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Seconde conférence - Les Chacmools : session de question-réponse
Après le déjeuner, Carol et Florinda montèrent sur scène très brièvement. Les yeux de Carol étaient absolument bleus. Elles nous remercièrent de notre présence et de notre attention. Carol approfondit le fait que lui avoir permit de nous raconter ses histoires l’avait aidé à se souvenir. Puis elles ouvrirent une session de question-réponse.
L’origine des passes fut évoquée. On nous dit que Carlos avait trouvées les passes en rêvant, et qu’elles avaient ensuite été apprises et parfois adaptées par les Chacmools. Chaque groupe de passes devait être pratiqué comme un groupe et dans le même ordre qu’elles avaient été enseignées. On nous recommanda de faire les passes quatre à six fois chacune, et à la vitesse qui était pour nous la plus confortable.
Quelqu’un demanda si les Chacmools allaient quitter ce monde avec le clan de Carlos. Kylie répondit qu’elles le feraient ou qu’elles mourraient dans leur tentative. Elles avaient déposées leur vie dans cette lignée avec leur décision de rejoindre le groupe de Carlos. Elles réitérèrent que c’était un paradoxe apparent de dire que l’infini devait être affronté seul, mais seulement parce que nous ne réalisons pas que nous avons toujours été dans cet état et que nous le serons toujours.
Quelqu’un dit qu’il avait entendu dire que les passes ne devaient pas être pratiquées pieds nus. Kylie dit que les sorciers n’aimaient pas que leurs pieds soient nus, parce que les pieds sont le principal point de contact avec le sol, et donc la source possible d’influences énergétiques indésirables.
On demanda si on pouvait enseigner les enseigner les passes à d’autres personnes. Elles répondirent que bien que les passes ne soient plus liées au secret, elles ne le recommandaient pas. Car une grande part de l’instruction était donnée directement au corps d’énergie, et seul quelqu’un d’aligné avec l’intention des passes comme elles l’étaient, pouvait donner correctement cette instruction.
Puis Kylie commença à parler de l’importance personnelle, et comment elle était en relation avec le syndrome du ‘pauvre de moi’. Elles insistèrent sur le fait qu’il était insensé d’être jaloux ou envieux de leur chance d’avoir été acceptées dans le clan de Carlos. La sorcellerie était disponible pour nous tous, et le premier pas que nous devions faire était de récapituler et de faire de la Tenségrité. Chacun de nous devait décider si il voulait vraiment devenir un navigateur, ou bien vivre dans un monde où les actions des gens étaient toujours offensantes – où nous pouvions nous plaindre que quelqu’un soit injuste, plus riche, plus beau, ou plus chanceux ; où nous pouvions dire : « Regarde ce connard – il coupe la queue. » En disant cela, Kylie me regarda directement. Son regard était féroce mais détaché, ses yeux semblaient anormalement larges. La seule chose à laquelle je pourrais comparer cela serait la fois où mes yeux ont croisé le regard d’un tigre du Bengale au cirque. Je sentis que son commentaire m’était directement adressé, en référence à l’incident qui avait eu lieu précédemment.
Quelqu’un demanda si les passes qui avaient enseignées aux autres séminaires seraient à nouveau montrées, et comment nous devions nous arranger avec le fait d’oublier certains mouvements. Nyei dit que nous devions regarder les vidéos et pratiquer. Kylie répliqua que nous devions avoir l’intention de nous souvenir – il était important de ne pas abandonner parce que nous étions coincés à un certain endroit de la passe. Nos corps d’énergie savaient, et la connaissance reviendrait à nous en temps voulu. Durant la conversation, Nyei fit inconsciemment un des mouvements de L’Être de la Terre. Cela, accompagné de son léger (mais très joli) bec-de-lièvre la fit ressembler à l’incarnation humaine d’une marmotte. Tout le monde ria.
Nous fîmes une pause. Je rattrapai Nyei pour lui demander si elle avait voulu dire par là que les prochains séminaires correspondraient aux passes des vidéos. Elle dit que dans une certaine mesure, c’était possible, mais que d’ici là les passes auraient évolué.
Nous apprîmes la dernière passe, L’Être des Airs. Cette passe reproduisait un oiseau en vol, du décollage jusqu’à l’atterrissage. Nous revîmes toutes les passes, et ajoutâmes parfois le mot ‘intention’ sur certaines, lorsque Carlos pensait que cela était nécessaire pour augmenter le pouvoir des passes. Je peux seulement dire que j’ai senti beaucoup d’énergie quand nous avons tous simultanément appelé à voix haute l’intention. On nous dit que la partie Tenségrité du séminaire était terminée, et que cette après-midi, il y aurait des chaises pour la conférence !
Dernière conférence – Carlos
Tout le monde déménagea des environs de la scène, et des chaises furent installées comme promis. Les deux premières rangées étaient réservées aux membres du clan de Carlos, les membres de Cleargreen (ce qui est la même chose). Ils entrèrent tous ensemble, et Carlos, habillé pour la première fois d’un costume, monta sur scène.
Il commença en disant qu’il y a très longtemps, avant l’Histoire, des hommes avaient découvert de nombreuses vérités à propos de la nature de la conscience. Ces praticiens, avec le temps, étaient devenus les gens que nous appelons les anciens sorciers. Ils avaient vu que l’homme possède une différence fondamentale dans sa coquille lumineuse, par rapport à toutes les autres choses vivant sur Terre. C’est une brillance, une sorte d’enveloppe super brillante, superposée à la brillance de la coquille lumineuse. Les anciens sorciers avaient découvert que plus cette brillance était lumineuse et omniprésente, plus était grande leur habileté à manier la conscience. Bientôt, ils avaient été capables d’accomplir de véritables prodiges.
Malheureusement, ils avaient fait l’erreur de s’en vanter. Ils annoncèrent leur présence à l’Univers, un peu comme Jack Horner, disant : « Oh quel bon garçon je suis ! »
Ce dont ils n’étaient pas conscients, c’est que nous ne sommes pas les seuls dans la place. En fait, il y a des entités, là dehors, dans l’immensité, qui se nourrissent justement de la brillance que possèdent les êtres humains. Certaines de ces entités, les flyers, remarquèrent les anciens sorciers et les prirent pour proie. Cette prédation continue aujourd’hui encore. La forme que cela prend, est que toute la couche de conscience est mangée, à part une petite bande située au pied de la coquille lumineuse. C’est précisément cette zone qui est favorable à l’auto-réflexion, et donc à l’importance personnelle.
De cette manière, nous sommes en effet élevés par les flyers. Les sorciers plaisantent sur le fait que nous sommes gardés comme des poulets dans un poulailler. D’après les sorciers, chaque idée, chaque religion, chaque sentiment de nationalisme, chaque affirmation artistique nous est accordé ou est permise par les flyers, car cela nous maintient dans un état d’occupation, en train de marchander dans notre poulailler, au travers de la sexualité, de la politique, de la domination matérielle, ce qui leur facilite grandement le boulot. Avec de la chance, ou du talent, ou les deux, un poulet peut bien sûr s’échapper de sa détention. Mais les flyers on la même philosophie qu’aurait un éleveur de poulet – ça ne vaut pas la peine de le pourchasser, de toute façon le chat l’attrapera.
Et ceci est malheureusement vrai, car après tout, nous vivons dans un Univers prédateur. Mais les sorciers ont une échappatoire. La discipline, la discipline du guerrier rend la brillance de conscience immangeable pour les flyers ; Ainsi, libre de la prédation, la couche de brillance peut se reformer à mesure que le chemin du guerrier est suivit. Jusqu’à ce que finalement, lorsqu’elle recouvre complètement la coquille lumineuse, on soit capable de rechercher la liberté.
Don Juan savait cela, mais il avait peur des êtres inorganiques, et écarta tout le gros de la connaissance des sorciers qui, d’après lui, menait inévitablement à être emprisonné dans ce monde. A la place, il choisit ce qui était la tendance des nouveaux voyants, de brûler du feu du dedans, et d’aller dans le monde à 360°. Ironiquement, c’est là qu’il est piégé aujourd’hui.
Carlos, en revanche, aimait le monde des êtres inorganiques, et il aimait le Défieur de la mort. Carlos raconta à nouveau comment le Défieur de la mort avait trompé les êtres inorganiques en devenant une femme. Il dit aussi qu’étant le dernier nagual de la lignée de don Juan, le Défieur de la mort n’était plus dans la possibilité de rester ici, sur Terre, et avait par conséquent lié son destin à celui du clan de Carlos. Lorsqu’ils quitteraient ce monde, il partirait avec eux. Et Carlos approfondit ce point, en disant que c’était, dans une large mesure, à cause de l’injonction du Défieur de la mort que les passes magiques étaient montrées. Celui-ci savait qu’il ne reviendrait jamais dans ce monde, et à moins que son immense connaissance soit partagée maintenant, elle serait perdue. En paiement de la vie extraordinaire qu’il avait menée, il souhaitait se défaire de cette connaissance.
« L’ouverture » de la sorcellerie était le résultat de l’intention du Défieur de la mort. Ce que Carlos et ses compagnes avaient appris, est que le monde des êtres inorganiques est l’entrée dans l’infini, et que là, la mort peut y être tenue à distance avec succès. Cela deviendrait pour eux une base pour leur navigation dans l’infini.
Carlos raconta comment il avait tourmenté don Juan avec son besoin de comprendre les processus de la sorcellerie avant de pouvoir espérer les utiliser. Don Juan avait ri et avait demandé à Carlos de lui dire quelque chose qu’il savait être absolument véridique. Carlos avait réfléchi, puis avait répondu : « Je sais que 2 et 2 font toujours 4. » Don Juan répondit qu’il en était ainsi, encore que Carlos n’ait aucune idée de ce qu’était 2, ou 4, à part des propositions qui néanmoins pouvaient être appliquées au monde réel. Carlos ne pouvait pas non plus dire qu’il comprenait le processus de l’adition, bien qu’il puisse le manipuler de façon mécanique, et obtenir des résultas vérifiables. Les pratiques de sorcellerie fonctionnent de la même manière, elles sont tout aussi abstraites et insondables, bien qu’elles donnent les mêmes résultats à chaque fois. Aussi, nous devons récapituler et faire de la Tenségrité, sans trop nous soucier de comprendre leur fonctionnement. Carlos répéta que les idéaux exaltés de l’homme étaient en fait des manipulations des flyers.
Il raconta qu’une fois, il avait rencontré Alan Watts. Celui-ci l’avait invité chez lui, et Carlos pensait avoir avec lui une merveilleuse discussion. Au lieu de cela, Watts lui avait demandé s’il avait déjà couché avec un homme et s’il voulait monter avec lui à l’étage. Carlos essaya de ne pas se sentir offensé, et changea de sujet. Il dit à Watts qu’il avait toujours adoré sa vision sur le rapprochement entre l’orient et l’occident, et que plus jeune, il avait une fois fait du stop sur des centaines de kilomètres pour assister à une de ses conférences. A cet instant, Watts s’effondra en larmes, en disant que son cruel destin était d’avoir de merveilleuses idées mais de ne pas être capable de les appliquer dans le monde réel. Puis, au milieu des larmes, il dit : « Vous êtes sûr que vous ne voulez pas aller à l’étage ? »
Ensuite, Carlos nous invita à poser des questions. Quelqu’un dit qu’il avait entendu dire que Carlos avait parlé de six naguals qu’il connaissait, et lui demanda comment il pouvait reconnaître les vrais des faux naguals. Carlos dit qu’il n’avait dit de chose pareille, et qu’en fait il n’avait connu qu’un seul autre nagual, un riche Mexicain qui avait concurru pour l’investiture de président au Mexique. Il était mort d’une attaque en campagne, au cours d’un discours. Carlos dit qu’il avait été contacté par les membres du clan du nagual, qui lui avaient demandé ce qu’ils devaient faire maintenant. Il leur avait dit de récapituler et de perdre leur importance personnelle.
Quelqu’un demanda si la Terre était un être sensible. Carlos répondit que c’est ce que lui avait dit son maître.
Quelqu’un demanda quelle chance nous avions sans nagual. Carlos dit que le nagual était seulement quelqu’un avec un extra d’énergie qui lui permettait de guider. Il réitéra que le pouvoir personnel est tout ce qui compte, et que nous en avons tous une quantité finie. Par conséquent, chacun d’entre nous possèdent déjà toutes les ressources nécessaires pour accéder à la sorcellerie. La fonction du nagual est de nous montrer son combat, et de nous exposer à l’affection abstraite. Il ne peut guider qu’en étant un exemple. Le reste dépend et dépendra toujours de nous.
Carlos nous raconta que don Juan lui avait dit une fois que les naguals tenaient un carnet, un carnet dans lequel ils gardaient les événements importants de leur vie. Il dit à Carlos qu’il était temps pour lui de commencer à écrire son propre carnet, et demanda à Carlos d’essayer de se souvenir d’une histoire pertinente. Carlos ne trouva rien – tous les supposés événements importants de sa vie, comme avoir été accepté à UCLA, ne lui semblait plus du tout important. Il le dit à don Juan, qui ria et dit qu’il ne parlait pas d’histoires qui reflétaient son histoire personnelle, mais celles qui étaient des histoires de l’Esprit. Cela rappela à Carlos une histoire qui parlait d’une prostituée en Italie.
Carlos raconta qu’il avait été étudiant en art dans sa jeunesse, et avait étudié à Milan. Il avait un ami qui était un célèbre queutard, et la coqueluche de tous les bordels italiens. Il avait l’habitude de régaler Carlos avec les histoires de ses aventures sexuelles, et invitait tout le temps Carlos, mais Carlos refusait toujours. Cependant, à une occasion, il ne put s’y refusé ; son ami déclarait avoir trouvé le plus beau cul de tous les temps, et ne pourrait pas survivre si Carlos n’en faisait pas lui-même l’expérience. Finalement, plus pour se débarrasser de lui, Carlos accepta. Son ami l’emmena dans un bordel d’allure ordinaire, et le présenta à la mère maquerelle. Carlos fut emmené dans une chambre, et on lui dit que la fille allait bientôt le rejoindre. Quelques minutes plus tard, une vieille femme simple entra et dit : « Ah, je devine que tu es venu pour voir mes figures devant le miroir. » Carlos supposa que oui. La prostituée mit alors un disque dans le phonographe, qui joua un air qui provoqua chez Carlos une indescriptible nostalgie. Ensuite la femme commença à se déshabiller devant le miroir et ce fut tout.
Don Juan disait que c’était une histoire parfaite pour le carnet de Carlos, car c’était une véritable indication de l’Esprit. En effet, c’est ce à quoi finissait par ressembler la vie dans le monde de l’auto-réflexion, juste des figures en face d’un miroir.
Carlos et son clan nous firent alors leurs adieux.
Notes d'un praticien |