et les petits morceaux. » Tellement, en fait, qu'à un moment, Castaneda utilisa internet pour faire savoir qu'il ne désirait pas être adoré comme un gourou. Encore qu'au-delà de l'immense popularité de Castaneda, les expériences que font les gens de la Tenségrité soient diverses. Peu de choses peuvent faire exploser l'ego, les jugements et les comportements habituels plus rapidement que marcher dans une pièce de 200 étrangers, que j'ai rencontrés à mon premier séminaire de Tenségrité les 11 et 12 novembre 1995, à Los Angeles. Même avec l'interdiction de prendre des notes (qui est valable pour tous les participants), mon esprit discuta de façon incessante les détails que j'essayais de me rappeler. Il fut immédiatement clair que l'organisation était bien rôdée. Depuis les responsables de la circulation sur le parking, jusqu'aux accueillants assis derrière les tables d'inscription bien situées, « l'air » exsudait la compétence du meeting professionnel et des planificateurs d'évènements.

 

 

 

 

 

 

        Une fois à l'intérieur, mes observations détachées commencèrent à se morceler. Les gens qui avaient participé un certain nombre de séminaires de Tenségrité disent que chacun d'entre eux est différent. Celui de novembre fut marqué par une activité bourdonnante qui fut manifeste dès le début. La vue immédiate de participants vétérans de la Tenségrité (des personnes qui savent de quoi il s'agit) accrocha rapidement mon regard. En conséquence, je pouvais difficilement m'imaginer en train de jouer à gratter, selon les mouvements inspirés du chien de prairie, au cours de la passe « L'Être de la Terre » que je vis pratiquée avec enthousiasme par de petits groupes clairsemés autour de la pièce. Pendant ce temps, les slogans inscrits sur les T-shirts de certains praticiens me donnèrent un indice sur les évènements précédents. « L'importance personnelle tue...Faites de la Tenségrité », disait l'un d'eux, faisant écho à un thème clé. Une autre inscription « La magie est dans le mouvement »  mettait l'accent sur les heures passées à apprendre à pratiquer les différentes passes au cours de chaque séminaire. Mais le T-shirt avec « Le corps d'énergie n'est pas la où tu es...Fais de la Tenségrité » était la synthèse des premières raisons pour pratiquer ces mouvements hautement puissants. On dit que les passes servent à récupérer des portions du corps d'énergie qui ont été séparées de notre être physique au cours de la vie quotidienne. Elles nous aident également à stopper l'incessant dialogue intérieur qui nous vole notre silence intérieur.

 

 

 

 

        Dans les séminaires de Tenségrité, c'est toujours un mystère de savoir qui va apparaître sur scène. Les conférences sont données par n'importe lequel des quatre disciples de don Juan - Carlos Castaneda, Carol Tiggs, Florinda Donner-Grau, et Taisha Abelar - selon la configuration énergétique du moment. Les conditions étaient telles en novembre dernier qu'ils apparurent tous au cours du week-end (un évènement sans précédent). Et aussi, pour la première fois, une femme jeune et mince appelée l'Eclaireur bleu quitta momentanément les pages du livre de Castaneda (L'Art de Rêver) pour rejoindre le casting des personnages littéraires ramenés à la vie pour le séminaire. Les femmes sorciers, que Castaneda est enclin à appeler « les sorcières », sont des oratrices nées qui captivent l'audience avec les contes et les enseignements provenant de leurs existences multidimensionnelles.

        Les participants chevronnés étaient debout en train d'applaudir, lorsque je pris conscience que Castaneda était entré dans la salle. Après la surprise de le voir en chair et en os (il me rappela un elfe ou un jockey), je fut frappée par son incroyable sens de l'humour. Bien qu'il n'ait jamais voulu être filmé, il aurait put faire un formidable invité pour Jay Leno ou David Letterman. A un moment de sa conférence longue d'une heure, il sourit comme s'il partageait un secret et dit : « Je suis vide à l'intérieur. » Et avec ses mots, il sembla ne plus rien avoir sous les jambes animées de son pantalon qui tournoyaient sur scène.

 

 

 

 

        Avec les prémisses sur l'énergie et la perception qui sont des thèmes centraux dans le monde des sorciers, Castaneda parla d'un thème courant aux séminaires - l'importance personnelle - et plaisanta à propos de ce que à quoi aurait pu ressembler sa vie (à garer des voitures, dit-il en riant) sans le maître chaman don Juan, qui en gros l'a enrôlé. Castaneda instruisit rapidement ceux qui n'auraient pas été familier avec le travail de auteur américain du bottin mondain, sur comment la forme énergétique humaine s'était transformée depuis la forme d'œuf du passé en une configuration ressemblant maintenant plutôt à une sphère. Il expliqua comment la perception des différentes réalités résulte du mouvement d'un point lumineux situé derrière les épaules (le « point d'assemblage »), là où est assemblée la perception.

 

 

 

 

        Approximativement, étant donné les 600 différents points situés dans la sphère humaine, un mouvement subtil du point d'assemblage peut vraisemblablement signifier un voyage vers d'autres mondes. Ce fut Carol Tiggs qui fut la première que j'entendis appeler Castaneda et son groupe des « navigateurs de l'Infini. » Attirante, charismatique et pleine d'esprit, Tiggs arpentait la scène pour définir ses limites après avoir énoncé son nom de sorcier (le protocole pour le monde dans lequel elle demeure). Tiggs « franchit les sillons » en expliquant un processus (que certains appellent le channeling) pour accéder à un autre temps et parla de ses expériences de vie sur le chemin des sorciers. Tel un expert en lecture de l'esprit, branché aux incessantes pensées qui consument la plus grande part de l'attention humaine, Tiggs parla de l'interminable discussion qui a lieu à l'intérieur de nos têtes. Florinda Donner-Grau plaisanta plus tard sur le fait que Tiggs avait voulu intituler le séminaire « Et moi ? » pour mettre l'accent sur la lutte désespérée que l'ego entreprend pour garder le contrôle.

 

 

 

 

        Tiggs invita sept personnes à monter sur scène et les poussa dans un moment de silence, tandis que la salle étouffée émettait virtuellement une pulsation électrique. Après les avoir fait asseoir côte à côte, Tiggs sortit de la ligne et dit, « Regardez dans mon œil gauche », tout en poussant gentiment chacun des « choisis » à s'incliner vers l'arrière. « Elle l'a fait pour toute l'assistance », dit plus tard une femme, discutant ce qui s'était passé. « Si chacun peut s'arrêter de penser, j'imagine que l'on peut être là haut et s'ouvrir à l'instant, elle (Tiggs) aura réinitialisé tout le monde dans la pièce. Plus vous avez des moments de silence, plus vous devenez vide », continua la femme - ce qui crée une opportunité pour le choix, d'après Castaneda.

 

 

 

 

        Donner-Grau, la somnambule auto proclamée (rêveuse) du groupe, expliqua que les sorciers partagent souvent et peuvent mutuellement faire l'expérience d'autres réalités - même au point que des entités venant de son monde de rêver se présentent de temps à autre dans le monde de tous les jours, où ses cohortes les perçoivent aussi. Donner-Grau mit l'accent sur l'importance de poser l'intention de garder les deux mondes séparés pour éviter que l'un dégorge sur l'autre. Lorsque l'entité « chat-lapin » de son monde de rêver se montra dans les rues de Los Angeles, une des associées de Donner-Grau la vit aussi et tomba malade pendant presque une semaine.

        Les conversations sur la Tenségrité avec les gens amènent invariablement la question de savoir si les histoires racontées par Castaneda et ses compagnons sorciers sont des voyages réels ou si, au contraire, ils sont symboliques. D'après les quatre navigateurs, c'est aussi réel que ce monde que nous considérons être réel. Si réel, en fait, que l'un d'entre eux compare notre monde quotidien à une petite fenêtre dans laquelle nous regardons, en pensant alors que la fenêtre est tout ce qui peut exister. (Un souvenir flash de l'université : l'histoire de Platon à propos de personnes qui vivent dans une grotte et pensent que les ombres qu'ils voient sont le monde réel - le mythe de la grotte.)

 

 

 

 

        Contrairement aux autres intervenants, qui étaient entourés d'une grande agitation en entrant dans la salle, Taisha Abelar apparut tranquillement sur scène. Se tenant seule, elle décrivit ses voyages au bord de l'Infini en compagnie d'un guerrier chien appelé Manfred lorsqu'il partit du monde, et de comment ce voyage changea sa vie pour toujours - une partie d'elle n'est jamais revenue. L'émotion et l'affection saturaient l'air ambiant, tandis que Abelar partageait avec nous ses derniers instants avec Manfred, un sorcier incarné dans le corps d'un chien, qui devint son maître, son compagnon, et son ami. Alors que Abelar parlait de Manfred, et plus tard de Castaneda, sa voix transmettait une immense affection et la puissance qu'elle disait exister quand l'affection vient d'un endroit de non attachement.

        Une jeune femme mince qui affirma vivre dans deux mondes différents se présenta comme étant l'Eclaireur Bleu. Elle expliqua qu'il est pour elle difficile de garder du poids  car elle est en mouvement perpétuel ; en tant qu'éclaireur, son rôle est d'être en avant. Dans ce monde, elle est la fille de Carol Tiggs et de Carlos Castaneda, dit la jeune femme. Puis, elle lut de la poésie écrite des années plus tôt par son père, qui exprimait les pensées et les sentiments d'un homme qui avait troqué sa vie académique pour le monde des sorciers. La propre poésie de l'Eclaireur Bleu émergea cette année dans le journal « Les Lecteurs de l'Infini » (anciennement « La Voie du Guerrier »), Un Journal d'Herméneutique Appliquée, qui est publié par Cleargreen Inc. (L'herméneutique, qui fut tout d'abord une méthode pour interpréter des textes souvent bibliques ou sacrés, s'adresse maintenant à des aspects historiques, sociaux et divers de notre monde.)

        Une part substantielle de chaque séminaire se concentre sur l'apprentissage et la pratique des mouvements transmis par les anciens sorciers. Trois femmes amenèrent ces passes magiques au grand public en 1995 - Kylie Lundahl, Reni Murez et Nyei Murez. Alors identifiées comme les Chacmools (une catégorie maya de guerriers gardiens) à une collection de séminaires qui se tinrent à travers les Etats-Unis et au Mexique, le trio apparemment inlassable enseigna à des milliers de personnes à mettre les passes en application.

 

 

 

 

        En décembre 1995, une restructuration majeure s'opéra au dernier séminaire de l'année à Anaheim, en Californie. L'unité chacmool fut dissoute et un nouveau format d'instruction fut établi au début de 1996. Réincarné en un groupe de six membres appelé les Traqueuses d'Energie, Lundahl, Murez et Murez enseignent les passes magiques, appariées à trois autres instructrices.

 

 

 

 

        Richard Jennings, un ancien avocat d'entreprise de l'industrie du spectacle et actuel directeur exécutif de Hollywood Supports (à Los Angeles), a participé à presque tous les séminaires de Tenségrité depuis qu'il les piste sur l'internet. Sa première rencontre avec les « sorcières » de Castaneda au séminaire de printemps de l'institut Omega à New-York fut touchante : « J'ai eu cette expérience en conduisant qui est fondamentalement indescriptible », dit Jennings. « Cela a commencé avec le sentiment de ressentir à quel point tout autour de moi était vivant. J'ai ressenti l'histoire entière de Manhattan alors que je circulais dans le trafique de l'artère principale pour sortir de la ville. C'était juste un niveau de profonde conscience. »

        Jennings affirme que pendant qu'il conduisait, il eut un aperçu sur chaque chose qu'il lui était arrivé jusqu'à ce jour. «J'ai soudainement su pourquoi j'avais fait tant de choses », remarqua t-il. D'autres problèmes furent clarifiés au cours du week-end. « J'avais été fasciné par les livres de Castaneda, mais j'avais beaucoup de doutes à leur sujet », dit le natif de Californie. « Ce fut vraiment à Omega que je fus convaincu qu'ils faisaient vraiment ce dont ils parlaient...qu'ils étaient authentiques. »

 

 

 

 

        Un autre participant passionné, qui fut si ému par son premier séminaire qu'il déménagea jusqu'à Los Angeles pour assister au dernier intensif de trois semaines de cet été, eut une expérience mystique similaire. Mais la sienne survint avant tout autre séminaire. Après avoir convaincu un ami qui avait fait de la Tenségrité en Arizona de lui montrer à lui et à quelques amis certaines passes du séminaire, le groupe se rendit dans les montagnes. « Tandis  que nous pratiquions sur cet affleurement rocheux surplombant une vallée, un petit renard vint vers nous. Nous étions en cercle et le renard s'approcha...puis alla vers chaque personne du cercle et les renifla tout comme l'aurait fait un chien ou un chat. Après ça, il repartit et s'assit un petit peu plus loin, et nous observa un moment alors que nous faisions les passes » dit le maintenant professionnel de la côte ouest.

        Avec déjà trois séminaires à son actif en 1996 (le seul autre séminaire cette année était réservé aux femmes, « Le Corps d'Energie Femelle »), Jennings fit quelques comparaisons avec d'autres séminaires auxquels il a participé. « Oakland (19-21 avril 1996) posa un nouveau jalon. Cela a nettement amené les choses à un tout nouveau niveau. Chaque conférence individuelle des sorcières fut plus puissante, plus concentrée, comme je ne l'avais vu auparavant. Elles ont parlé de choses dont nous n'avions jamais entendu parlé avant. C'est Carol Tiggs qui a conclut. Elle était plus puissante que jamais...tissant tous ces fils ensemble, décrivant ses interactions avec don Juan, parlant de comment elle avait essayé de façonner sa perception des choses, de se débarrasser de l'ego... » Observa Jennings. Les passes apprises à Oakland amenèrent d'autres commentaires.

 

 

 

 

        « Elles engendrent vraiment, plus que les passes antécédentes, un sentiment immédiat de silence intérieur. Elles sont plus courtes. Il y a un véritable ordre groupé », expliqua Jennings. Le groupe consiste en cinq échauffements et dix passes que les participants pratiquent, exclusivement durant le mois suivant, à la demande du nagual (Castaneda). Cela contraste avec le format général qui comporte relativement peu de contrainte.

 

 

 

 

        Jennings remarqua également la réceptivité de l'audience. « Il y avait moins de jugement qu'avant, et cela a leur a permis (aux cohortes de Castaneda) d'aller plus loin et de nous raconter des choses qu'elles n'avaient pas été capables de nous dire avant. » Une référence faite au séminaire de janvier d'Oakland à propos du livre de navigation du sorcier refit surface au cours du week-end de Tenségrité d'avril. « J'avais l'impression qu'ils étaient en train de nous donner des chapitres en dehors de ce livre de navigation, si ce n'est le livre complet », dit Jennings. Le séminaire mit aussi l'accent sur l'importance de la récapitulation (un des sujets qui sera enseigné durant un séminaire d'une semaine, du 20 au 25 juillet).

 

 

 

 

        « Jusqu'à l'année dernière, ils nous ont donné le premier niveau de Tenségrité pour commencer à aiguiser nos corps d'énergie », dit Jennings. « Mais pour aller vraiment plus loin avec ça, pour créer une nouvelle demeure pour notre énergie accrue, nous devons vraiment examiner toutes les rencontres que nous avons eues, la façon dont nous nous répétons à travers nos vies...et libérer l'énergie de toutes ces diverses situations. » Certains des changements que Jennings à notés en lui comme étant le résultat de sa pratique de la Tenségrité sont une perte de poids et la diminution de certaines compulsions ou de certaines mauvaises habitudes. « J'ai arrêté de manger du sucre, de consommer de la caféine et je me sens beaucoup plus sobre », dit-il. « Nous n'avons plus besoin de stimulants. Il s'agit d'options pratiques qui nous aident à nous ouvrir à ce qui nous entoure dans le monde, incluant l'énergie telle qu'elle s'écoule. »

 

 

 

 

        Un autre commentaire habituel du séminaire sur les changements qu'il a expérimentés depuis qu'il fait de la Tenségrité : « J'ai arrêté de boire du café sur-le-champ. » Une augmentation de sa vitalité physique et une augmentation de son niveau d'énergie furent aussi remarquables après qu'il ait arrêté de boire du café. « La quantité d'énergie que vous avez semble être un facteur très important pour tout ce que vous faites, quel que soit le domaine exercé » remarqua l'homme. « Que ce soit pour la méditation, pour le travail, aller faire des courses ou quoi que ce soit d'autre - on prend plaisir à la vie. » J'avais pensé que la Tenségrité était un évènement local (Los Angeles). Quelle méprise ! Il y avait des gens venant d'Italie, de France, d'Argentine, du Vénézuéla, du Canada, du Mexique et au-delà. Certaines personnes avaient conduit toute la nuit depuis San Francisco ; d'autres avaient pris l'avion depuis divers endroits des Etats-Unis. Il y avait un enfant d'une dizaine d'années, et des personnes âgées de soixante-dix ans, un gros pourcentage d'hommes et une absence de costumes moulants aux couleurs vives, communs à beaucoup d'activités du sud de la Californie.

        « Tout le monde a une idée différente », dit Mamishian, qui s'est souvent demandé pourquoi les autres faisaient de la Tenségrité et s'est interrogé sur les résultats qu'ils expérimentaient. « Ce qui leur arrive comme résultat de leur pratique de la Tenségrité est complètement différent. C'est quelque chose de très, très ouvert, et les intentions des gens sont très différentes. C'est comme une architecture ouverte », remarqua t-il. « Je ne bois plus de soda, mais j'ai eu des expériences qui ne peuvent être décrites qu'en terme psychédéliques, mais avec une différence - elles sont arrivées de façon complètement naturelle. Juste en économisant de l'énergie et en la redéployant de manière très spécifique. »

 

 

 

 

        De même que la Tenségrité continue de se réincarner depuis l'année 1995 avec la disparition des Chacmools et la venue des Traqueuses d'Energie, une évolution constante apparaît comme certaine. « Ils changeront toujours. Cela ne sera jamais gravé dans la pierre », sourie un certain Mamishian. Quand j'ai entendu Castaneda parler pour la dernière fois, au cours d'une période de questions-réponses, quelqu'un demanda où était situé le point d'assemblage de la Terre. Castaneda fit une pause et réfléchit, il semblait sur le point de faire une plaisanterie. Puis, sérieusement, il dit : « Peut-être Los Angeles...je ne sais pas. Don Juan nous a laissé ici. »

 

 

 

 

        Notes : La Tenségrité est dérivée d'un terme architectural combinant la tension et l'intégrité. Castaneda a estimé que ce terme convenait pour la version moderne et les enseignements des passes magiques, car elles incorporent une tension sélective et la relaxation de certaines parties clés du corps.

 

 

 

Copyright Octobre 1996, Sedona Journal



Publié à 01:20 le 1 septembre 2007 dans Séminaires de Tenségrité
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Conférences Carol Tiggs LA 1997

 

 

 

Carol Tiggs - Conférences

Los Angeles, 25 au 27 août 1997

 

 

        Les mouvements de non-faire sont subtils mais très puissants. Ils apportent une dissonance (une interruption de notre habituel flux cognitif). Ils sont paradoxaux. Par exemple, vous pouvez vous allongez pour bouger. Lorsque nous nous allongeons, le corps s'apaise. Se tenir debout met le corps en alerte. Les passes des non-faires touchent la force qui nous maintient d'un seul tenant. Traiter avec les champs d'énergie s'entreprend avec précaution et attention. Une accalmie arrive en une fraction de seconde, utilisez-la !

        Don Juan nous faisait pratiquer les passes tous nus ! Carol nous dit que dans son esprit les non-faires étaient liés à quelque chose d'insultant ! Pour elle, le souvenir d'apprendre les non-faires était relié avec cette émotion extrême.

        Les femmes sont de parfaites praticiennes des non-faires. Mais en parler est quelque chose d'horrible pour elles. D'un autre côté, les hommes ne s'arrêtent jamais de parler du processus par lequel ils peuvent atteindre la Mer de la Conscience. Les femmes y sont déjà.

        Lorsque tous les débris de notre vie disparaissent, alors les non-faires prennent du sens. Ces passes sont comme une clé énergétique. Elles permettent d'entrer dans un autre niveau vibratoire. On peut aussi découvrir qu'il existe des êtres qui ont une vibration différente de la nôtre. Lorsque Carlos entra dans cette vibration, il se retrouva dans un autre monde. Dans ces moments, la question « Qui suis-je ? » est une question récurrente.

 

 

        Le non-faire est une interruption du flux cognitif. Lorsque cela se produit, même si c'est pour une fraction de seconde, cela a un effet surprenant sur notre unité. L'ordre en vigueur de la cognition est le « faire ». Le non-faire doit être pratiqué. Cela introduit un élément dissonant dans la vie ordinaire afin d'interrompre le flux cognitif. La conversation est un « faire ». Cependant, le « faire » de parler au téléphone est différent de celui de parler au cours d'une conversation de tous les jours. Le « faire » d'écouter quelqu'un au téléphone est également différent.

 

 

        Les êtres humains sont des créatures d'habitude. Nous faisons des inventaires. Les gens écoutent les autres seulement en termes de leurs propres inventaires. La race humaine ferait un pas de géant si nous apprenions comment écouter ce qui se dit vraiment.

 

 

        Les sorciers essayent de « défaire » nos « faires » du monde. Les inventaires s'effondrent sous la force de nouvelles idées qui contrarient leur importance. L'inventaire EST le mental.

 

 

        Faites les passes D-O-U-C-E-M-E-N-T. Poser votre intention sur l'apaisement. Les non-faires agissent sur la force centrale qui maintient notre être ensemble.

 

 

Seconde conférence du 25 août 1997

 

 

        Le prix que les guerriers ont à payer pour être au service de l'énergie est de souffrir de crise d'identités. Une partie du voyage implique d'avoir à traverser- au moins essayer- un champ énergétique. A propos de ce voyage, Carlos lui dit un jour : « Nous n'avons jamais pensé que nous allions vivre éternellement. Allons-y ! »

 

 

        Les mouvements de non-faire doivent être intériorisés. C'est un fait énergétique : les passes de « Running Man » nous font plonger profondément à l'intérieur du ruisseau de conscience qui est à la disposition de l'être humain.

 

 

        Avec cela, notre niveau actuel de conscience se retrouve à la hauteur des chevilles. Le niveau de conscience supérieur est à la périphérie de notre être lumineux et nous n'avons aucun inventaire pour celui-ci. En inspirant et en produisant une ondulation sur le ruisseau de conscience, quelque chose « s'arrête ». Ce n'est pas que le point d'assemblage se déplace, mais une « accalmie » a lieu et de nouvelles réponses sont possibles.

 

 

        Les passes de « Running Man » sont conçues pour produire une interruption énergétique. Paradoxalement, on le ressent comme si on se déplaçait plus rapidement que l'hésitation !

        L'incapacité d'écouter est le sceau de l'homme moderne. Les non-faires nous permettent de faire une pause, d'écouter les autres, d'être calme. Les passes des non-faires interfèrent avec le flux d'énergie dispersée depuis les centres vitaux. Le nouveau déferlement d'énergie que l'on reçoit peut être ressenti comme une contrainte. Comment pouvez-vous l'exploiter ? Il semble que les praticiens deviennent soit moins obsédés par leur moi, soit ils font encore plus de passes.

 

 

        Habituellement, nous tendons à rechercher l'idée du « moi ». Une grande quantité de l'énergie que nous obtenons de la nourriture que nous ingérons est utilisée pour rehausser notre sens d'être. L'acidité nous maintient tel que nous sommes. « Running man » revigore notre énergie, mais ce n'est pas le type d'énergie qui peut être utilisée pour la suffisance.

 

 

        Les passes de « On the Run » produisent de la chaleur. Il est important de comprendre qu'aucune nouvelle force n'entre dans le corps. Ce qui se passe en fait, c'est que les centres qui étaient coupés de cette énergie commencent à se réveiller.

 

 

        Les passes des non-faires doivent être pratiquées avec beaucoup de prudence. N'arrondissez pas les angles. L'antidote c'est la patience. Il y a deux différents styles pour faire les mouvements de bras, en conjonction avec les centres de vitalité : la traditionnelle et la nouvelle. Le boost énergétique qu'elles délivrent est le même.

« La liberté ! »

La question que l'on se pose est : « Mais que va t-il m'arriver ? », la réponse est : « Je n'ai jamais pensé que j'allais vivre pour toujours. Allons-y ! »

 

 

Conférence du 26 août 1997

 

 

        Attention : Ne vous épuisez pas, ni physiquement, ni mentalement. Gardez toujours quelque chose en réserve. Les non-faires doivent être pratiqués. Le Temps, la Mer Sombre de la Conscience, déterminera ce qui est nécessaire. Les chamans ne demandent pas de faveurs, ils savent que la Mer Sombre leur fournira ce dont ils ont besoin. Ils ne prient pas.

 

 

        Cela demande de la discipline, un effort accablant, beaucoup de travail et une intention inflexible. Seule un esprit ouvert peut décider d'être libre. Libre de muter vers un autre aspect.

 

 

Les mondes se présentent comme un défi. On subit mutation après mutation jusqu'à ce qu'on s'étende au-delà de ses propres frontières.

 

 

        Pourquoi nous n'avons pas besoin de don Juan : Par essence, nous n'avons besoin de personne. Cela demande juste d'avoir quelqu'un pour nous indiquer la bonne direction. Après des siècles d'apathie, on doit faire un petit effort pour désirer se libérer. Se libérer de « Robert » ! Le jour où vous en êtes libéré, c'est quand vous le voyez. Alors « Seymour » prend le relais.

 

 

        L'Univers est un défi éternel. Où que vous soyez, il y a un prédateur prêt à vous défier. L'Univers attend une réponse impersonnelle à ce défi.  L'Univers émet au moins trois types de sonde : une organique, une inorganique, et la « tierce attention ». A travers cela, l'Univers devient conscient de lui-même.

        Les sorciers ne s'accrochent pas au passé. Nous avons tous été abusés, d'une manière ou d'une autre. Mais nous pouvons choisir de nous serrer la ceinture et affronter l'Univers. Les sorciers mutent parce que l'Univers leur facilite le changement. Ils ne meurent pas, ils brûlent de l'intérieur.

 

 

        Le non-faire provoque une interruption en vous. Ce que vous faites de cette interruption est votre affaire. Cependant, le non-faire n'est pas quelque chose d'excentrique ! Il est connecté à la force vibratoire qui nous maintient d'un seul tenant.  Quelques-unes des antiquités des sorciers de la lignée de don Juan furent une réponse à l'accalmie créée par les passes des non-faires. Carlos avait un carnet de notes dans lequel il classifiait les non-faires de ces sorciers en : brillantes, bonnes, ou ridicules.

 

 

        Don Juan et ses cohortes avaient oublié les passes des non-faires jusqu'à ce que les quatre apprentis apparaissent. Lorsqu'ils s'en rappelèrent et qu'ils commencèrent à les pratiquer à nouveau, ils eurent la sensation de se faire botter le cul. Toute leur importance personnelle s'évacua. L'intention de ces passes est d'être sobre. Alors n'ayez pas peur.

 

 

Conférence du 27 août 1997

 

 

        La dissonance cognitive est une interruption du flux d'énergie qui est en nous. Le corps arrive à une halte. La transformation qui s'ensuit est un non-faire chamanique. Le Théâtre de l'Infini est comme un non-faire. Carole se présenta en étant Prunella Fitz Moritz. Il ne restait pas un seul morceau de son moi habituel. Elle avait été complètement transformée.

 

 

        L'Univers est divisé en deux types d'énergie. L'une est inanimée, pratique ; l'autre est animée et consciente d'elle-même. Les variétés de créatures qui existent sont des milliards et des milliards de sondes conscientes d'elles-mêmes retournant dans l'Infinité. L'art des chamans est de prendre conscience qu'ils sont une partie de l'Infinité. Être conscient d'eux-mêmes tout comme l'Univers est conscient de lui-même.

 

 

        L'Infinité est le donneur de conscience, ainsi un voyage dans l'Infinité n'est pas un voyage personnel. Don Juan mettait l'accent sur l'aspect sublime chez l'Homme.

 

 

        Durant le Théâtre de l'Infini, la prédominance du moi est suspendue. Seul le lien avec l'Infinité existe. Le Théâtre a existé durant 27 générations de Naguals. Il fut formalisé il y a trois générations.

 

 

        Une courte histoire fut racontée sur la rencontre entre les Naguals Lujan et Sebastian, puis quelques-unes des séries qu'ils avaient découvertes furent présentées par les Traqueurs d'énergie et les Eléments.

 

 

        La peur de l'Infini bouge le point d'assemblage des spectateurs au cours de la représentation du Théâtre de l'Infini.



Publié à 11:53 le 30 août 2007 dans Carol Tiggs
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Une Autre Perspective -Séminaire de Femmes

 

 

 

 

Séminaire de Femmes - Mars 1996

 

 

Une Autre Perspective

 

 

Première Conférence de Carlos Castaneda

 

 

 

        Les chaises avaient été installées comme d'habitude, en demi-cercle autour de la scène. Après une vérification de la sono, les Sorcières, l'Eclaireur Bleu, les Pisteuses d'énergie et d'autres femmes du groupe de Castaneda entrèrent et occupèrent toute la première rangée (là où ils s'assoient toujours), et quelques-unes d'entre elles s'assirent dans la deuxième rangée. Mais, pour la plus grande part, la deuxième rangée était ostensiblement vide - pas d'hommes. Ensuite, d'un pas énergique et rebondit - et avec un grand sourire - Carlos entra et monta sur scène. Après de longs applaudissements, il dit d'une voix affectée, et toujours avec un grand sourire : « Vous ne pensez pas qu'il soit étrange pour un homme de parler aux femmes de leur corps ? » Tout le monde éclata de rire. Puis, Carlos fit quelques déclarations amusantes à propos du fait que c'était pour lui effrayant de ne parler qu'à des femmes. Il étendit ses bras en avant, se pencha en avant, sourie, et scruta l'assistance : « Où sont mes amis ? » (Sous entendu ‘les hommes'.) Nous rimes, particulièrement quand il dit : « Je ne plaisante pas ! »

 

 

        A un certain moment, Carlos dit que dans de précédents séminaires, il avait remarqué que certains hommes essayaient d'être « de gentils garçons et de faire plaisir à papa. » Après avoir dit ça, il se pencha en avant, balaya l'assistance du regard avec intensité et dit : « Mais je ne vois aucune gentille fille ici ! »

 

 

        Carlos continua en définissant les concepts basiques abordés dans beaucoup de séminaires, comme le fait que les humains sont des percepteurs, que nous interprétons l'énergie, que la sorcellerie est une interruption du système d'interprétation, de l'importance des actions pratiques, etc. Il agrémenta tout cela avec quelques histoires très drôles.

        Carlos dit que les hommes veulent une ‘môman' et que les femmes sont socialisées pour répondre à cela. A un moment, il marcha vers l'un des côtés de la scène, ouvrit grand les bras et supplia une des femmes de l'assistance : « Voulez-vous être ma môman ? » La femme fit non de la tête - au grand plaisir de l'assistance. Puis, avec un regard abattu et déprimé, il marcha vers l'autre côté de la scène et couina : « Rejjeeettééé... » Tout le monde ria.

 

 

        La pince du micro de Carlos eut un léger disfonctionnement, et la femme avec des cheveux poivre et sel du groupe de Carlos s'approcha du bord de la scène pour l'aider. Il dut se pencher un peu afin qu'elle puisse ajuster le dispositif. Carlos avait les bras relevés pour qu'elle puisse travailler avec les différentes parties du micro, et il regardait le dispositif tandis que la femme bidouillait dessus. Alors Carlos réalisa que cela donnait un parfait exemple visuel de ‘maman venant en aide au pauvre bébé'. Carlos leva les bras encore plus haut, inclina sa tête, et sourie tout en regardant l'assistance. L'expression de son visage disait : « Vous voyez, c'est comme ça que ça se passe ! » Tout le monde rit.

 

 

        Carlos dit que les mères traitent les garçons différemment. Il y eut un gros ‘bip' sonore à ce moment là, venant de la sono et tout le monde rit. Il dit que les mères ne font pas de plan pour le futur de leurs filles - elles espèrent juste que leur fille se mariera avec un type riche.

 

 

        A un moment, nous avons entendu un bébé pleurer. Cela intéressa beaucoup Carlos et il demanda à l'assistance si ces pleurs venaient de l'intérieur ou de l'extérieur de la pièce. Je regardai derrière moi et vis une femme se lever et emmener une petite fille hors de la salle. Carlos tenta de lui faire un signe de la main pour la faire revenir - à l'évidence, il sentait qu'elle pensait que les pleurs étaient dérangeants. Il dit quelque chose, comme s'il se parlait à lui-même, à propos de l'enfant qui pleurait, que c'était peut-être un genre de signe.

        Carlos raconta sa fameuse blague. Il dit qu'il y avait une blague qu'il trouvait très drôle, qu'il l'avait raconté à un autre séminaire, et il ne pouvait pas comprendre pourquoi personne ne la trouvait drôle. Puis il la raconta à la salle : « Un homme suit un perroquet dans la rue, et le perroquet se tourne et lui dit : ‘Pourquoi tu me suis ?', et l'homme dit : ‘Désolé, je croyais que tu étais un perroquet.' » La réponse à sa blague fut très diffuse. Carlos sourit et balança ses mains comme pour dire « Vous voyez, je vous avais dit que personne ne la trouvait drôle. » Après Carlos marcha vers l'autre côté de la scène et fit comme s'il allait essayer sa blague sur l'autre partie de l'assistance - peut-être que cette partie de la salle la trouverait drôle. Tout le monde rit à ses bouffonneries. Il parla du fait qu'il y avait beaucoup de gens qui discutaient à propos de sa blague sur internet - tout le monde essayait de savoir ce qu'il y avait de drôle.

 

 

        Puis, il dit que cette blague du perroquet parlait de ‘dissonance cognitive'. Pour donner un autre exemple de dissonance cognitive, Carlos raconta l'histoire du fait de cracher. Comment don Juan lui disait, en voyant que Carlos ne crachait pas : « Tu avales ce truc ?! » Par la suite, dit Carlos, il essaya de cracher, et un jour il cracha accidentellement sur une femme, située dans une voiture à côté de lui, qui avait sorti la main pour tourner à gauche. Carlos nous dit qu'il avait finalement dit à don Juan : « Je m'en fous si je meurs ! Je ne cracherai plus ! » Tout le monde rit à gorge déployée. Carlos dit que c'était un exemple de dissonance cognitive pour lui - la tourmente qu'il avait ressenti à propos de cracher ou pas.

 

 

        Carlos parla de la rivalité entre femmes - comment nous sommes socialisées à entrer en compétition pour les hommes. Il expliqua que les hommes sont ‘rares'. Carlos fit un mouvement de rotation avec son doigt. « C'est tout ce que nous sommes - juste ce petit truc. Les femmes sont massives et pérennes. Les femmes sont les véritables acteurs. »

 

 

        Le point d'assemblage, d'après Carlos, a un côté brillant. Chez les femmes, ce côté fait face à l'intérieur, ou est légèrement tourné vers le côté. Chez les hommes, il fait face à l'extérieur. C'est pour cette raison que les femmes peuvent plus facilement atteindre le silence intérieur. Avoir le côté brillant vers l'intérieur signifie que les femmes peuvent couper l'alimentation. Il donna comme exemple le fait que les femmes qui sont abusées dans une relation semblent être capables de tolérer cet abus en ‘se débranchant'.

 

 

        Il dit que les femmes n'ont jamais eu un système qui les supporte en tant que femmes. Quelqu'un demanda si le groupe croyait que les rapports sexuels étaient épuisants. Carlos dit que ce n'était pas tant le sexe lui-même, mais plutôt de faire la cour. Carlos dit que notre race arrivait à son extinction. Quelqu'un demanda pourquoi il s'inquiétait de ce qui pouvait arriver aux êtres humains puisqu'il n'était qu'un petit morceau de l'univers. Il dit avec passion que cela lui importait parce que les humains étaient ses compagnons et parce que nous étions des singes magnifiques. Regardant l'assistance, il dit que si un homme avait été présent, il aurait été ‘avalé'. A un moment, il nous regarda avec un air de crainte et d'estime sur le visage et décrivit ce qu'il voyait : « L'immensité grésillante des femmes. » Il fit un son de grésillement avec sa bouche. Tout le monde rit. On lui posa une question à propos de l'idée de faire un chèque en blanc. Il dit que donner un chèque en blanc n'exigeait pas que l'on soit présent.

 

 

Conférence de Taisha Abelar

 

        Nous étions toutes assises sur le sol, en face de la scène du milieu, attendant la conférence de Taisha. Mais lorsqu'elle entra par l'autre bout de la pièce, il devint évident qu'elle avait pris la décision de parler sur la scène située de l'autre côté de la pièce. Tout le monde se remua afin de se retrouver dans une position où nous pouvions la voir et l'écouter. Au début, il y eut  pas mal de problèmes avec la sono car les enceintes devaient être réarrangées. Pendant un moment, Taisha dut tester la sono et demander à l'audience si elle pouvait l'entendre.

 

 

        Taisha nous dit qu'elle allait nous « tisser une histoire », et nous parler à un niveau profond. Elle dit qu'il y avait quatre filaments dans l'histoire qu'elle allait tisser. [Après la conférence, j'ai demandé à un certain nombre de femmes ce dont elles se souvenaient des quatre filaments. Cela me parut incroyable que presque personne ne s'en souvint, moi inclus. Mais l'opinion majeure était que les quatre filaments étaient - et pas nécessairement dans cet ordre : L'univers est féminin - Nous sommes des êtres qui vont mourir - Les femmes ont une « conscience profonde » - Il y a un univers parallèle : le monde des êtres inorganiques.]

        La conférence de Taisha donna le sentiment d'être cousue main ; une histoire prudemment réfléchie avec une intention explicite. Taisha nous raconta la rencontre avec ses deux amis inorganiques (Globus et Phoebus) à l'époque où elle vivait dans les arbres. Elle dit qu'après la première fois où elle les avait vus, elle recherchait tout le temps les êtres inorganiques, et elle expliqua que cette recherche constante l'empêcha de les revoir durant un certain temps. La deuxième fois qu'elle les vit fut quand elle faisait une sieste sur la branche favorite d'un arbre. [D'ailleurs elle dit que nous pouvions faire la sieste en plaçant nos jambes autour d'une branche, nous allonger en avant, pour se reposer avec le torse sur la branche.] Taisha décrivit la masse des êtres inorganiques comme « des bulles de savon grésillantes. » Elle dit que nous pouvions passer nos mains à travers eux mais que lorsque l'un des inorganiques s'était posé sur elle, elle avait pu ressentir son poids.

 

 

        Taisha dit que lorsqu'elle était redescendu des arbres, après avoir vécu si longtemps dans ceux-ci, elle avait du réapprendre à marcher. Les autres sorciers l'appelaient « la femme singe ». Elle imita sa façon de manger - attrapant des fruits dans les arbres comme un singe et les fourrant dans sa bouche. Après avoir vécu dans les arbres, les sorciers durent lui enseigner comment vivre à nouveau dans le monde ; ils lui apprirent à flirter et à se socialiser. Il y avait deux femmes du clan de don Juan qui avaient été élevées dans le luxe et qui furent de très bons professeurs pour lui enseigner ces domaines particuliers.

 

        Taisha dit que les femmes étaient des tubes - des tunnels.

        Elle dit qu'il y avait deux choses que nous pouvions faire avec les hommes : nous pouvions flirter avec eux comme un acte de folie contrôlée, et nous pouvions les pouponner comme des bébés car ils sont très faibles et fragiles. Elle dit aussi que nous ne devions pas flirter avec les hommes pour les contrôler.

        Taisha, dans sa seconde conférence, parla de la récapitulation. Elle parla d'une femme qui avait un mari, des enfants et un travail, et cette femme était chagrinée de n'avoir pas le temps de récapituler. Taisha nous dit de choisir des choses comme faire la vaisselle pour récapituler durant cette activité. Par exemple, nous pouvions récapituler une chose différente à chaque assiette. Taisha dit que tout le monde faisait grand cas du fait qu'elle avait eu l'opportunité de récapituler dans une grotte, et les gens utilisaient le fait qu'ils n'avaient pas la même opportunité comme excuse pour ne pas récapituler. Taisha dit qu'en vérité, sa récapitulation dans la grotte n'avait pas été si puissante que ça. Elle dit que la plupart du temps elle faisait la sieste et rêvait éveillée.

 

 

 

Conférence de Florinda

 

         Florinda, comme toujours, était très animée et énergique en parlant. Elle fit rire plusieurs fois l'audience à gorge déployée durant sa conférence, particulièrement quand elle parla d'offrir sa chatte au vent. Elle dit que la vieille Florinda était en colère car sa chatte était devenue plus grosse à cause de cela. Florinda dit que le vent n'est pas vraiment le vent mais « un courant d'énergie abstraite. » Je crois qu'elle a dit que la vieille Florinda avait corrigé le vieux nagual lorsqu'il parlait du vent à Florinda comme d'un courant - et la vieille Florinda était intransigeante sur le fait que le vent devait être décrit correctement comme une énergie abstraite et pas juste comme « le vent ».

 

 

        Florinda décrivit la matrice comme un « organe pensant ».

        Florinda dit qu'ils se référaient à don Juan comme au « vieux nagual », pas parce qu'il était vieux mais parce qu'il était le précédent nagual.

 

 

        Puis, elle dit en souriant : « Vous n'imaginez pas tout ce que nous faisons pour que vous nous trouviez mignonnes. » Et elle dit avec énergie : « Pourquoi ne le ferions-nous pas ? Nous sommes des êtres esthétiques. »

        Quelqu'un lui demanda pourquoi cela l'intéressait d'être une navigatrice de l'inconnu et elle répondit avec passion : « Parce que c'est excitant ! »

 

 

        Florinda parla du comportement entourant l'acte sexuel (les comportements sociaux), comme étant plus délétères que l'acte en lui-même.

 

 

        Florinda dit que les séminaires de Mexico et d'Oakland avaient presque tué Carlos. Elle dit qu'ils n'étaient pas guérisseurs - ce qu'ils faisaient c'était voir l'énergie telle qu'elle s'écoule.

 

 

 

 

 

Conférence de Carol

 

 

        En parlant, Carol marchait d'un côté à l'autre de la scène, comme le faisait Carlos. Elle nous dit qu'il y avait eu beaucoup de discussions et de tintamarre parmi le clan de Carlos Castaneda juste avant sa conférence, à propos de détails logistiques et indiqua qu'habituellement ce n'était pas ainsi qu'elle aimait se préparer avant une conférence - elle préférait s'immerger dans le silence. Elle dit que puisqu'il y avait eu des discussions parmi le groupe, elle allait commencer la conférence en racontant une blague - ce serait une bonne façon de commencer. Elle dit que Taisha avait suggéré à Carol, avec enthousiasme, de raconter une histoire drôle à propos des êtres inorganiques. Carol dit, en souriant, que cette blague était très drôle pour Taisha et cela aurait marché pour elle de la raconter mais, d'une certaine façon, elle ne pensait pas que cela allait être bien reçu si elle nous la racontait. Puis elle entreprit de nous raconter la blague quand même. « Combien d'inorganiques faut-il pour changer une ampoule électrique ? Réponse : Aucun - car ils n'ont pas de mains. » Tout le monde rit. [En fait la façon dont elle amena la blague en racontant comment l'idée était venue à Taisha et le petit air taquin de Taisha rendit cette blague hilarante - ce fut un début remarquable.]

 

 

        Rapidement, elle épia l'audience et se demanda à voix haute, et avec un sourire, s'il y avait des « espions » (des hommes) dans l'audience. Immédiatement après qu'elle ait dit ça, tandis que son regard scannait l'audience, son regard se posa soudain sur quelqu'un dans la foule et elle dit, toujours avec le sourire : « Ah oui, il y en a un ! » Tout le monde ria. Puis, elle continua sa conférence.

        Carol décrivit l'utérus comme un outil d'évolution. Elle parla des différentes théories de l'évolution, comme le Créationnisme et les théories de Darwin, mais elle dit qu'il y avait des failles dans ces théories.

 

 

        Carol définit quelques-uns des concepts que Carlos avait abordés durant sa conférence, comme par exemple le fait que nous sommes des perceveurs et que nous possédons un système d'interprétation. Elle dit aussi que l'utérus interprète l'énergie telle qu'elle circule.

 

 

        Elle nous dit que les hommes doivent atteindre la totalité de leur être afin de percevoir l'énergie telle qu'elle circule et, à cause du fait qu'ils doivent travailler vraiment dur pour y parvenir, ils prennent de l'avance sur les femmes. Nous (les femmes) y accédons plus facilement car nous avons un utérus, cependant, c'est à notre désavantage, dans le sens où cela diminue cette habileté, car cela est très facile pour nous. Je crois que c'est Carol qui a dit que les femmes qui ont eu une hystérectomie ont aussi un grand avantage sur les autres femmes, en ce sens qu'elles doivent travailler plus dur - Le fait d'avoir eu une hystérectomie les rend plus désespérées - ainsi, elles ont plus de chances d'y arriver.

 

 

        Carol dit que le silence active le pouvoir de l'utérus.

 

 

        Elle dit que lorsque nous intentionnons quelque chose, une commande claire et sobre est nécessaire.

 

 

        Carol raconta l'histoire à propos de son rêve avec Carlos, dans lequel elle se rendait dans un endroit de rêve, où Carol était la femme d'un homme qui était semblable à l'acteur Gerald Moore, dans la voix, l'apparence et les manières. Cette histoire nous fut racontée pour illustrer le fait que le système d'interprétation est activé dans ces situations de rêve. Carol nous raconta une autre histoire à propos d'une créature avec une grosse tête qui avait des jambes qui ressemblaient à des pattes d'insecte - et quelque chose à propos de voir des épaulettes tomber sur le sol. Je crois que c'était un autre exemple de comment le système d'interprétation entre en jeu - qu'il est difficile de maintenir la vision sans interpréter. Le fait que les épaulettes fassent partie de la scène lui montrait que son système d'interprétation avait été activé.

 

 

 

Conférence de L'Eclaireur Bleu

 

 

        L'Eclaireur Bleu se présenta. Une partie de son nom était Nuri. Elle dit que le groupe de Carlos Castaneda disait qu'elle venait d'une autre réalité, un autre royaume, et elle dit qu'elle avait choisi de ne pas s'attarder là-dessus. Puis elle parla de deux genres d'amour - l'amour basé sur l'ordre social et le genre d'amour que les sorciers connaissent. Elle prononça trois ou quatre phrases sur ce sujet et cela me sembla être incroyablement profond sur le moment, tout en étant totalement consciente que je n'absorbais aucun mot. C'était comme si elle parlait un autre langage, bien que je sache que les mots étaient en anglais. D'autres femmes qui ont discuté de la conférence de l'Eclaireur Bleu ont dit avoir eu la même expérience. L'Eclaireur Bleu parla aussi du chemin des sorciers comme d'un chemin solitaire (à ne pas confondre avec la solitude). Puis elle nous lut trois chapitres du nouveau livre de son ‘père'.

 

 

 

Conférence du dimanche de Carlos

 

 

        Carlos dit que nous devrions le considérer comme notre conseiller - un avocat qui nous donne des conseils. Puis, balançant sa main pour la pointer sur les femmes situées au premier rang, il dit : « Ah, elles sont le moteur », tout en faisant un son de moteur de façon gutturale avec sa voix. Carlos dit que les gens se référaient à son groupe comme « Carlos et ses femmes » alors qu'ils devraient plutôt dire : « Les femmes et Carlos. »

 

 

        Carlos dit que les femmes (de son groupe) étaient des êtres massifs et expansifs, bien qu'elles soient juste de petites bécasses. « Comme ma fille », dit-il. « Elle est si... » Il la décrivit comme quelque chose de doux et de pas du tout menaçant, puis il dit : « Mais tout à coup !... » Carlos poussa un rugissement et chancela en avant, en mordant l'air comme un dangereux animal.

 

 

        En se référant à l'aspect massif des femmes, Carlos dit, en se comparant à elles, qu'il était toujours en danger depuis ce voyage à Oakland. Carlos dit qu'il était supposé partir en 1985. Il indiquait par là qu'il n'avait pas espéré être là si longtemps, et qu'énergétiquement il aurait été préférable qu'il s'en aille avant.

 

 

        Carlos dit que les sorcières obtenaient leur énergie depuis des endroits inconcevables.

 

 

        Il nous raconta que les hommes devaient travailler très dures, mais que nous (les femmes) étions en avance sur les hommes à cause de notre utérus. Nous le savions. Mais cela ne nous intéressait pas.

 

 

        Quelqu'un demanda si nous devions pratiquer les passes pour les femmes qui avaient été enseignées en enchaînement. Il dit que non mais qu'en faisant une passe, nous devions nous souvenir de l'humeur de la sorcière qui nous l'avait enseignée.

 

 

        Quelqu'un demanda à Carlos si le double était la même énergie que le corps d'énergie, il dit oui.

 

 

        Quelqu'un demanda : « Si vous vous débarrassez de l'esprit du flyer, peut-il revenir ? » Carlos pensa que la femme demandait : « Si vous vous débarrassez des flyers, peuvent-ils revenir ? » et il répondit : « Oui, ils peuvent revenir. » Puis un certain nombre de personnes dans l'audience, ainsi que Florinda, depuis le premier rang, reposèrent la question : « L'esprit du flyer, pas les flyers ». Carlos eut la bonne version de Florinda. Ensuite il dit : « C'est pareil - les flyers - l'esprit du flyer. Si vous vous en débarrassez, il peut revenir si vous n'êtes pas vigilante. » Il dit : « Ce n'est pas un petit accrochage, c'est la guerre ! » Puis, il donna l'exemple de la chute des Chacmools, et dit que deux d'entre elles s'en étaient remises, mais que la troisième errait encore. Il imita une personne presque incapable de se tenir debout, marchant avec difficulté, se traînant elle-même pour faire quelques pas.

        Carlos nous fit une ‘proposition'. Il dit que pendant 24 heures, avant de dire quoi que ce soit, juste avant, nous devions penser à ce que nous allions dire. (Une façon de lutter contre l'esprit du flyer.)

 

 

        Carlos dit qu'il avait eu des problèmes dentaires et ne pouvait pas simplement laisser n'importe quel dentiste s'occuper de ses dents. Cela n'aurait eu aucun pouvoir - de chercher un dentiste dans l'annuaire ou de demander à un ami le nom de son dentiste.

 

 

        Quelqu'un posa une question à Carlos sur son expérience de ‘stopper le monde' sur le campus de UCLA. Il indiqua un endroit vers l'extérieur du gymnase et dit : « Je marchais là - juste là, où il y a ces petites collines - ces petites buttes herbeuses. » Carlos nous dit qu'il avait un type, un Ethiopien qui traînait par là. C'était pendant l'époque des « enfants fleurs ». De très jolies jeunes femmes s'allongeaient dans l'herbe - « sans culottes ». Ce gars éthiopien s'allongeait également dans l'herbe et roulait, petit à petit, vers l'une de ces jeunes femmes, puis il se rapprochait et passait son bras autour des épaules de la jeune fille. Carlos dit qu'il avait vu plusieurs fois ce gars utiliser cette même tactique, et cela l'amusait. Il espérait que quelqu'un puisse marcher avec lui, ainsi il aurait pu lui dire : « Regarde cet Ethiopien, le voilà repartit ! » Carlos dit : « Mais il n'y avait personne à qui dire ça, alors je riais tout seul. » Carlos dit que tout à coup, alors qu'il observait le gars, il vit qu'il y avait des flyers partout. Il dit qu'ils était partout, excepté là où on pouvait voir des ouvertures à certains endroits, entre les flyers, et on pouvait voir la terre. Carlos décrivit cela en expliquant que les flyers étaient de toute façon si nombreux qu'il ne pouvait percevoir que de petites ouvertures. Il dit : « Certains flyers étaient gros. Peut-être de cette largeur (il indiqua une zone de la scène qui devait faire environ 1om.) D'autres plus petits - très près du sol ». Il dit que la vue de ces flyers lui avait donné envie de vomir.

 

 

        Carlos dit : « Les gens disent que j'ai inventé don Juan! » Puis, indiquant la première rangée du doigt, où les sorcières étaient assises, il dit, à la fois en souriant et en paraissant effrayé : « Eh bien, je ne pourrais pas inventer ces créatures ! Inventer Carol Tiggs ??? !!! Elle me terrifie ! »

 

 

        Carlos demanda à l'audience : « Connaissez-vous la règle du pouce ? » Il dit que cette expression venait de la vieille législation anglaise qui disait qu'un homme pouvait seulement battre sa femme avec un bâton de la largeur de son pouce.

        Carlos dit (avec un sourire et un scintillement d'amusement dans les yeux) qu'il y a deux mots que les femmes disent de façon très sérieuse et très prononcée. Il dit que lorsque les femmes disent ces deux mots, elles bougent leurs lèvres de façon exagérée. Ces deux mots sont : « Ammmmoooouuuurr et relation. » Carlos dit avec emphase : « Si tu veux Johnny - emmène-le ! Des enfants ? Emmène-les ! » Il nous avertit de ne pas nous laisser fourvoyer par Johnny et les gosses.

 

 

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Séminaires de Femmes (seconde prise de notes)

 

 

        Le principe mâle et le principe femelle : les sorciers ne sont pas si concernés que ça par la différence entre les mâles et les femelles, biologiquement parlant, excepté en ce qui concerne l'utérus. D'un autre côté, la différence énergétique entre les mâles et les femelles est vaste. Due à cette différence qui nous a été présentée, quelques-unes des différences venant du comportement masculin versent dans le comportement féminin.

 

 

        Ils les ont présenté comme étant basées sur le paradigme mâle et ses comportements subséquents. D'après Carlos, la socialisation du mâle n'est pas si difficile pour eux car elle est basée sur le principe mâle. Pour une femme, en revanche, elle est dévastatrice car elle ne contient virtuellement rien du principe femelle. Il fut également indiqué que les sorciers peuvent faire ces observations sur le comportement des mâles et des femelles car ils se sont eux-mêmes privés de cette socialisation et peuvent la voir pour ce qu'elle est.

 

 

        Les mâles sont investis de certains comportements qu'ils répètent eux-mêmes en nuances variées, encore et encore, et les femelles ont les leurs. Ces généralisations sont à un certain degré le résultat de l'installation du flyer. Ceci explique pourquoi elles sont si homogènes. Ils ont déclaré, encore et encore, que ces comportements font partie du paradigme mâle que les femmes ont imité. 

        Carlos Castaneda nous a parlé le vendredi soir et nous a dit qu'il devait être très prudent avec ce qu'il disait car parler avec un groupe de femmes est très différent que lorsqu'il y a des hommes présents. Il indiqua que les femmes sont conscientes de tout, qu'elles en soient consciente ou pas, à cause de leur utérus. Tandis que les hommes sont des experts en taxonomie. Il parla des effets délétères de la socialisation sur les femmes, et du fait que les hommes n'avaient aucune raison de vouloir que les choses changent car ils avaient fabriqué ce monde.

 

 

        Il dit que le principe mâle est généré par le principe femelle (et fit une plaisanterie sur le fait que le concept d'Adam et Eve était vraiment rétrograde), et qu'il est très fragile. Le mâle est, d'après le nagual, un petit filigrane d'énergie. Il dit que le principe mâle est rare dans cet univers femelle, et c'est pourquoi il a une telle attention imméritée. C'est aussi pourquoi l'ego mâle est si gros, et que l'espace entre son ego et son action est si démesurée. Il indiqua également que puisque le mâle est généré depuis le principe femelle, il ne contient rien d'unique. Il affirma que le paradigme de ce monde est le paradigme mâle, et à travers un contrôle rigoureux des flyers et des mâles, le paradigme femelle est virtuellement inexistant, car nous n'avons aucun modèle sur lequel nous aligner. Il dit que les flyers savaient que pour dominer cette espèce, leur attaque devait s'orienter sur les femelles et qu'ensuite tout s'effondrerait.

 

        Le nagual affirma que les femelles avaient été socialisées pour être apathiques à propos de leur voir et que ce n'était pas leur état naturel. Pour une femelle, le silence est tout ce dont elle a besoin. Il dit que le point d'assemblage des femmes est retourné, son côté brillant est donc orienté vers l'intérieur, et cela permet à leur silence d'être total. Pour un mâle dont la brillance du point d'assemblage est orientée vers l'extérieur, il n'est pas possible d'éteindre complètement le bruit extérieur. Donc, les hommes perdent leur temps à faire des taxonomies, et à parler, parler, et parler. Les femmes, en revanche, ont une prédilection pour l'action. Les femmes sont équipées pour le Faire. Pour les actions pratiques. Il dit que les hommes essayent de compenser cela en s'assurant que les femmes « se tiennent bien » !

 

 

        Il dit que les hommes débarquent avec toutes sortes de moyens pour dominer les femmes, mais que la plupart d'entre eux les appliquent à eux-mêmes. Ils disent que les femmes sont hystériques. Mais ce sont eux qui sont véritablement hystériques, et ils ont de bonnes raisons pour l'être. Ils sont très fragiles, de pauvres bébés. Ils feront tout et diront tout pour avoir l'attention des femelles (ce à quoi les femmes répondront avec empressement). Il dit que les hommes pensent qu'ils essayent de trouver des Papas, mais qu'en réalité ils essayent de trouver des Mamans.

 

 

        Tout le clan de guerriers nous dit à plusieurs reprises que rien de ce qu'ils nous disaient était nouveau pour nous ; en tant que femmes, nous connaissions déjà tout ce dont ils nous parlaient, mais que le problème était d'amener à notre attention consciente ce dont nous étions déjà conscientes. Cela demande du silence. Le nagual nous dit que les femmes perçoivent en profondeur et que chacune d'entre nous était unique, à cause de notre utérus (comme un genre d'empreinte cosmique). Un homme doit utiliser la totalité de son être pour devenir conscient directement, et les hommes sont plus homogènes dans leur perception. Chez les femmes, l'utérus perçoit directement, ainsi leur connaissance est directe.

 

 

        Ils déclarèrent tous qu'ils ne blâmaient pas les mâles mais qu'aucune femme ne devait laisser un homme lui dire ce qu'elle devait faire ; il n'est pas qualifié pour le faire. Il nous dire à nouveau que 80 à 90% de notre énergie est emprisonnée dans les rituels de séduction et qu'on devait s'en débarrasser afin de gagner de l'énergie. Florinda nous dit que cela ne voulait pas dire que nous avions besoin de choisir des vêtements fades, etc. Nous devions simplement faire ce que nous faisions juste pour le plaisir, comme un geste envers l'infini.

 

        Ils nous racontèrent beaucoup de choses inhabituelles à propos de nous, énergétiquement parlant (surtout Taisha). Carol Tiggs nous raconta une histoire sur le nagual, sur comment il était passé par un moment difficile de déprime et de morosité, et qu'il avait été incapable de découvrir à quoi cela était dû. Elle dit qu'une femme d'une autre lignée lui avait envoyé un message, et il avait découvert qu'il n'allait pas être le guide du clan - que le guide, en fait, devait venir de l'utérus. Cela fut pour lui un immense soulagement de finalement découvrir cela.

 

        A plusieurs reprises, ils orientèrent notre attention vers le problème de notre espèce, qui est au bord de la destruction. Si un changement doit survenir, il doit venir de la concentration de notre attention sur l'utérus, sur le fait qu'il est un lien direct pour intentionner quelque chose d'entièrement différent en tant que percepteurs. Si l'Homme doit survivre, il sera nécessaire d'évoluer, et il sera également nécessaire que les hommes et les femmes travaillent ensemble d'une façon complètement nouvelle et différente.

 

 

        Taisha nous raconta d'incroyables histoires mystérieuses sur nous. Elle tissa son histoire et pour la première fois, nous fûmes éclairées sur le fait que les femmes sont le tube à travers lequel nous glissons vers le monde des êtres inorganiques. En tant que femelles, nous sommes ce même tube à travers lequel nous nous déplaçons pour entrer dans ce royaume ! C'est stupéfiant ! L'ouverture est une partie de nous-même. A travers cela, nous pouvons commencer à mesurer à quel point nous avons été coupées de notre véritable nature. De façon intéressante, elle nous relata que le flirt était l'une des choses les plus proches de notre vraie nature. Pas ce qu'il est devenu, pour l'intérêt de la séduction, mais comme un outil de finesse et de communication. Le nagual nous dit que l'ultime conquête mâle est que des femmes appellent d'autres femmes des « bimbos » ; que les femmes se retournent les unes contres les autres et épousent le langage dégradant des mâles.



Publié à 12:59 le 27 juillet 2007 dans Séminaires de Tenségrité
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Séminaire à Mexico 1995

 

                          

 

 

      Séminaire dans la ville de Mexico

                       Mai 1995

 

 

 

Un séminaire de Tenségrité  fut donné le week-end dernier à Mexico City à l'hôtel Sheraton Maria Isabel, dans le cœur de la ville. Les trois Chacmools, ainsi que Florinda Donner, Taisha Abelar et Carol Tiggs étaient présentes. L'événement attira environ 1000 personnes, et consista en trois conférences données en soirée (le vendredi par Carol, le samedi par Taisha et le dimanche par Florinda), et de deux sessions de Tenségrité, une session le samedi pour 500 personnes, et une autre le dimanche pour les 500 autres.

 

Conférence de Carol Tiggs

 

 

La grande salle de bal qui avait été louée à l'hôtel  pour l'occasion était bondée. Environ 1000 personnes s'y trouvaient, car ils avaient laissé entrer les gens sans ticket ce jour là. Le groupe (Florinda, Taisha, Carol, Kylie, Renata, Nyei et deux autres de leurs associés) arriva. Carol et un traducteur s'assirent sur la scène et les autres restèrent dans les deux premières rangées qui leur étaient réservées, juste en face de la scène. Carol commença la conférence en se présentant aux gens, et récita un poème en espagnol, puis en anglais, qui attira l'attention de tout le monde, et qui donnait à peu près ceci :

 

 

 

 

Donnez-moi, mon Dieu, ce qui vous reste

Donnez-moi ce qu'on ne vous demande jamais. 

Je ne vous demande pas le repos

Ni la tranquillité

Ni celle de l'âme, ni celle du corps.

Je ne vous demande pas la richesse

Ni le succès, ni même la santé.

Tout ça, mon Dieu, on vous le demande tellement

Que vous ne devez plus en avoir.

Donnez-moi, mon Dieu, ce qui vous reste.

Donnez-moi ce que l'on vous refuse.

Je veux l'insécurité et l'inquiétude.

Je veux la tourmente et la bagarre

Et que vous me les donniez, mon Dieu, définitivement.

Que je sois sûr de les avoir toujours,

Car je n'aurai pas toujours le courage

De vous les demander. 

Donnez-moi, mon Dieu, ce qui vous reste.

Donnez-moi ce dont les autres ne veulent pas.

Mais donnez-moi aussi le courage

Et la force et la Foi.

 

 

(« La Prière du Parachutiste », André Zirnheld)

 

 

Ensuite, elle parla de sa première rencontre avec Carlos Castaneda au parc Alameda à Mexico City, et de comment don Juan l'avait accroché avec un rot sonore, puis avec ses yeux, et lui avait fait savoir qu'elle était une femme ‘double', et que Carlos Castaneda était énergétiquement identique à elle. Puis elle nous parla de sa disparition pendant plus de dix ans de ce monde, et elle dit que pour elle, cela avait été comme un rêve, mais que le temps avait perdu sa signification durant cet événement.

« Lorsque je suis revenue ici, je me suis retrouvée à Tucson, en Arizona, dix ans plus tard. Il me fut très difficile de reconnaître l'endroit, mais je suis sûr que don Juan savait que cela allait arriver, parce qu'il m'avait fait cacher des sacs plastique plein d'argent dans différents endroits de cette ville et d'autres villes, ce qui, à l'époque m'avait parut absurde, mais à cet instant là, j'ai parfaitement compris. Donc, j'y suis allée et j'ai retrouvé un de ces sacs, et avec l'argent, je suis allée à Los Angeles. Là, j'ai rôdé pendant un moment comme un zombie, jusqu'à ce que je découvre que Carlos Castaneda était sur le point de donner une conférence à la librairie Phoenix, dans Santa Monica. J'y suis allée, et Carlos Castaneda m'a vu. Il a parlé pendant deux heures sans savoir ce qu'il disait parce qu'il était stupéfait de me voir là. »

 

 

« Carlos et moi avions l'habitude de nous retrouver en rêve, allongés nus dans le lit d'une chambre étrange. Il y avait aussi cette petite fille qui venait dans la chambre en poussant un ‘pas encore maman !'. Lorsque les choses devenaient hors de contrôle dans ce monde bizarre, Carlos me faisait sauter dans le lit et criait : ‘Tournoie, Carol, tournoie', et nous commencions tous les deux à tournoyer jusqu'à ce que nous nous réveillions dans notre lit. »

 

 

Elle mentionna également un acteur américain des années 30 ou 40 qui fumait la pipe. Ce personnage devint aussi un régulier de ce monde où Castaneda et elle allaient en rêve. Ce vieux monsieur parlait avec un accent spécial ; il appelait Carol ‘chérie' et appelait Carlos ‘petit'.

 

 

« ...Comme n'importe quelle autre visite dans ce monde, cela commença lorsque nous nous retrouvâmes nus dans ce lit. Soudain, nous entendîmes quelqu'un venir. Carlos se cacha dans un placard qui était dans la chambre ; il voulait se cacher mais il ne fut pas capable de fermer la porte de l'intérieur. A ce moment, la petite fille entra dans la chambre en lançant comme d'habitude : ‘Pas encore maman', puis elle alla directement vers le placard et ferma la porte sur le nez de Carlos. A ce moment, j'entendis les pas du vieil homme à la pipe, il entra dans la chambre et dit : ‘Qu'est-ce qui se passe chérie ?' Je remarquai qu'il avait un journal à la main et cela m'intrigua. J'essayai désespérément d'y jeter un coup d'œil, essayant de découvrir dans quel langage il était écrit ou quelle était la date de parution. Je savais que Carlos serait très intéressé par ce journal, car comme il avait une orientation scientifique, il aurait adoré corroborer toute information de ce monde dans ‘notre monde réel'. »

 

 

« Alors, je ne sais pas où j'ai trouvé le courage d'arracher le journal de ses mains tandis que le vieil homme quittait la chambre, et je me dépêchai de l'étaler sur le lit pour voir son contenu. Il y avait des photos en couleur de gens, mais quand je fixai mon attention sur le texte, je remarquai que les caractères ne faisaient pas partie de l'alphabet que nous utilisons, c'étaient des genres de ‘symboles' comme des spirales, des triangles, et des cercles. J'étais si excitée que je voulais que Carlos voie ça, alors je me dirigeai vers le placard, mais je remarquai qu'il n'y avait pas de poignée de porte, ni rien pour l'ouvrir. Je commençai à m'inquiéter que le vieil homme revienne, lorsque j'entendis la voix de Carlos venant de l'intérieur qui me parlait d'une tâche noire sur le sol, sur laquelle je devais marcher. Je regardai par terre et je vis la tâche noire qui ressemblait à un bouton, je marchai dessus et la porte s'ouvrit. Carlos en sortit en faisant un bond d'une agilité féline. Je lui montrai le journal et cela le laissa perplexe. Tout ce qu'il me dit fut : ‘C'est réel Tiggs...C'est réel.' Nous entendîmes à nouveau des pas dans le couloir et nous sautâmes dans le lit et commençâmes à tournoyer comme les autres fois jusqu'à ce que nous nous réveillions dans nos lits. »

 

 

« Afin d'entrer et de sortir de ces ‘autres mondes', on doit être très sobre et avoir du contrôle car si vous vous accrochez à quelque chose dans ce monde (comme le journal), vous serez perdu dans ce monde, car vous oublierez d'où vous êtes venu et vous finirez par vivre et mourir dans ce monde. C'est pourquoi le chemin du guerrier doit être impeccable, car quand vous devenez un ‘navigateur', vous ne pouvez vous permettre aucune erreur. Ce monde était très similaire au notre car les gens y devenaient également vieux et mouraient, en fait nous avons vu la petite fille grandir. »

 

 

Carol révéla aussi que Carlos Castaneda était en train d'écrire un autre livre en ajoutant : « Carlos a appelé l'un des chapitres ‘Le Retour de Carol Tiggs'. »

 

 

« Energétiquement Carlos Castaneda et moi avons été très distant durant ces trois dernières années. Il y a quelque temps, Carlos a fait un bond énergétique et c'est peut-être ce qui nous a séparé, mais il y a trois semaines, je me suis à nouveau réveillée dans ce monde étrange.

 

 

« Energétiquement, nous sommes un filament d'énergie qui est cyclique et qui s'étend à différents mondes (qui sont comme les couches d'un oignon) et il semble que dans cette autre couche de l'oignon nous avons trouvé une paire d'êtres qui partageaient cet autre monde comme nous partageons ce monde-ci, et nous nous voyions dans ce monde comme des humains mais cela est du à notre tendance à anthropomorphiser. Il est possible que ces créatures, dans ce monde, aient un moule différent du notre. La conclusion est que notre perception nous accompagne même lorsque nous allons dans d'autres couches de l'oignon. »

 

 

Elle termina sa conférence en lisant le poème, à nouveau en anglais, puis en espagnol.

 

 

Ce jour là, le séminaire de Tenségrité commença pour la moitié des personnes présentes. Les Chacmools arrivèrent seules, et commencèrent une série d'exercices d'échauffement et nous apprirent quatorze nouvelles passes qui, disaient-elles, avaient été spécialement intentionnées pour les personnes qui vivaient dans la Vallée de Mexico à cette époque particulière. Lorsque les gens commencèrent à poser des questions à ce sujet, Kylie répondit en racontant l'histoire suivante : « La vie est comme une rivière d'eau cristalline. Les gens continuent à ramasser les pierres au fond de la rivière et les vénèrent sans savoir que la part la plus précieuse de cette rivière est son eau, qui ne peut pas être gardée, tout ce qu'on peut faire, c'est nous écouler avec. L'eau est le nagual et les pierres sont le tonal. Nous devons apprendre à laisser le tonal à sa place, afin de pouvoir aller avec le nagual. »

 

Conférence de Taisha Abelar

 

 

« Lorsque les voyants voient, ils voient que les traqueurs ont comme un châle de fibres lumineuses tombant de leurs épaules, et que les rêveurs semblent porter une jupe hawaïenne de fibres lumineuses tombant de leur taille... Je suis une traqueuse. Mes maîtres étaient une femme nommée Clara, et un homme nommé Emilito. Pour démarrer mon apprentissage, je devais d'abord empêcher le flyer de manger ma conscience. Don Juan disait que de la même façon que nous, humains, gardons des poulets dans des poulaillers, les flyers gardent les humains dans des ‘humaillers' pour faire la même chose que nous faisons avec les poulets.

 

 

« D'après le vieux nagual, quand nous naissons, notre oeuf lumineux brille de la lumière de la conscience, mais en grandissant et en entrant dans l'ordre social, les créatures qui partagent notre monde, appelés par les voyants les flyers, se nourrissent de notre conscience jusqu'à nous laisser seulement la brillance de notre œuf lumineux au niveau des talons (donc ils nous mangent jusqu'aux chevilles). Don Juan disait que cette conscience est suffisante pour vivre dans l'ordre social parce que c'est la conscience de l'autocontemplation. Le problème pour l'homme de connaissance est de trouver un moyen d'arrêter les flyers de manger toute nouvelle conscience qui grandit au dessus des talons. Les flyers mangent cette conscience avec facilité à cause de l'auto apitoiement et l'attitude de ‘pauvre bébé' que nous avons envers la vie et envers nous-même. Alors, une des façons d'arrêter les flyers est à travers des actes disciplinés comme la récapitulation et la Tenségrité. En pratiquant ces actes disciplinés, nous générons un type de conscience que les flyers n'aiment pas, ainsi, à partir de là, nous pouvons commencer à faire croître notre conscience au-dessus de nos talons, sans s'inquiéter que les flyers la mangent, tant que nous demeurons des guerriers impeccables.

 

« Carlos recherche sans arrêt des personnes qui ont développé leur conscience au-dessus de leurs talons, et un jour quelqu'un lui dit qu'il y avait une femme gourou qui vivait à Los Angeles, qui était très populaire et qui avait beaucoup d'énergie. Elle recrutait des gens pour la méditation. Carlos nous emmena toutes les trois ; Carol, Florinda, et moi, pour voir cette femme. Lorsque nous la ‘virent', nous remarquâmes que sa conscience était comme tout le monde ; sa conscience était au niveau de ses talons, la seule différence que nous vîmes était que cette femme avait un point d'assemblage plus large que la normale, et c'est de là que résultait son très gros ego, qui la rendait égomaniaque. Ainsi, elle pouvait croire et aussi faire croire aux autres qu'elle avait le pouvoir d'enluminer les gens.

 

Ensuite, avec l'aide de Kylie, Taisha nous montra une photo du flyer prise aux pyramides de Teotihuacan durant la cérémonie d'équinoxe l'année passée, par un de leurs amis. Cela ressemblait à un humain, à une ombre volant au-dessus de la foule.

« C'est un endroit particulièrement bon pour les flyers pour se nourrir, parce qu'il est rempli d'importance personnelle, à cause du fait que tout le monde à cet endroit à le sentiment que son énergie s'emploie à je ne sais quel objectif de ‘sauver le monde'. Ou bien, peut-être se sentent-ils très importants parce qu'ils sont les réceptacles de ‘l'énergie cosmique' qui est envoyée par les dieux au travers des cieux, vers les ‘élus' qui sont là. Un autre bon endroit pour trouver des flyers est dans les maisons funéraires où les gens se réunissent pour se livrer à l'auto apitoiement et à l'attitude du ‘pauvre bébé', ce n'est pas de leur faute, c'est juste comme ça que ça se passe. C'est pourquoi lorsque nous rencontrons une telle situation, nous devons être conscient (à travers la pratique continue de la récapitulation) de ce qui est en train de se passer, et ne pas être la proie de notre propre importance personnelle ou notre propre apitoiement, qui nous rendront vulnérables en face des flyers. C'est pourquoi nous n'avons pas besoin de rituels, de nettoyages énergétiques, d'amulettes, de talismans, etc. La meilleure protection possible et la seule offre que vous pouvez faire à l'esprit, est de vous débarrasser de votre importance personnelle, et de suivre un chemin impeccable, un chemin qui a du cœur.

 

 

« J'ai vécu au sommet de certains arbres dans la maison des sorciers pendant deux ans, comme une partie de mon entraînement de traqueuse. Le traqueur est un maître de la fixation du point d'assemblage à un endroit différent. Lorsque vous dormez, le point d'assemblage bouge naturellement, mais à moins que vous ne commenciez à rêver, ce pour quoi vous avez besoin d'emmagasiner de l'énergie au travers des techniques que nous avons déjà mentionnées, vous ne serez pas conscient de ce mouvement. Immédiatement après avoir pris conscience que votre point d'assemblage a bougé, afin de tirer avantage de cette nouvelle position, vous avez besoin de le fixer, c'est cela traquer. Quand je vivais dans les arbres, une des choses les plus inhabituelles qui bougeait mon point d'assemblage vers une nouvelle position, était le fait que j'avais perdu le point de référence de l'horizon. Tout ce que je pouvais percevoir était du feuillage et le ciel. Le sol était toujours ‘en bas', tandis que normalement, nous bougeons en étant cloué au sol, dans un système comportant quatre directions. En vivant au sommet des arbres, je suis entrée dans un système de déplacement à six directions, car je n'étais pas autorisée à toucher le sol. Cela a fait bougé mon point d'assemblage, et l'a fixé sur une nouvelle position.

 

 

« Le point d'assemblage, tel que les voyants le voient, a un côté brillant, qui chez les hommes est orienté vers l'extérieur de l'œuf lumineux, et chez les femmes, ce côté brillant est tourné vers l'intérieur. Due à mon existence au sommet des arbres, mon point d'assemblage commença à se tourner vers l'extérieur, dans la direction des hommes. Quand don Juan vit cela, il me fit faire une autre traque afin de le corriger. Il m'envoya vivre dans une ville mexicaine où Nelida vivait comme une riche femme de la haute société, bien connue dans cette ville. Je devais devenir sa nièce, qui était venue vivre avec elle pour trouver un mari. Ainsi, on m'enseigna tout sur comment ‘être féminine' ; l'art du maquillage, de la cuisine, les bonnes manières, le tricot, la danse, jouer du piano, et je prenais même des leçons de français. Nous avions l'habitude d'aller dans toutes les fêtes de la haute société, et on me présentait comme une jeune fille éduquée, étant à la recherche d'un bon parti, jusqu'à ce qu'un jour, après six mois, je rencontre un prêtre excommunié qui avait de profonds troubles émotionnels, et tout ce qui me vint à l'esprit fut de le suspendre à un arbre pour l'aider.

 

 

« Cela fit un énorme scandale en ville, et don Juan vit qu'il était tant de changer de stratégie. Il me dit que puisque je voulais encore ‘avoir l'attention de tout le monde', il allait établir pour moi une traque qui me guérirait ou qui me tuerait, et il m'établit comme clocharde. Ils commencèrent par remplacer ma jolie robe blanche par des guenilles, puis ils mirent tout un tas de trucs collants dans mes cheveux. Je me souviens qu'Emilito arriva avec l'idée de mettre du chewing-gum dans mes cheveux, tandis que Nelida appliquait de la graisse sur ma peau afin qu'elle paraisse plus sombre et plus sale. Après qu'ils m'aient ‘habillée' en clocharde, don Juan appela une femme nommée Alphonsina, qui était une clocharde de la ville. Il lui dit que j'étais folle et qu'ils ne pouvaient plus me garder avec eux. Puis, don Juan donna un peu d'argent à la femme et lui dit de prendre soin de moi.

 

 

« Je partis avec cette femme et je me souviens qu'elle me dit : ‘T'as pas l'air très bavarde, hé...c'est bien, je crois qu'on va bien s'entendre...' Puis nous arrivâmes à sa maison, et je fus terrifiée. C'était l'endroit le plus puant et le plus sal que j'avais jamais vu. Elle vivait dans une pièce de 6 m2, faite de carton et de tôle ; sur le sol souillé, il y avait deux nattes, pleines d'insectes rampants. C'était si horrible que je fus obligée de partir. Je courus jusqu'à la maison, mais quand j'arrivai, les servants me dirent que tout le monde était parti pour un long voyage, mais qu'il était encore peut-être possible de les trouver dans les alentours de la ville. Je courus immédiatement vers les abords de la ville et, à mon grand soulagement, je trouvai la voiture de Nelida, arrêtée au coin d'une rue, attendant que le feu passe au vert. Je me dirigeai vers la voiture et vis que c'était don Juan qui conduisait. Je le suppliai de me sortir de cette situation de dingue. Je lui dis que je ne voulais pas être une clocharde, que tout ça allait trop loin, que la maison d'Alphonsina était un ‘trou à merde', et que je ne voulais pas y passer ne serait-ce qu'une seule nuit.

 

 

« Don Juan me regarda avec des yeux fixes et me dit que c'était le dessein de l'esprit de faire ça ; soit je réussissais, soit je ne reverrais jamais aucun d'entre eux. Il fouilla dans sa poche, me lança une pièce et dit : ‘Vas, et trouve ce que tu as à trouver, et tu verras que les gens te donneront de l'argent mais ils te mépriseront pour ce que tu es. Il y a toujours la possibilité que tu tombes sur quelqu'un qui se préoccupe vraiment de toi, alors tu auras réussi ta tâche, et tu apprendras à ne plus rechercher l'attention pour toi-même.' Le feu passa au vert et ils partirent. Je restai là, sur la place principale, pensant que je n'avais pas d'autre option que de retourner à la maison d'Alphonsina et de jouer impeccablement le rôle d'une clocharde, sans aucune attente ou inquiétude de quand cela allait se terminer ou sur ce qui allait se passer. Je me préparai à être une clocharde pour le restant de ma vie si c'était ce que l'esprit voulait de moi.

 

 

« J'arrivai à la maison d'Alphonsina, elle était agenouillée en face du four à bois et préparait quelques tortillas de maïs ; sans dire un mot, elle me tendit une tortilla et je m'assis tranquillement et commençai à manger. A cause du fait que j'étais dans une petite ville, j'avais besoin d'avoir une histoire derrière moi, voici donc ce qu'Alphonsina raconta sur moi aux gens : j'étais sa fille folle qui vivait dans la grande ville avec son père, mais maintenant que le père était mort, on m'avait envoyé à elle. Ainsi, je commençai à appeler Alphonsina ‘maman', et tous les jours, en rentrant à la maison je disais : ‘Bonjour maman, voici ce que j'ai récolté aujourd'hui', et je donnais à Alphonsina tout ce que j'avais mendié durant la journée. La vie était dure comme elle l'est pour un clochard. Je devais lutter contre d'autres clochards afin d'obtenir une bonne place pour mendier. Alphonsina me dit que les meilleurs endroits pour mendier étaient à la sortie des restaurants ou des clubs de sport. Elle disait que lorsque les gens sont repus ou ont fait beaucoup d'exercices, ils donnent aux pauvres. En revanche, les églises n'étaient pas de bons endroits car les gens avaient déjà donné à l'église et préféraient donner à l'église plutôt qu'aux clochards.

 

 

« Alphonsina m'enseigna aussi à toujours porter un petit paquet de bois, à utiliser en guise de bouclier quand j'étais attaquée par d'autres clochards parce que j'envahissais leur territoire. Ce petit paquet de bois s'avéra être très utile. J'aimais aller à l'église, pas pour mendier mais pour voir une très belle femme qui venait tous les jours ; elle avait quelque chose qui avait un pouvoir d'attraction sur moi. En entrant plus profondément dans mon rôle de clocharde, je commençai à entendre les pensées des gens, et je pouvais entendre des choses qui se passaient à plusieurs rues de là où j'étais. Un jour, alors que je mendiais à l'extérieur de l'église, cette très belle dame sortit et me parla ; elle voulait m'emmener chez elle, me laver, et me donner des affaires propres. Mais je refusai un certain temps, jusqu'à ce qu'un jour je me souvienne de ce que don Juan m'avait dit à propos de quelqu'un qui se ferait un ‘souci authentique' pour moi, et j'acceptai d'aller chez elle.

 

« La dame me fit immédiatement prendre une douche et me débarrassa des guenilles que je portais. Alors que l'eau commençait à couler sur mon corps et que la saleté disparaissait de ma peau, la dame fut horrifiée par le fait que j'étais une ‘fille blanche'. Elle hurla : ‘Que t'ont-ils fait !' J'étais sans voix. La dame me donna un cardigan, une robe et une grosse somme d'argent, et me dit de retourner de là où je venais mais de sortir de la rue. Je revins voir Alphonsina, et en lui tendant l'argent je lui dis comme toujours : ‘Maman, maman, regarde ce que j'ai récolté aujourd'hui.' Lorsqu'elle me vit, elle s'évanouie. En revenant à elle, elle me dit : ‘Tu as été touché par un ange.' Elle tomba malade et je l'emmenai dans la maison de Nelida. Là je retrouvai don Juan, Nelida, et tous les autres.

 

 

« Nelida emmena Alphonsina dans sa chambre et prit soin d'elle. Je restai dans le salon avec don Juan. J'étais angoissée par ce qui allait arrivé à Alphonsina parce qu'à ce moment, je savais que je l'aimais, inconditionnellement. Jusqu'à ce jour, je ne savais pas ce qu'était l'amour. J'essayai de transmettre cela à don Juan, mais il semblait déjà connaître mes sentiments, et il me dit que j'avais réussi dans ma tâche, et que je n'étais pas obligée de retourner avec Alphonsina. Alphonsina avait une fille qui l'aimait vraiment, mais pour elle, cette fille était morte à présent. A ce moment là, je sus que dans le monde des sorciers, les choses vont et viennent et que l'on doit y fluer sans attaches.

 

 

Guillermo



Publié à 11:18 le 25 juillet 2007 dans Séminaires de Tenségrité
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Les Non-Faires des Sorciers

 

 

 

Les Non-Faires des Sorciers

Séminaire de Koottu, 1998

 

 

 

L'ultime héritage

 

         Les disciples du nagual Juan Matus - Carlos Castaneda, Florinda Donner-Grau, Taisha Abelar et Carol Tiggs - sont profondément intéressés par l'acte de disséminer le concept et la pratique de quelques mouvements anciens, découverts et développés par les chamans qui vivaient au Mexique durant l'antiquité, des mouvements qu'ils appelaient eux-mêmes des passes magiques, dû à leur effet stupéfiant sur le bien-être, la plénitude et l'équilibre mental et physique des êtres humains.

 

 

         Ces mêmes mouvements furent l'ultime héritage, pour ainsi dire, que don Juan Matus laissa à ses disciples. L'effet le plus surprenant produit par ces passes magiques est l'effet des passes magiques pour le non-faire. Le non-faire a été défini par les anciens chamans du Mexique comme la condition durant laquelle un flux originel d'énergie, qui est la force qui nous maintient en tant que champs d'énergie, est momentanément interrompu, donnant ainsi une milliseconde de temps au corps entier pour changer de direction, en termes d'idées et de comportements pratiqués par les êtres humains depuis le moment de leur naissance.

 

 

         Le non-faire était un terme utilisé par don Juan Matus pour désigner une dissonance cognitive spécifique, c'est-à-dire, un processus cognitif au moyen duquel ce qui semble être un flux naturel d'activité était délibérément interrompu pour créer un état de chaos cognitif momentané. Par exemple, don Juan soutenait que bien qu'il y ait suffisamment de place dans la chaussure droite pour qu'elle soit portée par le pied gauche, nous n'osions pas le faire. Nous le ferions comme s'il s'agissait d'une blague, mais pas comme quelque chose de sérieux. Le faire, pour don Juan, était de porter les chaussures de la façon dont nous le faisons, de façon ‘normale'. Le non-faire était de délibérément inverser cet ordre et de porter la chaussure gauche avec le pied droit et la chaussure droite avec le pied gauche.

 

 

         D'après don Juan, les chamans qui vivaient au Mexique dans les temps anciens, les fondateurs des lignées de sorciers, utilisaient ces états de chaos momentané créés par l'engagement délibéré dans les non-faires, afin d'acquérir le plus de fluidité possible nécessaire à la pensée et à l'action. Don Juan, tout comme les sorciers de sa lignée, croyait que les processus cognitifs de la vie quotidienne sont tellement pris comme allant de soit que la totalité des êtres humains socialisés n'a pas la possibilité de changer et d'innover de manière authentique.

 

         Don Juan lui-même était convaincu que l'homme moderne ne pouvait même pas réarranger ses schémas établis, et que tout ce qu'il pouvait faire était d'apprendre à les accepter sans s'en inquiéter. Il disait qu'aucune nouvelle idée ne pouvait s'écouler, parce que le système du 'faire' était si bien établi qu'il n'admettait aucune compétition, et encore moins de changement. Il croyait fermement que ce genre de stagnation était la marque de nos vies ; et que si nous n'utilisions pas d'autres ressources pour nous opposer à cette force, elle gagnerait facilement, et nous noierait dans la répétition et l'ennui. 

 

 

         Afin de contrebalancer les schémas établis de cognition, les sorciers de l'ancien Mexique inventèrent le non-faire. Pour eux, le non-faire était intimement relié à leurs passes magiques. Les cinq séries de non-faire sont L'Homme qui Court (Running Man), En Cavale (On the Run), La Résolution Inflexible (Unbending Purpose), Les Jambes Régissent la Vitalité (The Legs Rule Vitality), et La Roue du Temps (The Wheel of Time). Don Juan Matus les enseigna à ses quatre disciples de la façon classique. Don Juan lui-même avait appris ces passes magiques dans le même ordre et la même disposition. Dans tous les cas, les quatre étudiants de don Juan ont présenté une vision différente des passes magiques pour le non-faire : une vision dérivée de ce que firent les sorciers de l'ancien Mexique pendant peut-être des milliers d'années.

 

 

         Leur raison pour ce nouvel ordre résidait dans la croyance que pratiquer les passes magiques pour le non-faire de cette façon assurait les meilleurs résultats, et fournissait aux exécutants un état de profonde harmonie et d'accord, entre eux et avec le monde qui les entouraient, ainsi qu'une résolution magique envers la vie.

 

 

         Il n'est jamais venu à l'esprit des êtres humains que la direction du flux de notre énergie inhérente n'a pas été donnée à chacun d'entre nous comme on pourrait s'y attendre, mais que c'est une question d'habitude et d'usage. Être capable de changer cet apparent flux naturel avec l'aide des passes magiques est une proposition choquante pour la mentalité de l'homme. Les passes magiques pour le non-faire font précisément cela. Elles peuvent arrêter le mouvement de notre flux inhérent d'énergie, ou changer sa direction. De cette façon, les passes magiques, en elles-mêmes et par elles-mêmes, créent une nouvelle direction pour ce flux.

 

 

 

La Faille

 

         L'histoire dit qu'il y eut un temps primitif, où des femmes et des hommes chamans vivaient dans un profond état harmonie, de manière très naturelle. Mais ensuite, les femmes chamans prirent les rênes du pouvoir, et dirigèrent le monde des chamans pendant des centaines d'années, de façon tellement maladroite, qu'à la fin elles furent chassées physiquement, créant de cette façon la plus profonde faille imaginable entre les mâles et les femelles ; une faille qui persiste encore aujourd'hui.

 

 

 

 

En Cavale

 

         La seconde série de passes magiques pour le non-faire, appelée 'En Cavale' (On the Run), est la plus mystérieuse de toutes, pour des raisons qui sont impossibles à expliquer, pas seulement de notre point de vue, mais aussi depuis l'intérieur du cadre du monde des chamans de l'ancien Mexique. Elle a gardé sa forme originelle pour des raisons qui étaient un mystère pour tous les chamans de la lignée de don Juan, parce qu'il n'y a pas d'explication logique, mystique, ou mythique. Cela semble obéir à des raisons qui sont au-delà de la portée et de la compréhension des chamans.

 

 

         Cette série est demeurée intacte à travers les millénaires. Toutes les autres séries ont changé. Le changement était la première conduite derrière tout ce que faisaient les chamans de l'ancien Mexique. Entre eux, il y avait un flux continu d'idées, de conclusions et de pratiques. Ce flux persiste aujourd'hui, et peut être mieux déterminé par la Tenségrité : les passes magiques qui sont enseignées et pratiquées de nos jours.

 

 

 

Le Code

 

         Une autre particularité étrange de la seconde série de passes magiques pour le non-faire est une caractéristique inhabituelle et accidentelle. L'histoire des chamans est que précédemment à la faille existant entre les praticiens mâles et femelles, existait un code pour les cinq séries, qui comprenaient le groupe total des passes magiques pour le non-faire.

 

 

         Ce mystérieux code est un ordre séquentiel dans lequel les chamans de l'ancien Mexique réarrangèrent les passes magiques pour le non-faire. Toutes les séries sont enseignées suivant ce qui semble être un schéma traditionnel. Toutes les passes magiques pour le non-faire, lorsqu'elles sont enseignées, suivent un ordre naturel. Par exemple, de 1 à 12, de 1 à 26, et ainsi de suite. Cet ordre originel semble avoir été leur ultime secret. Ils ajoutèrent une nouvelle séquence réarrangée à l'originale ; ils brouillèrent les nombres pour satisfaire un autre ordre, parce que ce nouvel ordre leur donnait des résultats stupéfiants et instantanés. Lorsque la faille tragique se produisit entre les praticiens mâles et femelles, le code fut apparemment détruit intentionnellement. Don Juan croyait que détruire le code était l'équivalent de couper son bras pour montrer à son beau-père que l'on était très en colère contre lui. Cependant, le seul fragment du code qui demeure est le code du second groupe.

 

 

         La Tenségrité, à cause de l'humeur dans laquelle elle a été créée - une humeur de liberté et d'investigation - a été considérée comme la terre la plus fertile pour l'application pratique de tout ce que firent les chamans de l'ancien Mexique. Pendant longtemps, il fut assumé que c'était la nouveauté de la Tenségrité qui contribuait à cette qualité de changement, mais ce n'est pas vrai. Le changement était une part inhérente de la vision du monde des chamans de l'antiquité. Tout était en flux constant pour eux, tout, excepté le second groupe des passes magiques pour le non-faire. Les chamans ont spéculé, à travers les siècles, sur ce qui rendait ce second groupe inchangé.

 

 

         Le nagual Juan Matus disait que cela était absolument accidentel, qu'il n'y avait pas de préméditation derrière tout ça de la part des chamans. Il expliquait qu'un code existait, qu'il était appliqué à toutes les passes magiques de toutes les séries pour le non-faire. Ce code était une nouvelle séquence annexe à la séquence naturelle dans laquelle ces passes magiques avaient été enseignées, altérant l'ordre de telle façon que cela produisait un résultat spectaculaire, ressenti instantanément par tous les praticiens : une augmentation des possibilités perceptuelles. L'effet était si remarquable que le code devint un secret total, quelque chose dont s'occupaient uniquement les initiés les plus avancés.

 

 

         Un terrible soulèvement semble avoir ébranlé les fondations du monde des chamans à cette époque. Les conséquences de ce soulèvement furent un bouleversement de la manière de vivre des chamans. Avant ce soulèvement, les chamans praticiens mâles et femelles travaillaient ensemble, à l'unisson, pour l'augmentation totale de la perception. Après le soulèvement, des motivations d'origine personnelle firent leur apparition et brisèrent l'ordre et la résolution de ces chamans.

 

 

         Ils réagirent violemment et brûlèrent le code. Le nagual Juan Matus assurait à ses disciples que le seul morceau restant était celui qui s'appliquait au second groupe de passes magiques pour le non-faire. La seconde cause possible que donnait le nagual Juan Matus pour la seconde série d'être demeurée inchangée était plus spéculative. Cela avait à voir avec une conduite préméditée de ces chamans pour maintenir un élément d'un certain ordre, qui avait l'habitude d'être répandu entre eux, mais qui n'était plus en fonction. Le nagual Juan Matus le comprenait comme une tentative de maintenir une unité de survie qui pourrait attester de l'existence de quelque chose qui n'était plus.

 

 

 

La Conscience à travers l'Harmonie

 

         Quoi qu'il en soit, le code fut perdu, et la seule chose qui demeure en est une fraction. Le nagual mettait en garde qu'un tel code ne pouvait pas être pratiqué. Afin de le rendre fonctionnel, les praticiens avaient besoin d'atteindre un niveau de profonde aménité, d'affinité entre eux. Les praticiens devaient être un homme et une femme qui n'avaient aucun désir d'apposer des standards ou de quelconques scenarii préconçus de priorité ou de supériorité. Ils devaient être une paire de praticiens qui étaient dans l'abandon, et libres de l'encombrante imposition de l'égomanie ou de l'importance personnelle à propos de leur place dans l'histoire et le temps.

 

 

         Les deux praticiens qui remplissent ces conditions sont Zaia Alexander et Miles Reid. C'est tombé sur eux - complètement indépendamment de leur volonté - d'être les porte-parole d'une nouvelle ère. La meilleure manière d'exprimer cette ère de nouveauté est à travers l'exécution des passes magiques de la seconde série pour le non-faire. Cela produit un moment profondément sans ego, même si c'est pour une fraction de seconde, cette fraction est suffisante.

 

 

         Cette équipe est une équipe d'une valeur unique. Lorsqu'ils travaillent ensemble, ils sont appelés « Conscience à travers l'Harmonie », car ils sont parvenus à éradiquer les barrières et les frontières naturelles entre les sexes. Leur homogénéité est si extraordinaire qu'aucun des disciples de don Juan n'a de mots pour l'expliquer ou le décrire. Dépasser une telle barrière est un triomphe de la discipline et de l'imagination qui est propre à l'esprit de l'Homme. Cette équipe de praticiens y est parvenue. De cette façon, ensemble, ils sont capables d'explorer, en termes de conscience et de perception, des zones complètement voilées à un praticien normal. Afin d'entrer dans ces zones, un praticien normal aurait besoin d'une poussée énergétique qui ne peut être obtenu dans les conditions de vie normale d'un chaman, qui sont, dans une large mesure, plus exigeantes et plus difficiles que les conditions de vie d'une personne ordinaire.

 

 

 

La Roue du Temps

 

         La dernière série de passes magiques pour le non-faire est appelée 'La Roue du Temps' (The Wheel of Time). C'était la croyance des chamans de l'ancien Mexique que la série 'L'Homme qui Court' (Running Man) introduit les praticiens dans le royaume de la conscience accrue. Les trois séries restantes, 'En Cavale' (On the Run), 'La Résolution Inflexible' (Unbending Purpose), et 'Les Jambes Régissent la Vitalité' (The Legs Rule Vitality), guident les praticiens à travers un état de conscience accrue, mais c'est la cinquième série, la plus complexe et la plus sophistiquée d'entre toutes, qui va leur permettre de cimenter toutes leurs acquisitions.

 

 

         Comme son nom l'indique, 'La Roue du Temps' est en rapport avec ce que l'homme moderne appelle « la manipulation du temps et de l'espace », et que les chamans de l'ancien Mexique appelaient « intentionner en avant et en arrière ». Pour réaliser cela de la manière la plus appropriée, un praticien doit apprendre à maintenir la roue du temps, qui est dans notre cas une petite roue, faite de mousse de caoutchouc. La roue du temps était faite de bois à l'origine, avec un bord régulier en métal, mais le bois est trop lourd à porter avant qu'une compétence totale soit acquise. L'idée est de compresser le temps - de façon psychologique, pour ainsi dire - et de transformer le temps en une unité adaptée pour un usage maximum des praticiens.

 

 

         Plus que jamais dans notre histoire, nous avons besoin d'un facteur unifiant, une idée qui nous infusera le désir d'agir. Cette action doit être inspirée par le côté impersonnel de cette idée, et par son indéniable valeur pragmatique. Les chamans de l'ancien Mexique découvrirent cette forme dans leur pratique des passes magiques. La pratique des passes magiques est impersonnelle, ainsi que l'effet qu'elles produisent. Cela est en rapport uniquement avec le praticien individuel.

 

 

Carlos Castaneda



Publié à 01:31 le 29 juin 2007 dans Notes de Sorcellerie
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La Lune du Traqueur - Los Angeles 1995

 

 

 

 

 

La Lune du Traqueur

Los Angeles 1995

           

         Nous étions assis en tailleur depuis environ une heure sur un parquet entourant une scène de 10 m2, située au milieu de la pièce. Tout autour, de vieilles connaissances se retrouvaient, tandis que j’essayais de ne pas fixer mon attention sur les jolies nanas. Finalement, un homme assez grand qui portait des lunettes monta sur scène et bidouilla un micro sans fil. Il nous souhaita à tous la bienvenue, nous fit la présentation commerciale de la seconde vidéo, puis s’en alla. Quelques minutes plus tard, un groupe franchit la porte située à l’extrême gauche de la salle et tout le monde se leva pour applaudir. (Cela se passera ainsi à chaque entrée et sortie pour chaque conférence.)    

      

         Ce n’est que lorsque Carlos monta sur scène que je pus enfin le voir, car il faisait tout au plus 1m60. C’est un Latino à la peau foncé (il a certainement du sang indien), en fait il est Argentin. Carlos semblait avoir 60 ans, mais il était plein de vie et très animé. Il ponctuait chacune de ses phrases avec des gestes fluides et élégants. Ses cheveux coupés très courts étaient gris, presque blancs. L’anglais est sans aucun doute sa seconde langue, chose dont je ne me serais jamais douté en lisant ses livres. Il articulait bien mais parlait avec un accent prononcé. Il avait un regard de traqueur – il relevait constamment les détails des expressions et du langage corporel de ceux qui l’entouraient, ne détournant jamais son regard pendant plus d’une seconde ou deux. Il avait une attitude vraiment charmante et un sourire séduisant, encore que les quelques fois où ses yeux sont entrés en contact avec les miens, son regard était très pénétrant et pourtant détaché, comme celui d’un oiseau de proie :banal, mais authentique.          

 

 

         Carlos commença par déclarer que les passes de sorcellerie que nous allions apprendre avaient été découvertes par des hommes, des milliers d’années auparavant. Don Juan lui avait dit que c’était de l’ordre d’environ 10 000 ans. Carlos avait toujours eu des difficultés pour concilier cela avec sa formation archéologique. Il signala qu’une partie importante du chemin du guerrier était de traverser le monde sans laisser de trace, et qu’il était donc impossible de prouver l’existence même de don Juan – il pensait que nous pourrions en déduire que les tous premiers « anciens sorciers » remontaient en fait au temps des nomades, de la pré-agriculture, ainsi le cadre temporel de don Juan était exacte.  

       

         Ensuite, Carlos dit à nouveau que nous ne devions pas prendre de notes. Ce que nous allions faire ici, c’était redéployer de l’énergie, et la pleine participation de chacun était essentielle. Il dit que les Chacmool allaient s’adresser directement à nos corps d’énergie, tout comme lui, et nos corps allaient aimer cela ; cela nous rapporterait bien plus. 

        

         Depuis que les Chacmools sont arrivées dans leur groupe, et les ont tous ‘ré-énergisés’, Carlos en a déduit que le secret et les rituels qui avaient historiquement accompagnés les passes étaient une perte de temps. L’énergie est tout ce qui compte. Les passes rassemblent et redistribuent l’énergie. Il n’est pas nécessaire de comprendre comment ça marche, ou de croire que ça marche – il faut juste les pratiquer, c’est tout. Il dit que lorsqu’il avait confronté don Juan à ce problème, celui-ci lui avait donné la même réponse – « Donne moi satisfaction », avait-il dit. Carlos nous demanda de faire la même chose.

         

         Carlos mima la façon dont il avait l’habitude de prendre des notes dans la poche de son coupe-vent, sur un petit bloc-notes plein de pages. Don Juan lui demanda une fois s’il était en train de jouer avec son machin, car son stylo et le mouvement de sa main faisaient penser à ça. Quand Carlos expliqua ce qu’il était en train de faire, don Juan lui dit que s'il était sur le point de perdre son temps dans ce genre de petites masturbations, il ferait mieux de le faire pour de bon. 

        

         A la question de savoir pourquoi Carlos avait ouvert la sorcellerie au monde, il nous invita à inventer une raison, comme si c’était juste une autre petite masturbation – « Les croyances et les choses raisonnables ne comptent pas dans le monde des sorciers, seules comptent les actions. » 

 

 

         Carlos indiqua qu’il avait été un membre instruit de l’académie avant de devenir un sorcier. La somme totale de toute la religion et de la philosophie académiques semblait être l'équivalent de : « La vie est une salope et tu es mort. » Il trouvait cette proposition odieuse, et continua à chercher des gourous, même après avoir été impliqué dans le monde de don Juan. Comme il le souligna, il est difficile de devenir un navigateur de l’infini. Et pas avec l’âme ou l’esprit, des termes qui n’ont aucune signification pour les sorciers, mais avec tout ce que nous sommes, le corps et le reste.  

        

         Carlos demanda cela à don Juan – « Est-ce que la sorcellerie est le seul chemin de connaissance ? » Don Juan indiqua que Carlos était le dernier maillon d’une longue chaîne d’évolution, ce qui l’avait placé devant la porte de la sorcellerie. Il dit que bien qu’il soit en effet possible que Carlos puisse être capable de chercher une voie alternative de connaissance avant que la mort ne le trouve, cela lui semblait être une perte de temps et d’énergie très risquée, puisqu’il se tenait déjà devant la porte de la sorcellerie. « C’est ainsi que nous sommes », dit Carlos. Et tout comme don Juan l’avait fait pour lui, il nous invita à passer cette porte afin de devenir, nous-même, des navigateurs de l’infini.    

     

         Carlos raconta alors ses rencontres avec plusieurs hommes sages ou saints.          

         1) Baba Maharishi, un sage indien, était interviewé par un magasine au moment où Carlos lui fut présenté. Ils devaient parlé via un interprète, et cette situation embarrassante réduisit Carlos à dire des lieux communs, comme « Alors, depuis combien de temps êtes-vous aux Etats-Unis ? » ; « Est-ce que ça vous plaît ? », etc. : une conversation absolument fade. Carlos fut stupéfait que la retranscription de cette « rencontre de deux grands hommes » soit publiée en fanfare.         

         Il mentionna également une interview radio qu’il avait donné à une émission de la West Coast Radio, où l’animateur ne l’avait manifestement pas pris au sérieux. Donc, comme il est demandé dans l’art de traquer, Carlos ne le prit pas non plus au sérieux, en racontant des conneries quand l’autre le faisait – la folie contrôlée. Ce ne fut que plus tard qu’il réalisa que l’interview avait été tapée et vendue à Esalen et à d’autres. Il indiqua le danger inhérent de faire des acomptes de seconde main, et insista à nouveau sur l’importance d’une participation active.   

      

         2) Timothy Leary – Carlos demanda à Leary ce qu’il nous avait ramené de ses 500 et quelques trips dans le ‘no man’s land’. La réponse de Leary fut de demander à Castaneda de quel signe il était. Il accusa Castaneda d’être un capricorne fanatique des structures. Carlos tourna en ridicule l’enthousiasme habituel de Leary pour les ordinateurs, particulièrement l’intelligence artificielle. Carlos maintint qu’il n’y avait aucun moyen qu’une machine géante et miraculeusement rapide puisse jamais incorporer la conscience humaine. Il utilisa l’exemple d’une prothèse de main, et indiqua que dans un simple mouvement de chair et de sang, l’algorithme venait de la vaste complexité de l’organisation de la matière en cellules vivantes, l’organisation des cellules en tissus et en organes, et le suprême mystère de la conscience qui pouvait diriger le mouvement ; comment tout cela se produisait par rapport à la relative simplicité d’un mouvement. L’ « erreur mécanique » de l’homme était de passer de quelques trucs simples, comme des écrous et des boulons, des barres de fer, et du latex couleur chair, à la relative complexité d’un mouvement artificiel de la main, et dire que c’était aussi bien que l’original. Il réprimanda la croyance de Leary consistant à penser qu’il pouvait être maintenu en vie avec la cryogénie jusqu’à ce que la technologie puisse le ramener à la vie.  

         

         3) Le Pape – Carlos eut une audience semi-privée avec le Pape. Dans l’aire de réception, le Pontife le béni et lui demanda : « Que fais-tu mon fils ? » Carlos resta muet et ne put répondre, car après tout, dit-il, la dernière chose qu’il voulait faire était de mentir au Pape. L’homme qui vint après lui n’eut pas de problème quant à lui. Il dit au Pape qu’il tenait un magasin de livres d’occasion, et lui demanda de le bénir. Carlos observa qu’il avait maximisé son temps avec le Pape.       

  

         4) Un maître en Inde – Carlos lui posa une question sur l’énergie, et il lui répondit que les femmes n’avaient pas été crées par Dieu, mais étaient des êtres inférieurs, à cause du trou qu’elles avaient entre leurs jambes. Lorsque l’énergie mâle voulait s’unir à l’énergie femelle, elle devait se rabaisser à travers le sexe. Carlos parodia la consciencieuse prise de notes en présence du gourou, et s’émerveilla de voir que les plus attentifs et les plus fervents preneurs de notes étaient des femmes.        

 

         5) Un praticien chinois – Un ami psychiatre emmena Carlos pour voir un homme « ruisselant de Chi ». En arrivant, on dit à Carlos qu’il n’était pas habilité à entrer par la porte principale, et qu’il devait utiliser l’entrée de service des domestiques. Carlos et son ami acquiescèrent, mais lorsqu’ils arrivèrent derrière, ils furent accueillis par un homme large et féroce, qui dégringola promptement les escaliers pour venir à leur rencontre en roulant jusqu’à leurs pieds. L’ami de Carlos proposa de fuir, car il ne voulait pas être un « témoin matériel ». Carlos ne le voulant pas non plus, ils déguerpirent.

 

 

          Carlos parla ensuite de l’importance personnelle, à quel point elle est évidente dans la vie de tous les jours. Il indiqua que ce qui passe au cours d'une discussion, ce sont seulement deux personnes, chacune attendant que l’autre cesse son stupide monologue afin que son propre brio verbal puisse enfin briller. Il railla la psychiatrie, qui consiste à payer des gens très cher pour vous écouter parler de vous. Il dit que ce qui est appelé la « guérison » se produit quand vous-même êtes fatigué de vous entendre. 

         

         Carlos fit ensuite plusieurs références indirectes aux entités mangeuses de conscience appelées les flyers, qui ne peuvent être évitées qu’au travers de la discipline. Il dit qu’ils perdent vite tout appétit pour la conscience disciplinée. Les Chacmools allaient nous aider à apporter un peu de cette discipline dans notre vie, et il nous invita à les prendre comme de purs exemples d’une telle discipline.

          

         Les Chacmools prirent alors la relèvent, avec Kylie comme leader évident, comme dans la vidéo. Elle occupa le centre de la scène, tandis que Reni et Nyei se dirigèrent vers de plus petites scènes à chaque coin de la pièce. J’allai vers l’endroit où se trouvait Nyei. (Après la session, elles changèrent de scènes, chacune enseignant différentes passes depuis le centre, les autres assistant depuis les deux autres coins de la pièce. De cette façon, même si la plupart des gens restaient plus ou moins au même endroit durant les trois jours, nous avons tous eu une interaction avec chacun des Chacmools.)  

        

         Elles portaient toutes des micros sans fil, et étaient habillées exactement de la même façon durant chaque session, bien qu’elles portèrent une couleur différente à chaque fois. Comme disait le grand chansonnier texan, Robert Earl Keen, je ne suis « aucun genre de danseur », ce fut donc avec une certaine excitation que j’attendis l’instruction. Je m’imaginais qu’on allait me demander de faire le grand écart ou d’autres mouvements douloureux de gymnastique, mais ce ne fut pas le cas, pour aucun des mouvements. La seule condition nécessaire pour chaque passe était d’être concentré. 

        

         La première passe que nous apprîmes s’appelait Redéployer l’énergie vers le centre de l’action soutenue. Nous l’avons pratiquée jusqu’à ce que nous puissions la faire sans l’aide des Chacmools. Nous avons ensuite été appelés par la nuit. Je suis retourné à l’hôtel, et bien que j’aurais dû être épuisé, je me sentais étrangement plein d’énergie.

 



Publié à 09:52 le 9 juin 2007 dans La Lune du Traqueur
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La Lune du Traqueur (suite...)

 

Deuxième jour

Conférence de Carol Tiggs      

   

         Carol Tiggs, la femme nagual, monta sur scène à 9h30 le matin suivant. C’était une belle femme, bien faite, avec des cheveux et des yeux noirs. Elle semblait avoir 40 ans, bien qu’étant une contemporaine de Carlos et des autres, elle aurait du avoir 10 ans de plus. Elle nous parla d’elle, de lorsqu’elle était plus jeune, et que don Juan était encore là – comment elle zozotait, etc., comme cela est raconté dans L’Art de Rêver              

 

         Elle était la seule des guerriers femmes à porter une jupe, et elle plaisanta sur le fait qu’elle ne s’habituait toujours pas à être sur scène, et voulait être sûr que tout ce que nous pouvions voir était ses genoux.  

 

         Carol continua là où L’Art de Rêver s’était arrêté, et nous raconta sa propre rencontre avec le Défieur de la mort. Apparemment, cela eut lieu dans la même église que la rencontre avec Carlos. Carol entra dans l’église, et l’obscurité soudaine la fit trébucher sur une marche. Durant ce petit moment d’embarras, elle fut saisie par une main glacée, tandis qu’une voix rauque lui dit : « Carol Tiggs, c’est un plaisir de finalement vous rencontrer. Cela fait longtemps que je vous cherche. » Carol dit que l’utilisation de son nom complet par le Défieur de la mort avait apaisée son intenable terreur ; elle avait ressenti que c’était là le signe du respect qu’elle pensait mériter. Carol était toujours très effrayée, et ne voulait même pas regarder le Défieur de la mort.

         

         Celui-ci lui dit qu’il n’y avait pas de quoi être effrayé, et qu’elle était « complètement femme. » Elle attrapa la main de Carol, et la posa sur sa forte poitrine. Carol était effarée, et dit au Défieur de la mort d’arrêter avant que des gens les voient dans l’église.  Le Défieur de la mort lui expliqua qu’il n’y avait aucune raison de s’inquiéter, qu’elles étaient dans un rêve et que ces gens n’existaient pas – seules elle et Carol existaient. Le Défieur de la mort offrit alors à Carol de faire un marché pour avoir un peu de son énergie. Tout comme Carlos, Carol n’agit absolument pas comme une femme d’affaire astucieuse, et en gros acquiesça à tout ce que désirait le Défieur de la mort. Le Défieur de la mort offrit de lui montrer la « Mer de la Conscience », et Carol, espérant faire un genre d’escapade vers une plage cosmique, acquiesça. A la place de ça, elle eut un aperçu fugace de quelque chose d’indescriptible. Puis elle ressentie une lourdeur dans les jambes, et une douleur dans le pied. Elle était à Tucson, loin du Mexique où elle avait rencontré le Défieur de la mort. Elle trouva un journal, et découvrit que 10 ans s’était écoulés depuis l’instant où elle était partie.    

     

         Carol nous dit qu’elle n’était même plus sûr d’être la même Carol Tiggs qui était partie ce jour là, ou bien une Carol Tiggs possédée par le Défieur de la mort, ou encore un étrange amalgame des deux. Elle essayait encore, même par l’acte de nous raconter ses « contes d’énergie », de retrouver la mémoire de ce qui lui était arrivé. Elle continua à partager quelques-unes de ces histoires.  

       

         Carol dit que lorsque le point d’assemblage se déplace vers un endroit où il assemble un nouveau monde complet, les sorciers voient un mouvement de pure énergie, juste pendant un instant, avant que le point d’assemblage, qui dicte non seulement ce que nous percevons mais aussi comment nous le percevons, impose son interprétation sur le nouveau monde. 

 

         Il était arrivé un moment où Carol et Carlos avaient atteint un point dans leur pratique où ils pouvaient rêver ensemble. Leur entrée dans cet état prenait trois formes – ils se retrouvaient en train de marcher ensemble, en train de rouler ensemble dans une voiture, ou ensemble, nus dans un lit. Elle raconta une série de ces expériences. Lorsqu’ils roulaient ensemble, ils finissaient généralement en face d’une maison blanche, et Carol savait intuitivement que c’était sa maison. D’habitude, elle se réveillait avant d’entrer à l’intérieur. Mais, elle finit par y aller, et fut accueillie par quelqu’un qui était le sosie d’un acteur des années 1940, Gerald Mohr qui, selon toute apparence, avait une voix très distinguée. Il lui dit : « Salut chérie, je suis content que tu sois à la maison. » Carol eut le sentiment que ce personnage n’était pas humain. Ce sentiment s’intensifia lorsqu’il émit un rire démoniaque. Elle revint en vitesse dans notre monde.

 (Gerald Mohr)         

         A une autre occasion, elle et Carlos se réveillèrent ensemble nus dans la chambre de la maison blanche. Une petite fille arriva en courant dans la chambre en disant : « Maman, maman, qui est ce monsieur tout nu et qu’est-ce qu’il fait dans ton lit ? » Elle et Carlos paniquèrent, et Carlos hurla : « Tournoie, Carol, tournoie ! » (Apparemment la technique pour assembler un nouveau monde donne la sensation de tourbillonner rapidement).  

       

         A ce point de leur relation, Carlos et Carol commencèrent à se suspecter l’un l’autre. Ils sentaient tous les deux que l’autre en savait plus qu’il ne voulait le dire, et qu’il complotait avec don Juan et ses combines malfaisantes. A cette époque, Carlos était très gros et adorait cuisiner. Il ne laissait même pas Carol laver une assiette, car elle ne l’aurait pas fait suffisamment bien pour apaiser son esprit tatillon. A une occasion, Carlos prépara trop de chile con carne. Cela les plomba tellement qu’ils reportèrent leurs activités journalières. Ils s’allongèrent ensemble sur leur couche de rêve, s’endormirent immédiatement, et furent transportés dans la chambre de la maison blanche. La petite fille était en train de frapper à la porte et demandait à entrer à l’intérieur de la chambre. 

        

         Carol se leva et enfila une robe qui se trouvait au pied du lit (comme si elle l’avait fait pendant des années.) Carlos se glissa dans une armoire pour observer ce qui allait se passer. Carol remarqua un journal qui traînait par terre, et fut ébahie de voir qu’il n’était pas du tout écrit en anglais. Elle voulait le montrer à Carlos qui, d’une certaine façon, s’était enfermé tout seul dans l’armoire. Carol n’arrivait pas à l’ouvrir, et commença à s’énerver, car à présent l’enfant et Gerald Mohr étaient tous deux derrière la porte en train de lui demander ce qui n’allait pas et de bien vouloir les laisser entrer. Carlos (qui, pour une raison inexplicable était aussi un familier de cette maison) dit à Carol de marcher sur une tâche noire sur le sol qui ouvrait l’armoire. Cette fois, ce fut au tour de Carol de conjurer Carlos de partir, ce qu’il repoussa jusqu’à la dernière seconde à cause de sa curiosité anthropologique concernant le journal.      

   

         Lorsqu’ils revinrent à leur état de conscience normale, Carlos se tourna vers Carol en criant : « Putain de salope ! Qu’est-ce que t’as foutu dans la bouffe ? » Carol se contenta de sourire, car elle le tenait, et elle lui dit : « Toi, vas te faire foutre. Tu ne me laisses même pas entrer dans ta cuisine ! »  

        

         A cette époque, Carlos était également affligé de terribles accès de rage, qu’il attribuait à sa pression sanguine. Carol soignait ces attaques avec une forme d’acupuncture. A une occasion, elle demanda à Carlos quelle aiguille il préférait, la large ou la fine, et tout en disant cela, elle fit un geste insouciant de la main. Le côté gauche du visage de Carlos se flétrit comme s’il était sur le point d’avoir une attaque, et dans un faible marmonnement, il demanda l’aiguille fine. Carol était incapable de le porter, et était sur le point de faire une manœuvre drastique, qui demandait d’insérer l’aiguille à la base du scrotum de Carlos. Cela poussa Carlos à mobiliser toute son énergie, et il réussit à pousser un glapissement. Ils se disputèrent pendant des heures pour savoir ce qui s’était passé, jusqu’à ce que Carol retourne finalement chez elle au petit matin. Elle se regarda dans son miroir peu utilisé, et leva sa main gauche  pour le nettoyer de la poussière qui le couvrait. Elle se réveilla cinq heures plus tard, avec le visage collé contre le miroir alors qu’une alarme de voiture venait juste de s’arrêter dehors.  

        

         Ils découvrirent alors que l’œil gauche de Carol avait été altéré par ses visites dans la seconde attention, et qu’elle pouvait hypnotiser avec. Elle dit que pendant un temps, elle avait pris beaucoup de plaisir à zapper tout le monde, depuis les autres apprentis jusqu’à l’épicier du coin.  

          

         Ensuite Carol nous fit une démonstration. Elle appela une fille argentine qu’elle avait rencontrée juste avant, et l’hypnotisa. Puis, elle prit un volontaire étranger dans l’audience. Au préalable, elle expliqua que ce qu’elle faisait était éteindre leur dialogue intérieur. Elle nous pressa de ne pas regretter de ne pas être sur scène, que nous pouvions profiter de la démonstration « pour nos yeux seulement », et que nous pouvions aussi expérimenter cet arrêt intérieur. Elle espérait que nos corps se souviendraient, et que nous serions capables d’utiliser cette mémoire en cas de besoin. Je peux dire que cela a marché pour moi, les deux fois. Puis Carol se tourna vers les Chacmools. Nous apprîmes une autre passe, Traverser la frontière centrale du corps, puis nous fîmes une pause pour le déjeuner.  

 

 

Seconde conférence – Florinda Donner-Grau

          

         De tous les membres du clan de Carlos, Florinda est celle qui semblait être le plus être à part. Son visage m’évoqua le mot « elfe » – espiègle, énergique, possédant un savoir secret. Elle était très attirante, avec ses cheveux blancs et ses sourcils noirs en forme de V. Elle avait un magnifique sourire. Pour je ne sais quelle raison, j’ai beaucoup plus de mal à me souvenir de ce qu’elle a dit que pour les autres. A part ça, je pense que c’est parce qu’elle a parlé de beaucoup de choses que j’avais déjà assimilé (du moins intellectuellement).  

       

         Elle parla de l’importance personnelle, et réitéra ce qu’elle avait écrit sur l’effet dévastateur de l’assertion de don Juan disant que sa seule valeur personnelle était d’être née blonde avec les yeux bleus, dans un pays où les gens avaient la peau mate. Elle dit qu’il la harcelait sans arrêt sur le fait qu’elle était une « Allemande typique», l’appelant même « Mein Führer ». Si jamais il voulait la mettre en rage, il lui demandait si elle allait « être allemande aujourd’hui ».  

       

         Florinda dit qu’elle espérait que nous avions tiré avantage de la démonstration de Carol. Puis elle nous demanda si nous avions remarqué que les yeux de Carol étaient noirs. Florinda dit que les yeux de Carol étaient bleus quand elle était dans son « moi » normal, mais qu’ils étaient noirs lorsqu’elle était une sorcière incroyablement puissante. Elle dit que nous avions vu quelque chose de réellement merveilleux aujourd’hui, dont se souviendraient nos corps d’énergie. Elle plaisanta en disant que tout le clan, Carlos inclus, devait faire attention lorsque les yeux de Carol étaient noirs. Elle ajouta qu’elle appelait Carol avant d’aller la voir, pour lui demander de quelle couleur étaient ses yeux.         

        

         Florinda donna alors la plus achevée des explications de la Tenségrité. Elle indiqua que l’idée des œufs lumineux était une fabrication remontant au temps des anciens sorciers, que la forme de l’homme avait évoluée vers ce que la plupart des gens sont lorsqu’on les voit, c’est-à-dire de parfaites sphères d’énergie. Chez les personnes très jeunes, l’énergie est agglomérée au centre de la coquille. Les expériences mondaines déplacent notre énergie vers la surface de la coquille, formant une sorte de croûte énergétique. Cette énergie est alors inutilisable. L’objectif de la Tenségrité est de redistribuer cette énergie depuis la surface de la coquille vers le centre. Cela provoque un retour de nos corps d’énergie vers nous.     

    

         Quelqu’un demanda si le corps d’énergie était dans notre corps physique. Florinda répondit que puisqu’il fait partie de notre totalité, il n’est pas dans notre corps physique. Nos corps d’énergie tendent à être séparés de nous à cause de la fixation du point d’assemblage sur la position de l’auto-contemplation. Elle dit que don Juan avait l’habitude de plaisanter avec Carlos en disant que son corps d’énergie était au Japon. Florinda était plus chanceuse, le sien était seulement à New-York.  

        

         Une question fut posée à propos des effets énergétiques de récapituler quelqu’un avec qui nous sommes toujours en contact dans le quotidien. Florinda clarifia l’idée fausse selon laquelle nous reprenons de l’énergie chez les autres. Elle dit que chaque être possède une quantité finie d’énergie – le processus de récupération est similaire aux effets de la Tenségrité – on ramène notre énergie depuis la coquille extérieure vers le centre.    

     

         Florinda parla du problème du « pauvre bébé ». Elle dit qu’il était insensé de se plaindre de ne pas avoir l’avantage d’avoir un maître comme don Juan, ou Carlos. Elle dit que Carlos s’était plaint que don Juan ait eu l’avantage d’avoir don Elias et don Julian, qu’elle s’était plainte que Carlos ait eu plus d’interactions qu’elle avec don Juan et son clan, et que les Chacmools s’étaient plaintes de n’avoir jamais rencontré don Juan. Tout cela est sans importance. Il n’y a pas de meilleures ou pires circonstances, et il n’y a pas de récompenses associées à la sorcellerie. C’est un interminable défi, et c’est tout. Nous sommes tous seuls face à l’infini – l’énergie est tout ce qui compte. 

        

         Quelqu’un demanda si le fait d’affronter seul l’infini impliquait que le clan du nagual soit séparé après le vol abstrait. Florinda répondit que la destination finale du clan du nagual était inconnue, mais qu’en ce moment même, nous affrontions tous l’infini en étant seuls, même dans cette salle pleine de monde.

 

 

         Quelqu’un amena le sujet des « vers lumineux » laissés dans la femme par l’homme après l’acte sexuel. Florinda dit qu’en effet, c’était vrai, comme le fait que d’avoir des enfants faisait des trous dans la coquille lumineuse. Mais, demanda t-elle, et alors ? Elle n’était pas en accord avec la stratégie extrême de don Juan d’effacer l’histoire personnelle en laissant derrière nous tout ce que nous connaissions. Ils ne nous demandaient pas d’abandonner notre famille ou nos vies. Ce qui compte c’est le détachement, qui vient après avoir perdu l’importance personnelle, qui est un produit de l’énergie.  

       

         Florinda nous exhorta à utiliser la mort comme conseillère, et de perdre l’importance personnelle. Puis elle se tourna vers les Chacmools. Nous apprîmes une autre passe, Les 5 points de connexion. On nous dit que cela était similaire à l’acte de charger une batterie.



Publié à 09:51 le 9 juin 2007 dans La Lune du Traqueur
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La Lune du Traqueur (...suite)

Conférence de l’après-midi – Carlos

 

         Carlos ouvrit la séance aux questions. Quelqu’un lui demanda s’il était en train de travailler sur un nouveau livre. Il dit que oui, et pour l’évoquer, il nous donnerait une idée de quoi cela parlait. Quelqu’un lui demanda ensuite si c’était vrai qu’il avait écrit L’Art de Rêver des années auparavant, mais n’avait pas pu le faire publier. Il dit que c’était plus ou moins vrai, que son agent lui avait dit que c’était trop bizarre, et qu’il devrait écrire quelque chose de plus contemporain, peut-être sur les ordinateurs. Il était reparti et s’était creusé la tête sur le moyen de rendre son livre plus acceptable, mais avait fini par le laisser tel quel. Il expliqua qu’il n’était pas vraiment écrivain, que don Juan lui avait donné la tâche de trouver ses livres en rêvant, ce qu’il avait fait. Tout ce qu’il faisait était de rapporter les mots qu’il avait trouvés en rêve, un acte d’une immense concentration. Il évoqua le problème d’écrire ou même de parler à propos de la sorcellerie, car cette taxonomie avait peu de chose en commun avec le monde de la vie quotidienne.

 

         Carlos nous raconta un commentaire qu’avait une fois fait don Juan sur le monde quotidien du tonal. Il avait dit que ce que nous considérons être la réalité était un contrat qui avait été établi dans le passé, un contrat auquel nous avions été obligé d’adhérer, même si nous n’avions pas été présent lors de la négociation. Pourquoi, avait-il demandé à Carlos, devait-il se sentir obligé d’adhérer à un contrat sur lequel il n’avait pas eu son mot à dire ? Ceci est, en gros, l’essence de la sorcellerie, la renégociation de ce contrat.

 

         Le sujet du sexe émergea, et Carlos réitéra ce qui avait été dit sur le fait que la capacité d’avoir une activité sexuelle dépendait de l’énergie du coït avec laquelle nous avions été conçu. Carlos dit que don Juan avait vu le moment de la conception de Carlos. Ses parents étaient très jeunes, des adolescents, et avaient eu une relation sexuelle à la hâte, derrière une porte. Carlos sentait que c’était la raison pour laquelle il était lui-même furtif, et petit, dit-il en plaisantant. Don Juan lui avait dit que cela faisait de lui une baise ennuyeuse, et que par conséquent il devait éviter l’activité sexuelle. Carlos n’aimait pas ça, parce qu’à cette époque il était jeune et même s’il était très gros, il pensait être très sexy. Il dit qu’il souhaitait encore être plus grand et ne pas être une baise ennuyeuse, bien qu’il soit le dernier maillon d’une chaîne d’évolution de 5 million d’années, et qu’il ne puise pas laisser ces choses être la pierre d’achoppement qui le tienne en échec.

 

        Il raconta l’histoire d’un jeune homme qui était venu le voir en lui disant qu’il voulait être un guerrier, mais qu’il avait été abusé sexuellement par sa belle-mère. Carlos lui demanda combien de temps avait duré l’abus, et il lui répondit trois ans, de ses 18 ans jusqu’à ses 21 ans. Carlos devint alors très sérieux, et nous raconta l’histoire d’une jeune fille qui avait été abusée, tout d’abord par son plus jeune frère, puis quand le frère aîné l’avait découvert, par les deux, puis lorsque le père s’en était aperçu, par les trois. Cela avait démarré lorsqu’elle avait 11 ans, et avait duré jusqu’à ce qu’elle quitte la maison. Carlos dit qu’en effet, c’était de l’abus, mais que tout ce  qu’il pouvait lui dire était ce que don Juan lui avait dit à propos de l’histoire personnelle, de nombreuses années auparavant : « Avant était avant, et maintenant est maintenant, et maintenant il n’y a que de temps que pour la liberté. »

 

         Une question fut posée à propos de perdre la forme humaine. Carlos dit que, pragmatiquement, cela signifiait que l’on perdait tout intérêt pour les choses qui étaient d’un intérêt vital pour l’humanité. Quelqu’un lui avait demandé à u séminaire précédent : « Mais qu’est-ce que je fais si je vois un cul bien galbé ? » Carlos dit que ceux qui se baladent partout en criant : « Qu’est-ce que je vais faire avec ma sexualité ? » sont ceux qui, de toute façon, ne feront rien dans ce sens. Ceux qui ont l’esprit vraiment mal tourné gardent leurs pensées pour eux.

 

         Carlos parla de l’importance personnelle, et de la façon dont nous aimons collecter les souvenirs. Il dit que nous accumulons une incroyable variété de saloperies annexées à nos inventaires personnels – de vieilles lettres, des photographies, même des talons de ticket de spectacles que nous avons vu. Il raconta l’histoire d’un artiste qu’il connaissait, qui s’était pris en photo tous les jours au cours des 40 dernières années. Il tenait également quotidiennement un journal. Cette personne avait déjà légué toutes ses lettres et d’autres effets personnels à différentes institutions qui, d’après lui, les apprécieraient et leur rendraient justice. Il nous pressa de laisser tomber ce genre de choses, de nettoyer nos inventaires personnels.

 

         Un des Argentins lui demanda en espagnol si Carlos pourrait l’envoyer dans la seconde attention. Carlos roula ses yeux, l’air de dire « Nous y revoilà ! » (J’ai pensé – maximisons notre temps avec le Pape !) Il nous dit que la lignée de don Juan croyait que forcer les apprentis à entrer dans la seconde attention via le coup du nagual sur le point d’assemblage était le moyen le plus expéditif pour obtenir leur adhésion à la sorcellerie. Mais que de tels coups laissaient des bosses dans le cocon lumineux, et que tous les membres du clan de don Juan avaient des bosses permanentes dans leurs cocons lumineux à cause du nombre de coups qu’ils avaient reçus. Carlos et son clan ne partageaient plus cette manière de penser, et croyaient que la discipline et l’énergie étaient tout ce qui est nécessaire pour avoir accès à la sorcellerie. Par conséquent, la réponse était non, nous devions accomplir ce voyage par nous-même.

Carlos dit que cela lui avait pris à lui et à son clan, des années pour réparer les bosses qui avaient été faites dans leurs cocons.

 

         A la naissance, le point d’assemblage n’est pas fixé sur la position de l’auto-réflexion. Cela n’arrive que plus tard, avec la socialisation. Ils avaient aussi découvert que l’énergie, à la naissance, est agglomérée au centre du cocon, mais que la vie quotidienne et l’accumulation d’expériences provoquent un déplacement de l’énergie vers la coquille extérieure, formant une espèce de croûte. Plus une personne est âgée et socialisée, plus son énergie est encroûtée sur sa coquille, et plus la fixation du point d’assemblage est forte, la verrouillant dans sa vision du monde. Donc, la Tenségrité, c’est retransformer le cocon en une sphère lumineuse, avec l’énergie au centre et le point d’assemblage sur la position de la naissance.

 

         Puis, j’ai demandé à Castaneda : « Qu’est-ce que ça veut dire quand vous dites que les sorciers font face au temps qui vient ? » Il répliqua que c’était l’un des aspects les plus élégants de la sorcellerie. Cela signifiait que les sorciers faisaient face à l’existence sans aucune supposition a priori, qui vient de la position habituelle du point d’assemblage. Carlos dit que don Juan avait évoqué la métaphore d’un passager dans un train : ordinairement, nous percevons le temps comme quelqu’un assis dans le wagon de queue, voyant défiler les rails. Nous ne voyons que ce qui vient de se passer, et le long défilement des rails (notre passé), s’estompe avec la distance. La sorcellerie nous permet de courir vers l’avant du train, la locomotive, et de  voir ce qui arrive vers nous. Le passé est invisible depuis cette position, tout ce qui compte est ce qui se passe maintenant. Cela n’est possible que lorsque nous ne sommes plus du tout concerné par notre histoire personnelle, l’inventaire humain inclus, tel qu’il est définit par la position d’auto-réflexion du point d’assemblage. S’inquiéter pour nous-même nous coûte ce précieux moment nécessaire pour expérimenter tout directement ; l’expérience doit passer par le filtre de notre importance personnelle. Dès que nous portons attention au monde en dehors de nous, le prochain événement est déjà arrivé.

 

         Quelqu’un lui posa une question à propos de la théologie de la nouvelle attitude des sorciers. Il répondit que le groupe de don Juan était parvenu à son but, et vivait dans un endroit où la perception était à 360°. Cependant, nous sommes toujours obligés de faire avec la perception de notre point d’assemblage, même quand nous avons acquis beaucoup de contrôle sur ce que nous percevons. Carlos réitéra que pour les sorciers, il n’y avait pas séparation entre le corps et l’âme, et que lorsqu’un nouveau monde était assemblé, le corps n’en était pas altéré. Aussi, se plaignit-il, où qu’il aille dans l’infini, il était toujours petit. Le problème qu’expérimentait don Juan était qu’il était toujours limité par son équipement perceptuel, et par conséquent, il ne pouvait que simuler une perception à 360°, en tourbillonnant continuellement.

 

         Quelqu’un demanda ce qu’était devenu l’Aigle. Carlos répliqua que l’Aigle était simplement un nom pour une vaste force impersonnelle qui imprègne les choses de conscience, et qui récupère la conscience enrichie quand elles meurent. En d’autres mots, rien n’avait changé en ce qui concernait l’Aigle.

 

         Puis Carlos dit que le nouveau point de vue des sorciers était plus pragmatique que celui de la lignée de don Juan. Ils avaient pris conscience et accepté les limitations imposées par la perception du point d’assemblage, et n’étaient plus intéressés par atteindre un lieu de conscience à 360°. A la place, ils étaient devenus des navigateurs de l’infini. Ils voulaient visiter, d’eux-mêmes, autant de mondes qu’il était possible d’atteindre. De cette façon, ils allaient en effet tromper la mort, et étendre leurs vies indéfiniment, en retenant leur conscience et leur volonté. Le monde des êtres inorganiques était le sas de secours qu’ils allaient emprunter.

 

         Quelqu’un demanda s’il y avait quoi que ce soit que Carlos ou nous puissions faire pour aider don Juan afin de le sortir de cette situation délicate. Carlos dit : « Absolument pas. Si une quelconque aide de ce genre était tentée, don Juan vous cracherait à la figure. Il n’est pas possible d’intervenir dans les décisions personnelles et impeccablement responsables d’un guerrier, particulièrement un guerrier comme don Juan. » De telles idées de vouloir aider ou de ressentir de la compassion n’étaient pas à la hauteur de son expression pure de guerrier.

 

         Carlos fit plusieurs remarques moqueuses sur le fait de centrer notre existence sur jouer de la guitare et fumer de la marijuana. Il dit qu’à un moment, il avait remarqué que la luminosité des fumeurs de marijuana était verte, ce qu’il avait attribué à cette manie. Mais il avait appris qu’à une époque, le vert était la teinte commune de la luminosité humaine. Il nous rappela qu’il avait été étudiant à UCLA dans les années 1960, et qu’il avait été exposé à tous les événements de cette époque. Il dit que cela ne l’avait pas attiré. Il était tout particulièrement dégoûté par le faux mysticisme – « S’habiller en toge, avec des couleurs flashy, et arborer des coiffures bizarres » n’était que pour les charlatans. Il fit observer que les vraies sorcières, elles, étaient brûlées.

 

         Quelqu’un posa une question sur la difficulté de perdre son histoire personnelle dans le monde moderne. Carlos raconta qu’il avait dû aller voir un médecin pour un problème de vue. Le médecin voulait connaître son âge, sa taille, son poids, etc., alors que Carlos voulait juste avoir son opinion. Le médecin lui dit qu’il avait un problème de rétine à cause de la violence de ses orgasmes, mais que le problème se réglerait tout seul avec le temps. Carlos dit qu’il ne pouvait pas dire au médecin qu’en tant que guerrier, il était célibataire depuis des années. Il ne pouvait pas non plus lui dire qu’il avait réalisé que la cause la plus probable de son problème était ses incursions dans l’infini.

 

         Quelqu’un lui rappela alors que son temps était presque écoulé et qu’il nous avait promis de nous parler de son nouveau livre. Carlos évita la question, disant qu’il devait laisser la place aux Chacmools, et qu’une personne de son groupe devait lui planter une aiguille dans le scrotum.

 

Troisième jour

Conférence du matin – Taisha Abelar

 

         Taisha se présenta en demandant si les autres guerriers nous avaient avertis à son propos. Elle dit qu’ils l’accusaient de s’être vendue aux êtres inorganiques, et qu’ils employaient souvent les mots ‘diabolique’, ‘malveillante’, et ‘sournoise’ pour se référer à elle. Taisha dit qu’elle aimait changer l’accentuation, et se référer à elle-même en utilisant les mots ‘mystérieuse’, ‘énigmatique’, etc. Elle mit au défit l’audience de proposer d’autres mots appropriés. Personne ne répondit. Tandis qu’elle parlait, plusieurs des lumières de l’auditorium s’estompèrent et d’autres s’allumèrent derrière elle.

 

         Taisha était très similaire à Florinda, en ce qui concernait la stature, très mince et bien faite, peut-être la cinquantaine, mais très vive. Cependant, elle était beaucoup plus grande. Ses cheveux étaient encore bruns dorés, mais coupés très courts, comme toutes les sorcières sauf Carol. Elle avait également un sourire vif et malicieux, et semblait être la plus accessible du groupe – plusieurs fois entre les sessions, on pouvait la voir au centre de l’assistance.

 

         Elle nous dit que ses deux alliés étaient avec elle, et qu’elle les appelait Phoebus et Globus. Elle expliqua que les êtres inorganiques ne sont pas effrayants du tout, en fait ils sont des sources débordantes de l’affection abstraite que les sorciers recherchent, et ils sont donc beaucoup plus proches des animaux domestiques que quoi que ce soit d’autre.

 

         Taisha raconta à nouveau l’histoire de sa première rencontre avec un allié. Elle était dans son lit, dans la maison des sorciers au Mexique, lorsqu’elle fut réveillée par d’étranges bruits provenant de derrière la porte. Elle les attribua à la tentative de don Juan de l’effrayer et retourna se coucher. Le jour suivant, elle en parla à don Juan, et il lui dit que les êtres inorganiques en avaient après elle. Taisha demanda très effrayée ce qu’elle pouvait faire pour se protéger. Don Juan lui dit que sa précédente réponse était probablement la meilleure, de simplement ne pas faire attention à eux. Mais, elle fut incapable d’agir de la même façon durant leurs visites ultérieures, alors don Juan lui dit qu’il n’y avait aucun espoir pour elle, les êtres inorganiques avaient pris la décision de la prendre.

 

         La seule chose qu’elle pouvait faire était de se confronter directement à l’être inorganique, de lutter avec lui, et de ne pas le laisser s’enfuir, à n’importe quel prix. Une nuit, l’allié entra en force. Taisha dit qu’elle pouvait voir le contour de la porte imprégné d’une lumière étrange, puis la porte avait commencé à se bomber vers l’intérieur, comme si une énorme force était en train de s’appuyer dessus. L’allié entra dans la pièce, et elle l’attrapa, mais pas de la manière dont on pourrait se l’imaginer – il y avait juste une espèce de connexion tangible, délibérée. Taisha dit que la seule chose avec laquelle elle pouvait décrire le contact de l’allié était une sorte d’électricité liquide. Elle parvint à dompter l’allié, qui était un des deux alliés en permanence avec elle.

 

         Taisha indiqua que tous les subterfuges et les difficultés dont Carlos avait fait l’expérience dans sa relation avec ce royaume étaient dus au fait qu’il était un homme. L’Univers est un endroit à prédominance femelle, ainsi les êtres inorganiques sont plutôt indifférents aux femmes. Celles-ci peuvent aller et venir à volonté dans leur monde. Taisha dit que les alliés nous aimaient parce que nous vivions plus rapidement qu’eux. Pour tout un tas de buts pratiques, les êtres inorganiques vivent indéfiniment, de l’ordre de millions de nos années. Ils connaissent notre problème avec les flyers et la mort, et veulent nous aider, mais ils ne peuvent pas vaincre le pouvoir de notre première attention, la position habituelle du point d’assemblage. Aussi, l’homme ordinaire ne peut les voir qu’en rêve. Elle remarqua que les alliés essayaient souvent d’annoncer leur présence quand elle parlait durant les séminaires, en affectant la sono ou les lumières. (Elle semblait sincèrement inconsciente qu’ils l’avaient déjà fait.) Par conséquent, cela dépend de nous de traverser l’écart qui existait entre nos deux mondes.

 

         Taisha s’ouvrit aux questions, et suggéra qu’elle nous parle de certaines techniques pour appeler les êtres inorganiques. Quelqu’un demanda si les alliés l’avaient déjà emmené dans un autre monde alors qu’elle était dans son état de conscience normal. Taisha répondit que cela était en effet possible, et que l’on pouvait sentir l’allié entrer dans le système nerveux central, à la base de la colonne vertébrale, et le sentir ‘ramper’ vers le haut. L’allié vous transportait alors physiquement où vous vouliez.

 

         Quelqu’un demanda à quoi ressemblait les êtres inorganiques – Taisha donna une description similaire à celle de Carlos faite dans L’Art de Rêver. Ils ont soit la forme d’une cloche, soit d’une bougie, soit celle d’une flamme.

 

         Quelqu’un demanda si les êtres inorganiques, étant des êtres femelles, et vivant si longtemps, se reproduisaient ? Taisha sourit à la question, et dit : « Je ne sais pas, je vais leur demander. » Elle sembla alors se concentrer intérieurement sur la question pendant quelques secondes, sourit, et dit qu’ils lui avaient dit que bien qu’ils soient capables de se reproduire, cela faisait des éternités qu’ils ne l’avaient pas fait, donc dans un objectif purement pratique, la réponse était non.

 

         Quelqu’un rappela à Taisha qu’elle avait dit qu’elle pourrait nous donner certaines techniques pour appeler les êtres inorganiques. Elle nous décocha un sourire malicieux, comme pour dire : « Ah, je croyais que vous n’alliez jamais demander ! » Puis elle nous parla de plusieurs façons pour accomplir cela. La première méthode nécessitait l’utilisation d’un bâton (de la forme d’un manche à balais). En position assise, on pose le front sur celui-ci – il est de la longueur appropriée selon que vous préférez vous asseoir sur une chaise ou sur le sol. Elle dit qu’une petite pièce de cuir ou n’importe quel rembourrage pouvait être utilisé pour vous éviter de vous promener avec une marque sur le front. Puis on intentionne la présence d’un être inorganique.

 

         La seconde méthode consistait à tirer avantage du crépuscule. C’est le moment où les êtres inorganiques sont le plus susceptibles de se faire connaître de nous, par des hululements de chouette et des sifflements. Taisha raconta que les sorciers du groupe de don Juan lui avait conseillé de ne jamais siffler au crépuscule, mais c’est bien sûr ce qu’elle avait fait, car elle ne partageait pas leur aversion pour les alliés. Siffler ou faire des bruits étranges à ce moment de la journée attire l’attention des alliés.

 

         La troisième méthode nécessitait l’utilisation d’allumettes. L’idée est de craquer une allumette, et de contempler sa flamme. Quand l’allumette est brûlée jusqu’à la moitié environ, on humidifie les doigts avec de la salive et on attrape le bout brûlé de l’allumette, on la retourne afin qu’elle brûle complètement. A ce moment là, la flamme devient bleue et regarder au travers de la flamme appelle un allié.

 

         Puis Taisha nous exhorta à ne pas être peiné par notre relatif manque de chance de ne pas être dans le groupe du nagual. Elle dit que le monde des sorciers ne connaissait pas de favoritisme, que cela dépendait de chacun, du plus accompli des naguals au novice le plus inexpérimenté, de saisir chaque moment et d’optimiser chaque opportunité. Elle nous dit que nous devions être audacieux et courageux, comme des bandits, enthousiaste et capable de bondir sur toutes les opportunités qui se présentaient. Taisha dit que lorsqu’elle était jeune, c’était son habitude de pisser sur ses opportunités, de les prendre comme allant de soit – elle nous rappela ce qu’aimait dire don Juan à propos de l’oiseau de la liberté volant en ligne droite. Soit on se cramponne à l’oiseau de la liberté, soit il part pour toujours.

 

         Ensuite, elle se tourna vers les Chacmools. Celles-ci nous apprirent une nouvelle passe : L’Être de la Terre. Cette passe imite une créature qui creuse un terrier, comme une marmotte ou un chien de prairie. On accompagne les mouvements de l’expression du visage de l’animal et de petits bruits qui ressemblent à des aboiements, et qui nous donnent l’air un peu idiot. Kylie remarqua que c’était super pour perdre l’importance personnelle.

 

         Comme si c’était un accord du monde, j’eus une expérience intéressante, alors que nous faisions une pause pour boire un peu. J’étais le troisième ou quatrième dans une queue de huit guerriers assoiffés, patientant pour avoir de l’eau fraîche. Arriva un type avec une bouteille d’eau vide, qui alla directement au début de la queue, remplit sa bouteille et repartit. J’étais stupéfait par l’irritante détermination de l’homme mais presque instantanément je réalisai que c’était de l’importance personnelle de se soucier de ça. Et même si je ne me sentais pas offensé, je le fixai tout de même pendant quelques secondes, me demandant comment une personne si suffisante pouvait se trouvait en la présence de vrais initiés (nous). Je réalisai que nous avions tous une longue route à parcourir, moi inclus.  



Publié à 09:49 le 9 juin 2007 dans La Lune du Traqueur
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La Lune du Traqueur (fin)

Seconde conférence  - Les Chacmools : session de question-réponse

 

         Après le déjeuner, Carol et Florinda montèrent sur scène très brièvement. Les yeux de Carol étaient absolument bleus. Elles nous remercièrent de notre présence et de notre attention. Carol approfondit le fait que lui avoir permit de nous raconter ses histoires l’avait aidé à se souvenir. Puis elles ouvrirent une session de question-réponse.

 

         L’origine des passes fut évoquée. On nous dit que Carlos avait trouvées les passes en rêvant, et qu’elles avaient ensuite été apprises et parfois adaptées par les Chacmools. Chaque groupe de passes devait être pratiqué comme un groupe et dans le même ordre qu’elles avaient été enseignées. On nous recommanda de faire les passes quatre à six fois chacune, et à la vitesse qui était pour nous la plus confortable.

 

         Quelqu’un demanda si les Chacmools allaient quitter ce monde avec le clan de Carlos. Kylie répondit qu’elles le feraient ou qu’elles mourraient dans leur tentative. Elles avaient déposées leur vie dans cette lignée avec leur décision de rejoindre le groupe de Carlos. Elles réitérèrent que c’était un paradoxe apparent de dire que l’infini devait être affronté seul, mais seulement parce que nous ne réalisons pas que nous avons toujours été dans cet état et que nous le serons toujours.

 

         Quelqu’un dit qu’il avait entendu dire que les passes ne devaient pas être pratiquées pieds nus. Kylie dit que les sorciers n’aimaient pas que leurs pieds soient nus, parce que les pieds sont le principal point de contact avec le sol, et donc la source possible d’influences énergétiques indésirables.

 

         On demanda si on pouvait enseigner les enseigner les passes à d’autres personnes. Elles répondirent que bien que les passes ne soient plus liées au secret, elles ne le recommandaient pas. Car une grande part de l’instruction  était donnée directement au corps d’énergie, et seul quelqu’un d’aligné avec l’intention des passes comme elles l’étaient, pouvait donner correctement cette instruction.

 

         Puis Kylie commença à parler de l’importance personnelle, et comment elle était en relation avec le syndrome du ‘pauvre de moi’. Elles insistèrent sur le fait qu’il était insensé d’être jaloux ou envieux de leur chance d’avoir été acceptées dans le clan de Carlos. La sorcellerie était disponible pour nous tous, et le premier pas que nous devions faire était de récapituler et de faire de la Tenségrité. Chacun de nous devait décider si il voulait vraiment devenir un navigateur, ou bien vivre dans un monde où les actions des gens étaient toujours offensantes – où nous pouvions nous plaindre que quelqu’un soit injuste, plus riche, plus beau, ou plus chanceux ; où nous pouvions dire : « Regarde ce connard – il coupe la queue. » En disant cela, Kylie me regarda directement. Son regard était féroce mais détaché, ses yeux semblaient anormalement larges. La seule chose à laquelle je pourrais comparer cela serait la fois où mes yeux ont croisé le regard d’un tigre du Bengale au cirque. Je sentis que son commentaire m’était directement adressé, en référence à l’incident qui avait eu lieu précédemment.

 

         Quelqu’un demanda si les passes qui avaient enseignées aux autres séminaires seraient à nouveau montrées, et comment nous devions nous arranger avec le fait d’oublier certains mouvements. Nyei dit que nous devions regarder les vidéos et pratiquer. Kylie répliqua que nous devions avoir l’intention de nous souvenir – il était important de ne pas abandonner parce que nous étions coincés à un certain endroit de la passe. Nos corps d’énergie savaient, et la connaissance reviendrait à nous en temps voulu. Durant la conversation, Nyei fit inconsciemment un des mouvements de L’Être de la Terre. Cela, accompagné de son léger (mais très joli) bec-de-lièvre la fit ressembler à l’incarnation humaine d’une marmotte. Tout le monde ria.

 

         Nous fîmes une pause. Je rattrapai Nyei pour lui demander si elle avait voulu dire par là que les prochains séminaires correspondraient aux passes des vidéos. Elle dit que dans une certaine mesure, c’était possible, mais que d’ici là les passes auraient évolué.

 

Nous apprîmes la dernière passe, L’Être des Airs. Cette passe reproduisait un oiseau en vol, du décollage jusqu’à l’atterrissage. Nous revîmes toutes les passes, et ajoutâmes parfois le mot ‘intention’ sur certaines, lorsque Carlos pensait que cela était nécessaire pour augmenter le pouvoir des passes. Je peux seulement dire que j’ai senti beaucoup d’énergie quand nous avons tous simultanément appelé à voix haute l’intention. On nous dit que la partie Tenségrité du séminaire était terminée, et que cette après-midi, il y aurait des chaises pour la conférence !

 

Dernière conférence – Carlos

 

         Tout le monde déménagea des environs de la scène, et des chaises furent installées comme promis. Les deux premières rangées étaient réservées aux membres du clan de Carlos, les membres de Cleargreen (ce qui est la même chose). Ils entrèrent tous ensemble, et Carlos, habillé pour la première fois d’un costume, monta sur scène.

 

         Il commença en disant qu’il y a très longtemps, avant l’Histoire, des hommes avaient découvert de nombreuses vérités à propos de la nature de la conscience. Ces praticiens, avec le temps, étaient devenus les gens que nous appelons les anciens sorciers. Ils avaient vu que l’homme possède une différence fondamentale dans sa coquille lumineuse, par rapport à toutes les autres choses vivant sur Terre. C’est une brillance, une sorte d’enveloppe super brillante, superposée à la brillance de la coquille lumineuse. Les anciens sorciers avaient découvert que plus cette brillance était lumineuse et omniprésente, plus était grande leur habileté à manier la conscience. Bientôt, ils avaient été capables d’accomplir de véritables prodiges.

Malheureusement, ils avaient fait l’erreur de s’en vanter. Ils annoncèrent leur présence à l’Univers, un peu comme Jack Horner, disant : « Oh quel bon garçon je suis ! »

 

         Ce dont ils n’étaient pas conscients, c’est que nous ne sommes pas les seuls dans la place. En fait, il y a des entités, là dehors, dans l’immensité, qui se nourrissent justement de la brillance que possèdent les êtres humains. Certaines de ces entités, les flyers, remarquèrent les anciens sorciers et les prirent pour proie. Cette prédation continue aujourd’hui encore. La forme que cela prend, est que toute la couche de conscience est mangée, à part une petite bande située au pied de la coquille lumineuse. C’est précisément cette zone qui est favorable à l’auto-réflexion, et donc à l’importance personnelle.

 

         De cette manière, nous sommes en effet élevés par les flyers. Les sorciers plaisantent sur le fait que nous sommes gardés comme des poulets dans un poulailler. D’après les sorciers, chaque idée, chaque religion, chaque sentiment de nationalisme, chaque affirmation artistique nous est accordé ou est permise par les flyers, car cela nous maintient dans un état d’occupation, en train de marchander dans notre poulailler, au travers de la sexualité, de la politique, de la domination matérielle, ce qui leur facilite grandement le boulot. Avec de la chance, ou du talent, ou les deux, un poulet peut bien sûr s’échapper de sa détention. Mais les flyers on la même philosophie qu’aurait un éleveur de poulet – ça ne vaut pas la peine de le pourchasser, de toute façon le chat l’attrapera.

 

         Et ceci est malheureusement vrai, car après tout, nous vivons dans un Univers prédateur. Mais les sorciers ont une échappatoire. La discipline, la discipline du guerrier rend la brillance de conscience immangeable pour les flyers ; Ainsi, libre de la prédation, la couche de brillance peut se reformer à mesure que le chemin du guerrier est suivit. Jusqu’à ce que finalement, lorsqu’elle recouvre complètement la coquille lumineuse, on soit capable de rechercher la liberté.

 

         Don Juan savait cela, mais il avait peur des êtres inorganiques, et écarta tout le gros de la connaissance des sorciers qui, d’après lui, menait inévitablement à être emprisonné dans ce monde. A la place, il choisit ce qui était la tendance des nouveaux voyants, de brûler du feu du dedans, et d’aller dans le monde à 360°. Ironiquement, c’est là qu’il est piégé aujourd’hui.

 

         Carlos, en revanche, aimait le monde des êtres inorganiques, et il aimait le Défieur de la mort. Carlos raconta à nouveau comment le Défieur de la mort avait trompé les êtres inorganiques en devenant une femme. Il dit aussi qu’étant le dernier nagual de la lignée de don Juan, le Défieur de la mort n’était plus dans la possibilité de rester ici, sur Terre, et avait par conséquent lié son destin à celui du clan de Carlos. Lorsqu’ils quitteraient ce monde, il partirait avec eux. Et Carlos approfondit ce point, en disant que c’était, dans une large mesure, à cause de l’injonction du Défieur de la mort que les passes magiques étaient montrées. Celui-ci savait qu’il ne reviendrait jamais dans ce monde, et à moins que son immense connaissance soit partagée maintenant, elle serait perdue. En paiement de la vie extraordinaire qu’il avait menée, il souhaitait se défaire de cette connaissance.

 

         « L’ouverture » de la sorcellerie était le résultat de l’intention du Défieur de la mort. Ce que Carlos et ses compagnes avaient appris, est que le monde des êtres inorganiques est l’entrée dans l’infini, et que là, la mort peut y être tenue à distance avec succès. Cela deviendrait pour eux une base pour leur navigation dans l’infini.

 

         Carlos raconta comment il avait tourmenté don Juan avec son besoin de comprendre les processus de la sorcellerie avant de pouvoir espérer les utiliser. Don Juan avait ri et avait demandé à Carlos de lui dire quelque chose qu’il savait être absolument véridique. Carlos avait réfléchi, puis avait répondu : « Je sais que 2 et 2 font toujours 4. » Don Juan répondit qu’il en était ainsi, encore que Carlos n’ait aucune idée de ce qu’était 2, ou 4, à part des propositions qui néanmoins pouvaient être appliquées au monde réel. Carlos ne pouvait pas non plus dire qu’il comprenait le processus de l’adition, bien qu’il puisse le manipuler de façon mécanique, et obtenir des résultas vérifiables. Les pratiques de sorcellerie fonctionnent de la même manière, elles sont tout aussi abstraites et insondables, bien qu’elles donnent les mêmes résultats à chaque fois. Aussi, nous devons récapituler et faire de la Tenségrité, sans trop nous soucier de comprendre leur fonctionnement. Carlos répéta que les idéaux exaltés de l’homme étaient en fait des manipulations des flyers.

 

         Il raconta qu’une fois, il avait rencontré Alan Watts. Celui-ci l’avait invité chez lui, et Carlos pensait avoir avec lui une merveilleuse discussion. Au lieu de cela, Watts lui avait demandé s’il avait déjà couché avec un homme et s’il voulait monter avec lui à l’étage. Carlos essaya de ne pas se sentir offensé, et changea de sujet. Il dit à Watts qu’il avait toujours adoré sa vision sur le rapprochement entre l’orient et l’occident, et que plus jeune, il avait une fois fait du stop sur des centaines de kilomètres pour assister à une de ses conférences. A cet instant, Watts s’effondra en larmes, en disant que son cruel destin était d’avoir de merveilleuses idées mais de ne pas être capable de les appliquer dans le monde réel. Puis, au milieu des larmes, il dit : « Vous êtes sûr que vous ne voulez pas aller à l’étage ? »

 

         Ensuite, Carlos nous invita à poser des questions. Quelqu’un dit qu’il avait entendu dire que Carlos avait parlé de six naguals qu’il connaissait, et lui demanda comment il pouvait reconnaître les vrais des faux naguals. Carlos dit qu’il n’avait dit de chose pareille, et qu’en fait il n’avait connu qu’un seul autre nagual, un riche Mexicain qui avait concurru pour l’investiture de président au Mexique. Il était mort d’une attaque en campagne, au cours d’un discours. Carlos dit qu’il avait été contacté par les membres du clan du nagual, qui lui avaient demandé ce qu’ils devaient faire maintenant. Il leur avait dit de récapituler et de perdre leur importance personnelle.

 

         Quelqu’un demanda si la Terre était un être sensible. Carlos répondit que c’est ce que lui avait dit son maître.

 

         Quelqu’un demanda quelle chance nous avions sans nagual. Carlos dit que le nagual était seulement quelqu’un avec un extra d’énergie qui lui permettait de guider. Il réitéra que le pouvoir personnel est tout ce qui compte, et que nous en avons tous une quantité finie. Par conséquent, chacun d’entre nous possèdent déjà toutes les ressources nécessaires pour accéder à la sorcellerie. La fonction du nagual est de nous montrer son combat, et de nous exposer à l’affection abstraite. Il ne peut guider qu’en étant un exemple. Le reste dépend et dépendra toujours de nous.

 

         Carlos nous raconta que don Juan lui avait dit une fois que les naguals tenaient un carnet, un carnet dans lequel ils gardaient les événements importants de leur vie. Il dit à Carlos qu’il était temps pour lui de commencer à écrire son propre carnet, et demanda à Carlos d’essayer de se souvenir d’une histoire pertinente. Carlos ne trouva rien – tous les supposés événements importants de sa vie, comme avoir été accepté à UCLA, ne lui semblait plus du tout important. Il le dit à don Juan, qui ria et dit qu’il ne parlait pas d’histoires qui reflétaient son histoire personnelle, mais celles qui étaient des histoires de l’Esprit. Cela rappela à Carlos une histoire qui parlait d’une prostituée en Italie.

 

         Carlos raconta qu’il avait été étudiant en art dans sa jeunesse, et avait étudié à Milan. Il avait un ami qui était un célèbre queutard, et la coqueluche de tous les bordels italiens. Il avait l’habitude de régaler Carlos avec les histoires de ses aventures sexuelles, et invitait tout le temps Carlos, mais Carlos refusait toujours. Cependant, à une occasion, il ne put s’y refusé ; son ami déclarait avoir trouvé le plus beau cul de tous les temps, et ne pourrait pas survivre si Carlos n’en faisait pas lui-même l’expérience. Finalement, plus pour se débarrasser de lui, Carlos accepta. Son ami l’emmena dans un bordel d’allure ordinaire, et le présenta à la mère maquerelle. Carlos fut emmené dans une chambre, et on lui dit que la fille allait bientôt le rejoindre. Quelques minutes plus tard, une vieille femme simple entra et dit : « Ah, je devine que tu es venu pour voir mes figures devant le miroir. » Carlos supposa que oui. La prostituée mit alors un disque dans le phonographe, qui joua un air qui provoqua chez Carlos une indescriptible nostalgie. Ensuite la femme commença à se déshabiller devant le miroir et ce fut tout.

 

         Don Juan disait que c’était une histoire parfaite pour le carnet de Carlos, car c’était une véritable indication de l’Esprit. En effet, c’est ce à quoi finissait par ressembler la vie dans le monde de l’auto-réflexion, juste des figures en face d’un miroir.

 

         Carlos et son clan nous firent alors leurs adieux.

 

 

 

Notes d'un praticien



Publié à 09:46 le 9 juin 2007 dans La Lune du Traqueur
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Séminaire de Tucson 1995

 

 

Dans les coulisses en Arizona

Séminaire de Tucson

 

 

             J’ai vraiment aimé l’énergie de Florinda. Elle était vibrante, stimulante, spirituelle et très chaleureuse par intermittence. Je dis cela parce que j’ai parlé avec un certain nombre de participants, pour avoir leur point de vue, et certains d’entre eux ont trouvée Florinda choquante (elle a secouées quelques vaches fragiles et sacrées), tandis que d’autres l’ont trouvée fascinante – une femme avec qui j’ai parlé a eu une expérience inhabituelle de ‘guérison’ faite sur elle par Florinda le samedi soir et elle en était toute retournée. Florinda partagea quelques faits intéressants à propos de don Juan.

 

         La première fois qu’elle le rencontra, il lui dit : « Nous n’avons pas le temps ». Un an plus tard, il lui dit la même chose ; elle lui répondit qu’il ne racontait que des conneries, et qu’il lui avait déjà dit ça un an avant. Ce n’est que plus tard qu’elle comprit la vérité de ce qu’il disait.  

       

         Lorsque don Juan lui dit qu’il avait perdu sa forme humaine, Florinda lui demanda si cela voulait dire qu’il n’avait plus de pénis, sur quoi don Juan baissa son pantalon et lui en montra un plutôt gros. Le moule de l’homme ne se situe pas au niveau du corps physique mais dans les nomenclatures et les pièges abstraits que nous nous construisons.

         

         Le sujet du célibat fut abordé à plusieurs occasions et cela sembla être quelque chose d’individuel basé sur notre niveau d’énergie et sur l’intention. La sexualité peut devenir une épée à plusieurs tranchants, qui peut nous piéger ou nous libérer. Florinda dit que don Juan était un « vieil homme licencieux ». Carol dit qu’elle avait des organes génitaux et qu’elle s’en servait ; et bien que Taisha n’en parle pas directement, je pense que son livre parle pour elle. Le célibat et le sexe sont des sujets assez déroutants pour beaucoup, mais l’important est d’écouter son voyant intérieur. 

         

         Elles insistèrent sur le fait que nous n’avions pas besoin d’elles ou de Carlos pour nous guider. Nous avons besoin de nous concentrer sur l’intention et la suivre. La récapitulation nous aide à nous libérer de nos pièges et à libérer notre énergie. Comme l’a dit Florinda, nous avons surtout besoin d’arrêter la masturbation mentale, qui caresse le ‘pauvre de moi’, et nous empêche de voir qu’en fait, cela nourrit notre importance personnelle.

           

         Sur la récapitulation, beaucoup de questions furent posées sur la technique et sur la respiration. Carol dit que la respiration était importante, mais que si nous étions en train de conduire notre voiture, et que nous commencions à récapituler en bougeant notre tête de gauche à droite, il était fort probable que nous soyions en train de ‘booster’ notre importance personnelle en nous disant : « Je suis en train de récapituler, je suis au-dessus de tout ça. » C’est un piège. Carol dit que le processus se déroule généralement ainsi : « La première fois que vous récapitulez, vous vous dites ‘ce type est un vrai connard’. Après avoir récapituler un certain temps, vous y retournez et vous dites ‘j’étais un vrai connasse’, puis après un moment, vous pouvez voir avec plus de clarté, sans jugement, et vous pouvez libérer cette énergie qui avait été gâchée par vos précédents jugements et attachements. » 

         

         Nous avons dorénavant besoin d’un nouveau paradigme et d’un nouveau lexique. Carol nous dit que les séminaires étaient aussi nécessaire pour eux que pour nous, parce qu’ils avaient besoin de travailler là-dessus. Florinda insista sur le fait que les femmes ont besoin d’apprendre à coopérer et à ne pas entrer en compétition par rapport aux hommes. Elle donna quelques exemples amusants de comment les femmes entrent en compétition entre elles pour les hommes, et se retrouvent ensuite pour sympathiser quand les hommes ne sont pas dans le coin. Elle ajouta que les hommes doivent nourrir les femmes et leur donner l’espace dont elles ont besoin pour grandir. Elle parla du fait que les femmes sont complètes énergétiquement tandis que les hommes ne le sont pas. C’est pourquoi les hommes sont entraînés à posséder et à contrôler, beaucoup plus que les femmes. Elle se servit de quelques exemples en rapport avec la sexualité pour clarifier ce point.

          

         Dimanche, quelques-uns d’entre nous étaient en train de parler avec Florinda quand un type arriva ; alors elle commença à décrire (en 5 phrases environ) comment ils pourraient partir ensemble, tous les deux ; prendre une chambre, passer un super week-end ; comment il pourrait lui briser le cœur en agissant comme un connard, et puis comment elle le détesterait par la suite. Donc, je devine que nous n’avons pas besoin de partir à deux, maintenant que nous savons ce qui va arriver. Elle se servit de cela pour montrer comment, si nous écoutons notre voyant intérieur, plutôt que nos peurs, nos désirs, ou nos projections, nous pouvons nous libérer des nombreux pièges que nous construisons nous-même.  

        

         Taisha avait une aura très lumineuse. Les différents rôles de traque nous aide à nous libérer de nos attachements à nos rôles. Elle pratiqua le rôle du moine pour l’aider à se détacher de ses attachements religieux. En se déplaçant complètement dans un autre monde, cela nous aide à voir le monde précédent avec plus de clarté. Comme le disait don Juan, chaque description est aussi valide que n’importe quelle autre. En nous libérant de nos mondes du quotidien, nous pouvons devenir plus fluides et nous déplacer entre les mondes. Dimanche, j’ai gardé les yeux sur Taisha et sur son énergie lumineuse et effervescente. Je peux fermer les yeux à présent et la voir clairement, et ressentir son énergie. 

        

         Ainsi, Florinda couvrit le sujet de rêver un nouveau monde, un nouveau paradigme, et fit du bon boulot en secouant notre monde quotidien. Taisha couvrit le sujet de traquer et d’apprendre à changer notre comportement. Si elle a pu le faire sur une aussi grande échelle, nous pouvons sûrement le faire à un plus petit niveau. Comme l’a fait remarquer Carol, nous pouvons par exemple faire la vaisselle quand normalement nous ne le faisons pas, sans en faire toute une histoire, du genre « Tu as vu ce que j’ai fait ! » 

 

 

         Et Carol, la femme nagual, intégrait les deux. Carol fit un numéro d’Elvis Presley « Hound dog », et raconta beaucoup d’histoires (sa démonstration d’Elvis était très réussie). Ses histoires racontaient sa croissance personnelle, qui se fit en dépit d’elle-même, et elle réitéra l’importance d’écouter notre voyant intérieur (ce qui peut sembler difficile, à cause des autres voix) ; d’être responsable pour le monde que nous rêvons actuellement, et de travailler à traquer nos aptitudes comportementales.

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         Sur la question des drogues, Florinda dit que l’utilisation de drogues rendait plus difficile l’accès à la seconde attention à travers le rêve. Un homme dans l’audience dit que d’après ce qu’il en avait compris, don Juan avait dit à Carlos de retourner voir Mescalito aussi souvent que possible. Florinda dit oui, mais à travers le rêve. Elle dit aussi que fumer de la marijuana rendait le corps d’énergie vert. Elles insistèrent toutes sur les dommages causés par les drogues et beaucoup d’entre nous commencèrent à s’inquiéter à propos des irréparables blessures qu’ils s’étaient causés durant les années passées. Finalement, le dernier jour, Carol, remarquant nos peurs, dit qu’il était possible de rectifier cela avec la récapitulation, les non-faires, etc.

         

         Carol Tiggs, parlant du sexe, nous recommanda d’économiser notre énergie, mais que si nous choisissions de ne pas le faire (en s’adressant aux hommes je suppose) de ne pas jouer avec notre machin, ou au moins de « trouver un endroit où le fourrer ».

         

         Quelqu’un demanda si nous devions poursuivre des études académiques afin d’apprendre la sorcellerie et elles répondirent avec un unanime et emphatique : Non ! 

 

         Quelqu’un d’autre demanda si nous devions cesser d'entretenir toute relation avec nos connaissances, notre famille, etc. pour faire de la sorcellerie et Taisha répondit : « Absolument pas, commencez là où vous êtes. »

 

 

 

Notes de deux praticiens

Publié à 09:43 le 7 juin 2007 dans Séminaires de Tenségrité
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Los Angeles Times 1995 - Interview CC

 

 

 

Une conversation étonnante avec le mystérieux homme magique

 

 

Los Angeles Times – décembre 1995

Par Benjamin Epstein

 

 

 

         Lorsque Benjamin Epstein rattrapa Carlos Castaneda à Anaheim pour lui demander si celui-ci accepterait de faire une interview, Castaneda l’invita spontanément à rejoindre son groupe pour le déjeuner. Au cours de la conversation, autour d’un sandwich au fromage fondu, accompagné de bacon et de frites, Castaneda fut agréable et spontané.

Voici un aperçu de ce qu’il dit :

 

Pourquoi ne permettez-vous pas d’être photographié ou enregistré ?

 

         Un enregistrement est une façon de vous figer dans le temps. La seule chose qu’un sorcier ne fera, c’est stagner. Un monde stagnant, une image stagnante, sont l’antithèse du sorcier.

 

Est-ce que la Tenségrité est le tai-chi toltèque ? Un art martial mexicain ?

 

         La Tenségrité est en dehors des limitations politiques. Le Mexique est une nation. Se réclamer d’une certaine origine est absurde. Comparer la Tenségrité avec le yoga ou le tai-chi n’est pas possible. Elle a une origine et un but différents. Son origine est chamanique, son but est chamanique.

 

Où se place Jésus dans tout ça ? Où est la place de Bouddha ?

 

         Ce sont des idéalismes. Ils sont trop gros, trop gigantesques pour être réels. Ce sont des déités. L’un est le prince du Bouddhisme, l’autre est le fils de Dieu. Les idéalismes ne peuvent pas être utilisés dans un mouvement pragmatique. La différence entre la religion et la tradition chamanique est que les choses avec lesquelles ont à faire les chamans sont extrêmement pragmatiques. Les passes magiques en sont justes un aspect.

 

C’est ça  que vous avez fait durant tout ce temps, des passes magiques ?

 

         Noooonn…J’étais très gras. Don Juan me recommanda une utilisation obsessionnelle des passes magiques pour garder mon corps à un niveau optimum. Donc en termes d’activité physique, oui, c’est ce que nous faisons. Les mouvements forcent la conscience de l’homme à se concentrer sur l’idée que nous sommes des sphères lumineuses, un conglomérat de champs d’énergie maintenus ensemble par une colle spéciale.

 

Où vivez-vous ?

 

         Je ne vis pas ici. Je ne suis pas du tout là. J’utilise l’euphémisme : « J’étais au Mexique. » Chacun de nous divise son temps entre être ici et être tiré par quelque chose qui n’est pas descriptible, cela fait seulement de nous des visiteurs d’un autre royaume. Mais quand vous commencez à parler de cela, vous avez l’air d’un parfait imbécile.

 

D’après votre livre « Le Don de l’Aigle », don Juan Matus n’est pas mort, il est parti, il a « brûlé du dedans. » Allez-vous vivre ou allez-vous mourir ?

 

         Puisque je suis un crétin, je suis sûr que je vais mourir. J’espère que j’aurais l’intégrité de partir de la façon dont il est parti, mais il n’y a aucune garantie. J’ai terriblement peur que non. Mais j’espère. Je travaille avec acharnement à ça.  

 

Je me souviens d’un article, il y a au moins dix ans, où on vous appelait « Le Dieu-le-père du New Age. »

 

         C’était le « grand-père » ! Et j’ai pensé, s’il vous plaît, appelez-moi l’oncle, le cousin, mais pas le grand-père ! Oncle Charlie fera l’affaire. Je déteste ça, être le grand-père de quoi que ce soit. Vous n’imaginez pas comme je lutte contre l’âge et la sénilité. J’ai lutté durant 35 ans. Les trois personnes avec qui je travaille ont été là durant 35 ans. Elles ressemblent à des gosses fabuleux. Elles réemploient leur énergie encore et encore afin de rester fluide. Sans fluidité, il n’y a aucun moyen de voyager où que ce soit.

 

Matus vous a appris à voir. Quand vous me regardez, que voyez-vous ?

 

         J’ai besoin d’être dans une humeur spéciale pour voir. C’est très difficile de voir pour moi. Je dois devenir très sombre, très lourd. Si j’ai le cœur léger et que je vous regarde, je ne vois rien. Puis, je me retourne et je la vois, et qu’est-ce que je vois ? « J’ai rejoins la Marine pour voir le monde, et qu’est-ce que je vois ? Je vois la mer ! » Je sais plus que ce que je voudrais savoir. C’est l’enfer, vraiment. Si vous voyez trop, vous devenez insupportable.  

 

Talia Bey, l’organisatrice des séminaires et la présidente de Cleargreen semble être assez proche de vous. Êtes-vous en couple ?

 

         Nous sommes des êtres ascétiques. Pas de relations d’ordre sexuel. C’est très difficile, une manœuvre très difficile pour nous. Don Juan me recommandait de conserver mon énergie, car je n’ai pas beaucoup d’énergie. Je ne fus pas conçu dans des conditions de grande passion sexuelle. La plupart des gens ne le sont pas…Talia est née avec suffisamment d’énergie pour qu’elle puisse faire ce qu’elle veut.

 

Est-ce que les gens mariés peuvent faire ce qu’ils veulent ?

 

         Cette question est très souvent soulevée, et c’est une question d’énergie. Si vous savez que vous n’avez pas été conçu dans un état de véritable excitation, alors non. A un certain niveau, cela n’a pas d’importance que les gens soient mariés ou pas. Mais avec le démarrage de la Tenségrité, on ne sait pas vraiment ce qui va se passer.

 

Vous ne savez pas ce qui va se passer ?

 

         Comment pourriez-vous le savoir ? C’est une implication de notre système syntaxique. Notre syntaxe nécessite un début, un développement et une fin. J’étais, je suis, je serai. Nous sommes piégés là-dedans. Comment pourrions-nous savoir…de quoi vous serez capable si vous avez suffisamment d’énergie ? C’est la question. La réponse est que vous allez être capable de choses stupéfiantes, beaucoup plus excitantes que ce que nous pouvons faire à présent, sans aucune énergie…Don Juan Matus me recommandait d’être prudent avec l’énergie, parce qu’il m’entraînait pour quelque chose. Mais je ne savais pas pour quoi…

 

Vous parlez de la ligne de sorciers de Matus. Connaissez-vous les autres ?

 

         J’ai fait la connaissance d’un merveilleux Indien dans le Sud-ouest et ce fut un événement mémorable. C’est la seule fois où j’ai rencontré un sorcier en dehors de la lignée de don Juan, un jeune homme profondément impliqué dans le type d’activité où était impliqué don Juan. Nous avons parlé pendant deux jours, après quoi, pour je ne sais quelle raison, il a ressenti qu’il me devait quelque chose.

 

          Un jour, je conduisais ma Volkswagen dans une tempête de sable, qui était sur le point de retourner ma voiture. Mon pare-brise était presque foutu, et sur un des côtés de la voiture la peinture était complètement partie. Un gros camion arriva et se plaça entre le vent et ma voiture. J’entendis une voix m’appeler depuis la cabine : « Protège toi sur le côté du camion. » C’est ce que je fis. Nous conduisîmes pendant quelques kilomètres sur l’autoroute n°8. Lorsque le vent tomba, je réalisai que j’étais en dehors de la route goudronnée. Le type s’arrêta et c’était ce même Indien. Il dit : « J’ai payé ma dette. Tu es quelque part ailleurs. Nous y sommes présentement. Retournons sur la route goudronnée. » Il repartit, je repartis.

 

         Une fois de retour sur la route principale, je revins en arrière pour essayer de trouver la route poussiéreuse mais je ne pus pas la retrouver. Il nous avait emmené dans un autre royaume. Quel pouvoir, quelle discipline, exquis ! Je pus difficilement me contenir. Il avait emporté ma Volkswagen, et tout le reste, là-bas. Je pouvais à peine me transporter ailleurs moi-même à cette époque. J’ai cherchai s’il n’y avait pas une déviation sur la route, mais je ne l’ai jamais trouvée. C’était une entrée spéciale. Il ne m’a plus jamais adressé la parole, jamais.

 

Quelques-uns de vos plus gros fans disent que vous avez apporté une grande contribution à la littérature, et même à l’anthropologie, mais ne l’appelleraient jamais une œuvre non fictive. D’autres disent que vous êtes un parfait bluffeur.

 

         Je n’ai rien inventé. Quelqu’un m’a dit un jour : « Je connais Carlos Castaneda... » J’ai dit : « Tu as rencontré Carlos ? » Il a répondu : « Non, mais je l’ai vu à distance. Tu sais, dans une interview il a admit qu’il avait tout inventé. »

J’ai dit : « Vraiment ? Quelle interview, tu t’en souviens ?”

Il a répondu : « Je l’ai lu, je l’ai lu… »

 

Pourquoi dites-vous que vous êtes le dernier sorcier de la lignée de Matus ?

 

         Pour pouvoir continuer la lignée de don Juan, je devrais avoir une disposition énergétique spéciale que je n’ai pas. Je ne suis pas un homme patient. Mes façons de bouger sont trop brusques, trop dérangeantes. Pour nous, don Juan était là, toujours disponible. Il ne disparaissait pas. Il mesurait ses apparitions et ses disparitions pour s’adapter à nos besoins. Comment pourrais-je faire cela ?

 

Copyright 1995 Times Mirror Company

Photo Désert de Sonora



Publié à 11:53 le 5 juin 2007 dans Carlos Castaneda interviews
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Séminaire de Seattle 1997

 

 

 

Séminaire de Seattle - 1997

 

 

         Le séminaire de Seattle se tint au Centre d’activités étudiantes, au Collège du centre de la ville. Il commença à 9h, lorsque Kylie et Reni entrèrent dans la salle. Elles apparurent plus légères que jamais, plus fortes, plus fermes, beaucoup plus relaxées et avec plus de cœur. Leur sens de l’humour et leur gentillesse étaient manifestes. Toute la journée fut très détendue et relâchée bien que concentrée.

 

         Elles étaient extrêmement sympathiques et encourageantes envers les étudiants qui posaient des questions, ou qui soulevaient certains points. Kylie donna une conférence de 22 minutes, parlant de la Tenségrité, tandis que Reni s’assis par terre avec l’audience. Elle demanda combien il y avait de personnes qui n’avaient jamais fait de Tenségrité avant, ou qui n’étaient jamais venus à un séminaire. Cela sembla être entre le tiers et la moitié de la salle. Nous étions un petit groupe de 200 personnes environ.

 

         La salle était un gymnase destiné à la pratique du basket-ball, au second étage d’un immeuble. L’odeur de chlore et une haut degré d’humidité lorsqu’on entrait dans l’immeuble mettait immédiatement en évidence le fait qu’il y avait une piscine au rez-de-chaussée. Le gymnase avait un haut plafond à double étage avec des bannières bleu grisâtre flottant aux quatre coins de la pièce. Il y avait de grands carrés jaunes sur trois des bannières, sur lesquels était écrit en lettres noires : SEATTLE CENTRAL. Le gymnase avait de grandes fenêtres larges et d’aspect récent sur trois des côtes de la pièce, ce qui laissait entrer beaucoup de lumière naturelle. Toutes les fenêtres étaient décorées d’une grande image de style de l’ancien Mexique. Le côté nord n’avait pas de fenêtre. C’était un espace très lumineux et ouvert. La scène était installée au centre de la pièce.

 

         La conférence de Kylie fut très concise et directe. Après avoir donné les informations générales sur qui était Carlos Castaneda et ce qu’était la Tenségrité, elle décrivit comment les quatre lignes originelles de passes magiques avaient été transmises à Carlos, Carol, Florinda et Taisha. Elle dit que les passes avaient été spécialement adaptées par rapport à la configuration énergétique individuelle de chacun des quatre disciples, et pour les centres d’énergie dont ils avaient besoin. Chaque ligne de passes magiques avait été dessinée sur mesure pour leur configuration énergétique et leur style physique, de même que pour leur type de force et de faiblesse. Kylie décrivit les passes originelles comme quatre lignes de force énergétiques qui avaient été transmises à Carlos, Carol, Florinda et Taisha par les sorciers de la lignée de don Juan.

 

         Elle parla ensuite du secret qui avait toujours entouré les passes et comment elles avaient été enseignées à chacun des quatre disciples de don Juan. Elle mentionna que le sujet des passes magiques n’avait jamais été abordé dans aucun des livres, et qu’elles étaient si secrètes que Carlos lui-même n’avait jamais réalisé que les passes lui avaient été enseignées. Elle raconta comment don Juan parla des passes à Carlos. L’histoire dit don Juan avait dit à Carlos qu’il était trop rondouillard et qu’il devrait vraiment prendre les passes magiques au sérieux et les pratiquer. Et Carlos lui avait répondu : « Quelles passes magiques don Juan ? » Kylie commença à décrire comment les livres ne se référaient aux passes qu’en mentionnant que don Juan faisait craquer ses articulations.

 

         Elle dit que Carlos, étant si entier, essayait toujours d’imiter les mouvements de don Juan mais qu’il ne pouvait jamais faire craquer ses articulations. Elle fit quelques mouvements pour montrer à quoi ressemblait don Juan quand il faisait ça. Ses mouvements étaient pleins de force et directs comme si elle était sur le point de faire craquer ses articulations. Quelque chose dans sa façon de bouger était secouant, magique. Il y avait du style et du pouvoir durant sa démonstration des mouvements de don Juan.

 

         Kylie dit alors que le retour de Carol Tiggs avait rendu possible leur présentation au public. Elle dit que le retour de Carol était un événement sans précédent, qui avait ouvert les portes d’une possibilité énergétique, des portes qui n’avaient jamais été ouvertes auparavant dans toute l’histoire de la lignée de sorciers de don Juan. Le retour de Carol Tiggs leur avait permis d’arriver, d’être présentes dans le monde ou groupe du Nagual.

 

         Elle dit que pendant longtemps, elles (Kylie, Reni et Nyei) n’avaient pas vraiment compris ce que cela signifiait, et qu’elles l’avaient plutôt pris à la légère. Pendant longtemps, elles n’avaient pas compris la vraie gravité de l’événement. Kylie décrivit comment Carol avait physiquement disparue et était partie durant dix ans et que depuis lors, Carol était toujours en train d’essayer de démêler le mystère de savoir où elle avait été. Kylie insista sur le fait que cet événement avait eu lieu réellement.

 

         Elle continua en disant que la possibilité qu’un tel événement ait lieu ne faisait pas partie de la taxonomie de notre monde de tous les jours, que nous n’avions pas de parallèle pour ça dans notre inventaire de possibilités hautement taxonomiste. Et c’est ce qu’on nous dit depuis que notre naissance, en termes définitifs, on nous a donné une taxonomie élaborée de ce qu’est le monde et nous avons été entraînés à mépriser tout le reste, toutes les autres possibilités.

 

         Elle décrivit comment absolument toute notre énergie disponible est employée à soutenir cet héritage, cette vision du monde hautement taxonomiste et qu’il ne nous reste plus d’énergie ; aucune énergie n’est pour nous disponible, une énergie avec laquelle nous pourrions envisager d’autres possibilités.

 

         Elle dit que cette vision de la vie est finale et incontestée durant toute durée de notre vie. Elle ajouta qu’à cause de cela, nous vivions dans un monde mort, un monde fermé au flux des possibilités infinies. A cause de cela, nous sommes incapables de percevoir l’énergie directement telle qu’elle s’écoule dans l’univers ou d’être les témoins de son flux incessant. Notre catégorisation sans fin et notre tendance à la taxonomie nous enferme et nous rend incapables de considérer la possibilité que quelqu’un comme Carol Tiggs puisse aller quelque part ailleurs pendant dix ans et en revenir. Elle répéta que Carol était réellement partie physiquement et qu’elle n’avait pas été dans le monde pendant ces dix années. Rendant ce fait encore plus profond.

 

          A ce moment, Kylie revint à l’idée des voyants selon laquelle ils sont capables de percevoir l’univers comme un conglomérat de millions de champs d’énergie. Elle dériva ensuite vers l’idée de comment les quatre lignes originelles de passes magiques étaient apparues aux voyants comme ‘quatre lignes massives d’énergie’. Elle ajouta que chaque ligne contenait peut-être des centaines de mouvements complexes conçus pour redéployer et redistribuer l’énergie incrustée dans la coquille externe de l’œuf lumineux, afin de la renvoyer vers les centres vitaux.

 

         Elle dit : « Si vous pouviez imaginer chacune de nos catégories et taxonomies étant connectées à nous par une petite ligne d’énergie, - de manière toujours aussi délicate, elle fit le geste de dessiner un grand nombre de minuscules petites lignes devant elle - vous seriez capables de voir comment toutes ces catégories, ces schémas taxonomistes du monde construisent en fait une prison autour de nous, autour de notre perception. Et c’est cette prison qui nous contient jusqu’à notre mort…et c’est une mort qui ne sert à rien. Elle n’a pas à se produire. Mais nous sommes incapables de percevoir aucune autre possibilité, incapables de devenir conscient qu’il y a une porte de sortie, car nous n’avons pas l’énergie disponible pour considérer cette possibilité. Toute notre énergie disponible est déjà employée à maintenir nos prisons de catégorisation et de taxonomie. »

 

         Elle continua à parler de comment l’énergie que nous avons à la naissance est emprisonnée et ne peut s’échapper, ni nous être volée ou être donnée à quelqu’un d’autre. Elle doit simplement être redistribuée dans la sphère lumineuse. Elle est soit dissipée, soit incrustée dans les portions extérieures de notre cocon lumineux, où elle n’est pas disponible pour nous, ou bien alors elle est redéployée vers nos centres vitaux où elle devient disponible pour nous.

 

         Elle dit qu’en grandissant, nous succombons globalement à l’accord qui dit que toute notre énergie doit être incrustée dans la coquille externe de notre oeuf lumineux. Une fois qu’elle n’est plus dans nos centres vitaux, nous mourrons. Elle dit que puisque toute notre énergie disponible est employée à soutenir toutes nos catégories élaborées et nos schémas taxonomistes, à maintenir nos ‘prisons taxonomistes’, elle s’incruste facilement lorsque nous acceptons de vieillir. Nous devenons alors plus faibles, en proie à la maladie et l’œuf lumineux se fragilise, se fend et nous mourrons.

 

         Elle mentionna brièvement comment nous sommes affectés par les accords qui ont été passés sans que nous en soyons conscients. « Je n’étais pas là quand ces accords ont été passés. Qui a dit que nous devions devenir vieux et permettre à notre énergie de s’encroûter, de perdre notre vitalité. Qui a dit ça ? Je n’étais pas là. ‘Ils’ l’ont dit ? Qui c’est ça ‘ils’ ? Pourquoi devrions-nous honorer des accords avec lesquels nous n’avons rien à voir ? »

 

         « La Tenségrité libère l’énergie incrustée sur la périphérie de la sphère lumineuse, continue t-elle, et redéploie cette énergie vers les centres vitaux et nous y avons alors accès. » Une fois que nous commençons à redistribuer l’énergie incrustée et à la libérer, pour la redéployer vers les centres vitaux, elle est à notre disposition, ainsi nous sommes alors capables de percevoir des possibilités qui n’avaient pas été considérées auparavant. » Nous sommes capables de considérer la possibilité que nous sommes capables de nous extraire de nos prisons taxonomistes et de nos catégorisations infinies. Nous découvrons que nous en sommes capables au moyen du silence intérieur. 

 

         La Tenségrité nous permet d’avoir de brefs moments de silence intérieur et en persistant dans la pratique des passes magiques, nous accumulons suffisamment de ces moments de silence pour faire pencher la balance. Les portes des possibilités s’ouvrent. La possibilité que Carol Tiggs quitte le monde de la vie de tous les jours et revienne dix ans plus tard peut être prise au sérieux. Nous avons l’énergie suffisante pour faire avec, pour envisager cette possibilité. A l’heure actuelle, le plus gros de notre énergie est incrusté à l’extérieur de nos sphères lumineuses où elle n’est pas à notre disposition.

 

         La Tenségrité est l’acte qui nous rend notre énergie ! Si vous faites les mouvements de Tenségrité, vous renvoierez l’énergie vers vos centres vitaux et elle deviendra de l’énergie disponible. »

« Alors allons-y ! dit Kylie en souriant, Bougeons ! »

 

         On nous montra trois passes dans la matinée, que je n’avais jamais vues auparavant et puis nous continuâmes en pratiquant toutes les passes de chacune des trois vidéos, dans l’ordre. A la fin de la journée, on nous montra trois autres passes qui étaient assez familières, la dernière était ‘L’Etre Ailé Mâle et Femelle’.

 

         Durant la coupure du midi, je m’endormis sur le sol du gymnase. Je me réveillai lorsque Kylie et Reni entrèrent dans la pièce. Dû au fait que la conférence de Reni à propos de l’humeur du guerrier fut enregistrée dans une position plus profonde de mon être, je suis incapable de tout me rappeler complètement pour l’instant. J’en parlerai brièvement.

 

         Après le déjeuner, Reni occupa la scène dix minutes. Elle se présenta comme Renata Murez et dit qu’ils annonçaient toujours leurs noms dans un but magique. Elle utilisait un petit carnet de note pour parler et sembla un peu moins à l’aise que Kylie en prenant la parole. Elle parla de l’humeur du guerrier, de comment pratiquer la Tenségrité, de l’humeur requise pour faire de la Tenségrité correctement. Elle mentionna que lorsqu’elle arriva la première fois, elle portait une énorme fêlure sur ses épaules qu’elle ne permettait à personne de voir, spécialement à elle-même.

 

         Vers 15h30, nous fîmes une pause, et Kylie et Reni restèrent sur scène pour parler aux participants du séminaire. Je ne me sentis pas enclin à les rejoindre mais je restai à côté et écoutai Reni parler à un petit groupe de peut-être 30 personnes : ils parlaient du dernier livre de Carlos Castaneda qui venait d’être donné à Harper&Collins. Elle dit qu’en gros c’était le Livre Violet du séminaire de Long Beach mais qu’il y avait des photographies et beaucoup d’autres choses qui n’étaient pas dans le livre violet. Elle ne savait pas quand Harper&Collins allait le publier.

 

         Durant la pause, j’allais voir également Kylie qui était en train de parler à un groupe de 30 ou 40 personnes. Elle répondit à quelques questions concernant la récapitulation. Elle dit qu’il est absolument nécessaire d’écrire la liste sur une feuille et de la suivre chronologiquement jusqu’à ce qu’on ait fait la récapitulation complète de notre vie, jusqu’à deux fois. Elle dit que nous devions avoir cette rigidité au départ.

 

         Elle continua à répondre à des commentaires à ce sujet, puis elle dit quelque chose qui résonna à mes oreilles jusqu’à ce que je rentre chez moi. Cela collait avec quelque chose qu’avait mentionné Dan Lawton durant le déjeuner de midi. Il avait mentionné que Carlos avait dit qu’il était devenu évident que beaucoup d’entre nous étaient là pour de mauvaises raisons. Et que certaines personnes en particulier avaient abandonné parce qu’elles étaient là pour de mauvaises raisons.

 

         Kylie déclara pendant la pause que nous ne devrions pas faire la récapitulation ou quoi que ce soit d’autre parce que nous avions l’espoir d’en tirer quelque chose. « Nous nous demandons toujours ‘qu’est-ce que je vais avoir’ quand nous commençons quelque chose », dit-elle. « Nous devons apprendre à agir impeccablement, juste pour le plaisir. Simplement parce que nous aimons ressentir la sensation d’être imprégné d’énergie disponible. Nous ne devrions pas le faire parce que nous voulons devenir de grands guerriers ou pour une autre raison de ce genre. Car tout ça c’est de la démence. Nous devrions, une fois dans notre vie, faire quelque chose seulement pour le plaisir. Nous devrions le faire comme un geste abstrait. Nous devrions agir impeccablement comme un geste envers ‘ça’. »

 

Notes de Vini



Publié à 03:32 le 4 juin 2007 dans Séminaires de Tenségrité
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Conférence Florinda-Omega

Conférence de Florinda Donner - Omega institut – mai 1995

 

         Sous une tente géante, une foule de 450 à 500 personnes s’est rassemblée sur des chaises pliantes. Il y eut des applaudissements lorsque les membres du clan de Castaneda entrèrent et s’assirent en face de la première rangée. La minuscule Florinda Donner-Grau, avec des cheveux blonds coupés courts, s’assis sur l’imposante estrade qui la suréleva et, regardant la gigantesque tente, elle fit remarquer que voir tout ceci lui donnait l’impression qu’ils étaient au cirque. Cela lui rappelait la première fois où elle avait rencontré don Juan et son groupe. Elle avait eu la sensation qu’ils faisaient partie d’une espèce de troupe de saltimbanques.

 

        Florinda, qui portait un haut noir sur un chemisier blanc à large col, présenta ensuite les autres membres du groupe de Castaneda, incluant Taisha Abelar, les trois chacmools, et trois individus auxquels elle se référa comme aux « nouveaux gardiens » (des chacmools et du groupe) : Fabrizio Magaldi, Talia Bey, et une Afro-américaine nommée Michelle, qui indiqua qu’elle n’avait pas encore de nom de famille [plus tard elle se fit appeler Rylin DeMaris]. Florinda nous dit aussi que Carol Tiggs n’était pas encore arrivé.

 

        Florinda s’excusa auprès de tout ceux qui ne savaient qui ils étaient. Elle expliqua qu’ils étaient les disciples originels de don Juan. Ils avaient tous étaient incorporés dans le monde des sorciers plus de 25 ans auparavant. Ils avaient eu une longue période d’incubation, incluant 10 ans avec don Juan, et 10 ans de plus avec la vieille Florinda. Elle affirma que c’était parce qu’ils étaient de complets imbéciles.

 

        Les sorciers avaient tenté de modifier leur sempiternelle réponse aux enseignements des sorciers : « Je ne comprends pas ». Les sorciers avaient du leur montrer qu’il n’y avait rien à comprendre. Castaneda avait d’interminables exemples de « compréhension », car il était le plus agressif et le plus porté à la verbalisation.

        Don Juan expliquait qu’en essayant de « comprendre », ils tentaient seulement de décrire des processus. Elle affirma que ce qu’ils avaient appris c’était que les êtres humains ont accès à de formidables possibilités en terme de changements énergétiques, qui n’endommagent pas le psychisme. Les sorciers avaient certaines croyances, que leurs apprentis les comprennent ou pas.

 

        Don Juan, auquel Florinda se référa comme au « vieux nagual », avait 15 cohortes – 10 femmes et 5 hommes. Il avait aussi quatre noms différents, quatre personnalités différentes, quatre humeurs différentes, et quatre directions différentes. Il leur apprit des séries de choses qui constituent « le chemin du guerrier ». Elle expliqua qu’un nagual a une configuration énergétique double, lui donnant la capacité d’entrer dans d’autres royaumes d’énergie. Lorsque la fluidité perceptuelle d’une telle personne s’accroît, elle peut guider un groupe en tant que nagual.

 

        En interrompant la continuité régulière de la vie, d’immenses zones d’énergie deviennent accessibles. L’énergie s’ouvrit à Castaneda lorsqu’il sauta dans l’abîme. Ils ne comprirent pas eux-mêmes ce qui s’était passé : ils le virent sauter, et Castaneda refit surface dix heures plus tard à Westwood, dans son appartement, à l’intersection entre Westwood Boulevard et Wilshire Boulevard.

        Aucun d’entre eux ne prétend comprendre ce qui s’est passé. Elle argua que s’il n’avait pas sauté, ou s’ils avaient été hypnotisés par don Juan, alors il lui aurait fallut deux jours rien que pour rejoindre Mexico depuis l’endroit où il avait sauté.

 

        Florinda déclara que Carol Tiggs avait disparu pendant 10 ans, réapparaissant à la librairie Phoenix, après avoir essayé de trouver le clan pendant des mois. Elle ajouta qu’ils utilisaient des processus semblables à ceux qui sont employés par les gens ordinaires (comme tomber amoureux).

 

        Les naguals peuvent interpréter leurs nouvelles perceptions parce qu’ils ont perdu la conscience du moi – lorsque leur conscience s’est accrue. « Bien sûr, commenta t-elle ironiquement, récemment sont apparus à peu près 200 naguals, tous auto déclarés. Il y a environ trois semaines, Castaneda reçut une lettre. Cette lettre disait : ‘Cher Vieux Nagual, si j’étais à vos côtés, je vous embrasserais comme un frère. Il est temps pour vous de vous retirer et de faire place aux jeunes – parsemée de phrases dans un horrible espagnol – signé : Le Nouveau Nagual Don Alonzo’. 

 

        Partout dans le monde, il y a de nouveaux naguals – en Argentine, en Russie, en Europe de l’est. Il y a même une nouvelle femme nagual. »

 

        En décrivant cette lettre, Florinda fit une digression et ajouta : « Carlos ne lit plus comme une personne ordinaire. Il dort sur des piles de livres toute la journée, car son foie et sa rate ont été habitués à absorber de lourds tomes philosophiques. Ses jambes et ses chevilles lisent des thrillers. Malheureusement, il n’a aucun endroit dans son corps pour lire les lettres. Son pénis ne lit pas du tout ; il ne peut même pas lire Playboy avec. »

 

        Elle dit qu’elle et Carol Tiggs avaient un jour placé un paquet de lettres sur son postérieur, alors qu’il était endormi. Lorsqu’il s’était réveillé, il avait dit qu’il avait très mal dormi ; il avait senti que des alligators, des serpents et des barracudas étaient en train de lui mordre les fesses. Elle dit que sa tête n’était bonne qu’à lire des magazines – Time, Der Spiegel, et Hola. Donc, Florinda lisait les lettres à sa place.

 

        Les femmes, à cause de leur utérus, ont une plus grande capacité que les hommes à lire, mais ne peuvent le faire que quelques pages à la fois.

 

        « Malheureusement, nous avons détruit tant de livres de cette façon, qu’à présent, nous lisons comme tout le monde. La prémisse pour lire de cette façon est le silence intérieur. Le seuil individuel de temps requit pour atteindre le silence intérieur afin de percevoir l’énergie directement diffère selon les individus. » Le seuil de Florinda est de 8 minutes.

 

        Florinda déclara qu’ils devaient tous obéir à Kylie : « Kylie ne laisse pas Taisha raconter ses histoires parce qu’elles font pleurer tout le monde. Elle ne laisse pas Castaneda regarder la télé ou boire du café, et ne laisse pas Carol manger parce qu’elle grossit. Mais elle me laisse faire tout ce que je veux. C’est parce que nous sommes toutes les deux ‘Baltiques’ – de la même planète. »

 

        Don Juan a laissé un héritage de possibilités infinies. Il les a emmené au-delà du royaume de la stupidité et les a formé à être des navigateurs pragmatiques dans la mer de l’inconnu. Tous les trois vont nous raconter des histoires illustrant ce fait, car cela ne peut être transmis qu’au travers d’histoires – « Loin de l’œil de l’Aigle ».

 

        Les hommes et les femmes naguals sont les seuls êtres capables de montrer la voie. Ce sont des êtres qui sont si sobres et si calmes, ayant mis de côté leur conscience du moi, qu’ils peuvent voyager en faisant face à l’inconnu. Par le terme « guide », ils ne veulent pas dire que le nagual est un dictateur, mais plutôt qu’il y a quelque chose « d’énergétique » qui dirige le groupe.

 

Le chemin du guerrier

 

        Trois principes de base sont utilisés comme fondation pour reconstruire les constructions ou les conventions de l’ordre social existant :

 

        (1) Nous sommes des perceveurs, qui ne peuvent construire qu’en percevant. Florinda dit que don Juan répétait cela sans arrêt – la raison d’une telle répétition était que les principes sont finalement acceptés à un niveau corporel, de même que notre conditionnement précédent a été accepté comme une vérité corporelle.

 

        (2) Lorsque nous essayons de percevoir, il y a beaucoup d’obstacles, car dans la vie de tous les jours nous ne percevons pas, nous interprétons. Par exemple, nous interprétons, à partir de ce que nous voyons à présent, que nous sommes sous une tente. Les sorciers savent que l’interprétation est la base de ce que nous faisons avec les données sensorielles.

        Les philosophes l’ont très bien compris intellectuellement. Edmund Husserl, un philosophe allemand, disait que pour arriver à la vérité nous devons mettre en parenthèses la signification et suspendre le jugement, c’est-à-dire, cesser d’interpréter. Quand les étudiants de Husserl lui demandaient comment accomplir cela, sa réponse, en allemand bien sûr, était : « Comment pourrais-je le savoir, bande d’enculés ? Je suis philosophe bordel ! »

 

        (3) Les sorciers savent comment suspendre le jugement et comment revenir ensuite.

 

        Le vieux nagual était extrêmement pragmatique et était différent avec chacun d’entre eux, en termes de technique et d’humeur. Avec Florinda, il était concret et obscène. Il lui disait qu’à chaque fois qu’elle voyait la vieille Florinda, celle-ci était nue. Jouant sur la façon dont, dans le monde de la vie quotidienne, nous percevons tous les gens comme des êtres vêtus, Florinda affirma que les sorciers peuvent apparaître complètement habillés même lorsqu’ils sont complètement nus. Ils portent un manteau ou un drap d’énergie.

 

        La vieille Florinda avait l’habitude de se promener dans ce qui semblait être une robe de soie, ce qui en soit scandalisait Florinda, et don Juan s’avança une fois vers elles et demanda à la vieille Florinda de se déshabiller. La vieille Florinda répondit : « Tout ce que vous désirez », et elle apparut aussi nue que superbe. Don Juan dit à Florinda : « Régale-toi blondinette. » Puis il lui demanda où était la robe, mais il n’y en avait pas. La vieille Florinda était simplement nue.

 

        Don Juan fit la même chose avec Castaneda, mais Castaneda pensait toujours qu’il existait vraiment une robe physique ; Il pensait que c’était parce qu’il était tout le temps si affairé à cacher ses érections que cela leur donnait suffisamment de temps pour cacher la robe. 

 

         Florinda déclara qu’elle faisait maintenant la même chose avec les chacmools. Renata Murez était arrivée dans sa chambre, très nerveuse, le soir précédent vers 18h. Florinda ne portait rien, mais Reni l’avait vu entièrement vêtue.

Nous ne voyons pas que parmi nous, il y a des êtres de couleur « chocolat noir » en forme de cloche ou de bougie – Les êtres inorganiques - avec qui nous coexistons, qui se déplacent énergétiquement à une vitesse plus lente que la notre.

        Ce n’est qu’au travers du rêve que nous pouvons suffisamment équilibrer notre énergie pour les voir. Un jour, à Los Angeles, Florinda était en train de faire du repassage, complètement nue, elle pratiquait la robe d’énergie, lorsqu’elle sentie une chose duveteuse glisser entre ses jambes. Elle pensa qu’elle avait laissé la porte ouverte et qu’un chien errant était entré, mais bien sûr, il s’agissait un être inorganique.

 

        « Une fois que nous réalisons que nos interprétations sont en fait un acte d’intention, nous sommes également prêts à voir le monde comme un acte d’intention ou magique. Par exemple, la Maison Blanche. Ce que nous voyons vraiment depuis le trottoir d’en face est une structure rectangulaire, mais nous investissons dans cette image tout ce que nous avons absorbé de notre culture. Pour les sorciers, c’est un acte magique, et nous faisons cela avec tout ce qui nous entoure.

 

        « Les sorciers intentionnent juste de nouveaux mondes. L’acte d’intentionner est très pragmatique, cela leur permet de naviguer dans cette mer de la conscience. Les sorciers savent ce qu’ils font et ils peuvent annuler leur système habituel d’interprétation. C’est seulement un acte temporaire, mais cela leur donne accès à quelque chose d’inconcevable. On peut réintégrer à nouveau le monde de tous les jours, mais on est plus jamais le même. »

 

        « Carol Tiggs a récemment été absorbée par l’acte de se souvenir. Elle et Castaneda sont une seule et même personne ; ils peuvent annuler leur système d’interprétation avec beaucoup de facilité, et nous emmener en dehors de ce monde. Lorsqu’on fait cela, au début, généralement on voit des images, comme dans un film, et ensuite on se retrouve entièrement dans un autre monde. »

 

        D’après eux, il devrait être complètement inutile d’anthropomorphiser afin d’avoir une compréhension de tout ce que nous percevons, mais ils se demandent maintenant si nous ne sommes pas condamnés à interpréter pour toujours le monde de la façon que nous connaissons.

 

        « Durant leurs voyages, Castaneda et Carol Tiggs ont trouvé des êtres très similaires à ceux de notre monde. Ils glanent une autre énergie et en ce moment, ils sont très concernés par cette histoire d’interprétation. Carol est très cool à ce propos, mais Carlos est plus direct, disant que : ‘Lee Marvin a peur.’  C’est une des expressions favorites de Castaneda, relevée dans le titre d’un article du magazine Esquire qui l’a interpellé. »

 

        Elle commença ensuite l’explication classique de l’œuf lumineux et du point d’assemblage.

 

        Florinda déclara : « Ce qui est arrivé à Carol Tiggs et Castaneda est qu’ils ont bougé leur point d’assemblage en dehors de l’œuf lumineux, et ils sont en train d’explorer un monde basé sur une position du point d’assemblage se trouvant en dehors de l’œuf lumineux, encore que ce monde leur apparaisse très similaire à celui-ci.

 

        « L’œuf lumineux est relié à la Terre, et quand le point d’assemblage se déplace au-delà, la perception change de façon drastique. Ils ne savent plus ce qu’ils perçoivent. Une fois qu’ils ont solidifié leur point d’assemblage, ils commencent à réinterpréter ce qu’ils perçoivent comme quelque chose de semblable au monde que nous connaissons. Leur frayeur est qu’ils semblent être condamnés à interpréter ce nouveau monde – qui est en dehors de la tradition de don Juan – comme si c’était notre monde.

 

        « Les êtres inorganiques peuplent un monde parallèle au notre. Ils sont une conscience qui n’est pas rattachée à un être mais à une concentration énergétique. En rêvant, les sorciers ont de formidables interactions avec eux. Les rêves sont des sas qui permettent aux sorciers d’interagir avec les êtres inorganiques. Nous employons les êtres inorganiques pour nous emmener vers de nouveaux niveaux de conscience.

 

        « La présence des êtres inorganiques est automatique ; quand nous vidons notre esprit des pensées, ils s’attachent aux sorciers avec le même genre d’affection qui nous attache à nos animaux domestiques. Puis les sorciers commencent à construire l’idée des êtres inorganiques en l’image d’une créature qu’ils connaissent dans ce monde. »

 

        Un jour, alors que Florinda était en train de conduire avec Taisha pour aller en cours, dans leur van VW à Los Angeles, une vieille femme s’accrocha à la portière. Elles accélérèrent pour la semer, mais la perdirent en tournant dans la rue Olympic, où il y avait plus de lumières. Don Juan ria lorsque Florinda décrivit la femme comme très vieille, avec des dents crochues et une haleine horrible.

 

        Il lui dit : « Je pense que tu as senti l’odeur de son pet », commentant sèchement aux autres personnes présentes dans la pièce que quiconque court à cette vitesse doit nécessairement être en train de péter. Il demanda même à l’assemblée : « Ne devait-elle pas avoir besoin de lâcher de gros pets ? » et ils acquiescèrent tous solennellement. Plus tard, un « ami inorganique » se montra, c’était un mélange entre un chat et un lapin, avec les dents les plus horribles qui soient. Don Juan dit à Florinda d’arrêter d’anthropomorphiser les êtres inorganiques, parce que sa fixation sur les dents était malsaine. 

 

        Florinda déclara qu’il y a aussi de l’énergie configurée en faisceaux que l’on peut ressentir comme un vent doux ou errant. Elle expliqua que le vrai vent contient de l’air chaud doublé d’une masse d’air froid, par opposition à quelque chose perçu comme du vent mais qui n’en est pas. Don Juan dit a Castaneda que la seule façon pour lui de percevoir la différence entre cette énergie et le vrai vent était de marcher pieds nus. Elle affirma que Castaneda déambulait pieds nus dans le chaparral parce qu’il avait des pieds vierges et intacts. 

 

        Florinda déclara que don Juan avait emmené Taisha et Florinda dans les collines, et leur dit qu’elles devaient enlever leurs vêtements et s’étendre contre un rocher. Une fois que le vent serait venu, elles devaient rejoindre la vieille Florinda en bas de la colline. Florinda attendit, mais bien sûr il n’y avait pas de vent. Elle avait abandonné et était sur le point de partir, lorsqu’elle sentit une énorme force énergétique entrer dans le trou entre ses jambes, la faisant hurler et rouler dans les aires, jusqu’en bas de la colline.

 

        Don Juan était en train d’attendre en bas avec la vieille Florinda, et ils stoppèrent le vent. Ils hurlèrent de rire en la voyant. Elle leur dit qu’elle avait été violée par le vent, et leur tapa dessus. Don Juan lui dit que si elle avait agit correctement, elle aurait appris quelque chose.

 

        Ce genre de vent n’arrive pas qu’aux sorciers – une amie de Florinda, une professeur de littérature espagnole à Los Angeles, prenait un jour un bain, quand quelque chose l’attrapa et la fit rouler en bas des escaliers. Sa robe se souleva et ses cris réveillèrent sa sœur, qui était aussi sa colocataire. Plus tard, sa sœur la décrivit comme étant allongée par terre, gémissant de plaisir. La femme dut aller en thérapie car elle affirmait qu’elle avait été « prise par le vent ».

 

        Florinda ajouta : « Rien de ce que nous percevons n’est bon ou mauvais, c’est juste de la perception. »

 

        Un de leurs amis (Tony Karam, le chef de Casa Tibet au Mexique) prit une photo d’un « voladore » – un flyer – durant un événement à Teotihuacan. C’était un événement bouddhiste, organisé aux pyramides à l’occasion de l’équinoxe de printemps. Du à l’intention des 100 000 personnes réunies là, ils croient que d’une certaine façon, le flyer s’est quelque peu « anthropomorphisé ».

 

        L’ami en question prit trois photos, mais ne développa que la seconde et en fit un agrandissement. Il découvrit sur la photo une forme humaine en train de sauter ou de voler. Il se dit que Castaneda saurait ce que c’est. Castaneda avait été choqué parce que cela s’avéra être exactement comme la description de don Juan.

 

         Don Juan appelait les flyers « les gardiens du poulailler » – expliquant que nous sommes les poulets des flyers. Ils dévorent notre conscience comme nous le faisons avec les poulets. Notre conscience devrait couvrir notre œuf lumineux entier comme une cape en plastique transparente. Mais les flyers ont mangé notre conscience jusqu’à nos doigts de pieds.

        Florinda déclara que la première fois qu’elle avait entendu cela, elle avait pensé : « Et alors, ils n’ont mangé que nos doigts de pieds ! » Quand elle voulait raconter ses rêves à don Juan, il lui disait « Amorcito (ce qui pour elle signifiait qu’elle avait un problème), ne te fatigue à me raconter tes rêves, parce que tu es juste en train de parler depuis tes doigts de pieds. »

 

        Une fois que notre niveau de conscience s’accroît, la perception s’accroît. « La conscience s’élève avec la discipline – des efforts sans pitié avec votre ego pour éradiquer le je, je, je et le moi, moi, moi. Toute la conscience dont nous sommes capable est l’autoréflexion, qui se trouve au niveau de nos doigts de pieds. »

 

         Une des façons d’élever la conscience, que le clan de Castaneda a été capable de voir, est à travers la pratique de la Tenségrité. Ils ont vu au travers des trois chacmools qu’il est possible de changer pour les gens. Entre eux, ils peuvent raconter des histoires sur leur entraînement, mais ils ne savent pas exactement comment le changement est survenu.

        Florinda affirma que les membres du clan de Castaneda n'étaient pas les professeurs ni les gourous des chacmools : « Les chacmools doivent le faire toutes seules, et à un niveau corporel, elles ont été capables d’atteindre un haut niveau de conscience. Don Juan disait que lorsque notre conscience s’accroît, nous réalisons que nous sommes des êtres qui vont mourir. Cela nous donne l’impulsion de rechercher la liberté totale. »

Notes de Corey Donovan

Publié à 12:50 le 9 mai 2007 dans Omega Institut
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