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La Lune du Traqueur (...suite)

Conférence de l’après-midi – Carlos

 

         Carlos ouvrit la séance aux questions. Quelqu’un lui demanda s’il était en train de travailler sur un nouveau livre. Il dit que oui, et pour l’évoquer, il nous donnerait une idée de quoi cela parlait. Quelqu’un lui demanda ensuite si c’était vrai qu’il avait écrit L’Art de Rêver des années auparavant, mais n’avait pas pu le faire publier. Il dit que c’était plus ou moins vrai, que son agent lui avait dit que c’était trop bizarre, et qu’il devrait écrire quelque chose de plus contemporain, peut-être sur les ordinateurs. Il était reparti et s’était creusé la tête sur le moyen de rendre son livre plus acceptable, mais avait fini par le laisser tel quel. Il expliqua qu’il n’était pas vraiment écrivain, que don Juan lui avait donné la tâche de trouver ses livres en rêvant, ce qu’il avait fait. Tout ce qu’il faisait était de rapporter les mots qu’il avait trouvés en rêve, un acte d’une immense concentration. Il évoqua le problème d’écrire ou même de parler à propos de la sorcellerie, car cette taxonomie avait peu de chose en commun avec le monde de la vie quotidienne.

 

         Carlos nous raconta un commentaire qu’avait une fois fait don Juan sur le monde quotidien du tonal. Il avait dit que ce que nous considérons être la réalité était un contrat qui avait été établi dans le passé, un contrat auquel nous avions été obligé d’adhérer, même si nous n’avions pas été présent lors de la négociation. Pourquoi, avait-il demandé à Carlos, devait-il se sentir obligé d’adhérer à un contrat sur lequel il n’avait pas eu son mot à dire ? Ceci est, en gros, l’essence de la sorcellerie, la renégociation de ce contrat.

 

         Le sujet du sexe émergea, et Carlos réitéra ce qui avait été dit sur le fait que la capacité d’avoir une activité sexuelle dépendait de l’énergie du coït avec laquelle nous avions été conçu. Carlos dit que don Juan avait vu le moment de la conception de Carlos. Ses parents étaient très jeunes, des adolescents, et avaient eu une relation sexuelle à la hâte, derrière une porte. Carlos sentait que c’était la raison pour laquelle il était lui-même furtif, et petit, dit-il en plaisantant. Don Juan lui avait dit que cela faisait de lui une baise ennuyeuse, et que par conséquent il devait éviter l’activité sexuelle. Carlos n’aimait pas ça, parce qu’à cette époque il était jeune et même s’il était très gros, il pensait être très sexy. Il dit qu’il souhaitait encore être plus grand et ne pas être une baise ennuyeuse, bien qu’il soit le dernier maillon d’une chaîne d’évolution de 5 million d’années, et qu’il ne puise pas laisser ces choses être la pierre d’achoppement qui le tienne en échec.

 

        Il raconta l’histoire d’un jeune homme qui était venu le voir en lui disant qu’il voulait être un guerrier, mais qu’il avait été abusé sexuellement par sa belle-mère. Carlos lui demanda combien de temps avait duré l’abus, et il lui répondit trois ans, de ses 18 ans jusqu’à ses 21 ans. Carlos devint alors très sérieux, et nous raconta l’histoire d’une jeune fille qui avait été abusée, tout d’abord par son plus jeune frère, puis quand le frère aîné l’avait découvert, par les deux, puis lorsque le père s’en était aperçu, par les trois. Cela avait démarré lorsqu’elle avait 11 ans, et avait duré jusqu’à ce qu’elle quitte la maison. Carlos dit qu’en effet, c’était de l’abus, mais que tout ce  qu’il pouvait lui dire était ce que don Juan lui avait dit à propos de l’histoire personnelle, de nombreuses années auparavant : « Avant était avant, et maintenant est maintenant, et maintenant il n’y a que de temps que pour la liberté. »

 

         Une question fut posée à propos de perdre la forme humaine. Carlos dit que, pragmatiquement, cela signifiait que l’on perdait tout intérêt pour les choses qui étaient d’un intérêt vital pour l’humanité. Quelqu’un lui avait demandé à u séminaire précédent : « Mais qu’est-ce que je fais si je vois un cul bien galbé ? » Carlos dit que ceux qui se baladent partout en criant : « Qu’est-ce que je vais faire avec ma sexualité ? » sont ceux qui, de toute façon, ne feront rien dans ce sens. Ceux qui ont l’esprit vraiment mal tourné gardent leurs pensées pour eux.

 

         Carlos parla de l’importance personnelle, et de la façon dont nous aimons collecter les souvenirs. Il dit que nous accumulons une incroyable variété de saloperies annexées à nos inventaires personnels – de vieilles lettres, des photographies, même des talons de ticket de spectacles que nous avons vu. Il raconta l’histoire d’un artiste qu’il connaissait, qui s’était pris en photo tous les jours au cours des 40 dernières années. Il tenait également quotidiennement un journal. Cette personne avait déjà légué toutes ses lettres et d’autres effets personnels à différentes institutions qui, d’après lui, les apprécieraient et leur rendraient justice. Il nous pressa de laisser tomber ce genre de choses, de nettoyer nos inventaires personnels.

 

         Un des Argentins lui demanda en espagnol si Carlos pourrait l’envoyer dans la seconde attention. Carlos roula ses yeux, l’air de dire « Nous y revoilà ! » (J’ai pensé – maximisons notre temps avec le Pape !) Il nous dit que la lignée de don Juan croyait que forcer les apprentis à entrer dans la seconde attention via le coup du nagual sur le point d’assemblage était le moyen le plus expéditif pour obtenir leur adhésion à la sorcellerie. Mais que de tels coups laissaient des bosses dans le cocon lumineux, et que tous les membres du clan de don Juan avaient des bosses permanentes dans leurs cocons lumineux à cause du nombre de coups qu’ils avaient reçus. Carlos et son clan ne partageaient plus cette manière de penser, et croyaient que la discipline et l’énergie étaient tout ce qui est nécessaire pour avoir accès à la sorcellerie. Par conséquent, la réponse était non, nous devions accomplir ce voyage par nous-même.

Carlos dit que cela lui avait pris à lui et à son clan, des années pour réparer les bosses qui avaient été faites dans leurs cocons.

 

         A la naissance, le point d’assemblage n’est pas fixé sur la position de l’auto-réflexion. Cela n’arrive que plus tard, avec la socialisation. Ils avaient aussi découvert que l’énergie, à la naissance, est agglomérée au centre du cocon, mais que la vie quotidienne et l’accumulation d’expériences provoquent un déplacement de l’énergie vers la coquille extérieure, formant une espèce de croûte. Plus une personne est âgée et socialisée, plus son énergie est encroûtée sur sa coquille, et plus la fixation du point d’assemblage est forte, la verrouillant dans sa vision du monde. Donc, la Tenségrité, c’est retransformer le cocon en une sphère lumineuse, avec l’énergie au centre et le point d’assemblage sur la position de la naissance.

 

         Puis, j’ai demandé à Castaneda : « Qu’est-ce que ça veut dire quand vous dites que les sorciers font face au temps qui vient ? » Il répliqua que c’était l’un des aspects les plus élégants de la sorcellerie. Cela signifiait que les sorciers faisaient face à l’existence sans aucune supposition a priori, qui vient de la position habituelle du point d’assemblage. Carlos dit que don Juan avait évoqué la métaphore d’un passager dans un train : ordinairement, nous percevons le temps comme quelqu’un assis dans le wagon de queue, voyant défiler les rails. Nous ne voyons que ce qui vient de se passer, et le long défilement des rails (notre passé), s’estompe avec la distance. La sorcellerie nous permet de courir vers l’avant du train, la locomotive, et de  voir ce qui arrive vers nous. Le passé est invisible depuis cette position, tout ce qui compte est ce qui se passe maintenant. Cela n’est possible que lorsque nous ne sommes plus du tout concerné par notre histoire personnelle, l’inventaire humain inclus, tel qu’il est définit par la position d’auto-réflexion du point d’assemblage. S’inquiéter pour nous-même nous coûte ce précieux moment nécessaire pour expérimenter tout directement ; l’expérience doit passer par le filtre de notre importance personnelle. Dès que nous portons attention au monde en dehors de nous, le prochain événement est déjà arrivé.

 

         Quelqu’un lui posa une question à propos de la théologie de la nouvelle attitude des sorciers. Il répondit que le groupe de don Juan était parvenu à son but, et vivait dans un endroit où la perception était à 360°. Cependant, nous sommes toujours obligés de faire avec la perception de notre point d’assemblage, même quand nous avons acquis beaucoup de contrôle sur ce que nous percevons. Carlos réitéra que pour les sorciers, il n’y avait pas séparation entre le corps et l’âme, et que lorsqu’un nouveau monde était assemblé, le corps n’en était pas altéré. Aussi, se plaignit-il, où qu’il aille dans l’infini, il était toujours petit. Le problème qu’expérimentait don Juan était qu’il était toujours limité par son équipement perceptuel, et par conséquent, il ne pouvait que simuler une perception à 360°, en tourbillonnant continuellement.

 

         Quelqu’un demanda ce qu’était devenu l’Aigle. Carlos répliqua que l’Aigle était simplement un nom pour une vaste force impersonnelle qui imprègne les choses de conscience, et qui récupère la conscience enrichie quand elles meurent. En d’autres mots, rien n’avait changé en ce qui concernait l’Aigle.

 

         Puis Carlos dit que le nouveau point de vue des sorciers était plus pragmatique que celui de la lignée de don Juan. Ils avaient pris conscience et accepté les limitations imposées par la perception du point d’assemblage, et n’étaient plus intéressés par atteindre un lieu de conscience à 360°. A la place, ils étaient devenus des navigateurs de l’infini. Ils voulaient visiter, d’eux-mêmes, autant de mondes qu’il était possible d’atteindre. De cette façon, ils allaient en effet tromper la mort, et étendre leurs vies indéfiniment, en retenant leur conscience et leur volonté. Le monde des êtres inorganiques était le sas de secours qu’ils allaient emprunter.

 

         Quelqu’un demanda s’il y avait quoi que ce soit que Carlos ou nous puissions faire pour aider don Juan afin de le sortir de cette situation délicate. Carlos dit : « Absolument pas. Si une quelconque aide de ce genre était tentée, don Juan vous cracherait à la figure. Il n’est pas possible d’intervenir dans les décisions personnelles et impeccablement responsables d’un guerrier, particulièrement un guerrier comme don Juan. » De telles idées de vouloir aider ou de ressentir de la compassion n’étaient pas à la hauteur de son expression pure de guerrier.

 

         Carlos fit plusieurs remarques moqueuses sur le fait de centrer notre existence sur jouer de la guitare et fumer de la marijuana. Il dit qu’à un moment, il avait remarqué que la luminosité des fumeurs de marijuana était verte, ce qu’il avait attribué à cette manie. Mais il avait appris qu’à une époque, le vert était la teinte commune de la luminosité humaine. Il nous rappela qu’il avait été étudiant à UCLA dans les années 1960, et qu’il avait été exposé à tous les événements de cette époque. Il dit que cela ne l’avait pas attiré. Il était tout particulièrement dégoûté par le faux mysticisme – « S’habiller en toge, avec des couleurs flashy, et arborer des coiffures bizarres » n’était que pour les charlatans. Il fit observer que les vraies sorcières, elles, étaient brûlées.

 

         Quelqu’un posa une question sur la difficulté de perdre son histoire personnelle dans le monde moderne. Carlos raconta qu’il avait dû aller voir un médecin pour un problème de vue. Le médecin voulait connaître son âge, sa taille, son poids, etc., alors que Carlos voulait juste avoir son opinion. Le médecin lui dit qu’il avait un problème de rétine à cause de la violence de ses orgasmes, mais que le problème se réglerait tout seul avec le temps. Carlos dit qu’il ne pouvait pas dire au médecin qu’en tant que guerrier, il était célibataire depuis des années. Il ne pouvait pas non plus lui dire qu’il avait réalisé que la cause la plus probable de son problème était ses incursions dans l’infini.

 

         Quelqu’un lui rappela alors que son temps était presque écoulé et qu’il nous avait promis de nous parler de son nouveau livre. Carlos évita la question, disant qu’il devait laisser la place aux Chacmools, et qu’une personne de son groupe devait lui planter une aiguille dans le scrotum.

 

Troisième jour

Conférence du matin – Taisha Abelar

 

         Taisha se présenta en demandant si les autres guerriers nous avaient avertis à son propos. Elle dit qu’ils l’accusaient de s’être vendue aux êtres inorganiques, et qu’ils employaient souvent les mots ‘diabolique’, ‘malveillante’, et ‘sournoise’ pour se référer à elle. Taisha dit qu’elle aimait changer l’accentuation, et se référer à elle-même en utilisant les mots ‘mystérieuse’, ‘énigmatique’, etc. Elle mit au défit l’audience de proposer d’autres mots appropriés. Personne ne répondit. Tandis qu’elle parlait, plusieurs des lumières de l’auditorium s’estompèrent et d’autres s’allumèrent derrière elle.

 

         Taisha était très similaire à Florinda, en ce qui concernait la stature, très mince et bien faite, peut-être la cinquantaine, mais très vive. Cependant, elle était beaucoup plus grande. Ses cheveux étaient encore bruns dorés, mais coupés très courts, comme toutes les sorcières sauf Carol. Elle avait également un sourire vif et malicieux, et semblait être la plus accessible du groupe – plusieurs fois entre les sessions, on pouvait la voir au centre de l’assistance.

 

         Elle nous dit que ses deux alliés étaient avec elle, et qu’elle les appelait Phoebus et Globus. Elle expliqua que les êtres inorganiques ne sont pas effrayants du tout, en fait ils sont des sources débordantes de l’affection abstraite que les sorciers recherchent, et ils sont donc beaucoup plus proches des animaux domestiques que quoi que ce soit d’autre.

 

         Taisha raconta à nouveau l’histoire de sa première rencontre avec un allié. Elle était dans son lit, dans la maison des sorciers au Mexique, lorsqu’elle fut réveillée par d’étranges bruits provenant de derrière la porte. Elle les attribua à la tentative de don Juan de l’effrayer et retourna se coucher. Le jour suivant, elle en parla à don Juan, et il lui dit que les êtres inorganiques en avaient après elle. Taisha demanda très effrayée ce qu’elle pouvait faire pour se protéger. Don Juan lui dit que sa précédente réponse était probablement la meilleure, de simplement ne pas faire attention à eux. Mais, elle fut incapable d’agir de la même façon durant leurs visites ultérieures, alors don Juan lui dit qu’il n’y avait aucun espoir pour elle, les êtres inorganiques avaient pris la décision de la prendre.

 

         La seule chose qu’elle pouvait faire était de se confronter directement à l’être inorganique, de lutter avec lui, et de ne pas le laisser s’enfuir, à n’importe quel prix. Une nuit, l’allié entra en force. Taisha dit qu’elle pouvait voir le contour de la porte imprégné d’une lumière étrange, puis la porte avait commencé à se bomber vers l’intérieur, comme si une énorme force était en train de s’appuyer dessus. L’allié entra dans la pièce, et elle l’attrapa, mais pas de la manière dont on pourrait se l’imaginer – il y avait juste une espèce de connexion tangible, délibérée. Taisha dit que la seule chose avec laquelle elle pouvait décrire le contact de l’allié était une sorte d’électricité liquide. Elle parvint à dompter l’allié, qui était un des deux alliés en permanence avec elle.

 

         Taisha indiqua que tous les subterfuges et les difficultés dont Carlos avait fait l’expérience dans sa relation avec ce royaume étaient dus au fait qu’il était un homme. L’Univers est un endroit à prédominance femelle, ainsi les êtres inorganiques sont plutôt indifférents aux femmes. Celles-ci peuvent aller et venir à volonté dans leur monde. Taisha dit que les alliés nous aimaient parce que nous vivions plus rapidement qu’eux. Pour tout un tas de buts pratiques, les êtres inorganiques vivent indéfiniment, de l’ordre de millions de nos années. Ils connaissent notre problème avec les flyers et la mort, et veulent nous aider, mais ils ne peuvent pas vaincre le pouvoir de notre première attention, la position habituelle du point d’assemblage. Aussi, l’homme ordinaire ne peut les voir qu’en rêve. Elle remarqua que les alliés essayaient souvent d’annoncer leur présence quand elle parlait durant les séminaires, en affectant la sono ou les lumières. (Elle semblait sincèrement inconsciente qu’ils l’avaient déjà fait.) Par conséquent, cela dépend de nous de traverser l’écart qui existait entre nos deux mondes.

 

         Taisha s’ouvrit aux questions, et suggéra qu’elle nous parle de certaines techniques pour appeler les êtres inorganiques. Quelqu’un demanda si les alliés l’avaient déjà emmené dans un autre monde alors qu’elle était dans son état de conscience normal. Taisha répondit que cela était en effet possible, et que l’on pouvait sentir l’allié entrer dans le système nerveux central, à la base de la colonne vertébrale, et le sentir ‘ramper’ vers le haut. L’allié vous transportait alors physiquement où vous vouliez.

 

         Quelqu’un demanda à quoi ressemblait les êtres inorganiques – Taisha donna une description similaire à celle de Carlos faite dans L’Art de Rêver. Ils ont soit la forme d’une cloche, soit d’une bougie, soit celle d’une flamme.

 

         Quelqu’un demanda si les êtres inorganiques, étant des êtres femelles, et vivant si longtemps, se reproduisaient ? Taisha sourit à la question, et dit : « Je ne sais pas, je vais leur demander. » Elle sembla alors se concentrer intérieurement sur la question pendant quelques secondes, sourit, et dit qu’ils lui avaient dit que bien qu’ils soient capables de se reproduire, cela faisait des éternités qu’ils ne l’avaient pas fait, donc dans un objectif purement pratique, la réponse était non.

 

         Quelqu’un rappela à Taisha qu’elle avait dit qu’elle pourrait nous donner certaines techniques pour appeler les êtres inorganiques. Elle nous décocha un sourire malicieux, comme pour dire : « Ah, je croyais que vous n’alliez jamais demander ! » Puis elle nous parla de plusieurs façons pour accomplir cela. La première méthode nécessitait l’utilisation d’un bâton (de la forme d’un manche à balais). En position assise, on pose le front sur celui-ci – il est de la longueur appropriée selon que vous préférez vous asseoir sur une chaise ou sur le sol. Elle dit qu’une petite pièce de cuir ou n’importe quel rembourrage pouvait être utilisé pour vous éviter de vous promener avec une marque sur le front. Puis on intentionne la présence d’un être inorganique.

 

         La seconde méthode consistait à tirer avantage du crépuscule. C’est le moment où les êtres inorganiques sont le plus susceptibles de se faire connaître de nous, par des hululements de chouette et des sifflements. Taisha raconta que les sorciers du groupe de don Juan lui avait conseillé de ne jamais siffler au crépuscule, mais c’est bien sûr ce qu’elle avait fait, car elle ne partageait pas leur aversion pour les alliés. Siffler ou faire des bruits étranges à ce moment de la journée attire l’attention des alliés.

 

         La troisième méthode nécessitait l’utilisation d’allumettes. L’idée est de craquer une allumette, et de contempler sa flamme. Quand l’allumette est brûlée jusqu’à la moitié environ, on humidifie les doigts avec de la salive et on attrape le bout brûlé de l’allumette, on la retourne afin qu’elle brûle complètement. A ce moment là, la flamme devient bleue et regarder au travers de la flamme appelle un allié.

 

         Puis Taisha nous exhorta à ne pas être peiné par notre relatif manque de chance de ne pas être dans le groupe du nagual. Elle dit que le monde des sorciers ne connaissait pas de favoritisme, que cela dépendait de chacun, du plus accompli des naguals au novice le plus inexpérimenté, de saisir chaque moment et d’optimiser chaque opportunité. Elle nous dit que nous devions être audacieux et courageux, comme des bandits, enthousiaste et capable de bondir sur toutes les opportunités qui se présentaient. Taisha dit que lorsqu’elle était jeune, c’était son habitude de pisser sur ses opportunités, de les prendre comme allant de soit – elle nous rappela ce qu’aimait dire don Juan à propos de l’oiseau de la liberté volant en ligne droite. Soit on se cramponne à l’oiseau de la liberté, soit il part pour toujours.

 

         Ensuite, elle se tourna vers les Chacmools. Celles-ci nous apprirent une nouvelle passe : L’Être de la Terre. Cette passe imite une créature qui creuse un terrier, comme une marmotte ou un chien de prairie. On accompagne les mouvements de l’expression du visage de l’animal et de petits bruits qui ressemblent à des aboiements, et qui nous donnent l’air un peu idiot. Kylie remarqua que c’était super pour perdre l’importance personnelle.

 

         Comme si c’était un accord du monde, j’eus une expérience intéressante, alors que nous faisions une pause pour boire un peu. J’étais le troisième ou quatrième dans une queue de huit guerriers assoiffés, patientant pour avoir de l’eau fraîche. Arriva un type avec une bouteille d’eau vide, qui alla directement au début de la queue, remplit sa bouteille et repartit. J’étais stupéfait par l’irritante détermination de l’homme mais presque instantanément je réalisai que c’était de l’importance personnelle de se soucier de ça. Et même si je ne me sentais pas offensé, je le fixai tout de même pendant quelques secondes, me demandant comment une personne si suffisante pouvait se trouvait en la présence de vrais initiés (nous). Je réalisai que nous avions tous une longue route à parcourir, moi inclus.  


Publié à 09:49 le 9 juin 2007 dans La Lune du Traqueur
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