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6 propositions explicatives

                      

 

 

       Six propositions explicatives

     (Préambule de la seconde édition du Don de l'Aigle en espagnol)

 

        En dépit des prodigieuses manoeuvres qu’exécuta don Juan avec ma conscience, je m’obstinais des années durant à essayer d’évaluer intellectuellement ce qu’il faisait. Bien que j’eusse écrit longuement à propos de ces manoeuvres, c’était toujours depuis le point de vue de l’expérimentation et, en plus, depuis une perspective purement rationnelle. Immergé comme je l’étais dans ma propre rationalité, je ne pus reconnaître les objectifs des enseignements de don Juan. Pour comprendre la portée de ces objectifs avec un certain degré de précision, il était nécessaire que je perde ma forme humaine et que je parvienne à la totalité de moi-même.

 

        Les enseignements de don Juan visaient à me guider à travers la seconde étape du développement du guerrier : la vérification et l’acceptation totale du fait que réside à l’intérieur de nous-même un autre type de conscience. Cette étape était divisée en deux catégories. La première, pour laquelle don Juan requerra l’aide de don Genaro, se rapportait aux actions. Elle consistait à me montrer certaines procédures, actions et méthodes qui étaient destinées à exercer ma conscience. La seconde consistait à me présenter les six propositions explicatives. Les difficultés que ma rationalité rencontrait à accepter la plausibilité de que m’enseignait don Juan le menèrent à présenter ces propositions explicatives en termes identiques à ceux de mes connaissances académiques.

 

        Ce qu’il fit en guise d’introduction, fut de créer une division en moi-même au moyen d’un coup spécifique porté à l’omoplate droite ; un coup qui me faisait entrer dans un état de conscience non-ordinaire, dont je ne pouvais me souvenir une fois revenu à la normalité. Jusqu’à l’instant précis où don Juan me faisait entrer dans un tel état de conscience, je conservais le sens d’une indéniable continuité, que je pensais être le produit de mon expérience vécue. L’idée que j’avais de moi-même était d’être une entité complète qui pouvait rendre compte de tout ce qu’elle faisait. De plus, j’étais convaincu que le cadre de ma conscience, pour peu qu’il y en ait eu un, résidait dans mon cerveau.

 

        Mais, don Juan me montra avec ce coup qu’il existe un centre dans la colonne vertébrale, à la hauteur des omoplates, qui est clairement le centre d’une conscience accrue. Quand je questionnais don Juan à propos de la nature de ce coup, il m’expliqua que le nagual est quelqu’un qui dirige, un guide qui a endossé la responsabilité d’ouvrir le chemin, et qu’il doit être impeccable pour imprégner ses guerriers d’un sentiment de confiance et de clarté. C’est seulement à ces conditions qu’un nagual a la possibilité de donner ce coup dans le dos, destiné à forcer un déplacement de la conscience. Le pouvoir du nagual est ce qui permet de mener à bien la transition. Si le nagual n’est pas un praticien impeccable, le déplacement ne se produit pas, comme ce fut le cas quand je tentais, sans succès, de faire passer les autres apprentis dans un état de conscience accrue, en les frappant dans le dos, avant que nous nous aventurions sur le pont.

 

        Je demandais à don Juan ce qu’impliquait ce déplacement de la conscience. Il me dit que le nagual devait frapper sur un point précis, dont la position variait d’une personne à l’autre mais qui se situe toujours dans la région des omoplates. Un nagual doit « voir » pour localiser le point, qui est situé à la périphérie de notre luminosité, et non pas sur le corps physique lui-même ; et lorsqu’il l’identifie comme tel, il exerce dessus une poussée, plus qu’il ne le frappe, et cela crée alors une concavité, une dépression dans la boule lumineuse. L’état de conscience accrue résultant de ce coup dure le temps que dure la dépression. Certaines boules lumineuses retournent à leur forme originale par elles-mêmes, d’autres doivent être frappées en un autre point afin d’être restaurées, et d’autres ne reprennent jamais leur forme ovale.

 

        Don Juan disait que les voyants « voient » la conscience comme une pellicule d’une brillance particulière. La conscience de la vie quotidienne est une brillance qui se situe sur le côté droit, qui s’étend de l’extérieur du corps physique à la périphérie de notre luminosité. La conscience accrue est une brillance plus intense combinée avec une concentration et une célérité plus importantes, un éclat qui sature la périphérie du côté gauche. Don Juan disait que les voyants expliquent les conséquences du coup du nagual comme provoquant le déplacement temporaire d’un centre situé dans le cocon lumineux du corps. Les émanations de l’Aigle sont en réalité évaluées et sélectionnées sur ce centre. Le coup altère leur fonctionnement normal. Grâce à leurs observations, les voyants parvinrent à la conclusion que les guerriers doivent être mis dans cet état de désorientation. Le changement dans la façon dont la conscience fonctionne dans ces conditions fait de cet état un terrain idéal pour élucider les commandements de l’Aigle : cela permet aux guerriers de fonctionner comme s’ils étaient dans la conscience de tous les jours, à la différence qu’ils peuvent se concentrer sur tout ce qu’il font avec une clarté et une force sans précédent.

 

        Don Juan disait que la situation était analogue à celle qu’il avait lui-même connue. Son benefactor avait créé une profonde division en lui, le faisant se déplacer encore et encore de la conscience du côté droit à la conscience du côté gauche. La clarté et la liberté de la conscience de son côté gauche étaient en opposition directe avec la rationalisation et les incessantes défenses du côté droit. Il me dit que tous les guerriers sont plongés dans les profondeurs d’une situation identique à celle provoquée par la bipolarité, et que le nagual crée et renforce la division pour être en mesure de conduire ses apprentis à la conviction qu’il existe une conscience encore inexplorée au sein des êtres humains.

 

1. Ce que nous percevons comme étant le monde sont les émanations de l’Aigle.

 

        Don Juan m’expliqua que le monde que nous percevons n’a pas d’existence transcendantale. Puisque nous sommes familiarisés avec lui, nous pensons que ce que nous percevons est un monde d’objets existant tels que nous les percevons, alors qu’en réalité, il n’existe pas un monde d’objets, mais plutôt un univers fait des émanations de l’Aigle. Ces émanations représentent la seule réalité immuable. C’est une réalité qui englobe tout ce qui existe, le perceptible et l’imperceptible, le connaissable et l’inconnaissable. Les voyants qui voient les émanations de l’Aigle les appellent commandements à cause de leur force contraignante.

 

        Toutes les créatures vivantes sont contraintes d’utiliser les émanations, elles les utilisent sans appréhender ce qu’elles sont. L’homme ordinaire les interprète comme étant la réalité. Et les voyants qui voient les émanations les interprètent comme étant la règle. En dépit du fait que les voyants voient les émanations, ils n’ont pas de moyens de savoir à quoi correspond ce qu’ils voient. Plutôt que de s’enfermer dans d’inutiles conjectures, les voyants s’intéressent à spéculer de manière fonctionnelle sur la manière d’interpréter les émanations de l’Aigle.

 

        Don Juan affirmait qu’avoir l’intuition d’une réalité qui transcende le monde que nous connaissons reste du niveau de la conjecture ; il ne suffit pas à un guerrier de conjecturer sur le fait que les commandements de l’Aigle sont instantanément perçus par toutes les créatures vivantes sur Terre, et qu’aucune d’entre-elles ne les perçoit de la même manière. Les guerriers doivent essayer d’être les témoins du flot des émanations et voir la façon dont l’homme et les autres êtres vivants les utilisent pour construire leur monde perceptible. Quand je proposais d’utiliser le mot « description » à la place des émanations de l’Aigle, don Juan me dit qu’il ne faisait pas une métaphore. Il dit que le mot « description » présuppose un accord humain, et que ce que nous percevons découle d’un commandement dans lequel les accords humains ne rentrent pas en ligne de compte.

 

2. L’attention est ce qui nous permet de percevoir les émanations de l’Aigle, en les « écrémant »

 

        Don Juan disait que la perception est une faculté physique que les créatures vivantes cultivent ; le résultat de ce développement est connu par les voyants comme « l’attention». Don Juan décrivait l’attention comme l’action d’accrocher et de canaliser la perception. Il disait que cette action est notre plus singulier accomplissement, couvrant tout le spectre des alternatives et des possibilités humaines. Don Juan établit une distinction précise entre alternatives et possibilités. Les alternatives humaines sont ce que nous sommes formés à choisir en tant que personnes fonctionnant au sein de l’environnement social. Notre panorama dans ce domaine est très limité. Les possibilités humaines sont ce que nous sommes capables d’accomplir en tant qu’être lumineux.

 

        Don Juan me révéla un schéma de classification de trois types d’attention, en insistant sur le fait que le mot « type » était une appellation erronée. En fait, il s’agit de trois niveaux de connaissance : la première, la seconde et la tierce attention ; chacune d’entre elles étant un territoire indépendant, intrinsèquement complet. Pour un guerrier qui se situe aux étapes initiales de son apprentissage, la première attention est la plus importante des trois.

 

        Don Juan disait que ces propositions explicatives étaient des tentatives pour ramener au premier plan la manière dont fonctionne la première attention, ce qui nous échappe complètement. Il considérait comme étant impératif pour les guerriers de comprendre la nature de la première attention s’ils voulaient s’aventurer au sein des deux autres. Il m’expliqua que la première attention à été formée à se déplacer instantanément à travers un spectre entier d’émanations de l’Aigle, absolument sans que cela soit souligné, afin d’atteindre des « unités de perceptions » que chacun d’entre-nous a appris à percevoir.

 

        Les voyants appellent cette prouesse de la première attention : « écrémer», car cela implique la capacité à supprimer les émanations superflues et à sélectionner celles qui doivent être mises en valeur. Don Juan expliqua ce processus en prenant comme exemple la montagne que nous voyions à ce moment-là. Il soutint que ma première attention, au moment de voir la montagne, avait écrémé une quantité infinie d’émanations pour obtenir un miracle de la perception ; un écrémage que tous les êtres humains connaissent, car chacun d’entre eux est parvenu à le faire par lui-même.

 

        Les voyants disent que tout ce que la première attention supprime pour obtenir un écrémage ne peut être en aucune manière être récupéré par la première attention. Une fois que nous apprenons à percevoir en termes d’écrémage, nos sens cessent d’enregistrer les émanations superflues. Pour élucider ce point, il me donna un exemple d’écrémage : « le corps humain ». Il dit que notre première attention est totalement inconsciente des émanations qui composent la coquille lumineuse externe du corps physique. Notre cocon ovale n’est pas sujet à perception ; Les émanations qui l’auraient rendu perceptible ont été rejetées au bénéfice de celles qui permettent à la première attention de percevoir le corps physique tel que nous le connaissons.

 

        Dès lors, le but perceptuel que les enfants doivent atteindre en grandissant consiste à apprendre à isoler les émanations appropriées pour être capable de canaliser leur perception chaotique et de la transformer en première attention ; en réalisant cela, ils apprennent à construire un écrémage. Tous les êtres humains adultes qui entourent les enfants leur apprennent comment écrémer. Tôt ou tard, les enfants apprennent à contrôler leur première attention dans le but de percevoir les écrémages en termes similaires à ceux de leurs professeurs.

 

        Don Juan ne cessait jamais de s’émerveiller de la capacité des êtres humains à mettre de l’ordre dans le chaos de la perception. Il affirmait que chacun d’entre nous est, de son propre fait, un magicien accompli, et que notre magie consiste à représenter la réalité à partir de l’écrémage que notre première attention a appris à construire. Le fait que nous percevons en termes d’écrémage est le commandement de l’Aigle, mais percevoir les commandements comme des objets est notre pouvoir, notre don magique.

 

        D’un autre coté, notre travers est que nous finissons toujours par être unilatéraux, en oubliant que les écrémages ne sont réels que dans le sens où nous les percevons comme réels, par le pouvoir que nous avons à le faire. Don Juan appelait cela une erreur de jugement qui détruit la richesse de nos mystérieuses origines.


Publié à 10:04 le 12 avril 2007 dans Notes de Sorcellerie
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