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Florinda sur Radio KVRM (...suite)

HE : Vous avez mentionné voir, et pour un sorcier, un sorcier étant une personne qui peut changer ses perceptions à volonté…Les sorciers voient l’être humain comme un œuf lumineux de fibres d’énergie et à l’intérieur de cet œuf lumineux il y a un endroit que vous appelez le point d’assemblage, là où nous percevons, et si vous pouvez déplacer ce point d’assemblage vous percevez des choses complètement différentes, vous êtes dans un monde différent. Et je suppose que lorsque nous rêvons, le point d’assemblage se déplace un petit peu et c’est la raison pour laquelle nous percevons les rêves, mais vous êtes capable de « rêver éveillé », vous êtes capable de rêver consciemment, et les scènes du monde rêvé dans vos livres, et ce que j’ai entendu semble être très, très réel, plus réel que ce qui arrive à la plupart d’entre nous.

 

FD : Ok, disons que l’accomplissement, pas final, mais une des plus grands accomplissements d’un sorcier authentique est le monde de la seconde attention, le monde du rêve éveillé, « rêver » comme dans le dernier livre de Castaneda, se rapporte au fait que vous cherchez à avoir dans vos rêves le même contrôle que vous avez dans le monde de la vie de tous les jours. Et je ne parle pas des rêves comme un genre de psychologie…disons que nos rêves ordinaires sont essentiellement…Vous voyez, don Juan n’étais pas du tout intéressé par le contenu de nos rêves, il était intéressé par le contrôle du point d’assemblage. Comme vous l’avez dit, le point d’assemblage se déplace…naturellement, il vibre dans les rêves. Il traverse de nouvelles bandes d’énergie, de nouveaux mondes sont… ils ne sont pas construits, nous entrons dans des couches différentes de l’oignon.

Un sorcier veut maintenir le point d’assemblage suffisamment longtemps et c’est ce à quoi cela se réfère, c’est traquer…le fait que vous pouvez fixer le point d’assemblage dans une nouvelle position aussi longtemps que vous le désirez. Et c’est là qu’intervient le contrôle du point d’assemblage, parce que vous assemblez de nouveaux mondes et vous vivez dans ces mondes comme vous le faites dans celui-ci. Par exemple, le monde de don Juan, le monde des sorciers du groupe de don Juan, était le monde de la seconde attention. Ils étaient continuellement dans le monde de la seconde attention.

 

HE : Une question survient, je suis sûr qu’on vous l’a posée plusieurs fois…Quelle est la différence entre le monde de la seconde attention et le rêve éveillé et le rêve lucide que beaucoup de gens expérimentent quotidiennement ?

 

FD : Bon, le monde de la seconde attention est un monde authentique. Je pense que les rêveurs lucides entrent dans ce monde de la seconde attention, mais pas assez longtemps. Ils ne peuvent pas le supporter parce que, comme vous l’avez dit précédemment, nous avons tous une capacité inhérente à faire ça. Le sorcier élargit cette capacité et la domine totalement dans le sens où il manipule le monde de la vie de tous les jours. Il est le maître, dans le sens où il entre et sort de ce monde, comme les rêveurs lucides le font…par hasard.

Et puis, si nous sommes dans un genre d’état d’agitation psychologique, cela nous fera entrer dans ce monde, la colère, les drogues, l’alcool, je pense que l’importance de la fixation sur les drogues est essentiellement dû au fait que l’on sait qu’il y a quelque chose en dehors que l’on veut atteindre. Vous voyez, énergétiquement on sait que quoi que puisse être ce monde, ce n’est pas tout. Alors on essaye de le faire artificiellement, et bien sûr, en faisant ça, on se coupe de tout, parce qu’on peut effacer le monde de la vie de tous les jours ou le monde des intérêts de la vie de tous les jours, soit en prenant des drogues, soit en fumant de la marijuana ou du hashis, je veux dire, c’est incroyable le nombre de trucs que l’on consomme. Maintenant c’est fait de façon complètement illégale, bien sûr, et les gens sont sous produits pharmaceutiques, les drogues légales. Ce qui est aussi dangereux que n’importe quoi d’autre.

 

HE : Pour entrer dans la seconde attention, on doit avoir suffisamment d’énergie mais je l’ai déjà dit plus tôt, vous empruntiez l’énergie ou elle vous était donnée par les sorcières, les sorciers. Les personnes ordinaires n’ont pas ce bénéfice, personne ne va leur donner un boost d’énergie au point qu’ils seront capables de bouger leur point d’assemblage.

 

FD : Mais le boost d’énergie a déjà été...disons que lorsque j’ai rencontré le monde de don Juan...bien sûr je suis entrée dans leur monde, mais je devais participer. Parce que si je ne le faisais pas… parce que j’avais leur exemple en face de moi. Ok, disons que lorsque nous sommes dans le monde et nous donnons des conférences, en gros, l’audience est extrêmement, eh bien, ce que je veux dire c’est que ce n’est pas parce que je n’ai jamais eu cette rencontre…l’audience est extrêmement, disons…

 

HE : Interéssée.

 

FD : Intéressée et en même temps incrédule. Et assez…très souvent mécontente précisément à cause de cette dimension… « Bon, vous aviez don Juan, vous aviez la vieille Florinda, vous aviez ça et ça et ça ». Oui, et puis ? En ce moment tout ce que vous avez c’est moi en face de vous ou Carlos, ou Taisha. Ou Carol Tiggs. En fait je réitère cela encore et encore…nous n’avons pas la capacité ou le pouvoir que don Juan et son groupe avaient pour vraiment vous tirer dans ce monde, mais nous présentons certainement les procédures pour le faire. Parce que en termes de…oui, nous étions là grâce à don Juan, mais ensuite nous avons dû faire le travail, et voyez, cela nous a pris 30 ans pour faire ce que nous essayons de faire. Au moins pour nous rendre suffisamment cohérents et présenter quelque chose au monde.

Et je pense que c’est encore la différence entre les hommes et les femmes, les hommes parlent de la lutte...Les livres de Carlos Castaneda sont témoins de ça. Il parle du processus depuis le tout début. Bon, nous trois, les femmes, après avoir vécu dans ce monde pendant plus de 20 ans, nous pouvons finalement parler du processus parce que nous l’avons totalement incorporé, et c’est une des différences fondamentales je crois entre être un homme et une femme et c’est ce que don Juan disait. A nouveau, je le répète encore et encore, j’ai rencontré beaucoup d’hommes très en colère contre nous parce que tout à coup l’idée c’était : « Bon, c’est juste un monde de femmes ». Ce n’est pas un monde de femmes, ce n’est pas non plus un monde d’hommes. C’est complètement…je ne veux pas dire « intégré » parce que cela a une charge très psychologique…mais c’est un monde harmonieux dans le sens que personne n’est plus que qui que ce soit.

Tout ce qui compte dans notre monde c’est l’énergie. Le fait que le nagual soit un homme est dû à sa configuration énergétique et aussi parce qu’en tant que femmes, don Juan disait toujours : « Que vous soyez dans le monde des sorciers ou dans le monde de tous les jours, vous êtes cinglées. Vous avez besoin de l’énergie d’un homme pour fonctionner correctement ». Et, du point de vue féministe c’était pour moi une des choses les plus difficiles à admettre complètement. A présent, je n’accepte pas cela en termes de défaite, mais comme un énoncé des faits. Nous avons besoin du monde des hommes pour rendre ce monde sobre. Je peux le voir encore et encore, je parle beaucoup avec de nombreuses femmes, à des amies, à de petits groupes de femmes et croyez-moi que lorsque nous sommes toutes ensemble, nous perdons facilement le contrôle. Tout le monde pense : « Nous passons du bon temps ». Non, c’est un manque de contrôle ! Pas de contrôle, c’est un manque de sobriété que le principe mâle, peu importe ce que c’est, apporte au monde, que ce soit le monde de tous les jours ou le monde de la sorcellerie, il amène cette sobriété qui est nécessaire, peu importe là où nous agissons.

 

HE : Le mot sobriété...hum...pourrions-nous utiliser le mot « responsabilité » ou « sens de la responsabilité » à la place de « sobriété » ?

 

FD : Non, non, non. J’utilise spécifiquement le mot « sobriété », c’est de la sobriété.

 

HE : Je sais que vous utilisez ce mot, mais pour la plupart des gens cela veut dire ne pas être ivre.

 

FD : Pardon ? Oh, être ivre...oh alors oui, cela a cette connotation. Non, non, non….Je ne pense pas…les hommes boivent plus que les femmes je pense. Non, non, non, cela n’a rien à voir…Non, c’est…oui, sobre signifie, ouais, ne pas être ivre…ouais…

 

HE : Cela veut juste dire, pour moi cela veut dire une responsabilité, ou un genre de conduite intérieure pour être responsable et s’unir.

 

FD : Non, je ne veux pas du tout utiliser « responsabilité ». Non, non, non. C’est une sorte de cohérence. La sobriété dans l’abstrait, c’est la sobriété...il n’y a pas de ...Non, non...je pense que nous avons abâtardi ce mot avec l’alcoolisme. Mais oui, je veux revenir à la signification originelle de sobriété.

 

HE : Ok. Bon, tout ce monde est si fascinant, si intéressant. Je ne vais sûrement pas argumenter avec vous sur le fait qu’il existe ou non, je suis complètement...j’y crois complètement. Comme la plupart des auditeurs, j’aimerais trouver un moyen d’y entrer, mais évidemment dans mon monde, je n’ai pas l’énergie de rêver de la façon dont vous rêvez et il est probable que je ne l’acquière jamais.

 

FD : Non, non, non. Le truc c’est...vous voyez, vous n’avez pas besoin de vous mettre en retrait du monde pour suivre les exercices ou pour suivre quelque chose comme…quoi que vous pensiez sur ce que nous faisons. Non, dans votre monde quotidien vous pouvez devenir…quel est votre travail ?

 

HE : Je suis médecin.

 

FD : Médecin. Et qu’est-ce que vous faites à la radio ? Comment on appelle le fait de faire de la radio, quand vous travaillez à la radio ?

 

HE : C’est du divertissement.

 

FD : Du divertissement, ok. En tant que personne qui se divertie, vous pouvez devenir un sorcier par le biais du divertissement. Vous voyez, quoi que vous fassiez, que vous exerciez le travail que vous faites…vous en faites un art. Et c’est essentiellement ce qui nous intéresse. C’est ça la sorcellerie. Vous le transformez en art. Que vous le fassiez en récapitulant votre vie, en essayant d’arrêter de contribuer à l’élargissement de l’ego. Croyez moi que c’est tout ce qui est demandé pour que le monde s’ouvre.

 

HE : J’adore le concept de folie contrôlée. Depuis que j’ai lu ça, j’ai pensé si souvent que la vie était vraiment de la folie contrôlée.

 

FD : Exactement.

 

HE : Mais le monde farouche, imaginatif des « Portes du Rêve » est, je pense, le monde dans lequel beaucoup aimerait entré. Même pour un instant, comme aller au cinéma et je sais que vous aimez les films, mais en étant capable, disons, d’aller dans un autre monde, le monde des êtres inorganiques, quelque chose comme ça, et revenir et même s’en souvenir pour un moment plutôt que d’aller se coucher, rêver et tout oublier.

 

FD : Mais vous voyez...ça sonne comme...parce que le travail est présenté de cette manière éclairée, parce que c’est ma prédilection et mon plaisir. Mais l’idée d’entrer dans le monde du rêve, vous voyez, c’est exactement de cela dont j’ai parlé dans ma conférence. Ce serait intéressant de faire ça un moment et puis de revenir dans le monde de tous les jours – Bon, ce n’est pas possible. Vous voyez, je peux parler du monde des êtres inorganiques, je peux parler du monde des sorciers au Mexique… pour moi ce monde ne s’arrête pas, il est réel. Je suis dans ce monde, même en vous parlant en ce moment. Pour d’autres gens, ça pourrait être juste comme des vacances et puis la vie continue. Bon, pour nous, ça ne continue pas. L’horreur existe. Parce que de façon bizarre, c’est un monde horrible.

 

HE : Quand vous dites continue...j’ai trouvé ça très curieux que votre groupe soit le dernier d’une longue lignée de sorciers toltèques. Va-t-il y avoir une quelconque continuité ou êtes-vous le dernier groupe ? Est-ce la fin ?

 

FD : Don Juan a dit à Carlos qu’il était le dernier de sa lignée. C’est la dernière que nous connaissons depuis don Juan.

 

HE : Donc votre intention, en parlant avec moi à la radio ou en parlant à des groupes de gens c’est…quoi ?

 

FD : Mon intention ? C’est que nous sommes...disons, nous sommes...Comme l’a dit quelqu’un au Mexique : « Alors, qu’est-ce qui se passe avec vous ? Pourquoi devenez-vous publics maintenant ? » J’ai dit que nous devenions publics parce que nous voulions dire, disons, réunir…c’est le mauvais mot parce que cela semblerait dire que nous cherchons des disciples, ce n’est pas le cas. Nous voulons au moins créer une masse critique. Si une masse critique existait dans une sorte d’effort, s’ensuivrait un genre de changement. Nous avons besoin d’une masse critique de groupes intéressés qui nous prennent suffisamment au sérieux, et je ne dis pas sérieusement comme un passe-temps, je dis sérieusement comme un changement profond.

 

HE : Disons que vous avez une masse critique de gens qui récapitulent leurs vies, qui essayent de réduire leur importance personnelle, leur ego. Ils font des passes de sorciers dont nous n’avons pas parlé, des mouvements qui augmentent l’énergie personnelle. Disons que vous ayez un groupe avec ces gens, seriez-vous capable de drainer l’énergie de ces personnes pour votre propre objectif ?

 

FD : Ce n’est pas...Vous êtes marié ?

 

HE : Oui en effet.

 

FD : Des enfants ?

 

HE : Quatre enfants.

 

FD : Quatre enfants. Voyez, si vous me prenez au sérieux, je peux vous garantir que votre vie et la vie de votre famille changera.

 

HE : J’ai remarqué juste en faisant les passes des sorciers et en pensant à l’intention, qu’il se passait des choses phénoménales.

 

FD : À quel degré s’effectuera ce changement, il n’y a que vous qui puissiez en décider. Vous voyez ? C’est pourquoi je dis que cette idée d’un gourou, ou de quelqu’un qui vous prenne par la main est…

 

HE : Non, mais je demande ça de façon spécifique, quand vous aurez obtenu un groupe de personnes, une masse critique, utiliserez-vous leur énergie, vous en tant que groupe de sorciers, pas vous personnellement.

 

FD : Bien sûr. Je veux juste dire l’énergie pas dans le sens de...nous ne pouvons pas utiliser votre énergie. Je ne pourrais utiliser votre énergie uniquement si vous étiez...disons, si vous étiez privé d’ego. C’est l’énergie que nous voulons, parce que c’est le type d’énergie qui ouvrira les paramètres de votre perception, qui balayera votre idée du moi. C’est seulement l’énergie. Pas ce que je dis ou ce que je fais. Vous devez…vous voyez, vous devez me rejoindre.

 

HE : Effectivement.

 

FD : Et c’est ce que nous voulons. C’est pourquoi nous nous rendons publics.

 

HE : Où sont don Juan et don Genaro à présent ?

 

FD : Eh bien, je ne sais pas...hmmm. J’ai déjà, j’en ai déjà parlé et cela n’a pas été compris correctement. Ils ont sauté dans l’inconcevable. Ils ont sauté en termes de…si nous voulons l’exprimer dans un quelconque sens physique…disons qu’ils ont fait le saut dans l’inconnu. Qu’est-ce que l’inconnu en définitive ? Sont-ils coincés dans le monde des êtres inorganiques ? Oui, nous le pensons. Alors est-ce que don Juan a finalement réussi à le faire avec son groupe ? D’une manière étrange c’est…disons…la vie de tous les jours est un monde de prisonniers. C’est un autre système.


Publié à 07:52 le 8 avril 2007 dans Florinda Donner Grau
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