Le rendez-vous magique
Interviews, compte-rendus de séminaires et notes sur la Tenségrité et les Passes Magiques


Accueil
Qui suis-je ?
Livre d'or
Archives
Mes amis

Album photos

Rubriques

Carlos Castaneda conférences
Carlos Castaneda interviews
Carol Tiggs
Florinda Donner Grau
Instructeurs de Tenségrité
Journal la voie du guerrier
La Lune du Traqueur
Les Règles
Los Angeles août 1995
Notes de Sorcellerie
Omega Institut
Séminaires de Tenségrité
Taisha Abelar

Menu

Active Recapitulation
Ambre bleu
Cleargreen
Visions chamaniques
Forum Tenségrité


Taisha Abelar sur Radio KPFK (suite...)

Les choses qui sont dans le livre, dans ce travail, sont des indications. Ils disent à tous que si vous faites ces choses, si vous pratiquez la récapitulation, si vous pratiquez le non-faire, si vous mettez en pratique l'abandon de votre histoire personnelle, si vous pratiquez la contemplation, votre point d'assemblage se déplacera et votre corps saura. Vous saurez, avec tout votre être, ce dont parlent les sorciers.

 

La validité est là. Là pour quiconque veut la découvrir. Mais c'est un processus de création exactement comme poser un homme sur la Lune est un processus de création. Ça ne se produit pas dans un claquement de doigt. Cela a exigé énormément d'énergie, de puissance mentale et conceptuelle, des mathématiciens, des physiciens, des astrophysiciens, et l'entraînement physique des astronautes. Il a fallu rassembler tout ceci pour accomplir un seul et unique exploit.

 

C'est la même chose avec la sorcellerie. Cela prend des années, toutes nos vies. J'avais une vingtaine d'années quand je suis entrée dans le monde de don Juan. A partir de ce moment là, les moindres choses que j'ai faites étaient de l'entraînement, un entraînement en sorcellerie. Et cela inclut le fait d'aller à l'université. C'était un mandat qu'ils m'avaient donné. Ils m'ont dit "tu dois cultiver une romance avec la connaissance". Et il a fallu que je suive la formation universitaire, que je passe un doctorat, et non pas du point de vue d'une personne ordinaire du monde, de la manière dont les gens vont habituellement à l'école. Non, c'était un exercice de traque. J'ai dû utiliser les petits tyrans qui se présentaient : les professeurs. J’ai dû me défaire des attentes, des espoirs avec lesquels j'avais grandi, par la récapitulation.  Récapituler vous permet réellement de voir quels sont vos modèles, vos modèles de comportement et quelles sont vos attentes. Alors vous appliquez ce que vous avez appris en récapitulant. Vous l'appliquez dans votre vie de tous les jours, à votre être-dans-le-monde. Et en l'appliquant, vous validez la position des sorciers, au lieu de valider la position de la vie de tous les jours, la position de vos parents, la position de vos pairs, ce que la société vous dit.

 

Nous sommes toujours en train de valider cela à travers nos comportements, nos pensées, notre langage, et notre dialogue intérieur. Nous restons à nous répéter encore et encore les choses que nous devons nous répéter, comme dans un petit cercle, pour bien nous assurer que rien d'autre n'y pénètre. Nous sommes toujours chargé au maximum de notre capacité, question perception. C'est comme une bulle. C'est scellé de telle manière qu'il n'y pas de moyen de s'échapper. L'ouverture doit venir de l'extérieur, d'une autre position du point d'assemblage.

 

Don Juan nous a donné l'accès, l'ouverture. Il appelait cela le centimètre cube de chance qui surgit. Et vous, ou bien... Et bien, soit vous êtes tellement captivé par vous-même que vous ne le voyez même pas, soit vous ne le saisissez pas à cause des raisons qui sont les vôtres : vous êtes trop rationnel ou trop savant, au sens où vous savez déjà tout et où vous avez un esprit fermé, disons. Ou bien vous le saisissez. Les personnes avec qui nous sommes, avec don Juan, nous saisissons ce quart de centimètre cube de chance. Et nous continuons à valider tout ce qui nous a été dit sur ce qu'est la sorcellerie et la potentialité d'être plus que ce qui vous a été alloué en tant qu'être né dans le monde, sur une certaine position.

 

JM : Si vous voulez juste conclure sur ce point, il y a des personnes dans la société qui critiquent Castaneda pour son travail et le discréditent en disant que cela fait la promotion de l'usage et de l'abus des drogues. Font-ils juste la démonstration de leur ignorance en ce qui concerne le contexte du chemin de la connaissance de Castaneda ?

 

TA : Ce qu'ils ont fait c'est qu'ils ont lu un peu vite les livres ou ils n'ont peut-être même pas lu du tout certains des livres. Peut-être n'ont-ils même pas lu les livres du tout, peut-être juste les deux premiers livres et ils se sont arrêtés là, parce que les deux premiers livres, comme je l'ai dit, traitent seulement de la tradition des plantes psychotropiques. Mais avant de dire quoi que ce soit, ils devraient absolument lire tous les livres et voir quel en est le contexte.

 

Ils parlent aussi depuis le point de vue de la vie de tous les jours, de cette position depuis laquelle, bien sûr, les drogues sont mauvaises. Je ne pense pas qu'il y ait réellement ici un désaccord en ce qui concerne l'usage des drogues.

 

En ce qui nous concerne, je veux dire Carlos Castaneda et quiconque pratiquant la sorcellerie, nous menons des vies absolument pures. Et nous sommes très attentifs à ce que nous mangeons car tout ce qui affecte le corps d'énergie diminue les chances de sobriété, de contrôle. Si cela affecte le corps d'énergie de façon destructrice, alors on manquera de contrôle dans ce que les sorciers appellent la traque, la capacité de traquer.

 

Traquer c'est vraiment la capacité d'adopter une nouvelle position du point d'assemblage. Ou encore, ça n'a pas besoin d'être une position différente, ça peut être celle sur laquelle on se trouve, et alors c'est explorer ses ramifications. Mais pour ça vous avez besoin d'énergie. Vous avez besoin d'énergie pour observer ce qu'est la réalité. Sans ça on avance à l'aveuglette et on laisse les choses nous arriver. On est à la merci de la modalité de l'époque, qui est ce que don Juan appelait le point particulier où nos point d'assemblage se situent tous.

 

Nous sommes nés dans ce qui est qualifié de "modalité de notre temps". Nous sommes à la merci de ce qui nous tombe dessus, que ce soit nos parents ou nos proches, notre système éducatif, que ce soit ce que nous entendons et écoutons dans les livres et à la radio, dans les journaux. Tout ça nous dit d'une certaine manière ce que nous pouvons faire et ce que nous pouvons être. Donc nous sommes absolument affectés par ça.

 

Mais pour se rendre compte de ça, nous devons avoir de l'énergie, plutôt que d'en rester à la merci. Alors disons que les gens qui ont grandi, ou disons les proches, et qui disent "oui, prend de la marijuana, fais ci, fais ça", n'ont pas l'énergie pour y résister. Je ne veux pas dire résister, mais plutôt s'interroger. Ils sont aspirés par ce que leur environnement dit et fait. Et ils y vont, que ce soit suicidaire ou non.

 

La sorcellerie dit exactement le contraire. Elle dit non, interrogez-vous. N'acceptez pas n'importe quoi. N'acceptez pas les dogmes religieux. N'acceptez pas ce que vos amis disent lorsqu'ils vous glissent un petit paquet de cocaïne ou de quoi que ce soit. Mais qui peut réellement s'interroger sur ces questions ? Seulement quelqu'un qui possède une force qui vient d'ailleurs. Et où se trouve cet ailleurs ? Les sorciers disent que c'est le corps d'énergie.

 

Nous tous avons réellement deux positions du point d'assemblage : la première, c'est celle qui nous est donnée, celle de nos parents, celle sur laquelle nous sommes nés, celle qui rend elle-même manifeste cette réalité particulière, lui garde sa continuité, et est la force qui nous fait accepter cette réalité comme étant la seule et l'unique.

 

Mais nous avons tous un corps d'énergie, comme sur une position fantôme. Les sorciers l'appellent le double. C'est une autre position qu'en quelque sorte nous activons dans les rêves, intuitivement. Nous avons tous le sentiment qu'il existe quelque chose d'autre, là, mais nous n'avons pas l'énergie de le saisir. Ou bien nous sentons que nous pourrions être différent, ou plus cohérent, plus clair, plus vivant. Et nous ne pouvons pas. Nous ne le pouvons pas à cause du poids de la société, de notre travail, des soucis de la vie de tous les jours, de nos inquiétudes à propos de nous-mêmes, de "qu'est ce qu'il va m'arriver". "Moi", "moi-même" et "Je" sont nos préoccupations premières. Nous n'avons pas d'énergie pour autre chose.

 

Mais don Juan dit oui. Et les sorciers, pas seulement don Juan. Il y a une autre position que nous pouvons tous adopter, et nous devrions l'activer. Nous devrions l'utiliser comme contrepoids et c'est ce qui va nous donner l'énergie de ne pas nous faire emporter par la vie de tous les jours. Cela nous donnerait, cela nous permettrait d'avoir une petite perche, une petite plate-forme, en dehors du bourbier disons, sur laquelle nous serions, et qui nous permettrait de voir depuis une perspective différente.

 

Quelle est cette autre perspective ? C'est une autre position du point d'assemblage, en dehors. Et comment est-ce qu'on y accède ?  Comment la consolide-t-on ? Car c'est ce que les sorciers veulent faire. Ils veulent être capable de percevoir plus. C'est une question de perception. Ils veulent percevoir plus que ce qui est permis ou autorisé du point de vue de notre réalité quotidienne.

 

Notre réalité dit "non, les arbres sont des arbres, la maison est là, vous savez qu'il y a un océan". Nous avons un système établi d'enveloppes, d'interprétations, et elles sont comme rigidifiées. Elles ne sont pas flexibles. L'apprentissage des sorciers permet à l'esprit, au corps, d'acquérir la flexibilité de... Les drogues ou les plantes psychotropiques déplacent aussi le point d'assemblage. Puis celui-ci revient directement où il était et vous vous retrouvez encore plus coincé qu'avant, parce que vous êtes énergétiquement affaibli. Vous avez blessé votre corps. Vous avez perdu le sens du contrôle, de la maîtrise. Et vous continuez à renforcez ça, et vous ne serez vraiment plus capable d'activer ce corps d'énergie. Vous le détruisez, en fait.

 

Donc l'autre méthode d'apprentissage, la récapitulation, est une des méthodes clés. Et nous la faisons tous, nous tous qui suivons cet entraînement de sorcellerie. Nous pratiquons. Nous faisons de la récapitulation. Carlos Castaneda récapitule constamment, constamment. Nous le faisons tous.

 

Ce que c'est, c'est que vous... Pratiquement, il y a deux couches. Du coté pragmatique, ce que c'est, c'est que vous faites une liste de tous les gens que vous avez connu dans votre vie. Vous vous asseyez et visualisez depuis le présent, en remontant dans le temps, toutes les expériences qui constituent votre vie, le souvenir de ce que vous avez été, de ce qui a constitué la personne que vous êtes maintenant.

 

Et cela, bien sûr, inclut les interactions avec votre famille, avec vos amis. Tout ceci est intrinsèquement lié à ce qui vous constitue parce que vous êtes sous le coup de cette intersubjectivité. Vous ne vivez pas sous vide, et les sorciers non plus. Votre point d'assemblage et votre énergie sont constamment bombardés par ce que les autres vous disent. Et vous y répondez. Donc il y a cette interaction.

 

Ce que fait la récapitulation, c'est vous permettre de regarder ça et d'extraire votre énergie du souvenir de votre moi, de vos actions passées. Donc vous fermez les yeux et vous visualisez vos agissements, de manière très systématique. Vous avez votre liste et vous travaillez en remontant le temps et vous utilisez la respiration, car la respiration est une méthode très subtile d'inhalation. Vous ramenez l'énergie, vous visualisez. Vous commencez sur votre...

 

Je vais décrire ça très précisément maintenant, bien que cela soit décrit dans "Le Passage des Sorciers". Commencez à partir de votre épaule droite. Vous avez votre scène visualisée, et vous inspirez en déplaçant la tête vers votre épaule gauche. Et ensuite vous expirez tout ce qui vous est étranger, tout ce qu'ils ont déversé sur vous verbalement, physiquement, et que vous ne voulez plus, parce que tout est du passé de toute façon. Vous l’expulsez. Vous l'expirez.  Vous le renvoyez pendant que vous déplacez votre tête vers votre épaule droite. Et ensuite vous ramenez votre tête au centre. Et vous continuez à balayer les scènes dans votre mémoire, et vous nettoyez.

 

Ce que vous faites, c'est de ramener l'énergie qui est piégée là pour pouvoir l'utiliser dans le présent. Et où ça vous mène ? Bien sûr vous devez être très attentif à ne pas l'utiliser pour renforcer le moi, mais à l'utiliser pour construire votre corps d'énergie, pour être capable d'acquérir ce supplément d'énergie afin que vous puissiez voir ce qu'est la vie, examiner ce que vous êtes en train de faire. Vous gagnez ainsi un certain contrôle sur votre existence.

 

La récapitulation, au sens abstrait, parce que les sorciers sont très abstraits en fait. C'est si abstrait qu'à ce stade nos corps ne sont réellement qu'une idée. Nous ne sommes plus sur la position du point d'assemblage de la matérialité du monde qui veut que nous ayons un corps physique, que le banc soit ici, que l'arbre soit là. Non. Nous nous sommes interrogés sur tout ça et nous avons vu, à travers la récapitulation, que ces choses sont seulement une question d'accord, de consensus. On nous a dit cela et nos corps ont répondu d'eux-mêmes à l'accord selon lequel nous n'avons pas le choix, car nous sommes né dedans.

 

Donc à un niveau abstrait, ce que fait la récapitulation c'est de construire autre chose, une petite plate-forme pour que vous puissiez vous y retirer progressivement, car pendant que vous vous remémorez le passé, votre passé énergétique, et que vous travaillez en remontant dans le passé, vous travaillez à deux endroit en même temps. Vous vous déplacez depuis ici, depuis votre corps énergétique, vers ça : les souvenirs de votre propre matérialité, ce qui constituait votre monde. Et vous pouvez observez vos modèles se répéter eux-mêmes. Vous pouvez entendre ce que vos parents vous ont dit, et vous voyez.

 

D'un seul coup vous voyez. Mais c'est qui, qui voit ? Ce n'est pas « vous-dans-le-monde », mais c'est cet autre être, le voyant. Don Juan l'appelait "le voyant en vous qui se réveille". Vous êtes en train d'activer cette position fantôme du point d'assemblage, que nous avons tous, mais vous la rendez plus forte. Vous l'utilisez pour la première fois. Au sein de votre culture il ne nous est pas permis de l'utiliser. Nous n'avons même pas connaissance qu'elle est là.

 

Tout nous accapare entièrement, à cause de la modalité de notre époque. Réellement tout est consommé dans nos besoins et nos désirs immédiats, et nous n'avons pas même le choix dans ce domaine. Cette autre position en vient à s'activer, se renforce, et vous êtes alors en mesure de vraiment vous interroger, et de briser les barrières de la perception qui ont été établies par les préoccupations de la vie quotidienne.

 

JM : Taisha, vous venez de parler des termes et des concepts contenus dans votre ouvrage. Pouvez-vous nous donner une idée générale de votre livre en ce qui concerne les thèmes qui y sont abordés, les questions soulevées, les concepts. Nous pourrions commencer comme ça.

 

TA : Fondamentalement la première moitié du livre traite de la récapitulation, et il est raconté, expliqué en détail, comment elle s'effectue, et mes propres expériences de ça, et des difficultés rencontrées, et les procédures. Et donc cela même donne au lecteur l'occasion de l'essayer par lui-même. C'est une invitation vraiment, pour n'importe qui, parce que les sorciers ne sont pas un groupe d'élites... qui auraient à être choisis, ou auraient besoin de croiser le chemin de don Juan ou auraient besoin d'avoir un sorcier comme guide.

 

Non, n'importe qui peut prendre ces livres et faire les choses, les pratiques qui y sont décrites. Et ça encore c'est un moyen de valider ce dont on parle, en faisant vos propres expériences.

 

Donc la première partie du livre traite de la récapitulation. Et j'ai été aussi, comme je l'ai dit, quand j'ai eu assez d'énergie, j'ai été présentée à don Juan et à plusieurs autres membres de son groupe. Et cela aussi est décrit dans le livre : mes rencontres avec eux et les choses qu'ils m'ont enseignées.

 

On m'a montré certaines pratiques qui incluent des techniques de contemplation, des techniques de non-faire. Ils y a des passes de sorcellerie qui mettent en jeu directement le corps d'énergie, certains mouvements et certaines respirations qui le mettent en action, ou nettoient le corps d'énergie et activent certains centres d'énergie pour permettre au point d'assemblage de se déplacer avec plus de fluidité.

 

Et donc la deuxième partie du livre, je suppose à peu près à partir du milieu, c'est quand ils ont pensé que j'étais prête pour franchir ce qu'ils appellent le passage des sorciers, la grande traversée, qui est en somme un mouvement du point d'assemblage, un déplacement, parce que la récapitulation vous y prépare.

 

Je vivais ou séjournais dans cette maison, et il y avait une partie gauche de la maison à laquelle on avait toujours fait allusion, mais dans laquelle je n'avais jamais été autorisée à entrer. Et alors il est venu un moment où ils ont décidé que oui, j'étais prête à rencontrer les autres membres du clan qui m'attendaient dans le coté gauche de la maison. Ce qui est réellement un mouvement du point d'assemblage vers une autre réalité, parce que la partie gauche de la maison n'existe pas dans ce monde tel que nous le connaissons.

 

 

Donc je suis passée par une série de techniques et de mouvements énergétiques invoquant l'intention. Mon corps d'énergie était capable de s'activer de lui-même, bien sûr aussi avec l'aide de Nelida, qui était là à mes cotés. J'activais mon corps d'énergie, ce qui veut dire que je déplaçait mon point d'assemblage. Mais au lieu de le faire bouger harmonieusement vers une certaine position comme ils l'attendait de moi, là où ils m'attendaient, j'ai eu une sorte de décrochage et je n'ai pas pu me souvenir de là où mon point d'assemblage avait abouti. Et je n'ai pas pu me rappeler les détails de ma perception. C'est l'inconvénient. Cela arrive aussi dans certains cas lorsqu'il n'y a pas de contrôle. C'est un déplacement erratique. En d'autres termes, mon point d'assemblage s'était déplacé de façon trop erratique.

 

Et donc la seconde partie du livre traite des différents types d'entraînements. Je me suis retrouvée dans un bosquet d'arbres, dans une cabane dans les arbres, à l'avant de la maison. A ce moment je n'ai pas su comment j'avais atterri là. J'ai juste supposé que quelqu'un m'avait hissé dans un harnais, et j'étais là-haut dans une cabane dans les arbres. Mais ce que je ne savais pas c'était que je ne m'étais pas réveillée. Mon point d'assemblage n'était pas revenu sur sa position normale. Il était sur une position où... dans une autre réalité mais pas très éloignée. J'étais revenue de mes divagations et j'étais sur cette position. Donc la seconde partie de l'entraînement traite de la traque, qui consiste à stabiliser la position du point d'assemblage quel que soit l'endroit où il se trouve.

 

Dans mon cas c'était dans ce bosquet, dans la cabane des arbres, à l'avant de la maison. Mais l'apprentissage lui-même... il était mené sous la conduite d'Emilito qui n'existe pas non plus dans la réalité de la vie de tous les jours. Il était sur une position du point d'assemblage, une position de rêve. Donc je m'étais réveillée sur une position de rêve à un endroit différent, mais j'avais à cultiver la technique des traqueurs pour pouvoir maintenir cette position et atteindre un certain degré de contrôle sur mon corps énergétique.

 

Cet apprentissage a été très très important pour ce qui est arrivé après. Parce qu'à nouveau, cela ne fait aucune différence, que vous déplaciez votre point d'assemblage, si vous ne pouvez pas le stabiliser sur une autre position, et traquer cette réalité. Vous obtenez encore des visions incohérentes, comme ce qui arrive, je suppose, sous l'influence des drogues. Vous avez des visions d'apparitions incohérentes de monstres qui surgissent, ou bien votre point d'assemblage fait des bonds alentour. Et c'est ce qui est destructeur pour le corps d'énergie.

 

Donc vous devez être capable de le stabiliser sur une autre position. L'apprentissage des traqueurs, qui était très très important dans mon cas à cause de mon point d'assemblage erratique, consistait à explorer les ramifications d'une réalité différente. Et dans mon cas c'était le monde des arbres, dans la cabane des arbres. Mais cette cabane existait parce que d'autres membres du groupe de sorciers avaient aussi... Celle qui avait eu le même problème, à savoir Zuleïca, l'un des membres du clan de don Juan, et qui était en réalité Emilito, parce que Emilito était le corps de rêve de Zuleïca sur cette autre position... Donc ceux qui avaient le problème des mouvements erratiques du point d'assemblage étaient hissés en haut dans le harnais, et étaient envoyés dans la cabane des arbres pour apprendre à stabiliser.

 

Pourquoi étaient-ils placés dans les arbres ?  Parce qu'être entouré par les arbres, être surélevé par rapport au sol, oblige le corps à développer une nouvelle relation avec ce qu'est vraiment notre corps d'énergie, mais il est vraiment aussi réel et solide que notre corps physique ou que le sol ou que la gravité. Donc en étant dans les arbres, en grimpant aux branches, en récapitulant encore dans les arbres, en contemplant dans les arbres, et par toutes les autres activités que vous pouvez pratiquer dans les arbres au-dessus du sol, tout cela m'a permis d'explorer une nouvelle position du point d'assemblage. Et elle était très limitée parce que je n'ai jamais quitté les arbres, la cabane dans les arbres. Je suis restée...  Bon, en fait, je descendais et j'allais dans la maison principale, vous savez, si j'avais besoin d'aller aux toilettes, à la salle de bain. Mais je remontais directement. Et ma nourriture était hissée là-haut. C'était Emilito qui me hissait ma nourriture.

 

Donc je passais tout mon temps au-dessus du sol. Je devais dormir dans les arbres. Et la concentration et la sobriété requise pour grimper aux arbres est si intense, car le fait qu'au moindre faux mouvement vous pouvez tomber me forçait à garder toute mon attention fixée sur mon activité immédiate, plutôt que laisser mes pensées s'égarer en termes de passé, de présent et de futur, à la façon dont nous le faisons maintenant, sur la position habituelle du point d'assemblage.

 

Il nous est difficile d'être toujours concentrés sur l'ici et le maintenant où se trouve la moitié de nous-mêmes. La moitié de notre énergie est coincée dans le passé, dans des actions passées. L'autre moitié est en quelque sorte projetée dans un futur inconnu, et très peu de nous-mêmes est réellement engagée dans ce que nous faisons dans l'instant. Mais ma vie dans les arbres, tout ça, était... Bien sûr, ayant déjà récapitulé, il n'y avait plus de passé, plus d'horizon temporel.

 

Les sorciers ont donc vraiment rompu l'accord spatial et temporel que nous avions appris corporellement, en nous plaçant dans un espace clos entouré par quelque chose qui nous empêche de voir l'horizon. Il n'y avait pas de distance spatiale. Nous ne pouvions pas voir très loin, les arbres étaient si denses. Donc il n'y avait pas d'espace en termes de distance, et aussi... je ne pouvais pas supposer, à la manière dont nous supposons à partir de cette position du point d'assemblage, que oui il y a des maisons dehors, il y a des rues, il y a l'océan. Je n'avais aucune idée de ce qui se trouvait au-delà du bosquet d'arbres. En fait c'était comme un vide.

 

Tout ce que j'avais, tout mon univers, se réduisait aux arbres. Donc l'apprentissage de la sorcellerie avait effectivement rompu la continuité spatiale et temporelle. Il n'y avait plus cette perspective du "ici" et du "là-bas" que nous avons dans notre vie de tous les jours parce que nous sommes... C'est comme quand on est assis "ici", du point de vue de la vie de tous les jours, et qu'il y a toujours un "là" parce que manifestement nous sommes ici ; et que nous pouvons nous lever et marcher jusque là-bas, ou bien que nous pouvons imaginer ce "là-bas" même si nous ne pouvons pas l'atteindre. Nous pouvons nous y rendre en avion ou en train. Je veux dire qu'il n'y a pas... Je ne peux pas le voir, mais l'intentionnalité, du point de vue phénoménologique, nous fait remplir les trous, nous fait combler les manques ou les interruptions spatiales, mais pas dans le monde des sorciers. Dans le monde des sorciers, dans les arbres, tout ce qu'il y avait devant moi était tout ce qui existait au monde, pendant cette période. Et c'était une manière de s'entraîner à se concentrer sur ce qu'on fait.

 

Plus tard, j'ai utilisé cet enseignement extraordinaire dans mon travail académique, pour me concentrer sur ce que j'étais en train de faire, et non pas pour supposer qu'il y a une université là-bas quelque part. Non, du point de vue des arbres et de la cabane dans les arbres, la vie de tous les jours n'existait plus. Ça avait été démoli ou avait complètement disparu, parce qu'il n'existait aucune garantie non plus que je reviendrais un jour.


Publié à 06:57 le 8 avril 2007 dans Taisha Abelar
Page précédente
Page 52 sur 68