Le rendez-vous magique
Interviews, compte-rendus de séminaires et notes sur la Tenségrité et les Passes Magiques


Accueil
Qui suis-je ?
Livre d'or
Archives
Mes amis

Album photos

Rubriques

Carlos Castaneda conférences
Carlos Castaneda interviews
Carol Tiggs
Florinda Donner Grau
Instructeurs de Tenségrité
Journal la voie du guerrier
La Lune du Traqueur
Les Règles
Los Angeles août 1995
Notes de Sorcellerie
Omega Institut
Séminaires de Tenségrité
Taisha Abelar

Menu

Active Recapitulation
Ambre bleu
Cleargreen
Visions chamaniques
Forum Tenségrité


La règle du nagual à trois points (suite)

 

L'origine de la Règle

 

            Je demandai à Carlos comment l'homme était entré en contact avec cette matrice.
            Il répondit :

            – Elle a toujours existé. Cependant, les voyants en sont les découvreurs et les gardiens. La Règle est à l'origine de l'ordre universel. Son opération et son but sont ignorés, pas parce qu'ils ne sont pas connus, mais parce qu'ils ne sont pas compris. Des centaines de générations de sorciers ont donné leur vie dans leur empressement de l'élucider, et de développer des propositions pratiques pour chacune de ses unités conceptuelles.


Au début, aucun homme n'essayait de capturer une lueur de cette structure, parce que personne ne savait qu'elle existait. Quand les voyants de l'ancien Mexique entrèrent en contact avec d'autres entités conscientes sur cette Terre, beaucoup plus vieilles et plus expérimentées que les voyants eux-mêmes, ils commencèrent à acquérir des portions de la Règle. Un jour, ils virent que toutes ces portions s'adaptaient les unes aux autres comme un puzzle. Ce jour-là, ils découvrirent ce qu'ils appelèrent « la carte », et la lignée des voyants de l’Antiquité débuta.


Au travers de leur voir, ils vérifièrent chaque portion relative au rêve. Ils testèrent toutes les combinaisons et déterminèrent leurs effets sur la conscience. Ils organisèrent les exercices de rêver en sept niveaux de profondeur et ils pénétrèrent jusqu'aux lieux les plus intimes de l'univers. Petit à petit, ils développèrent le modèle du clan du nagual, une structure en forme de pyramide extrêmement stable, capable d'exprimer avec transparence les desseins du pouvoir.


Mais il y eut une chose que les anciens ne vérifièrent pas : la Règle pour les traqueurs. Ils voyaient traquer comme une possibilité latente qui ne valait pas la peine d'être explorée par la pratique.

            – Pourquoi ? m’étonnai-je.

            – Parce qu'en une époque où être sorcier signifiait être au sommet de l'échelle sociale, traquer en tant qu'art n'avait aucun but. Cela aurait été un pauvre investissement. Mais lorsque la modalité du temps changea, cette ligne de raisonnement emporta les anciens voyants quasiment au bord de l'extinction.


Ce ne fut qu'avec l'apparition des Toltèques que la deuxième grande portion de la Règle révéla son extraordinaire contenu. Les lignées qui furent capables de l'appliquer furent les seules qui survécurent; les autres furent dissoutes, et se perdirent dans un tourbillon qui signifiait la fin du règne des anciens voyants. L'incorporation de la traque détermina la naissance des nouveaux voyants. Avec eux, la Règle du nagual fut complètement élucidée.

            – Quand cela survint-il ?

            – L'ère des nouveaux voyants commença il y a approximativement cinq mille ans, et atteignit son apogée aux temps de Tula. Au travers de la traque, la contribution fondamentale de ces guerriers à la sorcellerie fut la notion d'impeccabilité.

 

Un organisme impersonnel

 

            – L'objectif de la Règle du nagual est de générer des clans; c'est-à-dire des organismes auto conscients capables de voler à l'intérieur de cette immensité-là. De tels organismes sont constitués de la somme d'un groupe de guerriers, qui ont harmonisé leurs intentions individuelles. Le but de cette conception est de perpétuer  une dimension non humaine de la conscience.

            – Non humaine ? m’étonnai-je

            – C'est exact. Une dimension dont l'objectif n'est plus la personnalité. Les êtres humains sont incapables d'entrer et de rester pour n'importe quelle durée de temps au royaume de la conscience cosmique – cette étape que don Juan appelait la « tierce attention ». Ou nous en sortons et oublions, ou nous y restons et fusionnons avec cette mer insondable. Mais le pouvoir qui nous gouverne a trouvé le moyen de contourner ces limitations, en créant des organismes dans lesquels les entités individuelles fonctionnent comme des membres.


Au cœur de ces organismes, une attention radicalement nouvelle est générée, une intention orientée vers l'exploration de l'inconnu, et l'investigation en équipes de ce ne que nous ne pourrions connaître autrement. Les sensations d'individualité n'ont plus de centre opératif, parce qu'elles sont substituées par quelque chose de beaucoup plus intense : vivre en étant une part du tout, un état d'énergie qu'aucun homme commun ne peut concevoir. Il n'y a aucune routine, aucun ego, il n'y a aucune ignorance, et il n'y a aucune interprétation. Ce type d'organisme n'est seulement qu'une étape sur la route infinie de la conscience, mais pour nous, en tant qu'êtres humains, cette étape est définitive.

            Je demandai alors à Carlos comment opérait la conscience d'un clan.


            Il me donna une analogie avec le corps physique :

            – Bien que de façon très confuse, chacune de nos cellules est consciente de son unité et, à l'intérieur de certaines limites, peut agir avec indépendance. Cependant, leur intention individuelle est subordonnée à un but supérieur qui est de former le tout que nous appelons « moi ».


Lorsque nous arrivons à l'incroyable accomplissement de se rendre compte du but global, nous pouvons entrevoir une ligne évolutionnaire supérieure. Nous percevons la possibilité d'être intégré avec nos êtres énergétiques complémentaires, créant une forme de vie dont les buts sont très distants des intérêts de notre monde journalier, comme la conscience d'une seule cellule l'est de notre totalité. Les nouveaux voyants appellent cette forme de vie le clan du nagual.

            – Qui sont nos êtres énergétiques complémentaires ?

            – Des êtres humains qui possèdent des caractéristiques lumineuses qui se complètent entre elles.  L'énergie est récurrente; elle génère des modèles que nous partageons tous. En général, on peut dire qu'il y a quatre modèles lumineux de base avec douze variantes, synthétisés par l'homme nagual et la femme nagual. Lorsqu'un tonal approche l'idéal lumineux de sa catégorie, se manifeste un degré de conscience supérieur. 


Quand les modèles idéaux se rencontrent, ils se combinent. Les sentiments d'attraction entre les êtres humains peuvent être expliqués comme étant le résultat de la fusion de leur moule d'énergie. Normalement, une telle fusion est partielle, mais parfois a lieu une vague soudaine et inexplicable de sympathie; un voyant dirait qu'a eu lieu un acte de réciprocité d'énergie.


Les guerriers d'un clan se combinent de telle façon que leur relation produit des résultats optimaux dans le sens d'un gain et d'une accumulation de pouvoir. 


Il est difficile de trouver des corps lumineux caractéristiques disponibles pour la tâche du nagual; l'habituel est de trouver des tonals déformés par la vie mondaine. Mais quand un nagual est capable d'intégrer son clan, l'énergie de ses guerriers fusionne. Ils sacrifient leur individualité à un objectif supérieur, et revenir à leur précieux isolement n'est plus possible, cela ne signifierait que la mort pour eux. On peut dire qu'un clan n'est pas composé d'individualités, mais plutôt qu'il est un seul organisme vivant, avec des capacités qui ne sont pas humaines.

 

La formation d'un clan

 

            - Quelle conscience de l'objectif du clan a chacun des membres.
           
            – Une conscience totale. Chacun d'entre eux connaît les histoires de pouvoir pertinentes à leur spécialité, et ils savent que leur fonction fait partie d'un but qui les transcende. 


La relation entre la Règle et le clan est exprimée aux travers des tâches. Par exemple, quand les guerriers femelles d'un groupe reçoivent l'ordre de pister l'énergie dans l'espace jusqu'à ce qu'elles aient trouvé des candidats possibles pour une nouvelle génération de sorciers, elles se concentrent sur cette tâche comme si c'était leur avenue vers la liberté. Elles ne sont pas intéressées par autre chose. Si la discipline de cette intention échoue, le résultat peut être chaotique.

            Il me donna un exemple de l'impact d'un intérêt personnel qui se glisse dans la tâche du sorcier :

            – Peu après le début de mon apprentissage, et bien que personne ne m'ait demandé de le faire, j'offris une aide à don Juan pour constituer le nouveau clan. Chaque fois qu'une belle fille s'intéressait à moi, je voyais en elle mon être énergétique complémentaire, et j'essayais de la vendre à don Juan.


Au début, les guerriers pensaient que je plaisantais. Mais petit à petit, ils en eurent assez, et un jour, alors que je leur apportais ma nouvelle femme nagual, je ne pus les trouver. Ils avaient tout déménagé de la maison. Ce sentiment d'isolement m'aida à retrouver ma sobriété.


Le clan est un être autoconscient qui nous surpasse complètement. Participer à son intention est quelque chose de si exceptionnel qu'aussitôt qu'un apprenti entrevoit sa totalité, la position de son ego fond tout simplement. Cela n'implique pas qu'il devienne automatiquement  impeccable; pendant des années, il devra faire encore bien des efforts pour tempérer son caractère et pour extirper son importance personnelle, aussi bien que l'obsession de pouvoir.


Seuls l'homme nagual et la femme nagual ont une vision totale de la fonction du clan. En poursuivant l'analogie, je dirais qu'ils sont les cellules nerveuses du clan; les unités qui dirigent le processus de la perpétuation. Les autres membres servent de support, et portent les tâches concrètes de la duplication du groupe.


Le travail du nagual est épuisant. Il doit parfaitement contrôler les arts de traquer et rêver, il doit apprendre à voir et à développer au maximum sa capacité de manipulation, il doit servir d'exemple de sobriété afin de maintenir la cohésion du groupe; s'il se permet d'être emporté par ses émotions, le résultat est la désintégration.

            Je lui demandai pourquoi.

            – Parce que le clan est un organisme de masse critique. Si un seul de ses composants se détourne du but, le dysfonctionnement qui en résulte cause un effondrement, et tout devra être recommencé. C'est pour cette raison que le nagual est obligé d'exiger de ses guerriers qu'ils donnent le maximum d'eux-mêmes, et il doit leur distribuer leurs tâches afin qu'ils participent tous avec optimisme et confiance. Le lubrifiant du clan est l'impeccabilité de ses membres, et son combustible le désir ardent de liberté totale.

 

La structure du clan

 

            Je demandai à Carlos combien de guerriers formaient un groupe.

            – La structure normale d'un clan est quadripartite, c'est-à-dire, basée sur le chiffre quatre, puisque la Règle a une forme pyramidale. Sa formation et sa croissance sont portées par cette structure de base essentielle. Comme dans les pyramides, l'architecture du groupe est composée d'une base avec quatre coins, chaque coin est formé de trois guerriers : un rêveur femelle, un traqueur femelle et un assistant mâle. Les coins sont connectés entre eux par des messagers, et au-dessus de tous, il y a le couple nagual.


La Règle se manifeste elle-même à un homme ou une femme double au moyen d'une vision, et ils doivent l'accepter pour être considérés comme naguals. Suivant cette acceptation, les naguals sont rejoins par leurs guerriers petit à petit, toujours suivant les signes de l'esprit. Leur capacité de mener est naturelle et incontestable, parce qu'étant double, ils reflètent chacun des types énergétiques de leur clan. 


Les naguals peuvent être définis comme un homme et une femme d'énergie extraordinaire, impliqués dans un acte de fécondation d'une portée infiniment plus grande que puisse connaître tout être humain. Aussi longtemps qu'ils restent ensemble, ils se présentent habituellement en société comme mari et femme.


La capacité de l'homme nagual est de trouver et d'utiliser les mots les plus appropriés pour exprimer les choses avec exactitude, clarté intellectuelle, fluidité et beauté. Parmi les voyants de la lignée à laquelle appartenait don Juan, le présage pour occuper cette place était d'être mourrant. Tous ses meneurs, excepté moi, furent trouvés en de telles conditions. 

            – Pourquoi votre cas était-il différent ? 

            – Parce que je suis, à proprement parler, un nagual excédentaire. Je ne suis pas venu pour continuer la lignée, mais pour la sceller.


            – Et quelle est la Règle pour la femme nagual ?

            – La femme nagual est la lumière qui guide tout l'effort, la vraie mère. Normalement, elle part avant le reste du groupe et reste en fluctuation entre la première et la seconde attention, visitant les apprentis en rêve. Elle fonctionne comme un phare et, si c'est nécessaire, elle peut revenir de la seconde attention pour semer une nouvelle génération de voyants.


Pour en venir aux guerriers, ils viennent en deux bandes, les traqueurs et les rêveurs. Ils ont deux types de fonction : portails et gardiens. Les portails appartiennent à la direction du sud, ils sont la passoire ou le filtre à travers lesquels les apprentis doivent passer. Ils déterminent si un guerrier reste ou part, et ils ont la plus grande influence sur la manière dont les membres de l'équipe sont fournis. Ils sont aussi les organisateurs des réunions de pouvoir.


Les gardiens sont une sorte de version extérieure des portails; il y en a un blanc et un noir. Ils ont la charge de tout superviser pour la bonne fonction du groupe, ce qui signifie qu'ils sont alertés de possibles attaques extérieures, et ils se tiennent prêts à résoudre tout problème interne. Parmi les nouveaux voyants, les femmes se chargent de toutes ces fonctions.

            – Pourquoi est-ce ainsi ?

            – Parce que les femmes ont une plus grande mobilité et plus d'énergie que les hommes. Pratiquement tout l'univers est féminin par nature, et les équipes de sorcières y voyagent comme si c'était leur propre maison. Cette capacité de circuler sans interférence au travers de l'énergie obscure fait d'elles les batteries d'un groupe.


En revanche nous, les hommes, sommes détectés immédiatement parce que notre énergie est claire et nous trahit. Aussi, comme nous n'avons pas été faits pour donner naissance, nous n'avons pas d'organe spécialisé pour rêver. À l'exception du nagual, les éléments mâles d'un clan n'ont pas beaucoup d'éclat. 


Néanmoins, la Règle dicte que quatre guerriers mâles se consacrent à l'organisation, l'exploration et la compréhension. Dans ce but, ils fixent leurs points d'assemblage en des positions très spécifiques de l'énergie. Leur présence sert à stabiliser le groupe, neutralisant les explosions fréquentes de pouvoir qui allument les guerriers femelles. Si ce n'était pas ainsi, la structure exploserait aussitôt que les femmes auraient atteint un certain niveau d'efficacité. Ainsi, les hommes fonctionnent comme des ancres; ils fixent le groupe jusqu'à ce qu'un maximum de pouvoir ait été obtenu.


Dû à sa forme, don Juan appelait le clan l'« organisation du serpent ». C'est un concept qu'il a hérité des anciens voyants, et qui se réfère à la forme des motifs carrés sur la peau du serpent à sonnettes. Il affirmait que la tête de l'animal, avec ses yeux fixes et hypnotiques, représente le couple nagual. La poitrine correspond aux guerriers rêveurs, dont la fonction est d'inhaler les visions et de les redistribuer à tout le groupe. L'estomac représente les traqueurs, capable de digérer toute situation concevable. La queue est formée des assistants, qui sont chargés de donner de la mobilité au groupe. C'est une disposition très fluide.

            – Y a-t-il des clans qui sont organisés différemment ?

            – Les guerriers sont, dans une large mesure, le résultat de la manipulation implacable du nagual. Je suis sûr que tu peux comprendre comment, après des années sous cette constante pression, la forme d'un groupe – incluant la tonalité particulière adopté par la luminosité de chacun de ses membres – devient très spécifique. C'est pourquoi tant de lignées de sorciers existent. Mais toutes ont, en gros, le même type de forme pyramidale que je t'ai décrit, car l'expérience a montré que c'était la formule la plus stable.


Publié à 09:25 le 20 avril 2007 dans Les Règles
Page précédente
Page 27 sur 64