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Une Nouvelle Génération de Sorciers - Entretien avec les Chacmools

 

               

 

 

Une nouvelle génération de sorciers Entretien avec les Chacmools - Kindred Spirit Juin 1995

 

 

        Depuis les années 60, Carlos Castaneda a inspiré des chercheurs partout dans le monde. Les trois chacmools de sa génération, Kylie Lundahl, Reni Murez et Nyei Murez vont répondre à nos questions avec la franchise et la manière particulière bien connues des familiers de leur tradition.

 

L’histoire des chacmools

 

        Le mot chacmool s’applique à certaines figures monumentales de basalte, trouvées dans les pyramides de Tula et dans le Yucatan au Mexique. Ces figures représentent des êtres humains dans une position allongée tenant une sorte de réceptacle plat sur leur région ombilicale. Les érudits ont classifié ces figures comme étant des brûleurs d’encens ; les sorciers de la lignée de don Juan considèrent qu’elles sont des représentations d’une classe particulière de féroces guerriers gardiens. Pour don Juan et d’autres voyants comme lui, les chacmools n’étaient pas des brûleurs d’encens, mais les gardiens des pyramides et des lieux de pouvoir.

 

        Durant l’existence de ces sorciers et à travers les âges, les chacmools furent et sont de féroces guerriers qui se consacrent à garder d’autres hommes de connaissance ; ils gardent leur façon de vivre, les lieux où ils vivent, les endroits où ils font leur rêve. Les chacmools sont les gardiens des idées, des visions et des possibilités des voyants qui sont sous leur protection.

 

        Parmi les hommes de l’ancien Mexique, l’homme ou la femme a qui était confié la direction des actions de toute une génération à l’intérieur d’une lignée donnée de voyants était connu comme étant le nagual.

 

        Le nagual est un être doté d’une énergie très spéciale qui lui donne la qualité d’être un guide naturel, un responsable.

 

        Don Juan était le guide de sa génération, et je suis le nagual de la nouvelle. Dans ma génération, il y a trois chacmools : Kylie Lundahl, Renata Murez et Nyei Murez ; ces trois femmes ont été confiées aux soins des quatre disciples de don Juan.

 

Carlos Castaneda

_________________________

 

Entretien avec les chacmools

 

Pouvez-vous nous dire comment vous êtes entrées en contact la première fois  avec Carlos Castaneda et la tradition de la sorcellerie, et quel impact cela a-t-il eu sur chacune d’entre vous ?

 

        Il est pour nous impossible de répondre à cette question car le fondement de la tradition de sorcellerie que Carlos Castaneda décrit dans ses livres est un état d’être. Sincèrement, nous ne pouvons pas dire qu’il  y eut un moment où nous sommes entrées en contact avec ça. Ce n’est pas de l’exagération de notre part, ni le désir de vous donner une réponse obscure, cynique ou maligne.  La vérité du problème est que nous sommes encore insuffisamment entrées en contact avec ça.

 

        Nous avons commencé à travailler avec Carlos Castaneda il y a une dizaine d’années, mais notre travail avec lui n’a rien à voir avec son monde. Nous avons fait des recherches pour un prochain ouvrage gigantesque qu’il prévoit de publier un jour, le titre de celui-ci a changé avec les années ; au début, le titre était « l’Ethno-Herméneutique », mais un de ses meilleurs amis s’est approprié le nom pour une de ses propres recherches.

 

        Alors il l’a changé pour « Une Nouvelle Vue sur l’Interprétation » ; à présent cela s’appelle « Anthropologie-Phénoménologique ». Ce travail révèle le profond intérêt de Carlos Castaneda pour les sciences sociales, qu’il a toujours gardé comme un héritage de la tradition de sorcellerie de don Juan Matus.

 

        Ainsi, nous ne pouvons pas dire que lorsque nous sommes entrées en contact avec Carlos Castaneda, nous sommes également entrées en contact avec ce monde.  Le contact avec ce monde est une question d’assimilation graduelle ; nous ne savons pas quand cela eut lieu. Nous ressentons, cependant, que cela a lieu maintenant.

 

Dans les livres de Castaneda, les êtres humains sont décrits comme des êtres lumineux qui ont généralement un point d’assemblage fixé qui les verrouille dans la « réalité normale », perçue comme étant le monde extérieur. Un mouvement de ce point d’assemblage permet à l’adepte de percevoir et de se mouvoir dans un autre monde réel. Pouvez-vous nous donner un exemple de ces expériences qui peuvent arriver à cause d’un tel mouvement, qui peut être plus accessible à ceux qui sont familiers du chemin des sorciers ; est-ce que l’expérience de la NDE (expérience de mort imminente) pourrait en être un exemple ?

 

        Le point d’assemblage se déplace de sa position habituelle au cours du sommeil. Les sorciers disent que plus il s’éloigne de sa position habituelle, plus les expériences de rêve sont étranges. C’est l’exemple le plus simple du déplacement du point d’assemblage qui arrive tout le temps à chacun d’entre nous.

 

        Un autre exemple pourrait être le déplacement créé par l’ingestion de plantes ou de substances hallucinogènes. La fatigue, la faim, la fièvre, la maladie, la déshydratation et beaucoup d’autres situations anormales produisent également un déplacement du point d’assemblage. Pour les sorciers, n’importe quel déplacement du point d’assemblage produit une vue sur un autre monde, mais il y a aussi cette idée que nous sommes incapables, dans de telles conditions, de maintenir la fixation du point d’assemblage sur l’endroit sur lequel il a été déplacé. Le résultat de cette incapacité est que l’on se retrouve simplement avec une vision floue d’autres mondes.

 

        Les NDE sont certainement, dirions-nous, un des exemples types d’une vision plus soutenue d’un autre monde. Les sorciers maintiennent que l’impact de la mort est si gigantesque qu’il gèle tout sur place ; ainsi, la fixation du point d’assemblage à l’endroit où l’impact de la mort la déplacé doit donner la vision la plus soutenue d’une autre réalité à ceux qui ne sont pas forcément sur le chemin du guerrier.

 

Nous comprenons que, comme l’était son maître don Juan Matus avant lui, Carlos Castaneda est maintenant le nagual. Que signifie ce terme ?

 

        Le terme nagual se réfère à un homme ou une femme qui possède une charge spéciale d’énergie qui le ou la fait apparaître aux yeux des sorciers, qui voient le monde exclusivement en termes d’énergie et d’écoulement de l’énergie, comme des êtres doubles, c’est-à-dire, ce qui apparaît normalement comme un œuf lumineux ou une boule d’énergie, apparaît chez un nagual comme une boule lumineuse superposée sur une autre.

 

        Les sorciers maintiennent que de tels êtres sont capables de guider, de diriger et de conseiller d’autres sorciers de la manière la plus naturelle. Les sorciers définissent le nagual comme un être qui est plus capable, du fait de sa charge énergétique, d’exprimer et d’interpréter les commandes de l’esprit. Pour Carlos Castaneda, être le nouveau nagual signifie qu’il a assumé la responsabilité de nous guider vers la liberté.

 

Est-ce qu’un successeur à Castaneda a été trouvé ?

 

        Non. Il n’y a pas de successeur à Carlos Castaneda – il est le dernier de sa lignée.

 

Pour une tradition qui est si secrète, énigmatique et mystérieuse, qu’est-ce qui a incité à prendre la décision d’entreprendre un travail public à notre époque ?

 

        La tradition des sorciers n’est en aucun cas secrète ou intrinsèquement énigmatique. Le problème est notre réticence, en tant que membres du monde occidental, à être sérieux vis à vis tout ce qui ne provient pas de nous-mêmes. Dans le cas de la tradition de la sorcellerie des indiens mexicains, l’ethnocentrisme semble être notre tasse de thé.

Nous pouvons répondre à l’autre partie de votre question en disant que la femme nagual, Carol Tiggs, qui est revenue d’un mystérieux voyage il y a dix ans, a ouvert la porte pour une tentative révolutionnaire de la part des disciples de don Juan – Carlos Castaneda, Florinda Donner-Grau, Taisha Abelar, et elle-même – afin de semer la graine d’une idée extraordinaire : la liberté.

 

Comment quelqu’un qui n’est pas en contact avec vous peut-il participer à la tradition ?

 

        Carlos Castaneda a donné dans ses neuf livres toutes les indications nécessaires pour suivre le chemin du guerrier. Il a présenté ces indications de la même façon qu’elles lui furent présentées. Sous cette procédure, il y a la conviction des sorciers que l’intellect doit d’abord être accroché ; une fois que l’intellect devient curieux à propos de quelque chose, la persistance peut ouvrir des portes énergétiques qui rendra possible la participation directe. Cette réponse semble mystérieuse et énigmatique mais ce n’est qu’une apparence superficielle. Les sorciers de la tradition de don Juan disaient qu’il est impossible de comprendre la complexité de l’univers pour notre mental linéaire.

 

        L’énergie, en tant que l’authentique affaire de nos vies, ne fait pas partie de notre compréhension du monde. Une autre façon de répondre à la question serait de dire que si nous persistons à suivre le chemin du guerrier, l’énergie elle-même nous permettra de continuer.

 

Pourriez-vous, brièvement, faire un commentaire sur la compréhension qu’ont les sorciers de lignes d’énergie de la Terre et des lieux de pouvoir ?

 

        Les sorciers croient que le Terre est un être conscient, mais conscient à un niveau qui est complètement incompréhensible pour notre esprit. Etant vivante et consciente, la Terre génère de l’énergie que les sorciers perçoivent comme des lignes lumineuses.

 

        Un lieu de pouvoir est la description pour un noyau de lignes d’énergie, c’est-à-dire, un centre où l’énergie émane naturellement de la Terre, comme de l’eau s’écoulant d’un puits caché.

 

Pouvez-vous nous dire quelque chose à propos de la seconde fonction de la matrice, d’après les enseignements, la première fonction étant la procréation ?

 

        On nous a enseigné que les fonctions secondes de l’utérus sont très proches des fonctions du cerveau tel que nous le connaissons. Les sorciers nous ont dit que nous pensons avec nos utérus. Cependant, quoi qu’ils appellent « penser avec l’utérus », ce n’est pas du tout le genre de pensées  auxquelles nous sommes accoutumées. Ce qui arrive jusqu’aux femmes ne sont pas des pensées linéaires mais des pensées-sensations formidablement puissantes et claires, que nous interprétons ensuite de façon linéaire. Il semble que la progression naturelle de la vie d’une sorcière soit de faire taire les pensées linéaires et de permettre aux pensées-sensations de s’éveiller jusqu’à ce qu’il y ait une quantité égale des deux.

 

Est-ce que la tradition recommande le célibat et si oui, pour quelle raison ?

 

        Non. La tradition ne nous recommande pas d’être célibataire ou d’être libertin. Le célibat est une question exclusivement en relation avec ce que les sorciers appellent « la façon dont nous avons été conçus». Ils disent que si nous avons été conçus dans un milieu rempli de terriblement passionnel, physiquement et émotionnellement, notre niveau naturel d’énergie est si élevé que nous pouvons faire tout ce que nous voulons sans faire subir aucun détriment à notre énergie; nous pouvons êtres libertins si le cœur nous en dit.

 

        En revanche, si nous avons été conçus dans ce que les sorciers appellent « un environnement super-civilisé », notre niveau d’énergie est la réplique exacte de l’état physique et émotionnel de nos parents au moment de la conception.

 

        Les sorciers appellent le produit de cette conception une « baise ennuyeuse ». De façon un peu moqueuse, nous les appelons des « B.F » (Bored Fucked en anglais). De nous trois ici présentes, deux sont des B.F. à coup sûr ; l’une d’entre nous semble avoir échappé à ce destin. Pour les B.F. comme nous, les sorciers recommandent que nous sauvions notre énergie par tous les moyens possibles, parce que nous n’en avons pas. Dans ce cas, le célibat est recommandé, il est exigé comme notre seule façon d'être à égalité avec le meilleur non-B.F.

 

Don Juan Matus décrit le monde comme étant prédateur par nature, cela varie de toute autre tradition mystique, chamanique ou ésotérique. Pouvez-vous commenter ce point ?

 

        Dans la tradition des sorciers à laquelle appartient don Juan, il est maintenu que l’univers est prédateur par nature. Pour les sorciers, ce n’est pas une question de spéculation ou de prédilection métaphorique – ils savent comme un fait que l’univers est prédateur. A travers les âges, ils ont décrit la condition de l’homme, qui est la plus sombre que nous connaissions. Au fil du temps, cette description gagna de plus en plus de terrain. Les sorciers disent que de la même façon que nous gardons les poulets dans un poulailler, certaines entités qui viennent d’un univers de conscience, gardent les humains dans un poulailler. Les sorciers plaisantent et disent que ces entités, qu’ils appellent « flyers » ou voladores, gardent les êtres humains dans des « humainlaillers » (humaneros en espagnol).

 

        Les flyers de la tradition des sorciers sont des ombres noires que nous détectons parfois et expliquons par la présence de tâches dans la rétine. Les sorciers savent comme un fait, au moyen de leur capacité à voir l’énergie directement, que ces ombres sont prédatrices et qu’elles nous maintiennent en vie afin de dévorer notre conscience.

 

        Les sorciers disent que notre conscience est comme une brillance autour de notre champ total d’énergie, qui pour eux ressemble à une boule lumineuse. Pour eux, cette brillance est comme une housse en plastique qui ferait briller encore plus la boule lumineuse si elle n’avait pas été mangée jusqu’au niveau de nos talons.

 

        C’est là que la description des sorciers devient très perturbante pour nous ; les sorciers disent que la seule brillance de conscience laissée en nous par ceux qui nous mangent est la conscience de l’auto-contemplation. Donc, tout ce qu’il nous reste est la préoccupation du moi, du moi-même et du je. Dans nos vies personnelles, nous avons corroboré que la seule force restante dans le monde immédiat qui nous entoure est la force de l’importance personnelle, qui arrive déguisée en humilité, en compassion, en altruisme, en charité, quelque soit la façon dont on veut la nommer.

 

        La description des sorciers est bien sûr notre éternelle nemesis ; nous ne voulons pas croire que nous avons été élevés pour être mangés. En cela, naturellement, la tradition des sorciers est complètement différente de tout autre type de tradition spirituelle.

 

        Les sorciers disent, et croyez moi, c’est sans aucun cynisme, que tout idéal avec lequel nous traitons en termes de traditions spirituelles, religieuses, etc., est un dispositif concocté par les flyers pour nous maintenir endormis. 

Imaginez notre inquiétude en examinant, en pesant et en réfléchissant à cette proposition.

 

Qu’est-ce que le « saut dans la liberté » et quel est le type de « mort » pour les gens qui n’ont pas réalisé ce saut ?

 

        Nous comprenons que ce saut dans la liberté est équivalent à évoluer de façon préméditée. Pour les sorciers, la cause naturelle de nos vies, en dehors d’être mangé par le flyers, est de résister à nos attaquants afin de permettre à notre conscience d’atteindre sa pleine capacité. Achever cette tâche est une étape révolutionnaire que les sorciers appellent le saut dans la liberté. Nous n’avons pas atteint cet état donc nous ne savons pas vraiment ce que cela signifie.

 

        A propos de la question sur ce qu’est la mort pour les gens qui n’ont pas accompli ce saut, on peut y répondre très simplement à la manière des sorciers, en disant que les gens qui ne permettent pas à leur énergie de s’accroître à nouveau, meurent en étant mangés par les flyers.

 

Pourriez-vous, s’il vous plaît, expliquer pourquoi vous ne permettez pas d’être pris en photo ou l’enregistrement de vos voix ?

 

        En faisant cela, nous suivons directement la tradition des sorciers de l’ancien Mexique. Obéir à cette requête est notre seul lien palpable avec eux puisque notre façon de vivre et notre situation, en tant que derniers membres de cette lignée de sorciers, a été pour nous d’atteindre des zones qui ne furent jamais pénétrées par d’autres praticiens. Nous sommes immensément loin de la tradition actuelle qui nous apporte son soutien. Parfois, ce que nous avons à accomplir est en opposition totale avec cette tradition. Notre gage d’appartenance à celle-ci est notre obéissance aveugle à cette règle : pas de photo et pas d’enregistrement de nos voix.

 

Vous donnez, à l’heure actuelle, beaucoup d’importance à la « récapitulation ».. Pouvez-vous décrire la méthode et le but de cette technique, nous parler de ses origines et expliquer pourquoi cela a été mis récemment en avant dans les enseignements ?

 

        Non. L’importance donnée à la récapitulation n’est pas mise en avant seulement aujourd’hui ; Carlos Castaneda en a parlé pendant des années. La méthode de la récapitulation est de faire une liste méticuleuse de toutes les personnes avec qui nous sommes entrés en contact durant notre vie ; c’est une tâche monumentale.

 

        Personnellement, nous avons trouvé cela surprenant de se souvenir de chaque personne que nous avons rencontrée dans notre vie !

 

        Lorsque l’on nous demanda de faire cela, nous avons pensé que c’était impossible. On nous a dit qu’une fois la liste faite, si jamais nous y parvenions, nous devions prendre la première personne de la liste et aller du présent jusqu’au moment de notre naissance, et examiner toutes les interactions que nous avions eu, et tout ce qui se rapportait à cette interaction.

        Les raisons de faire la récapitulation, nous a t-on dit, sont multiples. La première est expliquée comme la certitude qu’avaient les sorciers de l’ancien Mexique – qui furent les inventeurs de la récapitulation – qu’une force incroyable, qu’ils appelaient l’Aigle et que nous appelons généralement conscience, prête à tous les nouveaux nés, du virus à l’être humain, une certaine quantité de conscience qu’ils font croître au moyen de leurs expériences de vie. A la fin de leur vie, cette force réclame la conscience qu’elle a prêtée.

 

        Ces sorciers maintenaient que cette conscience rendue est liée au contact de notre mort, et que cette force qui nous prête la conscience ne s’intéresse pas à prendre notre vie – c’est un processus différent. Ils maintenaient aussi qu’au moyen de la récapitulation nous pouvons donner à cette force ce qu’elle désire, et à la fin, elle nous laissera passer sans prendre notre force de vie. C’est ce que les sorciers comprennent comme être consumé par le feu du dedans. Les sorciers ne meurent pas vraiment de la même façon que leurs semblables.

 

        L’autre fonction de la récapitulation est de nous apporter de la fluidité. En revivant toutes nos expériences, les sorciers disent que nous acquérons une flexibilité qui facilitera notre entrée dans d’autres aires de perception voilées aux êtres humains ordinaires.

 

        La dernière fonction, qui nous semble être la plus importante de toutes, est qu’à travers la récapitulation nous pouvons acquérir une discipline ferme, qui est le seul moyen par lequel nous pouvons nous rendre immangeables pour les flyers. Les sorciers affirment que la seule conscience qui ne peut être mangée est la conscience produite par une discipline de fer. La récapitulation semble créer une condition de fluidité et une détermination qui est la discipline dont parlent les sorciers, pas la discipline compulsive, ou le comportement routinier.

 

        Nous avons corroboré dans nos vies que notre conscience est différente ; nous sommes certainement conscientes de choses qui étaient pour nous inconcevables auparavant.


Quelle est votre attitude envers l’utilisation des plantes psychotropes, comme la datura et le peyotl, et d’autres plantes qui furent administrées par don Juan Matus dans les premiers livres de Castaneda ?

 

        Nous comprenons que la raison pour laquelle don Juan donna à Carlos Castaneda une profusion de plantes psychotropes, était que Castaneda était un sujet très difficile. La rigidité de sa personnalité était si impressionnante que don Juan avait l’habitude de l’appeler « Monsieur Vieillard » ou « Monsieur Cauchemar », et aussi « Monsieur Bacon », parce qu’il était rondouillard. Lui-même nous a dit qu’être petit, basané, rondouillard et simplet faisait de lui un sujet impossible. Le cas de Castaneda était assez individualiste – le reste des disciples de don Juan n’ont jamais pris de plantes. Don Juan les a poussées dans la direction opposée, au point qu’elles ne buvaient même pas de thé.

 

Nous avons entendu dire que la femme nagual, Carol Tiggs, qui fut présentée comme faisant partie du monde de Castaneda dans son livre le plus récent, « L’art de rêver », a passé dix ans dans la seconde attention, puis a réapparu dans une librairie en Californie. Est-ce vrai et pouvez-vous expliquer ce que cela signifie ?

 

        Oui, c’est vrai. Carol Tiggs est allée à la librairie Phoenix de Santa Monica parce qu’elle avait appris que Carlos Castaneda allait y donner une conférence. Lui, Florinda Donner-Grau, et Taisha Abelar croyaient que Carol Tiggs était partie pour le reste de leurs vies « naturelles » et qu’elle les attendait quelque part dans ce que les sorciers appellent la seconde attention, où elle les aurait tous guidés un jour. Carol Tiggs est revenue d’un voyage de dix ans, deux mois avant cette rencontre dans la librairie ; elle était encore un peu assommée par cette expérience, elle ne pouvait pas concevoir une façon d’entrer en contact avec Carlos et les deux autres.


        Il est pour nous très difficile d’expliquer ce que cela signifie. Les sorciers expliqueraient cela en disant que les quatre disciples de don Juan n’ont pas été mangés par les flyers depuis trente ans, alors leur niveau de conscience leur permet de faire des tours extravagants avec la perception et la conscience. Essayer de transformer cela en une explication linéaire est impossible, sauf si nous voulons avoir l’air de trois idiotes en train de déblatérer des inanités. Nous espérons ne jamais en arriver là.

 

Qu’est-ce que la "seconde attention" exactement ?

 

        On nous a enseigné que la seconde attention est la conscience des êtres humains qui n’a pas été dévorée par les flyers jusqu’aux talons. Si une accroissance naturelle de la conscience est possible, le niveau de conscience de cette énergie qui s’élève permet à la personne la possédant d’entrer dans quelque chose d’indescriptible. Puisqu’il a été pour nous impossible d’avoir une idée de ce qu’est cette conscience pour un grand nombre de gens, tout ce que nous avons ce sont nos quatre « prisonniers » : Florinda Donner-Grau, Taisha Abelar, Carol Tiggs et Carlos Castaneda. Nous n’avons pas été capables de vraiment traiter avec ce sujet.

 

        De notre propre expérience personnelle, nous sommes proches du silence. Nous avons changé, oui, mais notre conscience ne peut pas verbaliser ce que nous expérimentons ; cela semble être comme le monde que nous nous connaissions, mais nous savons que ce n’est pas le cas.

 

        Nous espérons qu’un moment viendra où il sera possible pour nous de verbaliser ce qu’est la seconde attention au-delà du fait de dire que c’est un état de conscience accrue. Comme nous l’avons dit précédemment, par conscience accrue nous voulons dire qui n’a pas été mangé par les flyers.

 

        Notre insistance sur ce point peut être très déplaisante pour vous, ça l’est pour nous, mais nous sommes convaincues qu’il n’y a pas d’autre moyen d’expliquer le changement authentique chez les êtres humains. Considérez ce point : dans le monde de la vie de tous les jours, peu importe ce que nous faisons, nous ne changeons jamais. Alors que pouvons-nous faire ? Rester le même tout en parlant sans arrêt d’idéaux irréalistes ? C’est à ce niveau que les sorciers ont été implacables avec nous.

 

        Ils nous ont dit, si vous voulez vraiment changer et être différentes vous devez échapper aux flyers. Si vous ne le faites pas, oubliez le changement – tout ce que vous ferez tout au long de vos vies sera de parler des êtres merveilleux que vous êtes.

 

Êtes-vous en train de travailler pour le saut collectif dans la liberté et êtes-vous dans une course contre le temps pour accomplir ce saut ?

 

        Nous sommes toutes les trois parfaitement en accord avec les quatre disciples de don Juan ; nous aimerions amener l’idée de changement, de liberté et d’un objectif d’évolution à quiconque serait intéressé. Nous ne sommes dans une course contre le temps ; si nous les sommes, c’est subliminal – nous n’en sommes pas conscientes. Mais maintenant que vous posez la question, nous nous interrogeons à ce sujet.

 

Nous comprenons que don Juan n’est plus de ce monde. Où est-il maintenant et avez-vous encore un quelconque contact avec lui ?

 

        Nous sommes arrivées bien des années après le départ de don Juan. Nous ne savons pas où il est – ni ses disciples. Apparemment, il est mort d’une mort de sorcier, ce qui signifie qu’il a emporté son corps avec lui et a gardé sa force de vie. Les sorciers décrivent cela comme brûler du feu du dedans et transformer chaque parcelle de soi en conscience – en énergie. Si c’est le cas de don Juan, lui et son groupe ont disparu dans l’infini sans laisser de trace.

 


Copyright 1995 Chacmool Center for Enhanced Perception
Copyright June 1995 for Kindred Magazine


Publié à 12:49 le 8 avril 2007 dans Instructeurs de Tenségrité
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