Le rendez-vous magique
Interviews, compte-rendus de séminaires et notes sur la Tenségrité et les Passes Magiques


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Los Angeles Times 1995 - Interview CC

 

 

 

Une conversation étonnante avec le mystérieux homme magique

 

 

Los Angeles Times – décembre 1995

Par Benjamin Epstein

 

 

 

         Lorsque Benjamin Epstein rattrapa Carlos Castaneda à Anaheim pour lui demander si celui-ci accepterait de faire une interview, Castaneda l’invita spontanément à rejoindre son groupe pour le déjeuner. Au cours de la conversation, autour d’un sandwich au fromage fondu, accompagné de bacon et de frites, Castaneda fut agréable et spontané.

Voici un aperçu de ce qu’il dit :

 

Pourquoi ne permettez-vous pas d’être photographié ou enregistré ?

 

         Un enregistrement est une façon de vous figer dans le temps. La seule chose qu’un sorcier ne fera, c’est stagner. Un monde stagnant, une image stagnante, sont l’antithèse du sorcier.

 

Est-ce que la Tenségrité est le tai-chi toltèque ? Un art martial mexicain ?

 

         La Tenségrité est en dehors des limitations politiques. Le Mexique est une nation. Se réclamer d’une certaine origine est absurde. Comparer la Tenségrité avec le yoga ou le tai-chi n’est pas possible. Elle a une origine et un but différents. Son origine est chamanique, son but est chamanique.

 

Où se place Jésus dans tout ça ? Où est la place de Bouddha ?

 

         Ce sont des idéalismes. Ils sont trop gros, trop gigantesques pour être réels. Ce sont des déités. L’un est le prince du Bouddhisme, l’autre est le fils de Dieu. Les idéalismes ne peuvent pas être utilisés dans un mouvement pragmatique. La différence entre la religion et la tradition chamanique est que les choses avec lesquelles ont à faire les chamans sont extrêmement pragmatiques. Les passes magiques en sont justes un aspect.

 

C’est ça  que vous avez fait durant tout ce temps, des passes magiques ?

 

         Noooonn…J’étais très gras. Don Juan me recommanda une utilisation obsessionnelle des passes magiques pour garder mon corps à un niveau optimum. Donc en termes d’activité physique, oui, c’est ce que nous faisons. Les mouvements forcent la conscience de l’homme à se concentrer sur l’idée que nous sommes des sphères lumineuses, un conglomérat de champs d’énergie maintenus ensemble par une colle spéciale.

 

Où vivez-vous ?

 

         Je ne vis pas ici. Je ne suis pas du tout là. J’utilise l’euphémisme : « J’étais au Mexique. » Chacun de nous divise son temps entre être ici et être tiré par quelque chose qui n’est pas descriptible, cela fait seulement de nous des visiteurs d’un autre royaume. Mais quand vous commencez à parler de cela, vous avez l’air d’un parfait imbécile.

 

D’après votre livre « Le Don de l’Aigle », don Juan Matus n’est pas mort, il est parti, il a « brûlé du dedans. » Allez-vous vivre ou allez-vous mourir ?

 

         Puisque je suis un crétin, je suis sûr que je vais mourir. J’espère que j’aurais l’intégrité de partir de la façon dont il est parti, mais il n’y a aucune garantie. J’ai terriblement peur que non. Mais j’espère. Je travaille avec acharnement à ça.  

 

Je me souviens d’un article, il y a au moins dix ans, où on vous appelait « Le Dieu-le-père du New Age. »

 

         C’était le « grand-père » ! Et j’ai pensé, s’il vous plaît, appelez-moi l’oncle, le cousin, mais pas le grand-père ! Oncle Charlie fera l’affaire. Je déteste ça, être le grand-père de quoi que ce soit. Vous n’imaginez pas comme je lutte contre l’âge et la sénilité. J’ai lutté durant 35 ans. Les trois personnes avec qui je travaille ont été là durant 35 ans. Elles ressemblent à des gosses fabuleux. Elles réemploient leur énergie encore et encore afin de rester fluide. Sans fluidité, il n’y a aucun moyen de voyager où que ce soit.

 

Matus vous a appris à voir. Quand vous me regardez, que voyez-vous ?

 

         J’ai besoin d’être dans une humeur spéciale pour voir. C’est très difficile de voir pour moi. Je dois devenir très sombre, très lourd. Si j’ai le cœur léger et que je vous regarde, je ne vois rien. Puis, je me retourne et je la vois, et qu’est-ce que je vois ? « J’ai rejoins la Marine pour voir le monde, et qu’est-ce que je vois ? Je vois la mer ! » Je sais plus que ce que je voudrais savoir. C’est l’enfer, vraiment. Si vous voyez trop, vous devenez insupportable.  

 

Talia Bey, l’organisatrice des séminaires et la présidente de Cleargreen semble être assez proche de vous. Êtes-vous en couple ?

 

         Nous sommes des êtres ascétiques. Pas de relations d’ordre sexuel. C’est très difficile, une manœuvre très difficile pour nous. Don Juan me recommandait de conserver mon énergie, car je n’ai pas beaucoup d’énergie. Je ne fus pas conçu dans des conditions de grande passion sexuelle. La plupart des gens ne le sont pas…Talia est née avec suffisamment d’énergie pour qu’elle puisse faire ce qu’elle veut.

 

Est-ce que les gens mariés peuvent faire ce qu’ils veulent ?

 

         Cette question est très souvent soulevée, et c’est une question d’énergie. Si vous savez que vous n’avez pas été conçu dans un état de véritable excitation, alors non. A un certain niveau, cela n’a pas d’importance que les gens soient mariés ou pas. Mais avec le démarrage de la Tenségrité, on ne sait pas vraiment ce qui va se passer.

 

Vous ne savez pas ce qui va se passer ?

 

         Comment pourriez-vous le savoir ? C’est une implication de notre système syntaxique. Notre syntaxe nécessite un début, un développement et une fin. J’étais, je suis, je serai. Nous sommes piégés là-dedans. Comment pourrions-nous savoir…de quoi vous serez capable si vous avez suffisamment d’énergie ? C’est la question. La réponse est que vous allez être capable de choses stupéfiantes, beaucoup plus excitantes que ce que nous pouvons faire à présent, sans aucune énergie…Don Juan Matus me recommandait d’être prudent avec l’énergie, parce qu’il m’entraînait pour quelque chose. Mais je ne savais pas pour quoi…

 

Vous parlez de la ligne de sorciers de Matus. Connaissez-vous les autres ?

 

         J’ai fait la connaissance d’un merveilleux Indien dans le Sud-ouest et ce fut un événement mémorable. C’est la seule fois où j’ai rencontré un sorcier en dehors de la lignée de don Juan, un jeune homme profondément impliqué dans le type d’activité où était impliqué don Juan. Nous avons parlé pendant deux jours, après quoi, pour je ne sais quelle raison, il a ressenti qu’il me devait quelque chose.

 

          Un jour, je conduisais ma Volkswagen dans une tempête de sable, qui était sur le point de retourner ma voiture. Mon pare-brise était presque foutu, et sur un des côtés de la voiture la peinture était complètement partie. Un gros camion arriva et se plaça entre le vent et ma voiture. J’entendis une voix m’appeler depuis la cabine : « Protège toi sur le côté du camion. » C’est ce que je fis. Nous conduisîmes pendant quelques kilomètres sur l’autoroute n°8. Lorsque le vent tomba, je réalisai que j’étais en dehors de la route goudronnée. Le type s’arrêta et c’était ce même Indien. Il dit : « J’ai payé ma dette. Tu es quelque part ailleurs. Nous y sommes présentement. Retournons sur la route goudronnée. » Il repartit, je repartis.

 

         Une fois de retour sur la route principale, je revins en arrière pour essayer de trouver la route poussiéreuse mais je ne pus pas la retrouver. Il nous avait emmené dans un autre royaume. Quel pouvoir, quelle discipline, exquis ! Je pus difficilement me contenir. Il avait emporté ma Volkswagen, et tout le reste, là-bas. Je pouvais à peine me transporter ailleurs moi-même à cette époque. J’ai cherchai s’il n’y avait pas une déviation sur la route, mais je ne l’ai jamais trouvée. C’était une entrée spéciale. Il ne m’a plus jamais adressé la parole, jamais.

 

Quelques-uns de vos plus gros fans disent que vous avez apporté une grande contribution à la littérature, et même à l’anthropologie, mais ne l’appelleraient jamais une œuvre non fictive. D’autres disent que vous êtes un parfait bluffeur.

 

         Je n’ai rien inventé. Quelqu’un m’a dit un jour : « Je connais Carlos Castaneda... » J’ai dit : « Tu as rencontré Carlos ? » Il a répondu : « Non, mais je l’ai vu à distance. Tu sais, dans une interview il a admit qu’il avait tout inventé. »

J’ai dit : « Vraiment ? Quelle interview, tu t’en souviens ?”

Il a répondu : « Je l’ai lu, je l’ai lu… »

 

Pourquoi dites-vous que vous êtes le dernier sorcier de la lignée de Matus ?

 

         Pour pouvoir continuer la lignée de don Juan, je devrais avoir une disposition énergétique spéciale que je n’ai pas. Je ne suis pas un homme patient. Mes façons de bouger sont trop brusques, trop dérangeantes. Pour nous, don Juan était là, toujours disponible. Il ne disparaissait pas. Il mesurait ses apparitions et ses disparitions pour s’adapter à nos besoins. Comment pourrais-je faire cela ?

 

Copyright 1995 Times Mirror Company

Photo Désert de Sonora


Publié à 11:53 le 5 juin 2007 dans Carlos Castaneda interviews
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