
Entretien avec Florinda Donner-Grau par Hanes Early - Radio KVMR
HE : Eh bien je suis Hanes Ealy et j’ai aujourd’hui l’intention de parler avec Florinda Donner et d’essayer d’en rapporter autant que possible aux auditeurs, en une heure, sur le monde des sorciers. Je vais laisser Florinda se présenter.
FD : Donc, je le fais moi-même ?
HE : Je vais vous demander de nous dire qui vous êtes et de quoi vous allez parler aujourd’hui.
FD : Oh. En fait je ne sais vraiment de quoi je vais parler aujourd’hui. Je pense, eh bien...Je suis Florinda Donner, je suis anthropologue. Je travaille avec Carlos Castaneda depuis plus de vingt ans, et alors que j’étais étudiante en anthropologie, j’ai été attirée dans le monde des sorciers et j’y suis restée depuis.
HE : Bon, la question qui vient sur le champ Florinda c’est que le monde des sorciers n’admet aucun volontaire…
FD : Eh bien, pas des volontaires dans le sens : « Oui, je veux être dans le monde des sorciers ». Bien sûr d’une certaine façon nous devons être totalement volontaire parce que personne n’est tiré dans ce monde contre sa volonté. Cependant…Je ne sais pas si vous êtes au courant ? Nous avons donné une série de conférences dans des librairies dernièrement, Taisha Abelar et moi-même et Carol Tiggs et c’est une question récurrente : « Qu’est-ce qui vous rend si spéciale ? » Je pense que rien ne nous rend spéciaux (rires). Nous sommes vraiment, et je ne dis pas ça avec de la fausse humilité, nous sommes des gens très ordinaires et quelque chose de très extraordinaire nous est arrivé. L’idée qu’il n’y ait pas de volontaires c’est dans le sens que ce monde est un monde extrêmement difficile et solitaire.
Ce que nous avons remarqué en parlant à différents groupes de personnes, c’est plutôt, je ne dis pas tous, mais la plupart des gens ont…l’habitude de faire des séminaires et des ateliers et ils veulent des réponses, ils veulent des réponses claires comme le cristal comme : « Que dois-je faire pour changer ma vie ? » Eh bien, pour changer votre vie, vous devez pratiquement mourir, dans le sens que les sorciers connaissent comme étant de laisser tomber l’ego, ce qui est une mort en soit. Pour accomplir cela, ce n’est pas que vous mourrez vraiment, c’est l’effort de toute une vie. Vous voyez, nous n’avons pas de réponses claires, les gens veulent un programme, ils aimeraient quelque chose comme : « Ok, étape n°1, 2 et 3 et 4… » Bon, ça ne marche pas du tout comme ça. C’est une proposition très difficile à faire comprendre, c’est une façon de vivre, ce n’est pas seulement quelque chose que vous faites durant votre temps libre. Votre vie entière est impliquée là dedans, le corps, la pensée et l’esprit, peu importe ce que nous voulons définir.
HE : Tant de gens veulent rejoindrent le monde des sorciers. Tant de gens, quand ils apprennent que vous allez faire une conférence, commencent à arriver à la librairie locale en disant « Est-ce que Florinda ou Taisha va venir dans notre ville ? » Ils ont juste un énorme, un intérêt énorme dans ce que vous faites et néanmoins il n’y a aucun moyen pour qu’une personne ordinaire puisse se rapprocher de ce que vous faites.
FD : J’arrive du Mexique, en fait je viens d’arriver. Je suis rentrée du Mexique il y a une heure. J’étais là-bas avec Carlos Castaneda et nous avons parlé à plusieurs personnes et c’est toujours la même chose, vous savez : « Qu’est qu’on peut faire pour rejoindre ce monde ? » Bon… « Pourquoi êtes-vous différents des différents sorciers, des différentes lignées, des lignées de naguals ? » Eh bien Carlos est différent dans le sens où il a écrit ces livres. Ces livres sont évidemment disponibles au public, et dans les livres, et je ne dis pas que… Le livre ne suit aucune sorte de ligne particulière, mais dans les livres, il est très clairement établi ce qu’implique être dans ce monde. Les gens, je pense, n’arrivent pas à voir que les procédures, pas les procédures mais il y a…C’est une voie clairement tracée dans le sens où nous devons complètement nous couper du monde sans nous retirer du monde.
Un autre point, c’est que les gens quand ils disent : « Je veux rejoindre le monde des sorciers, j’ai besoin d’un maître, j’ai besoin d’un gourou. Vous en aviez un aussi. » Oui, bien sûr nous en avions un, mais c’était une lutte, c’est une lutte très solitaire. Les gens parlent toujours en termes de : « Il y a un groupe, il y a le groupe de Castaneda. » Bon, il n’y a pas de groupe. Nous avons eu des moments difficiles durant 3 jours au Mexique pour leur faire comprendre qu’il n’y avait pas de groupe. Il existe un endroit que Carlos appelle l’endroit de la seconde attention, le lieu sans pitié, sans compassion, dans le sens que nous ne nous permettons pas de vivre dans la compassion, d’avoir de la compassion ou de la pitié pour nos semblables quand nous ne nous sommes pas changés nous-même. Et cet endroit est là, que nous soyons au Mexique, à Los Angeles, à San Francisco, pour nous rencontrer, vous voyez ? Il y a cet endroit où nous nous retrouvons tous ensemble avec des gens, disons, du « monde extérieur », si une telle chose peu être appelée ainsi, qui produit une dichotomie. Ils nous rejoignent, même si c’est juste pour un moment.
Les choses qui sont engagées dans ce...comme la première chose que je dis aux gens c’est qu’ils doivent récapituler leur vie. C’est une des principales procédures pour véritablement examiner notre vie. Examiner notre vie de façon infiniment détaillée, ce n’est une analyse psychologique ou une enquête sur nous-même. C’est loin d’être ça. C’est un examen complet de ce que nous sommes dans les sens de comment nous avons appris à l’époque où nous avions trois ou quatre ans, à manipuler le monde et nos semblables et la façon dont nous avons appris ces comportements devient très clair, et ce que nous cherchons à faire c’est nous détacher de ces schémas. Si nous ne pouvons pas nous détacher de ces schémas, au moins avoir un instant fugitif ou, une occasion minime pour ne pas réagir de la façon dont nous le faisons d’habitude. D’après don Juan, ils disent que notre énergie, disons, 90% de notre énergie est impliquée dans la présentation du moi. A cause de ça, rien de ce qui se trouve au dehors ne peut vraiment arriver jusqu’à nous.
Nous sommes tellement occupés par comment les autres nous voient, comment nous nous trouvons, autant physiquement qu’émotionnellement. L’idée de la présentation du moi prend toute notre énergie, tous nos efforts. C’est comme si nous étions bookés en permanence, nous sommes fermés à tout ce qui pourrait nous parvenir. Bien sûr, nous avons des aperçus que nous rejetons immédiatement : « Ah ben, il s’est passé quelque chose. Rien d’important. » Que ce soit en rêve ou dans la vie de tous les jours en étant réveillé.
HE : Dans cette récapitulation, je crois que c’était dans le livre de Taisha, ou peut-être que c’est Taisha qui a dit que vous devez récapituler chaque personne que vous avez rencontré dans votre vie.
FD : La façon dont vous voulez...le livre de Taisha...en gros, cela a à voir avec la récapitulation.
HE : Mon problème c’est qu’à mon travail, ce que je fais pour vivre, en tant que médecin, j’ai rencontré plus de 500 000 personnes durant les 20 dernières années.
FD : (Rires)
HE : je ne peux pas récapituler les gens que j’ai vus hier, sans parler de la 100 000ème personne que j’ai vu en 1975.
FD : Ah non ? Mais vous voyez, au lieu de dire ça, vous pourriez dire, bon, vous pouvez certainement essayer parce que comme vous dites, dans le genre de boulot que vous avez, je suis sûre que vous avez déjà une routine très standard et calculée de ce qui fonctionne dans votre ligne de travail.
HE : En effet.
FD : Je veux dire, cela se doit d’être comme ça, autrement vous ne pourriez pas survivre…Donc, c’est votre personnage public. Dans votre vie privée, comment vous négociez avec vos pareils, avec votre femme, avec vos parents, avec vos enfants, je ne sais pas ce que…en termes de comment vous êtes engagé dans le monde, mais vous voyez les schémas particuliers qui sont récurrents, la façon dont nous interagissons avec nos semblables, qui est toujours de protéger le moi. S’il est attaqué ou menacé de quelque façon que ce soit, nous avons immédiatement cet arrière-plan de façons d’être qui va immédiatement réparer les dégâts émotionnels, pour nous c’est bon, mais pas pour le corps. Vous voyez ? Le corps remarque ces éclats.
D’après don Juan, les maladies n’existent pas vraiment dans ce monde parce que, en gros…Je ne veux pas dire que c’est l’ego qui se les inflige parce que ça va trop loin, mais nous nous rendons malades avec le stress. Et le stress survient essentiellement parce que le moi n’arrive pas à traiter avec le monde extérieur.
HE : Toutes ces choses que le moi fait pour se maintenir, son importance personnelle, sont des drainages énergétiques, est-ce que c’est correct ?
FD : Que sont les drainages énergétiques ? Pour don Juan, la sorcellerie était un monde d’énergie. Un sorcier est essentiellement intéressé par visualiser, par voir…pas visualiser, par appréhender, par percevoir l’énergie directement.
HE : Et nous sommes nés avec ce pouvoir, nous avons suffisamment d’énergie lorsque nous venons au monde...
FD : Chacun d’entre nous, peu importe ce que nous sommes, nous possédons tous cet héritage, nous sommes des percepteurs. Nous sommes des champs d’énergie.
HE : Et nous gaspillons cette énergie...
FD : Exactement.
HE : ...En maintenant l’importance personnelle, l’image du moi.
FD : L’idée du moi. L’idée d’une image de soi, et tout ce que ça entraîne.
HE : Et nous pouvons récupérer cette énergie en récapitulant notre vie le mieux possible ?
FD : Il n'y a pas de garantie. Non. C'est juste une procédure pour au moins nous faire stopper pendant un instant avant de répéter notre comportement habituel en termes des représentations que nous avons de nous-même. Disons que si nous sommes dans le monde, au travail, que quelqu'un nous insulte et dit : "Regarde-toi, est-ce que tu fais vraiment du bon boulot ? " Vou voyez ? Les émotions, c'est comme vous pouvez dire : "Le connard, il ne sait pas de quoi il parle !" Vous voyez ? "Je sais très bien ce que je fais. Je m'en fous, je ne vais pas me laisser faire !" Mais le corps remarque cette colère, vous voyez ? Spécialement notre corps énergétique et c'est exactement ce qui intéressait don Juan...mais ça n'arrive pas, peu importe à quel point les autres vous estiment, ça n'a pas vraiment d'importance, parce qu'ils estiment juste un idéal de votre ego de toute façon.
HE : Y a t-il une partie particulière du corps où nous stockons ces secousses énergétiques ?
FD : Eh bien ça dépend. D’habitude, nous stockons ces secousses énergétiques dans nos parties faibles, si ce sont nos organes, je veux dire, ça dépend…Par exemple, si vous êtes stressé, que vous ressentez une certaine douleur, ou que vous vous sentez épuisé, vous attrapez un rhume, je veux dire, vous connaissez votre corps mieux que quiconque. Bon, c’est exactement là que se produit la secousse.
HE : Mais ce n’est pas universel, ce n’est pas dans le système nerveux ou dans les tendons, ou dans le système vasculaire, ça varie d’une personne à l’autre ?
FD : Cela varie d’une personne à l’autre. Par exemple, j’ai de mauvaises bronchites quand je suis fatiguée, je commence à tousser salement, donc c’est soit juste physique ou je suis vraiment stressée, vous savez, je commence à tousser. Bien sûr, à Los Angeles, ça arrive souvent à cause du smog.
HE : Bien sûr. Alors, dans le monde des sorciers, d’après tout ce que j’ai lu, que ce soit dans les livres de Carlos, ou dans le votre ou celui de Taisha, ou en écoutant vos conférences, il semble que le nagual vous ait prêté son énergie…
FD : Oui.
HE : Ou les autres sorcières. |