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Taisha Abelar sur Radio KPFK (...suite)

 

Donc les instructions que je devais suivre, les choses que je devais faire, la récapitulation dans la cabane des arbres, formaient encore un niveau supplémentaire pour récupérer tout ce qui avait été laissé dans le passé, dans d'autres lieux, d'autres régions, pour tout ramener à l'intérieur, pour consolider le corps d'énergie. Et c'est seulement en consolidant le corps d'énergie que vous pouvez apprendre quelque chose sur lui et que vous pouvez l'utiliser. Et donc voilà ce qui a constitué la seconde partie de mon apprentissage.

 

J'ai aussi reçu des tâches de rêve que je pratiquais dans la cabane des arbres, parce qu'après un certain temps, le caractère immédiat de toute chose fait que vous avez envie de vous déployer. C'est bien d'être complètement dans l'immédiat mais vous pouvez également depuis cette position déplacer votre point d'assemblage vers une autre position. Donc la seconde étape a consisté à rêver depuis la cabane des arbres qui était déjà une position de rêve. Donc vous utilisez les positions de rêve, vous utilisez votre corps d'énergie, pour vous déplacer.

 

L'apprentissage des traqueurs est de devenir absolument fluide, de maintenir une position du point d'assemblage, mais aussi d'être capable de bouger à partir de là. Mais alors, où que vous vous déplaciez, vous vous déplacez avec sobriété et contrôle, et avec le même niveau de discipline, et vous explorez votre nouvelle réalité de façon à rendre cela réel. Nous créons notre réalité à mesure que nous nous déplaçons.

 

Pendant que le point d'assemblage se déplace, de nouvelles réalités sont crées devant nos yeux. Mais nous devons interagir avec elles. Alors la réalité... revenons à notre... à la réalité de la vie de tous les jours. Elle n'est pas seulement là. Elle est là parce que nous interagissons avec elle. Nous savons qu'il y a un ici et un là-bas parce que nous nous déplaçons dans la pièce en contournant les meubles pour arriver à un certain endroit. Nous sommes dedans. Nous créons cette réalité comme nous faisons des choses, comme nous pensons, comme nous sommes... mais nous la créons à l'intérieur des limites établies par notre esprit linéaire et nos prédilections rationnelles.

 

Cette position du point d'assemblage limite en grande partie ce que nous pouvons faire à partir de là. Nous ne pouvons pas passer à travers le mur, en d'autres termes parce qu'il est solide. Nous savons qu'il est là. Mais par le biais de la contemplation, et c'est ce que je faisais dans les arbres... Disons qu'une partie de l'entraînement consiste en des techniques de contemplation, parce que contempler est un moyen très simple, en fait tout le monde peut le faire, c'est un moyen fondamental de réaliser la validité de ce dont je suis en train de parler.

 

Voyez plutôt : tout ce que vous devez faire est de regarder un arbre, une plante. Vous commencez à contempler les feuilles et assez rapidement tout passe en deux dimensions. C'est Nous qui garnissons la face arrière, nous ne la voyons pas. L'intentionnalité dit qu'une feuille possède une face avant et une face arrière et qu'elle possède de petites veinures à l'intérieur. Les botanistes possèdent de très très nombreux niveaux de connaissance complexe sur les arbres et les plantes, que nous pouvons ne pas avoir, mais il y a des niveaux bien définis de connaissance de certaines choses sur lesquelles nous pouvons avoir un accord. Et lorsque vous commencez à contempler des arbres ou des feuilles ou du gravier ou quoi que ce soit, vous voyez seulement ce qui est donné à votre corps d'énergie : l'immédiateté. Là vous voyez réellement. C'est ça, ce que vous voyez. C'est pourquoi les sorciers appellent cela "voir", parce que c'est comme ça quand vous voyez vraiment. Vous placez votre corps d'énergie à la disposition de l'énergie qui émane de ce qui est là devant vous, et vous harmonisez de manière différente, de sorte que vous voyez l'énergie. Donc vous regardez un arbre ou vous le contemplez et tout d'un coup vous réalisez que non, ce n'est pas un fait accompli, ce n'est pas solide, ça bouge. Il n'a pas de face arrière, à la manière dont nous y pensons. Ou bien des racines. Nous ne voyons pas ça. Nous voyons des tournoiements de lumière. Tout d'un coup ces feuilles se mettent à briller doucement et vous voyez des tournoiements d'énergie et vous vous dites "oh, c'est ça un arbre !"

 

Je n'en avais aucune idée jusqu'à ce que je commence à expérimenter quelques unes de ces techniques, en m'amusant avec. Et si vous essayez, vous direz aussi "oh, il y a bien plus pour un arbre que le vernis". Vraiment un arbre est énergétiquement vivant, tout comme nous aussi nous sommes énergétiquement vivants. Et nous pouvons faire infiniment plus de choses qu'on ne nous l'a raconté, ou qu'on nous a dit être capable de faire avec notre corps physique.

 

Contempler nous permet d'engager notre être énergétique, une position différente du point d'assemblage, et cette position fantôme se renforce de plus en plus. Et alors nous voyons les arbres bouger. Tout d'un coup nous pouvons les déplacer en focalisant notre énergie sur eux, et ils ne sont plus enraciné en un point particulier. Les sorciers disent qu'un bosquet d'arbres tout entier peut soudainement se retrouver ailleurs.

 

Maintenant, ceci est à nouveau un conte d'énergie, mais en fait on a "vu", car lorsque le monde devient fluide, rien n'est plus enraciné, rien n'est plus définitif, rien n'est plus un fait accompli. C'est en mouvement permanent et c'est comme ça qu'est le monde. C'est comme ça qu'est la réalité. C'est nous qui la rendons limitée, solide, factuelle. Nous lui imposons ses limitations. Mais il n'y a pas de raison. Développer nos capacités en tant qu'être sensible, et utiliser d'autres aspects dont nous n'avons pas même conscience, c'est possible. Alors on utilise ou on voit le monde dans des termes différents.

 

JM : Taisha, vous abordez ces termes et ces concepts dans votre livre : rêver, traquer, point d'assemblage, récapitulation. Y a-t-il... Ou serait-il trop limitatif de tenter de poser cette question : y a-t-il certaines corrélations entre les termes et les concepts analytiques de la science et les termes et concepts de votre ouvrage ?

 

TA : Oui, il y a des corrélations. Et j'ai parlé longuement de l'un d'eux qui provient de la philosophie, à savoir la phénoménologie. Je n'ai pas besoin de revenir là-dessus, mais les phénoménologues, ils savent théoriquement, ou ils ont l'intuition que c'est comme cela qu'est la perception, que ce serait la bonne approche quand nous parlons de réalité et de perception, que nous devrions suspendre notre jugement, ce qui veut dire ne pas imposer l'aspect factuel de notre monde pour parler de cela. Mais lorsque c'est appliqué... Et même en phénoménologie de très très nombreuses personnes sont familières de tout cela.

 

En fait, les anthropologues, les sociologues, sont très familiers de ces concepts. Mais, disons que, lorsqu'ils sortent faire un travail de terrain, ou même lorsqu'ils vivent leur vie de tous les jours, ils ne s'aventurent jamais au-delà du stade théorique de l'utilisation de ces choses. Ils sont effrayés car ce que fait la sorcellerie, par exemple, c'est de bouleverser les conforts ou les certitudes de la vie quotidienne qui font que le monde est comme ci ou comme ça. C'est dévastateur, et beaucoup d'entre nous ne veulent pas de ce bouleversement.

 

Cela crée une dissonance très forte et très troublante, et ce doit être fait systématiquement. Sinon vous pouvez devenir complètement dingue si tout d'un coup, vous savez, le mur disparaît et vous vous retrouvez ailleurs sans vous y être réellement rendu en marchant. Vous vous réveillez, vous savez, à un pâté de maisons plus loin et vous vous dites "où je suis ?" C'est plutôt renversant, je veux dire !

 

Voilà donc les concepts. La phénoménologie, l'anthropologie, en utilisent certains, pour vraiment approcher d'autres cultures, pour étudier d'autres réalités. Mais ils les "étudient". Le mot étudier prend pour eux le genre de sens académique de "théorisation dans le fauteuil", bien que je sois certaine que les anthropologues ne veulent plus se considérer eux-mêmes comme des "théoriciens dans le fauteuil". Ça, c'était au 19ème siècle. Mais d'une certaine façon ils continuent à le faire depuis la chambre d'hôtel, ou si ils partent sur le terrain ils peuvent... Ils ont pourtant toujours une théorie prédéfinie qu'ils veulent vérifier. Ils n'y vont pas en ayant suspendu leur jugement, comme les phénoménologues recommandent de le faire. Et ils ne veulent définitivement pas l'appliquer dans leur vie quotidienne, et en fait devenir quelque chose d'autre, quelque chose d'autre que ce qu'ils sont.

 

Vous ne pouvez pas étudier la sorcellerie ou comprendre ce que font les sorciers sans relâcher certaines de vos attaches au monde de tous les jours, sans en fait changer vos idées sur la nature de ce que vous êtes, sur ce que vous faites dans votre vie de tous les jours. Si vous vous servez toujours de ces hypothèses pour interpréter ce que... disons de ce que don Juan fait... Et c'est ce qui est arrivé avec les livres de Carlos Castaneda. Ces hypothèses ont été utilisées pour dire "oh, il fait ceci et il le fait vraiment comme ceci", parce que celui qui dit ça n'a pas validé par lui-même ce que nécessite cet autre monde. Mais il y a d'autre domaines de... comme la philosophie orientale où il y a certains concepts identiques d'altération des réalités, d'être conscient de ici et maintenant. Ils ont cette expression : "la grande traversée".

 

En fait, j'étais sur le point d'appeler mon livre "La Grande Traversée" mais ce terme est très spécifique à la philosophe Bouddhiste qui n'est pas ce qu'est la sorcellerie. Bien que, si je reviens à votre question, à un niveau théorique, cela peut paraître identique. Eux sont intéressés par l'exploration de la perception, par l'expansion de la perception, par l'éveil du corps d'énergie. Certaines de ces techniques sont très similaires, interrompre le dialogue intérieur, utiliser la méditation. Mais la différence, c'est que... Ce qu'un praticien doit faire c'est abandonner son mode de penser linéaire, et à moins que ce ne soit accompli et qu'il soit abandonné, l'attachement au moi reste l'obstacle fondamental. Les disciplines orientales parlent de ça aussi, mais tout ce que je peux vous dire est que c'est effectivement ça que nous faisons.

 

Nous consacrons toute notre vie à faire ça, et nous sommes en permanence engagés dans ce processus particulier, à renoncer à l'attachement au monde de la vie de tous les jours, à notre humanité, à ce point d'assemblage dans lequel nous sommes nés, et à en bouger et à explorer ces autres dimensions. Donc nous faisons... donc la différence alors, je pense que les concepts, oui, je pense qu'ils y sont. Ils ne sont pas uniques, dans ce sens, mais les pratiques... Vous ne pouvez pas acquérir un concept sans vraiment vous engager dans sa mise en pratique, parce qu'un concept par lui-même ne signifie rien. Il doit devenir une expérience corporelle.

 

Et la sorcellerie est vraiment destinée à ce que vous la mettiez en pratique, à acquérir une expérience corporelle, plutôt que juste parler philosophiquement de quelque chose à la manière dont les philosophes le font, ou à la manière dont les philosophes orientaux le font parfois, ou même comme les physiciens, ceux de la physique new-age. Je ne veux pas en parler parce que je ne connais pas bien la physique. Je ne suis pas physicienne. Mais ils évoquent certains domaines de l'indétermination, des limites de la perception, de la lumière, ou de ce que ça veut dire de voir quelque chose. Par exemple, un objet, pour des physiciens, du point de vue de leurs études et de leurs expérimentations, n'est pas solide du tout. Ça n'a de sens que par rapport à votre perspective et votre taille.

 

Donc la solidité de quelque chose n'existe que parce que nous sommes des êtres humains et que nous pouvons voir quelque chose. Une abeille ou une chauve-souris aura une perspective totalement différente, disons d'un arbre, d'une bûche ou d'un morceau de bois. Elle les verra de façon totalement différente. Donc les physiciens explorent les limites de la réalité, de ce qui la constitue. Et il y a des livres qui combinent la sagesse orientale avec la physique. Et donc il y a cette relation.

 

Mais je ne connais aucun physicien aujourd'hui qui pourrait mettre en pratique dans sa vie quotidienne toutes les choses qu'il connaît intellectuellement. Lorsqu'il rentre chez lui il s'assoie toujours dans cette vieille chaise et il a sa femme là, et il a toujours son même comportement. Les sociologues, c'est pareil. Ils comprennent certains concepts qui sont similaires à ceux de la sorcellerie, mais la sorcellerie n'est pas seulement un concept.

 

La sorcellerie est une manière abstraite de vivre qui fait que la totalité de votre être devient aussi abstrait que ces concepts. Donc quand nous disons que le corps énergétique est lumineux, qu'il est composé de filaments fluides, c'est ce qu'est un sorcier. Il ne se contente pas de le dire. Il l'est parce qu'il utilise ce fait et que sa réalité est basée dessus, sur l'utilisation de ces filaments de lumière.

 

Par exemple... il y a un bon exemple dans un des livres de Carlos Castaneda, quand don Genaro saute par-dessus la chute d'eau. Du point de vue de quelqu'un qui ne fait que simplement regarder, c'est le cas de Carlos Castaneda au début, il a seulement vu... bon, il a vu oui et non, moitié moitié. Il a juste vu quelqu'un faire une espèce de bond, très agilement, en faisant des choses étranges, des pitreries, des pirouettes, des acrobaties. Maintenant, bien sûr, si il avait pu "voir" la même chose, il aurait su exactement ce qui se passait parce que lui-même aurait pu le faire. Son corps peut comprendre parce qu'il peut projeter ses lignes, ses fibres de lumière, et les accrocher à quelque part. La récapitulation vous permet de faire ça, elle aussi, de projeter vos fibres, des rayons énergétiques, en arrière dans le passé, et de les nouer sur des choses ou de les dénouer. C'est fondamental, vous pourrez déloger l'énergie qui est retenue là.

 

Donc oui, il y a des parallèles, mais pas vraiment du point de vue de la pratique réelle.

 

JM : Revenons à nouveau à votre livre. Vous avez mentionné brièvement ce qu'est la sorcellerie et ce que font les sorciers. Pouvez-vous donner un point de vue sur... Cela dépend encore du milieu des sorciers eux-mêmes. Y a-t-il une dichotomie sexuelle entre les sorciers mâles et femelles ? N'y a-t-il pas quelque chose en rapport avec le concept féministe ? Pouvez-vous donner une explication, une description de ce qu'est un sorcier, de ce qu'est son rôle ?  Font-ils toujours partie du milieu socioculturel ? Y a-t-il un genre de système de valeur, une vision du monde que les sorciers détiennent en ce qui concerne la manière dont ils voient la réalité ? Pouvez-vous en dire plus, et aller vers une description en profondeur de la sorcellerie et des sorciers ?

 

TA : hiou-hou, oui. Il y a plusieurs questions là-dedans. Commençons par une définition de la sorcellerie parce que c'est très élémentaire. La sorcellerie est, fondamentalement, la capacité à percevoir plus que ce qui nous est alloué du point de vue du monde dans lequel on est né. Les sorciers essayent d'accroître la perception et ils font ça en... Ils ont certaines techniques : le rêve, la traque, des techniques de contemplation. Beaucoup d'entre elles, et en fait toutes, sont décrites dans les livres.

 

Mais elles aboutissent toutes au déplacement du point d'assemblage et vous font lâcher vos amarres aux monde de la vie de tous les jours, pour que vous puissiez être en mesure de percevoir davantage. Comment pouvez-vous percevoir une autre réalité s'il ne vous a été donné que de percevoir celle-ci. Je veux dire que c'est une contradiction. On ne peut pas y arriver. On doit lâcher prise.

 

C'est comme le singe qui fourre sa main dans une bouteille pour attraper une pleine poignée de cacahuètes. Il ne peut pas retirer sa main pour aller ailleurs. Il est coincé là. Mais s'il lâche ce qu'il a attrapé il peut retirer sa main et être libre. Donc les sorciers, tout ce qu'ils font, c'est de relâcher leurs attaches : la poignée de cacahuètes que nous serrons tous, c'est à dire les attentes que nous avons de nous-mêmes, et ce qu'on nous a appris à propos du monde. Donc vous laissez tomber tout ça, et par le simple fait que vous laissez aller, quelque chose d'autre arrive, quelque chose d'autre s'insinue. C'est ce que font les sorciers.

 

Maintenant l'apprentissage est fondamentalement le même pour tout le monde, sauf que j'ai mentionné que Carlos Castaneda, étant le nagual, a reçu un apprentissage des plantes psychotropiques aux toutes premières étapes. Après ça, il a été également entraîné... Il a fait autant de récapitulation que nous tous. C'est fondamental.

 

La première chose que n'importe qui peut faire : oubliez la marijuana, oubliez la prise de quoi que ce soit, vous vous asseyez et vous commencez une récapitulation méticuleuse. Cela en soi va vous préparer et vous permettre de vous déplacer ailleurs. Récapituler votre vie c'est lâcher cette poignée de cacahuètes que vous tenez serrée ou quoi que ce soit. Lorsque vous la relâchez c'est très pénible parce que toute notre vie on nous a appris à bien la serrer. Plus vous serrez fort, et meilleur vous êtes ! Et plus votre ego est vigoureux !

 

Alors les sorciers enseignent le contraire. C'est pourquoi nous appelons l'apprentissage de la sorcellerie le "non-faire", parce qu'ils ne font rien en particulier. Ils se contentent de non-faire les choses que nous avons été entraînés à faire. C'est donc très simple. Mais par le fait même de cette simplicité, cela devient presque impossible. Et il y a très peu de preneurs, bien sûr.

 

Les gens pensent que tout le monde veut rejoindre Carlos Castaneda et son, entre guillemets, groupe. Et les rares gens dont... disons, leurs chemins se croisent et d'une manière ou d'une autre... ce n'est pas qu'ils sont invités à devenir membre du groupe mais c'est un peu ça... peut-être qu'ils sont appelés à récapituler ou, dans une certaine mesure... Est-ce qu'ils le font ?

 

Non, parce que pour récapituler vous devez prélever de l'énergie à votre vie de tous les jours. Et alors ! Vous devez la prélever sur vos nuits ou sur vos rendez-vous ou sur n'importe quoi ; sur vos sorties en boîte ou sur "regarder la télé" ou sur les inquiétudes du travail ou sur d'autres choses ; ou sur vos préoccupations de vous-même. Comme l'énergie pour récapituler doit bien venir de quelque part, ce que vous devez faire d'abord et avant tout c'est vous dégager du temps : physiquement vous devez avoir du temps pour le faire.

 

Donc l'opportunité est là pour vraiment chacun. Mais la volonté doit aussi être stabilisée. Elle doit accompagner l'opportunité, pour vraiment pouvoir le faire. Sinon cela devient juste une histoire d'énergie à laquelle vous pensez.

 

Et nous avons tous cette idée que "oh, ce serait bien que je sois différent, ce serait bien que je puisse faire ça". Mais vous n'en avez pas l'énergie. Avec la récapitulation comme méthode d’entraînement, vous gagnez de l'énergie. Vous créez l'énergie, vous arrêtez enfin de souhaiter, vous avez "l'intention".

 

Et l'intention est très différente du souhait. L'intention accroche votre énergie, votre but, à quelque chose qui est déjà établi par les sorciers. Et si vous vous accrochez à ça par l'intermédiaire, disons de la récapitulation, cela vous tire en avant. Mais vous devez le faire.

 

A propos de ça, une autre technique est la contemplation. J'avais l'habitude de beaucoup beaucoup regarder la télévision quand je suis entrée au début dans le monde de don Juan. Et ils m'ont dit "okay, tu y passes combien de temps ?"... Et c'est vrai pour tout le monde. On passe peut-être combien ? deux heures ? On a fait des études là-dessus, peut-être deux heures par jour à regarder la télé. Ils m'ont dit "okay, regarde la télé, mais ne l'allume pas !"

 

Alors donc, je m'asseyais devant la télé pour la contempler. Ça c'est un acte de non-faire. C'est un exemple de non-faire. Et vous faites vos propres non-faires, vous inventez vos non-faires, que ce soit regarder une petite allumette se consumer en aspirant sa lumière, c'est un non-faire, ou contempler quelque chose.

 

Donc j'ai découvert qu'en contemplant la télé... Bien sûr, en privé. Vous êtes dans le faux, là, si vous commencez à faire ça en public, avec des gens autour. Ils vont commencer à se demander ce qui vous arrive. Donc vous faites ça mais vous n'en faites pas étalage parce que tout le monde va vous juger depuis son point de vue.

 

Et la réalité de la vie de tous les jours est comme Alcatraz. Je veux dire qu'il n'y a pas moyen de s'échapper. Il y a des vigiles et des gardes partout qui s'assurent que vous ne quittiez pas ce rocher. Donc quiconque veut s'aventurer dans ces eaux-infestées-de-requins... et il n'y a aucune garantie que vous arriverez jamais quelque part.

 

Vous devez pratiquer la traque et être très discret. Un traqueur, pour donner une définition du traqueur, est quelqu'un... en fait, une des définitions est que c'est quelqu'un qui vraiment arrive à un art d'être invisible. Donc vous pouvez sauter du rocher aussi longtemps que personne ne vous voit ! C'est aussi simple que ça. Rien ne vous retient ici vraiment. Lâchez seulement cette poignée de cacahuètes. Mais assurez-vous que personne ne vous voit. Faites le graduellement. Sinon ils viendront s'assurer que... Ils viendront mettre des entraves sur votre chemin, c'est garanti.

 

Donc, pendant que je contemplais la télé... Et c'est là, juste là, que vous vous apercevez que le côté factuel de la télévision est pris comme allant de soi parce que ça commence à se dissoudre, ça commence à passer en deux dimensions.

 

L'idée d'un espace à trois dimensions n'est qu'une hypothèse. C'est quelque chose qu'on apprend étant enfant, dès le premier âge, afin de réellement voir en trois dimensions. Ainsi traverser la rue ou parler, c'est quelque chose que les enfants apprennent. Ils savent que ces voitures se déplacent vite. Un nouveau-né ou un bébé ne sait pas ça. C'est pourquoi la mère doit dire sans cesse "ne traverse pas la rue, des voitures arrivent". Ils ne savent pas ce qu'une voiture est capable de faire car ils n'ont pas encore acquis l'enveloppe ou l'interprétation "voiture". ils vont vite l'acquérir, en espérant que ce ne soit pas à la manière forte ! Par contre, s'ils se brûlent les doigts sur une flamme, ils vont vite réaliser ce qu'est la chaleur, et ce que sont les propriétés du feu. Même si ce n'est pas un fait acquis. Parce qu'il existe des gens qui peuvent marcher sur les braises sans se brûler.

 

Nous apprenons les paramètres de notre réalité, et ainsi, la contemplation conduit à une rupture de l'aspect factuel, "fait accompli", de notre réalité quotidienne.

 

Permettez-moi de parler un peu des femmes. J'ai été entraînée par, oui, globalement, par les membres féminins du groupe de don Juan. Emilito, pour moi, c'était absolument un homme, mais c'était le corps de rêve de Zuleica. Votre rêve peut être n'importe quoi, mâle, femelle. Et bien sûr, j'ai reçu l'enseignement de don Juan lui-même car il y avait certaines choses que nous avions besoin de savoir et d'être capable de comprendre parce que notre situation, avec Florinda Donner, Carlos Castaneda, et Carol Tiggs, notre situation n'était pas la même que la sienne dans laquelle il y avait les quatre rêveurs, les quatre traqueurs, et surtout la règle qui les guidait dans la manière de procéder.

 

Notre enseignement n'a pas suivi la règle sauf dans un sens très minimal. Chaque fois qu'il entraînait Carlos Castaneda, il interrogeait les présages et cela est bien indiqué dans les livres. Il recherchait les présages pour voir si, et bien, s'il devait procéder comme ci ou comme ça. Et les présages disaient "non, ne suit pas la règle, laisse les choses arriver". Et pareil avec nous.

 

Nous avons été entraînées pour des choses particulières, mais jamais par aucune règle. Je veux dire que nous devions tous récapituler mais nous pouvions le faire de la manière qui nous convenait. Il se trouve que je... j'aime me trouver dans des espaces fermés, alors je faisais ça dans une grotte.  Mais Florinda Donner, vous ne pouvez pas la mettre dans une grotte. Elle a récapitulé en marchant dans la rue, ou alors quand quelque chose déclenchait autre chose, ce pouvait être un souvenir du passé. Et nous avons toujours une petite agitation quelle qu'elle soit : nous la récapitulons. Nous sommes au bon endroit où que nous soyons.

 

Et les passes magiques. Ce sont des techniques, des mouvements corporels pour activer le corps d'énergie. Mais il en existe des centaines. Alors vous faites celles qui vous conviennent. Il n'y a vraiment pas de règles rigides d'apprentissage. Et la raison en est que pour déplacer le point d'assemblage vous devez être fluide. J'ai personnellement reçu un entraînement très poussé dans les techniques de traqueur et de traque parce que mon point d'assemblage était très erratique et donc j'avais besoin de cet entraînement.

 

D'autres personnes n'ont pas besoin d'entraînement. Elles ont un penchant naturel pour quelque chose, Florinda Donner pour le rêve. Et elle parle de son apprentissage dans "Being In Dreaming" [Les portes du Rêve]. Elle a un penchant très naturel. Son point d'assemblage se déplace alors qu'elle est assise en face de moi. Tout d'un coup son point d'assemblage bouge et elle amalgame d'autres pans de réalité qui viennent très, très facilement.

 

Les femmes arrivent à... Les femelles ont une facilité très naturelle à déplacer leur point d'assemblage grâce à deux choses, l'une étant biologique. Elles ont des cycles, elles ont leur règles. Des choses changent chimiquement dans leur corps et ça leur donne une chance de laisser entrer d'autres stimuli. Ça arrive tout doucement. Elles possèdent une matrice et il y a quelque chose concernant la matrice qui permet en tant qu'organe... C'est comme une fonction secondaire. La matrice peut percevoir et comprendre directement.

 

Et nous disons tous, bon, que les femmes sont plus intuitives que les hommes. ça revient dans notre jargon de tous les jours, et nous avons les expressions : "Les femmes sont plus intuitives", "elles sont si sensibles lorsqu'elles ont leurs règles", et ci, et ça. C'est vrai. Mais les femmes peuvent l'utiliser au lieu de se sentir rabaissées ou de le prendre pour quelque chose de négatif. Elles peuvent l'utiliser pour faire de la sorcellerie, pour récapituler, pour accroître leur concentration lorsqu'elle récapitulent. Elles auraient du mal à lire de la phénoménologie au moment de leur règles, mais elle pourraient facilement rêver. Elle peuvent donc faire du rêve pendant cette période du mois.

 

La seconde raison pour laquelle c'est plus facile pour les femmes est que notre société ne leur demande pas ce qu'elle demande au hommes. Les hommes, les garçons, vous savez, les mères élèvent leur enfants pour les éduquer. Elles portent toute leur attention sur eux, les mâles, parce que ce sont eux qui doivent perpétuer l'ordre social. Ce sont eux qui reçoivent l'éducation afin qu'ils puissent enseigner et perpétuer tout ce à quoi ils ont été entraînés, quel qu'en soit l'aspect, que ce soit la science ou la médecine, ou la loi.

 

Encore que maintenant c'est en train de changer, bien sûr. Les femmes aussi font tout dans ces branches-là, mais essentiellement pour de mauvaises raisons. Les femmes entrent dans ces domaines pour pouvoir être comme les hommes, pour être les égales des hommes. Cela est utile et fonctionnel du point de vue de l'ordre social. Elles stabilisent leur position parce que maintenant elles sont avocates et médecins. Mais cela n'est pas du tout fonctionnel du point de vue de la véritable sorcellerie, parce que maintenant elles créent des liens, des liens plus forts, à l'ordre social. Et donc ça a, bien sûr, des avantages et des inconvénients.

 

Ça ne veut pas dire qu'un sorcier ou quelqu'un qui apprend la sorcellerie ne peut pas devenir homme de loi ou médecin. Chacun de nous, Florinda Donner, Carol Tiggs, avons reçu une formation universitaire de façon à être capable de penser de façon abstraite et de communiquer, mais pas pour devenir des bastions de l'ordre social, vous savez, des professeurs d'anthropologie, des avocats ou des médecins.

 

Carol Tiggs possède un savoir immense en acuponcture, en médecine du corps, le corps physique et le corps énergétique, comparable à celui de n'importe quel médecin. Elle a acquis cela du point de vue de son apprentissage en sorcellerie, pour pouvoir s'en servir pour aller ailleurs.

 

Donc les femmes ont une meilleure, vraiment une meilleure chance de sortir de l'ordre social, de s'échapper de ce rocher d'Alcatraz, parce qu'elles ne vont vraiment manquer à personne. Leur véritable fonction est de perpétuer la famille, pas l'ordre social. Elles doivent "soutenir" leur homme comme dit la chanson, l'épauler dans toutes les circonstances. On nous a réellement conditionnées à enseigner à nos enfants à être des citoyens bien droits et ceci et cela, ou à se désoler pour eux s'ils filent du mauvais coton. Mais ils ne feront fausse route qu'à l'intérieur de la structure. Il y a de la place pour la déviance, bien sûr.

 

Donc la situation des femmes dans la vie de tous les jours, dans le monde quotidien, est une situation à deux facettes. D'un coté, vous pouvez voir ça d'une façon négative parce que les femmes sont, comme je l'ai dit, sont là pour réellement soutenir les hommes. Derrière tout grand homme, dit-on, il y a une femme. La femme doit rester à la maison et élever sa famille. Donc il y a des limites qui lui sont imposées en termes d'éducation, et elle a moins d'opportunités que n'en a l'homme. Ses demandes et ses attentes gravitent véritablement autour du foyer.

 

Mais, comme je l'ai dit, c'est maintenant en train de changer, les femmes entrent dans le monde du travail et dans les domaines académiques. Mais elles y entrent avec une double charge car maintenant elles ont la maison et elles ont l'apprentissage académique, leurs carrières. Donc elles ont encore moins de chance d'avoir l'énergie supplémentaire pour pratiquer les techniques de sorcellerie. Mais d'un autre coté, les femmes ont une facilité naturelle pour accroître leur perception, pour se déplacer vers d'autres réalités.

 

Et don Juan et les membres féminins dont j'ai reçu l'enseignement, jouaient avec cette facilité naturelle. C'est ainsi que nous faisions la récapitulation, que nous pratiquions des techniques de contemplation, et plus particulièrement les techniques de rêve, et que nous utilisions la période de notre cycle menstruel. Nous nous servions de cela plutôt que juste nous sentir mal et rester au lit une journée, ou avoir des crampes ou avoir le "blues" prémenstruel, c'est-à-dire des choses que les femmes ont appris qu'elles devaient avoir. Au contraire, nous utilisions ces changements, les changements naturels qui se produisent, afin de déplacer le point d'assemblage et de faire du rêve et de la traque.

 

Donc il n'y a vraiment pas... je ne peux pas dire qu'il y ait une réelle différence dans l'apprentissage entre les hommes et les femmes, mais chaque personne dans le monde de don Juan, et dans la manière dont ils nous ont entraînés, dépend de sa prédilection, de ses capacités naturelles. Comme certaines femmes qui sont des rêveuses fantastiques, comme je l'ai dit. Les hommes, les mâles, sortaient davantage. ils étaient botanistes par exemple, comme don Vicente. Ils interagissaient davantage avec le monde en tant que traqueurs.

 

Mais ça ne veut pas dire que les femmes n'étaient pas entraînées comme des traqueurs.  Puisque nous devions retourner dans le monde de la vie de tous les jours, nous ne pouvions pas juste rester dans une grotte et rêver, nous devions parfaire nos techniques de traque, être avec des gens, les utiliser comme des petits tyrans, ou voir le monde à travers la folie contrôlée grâce à la contemplation. La contemplation est ce qui nous permet de vraiment voir que le monde n'est pas constitué de faits mais d'énergie. Et la contemplation combinée avec la récapitulation, ça coupe vraiment l'herbe sous le pied à la réalité elle-même !

 

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