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Alors nous avons le sentiment, chacun d'entre nous a le sentiment, qu'il y a quelque chose de plus là dehors, et qu'on voudrait pouvoir faire ça : on voudrait pouvoir être différent. On voudrait avoir davantage d'énergie mais immédiatement ce qu'on fait c'est qu'on interprète ce désir, ce sentiment profond, cette connaissance intuitive. On traduit cela en termes humains, comme "je voudrais pouvoir avoir un meilleur boulot", "je voudrais pouvoir avoir de meilleurs relations ou des relations plus intenses", "je voudrais que les choses soient différentes au travail ou à la maison". On traduit cette insatisfaction, ou quoi que ce soit, ou ce manque énergétique dans le contrôle, pas vraiment dans le contrôle mais c'est une façon de dire, dans le contrôle de ce en quoi consiste notre destinée. Et en venant ici, j'ai vu un panneau d'affichage et je me suis dit que j'allais vous en parler. Ça disait : "La plupart des projets que les gens font pour l'avenir tombent toujours un petit peu à coté". Et c'était une publicité pour des pompes funèbres. Et je me suis dit : "c'est vrai, c'est exactement ça". Je veux dire : nos projets, ils tombent toujours à coté, pas seulement un petit peu, mais je veux dire complètement à côté.
Alors les sorciers disent "non, ne vous contentez pas d'avoir des projets qui tournent court, et de ronchonner et de terminer dans la tombe". Les sorciers pensent en grand. Ils pensent tellement en grand qu'ils sont des abstractions. Ils font un bond dans l'infini. Ils bondissent au-delà de cette réalité qui fait toujours tourner court nos attentes, qui nous fait mourir déçus, contrariés, ou bien heureux mais néanmoins morts. Ça n'a pas d'importance qu'on meure heureux, riche, ou autrement, on finit de toute façon au même endroit.
Le destin de nos parents nous attend. Et ça nous le savons, nous le comprenons. Nous pouvons les voir vieillir, tomber malades, perdre leur lucidité, leur conscience. Les sorciers nous offrent, grâce à leur entraînement, une alternative, puisqu'ils disent "non, réfléchissez, emparez-vous de toute les possibilités d'être. Ne vous limitez pas vous-même à ce que vous avez appris, et à ce que votre langage et votre mode de pensée linéaire vous disent sur que vous pouvez seulement être". Parce que notre mode linéaire, il dit que ça commence à la naissance et que ça finit à la mort. Ça c'est un mode de pensée linéaire, basé sur notre culture. C'est la modalité de notre époque, la route super rationnelle et linéaire qui conduit à la destruction.
Les sorciers disent "non, n'acceptez pas ça. Contestez, remettez tout en question". Remettez même en question le fait que ce mur soit là. Contemplez-le et découvrez ce qu'est ce mur. Et alors vous voyez l'énergie qui constitue le mur, et vous découvrez que c'est fluide et que vous êtes fluide en tant qu'être sensible. La réalité est fluide.
Je peux dire catégoriquement que d'avoir de l'énergie, d'être énergétiquement vivant, d'être capable d'utiliser son corps d'énergie, d'avoir une alternative, d'avoir la clarté, la sobriété, c'est nettement mieux, supérieur, que d'être toujours dans un état de léthargie, de confusion, de déception, ou que d'atteindre des sommets extatiques suivis de descentes profondes, ou que d'avoir le sentiment d'être piégé, ce qui arrive à beaucoup de gens à cause de leur travail. Ils ne peuvent s'en échapper qu'en faisant du rafting sur le Colorado !
Les sorciers disent "non, ne vous limitez pas à ce genre d'évasion ou à la drogue ou à quoi que ce soit, fumer des cigarettes, sexe, ou quoi que ce soit". Ce sont des manières de s'échapper, d'une certaine façon, des limites de notre vie quotidienne. Les sorciers disent "non, ne vous contentez pas des miettes. Prenez tout". Ils sont aussi avides qu'on peut l'être. Ils prennent... ils veulent être vivant avec la totalité d'eux-mêmes.
Et tout le monde a ce potentiel, cette opportunité. Mais disons qu'un sorcier a le courage de ne pas seulement désirer mais de vraiment s'engager dans la pratique à travers la récapitulation de sa vie, en lâchant la poignée de miettes à laquelle nous nous accrochons. En la lâchant pour pouvoir sortir la main et voir l'immensité qui est devant nous, pour être capable de percevoir d'autres choses qui sont inconcevables du point de vue de la vie de tous les jours, absolument inconcevables, mais parfaitement valables et acceptables du point de vue des sorciers.
Donc ils voyagent dans l'immensité, dans... ce qu'ils disent réellement c'est qu'ils déplacent leur point d'assemblage en accumulant de l'énergie. Et toutes les techniques qui sont énumérées, qui sont décrites dans les livres, sont vraiment des façons d'emmagasiner de l'énergie, parce que à moins que vous n'ayez l'énergie suffisante, vous ne pouvez même pas... je veux dire vous ne pouvez même pas passer une bonne journée au travail, et à plus forte raison voir votre patron comme un petit tyran.
Pour faire cela vous devez vous tenir sur la plate-forme de l'être énergétique, et rire, être capable de rire de ce que vous voyez autour de vous et de le voir en folie contrôlée. Sinon, vous êtes pour toujours condamné à le voir, à considérer le monde qui nous a été donné, comme réel.
Et les sorciers disent "non, ce n'est pas réel". Ils disent qu'il y a cette possibilité et ils transforment la possibilité en action pratique. Donc ils n'en parlent pas ou ne théorisent pas dessus comme les physiciens, les philosophes, les philosophes extrême-orientaux, mais ils le transforment en action pratique. Et alors ils disent... l'impulsion qu'ils obtiennent... ils prennent les techniques qui sont dans les livres. Nous les offrons comme une ouverture pour quiconque veut bien les prendre. Et c'est comme si nous lancions une échelle et que chacun des barreaux soit quelque chose, une technique de non-faire, comme je l'ai dit déjà, interrompre le dialogue intérieur, ou récapituler.
Et comme vous le demandez, n'importe qui peut faire ces choses, et vous ne devez pas vous inquiétez sur le fait de les faire correctement, de savoir si la respiration est exactement comme ça. Il n'y a pas de règle. Regardez dans les livres. Prenez ce que vous pouvez. Et puis faites confiance à votre corps énergétique pour vous guider, pour vous dire ce qu'il faut faire. Et faites-le.
Ne vous découragez pas, et faites le. Et plus vous le ferez, plus vous verrez la validité de ce qu'est la sorcellerie et de ce dont nous parlons. Vous le verrez par vous-même et vous verrez aussi, bien sûr, son utilité, parce que vous ne ressentirez pas ces pointes de déception qui vous ravagent dès que vous faites quelque chose qui tourne mal. D'un seul coup vous vous sentirez léger comme si le poids avait été enlevé de vos épaules.
Vous verrez les avantages quotidiens au fur et à mesure de la pratique de ces techniques. Les sorciers ont une expression. C'est une chanson, un air mexicain appelé "Valentina". Et dans cette chanson il y a une phrase qui dit "si tu vas mourir demain, tu ferais aussi bien de mourir aujourd'hui." Et c'est ce qui motive les sorciers. Ils savent qu'on va mourir. Je veux dire que, du point de vue de la vie de tous les jours, c'est tout ce qui nous attend. Donc vous feriez aussi bien de faire le saut et de mourir maintenant et vous vous retrouveriez dans une autre réalité, et vous verriez que d'autres alternatives vous attendent, à votre plus grande stupéfaction et pour votre plus grand plaisir !
JM : Taisha, dans le contexte judéo-chrétien, il y a un mythe sur le commencement du monde, sur le commencement de la vie et de l'univers, et sur la fin concernant le retour du fils de Dieu et d'un nouveau paradis. N'y a-t-il pas une préoccupation des origines de la vie au sein de la sorcellerie, et de l'avenir de la vie en ce qui concerne l'humanité ? Comment un sorcier formulerait-il cela ?
TA : C'est une très grosse question du point de vue de la vie de tous les jours, parce que, bien sûr, nous sommes concernés par ce que sera notre futur. Chaque culture possède ses propres mythes concernant la création du monde. Et certaines cultures ont quelque chose comme six ou sept périodes de destructions, et le monde a été recréé et maintenant nous sommes dans le cinquième soleil, ce sont des cycles différents. Ce sont des mythes qui sont valables au sein de chaque cadre culturel pour tenter d'expliquer le parcours de l'humanité, où va l'humanité.
Mais du point de vue des sorciers, la sorcellerie se préoccupe surtout de où va l'individu, plutôt que de l'abstraction appelée culture, ou humanité, ou société, parce que, comme nous le savons tous, ces choses-là sont constituées d'individus, et la société ne peut aller nulle part où ne vont ses individus. Donc les sorciers s'intéressent au destin des êtres individuels, aux personnes en particulier.
Et tous ces livres ont été écrits, vraiment, pour servir de guide, afin que toute personne individuelle, qui souhaite changer son destin disons, puisse avoir une chance de s'échapper du parcours naturel de l'évolution, quel qu'il puisse être. Les sorciers ne spéculent vraiment pas tellement sur où cela va aller dans le futur. Ils ne passent pas leur temps à pronostiquer ce que va nous apporter le futur parce qu'ils sont intéressés par l'activation de leur corps d'énergie, afin de pouvoir maintenir leur conscience quel que soit l'endroit où ils se trouvent.
Le futur, le passé, cette façon linéaire de penser, ne s'applique pas vraiment au monde des sorciers. Mais vous pouvez y penser dans le sens où un sorcier, où qu'il soit, va y être avec la totalité de lui-même, énergétiquement intact. Ce qui veut dire qu'il n'y a pas d'intérêt à savoir ce qui s'est déroulé dans un certain passé, parce qu'il n'y a pas de passé. Le sorcier a récapitulé sa vie et il en a rassemblé l'énergie pour se déplacer dans le présent immédiat.
Les anciens sorciers avaient une conception différente, plus en accord avec les mythes de différentes cultures, sur le fait qu'il existe un temps futur ou un temps passé, et un temps du rêve. Et nous, du moins nos anthropologues, nous parlons d'un temps de rêve. Et ils le pensent comme un temps peut être indéfini dans un passé chronologique précédent l'écriture. Ou bien en Chine nous avons l'empereur jaune et son royaume mythique, ou bien encore avant lui, les quatre empereurs mythiques. Et nous y pensons comme à une progression linéaire, ou je veux dire, un mouvement linéaire à rebours vers un point inconnu. Mais ça, c'est encore penser en termes linéaires.
C'est très facile de penser de la sorte. Et alors si vous faites ça, vous en venez à vous tourmenter sur la nature de l'avenir. Mais un sorcier... [fait] tout ce que j'ai dit jusque là, en utilisant la perspective phénoménologique de l'accroissement de la perception, et la prise de conscience que le temps et l'espace sont une question d'intentionnalité, que nous avons si bien incorporé que ça nous rend incapable de percevoir globalement, et qu'à la place ça nous oblige à percevoir un "objet". Et cet objet possède déjà son futur et son passé par le fait même que nous percevons cette réalité.
Les sorciers, quand ils brisent ces concepts pris comme allant de soi, ils brisent aussi l'idée qu'il y a un futur là quelque part qui nous attend. Non non, rien ne nous attend. Si il y a quelque chose qui nous attend, c'est cette eau infestée de requins après avoir sauté du rocher d'Alcatraz ! Et ce qu'il y a dans cette eau, ce sont tout d'abord les êtres inorganiques. Il existe d'autres entités en plus des êtres humains sensibles, dans l'univers en général.
Les rêveurs pénètrent dans ces domaines ou ces couches, non pas des couches temporelles ou spatiales, mais simplement des couches, des couches énergétiques. Plus vous avez d'énergie, plus vous vous déplacez et vous vous transformez. Mais vous ne vous déplacez pas dans l'espace et dans le temps à la façon dont les anciens sorciers le croyaient. Ils avaient un modèle ancien et différent de la façon dont ça fonctionne. Ils pensaient que c'était physiquement qu'on descendait à l'intérieur de la Terre, à travers différentes couches, ou qu'on montait à travers sept couches dans le ciel. Et c'est aussi un modèle, une sorte de modèle oriental bouddhiste dans lequel il y a différents degrés de saints et de personnages sacrés, et en bas on trouve les hommes puis les démons. Tout est sous forme de couches. C'est un modèle linéaire.
Les anciens sorciers étaient habitués à penser que oui, on descendait dans ces sombres profondeurs. Mais les sorciers ont compris que ce n'est pas comme ça qu'est la réalité. C'est une question d'énergie, de transformation énergétique de ce qui se trouve en face de nous. En fait, vous ne bougez pas du tout. Vous faites simplement... Tout bouge en même temps. Ce n'est pas que vous vous trouviez ici et que quelque chose d'autre se trouve là-bas. Il n'y pas d'ici et de là-bas. Tout se dissout d'un seul coup. J'ai appris à dissoudre ça dans les arbres.
En d'autres termes nous sommes toujours ici maintenant, mais le ici et le maintenant ne sont pas toujours les mêmes. Je veux dire, c'est là où intervient la traque. Les traqueurs découvrent ce qu'est ce "ici", et ce en quoi consiste ce "maintenant", pour cette nouvelle position de rêve. Et c'est toujours en train de changer, mais on est toujours ici et maintenant.
La sorcellerie comporte de nombreuses contradictions, d'apparentes contradictions, parce que notre esprit rationnel ne peut pas concevoir cela. Le problème n'est pas le destin du monde ou de l'humanité, car ils voient... Comme je l'ai dit, la réalité de la vie de tous les jours est dans un seul..., disons, n'est qu'un seul cheveux dans la tresse. Et les sorciers veulent aller ailleurs. Mais quoi qu'il puisse arriver après leur départ, ce n'est plus leur problème, sur le plan énergétique.
En ce qui concerne le destin du monde nous pouvons le voir en termes d'astronomie. Ils nous disent que nous avons découvert des galaxies, des constellations complètes d'un univers immense, immense, et sans fin disons, et que chacun est un monde à part entière. Alors le destin d'un seul grain de poussière ne va pas faire la moindre différence, du point de vue de la totalité.
Ce que font les sorciers, c'est qu'ils adoptent cette sublime perspective. Cela aurait une énorme signification si nous étions là et qu'un séisme nous frappe ou qu'une bombe nucléaire nous tombent dessus. Cela aurait une grande signification pour nous, mais nous ne serions plus là pour nous lamenter. Et du point de vue d'une perspective à grande échelle, si un sorcier est parti, ces événement-là n'entrent plus en ligne de compte dans son monde de traqueur. Mais le point important ici est que chaque individu peut partir et explorer son potentiel.
Donc ce ne sont pas des propos inhumains, parce que, d'un autre coté, ils [les sorciers] se contredisent eux-mêmes et se sentent très concernés, et ils disent que nous avons écrit ces livres pour le cas où il y aurait quelqu'un d'autre qui soit intéressé, afin de pouvoir attraper un barreau de l'échelle et de faire l'expérience de ces choses.
Un fois qu'un sorcier a quitté la réalité de la vie de tous les jours, son interaction avec ses semblables change. Et nous pouvons évoquer un instant comment un sorcier voit la société. Pas la société dans son ensemble, encore que les sorciers fassent des assertions sur la "modalité de notre époque" et qu'ils voient qu'ils existent certaines tendances. Ils appellent ça le syndrome du "pauvre bébé", ce qui caractérise la modalité de notre époque. Mais cela est encore en rapport avec l'individualité. L'individualité et tout ce que nous faisons ou disons ou espérons, nous le tournons toujours en auto-contemplation comme "pauvre bébé que je suis ! Qui va bien pouvoir m'aider ?" C'est ça la modalité de notre époque. C'est l'expression d'une pratique individuelle qu'ont en fait tous les gens.
Lorsqu'un sorcier s'en va, il quitte les problèmes du moi. Il part vraiment vers une position que les traqueurs qualifient de "sans pitié" ou "détachement". Et alors qu'il se détache lui-même, ce qu'il fait réellement, il n'est plus en mesure de partager cette intersubjectivité avec ses semblables. Et voilà pourquoi il lui est si difficile d'interagir avec les gens : parce que les gens ne peuvent pas voir se refléter sur lui leurs attentes. Ils pensent qu'il est bizarre, qu'il y a quelque chose de pas normal avec lui. Il arrive d'on ne sait où, et ça c'est vrai. Il vient de quelque part ailleurs que d'où ils sont. Alors l'intersubjectivité, la possibilité de communication, s'écroule.
Donc si un sorcier doit rester en compagnie des gens dans le monde, la seule manière qu'il ait de le faire est à travers ce qu'ils appellent "la folie contrôlée", à travers "se traquer soi-même et les autres", à travers la vision de toute chose sous forme d'énergie, en ne voyant aucune signification profonde aux valeurs et aux problèmes humains, parce que tout ça provient réellement de la préoccupation de soi.
Un sorcier n'a plus à se soucier d'un moi qu'il n'a plus, et il ne peut plus continuer l'intersubjectivité, au sens de refléter cette auto-préoccupation. Et les autres personnes ne peuvent pas voir sur lui cette auto-préoccupation comme ils la voient réciproquement sur eux-mêmes. Alors ils comprennent qu'il y a quelque chose de bizarre. Ils n'ont plus ce miroir, cette glace, dans laquelle se regarder eux-mêmes.
C'est pourquoi un sorcier ne peut interagir qu'en terme de folie contrôlée. Et don Juan, c'était la manière dont il interagissait avec les gens, avec tous les membres du groupe de sorciers. Et maintenant, c'est la façon dont nous, nous interagissons. Carlos Castaneda voit rarement des gens, en somme, car il arrive un moment où on se déplace tellement loin du point d'assemblage de la vie de tous les jours qu'on perd tout intérêt à quoi que ce soit du monde ordinaire ou aux relations avec les gens. Et non seulement on ne s'y intéresse plus, mais on en devient physiquement presque incapable. Ou bien on effrayerait les gens si on apparaissait subitement dans la pièce, car ce qui arrive quand on déplace son point d'assemblage, c'est qu'on active, comme je l'ai dit, le corps d'énergie, et qu'il peut disparaître de la réalité de tous les jours. Donc quand un sorcier s'en va, il s'en va, entre guillemets, de la réalité de tous les jours. Il devient essentiellement invisible.
Et c'est ça l'entraînement des traqueurs. On devient de plus en plus invisible, jusqu'à ce qu'arrive le moment où on peut marcher dans la rue, si cela existe encore, et que personne ne nous voit, parce qu'on a interrompu le dialogue intérieur qui réaffirme sans cesse que "je suis dans le monde, je suis comme ceci et comme cela, je suis telle et telle personne, je suis moi-même vous savez !" Ce sujet de préoccupation a été évacué et vous en avez utilisé l'énergie pour entrer dans une réalité différente. Et vous vous retrouvez, un beau jour, très harmonieusement dans une autre réalité, où il y a des gens mais où ces gens ne sont pas les gens de la vie de tous les jours.
Vous vous êtes déplacé vers une autre tresse de cet univers de conscience et il y a d'autres choses là. Ce n'est pas le vide. Vous savez, ce n'est pas si évident que ça, cette réalité de la vie de tous les jours, dans laquelle nous sommes nés, et qu'il n'y a rien d'autre. C'est ce que nous aimerions en quelque sorte penser, ou bien qu'il y a un paradis et un enfer là dehors quelque part. Mais cela fait vraiment parti de notre pensée linéaire. Pourtant, pour les orientaux, c'est bien ça : c'est vide, il n'y a rien.
Non, il y a un nombre infini de fibres, de fibres énergétiques de conscience dont vous pouvez faire l'expérience empiriquement. Et vous pouvez voir d'autres choses. Les rêveurs visitent des quantités de mondes dans d'autres univers où il y a d'autres configurations planétaires, d'autres chiens, des animaux à trois pattes, toutes sortes de formes organiques qu'on ne trouvent pas dans cette réalité. Ils ont leur propre table des éléments, la table périodique des éléments, de différents éléments qui ne sont pas connus de nos physiciens et de nos chimistes. Et ces choses-là forment des combinaisons différentes de choses. Donc un traqueur, quand sa position de point d'assemblage a changé, il commence à traquer et à décrire cette autre réalité.
Carlos Castaneda a passé une grande partie de son temps, dernièrement, à rêver et à explorer certaines de ces régions. C'est pourquoi il n'est [n'était] pas dans le monde de la vie quotidienne. Il va sortir un livre sur les portes du rêve, qui décrit les véritables procédures, comment sortir de la réalité de la vie de tous les jours et entrer dans ces autres mondes ["L'Art de Rêver"].
Donc voilà ce que font les sorciers. Et la réalité de la vie de tous les jours perd de son importance.
JM : Si vous pouviez brièvement nous dire votre situation ou votre stade d'évolution actuel dans le processus de sorcellerie, et comment s'y insère l'écrivain... Je suppose qu'à l'origine, et de manière prédominante, il y a une tradition orale de la sorcellerie pour l'acquisition de la connaissance. Ainsi, voulez-vous bien nous dire, Taisha, pour résumer, comment vous vous situez en tant qu'écrivain, vers où vous mène votre chemin de connaissance, où vous en êtes maintenant, et toute autre remarque que vous auriez à faire.
TA : Je peux parler un petit peu de l'écriture, comment ces livres sont écrits ou comment moi j'ai écris mes livres. Comme vous pouvez dire, cela traite des toutes premières étapes de mon entraînement et donc ça m'a pris des années et des années pour écrire ceci. Et pourquoi cela sort-il juste maintenant, après tant de temps passé ?
La raison en est que nous ne... et je parle pour moi, pour Florinda Donner, Carol Tiggs, qui avons publié des livres. Nous ne les écrivons pas vraiment à la manière dont les gens écriraient des livres, d'une façon linéaire, en faisant des recherches et en notant l'information, ou en imaginant des personnages fictifs, en réorganisant les notes de terrain, pour ensuite présenter leurs histoires. Non, nous n'écrivons d'aucune de ces façons car nos travaux ne sont pas vraiment écrits à partir de l'esprit rationnel, dans le mode linéaire, à partir du point de vue de la vie de tous les jours. Ils proviennent d'une autre position du point d'assemblage. Et tout ce que nous avons appris, tout ces entraînements, ou au moins la plupart des entraînements que nous avons subis, se sont déroulés depuis d'une position différente du point d'assemblage.
Emilito, qui m'a formée, qui était mon second professeur, et qui m'a vraiment entraîné à traquer, et bien il n'existe pas dans le monde de la vie de tous les jours. Et ainsi le plus gros de mon entraînement a été effectué depuis une position de rêve. Et voilà pourquoi je vous ai dit au début, quand j'ai commencé à parler, à vous parler, j'ai dit que Taisha Abelar est réellement une position de rêve, qu'elle n'était pas née dans le monde de la vie de tous les jours.
Quoi que Taisha Abelar puisse être et quoi que je puisse vous dire maintenant, c'est quelque chose qui vient d'ailleurs, d'une autre position. Et l'énergie nécessaire pour non seulement faire l'expérience de ce qui a pu se passer ou se produire... et alors on a besoin d'une seconde couche d'énergie pour être capable de se le remémorer, parce qu'il y a plus, il y a beaucoup plus de choses, qui se sont produites dans des régions dont je n'ai pas souvenir.
Et ainsi ma tâche actuelle consiste à les retrouver. Et plus j'emmagasine d'énergie, mieux je peux me souvenir et ramener ces choses à la surface, afin de pouvoir les relater. Et d'une certaine manière, ce que nous faisons est de traduire quelque chose qui est toujours ici et maintenant, c'est circulaire, c'est une couche différente, une couche énergétique. Nous le traduisons en un mode linéaire au mieux de nos capacités, en paroles, ce qui est linéaire, et en écriture.
Alors nos livres sont donc une traduction de ce qu'ont été nos expériences, dans le but de pouvoir les présenter de manière cohérente. Et là encore intervient l'importance d'une formation académique, de manière à ce qu'il y ait une racine, une fondation, que je puisse à présent utiliser, et sur laquelle je puisse compter pour ne pas avoir juste dire "oh, c'est fantastique". Je veux dire, j'ai vu des choses fantastiques, dont je ne peux même pas parler, parce que lorsque vous voyez ces choses, il est impossible de parler, croyez moi !
Et quand j'y pense maintenant, je n'ai jamais la langue aussi clouée que quand je commence vraiment à faire revenir mon point d'assemblage ! Je le retiens en ce moment tout au long de cette conversation, sur une certaine position, grâce à mon entraînement de traqueur. Et seulement grâce à mon entraînement de traqueur.
A la minute où je quitterai ce lieu, mon point d'assemblage se déplacera ailleurs. Croyez-moi, je vais repartir d'où je suis venue, le "ici maintenant" d'une autre réalité ! Et là-bas je ne serai pas capable parler de cette manière. Alors pendant la courte durée où je suis ici, ce que je veux faire c'est vraiment arriver à transmettre et à formuler, pour quiconque s'intéresse à comprendre quelques-unes de ces idées, les très difficiles et cependant très simples concepts qui font la sorcellerie.
Et nos livres ont le même objectif d'essayer d'ouvrir cette connaissance au public, parce que nous n'avons réellement aucun apprenti. La règle qui gouvernait le cercle de don Juan, son groupe, n'a plus cours.
Les quelques personnes qui ont été formées par lui, ont été entraînées avec une fluidité totale et une sobriété totale, pour que nous soyons capable de déplacer notre point d'assemblage depuis de multiples et multiples positions, avec fluidité et avec responsabilité, et avec une conscience et une sobriété absolues. Et finalement nous partirons vers la liberté totale, où nous ne devrions nous arrêter à nulle part en particulier. Ce sera si fluide que, quelque soit l'endroit où les pouvoirs nous emmèneront, (le pouvoir de l'intention), cet endroit sera là où nous sommes. Quel que soit cet endroit en définitive.
JM : Nous parlions avec Taisha Abelar de son livre "Le passage des Sorciers, le voyage initiatique d'une femme". Taisha, merci d'avoir pris le temps de parler sur KPFK.
TA : Okay. C'était un plaisir pour moi d'être ici.
Interview réalisée en février 1993, dans les locaux de Toltecs Artists Incorporated à Los Angeles.
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