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La Lune du Traqueur (suite...)

 

Deuxième jour

Conférence de Carol Tiggs      

   

         Carol Tiggs, la femme nagual, monta sur scène à 9h30 le matin suivant. C’était une belle femme, bien faite, avec des cheveux et des yeux noirs. Elle semblait avoir 40 ans, bien qu’étant une contemporaine de Carlos et des autres, elle aurait du avoir 10 ans de plus. Elle nous parla d’elle, de lorsqu’elle était plus jeune, et que don Juan était encore là – comment elle zozotait, etc., comme cela est raconté dans L’Art de Rêver              

 

         Elle était la seule des guerriers femmes à porter une jupe, et elle plaisanta sur le fait qu’elle ne s’habituait toujours pas à être sur scène, et voulait être sûr que tout ce que nous pouvions voir était ses genoux.  

 

         Carol continua là où L’Art de Rêver s’était arrêté, et nous raconta sa propre rencontre avec le Défieur de la mort. Apparemment, cela eut lieu dans la même église que la rencontre avec Carlos. Carol entra dans l’église, et l’obscurité soudaine la fit trébucher sur une marche. Durant ce petit moment d’embarras, elle fut saisie par une main glacée, tandis qu’une voix rauque lui dit : « Carol Tiggs, c’est un plaisir de finalement vous rencontrer. Cela fait longtemps que je vous cherche. » Carol dit que l’utilisation de son nom complet par le Défieur de la mort avait apaisée son intenable terreur ; elle avait ressenti que c’était là le signe du respect qu’elle pensait mériter. Carol était toujours très effrayée, et ne voulait même pas regarder le Défieur de la mort.

         

         Celui-ci lui dit qu’il n’y avait pas de quoi être effrayé, et qu’elle était « complètement femme. » Elle attrapa la main de Carol, et la posa sur sa forte poitrine. Carol était effarée, et dit au Défieur de la mort d’arrêter avant que des gens les voient dans l’église.  Le Défieur de la mort lui expliqua qu’il n’y avait aucune raison de s’inquiéter, qu’elles étaient dans un rêve et que ces gens n’existaient pas – seules elle et Carol existaient. Le Défieur de la mort offrit alors à Carol de faire un marché pour avoir un peu de son énergie. Tout comme Carlos, Carol n’agit absolument pas comme une femme d’affaire astucieuse, et en gros acquiesça à tout ce que désirait le Défieur de la mort. Le Défieur de la mort offrit de lui montrer la « Mer de la Conscience », et Carol, espérant faire un genre d’escapade vers une plage cosmique, acquiesça. A la place de ça, elle eut un aperçu fugace de quelque chose d’indescriptible. Puis elle ressentie une lourdeur dans les jambes, et une douleur dans le pied. Elle était à Tucson, loin du Mexique où elle avait rencontré le Défieur de la mort. Elle trouva un journal, et découvrit que 10 ans s’était écoulés depuis l’instant où elle était partie.    

     

         Carol nous dit qu’elle n’était même plus sûr d’être la même Carol Tiggs qui était partie ce jour là, ou bien une Carol Tiggs possédée par le Défieur de la mort, ou encore un étrange amalgame des deux. Elle essayait encore, même par l’acte de nous raconter ses « contes d’énergie », de retrouver la mémoire de ce qui lui était arrivé. Elle continua à partager quelques-unes de ces histoires.  

       

         Carol dit que lorsque le point d’assemblage se déplace vers un endroit où il assemble un nouveau monde complet, les sorciers voient un mouvement de pure énergie, juste pendant un instant, avant que le point d’assemblage, qui dicte non seulement ce que nous percevons mais aussi comment nous le percevons, impose son interprétation sur le nouveau monde. 

 

         Il était arrivé un moment où Carol et Carlos avaient atteint un point dans leur pratique où ils pouvaient rêver ensemble. Leur entrée dans cet état prenait trois formes – ils se retrouvaient en train de marcher ensemble, en train de rouler ensemble dans une voiture, ou ensemble, nus dans un lit. Elle raconta une série de ces expériences. Lorsqu’ils roulaient ensemble, ils finissaient généralement en face d’une maison blanche, et Carol savait intuitivement que c’était sa maison. D’habitude, elle se réveillait avant d’entrer à l’intérieur. Mais, elle finit par y aller, et fut accueillie par quelqu’un qui était le sosie d’un acteur des années 1940, Gerald Mohr qui, selon toute apparence, avait une voix très distinguée. Il lui dit : « Salut chérie, je suis content que tu sois à la maison. » Carol eut le sentiment que ce personnage n’était pas humain. Ce sentiment s’intensifia lorsqu’il émit un rire démoniaque. Elle revint en vitesse dans notre monde.

 (Gerald Mohr)         

         A une autre occasion, elle et Carlos se réveillèrent ensemble nus dans la chambre de la maison blanche. Une petite fille arriva en courant dans la chambre en disant : « Maman, maman, qui est ce monsieur tout nu et qu’est-ce qu’il fait dans ton lit ? » Elle et Carlos paniquèrent, et Carlos hurla : « Tournoie, Carol, tournoie ! » (Apparemment la technique pour assembler un nouveau monde donne la sensation de tourbillonner rapidement).  

       

         A ce point de leur relation, Carlos et Carol commencèrent à se suspecter l’un l’autre. Ils sentaient tous les deux que l’autre en savait plus qu’il ne voulait le dire, et qu’il complotait avec don Juan et ses combines malfaisantes. A cette époque, Carlos était très gros et adorait cuisiner. Il ne laissait même pas Carol laver une assiette, car elle ne l’aurait pas fait suffisamment bien pour apaiser son esprit tatillon. A une occasion, Carlos prépara trop de chile con carne. Cela les plomba tellement qu’ils reportèrent leurs activités journalières. Ils s’allongèrent ensemble sur leur couche de rêve, s’endormirent immédiatement, et furent transportés dans la chambre de la maison blanche. La petite fille était en train de frapper à la porte et demandait à entrer à l’intérieur de la chambre. 

        

         Carol se leva et enfila une robe qui se trouvait au pied du lit (comme si elle l’avait fait pendant des années.) Carlos se glissa dans une armoire pour observer ce qui allait se passer. Carol remarqua un journal qui traînait par terre, et fut ébahie de voir qu’il n’était pas du tout écrit en anglais. Elle voulait le montrer à Carlos qui, d’une certaine façon, s’était enfermé tout seul dans l’armoire. Carol n’arrivait pas à l’ouvrir, et commença à s’énerver, car à présent l’enfant et Gerald Mohr étaient tous deux derrière la porte en train de lui demander ce qui n’allait pas et de bien vouloir les laisser entrer. Carlos (qui, pour une raison inexplicable était aussi un familier de cette maison) dit à Carol de marcher sur une tâche noire sur le sol qui ouvrait l’armoire. Cette fois, ce fut au tour de Carol de conjurer Carlos de partir, ce qu’il repoussa jusqu’à la dernière seconde à cause de sa curiosité anthropologique concernant le journal.      

   

         Lorsqu’ils revinrent à leur état de conscience normale, Carlos se tourna vers Carol en criant : « Putain de salope ! Qu’est-ce que t’as foutu dans la bouffe ? » Carol se contenta de sourire, car elle le tenait, et elle lui dit : « Toi, vas te faire foutre. Tu ne me laisses même pas entrer dans ta cuisine ! »  

        

         A cette époque, Carlos était également affligé de terribles accès de rage, qu’il attribuait à sa pression sanguine. Carol soignait ces attaques avec une forme d’acupuncture. A une occasion, elle demanda à Carlos quelle aiguille il préférait, la large ou la fine, et tout en disant cela, elle fit un geste insouciant de la main. Le côté gauche du visage de Carlos se flétrit comme s’il était sur le point d’avoir une attaque, et dans un faible marmonnement, il demanda l’aiguille fine. Carol était incapable de le porter, et était sur le point de faire une manœuvre drastique, qui demandait d’insérer l’aiguille à la base du scrotum de Carlos. Cela poussa Carlos à mobiliser toute son énergie, et il réussit à pousser un glapissement. Ils se disputèrent pendant des heures pour savoir ce qui s’était passé, jusqu’à ce que Carol retourne finalement chez elle au petit matin. Elle se regarda dans son miroir peu utilisé, et leva sa main gauche  pour le nettoyer de la poussière qui le couvrait. Elle se réveilla cinq heures plus tard, avec le visage collé contre le miroir alors qu’une alarme de voiture venait juste de s’arrêter dehors.  

        

         Ils découvrirent alors que l’œil gauche de Carol avait été altéré par ses visites dans la seconde attention, et qu’elle pouvait hypnotiser avec. Elle dit que pendant un temps, elle avait pris beaucoup de plaisir à zapper tout le monde, depuis les autres apprentis jusqu’à l’épicier du coin.  

          

         Ensuite Carol nous fit une démonstration. Elle appela une fille argentine qu’elle avait rencontrée juste avant, et l’hypnotisa. Puis, elle prit un volontaire étranger dans l’audience. Au préalable, elle expliqua que ce qu’elle faisait était éteindre leur dialogue intérieur. Elle nous pressa de ne pas regretter de ne pas être sur scène, que nous pouvions profiter de la démonstration « pour nos yeux seulement », et que nous pouvions aussi expérimenter cet arrêt intérieur. Elle espérait que nos corps se souviendraient, et que nous serions capables d’utiliser cette mémoire en cas de besoin. Je peux dire que cela a marché pour moi, les deux fois. Puis Carol se tourna vers les Chacmools. Nous apprîmes une autre passe, Traverser la frontière centrale du corps, puis nous fîmes une pause pour le déjeuner.  

 

 

Seconde conférence – Florinda Donner-Grau

          

         De tous les membres du clan de Carlos, Florinda est celle qui semblait être le plus être à part. Son visage m’évoqua le mot « elfe » – espiègle, énergique, possédant un savoir secret. Elle était très attirante, avec ses cheveux blancs et ses sourcils noirs en forme de V. Elle avait un magnifique sourire. Pour je ne sais quelle raison, j’ai beaucoup plus de mal à me souvenir de ce qu’elle a dit que pour les autres. A part ça, je pense que c’est parce qu’elle a parlé de beaucoup de choses que j’avais déjà assimilé (du moins intellectuellement).  

       

         Elle parla de l’importance personnelle, et réitéra ce qu’elle avait écrit sur l’effet dévastateur de l’assertion de don Juan disant que sa seule valeur personnelle était d’être née blonde avec les yeux bleus, dans un pays où les gens avaient la peau mate. Elle dit qu’il la harcelait sans arrêt sur le fait qu’elle était une « Allemande typique», l’appelant même « Mein Führer ». Si jamais il voulait la mettre en rage, il lui demandait si elle allait « être allemande aujourd’hui ».  

       

         Florinda dit qu’elle espérait que nous avions tiré avantage de la démonstration de Carol. Puis elle nous demanda si nous avions remarqué que les yeux de Carol étaient noirs. Florinda dit que les yeux de Carol étaient bleus quand elle était dans son « moi » normal, mais qu’ils étaient noirs lorsqu’elle était une sorcière incroyablement puissante. Elle dit que nous avions vu quelque chose de réellement merveilleux aujourd’hui, dont se souviendraient nos corps d’énergie. Elle plaisanta en disant que tout le clan, Carlos inclus, devait faire attention lorsque les yeux de Carol étaient noirs. Elle ajouta qu’elle appelait Carol avant d’aller la voir, pour lui demander de quelle couleur étaient ses yeux.         

        

         Florinda donna alors la plus achevée des explications de la Tenségrité. Elle indiqua que l’idée des œufs lumineux était une fabrication remontant au temps des anciens sorciers, que la forme de l’homme avait évoluée vers ce que la plupart des gens sont lorsqu’on les voit, c’est-à-dire de parfaites sphères d’énergie. Chez les personnes très jeunes, l’énergie est agglomérée au centre de la coquille. Les expériences mondaines déplacent notre énergie vers la surface de la coquille, formant une sorte de croûte énergétique. Cette énergie est alors inutilisable. L’objectif de la Tenségrité est de redistribuer cette énergie depuis la surface de la coquille vers le centre. Cela provoque un retour de nos corps d’énergie vers nous.     

    

         Quelqu’un demanda si le corps d’énergie était dans notre corps physique. Florinda répondit que puisqu’il fait partie de notre totalité, il n’est pas dans notre corps physique. Nos corps d’énergie tendent à être séparés de nous à cause de la fixation du point d’assemblage sur la position de l’auto-contemplation. Elle dit que don Juan avait l’habitude de plaisanter avec Carlos en disant que son corps d’énergie était au Japon. Florinda était plus chanceuse, le sien était seulement à New-York.  

        

         Une question fut posée à propos des effets énergétiques de récapituler quelqu’un avec qui nous sommes toujours en contact dans le quotidien. Florinda clarifia l’idée fausse selon laquelle nous reprenons de l’énergie chez les autres. Elle dit que chaque être possède une quantité finie d’énergie – le processus de récupération est similaire aux effets de la Tenségrité – on ramène notre énergie depuis la coquille extérieure vers le centre.    

     

         Florinda parla du problème du « pauvre bébé ». Elle dit qu’il était insensé de se plaindre de ne pas avoir l’avantage d’avoir un maître comme don Juan, ou Carlos. Elle dit que Carlos s’était plaint que don Juan ait eu l’avantage d’avoir don Elias et don Julian, qu’elle s’était plainte que Carlos ait eu plus d’interactions qu’elle avec don Juan et son clan, et que les Chacmools s’étaient plaintes de n’avoir jamais rencontré don Juan. Tout cela est sans importance. Il n’y a pas de meilleures ou pires circonstances, et il n’y a pas de récompenses associées à la sorcellerie. C’est un interminable défi, et c’est tout. Nous sommes tous seuls face à l’infini – l’énergie est tout ce qui compte. 

        

         Quelqu’un demanda si le fait d’affronter seul l’infini impliquait que le clan du nagual soit séparé après le vol abstrait. Florinda répondit que la destination finale du clan du nagual était inconnue, mais qu’en ce moment même, nous affrontions tous l’infini en étant seuls, même dans cette salle pleine de monde.

 

 

         Quelqu’un amena le sujet des « vers lumineux » laissés dans la femme par l’homme après l’acte sexuel. Florinda dit qu’en effet, c’était vrai, comme le fait que d’avoir des enfants faisait des trous dans la coquille lumineuse. Mais, demanda t-elle, et alors ? Elle n’était pas en accord avec la stratégie extrême de don Juan d’effacer l’histoire personnelle en laissant derrière nous tout ce que nous connaissions. Ils ne nous demandaient pas d’abandonner notre famille ou nos vies. Ce qui compte c’est le détachement, qui vient après avoir perdu l’importance personnelle, qui est un produit de l’énergie.  

       

         Florinda nous exhorta à utiliser la mort comme conseillère, et de perdre l’importance personnelle. Puis elle se tourna vers les Chacmools. Nous apprîmes une autre passe, Les 5 points de connexion. On nous dit que cela était similaire à l’acte de charger une batterie.


Publié à 09:51 le 9 juin 2007 dans La Lune du Traqueur
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