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Journal d'herméneutique appliquée

 

 


 Numéro 4 - volume 1

Los Angeles, Avril 1996

 

 

Note de l'Auteur :

Le numéro du mois d'avril des Lecteurs de l'Infini : Un Journal d'Herméneutique appliquée, est publié tardivement à cette date, parce qu'avec les trois premiers numéros ils forment un ensemble original de quatre, ensemble spécialement conçu en harmonie avec l'idée des sorciers que le nombre quatre représente l'ordre et la permanence.

C'est le désir suprême de l'auteur de donner à ce journal un caractère aussi intemporel que possible, quelque que soit la façon dont ce caractère pourrait évoluer. Il semble d'ailleurs que dans le cas présent il y ait une évolution pour qu'il devienne une publication sous forme de livre. Qu’il en soit ainsi. Comme les quatre numéros étaient déjà terminés fin mars et prêts à être imprimés, il était impossible de laisser passer l'occasion de le publier comme numéro mensuel.

Un nouveau domaine pour l'investigation philosophique

Nous avons brièvement discuté, dans les numéros précédents de ce journal, l'idée de l'Herméneutique comme méthode d'interprétation, l'idée de la Méthode Phénoménologique, et l'idée d'intentionnalité. Je voudrais souligner maintenant la possibilité d'un nouveau domaine d'investigation philosophique. L'élucidation de ce sujet tourne autour de la définition de certains concepts qui ont été développés par les sorciers ou chamans qui vivaient au Mexique dans les temps anciens.

Le premier de ces concepts, qui est la pierre angulaire des activités et croyances des sorciers, est appelé voir. Par voir, les sorciers entendent, dans leur croyance, la capacité que les êtres humains ont de percevoir l'énergie telle qu'elle s'écoule dans l'univers. Ce que prétendent les sorciers, et qui est démontré par leurs pratiques, est que l'énergie peut être perçue directement telle qu'elle s'écoule dans l'univers, en utilisant notre organisme tout entier comme véhicule pour la perception.

Les sorciers font une distinction entre le corps qui est du domaine de la connaissance de notre vie quotidienne, et l'organisme entier en tant qu'unité énergétique qui ne fait pas partie de notre système cognitif. Cette unité énergétique inclut les parties invisibles du corps, telles que les organes internes et l'énergie qui s'écoule au travers d'eux. Ils affirment que c'est avec ces parties que l'énergie peut être perçue directement.

A cause de la prédominance de la vue dans notre manière habituelle de percevoir le monde, les sorciers décrivent l'acte d'appréhender directement l'énergie comme voir. Pour les sorciers, percevoir l'énergie telle qu'elle s'écoule dans l'univers signifie que l'énergie adopte des configurations spécifiques, ni particulières ni idiosyncrasiques, qui se répètent elles-mêmes régulièrement, et que cela peut être appréhendé dans les mêmes termes par n'importe qui qui voit.

L'exemple le plus important de cette uniformité de l'énergie quand elle adopte des configurations spécifiques, est le corps humain quand il est perçu directement comme énergie. Les sorciers perçoivent l'être humain comme un conglomérat de champs d'énergie qui donne l'impression globale d'une sphère de luminosité bien précise. Prise dans ce sens, l'énergie est décrite par les sorciers comme une vibration qui s'agglutine elle-même en unités cohésives. Ils décrivent l'univers entier comme étant composé de configurations d'énergie qui apparaissent aux sorciers qui voient comme des filaments, ou des fibres lumineuses qui sont entrelacées de toutes les façons possibles, mais sans jamais être embrouillées. C'est une proposition incompréhensible pour l'esprit linéaire. Elle contient une contradiction interne qui ne peut pas être résolue : comment ces fibres peuvent-elles se déployer les unes et les autres de toutes les façons possibles sans jamais s'embrouiller ?

Les sorciers, praticiens naturels et spontanés de la méthode phénoménologique, ne peuvent que décrire les événements. Si les termes de leur description semblent inadéquats et contradictoires, c'est à cause des limitations de la syntaxe. Pourtant, leurs descriptions sont aussi précises que possible. Les fibres lumineuses énergétiques qui composent l'univers en général s'étendent à l'infini de toutes les façons, et pourtant, elles ne s'embrouillent pas. Chaque fibre est une configuration individuelle et concrète ; chaque fibre est l'infinité elle-même.

Pour traiter de ce phénomène plus convenablement, il serait peut-être plus approprié de bâtir quelque chose d'entièrement différent pour les décrire. Selon [page 3/12 réelle] les sorciers, ce n'est pas du tout une idée tirée par les cheveux, parce que percevoir l'énergie directement est quelque chose qui peut être accompli par tout être humain. Les sorciers affirment que cette condition accorde aux êtres humains la possibilité d'aboutir, au travers d'un consensus évolutif, à un accord sur comment décrire l'univers.

Un autre concept des sorciers, qui mérite un sérieux examen en termes d'élucidation, est quelque chose qu'ils appellent l'intention. Ils la décrivent comme une force perpétuelle qui imprègne l'univers tout entier ; une force qui est consciente d'elle-même, et tellement consciente qu'elle en arrive à répondre aux suggestions ou à l'ordre des sorciers. C'est cet acte d'utiliser l'intention qu'ils appellent "avoir l'intention". Grâce à l'intention ils disent qu'ils sont capables de libérer non seulement toutes les possibilités humaines de perception, mais aussi toutes les possibilités humaines d'action. Ils soutiennent qu'au travers de l'intention, les plus fascinantes formulations [créations] peuvent être réalisées.

La capacité limite de perception des sorciers est appelée la bande de l'homme, ce qui veut dire qu'il existe des frontières, des limites, aux capacités humaines de perception, imposées par l'organisme humain. Ces frontières ne sont pas simplement les frontières traditionnelles de la pensée méthodique et ordonnée, mais ce sont les frontières de la totalité des ressources enfermées dans l'organisme humain. Et les sorciers croient que ces ressources ne sont jamais utilisées, et qu’elles sont maintenues inhibées par des idées préconçues sur nos limites, limites qui n'ont rien à voir avec notre véritable potentiel.

Ce que veulent souligner les sorciers tient en ceci : puisque percevoir l'énergie telle qu'elle s'écoule dans l'univers n'est ni aléatoire ni particulier à qui que ce soit, les voyants comprennent que les formulations de l'énergie arrivent d'elles-mêmes et ne sont pas le produit d'une interprétation de notre part. Les sorciers déclarent que la perception de telles formulations est, en elle-même et par elle-même, la clef de la libération du potentiel humain qui est retenu bloqué et ne peut jamais se manifester. De telles formulations de l'énergie, puisqu'elles se produisent, par définition, indépendamment de la volonté et de l'intervention des hommes, sont capables de donner naissance à une nouvelle subjectivité. Comme elles sont cohérentes et homogènes pour tous les êtres humains qui voient, ces formulations de l'énergie sont pour les sorciers la source d'une nouvelle intersubjectivité.

D'après les sorciers, la subjectivité de la vie quotidienne est dictée par la syntaxe de notre langage. Cela nécessite des modes d'emploi et des professeurs qui, sous prétexte de l’ apprentissage traditionnel bien admis qui semble être historiquement le produit de notre évolution, commencent à nous conduire vers la perception du monde, depuis l'instant de notre naissance. Les sorciers maintiennent que l'intersubjectivité résultant de cette éducation conduite par la syntaxe, est naturellement réglée, régie, par des descriptions-injonctions syntaxiques. Ils donnent comme exemple l'affirmation "je suis amoureux", ce sentiment qui est partagé intersubjectivement par nous tous, et qui, soulignent-ils, est libéré à l'écoute de cette description-injonction.

De l'autre côté, les sorciers sont convaincus que la subjectivité résultant de la perception directe de l'énergie telle qu'elle s'écoule dans l'univers n'est pas guidée par la syntaxe. Il n'est pas nécessaire d'avoir des directives et des moniteurs pour faire ressortir ceci ou cela avec des commentaires ou des injonctions. L'intersubjectivité parmi les sorciers existe grâce à quelque chose qu'ils appellent le pouvoir, qui est la quantité totale de toute l'intention accumulée par un individu. Comme une telle intersubjectivité n'est pas obtenue grâce à des injonctions syntaxiques ou à des sollicitations, les sorciers prétendent que cette subjectivité est un sous-produit direct de l'organisme humain total en fonctionnement ne visant qu'un seul but : l'intention de la communication directe.

En somme, l'intentionnalité ou avoir l'intention, pour les sorciers, est l'utilisation pratique de l'intention, la force qui active tout. Pour eux, l'intention est une voie pragmatique de réalisation, et l'intentionnalité est l'explication de son utilisation. Il ne s'agit pas seulement, comme c'est le cas du discours philosophique de l'homme occidental, de l'explication intellectuelle de la croissance de la conscience humaine, depuis les sensations primaires jusqu'aux processus complexes capables de produire la connaissance. Etant donné que les sorciers sont complètement pragmatiques dans leur approche de la vie et dans leur mode de vie, l'intentionnalité est une affaire qui les mobilise. Cela entraîne une attitude de la part des sorciers qu'ils décrivent comme un état de pouvoir. Depuis cet état, ils peuvent effectivement faire appel à l'intention. Dans ce sens, l'intentionnalité devient l’acte [page 4/12 réelle] complètement conscient d'avoir l'intention. Les sorciers expliquent que ce phénomène ne se réalise que lorsque l'organisme humain total, avec tout son potentiel, est engagé dans un seul but global : avoir l'intention.

Prenant comme point de départ la capacité des sorciers à percevoir l'énergie directement, il est possible de concevoir un nouveau domaine de discours philosophique. L'obstacle à la réalisation de cette possibilité a été jusqu'à présent le manque d'intérêt de la part des praticiens de la sorcellerie à conceptualiser leur connaissance et leurs pratiques. Les sorciers prétendent qu'après avoir atteint un certain seuil de perception, qui joue le rôle d'entrée dans d'autres royaumes d'existence, l'intérêt des praticiens se concentre uniquement sur l'aspect pratique de leur connaissance.

A cause de ce penchant pour le pragmatisme, les sorciers peuvent sérieusement réfléchir à la transformation de la philosophie et des investigations philosophiques en un domaine de recherches pratiques, en adoptant une vue plus générale sur le potentiel humain. Ils considèrent que la perception directe de l'énergie est alors la clef qui nous conduirait à une nouvelle subjectivité, libre de toute syntaxe. Les sorciers proposent que cette nouvelle subjectivité soit le moyen d'atteindre l'intention, à travers le processus actif de l'intentionnalité.


La voie du guerrier vue comme un paradigme philosophico-pratique


Le corps d'énergie

Le quatrième élément de la voie du guerrier est LE CORPS D'ENERGIE. Don Juan Matus expliquait que, depuis des temps immémoriaux, les sorciers avaient donné le nom de corps d'énergie à une configuration spéciale d'énergie qui appartenait individuellement à chaque être humain. Il appelait aussi cette configuration le corps de rêve, ou le double, ou l'autre. Sa préférence, selon la coutume des sorciers d'illustrer les concepts abstraits, était de l'appeler le corps d'énergie. Mais il m'a aussi parlé d'un nom secret amusant, pour le corps d'énergie, qui était utilisé comme euphémisme ou comme surnom, une expression de tendresse, une référence amicale à quelque chose d'incompréhensible et de voilé : "que ni te jodan" -- ce qui veut dire en français, "il ne faut pas qu'on t'embête", le corps d'énergie ou autre.

Don Juan expliquait de façon formelle que le corps d'énergie était comme un conglomérat de champs d'énergie qui est l'image miroir des champs d'énergie qui composent le corps humain quand il est vu directement comme de l'énergie. Don Juan disait que pour les sorciers, le corps physique et le corps d'énergie étaient une seule et même unité. Il expliquait encore que les sorciers croyaient que le corps physique mettait bien en jeu le corps et l'esprit tels que nous les connaissions, mais que le corps physique et le corps d'énergie étaient les seules configurations énergétiques qui pouvaient se contrebalancer, dans le champ humain. Comme il n'y a pas de prétendu dualisme entre le corps et l'esprit, le seul dualisme qui puisse exister est celui du corps physique et du corps d'énergie.

Les sorciers soutiennent que percevoir est un processus d'interprétation de données sensorielles, mais que chaque être humain a la capacité de percevoir l'énergie directement, c'est-à-dire sans la faire passer par un système d'interprétation. Comme on l’a déjà dit, quand les êtres humains sont eux-mêmes perçus de cette manière, ils ont l'apparence d'une sphère de luminosité. Les sorciers affirment que cette sphère de luminosité est un conglomérat de champs d'énergie maintenus ensemble par une mystérieuse force agglutinante.

"Que voulez-vous dire par conglomérat de champs d'énergie ?" demandais-je à don Juan quand il me parla pour la première fois de ceci.

"Les champs d'énergie sont retenus compressés ensemble par une étrange force agglutinante," répondit-il. "Un des arts des sorciers consiste à faire signe au corps d'énergie, qui est ordinairement très loin de sa contrepartie le [page 5/12 réelle] corps physique, et de le rapprocher suffisament pour qu'il puisse gouverner énergétiquement tout ce que fait le corps physique."

"Si tu veux être plus précis," continua don Juan, "tu peux dire que quand le corps d'énergie se trouve très proche du corps physique, un sorcier voit deux sphères lumineuses, presque superposées l'une à l'autre. Avoir à proximité notre jumeau d'énergie devrait être notre état naturel, si ce n'est qu'il existe quelque chose qui éloigne le corps d'énergie du corps physique dès l'instant de notre naissance."

Les sorciers de la lignée de don Juan insistaient au maximum sur l'indispensable discipline qu'il faut pour rapprocher le corps d'énergie du corps physique. Don Juan expliquait qu'une fois que le corps d'énergie atteignait un certain degré de vigueur, qui varie d'un individu à l'autre, sa proximité donnait aux sorciers l'opportunité de le forger pour qu'il devienne l'autre ou le double : un autre être, solide et tridimensionnel lui aussi, exactement comme eux-mêmes.

Suivant les mêmes pratiques, les sorciers peuvent changer leur corps physique, solide et tridimensionnel, en une réplique parfaite du corps d'énergie ; c'est-à-dire un conglomérat de champs d'énergie pure qui sont invisibles à l'œil normal, comme c'est toujours le cas pour l'énergie ; une charge éthérée d'énergie capable de passer, par exemple, à travers un mur.

"Est-il vraiment possible de transformer le corps à ce point, don Juan ? Ou êtes-vous simplement en train de me raconter une histoire ?" lui demandais-je, surpris et déconcerté quand j'entendis ces déclarations.

"Il n'y a rien de légendaire à propos des sorciers," répondit-il. "Les sorciers sont des êtres pragmatiques, et ce qu'ils décrivent est toujours quelque chose de très sobre et de très terre à terre. Notre handicap est d'être toujours réfractaire à nous écarter de notre linéarité. Cela fait de nous des incrédules qui se détruisent eux-mêmes en allant croire les choses les plus invraisemblables que l'on puisse imaginer."

"Quand vous parlez comme cela, don Juan, vous faites toujours allusion à moi," dis-je. "Je me tue à croire quoi donc ?"

"Tu te tues à croire, par exemple, que l'anthropologie est significative ou que c'est quelque chose qui existe. Tout comme un religieux se tue à croire que Dieu est un homme qui réside dans les cieux et que le diable est un malfaiteur cosmique qui a élu domicile en enfer."

C'était le style de don Juan que de faire des remarques tranchantes et pourtant incroyablement précises à propos de ma personne dans ce monde. Plus elles étaient tranchantes et directes, plus elles m'affectaient et plus grande était ma déception en les entendant. Une autre de ses astuces didactiques consistait à annoncer à la légère des informations extrêmement pertinentes à propos des concepts des sorciers, et en effet l'impact en était parfaitement décisif pour ma manie de lui réclamer des explications linéaires. Une fois, pendant que nous discutions sur le corps d'énergie, je lui posai une de mes questions tortueuses :

"A travers quels processus", dis-je, "les sorciers peuvent-ils transformer leurs corps d'énergie éthérés en corps solides et tridimensionnels, et leurs corps physiques en énergie éthérée capable de passer à travers un mur ?"

Don Juan, adoptant un sérieux professoral, leva le doigt et dit : "Au travers de l'emploi volontaire -- bien que pas toujours conscient -- et pourtant tout à fait dans nos possibilités, mais pas entièrement dans nos compétences immédiates -- de la force agglutinante qui relie ensemble le corps physique et le corps d'énergie comme deux conglomérats de champs d'énergie."

Exprimée sur le ton de la taquinerie, son explication était néanmoins une description phénoménologique extrêmement précise de processus inconcevables pour nos esprits linéaires, et pourtant continuellement accomplis par nos ressources énergétiques cachées. Les sorciers maintiennent que le lien entre le corps physique et le corps d'énergie est une mystérieuse force agglutinante que nous utilisons incessamment sans jamais en être conscients.

Nous avons déjà dit que quand les sorciers perçoivent le corps comme un conglomérat de champs d'énergie lumineuse, ils perçoivent une sphère de la taille des deux bras étendus latéralement [page 6/12 réelle] et de la hauteur des bras tendus vers le haut. Ils perçoivent aussi que dans cette sphère il existe quelque chose qu'ils appellent le point d'assemblage ; un endroit d'une luminosité plus intense, de la taille d'une balle de tennis, situé derrière le dos, à hauteur des omoplates et à une longueur de bras derrière elles.

Les sorciers considèrent le point d'assemblage comme étant l'endroit où le flux d'énergie directe est transformé en données sensorielles et interprété comme le monde de la vie quotidienne. Don Juan disait que le point d'assemblage, à part faire tout cela, avait aussi une fonction secondaire très importante : c'était le lien étroit entre le corps physique et le point d'assemblage du corps d'énergie. Il décrivait cette liaison comme étant analogue à deux cercles magnétiques, chacun de la taille d'une balle de tennis, s'attirant l'un l'autre grâce à la force de l'intention.

Il disait aussi que tant que le corps physique et le corps d'énergie ne se sont pas rejoints, la connexion entre eux n'est qu'une ligne éthérique, qui est si ténue parfois qu'elle semble ne pas exister. Don Juan était certain que le corps d'énergie était repoussé de plus en plus loin à mesure qu'on grandissait, et que la mort était le résultat de la rupture de cette connexion ténue.

Questions à propos de la voie du guerrier

Il y a eu une série de questions posées par des personnes différentes sur le même sujet. Ces préoccupations relèvent globalement de la question générale "Que va-t-il m'arriver ?" Certaines personnes m'ont personnellement posé cette question, d’autres m'ont écrit à ce propos, ou bien encore j'en ai entendu parler par des tierces personnes.

C'est ainsi que la question suivante a été posée : "Je comprends que vous essayez de réunir une masse de gens parce que votre plan original des sorciers a raté. Je suis accroché à ce que vous faites. Qu'est-ce que vous comptez faire de moi ?"

C'est une question qui devrait s'adresser à un gourou ou à un maître spirituel. Je ne me vois ni comme un gourou ni comme un maître spirituel, mais comme quelqu'un qui essaie de se conformer à une définition qu'avait donnée don Juan. Il voulait parler de mon rôle par rapport au reste de ses disciples, c'est-à-dire à ma cohorte, quand il disait :

"Tout ce à quoi tu peux aspirer c'est à devenir conseiller. Tu dois faire remarquer les erreurs si tu en vois ; tu dois recommander le bon moyen de faire quelque chose, parce que tu vois tout depuis le point avantageux que représente le silence total. Les sorciers appellent cela la vue depuis le pont. Les sorciers voient l'eau - la vie - telle qu'elle s'engouffre sous le pont. Leurs yeux se portent, si je puis dire, juste à l'endroit où l'eau s'enfile sous le pont. Ils ne peuvent pas voir en aval. Et ils ne peuvent pas voir en amont. Ils ne peuvent voir que le maintenant."

J'ai fourni un suprême effort pour remplir ce rôle, et je continuerai à le faire ainsi. Quand une personne est intéressée et qu'elle me dit "Je suis accroché", je n'ai pas le toupet d'aller croire que cette personne est accrochée à moi. Avoir un lien personnel avec un maître est une réaction que nous avons tous apprise et pratiquée. Pas de doute là dessus, cela provient de notre attachement personnel à papa ou à maman, ou aux deux, ou à quelqu'un d'autre qui remplit ce rôle dans la famille ou dans notre cercle d'amis.

Si j'ai donné dans mes livres, l'impression que don Juan était en relation personnelle avec moi, c'était inconsciemment une mauvaise interprétation de ma part. Il a travaillé inlassablement, depuis notre première rencontre, pour exterminer en moi ce comportement. Il appelait cela de l'indigence, et expliquait qu'elle était développée et prise en charge par l'ordre social, et que cette indigence était la plus déplorable manière de créer et nourrir en nous une mentalité d'esclave. Il disait que si je croyais être accroché à quelque chose, ce n'était pas à lui personnellement, mais à l'idée de la liberté, une idée que les sorciers s'étaient évertués à formuler depuis des générations.

Quant au plan original qui a échoué, tout ce que je peux dire [page 7/12 réelle] est que j'ai en effet affirmé que la lignée de don Juan se terminait avec moi et avec ses trois autres disciples, mais ce n'est pas le signe d'échec de quelque plan que ce soit. C'est simplement une situation que les sorciers expliquent en disant : "c'est une situation naturelle pour qu'une mission quelconque s'achève."

Le fait que j'ai dit que je voudrais atteindre le plus de gens possible et créer une masse de consensus est une conséquence de la prise de conscience que nous représentons la fin d'une des plus intéressantes lignes de pensées et d'actions. Nous sentons très bien que nous sommes investis d'une mission dont nous ne sommes peut-être pas dignes mais qui représente une gigantesque tâche : la tâche d'expliquer que le monde des sorciers n'est ni une illusion ni simplement un espoir secret.

Il y a une autre question : "Vous avez eu un maître. Comment puis-je progresser sans en avoir un ? J'ai des problèmes parce que je n'ai pas de don Juan."

Etre contrarié est une manière raisonnable d'intéragir avec notre milieu social, donc nous nous tourmentons à propos de tout. "S'inquiéter" est une catégorie syntaxique, c'est comme dire "je ne comprends pas". S'inquiéter ne veut pas dire être préoccupé par quelque chose ; c'est tout simplement une manière de mettre en relief un sujet qui a de l'importance pour nous. Dire qu'on s'inquiète parce qu'il n'y a pas un don Juan disponible est déjà la déclaration d'une possible défaite. C'est comme si cette affirmation créait une ouverture qui reste en instance d'utilisation à tout moment.

Don Juan lui-même me disait que toute la force qu'il avait mise à me guider était une procédure obligatoire établie par la tradition des sorciers. Il devait me préparer à continuer sa lignée. Pendant des années, il y a eu des quantités de gens qui venaient au Mexique pour chercher don Juan. Ils avaient pris les histoires de mes livres comme des indications d'une possibilité accessible. C'est encore de ma faute. Ce n'était pas par manque de précaution, mais plutôt parce qu'il fallait que j'évite de me présenter emphatiquement comme quelqu'un d'exceptionnel en quoi que ce soit.

Don Juan s'intéressait à perpétuer sa lignée, et non pas à enseigner sa connaissance. Je l'ai déjà dit, mais c'est important que j'insiste et que je le répète : don Juan n'était pas du tout un maître. C'était un sorcier qui transmettait sa connaissance à ses disciples exclusivement pour la continuation de sa lignée.

Comme sa lignée arrivait à une fin avec moi et ses trois autres disciples, c'est lui-même qui m'avait proposé d'écrire sur sa connaissance. Et c'est précisément parce que sa lignée arrivait à une fin que ses disciples ont ouvert sur le monde des sorciers une porte qui autrement serait restée fermée, et qu'ils s'efforcent aujourd'hui d'expliquer ce qu'est la sorcellerie et ce que font les sorciers.

Les sorciers disent que le seul maître que l'on puisse éventuellement avoir est l'esprit, c'est-à-dire une force abstraite et impersonnelle qui existe dans l'univers et qui est consciente d'elle-même. Peut-être qu'on peut l'appeler par un autre nom, comme conscience, connaissance, ou force de vie. Les sorciers croient qu'elle infiltre l'univers tout entier et qu'elle peut les guider, et que tout ce dont ils ont besoin pour l'atteindre c'est le silence intérieur ; de là vient leur affirmation que le seul lien valable que nous puissions avoir, c'est celui avec cette force, et non pas avec une personne.

Une autre question posée assez souvent est celle-ci : "Pourquoi n'avez-vous jamais parlé de la Tenségrité dans vos livres, et pourquoi en parlez-vous seulement maintenant ?"
Je n'ai jamais parlé de la Tenségrité auparavant parce que la Tenségrité est la version des disciples de don Juan de certains mouvements appelés passes magiques, passes qui furent développées par les chamans qui vivaient au Mexique dans les temps anciens et qui furent les initiateurs de la lignée de don Juan. La Tenségrité est basée sur ces passes magiques, et elle est issue de l'accord qu'ont eu entre eux les quatre disciples de don Juan Matus pour amalgamer les quatre lignes différentes des mouvements enseignés à chacun d'eux individuellement, mouvements qui s'accordaient à leurs configurations particulières physiques et mentales.

A la demande de don Juan, je me suis abstenu durant toutes ces années de mentionner les passes magiques. La manière hautement secrète selon laquelle elles me furent enseignées imposait de ma part de les entourer du même secret. Là où j'ai été le plus près d'y faire allusion, c'est quand j'ai écrit sur la façon dont don Juan faisait craquer ses articulations. En plaisantant il m'avait suggéré que je fasse référence aux passes magiques, qu'il pratiquait en permanence, comme à "la façon dont il faisait craquer ses articulations." Chaque fois qu'il [page 8/12 réelle] exécutait une de ces passes, ses articulations produisaient un bruit de craquement. Il utilisait ce truc pour susciter mon intérêt et cacher la vraie signification de ce qu'il faisait.

Quand il me fit prendre conscience des passes magiques en m'expliquant ce qu'elles étaient réellement, je m'étais déjà acharné à reproduire le bruit de ses articulations. En éveillant ma compétitivité, il m'avait "accroché", pour ainsi dire, à l'apprentissage d'une série de mouvements. Je ne suis jamais parvenu à produire ces craquements, mais en fin de compte ce n'était pas plus mal, parce que les muscles et les tendons des bras et du dos ne devraient jamais être malmenés à un tel point. Don Juan était né avec une facilité naturelle pour faire craquer les articulations de ses bras et de son dos, tout comme certaines personnes ont une facilité pour faire craquer leurs doigts.

Quand don Juan et ses compagnons sorciers m'ont enseigné formellement les passes magiques, et discuté de leurs configurations et de leurs effets, ils l'ont fait selon les procédures les plus strictes ; des procédures qui demandaient une extrême concentration, qui étaient entourées d'un secret total et de rituels. La part de rituels des enseignements fut vite éliminée par don Juan, mais la part de secret devint encore plus forte.

Comme nous l'avons dit précédemment, la Tenségrité est un amalgame de quatre variantes de passes magiques qui, de mouvements fortement spécialisés adaptés à chacun qu'elles étaient, devaient être transformées en une forme générale convenant à tout le monde. La raison pour laquelle la Tenségrité, version moderne des anciennes passes magiques, est enseignée maintenant, c'est que les quatre disciples de don Juan, du fait que leur rôle n'est plus de perpétuer la lignée des sorciers, sont tombés d'accord pour alléger leur fardeau, et en terminer avec le secret sur des choses qui ont été d'une valeur inestimable pour leur bien-être.

Carnet de route de la Tenségrité

Comment pratiquer la Tenségrité ?


Les passes magiques furent traitées par les chamans de l'ancien Mexique depuis le début comme quelque chose d'unique, et ne furent jamais utilisées comme des exercices destinés à développer la musculature ou l'agilité. Don Juan disait qu'elles avaient été regardées comme des passes magiques depuis le moment où elles avaient été formulées. Il décrivait l'aspect "magique" des mouvements comme un changement subtil que les praticiens expérimentaient en les exécutant ; une qualité éphémère que le mouvement apportait à leurs états physique et mental, une sorte d'éclat ou de lumière dans les yeux. Il parlait de ce changement subtil comme de la marque d'un "contact avec l'esprit" ; comme si les praticiens, à travers les mouvements, rétablissaient un lien inutilisé avec la force de vie qui les soutenait. Il ajouta que les mouvements étaient appelés passes magiques parce qu'en les pratiquant, les sorciers étaient transportés, en terme de perception, dans d'autres états, à partir desquels ils pouvaient sentir le monde d'une manière indescriptible.

"C'est à cause de cette caractéristique, de cette magie," me dit une fois don Juan, "que les passes doivent être pratiquées non pas comme des exercices, mais comme un moyen de faire signe au pouvoir."

"Mais peut-on les prendre simplement comme des mouvements physiques, bien qu'elles ne l'aient jamais été ?" demandais-je.

J'avais fidèlement pratiqué tous les mouvements que don Juan m'avait enseignés, et je me sentais extraordinairement bien. Ce sentiment de bien-être était suffisant pour moi.

"Tu peux les pratiquer comme tu veux. Les passes magiques accroissent la conscience, sans qu'on se soucie de la manière dont on les prend. La chose intelligente serait de les prendre pour ce qu'elles sont : des passes magiques, qui, en étant pratiquées, conduisent les praticiens à faire tomber le masque de la socialisation." répondit don Juan.

"Qu'est-ce que le masque de la socialisation ?" demandais-je.

"La façade extérieure que nous défendons tous et pour laquelle nous mourons," dit-il. "Le masque que nous acquérons dans le monde ; celui qui nous empêche d'atteindre tout notre potentiel ; celui qui nous fait croire que nous sommes immortels."

La Tenségrité, étant la version moderne de ces passes magiques, a été enseignée jusqu'à présent comme un système de mouvements parce que c'était la seule manière dont ce mystérieux et vaste sujet des passes magiques pouvait être abordé dans un cadre moderne. Les gens qui pratiquent la Tenségrité maintenant ne sont pas des praticiens chamans ; par conséquent, c'est la valeur des passes magiques en tant que mouvements qui doit être mise en relief.

Le point de vue qui a été adopté dans ce cas est que l'effet physique des passes magiques est le résultat le plus important quand on veut établir une solide base d'énergie chez les praticiens. Comme les chamans de l'ancien Mexique étaient intéressés par d'autres effets des passes magiques, ils avaient fragmenté de longues séries de mouvements en simples unités, et ils pratiquaient chaque fragment comme un segment individuel. Dans la Tenségrité, les fragments ont été rassemblés à nouveau dans leurs formes longues originales. De cette manière, un système de mouvements a été obtenu, un système dans lequel on privilégie par dessus tout les mouvements pour eux-mêmes.

L'exécution des passes magiques, comme on le montre dans la Tenségrité, requiert bien qu'on y consacre un espace ou un moment particulier, mais idéalement, les mouvements devraient être faits en solitaire, suivant l'inspiration du moment, ou lorsque la nécessité se fait sentir. Cependant, les conditions de la vie urbaine facilitent la formation de groupes, et dans ces circonstances, la seule manière dont la Tenségrité peut être enseignée est à des groupes de praticiens. Pratiquer en groupe est bénéfique sur beaucoup de plans, mais nuisible sur d'autres. C'est bénéfique parce que cela permet la création d'un consensus de mouvements, et présente l'opportunité d'apprendre par l'exemple et la comparaison. C'est défavorable ou dommageable parce que cela encourage l'émergence d'ordres et de sollicitations syntaxiques en rapport avec la hiérarchie ; et ce que veulent les sorciers c'est justement s'éloigner de la subjectivité dérivée des ordres syntaxiques. Malheureusement, on ne peut pas à la fois garder son gâteau et le manger ; donc finalement la Tenségrité devrait être pratiquée selon la formule la plus facile ; soit en groupe, soit tout seul, soit les deux.

D'un autre côté, la manière dont la Tenségrité a été enseignée est une fidèle reproduction de la manière dont don Juan a enseigné les passes magiques à ses disciples. Il les bombardait avec une profusion de détails, et leur laissait l'esprit déconcerté par la quantité et la variété des mouvements, et par le fait que chacun d'eux constituait individuellement un chemin vers l'infini.

Ses disciples ont passé des années à rester déconcertés, confus, et par dessus tout, découragés ou déprimés, parce qu'ils sentaient qu'être bombardé de cette manière était une agression injustifiée. Don Juan, en suivant la tactique traditionnelle des sorciers consistant à troubler le point de vue linéaire des praticiens, saturait la mémoire kinesthésique de ses disciples. Il soutenait qu'en continuant à pratiquer les mouvements, en dépit de la confusion, certains d'entre eux, ou peut-être tous, atteindraient le silence intérieur. Il disait que dans le silence intérieur tout devenait clair au point que nous étions capables, non seulement de nous souvenir avec une précision absolue des passes magiques déjà oubliées, mais encore que nous savions exactement quoi faire avec elles ou quoi apprendre d'elles, sans que personne ne nous le dise ou ne nous guide.

Les disciples de don Juan avaient de la peine à croire de telles affirmations. Cependant, à un certain moment, chacun cessa d'être confus et découragé. D'une manière mystérieuse, les passes magiques, parce qu'elles étaient magiques, se disposèrent d'elles-mêmes en séquences extraordinaires qui élucidaient tout. Les soucis des gens qui pratiquent la Tenségrité aujourd'hui sont exactement les mêmes que ceux des disciples de don Juan autrefois. Les gens qui ont assisté aux séminaires et ateliers de Tenségrité se sentent désorientés par la quantité des mouvements. Ils réclament un système qui leur permettrait de classer les mouvements en catégories qui pourraient être pratiquées et enseignées.

Je dois insister encore sur ce que j'ai déjà souligné depuis le début : la Tenségrité n'est pas un système standard de mouvements pour développer le corps. Elle développe certainement le corps, mais seulement comme l'effet secondaire d'un but plus transcendantal. [page 10/12 réelle] Les sorciers de l'ancien Mexique étaient convaincus que les passes magiques conduisaient les praticiens à un niveau de conscience dans lequel les paramètres de la perception normale et traditionnelle s'annulaient par le fait-même qu'ils étaient élargis. Les praticiens peuvent donc entrer dans des mondes inimaginables ; des mondes qui sont aussi totaux et attractifs que celui dans lequel nous vivons.

"Mais pourquoi aurais-je besoin d'entrer dans ces mondes ?" demandais-je à don Juan à une occasion.

"Parce que tu es un voyageur, comme nous tous, êtres humains que nous sommes." dit-il quelque peu agacé par ma question. "Les êtres humains sont embarqués dans un voyage de conscience, qui a momentanément été interrompu par des forces puissantes et tenaces. Crois-moi, nous sommes des voyageurs. Si nous n'avons pas le voyage, nous n'avons rien."

Sa réponse ne me satisfaisait pas le moins du monde. Il expliqua encore que les êtres humains étaient tombés en décadence morale, physique et intellectuelle depuis le moment où ils avaient cessé de voyager, qu'ils étaient emportés par un tourbillon pour ainsi dire, et qu'ils tournoyaient en ayant l'impression de bouger avec le courant, mais qu'en fait ils restaient stationnaires.

Cela m'a pris trente ans de dure discipline pour arriver à un palier cognitif d'où les affirmations de don Juan étaient reconnaissables et leur validité établie sans l'ombre d'un doute. C'est bien vrai, les êtres humains sont des voyageurs. Si nous n'avons pas cela, nous n'avons rien.

La Tenségrité doit être pratiquée avec l'idée que le bénéfice de ces mouvements viendra par lui-même. On doit insister à tout prix sur cette idée. Au niveau débutant, il n'y a aucun moyen de diriger l'effet des passes magiques, et il n'y a aucune possibilité de savoir si certaines passes vont être bénéfiques pour tel ou tel organe. A mesure que nous gagnons en discipline et que notre intention s'éclaircie, les effets des passes magiques peuvent être sélectionnés par chacun de nous personnellement et individuellement, dans des buts qui nous demeurent spécifiques.

Ce qui est d'une suprême importance actuellement c'est de pratiquer toutes les séquences de Tenségrité dont on se souvient, quelles qu'elles soient, ou tous les ensembles de mouvements qui nous viennent à l'esprit, quels qu'ils soient. La saturation qui aura été entretenue et accumulée donnera à la fin les résultats que les shamans de l’ancien Mexique recherchaient tant : entrer dans un état de silence intérieur, et décider, à partir du silence intérieur, quelle sera la prochaine étape.

Naturellement, quand on me racontait, plus ou moins dans les mêmes termes, que la manœuvre des sorciers consistait à se saturer l'esprit pour entrer dans le silence intérieur, ma réponse était la même que celle de tous ceux qui sont intéressés par la Tenségrité aujourd'hui : "Ce n'est pas que je ne te fasse pas confiance, mais c'est quelque chose de tellement dificile à croire."

La seule réponse que don Juan donnait à ces questions plus que justifiées, aux miennes et à celles de ses trois autres disciples, était : "Fais comme je te dis, parce que ce que je te dis n'est pas de la fantaisie. Mes mots sont le résultat de ce que j'ai corroboré pour moi-même, c'est-à-dire de ce que les sorciers de l'ancien Mexique avaient découvert : que nous, les êtres humains, nous sommes des êtres magiques."

Dans l'héritage de don Juan, il y a quelque chose que je répète et que je n'arrêterai jamais de répéter : les êtres humains sont des êtres inconnus d'eux-mêmes, remplis à ras bord d'incroyables ressources qui ne sont jamais utilisées.

En saturant ses disciples avec du mouvement, don Juan a accompli deux exploits formidables : il a fait remonter à la surface ces ressources cachées, et il a rompu en douceur l'obsession de notre mode linéaire d'interprétation. En forçant ses disciples à atteindre le silence intérieur, il leur a fait reprendre et continuer le voyage de conscience interrompu. De cette manière, l'état idéal de n'importe quel praticien de la Tenségrité par rapport à ses mouvements, est le même que l'état idéal d'un praticien de sorcellerie par rapport à l'exécution des passes magiques. Les deux sont guidés par les mouvements eux-mêmes vers un point culminant et sans précédent : le silence intérieur.

Depuis le silence intérieur, les praticiens de la Tenségrité seront capables d'exécuter, par eux-mêmes et pour tout effet qu'ils jugeraient valable, et sans aucune ressource externe, n'importe quel mouvement parmi la masse de ceux avec lesquels ils ont été saturés ; ils seront capables de les exécuter avec précision et rapidité, pendant qu'ils marchent, mangent, se reposent ou font quelque chose.


Publié à 04:14 le 18 mars 2007 dans Journal la voie du guerrier
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