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New-Age Magazine - Entretien avec Carlos Castaneda

                                 

 

 

"Une fois que l'homme apprend à voir, il se retrouve seul dans le monde avec rien d'autre que de la folie."

Don Juan (Voir - 1968)

 


Entretien Avec
CARLOS CASTANEDA


        Les agents littéraires sont payés pour faire la promotion de leurs clients, mais lorsque l'agent de Carlos Castaneda prétendit m'offrir "l'interview de ma vie," il me fut difficile de refuser. Après tout, les neuf ouvrages de Castaneda décrivant son extraordinaire apprentissage auprès du sorcier Yaqui don Juan Matus ont inspiré un grand nombre de personnes de ma génération à explorer le mysticisme, les drogues psychédéliques, et de nouveaux niveaux de conscience.

 

        Malgré sa réputation grandissante, l'auteur demeurait reclus, s'enveloppant de mystère et d'intrigue. Mis à part quelques interviews données apparemment au hasard, Castaneda ne s'est jamais aventuré sur le devant de la scène. Très peu de gens savent à quoi il ressemble. Pour cette interview, me dit son agent, il ne devait y avoir ni caméras ni magnétophones. La conversation serait notée par une sténodactylo, de crainte que des copies d'enregistrements de la voix de Castaneda ne tombent entre de mauvaises mains.


        L'interview - peut-être programmée pour coïncider avec la publication du dernier et du plus ésotérique des ouvrages de Castaneda, l'Art de Rêver - eut lieu dans une salle de conférence d'un modeste bureau de Los Angeles, après des semaines d'âpres négociations avec l'agent de Castaneda. Les arrangements étaient compliqués, me dit l'agent, du fait qu'il n'avait aucun moyen de contacter son client et qu'il ne pouvait confirmer une réunion qu'après s'être entretenu avec lui, "s'il se décide à appeler... je ne sais jamais à l'avance lorsque cela se produira."


        A mon arrivée, un homme énergique, enthousiaste et souriant traversa la pièce, me tendit la main, et me dit avec modestie : "Bonjour, je suis Carlos Castaneda. Bienvenue. Nous pourrons commencer notre entretien dès que vous serrez prêt. Voulez-vous un café, ou un soda ? Mettez-vous à l'aise."


        J'avais entendu dire que Castaneda se fondait dans les boiseries ou qu'il ressemblait à un serveur Cubain ; que ses traits étaient à la fois Européens et Indiens ; que sa peau était brun foncé ou bronze ; que ses cheveux étaient noirs, épais et bouclés. Tant de rumeurs. Sa chevelure est désormais blanche, courte et légèrement hirsute. Si on me demandait de renseigner un dessinateur de la police pour qu'il dresse un portrait robot, j'insisterais sur les yeux - grands, brillants, éveillés. Ils pourraient être gris.


        Je demandai à Castaneda quel était son programme. "Nous avons tout l'après-midi. Je pense que nous aurons tout le temps nécessaire. Lorsque cela suffira, nous le saurons." Notre conversation dura quatre heures, se poursuivant pendant le repas constitué de sandwiches.


        Ma première rencontre avec l'oeuvre de Castaneda fut autant une initiation qu'une introduction. C'était en 1968. Les policiers matraquaient les manifestants dans les rues de Chicago. Des assassins venaient de tuer Martin Luther King Jr. et Bobby Kennedy. "Chain of Fools" d'Aretha Franklin était en tête des charts. Tout cela au beau milieu d'un océan de sandales, de cafetans brodés, de bracelets cliquetants, de colliers de perles, de cheveux longs pour les garçons comme pour les filles.


        Dans tout cela intervint un écrivain énigmatique nommé Carlos Castaneda, avec un ouvrage nommé l'Herbe du Diable et la Petite Fumée. Je me souviens comment il me transforma. Ce livre que je commençais à lire était une curiosité ; le livre que j'avais tenu lorsque j'eu fini de le lire était devenu un manifeste, le genre de cause délirante et célèbre pour laquelle ma psyché avait été secrètement entraînée. Ce que Castaneda semblait affirmer - la possibilité d'une formidable expérience spirituelle personnelle - était précisément ce contre quoi la religion uniquement dominicale de mon enfance voulait me vacciner.


        Croire en Castaneda, me donna la foi de croire qu'un jour, d'une certaine manière, je rencontrerais mon propre don Juan Matus (don est une appellation Espagnole dénotant le respect), le vieux sage/sorcier Indien qui implore son protégé Carlos, d'aller au-delà du regard - percevoir tout simplement le monde sous ses formes généralement acceptées. Pour être un véritable "homme de connaissance," Carlos doit apprendre l'art de voir, de manière à ce que pour la première fois il puisse véritablement percevoir la nature extraordinaire du monde. "Lorsque l'on voit," dit don Juan, "il n'y a plus de repères familiers dans le monde. Tout est neuf. Rien ne s'est encore produit. Le monde est incroyable !"


        Mais en fait - qui était ce Castaneda ? D'où vient-il et que cherche-t-il à prouver, avec ce mystérieux récit d'un domaine qui semble être un ordre de réalité entièrement nouveau ?


        Au fil des ans, diverses réponses à cette question furent proposées. Choisissez la vôtre : (a) un anthropologue dissident ; (b) un apprenti sorcier ; (c) un visionnaire psychique ; (d) un génie littéraire ; (e) un philosophe original ; (f) un maître. Pour équilibrer, n'oublions pas (g) l'initiateur de l'une des plus spectaculaires farces de l'histoire de l'édition.


        Lorsque que je lui ai présenté ces bribes d'idées conflictuelles, Castaneda a réagi avec une sorte d'amusement ironique, comme s'il était spectateur d'une comédie de Tcheckhov dont il pourrait ou non, être l'un des personnages. L'auteur a constamment refusé - durant pratiquement trente ans - de s'engager dans une bataille verbale pour savoir si ses livres sont des récits authentiques sur des personnages du monde réel, comme il le maintient, ou (comme de nombreux critiques le pensent) des allégories fictives dans l'esprit des Voyages de Gulliver et d'Alice au Pays des Merveilles.


        Cette réticence stratégique lui fut enseignée par don Juan lui-même. "Pour entrer ou sortir furtivement des différents mondes, vous devez demeurer insaisissable," dit Castaneda, qui selon toutes vraisemblances partagerait (son statut préféré) son temps entre Los Angeles, l'Arizona et le Mexique. "Plus vous êtes identifiés par les idées que les gens ont sur vous et la manière dont vous allez agir, plus votre liberté subit des contraintes. Don Juan insistait sur l'importance d'effacer l'histoire personnelle. Si petit à petit vous créez un brouillard autour de vous, alors on ne vous considérera plus comme quelqu'un d'accessible, et vous aurez plus de place pour vous transformer."


        Ainsi, des clarifications éparses dans le brouillard laissent entrevoir des traces disposées par l'apprenti sorcier au cours des années précédant son accession au mythe.

         Le consensus érudit, non confirmé par l'auteur lui-même, est que Carlos Cesar Arana Castaneda naquit au Perou le jour de Noël, en1925, dans la cité Andine historique de Cajamarca. Après avoir quitté le Colegio Nacional de Nuestra Senora de Guadalupe, il fit de brèves études à la National Fine Arts School of Peru. En 1948, sa famille déménagea à Lima et y ouvrit une bijouterie. Après la mort de sa mère un an plus tard, Castaneda se rendit à San Francisco et rejoignit bientôt le Los Angeles City College, où il suivit deux cours d'écriture créative et un de journalisme.


        En 1962, Castaneda reçut un B. A. (Bachelor of Arts) d'anthropologie de l'University of California at Los Angeles. En 1968, cinq ans après que Castaneda ait reçu son doctorat en anthropologie, l'University of California Press publia L'Herbe du Diable, qui devint un best-seller national à la suite d'une critique enthousiaste de Roger Jellinek dans le New York Times Book Review : "On ne peut exagérer la signification de ce que Castaneda a fait. Il décrit une tradition chamanique, une forme de culture pré-logique dont personne ne connaît l'âge. Elle fut souvent décrite... Mais il semble qu'aucun autre outsider, et certainement pas un 'Occidental,' n'ait participé à ces mystères de l'intérieur ; personne, non plus, ne les a aussi bien décrit."


        La mèche venait d'être amorcée. L'Herbe du Diable et la Petite Fumée se vendit à 300 000 copies en 1969. Voir et Le Voyage à Ixtlan suivirent en 1971 et 1972. La saga continua avec Histoires de Pouvoir (1974), Le Second Anneau de Pouvoir (1977), Le Don de l'Aigle (1981), Le Feu du Dedans (1984), La Force du Silence (1987), et l'Art de Rêver (1993). (Les bibliophiles pourraient être intéressés d'apprendre que Castaneda a en fait écrit un livre sur don Juan avant l'Herbe du Diable, intitulé The Crack Beetween Worlds (La Fissure Entre les Mondes), mais qu'il l'a perdu dans un cinéma.)


        En évaluant l'impact de son oeuvre, les admirateurs de Castaneda le créditent d'avoir fait connaître à la culture populaire les traditions riches et variées du chamanisme, qui mettent l'accent sur l'entrée dans des réalités non-ordinaire et la confrontation avec des alliés parfois hostiles, afin de restaurer l'équilibre et l'harmonie du corps, de l'âme et de la société. Inspirés par l'utilisation du peyotl, du datura et d'autres plantes de pouvoir par don Juan pour enseigner à Castaneda "l'art de rêver," un nombre incalculable de pionniers étendirent leurs propre horizons intérieurs grâce à une démarche psychédélique - avec des résultats incontestablement mitigés.


        Pour leur part, les critiques de la "voie de la connaissance" de Castaneda, rejettent son oeuvre, la considérant comme une fable pseudo-anthropologique, complétée à l'aide de chamanes inventés et de pratiques religieuses Amerindiennes sensationnelles. Les écrits, prétendent-ils, ont rapporté à l'auteur dénué de tout scrupule une fortune immense, au prix d'un dénigrement de la philosophie sacrée des indigènes, grâce à l'exploitation commerciale. La présentation de Castaneda, écrit Richard de Mille, dans Castaneda's Journey (le Voyage de Castaneda), "fait appel au besoin du lecteur pour le mythe, la magie, la sagesse ancienne, la véritable réalité, le dépassement de soi, les autres mondes, ou aux camarades de jeu imaginaires."


         A ce propos, le Castaneda que j'ai rencontré était une étude en contraste. Sa prestance était simple, spontanée, chaleureusement animée, et parfois gaiement contagieuse. En même temps, son accent toujours fort (Peruvien ? Chilien ? Espagnol ?) transmettait la pratique cérémonieuse d'un ambassadeur à la cour : mesuré et tranquille, sérieux et assuré, sincère et résolu. Entraîné.


        La contradiction, comme tant de choses chez cet homme, peut frapper comme une inconsistance ennuyeuse. Mais ce n'est pas le cas. Relire les livres de Carlos Castaneda (étonnement, j'ai relu les neuf livres) c'est voir clairement - peut-être pour la première fois - que la contradiction est la seule force qui lie son noeud Gordien littéraire. Comme l'auteur me l'a confié, intentionnellement, durant notre pause déjeuner : "C'est seulement en opposant deux vues l'une contre l'autre, que l'on peut se faufiler entre elles pour parvenir au monde réel."


        J'avais la conviction qu'il me faisait savoir que sa forteresse était bien gardée - et qu'il me défiait de pouvoir la détruire.


Keith Tompsom : Vos ouvrages ont créé un personnage mondialement célèbre nommé Carlos, mais l'auteur Castaneda s'est de plus en plus retiré de la vie publique. Ces dernières années, on a vu plus souvent Elvis que Carlos Castaneda. La légende veut que vous vous soyez suicidé au moins trois fois ; une rumeur tenace affirme que vous avez trouvé la mort dans un accident de bus au Mexique il y a un vingt ans ; et mes recherches pour obtenir des photos et des cassettes audios certifiées furent sans résultats. Comment puis-je être sûr que vous êtes bien Castaneda et pas un Carlos imposteur de Vegas ? N'avez-vous aucune marque de naissance reconnaissable ?


Carlos Castaneda : Aucune ! Seul mon agent peut répondre de la vérité à mon sujet. C'est son travail. Mais vous êtes libre de me poser vos questions et de me braquer une lampe dans les yeux et de me garder ici toute la nuit - comme dans les vieux films.


K. T. : Vous êtes connu pour être inconnu. Pourquoi avez-vous accepté de parler, après avoir refuser de nombreuses interviews durant des années ?


C. C. : Parce que je suis au terme de mon épreuve qui débuta il y a plus de trente ans. Jeune anthropologue, je me suis rendu dans le Sud-Ouest pour collecter des informations, pour faire des investigations sur le terrain à propos des plantes médicinales utilisées par les Indiens de la région. J'avais l'intention d'écrire un article, continuer mes études, et devenir un professionnel dans mon domaine. Je n'avais pas le moindre intérêt à rencontrer un homme aussi étrange que don Juan.


K. T. : Comment vos chemins se sont-ils croisés ?


C. C. : En attendant le bus à la station Greyhound de Nogales, en Arizona, je parlais avec un anthropologue qui fut mon guide et mon aide durant mon enquête. Mons collègue se pencha et me désigna un vieil Indien aux cheveux blanc dans la pièce - "Psst, par là, ne le laissez pas voir que vous le regardez" - et il me dit qu'il était expert en peyotl et en plantes médicinales. C'était tout ce que j'avais besoin d'entendre. Je pris mes grands airs et me dirigeais nonchalamment vers cet homme, connu sous le nom de don Juan, et je lui dis que j'étais moi-même une autorité sur le sujet du peyotl. Je lui dis qu'il serait bon pour lui que je lui en parle autour d'un repas - ou quelque chose d'aussi insupportable et arrogant.


K. T. : Le vieux stratagème du repas de pouvoir. Mais vous n'étiez pas vraiment une autorité, n'est-ce pas ?


C. C. : Je ne savais vraiment rien du peyotl ! Mais j'ai continué à débiter - me vantant de mon savoir, essayant de l'impressionner. Je me souviens qu'il ne fit que me regarder, hochant parfois la tête, sans dire un mot. Mes prétentions se mêlèrent à la chaleur de cette journée. J'étais stupéfait d'être réduit au silence. J'étais là, dans un abîme, jusqu'à ce que don Juan vit que son bus venait d'arriver. Il me dit au revoir, d'un léger mouvement de la main. Je me sentais comme un imbécile arrogant, et c'était la fin.


K. T. : Mais aussi le commencement.


C. C. : Oui, c'est là que tout a commencé. J'ai appris que don Juan était un brujo, ce qui signifie, en espagnol, guérisseur, sorcier. Je m'employais à savoir où il résidait. Vous savez, j'étais très bon pour faire ça, et j'y suis parvenu. Je l'ai trouvé, et je suis allé le voir. Nous nous sommes bien entendus, et nous sommes devenus bons amis.


K. T. : Vous vous sentiez comme un crétin en sa présence, mais cependant vous éprouviez un vif besoin d'aller le trouver ?


C. C. : La manière dont don Juan m'avait regardé à la station de bus était exceptionnelle - un événement sans précédent dans ma vie. Il y avait quelque chose de remarquable dans ses yeux, qui semblaient briller d'une lumière qui leur était propre. Vous voyez, nous sommes - malheureusement nous ne voulons pas l'accepter, mais nous sommes des singes, anthropoïdes, simiesques. Il existe un savoir primaire que nous portons tous, directement connecté à la personne vieille de deux millions d'années qui est à la base de notre cerveau. Et nous faisons de notre mieux pour supprimer tout cela, ce qui nous rend obèse, cardiaque, et sujet au cancer. C'est à ce niveau archaïque que je fus saisi par le regard de don Juan, en dépit de mon ennui et de mon irritation qu'il avait perçu au travers de ma feinte d'érudition à la station de bus.


K. T. : En fait vous êtes devenu l'apprenti de don Juan, et lui votre guide. D'où vient cette transition ?


C. C. : Une année passa avant qu'il ne me fasse totalement confiance. Nous étions parvenu à bien nous connaître tous les deux, lorsqu'un jour don Juan se tourna vers moi et me déclara qu'il détenait une certaine connaissance qu'il avait reçu d'un benefactor inconnu, et qui l'avait mené à une sorte d'entraînement. Il utilisait le terme "connaissance" plus souvent que le terme "sorcellerie," mais pour lui ils n'étaient qu'un seul et même terme. Don Juan me dit qu'il m'avait choisi comme apprenti, mais que je devais me préparer à un chemin long et difficile. Je ne me doutais pas que le chemin que j'allais suivre serait aussi étrange et surprenant.


K. T. : C'est une trame constante dans vos livres - votre lutte pour donner un sens à une "réalité séparée" où les moustiques font plusieurs mètres de haut, où les têtes humaines se transforment en corbeaux, où la même feuille tombe quatre fois, où des sorciers font disparaître des voitures en plein jour. Un bon stage d'hypnotiseur peut produire d'excellents effets. Il est possible que c'est ce que fit don Juan, n'est-ce pas ? Vous a-t-il abusé ?


C. C. : C'est possible. Ce qu'il m'a enseigné, c'est qu'il y a plus de choses dans ce monde que ce que nous en reconnaissons généralement - que nos conceptions de la réalité sont créées par un consensus social, qui est lui-même une farce. On nous apprend à voir et à comprendre le monde grâce à un processus de socialisation qui, lorsqu'il fonctionne correctement, parvient à nous convaincre que les interprétations que nous acceptons, définissent les limites du monde réel. Don Juan a interrompu ce processus dans mon existence en démontrant que nous avions la capacité d'entrer dans d'autres mondes qui sont constants et indépendants de notre conscience excessivement conditionnée. La sorcellerie implique la reprogrammation de nos capacités à percevoir des mondes comme réels, uniques, absolus, et submergeant aussi notre monde quotidien et banal.


K. T. : Don Juan essaye toujours de mettre vos explications de la réalité et vos hypothèses à propos de ce qui est possible entre guillemets, afin que vous puissiez voir combien tout cela est arbitraire. Les philosophes contemporains considéreraient ceci comme une réalité "destructurante."


C. C. : Don Juan avait une compréhension viscérale de la manière dont le langage fonctionne comme un système pour lui-même - la manière dont il génère des images de réalité dont nous croyons, par erreur, qu'elles révèlent la "véritable" nature des choses. Ses enseignements étaient comme une massue qui frappait ma tête dure jusqu'à ce que je puisse voir que ma précieuse vue n'était en fait qu'une construction, tissées avec toutes sortes d'interprétations figées, que j'utilisais pour me défendre contre une pure perception d'émerveillement.


K. T. : Il y a une contradiction quelque part. D'un côté, don Juan vous désocialise, en vous enseignant à voir sans préjugés. Pourtant il semble vous resocialiser en vous enrôlant dans un nouveau système de pensée, en vous donnant seulement une interprétation différente, un nouvel effet sur la réalité - bien que celui-ci soit magique.


C. C. : C'est une chose dont nous parlions tout le temps, don Juan et moi. Il prétendait en effet m'avoir détourné, mais je maintenais qu'il m'avait retourné. En m'initiant à la sorcellerie il me présenta une nouvelle vision, un nouveau langage, et une nouvelle manière de percevoir et d'être dans le monde. J'étais pris entre ma certitude antérieure sur le monde et une nouvelle description, la sorcellerie, et j'étais forcé d'assurer l'union des deux. Je me sentais complètement en perte de vitesse, comme une voiture qui se laisse glisser. Don Juan était enchanté. Il disait que ceci signifiait que je glissais entre les descriptions de la réalité - entre mon ancienne et ma nouvelle vue. En fait, je me suis aperçu que toutes mes précédentes suppositions étaient basées sur une vision du monde à laquelle j'étais essentiellement étranger. Le jour où j'ai rencontré don Juan à la station de bus, j'étais le parfait savant, triomphalement détaché, fermant les yeux pour prouver mon érudition inexistante sur les plantes psychotropes.


K. T. : Ironiquement, c'est don Juan qui vous a fait découvrir "Mescalito," l'esprit à peau verte du peyotl.


C. C. : Don Juan me fit découvrir les plantes psychotropes au milieu de mon apprentissage, parce que j'étais si stupide et si arrogant, ce que bien sûr j'estimais être l'évidence de la sophistication. Je m'accrochai à ma description conventionnelle du monde avec une incroyable férocité, convaincu que c'était la seule vérité. Le peyotl servit à exagérer les subtiles contradictions de ma glose interprétative, et ceci m'aida à rompre avec la manière Occidentale de voir le monde autour de moi et de m'en parler intérieurement. Mais l'approche psychotropique a un prix - la fatigue physique et émotionnelle. Il me fallut des mois pour m'en remettre.


K. T. : Si vous pouviez le faire à nouveau, vous diriez non ?


C. C. : Ma voie a été ma voie. Don Juan m'a toujours dit, "Fais un geste." Un geste n'est rien de plus qu'un acte délibéré assumé par le pouvoir qui provient de la prise de décision. En fin de compte, l'intérêt de l'état non-ordinaire, dans lequel vous rentrez avec le peyotl ou d'autres plantes psychotropes, est de préciser ce dont vous avez besoin afin d'embrasser le caractère prodigieux de la réalité ordinaire. Vous voyez, le chemin du coeur n'est pas un chemin parsemé d'introspection incessante ou d'envolée mystique, mais un chemin se mêlant aux joies et aux tristesses du monde. Ce monde, où chacun d'entre nous est relié aux niveaux moléculaires à toutes les autres merveilles et manifestations dynamiques de l'être - ce monde est le véritable terrain de chasse du guerrier.


K. T. : Votre ami don Juan vous a enseigné ce qui est, comment connaître ce qui est, et comment vivre en accord avec ce qui est - l'ontologie, l'épistémologie, et l'éthique. Ce qui mène beaucoup de gens à dire qu'il est trop beau pour être vrai, que vous l'avez créé de toutes pièces comme un instrument allégorique d'instruction de la sagesse.


C. C. : La notion d'avoir imaginé un personnage comme don Juan est absurde. Je suis un produit de la tradition intellectuelle Européenne à laquelle un personnage comme don Juan est totalement étranger. Les faits réels sont plus étranges : je suis un reporter. Mes livres sont des récits de phénomènes bizarres qui me forcèrent à procéder à des changements fondamentaux dans mon existence afin de rencontrer le phénomène suivant ses propres conditions.


K. T. : Certains de vos critiques deviennent vraiment féroces en affirmant que Juan Matus parle parfois plus comme un don d'Oxford que comme un don Indien. Il y a là le fait qu'il voyagea beaucoup et acquis son savoir de sources qui n'étaient pas limitées à sa culture yaqui.


C. C. : Permettez-moi de vous faire une confession : je me délecte plus de l'idée que don Juan n'est pas le "meilleur" don Juan. Il est probablement vrai que je ne suis pas non plus le meilleur Carlos Castaneda. Il y a plusieurs années, j'ai rencontré le Castaneda parfait à une soirée à Sausalito, tout à fait par hasard. Là, au milieu du patio, se tenait l'homme le plus élégant : grand, blond, yeux bleus, beau, nu-pieds. C'était au début des années 70. Il dédicaçait des livres, et le propriétaire des lieux me dit, "J'aimerais vous faire rencontrer Carlos Castaneda." C'était un faux Carlos Castaneda, avec une impressionnante cour de belles femmes tout autour de lui. Je lui dit : "Je suis très heureux de vous connaître, Mr. Castaneda." Il me répondit : "Docteur Castaneda." Il avait un très bon boulot. Je pense qu'il représente une bonne manière d'être Castaneda, le Castaneda idéal, avec tous les avantages qui vont avec la position. Mais le temps passe, et je suis toujours le même Castaneda, pas très bien habillé pour jouer la version Hollywoodienne. Don Juan non plus.


K. T. : En parlant de confessions : N'avez-vous jamais envisagé de restreindre l'excentricité de votre guide et ainsi le présenter comme un personnage plus conventionnel, pour en faire un meilleur support à ses enseignements ?


C. C. : Je n'ai jamais envisagé une telle approche. Aplanir les angles gênants pour mettre en avant une trame agréable est le péché de l'écrivain. Je ne suis pas étranger au canon de la science qu'il soit exprimé ou non : "Etre objectif." Parfois don Juan parlait en termes argotiques - les éviqualents de "Mince, alors !" et "Ne perds pas les pédales !" sont deux de ses préférés. A d'autres occasions il montrait une superbe maîtrise de l'Espagnol, ce qui me permit d'obtenir des explications détaillées des significations complexes de son système de croyances et de sa logique fondamentale. Transformer délibérément don Juan dans mes livres de manière à ce qu'il apparaisse cohérent et réponde aux attentes de telle ou telle audience amènerait de la "subjectivité" dans mon travail, un démon qui, selon mes meilleures critiques, n'a aucune place dans l'écriture anthropographique.


K. T. : Les sceptiques vous ont défié d'exorciser ce démon une fois pour toute, en rendant publiques vos notes basées sur vos rencontres avec don Juan. Cela pourrait-il dissiper les doutes, et permettre de savoir si vos écrits sont de l'anthropologie ou de la fiction ?


C. C. : Les doutes de qui ?


K. T. : De vos collègues anthropologues, pour commencer. Le Senate Watergate Commitee. Geraldo Riviera...


C. C. : Il fut un temps où les requêtes pour voir mes notes ne semblaient pas gênées par des impératifs idéologiques cachés. Après la publication de L'Herbe du Diable, j'ai reçu une lettre plein d'égards de Gordon Wasson, le fondateur de l'éthnomycologie, l'étude de l'utilisation des champignons par l'homme. Gordon et Valentina Wasson avaient découvert l'existence de cultes chamaniques du champignon encore en activité dans les montagnes près d'Oaxaca, au Mexique. Le Dr. Wasson me demanda de clarifier certains aspects de l'utilisation des champignons psychotropes faite par don Juan. Je lui envoyais avec plaisir plusieurs pages de notes se rapportant à son centre d'intérêt, et je l'ai rencontré à deux reprises. A la suite de quoi, il parla de moi comme d'un "jeune homme sérieux et honnête," ou quelque chose de ce genre. Ainsi, certains critiques allèrent jusqu'à affirmer que toutes les notes fournies par Castaneda devaient être considérées comme des faux rédigés après les faits. A ce moment là, je réalisais que je ne pouvais en aucune manière satisfaire les gens dont l'esprit était définitivement clos à toute documentation que je pouvais fournir. En fait, c'était plutôt libérateur d'abandonner l'entreprise de relations publiques - intrinsèquement une violation de ma nature - et de retourner à mon travail sur le terrain avec don Juan.


K. T. : Vous devez être familiarisé avec l'affirmation que votre travail a favorisé la vulgarisation des traditions spirituelles indigènes. L'argument en est le suivant : un ignoble cadre sans origines Indiennes, des profiteurs commerciaux, et des prétendus chamanes ont lu vos livres et s'en inspirent. Que plaidez-vous ?


C. C. : Je ne me suis pas embarqué dans la rédaction d'un compte-rendu exhaustif sur la spiritualité indigène, c'est donc une erreur de juger mon travail sur ce critère. Mes livres sont plutôt des chroniques d'expériences et d'observations spécifiques dans un contexte particulier, rapportées selon le meilleur de mes aptitudes. Mais je plaide coupable d'avoir commis en connaissance de cause des actes volontairement éthnographiques, ce qui n'est rien d'autre qu'une traduction par écrit d'une expérience culturelle. L'éthnographie est toujours de l'écriture. C'est ce que je fais. Qu'arrive-t-il lorsque des mots parlés deviennent des mots écrits, et les mots écrits des mots publiés, et que les mots publiés sont ingérés lors de leur lecture par des personnes inconnues de l'auteur ? Nous sommes d'accord que tout cela est complexe. J'ai eu énormément de chance d'avoir un lectorat aussi divers et varié dans le monde. Le niveau nécessaire pour y accéder est le même partout : la capacité de lire. Mis à part cela, je suis responsable des vices et des vertus de mon lectorat anonyme de la même manière que n'importe quel écrivain de n'importe quelle époque et de n'importe quel endroit du monde peut l'être. Le principal est que je reste fidèle à mon travail.


K. T. : Que pense don Juan de votre notoriété ?


C. C. : Nada. Rien. Je m'en suis définitivement rendu compte lorsque je lui ai amené un exemplaire de L'Herbe du Diable. Je lui ai dit, "Il parle de vous, don Juan." il survola le livre - de haut en bas, du début à la fin, il feuilleta les pages comme un jeu de cartes - puis il me le rendit. J'étais abattu et je lui dis que je lui en faisais cadeau. Don Juan me dit qu'il ferait mieux de ne pas l'accepter, "parce que tu sais ce que l'on fait avec le papier au Mexique." Il ajouta, "Dis à ton éditeur d'imprimer ton prochain livre sur du papier plus doux."


K. T. : Vous avez précédemment mentionné que don Juan rendait son enseignement délibérément dramatique. Vos écrits reflètent cela. Le récit anthropologique donne la plupart du temps l'impression de lutter pour la monotonie, comme si la banalité était la marque de la vérité.


C. C. : Rendre ennuyeuses mes surprenantes aventures avec don Juan reviendrait à mentir. Il me fallut plusieurs années pour apprécier le fait que don Juan était un maître pour utiliser la frustration, la digression, et la révélation partielle comme méthodes d'instruction. Il mélangeait stratégiquement la révélation et la dissimulation dans les plus étranges combinaisons. C'était sa manière d'affirmer que la réalité ordinaire et la réalité non-ordinaire ne sont pas séparées, mais qu'elles sont au contraire inclues dans un cercle plus large - et il s'y opposait le jour suivant en insistant sur le fait que les lignes entre les différentes réalités doivent être respectées à tout prix. Je lui demandais pourquoi il devait en être ainsi. Il répondit, "Parce que rien n'est plus important pour toi que de garder ton monde personnel intact." Il avait raison. C'était là ma priorité numéro un au début de mon apprentissage. En fait j'ai vu - j'ai vu - que le chemin du coeur requiert un acte total, un degré d'abandon qui peut être terrifiant. A ce moment là seulement, il est possible de procéder à une brillante métamorphose. Je pouvais également réaliser dans quelle mesure les enseignements de don Juan pouvaient et seraient rejetés comme de "simples allégories" par certains spécialistes dont la mission sacramentale était de renforcer les limites que la culture et le langage plaçaient sur la perception.


K. T. : Ceci nous rapproche de la question de savoir qui définit la description culturelle "correcte." De nos jours, certains critiques de Margaret Mead déclarent qu'elle avait tort à propos des Samoa. Mais pourquoi ne pas dire, moins dogmatiquement, que ses écrits présentent une image partiale basée sur une rencontre unique avec une culture exotique ? Evidemment, ses découvertes reflétaient les intérêts de son époque, y compris ses propres préjugés. Qui est autorisé à interdire l'accès de l'art à la science ?


C. C. : Supposer que l'art, la magie, et la science ne peuvent exister dans le même espace et le même temps est un vestige obsolète des catégories philosophiques Aristotéliciennes. Nous devons aller au-delà de ce genre de nostalgie dans la science sociale du vingt et unième siècle. Même le terme… ethnographie est trop monolithique, parce qu'il implique qu'écrire sur d'autres cultures soit une activité spécifique à l'anthropologie, alors qu'en fait l'ethnographie recoupe des disciplines et des genres différents. De plus, même l'ethnographe n'est pas monolithique - il ou elle doit être réfléchi et polyvalent, tout comme les phénomènes culturels qui sont rencontrés comme "autres."


K. T. : Ainsi, l'observateur, le phénomène observé, et le processus d'observation forment un tout indissociable. Dans cette perspective, la réalité n'est pas simplement perçue, elle est activement capturée et rendue de manières différentes par des observateurs différents ayant des manières d'observer différentes.


C. C. : C'est ça. Ce à quoi la sorcellerie se réduit c'est l'acte d'exprimer des permisses théoriques et pratiques spécialisés à propos de la nature de la perception à formuler l'univers qui nous entoure. Il me fallut beaucoup de temps pour comprendre intuitivement, qu'il y avait trois Castaneda : un qui observait don Juan, l'homme et le guide ; un autre qui était le sujet actif de l'entraînement de don Juan - l'apprenti ; et encore un autre qui chroniquait ces aventures. "Trois" est une métaphore pour décrire la sensation de limites toujours changeantes. Tout comme don Juan qui changeait constamment de positions. Nous traversions ensemble la fissure entre le monde naturel de tous les jours et un monde invisible, que don Juan nomme "l'attention seconde," un terme qu'il préférait à "surnaturel."


K. T. : Ce que vous êtes en train de décrire n'est pas ce qui vient à l'esprit de la plupart des anthropologues lorsqu'ils pensent à leurs lignes de travail ?


C. C. : Oh, je suis certain que vous avez raison à ce sujet ! Quelqu'un me demanda récemment, "Que pense la tendance dominante de l'anthropologie de Carlos Castaneda ?" Je ne crois pas que l'on pense à moi du tout. Quelques uns peuvent être un petit peu ennuyés, mais ils sont certains que tout ce que je fait n'est pas scientifique et ils ne se font pas de soucis. Dans ce domaine, la "possibilité anthropologique" signifie que vous vous rendez dans un pays exotique, que vous arrivez dans un hôtel, que vous buvez un whisky-soda tandis qu'une foule d'indigènes vient vous rencontrer et vous parler de leur culture. Ils vous racontent toutes sortes de choses, et vous notez les différents termes pour père et mère. Après plusieurs whisky-soda, vous retournez chez vous et vous rentrez tout ça dans votre ordinateur et vous y classifier les résultats pour obtenir des corrélations et des différences. Pour eux, ceci est de l'anthropologie scientifique. Pour moi c'est un véritable enfer.


K. T. : Comment écrivez-vous en fait ?


C. C. : Mes entretiens avec don Juan au cours de mon apprentissage furent tout d'abord effectués en Espagnol. Au début, j'ai essayé de convaincre don Juan de me laisser utiliser un magnétophone, mais il me dit que se fier à quelque chose de mécanique ne fait que nous rendre encore plus stérile. "Cela diminue ta magie" disait-il. "Il vaut mieux apprendre avec tout son corps de manière à pouvoir se souvenir avec tout son corps." Je ne comprenais pas ce qu'il voulait dire. Par conséquent, j'ai commencé à accumuler les nombreuses notes de ce qu'il disait. Il trouva mon assiduité amusante. Quant à mes livres, je les rêve. Je réunis mes notes - en général dans l'après-midi, mais pas toujours - et je me plonge dedans et je les traduis en Anglais. Dans la soirée je m'endors et rêve de ce que je veux écrire. Lorsque je me réveille, j'écris durant les heures calmes de la nuit, rédigeant ce qui s'est arrangé tout seul dans ma tête.
K. T. : réécrivez-vous ?


C. C. : Je ne fais pas ce genre de chose. L'écriture régulière est pour moi artificielle et laborieuse. Le rêve est meilleur. Une grande partie de mon entraînement avec don Juan consistait à reconditionner la perception afin de soutenir les images de rêve assez lontemps pour parvenir à les observer avec soin. Don Juan avait raison au sujet du magnétophone - et rétrospectivement, il avait également raison au sujet des notes. Elles étaient mon soutien, mais désormais je n'en ai plus besoin. A la fin de mon de ma période avec don Juan, j'ai appris à écouter, à regarder, à sentir et à me souvenir avec toutes les cellules de mon corps.


K. T. : Vous avez précédemment parlé d'atteindre la fin du chemin, et maintenant vous parlez de votre période avec don Juan. Où est-il maintenant ?


C. C. : Il est parti. Il a disparu.


K. T. : Sans laisser de traces ?


C. C. : Don Juan m'a dit qu'il allait accomplir le rêve du sorcier, c'est-à-dire quitter ce monde et entrer dans des "dimensions inimaginables." Il déplaça son point d'assemblage de ses fixations dans le monde humain conventionnel. Nous appellerions cela la combustion interne. C'est une alternative à la mort. Soit on vous enterre six pieds sous de pauvres fleurs, soit vous brûlez. Don Juan a choisi de brûler.


K. T. : Je suppose que c'est l'une des façons d'effacer l'histoire personnelle. Ainsi cette conversation est la notice nécrologique de don Juan ?


C. C. : Il est arrivé à la fin, délibérément. Intentionnellement. Il voulait s'étendre, joindre son corps physique à son corps d'énergie. Son aventure était là, là où le minuscule courant personnel de la rivière rejoint le grand océan. Il appelait cela le "voyage définitif." Une telle immensité est incompréhensible pour mon esprit, et donc je ne puis l'expliquer. J'ai découvert que le principe de l'explication vous protège de la peur de l'inconnu, mais je préfère l'inconnu.


K. T. : Vous avez voyagé loin et largement. Répondez-moi franchement : La réalité est-elle l'endroit le plus sûr ?


C. C. : J'ai un jour demandé à don Juan quelque chose de similaire. Nous étions seuls dans le désert - la nuit, des milliards d'étoiles. Il rit d'une manière amicale et sincère. Il me dit, "Bien sûr, l'univers est bienveillant. Il peut te détruire, mais dans ce processus il t'apprendra quelque chose qu'il est valable de savoir."


K. T. : Qu'adviendra-t-il de Carlos Castaneda ?


C. C. : Je vous le ferai savoir. La prochaine fois.


K. T. : Y aura-t-il une prochaine fois ?


C. C. : Il y a toujours une prochaine fois.

Interview de Key Thompson

New-Age Magazine mars/avril 1994


Publié à 02:25 le 18 mars 2007 dans Carlos Castaneda interviews
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