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La Lune du Traqueur - Los Angeles 1995

 

 

 

 

 

La Lune du Traqueur

Los Angeles 1995

           

         Nous étions assis en tailleur depuis environ une heure sur un parquet entourant une scène de 10 m2, située au milieu de la pièce. Tout autour, de vieilles connaissances se retrouvaient, tandis que j’essayais de ne pas fixer mon attention sur les jolies nanas. Finalement, un homme assez grand qui portait des lunettes monta sur scène et bidouilla un micro sans fil. Il nous souhaita à tous la bienvenue, nous fit la présentation commerciale de la seconde vidéo, puis s’en alla. Quelques minutes plus tard, un groupe franchit la porte située à l’extrême gauche de la salle et tout le monde se leva pour applaudir. (Cela se passera ainsi à chaque entrée et sortie pour chaque conférence.)    

      

         Ce n’est que lorsque Carlos monta sur scène que je pus enfin le voir, car il faisait tout au plus 1m60. C’est un Latino à la peau foncé (il a certainement du sang indien), en fait il est Argentin. Carlos semblait avoir 60 ans, mais il était plein de vie et très animé. Il ponctuait chacune de ses phrases avec des gestes fluides et élégants. Ses cheveux coupés très courts étaient gris, presque blancs. L’anglais est sans aucun doute sa seconde langue, chose dont je ne me serais jamais douté en lisant ses livres. Il articulait bien mais parlait avec un accent prononcé. Il avait un regard de traqueur – il relevait constamment les détails des expressions et du langage corporel de ceux qui l’entouraient, ne détournant jamais son regard pendant plus d’une seconde ou deux. Il avait une attitude vraiment charmante et un sourire séduisant, encore que les quelques fois où ses yeux sont entrés en contact avec les miens, son regard était très pénétrant et pourtant détaché, comme celui d’un oiseau de proie :banal, mais authentique.          

 

 

         Carlos commença par déclarer que les passes de sorcellerie que nous allions apprendre avaient été découvertes par des hommes, des milliers d’années auparavant. Don Juan lui avait dit que c’était de l’ordre d’environ 10 000 ans. Carlos avait toujours eu des difficultés pour concilier cela avec sa formation archéologique. Il signala qu’une partie importante du chemin du guerrier était de traverser le monde sans laisser de trace, et qu’il était donc impossible de prouver l’existence même de don Juan – il pensait que nous pourrions en déduire que les tous premiers « anciens sorciers » remontaient en fait au temps des nomades, de la pré-agriculture, ainsi le cadre temporel de don Juan était exacte.  

       

         Ensuite, Carlos dit à nouveau que nous ne devions pas prendre de notes. Ce que nous allions faire ici, c’était redéployer de l’énergie, et la pleine participation de chacun était essentielle. Il dit que les Chacmool allaient s’adresser directement à nos corps d’énergie, tout comme lui, et nos corps allaient aimer cela ; cela nous rapporterait bien plus. 

        

         Depuis que les Chacmools sont arrivées dans leur groupe, et les ont tous ‘ré-énergisés’, Carlos en a déduit que le secret et les rituels qui avaient historiquement accompagnés les passes étaient une perte de temps. L’énergie est tout ce qui compte. Les passes rassemblent et redistribuent l’énergie. Il n’est pas nécessaire de comprendre comment ça marche, ou de croire que ça marche – il faut juste les pratiquer, c’est tout. Il dit que lorsqu’il avait confronté don Juan à ce problème, celui-ci lui avait donné la même réponse – « Donne moi satisfaction », avait-il dit. Carlos nous demanda de faire la même chose.

         

         Carlos mima la façon dont il avait l’habitude de prendre des notes dans la poche de son coupe-vent, sur un petit bloc-notes plein de pages. Don Juan lui demanda une fois s’il était en train de jouer avec son machin, car son stylo et le mouvement de sa main faisaient penser à ça. Quand Carlos expliqua ce qu’il était en train de faire, don Juan lui dit que s'il était sur le point de perdre son temps dans ce genre de petites masturbations, il ferait mieux de le faire pour de bon. 

        

         A la question de savoir pourquoi Carlos avait ouvert la sorcellerie au monde, il nous invita à inventer une raison, comme si c’était juste une autre petite masturbation – « Les croyances et les choses raisonnables ne comptent pas dans le monde des sorciers, seules comptent les actions. » 

 

 

         Carlos indiqua qu’il avait été un membre instruit de l’académie avant de devenir un sorcier. La somme totale de toute la religion et de la philosophie académiques semblait être l'équivalent de : « La vie est une salope et tu es mort. » Il trouvait cette proposition odieuse, et continua à chercher des gourous, même après avoir été impliqué dans le monde de don Juan. Comme il le souligna, il est difficile de devenir un navigateur de l’infini. Et pas avec l’âme ou l’esprit, des termes qui n’ont aucune signification pour les sorciers, mais avec tout ce que nous sommes, le corps et le reste.  

        

         Carlos demanda cela à don Juan – « Est-ce que la sorcellerie est le seul chemin de connaissance ? » Don Juan indiqua que Carlos était le dernier maillon d’une longue chaîne d’évolution, ce qui l’avait placé devant la porte de la sorcellerie. Il dit que bien qu’il soit en effet possible que Carlos puisse être capable de chercher une voie alternative de connaissance avant que la mort ne le trouve, cela lui semblait être une perte de temps et d’énergie très risquée, puisqu’il se tenait déjà devant la porte de la sorcellerie. « C’est ainsi que nous sommes », dit Carlos. Et tout comme don Juan l’avait fait pour lui, il nous invita à passer cette porte afin de devenir, nous-même, des navigateurs de l’infini.    

     

         Carlos raconta alors ses rencontres avec plusieurs hommes sages ou saints.          

         1) Baba Maharishi, un sage indien, était interviewé par un magasine au moment où Carlos lui fut présenté. Ils devaient parlé via un interprète, et cette situation embarrassante réduisit Carlos à dire des lieux communs, comme « Alors, depuis combien de temps êtes-vous aux Etats-Unis ? » ; « Est-ce que ça vous plaît ? », etc. : une conversation absolument fade. Carlos fut stupéfait que la retranscription de cette « rencontre de deux grands hommes » soit publiée en fanfare.         

         Il mentionna également une interview radio qu’il avait donné à une émission de la West Coast Radio, où l’animateur ne l’avait manifestement pas pris au sérieux. Donc, comme il est demandé dans l’art de traquer, Carlos ne le prit pas non plus au sérieux, en racontant des conneries quand l’autre le faisait – la folie contrôlée. Ce ne fut que plus tard qu’il réalisa que l’interview avait été tapée et vendue à Esalen et à d’autres. Il indiqua le danger inhérent de faire des acomptes de seconde main, et insista à nouveau sur l’importance d’une participation active.   

      

         2) Timothy Leary – Carlos demanda à Leary ce qu’il nous avait ramené de ses 500 et quelques trips dans le ‘no man’s land’. La réponse de Leary fut de demander à Castaneda de quel signe il était. Il accusa Castaneda d’être un capricorne fanatique des structures. Carlos tourna en ridicule l’enthousiasme habituel de Leary pour les ordinateurs, particulièrement l’intelligence artificielle. Carlos maintint qu’il n’y avait aucun moyen qu’une machine géante et miraculeusement rapide puisse jamais incorporer la conscience humaine. Il utilisa l’exemple d’une prothèse de main, et indiqua que dans un simple mouvement de chair et de sang, l’algorithme venait de la vaste complexité de l’organisation de la matière en cellules vivantes, l’organisation des cellules en tissus et en organes, et le suprême mystère de la conscience qui pouvait diriger le mouvement ; comment tout cela se produisait par rapport à la relative simplicité d’un mouvement. L’ « erreur mécanique » de l’homme était de passer de quelques trucs simples, comme des écrous et des boulons, des barres de fer, et du latex couleur chair, à la relative complexité d’un mouvement artificiel de la main, et dire que c’était aussi bien que l’original. Il réprimanda la croyance de Leary consistant à penser qu’il pouvait être maintenu en vie avec la cryogénie jusqu’à ce que la technologie puisse le ramener à la vie.  

         

         3) Le Pape – Carlos eut une audience semi-privée avec le Pape. Dans l’aire de réception, le Pontife le béni et lui demanda : « Que fais-tu mon fils ? » Carlos resta muet et ne put répondre, car après tout, dit-il, la dernière chose qu’il voulait faire était de mentir au Pape. L’homme qui vint après lui n’eut pas de problème quant à lui. Il dit au Pape qu’il tenait un magasin de livres d’occasion, et lui demanda de le bénir. Carlos observa qu’il avait maximisé son temps avec le Pape.       

  

         4) Un maître en Inde – Carlos lui posa une question sur l’énergie, et il lui répondit que les femmes n’avaient pas été crées par Dieu, mais étaient des êtres inférieurs, à cause du trou qu’elles avaient entre leurs jambes. Lorsque l’énergie mâle voulait s’unir à l’énergie femelle, elle devait se rabaisser à travers le sexe. Carlos parodia la consciencieuse prise de notes en présence du gourou, et s’émerveilla de voir que les plus attentifs et les plus fervents preneurs de notes étaient des femmes.        

 

         5) Un praticien chinois – Un ami psychiatre emmena Carlos pour voir un homme « ruisselant de Chi ». En arrivant, on dit à Carlos qu’il n’était pas habilité à entrer par la porte principale, et qu’il devait utiliser l’entrée de service des domestiques. Carlos et son ami acquiescèrent, mais lorsqu’ils arrivèrent derrière, ils furent accueillis par un homme large et féroce, qui dégringola promptement les escaliers pour venir à leur rencontre en roulant jusqu’à leurs pieds. L’ami de Carlos proposa de fuir, car il ne voulait pas être un « témoin matériel ». Carlos ne le voulant pas non plus, ils déguerpirent.

 

 

          Carlos parla ensuite de l’importance personnelle, à quel point elle est évidente dans la vie de tous les jours. Il indiqua que ce qui passe au cours d'une discussion, ce sont seulement deux personnes, chacune attendant que l’autre cesse son stupide monologue afin que son propre brio verbal puisse enfin briller. Il railla la psychiatrie, qui consiste à payer des gens très cher pour vous écouter parler de vous. Il dit que ce qui est appelé la « guérison » se produit quand vous-même êtes fatigué de vous entendre. 

         

         Carlos fit ensuite plusieurs références indirectes aux entités mangeuses de conscience appelées les flyers, qui ne peuvent être évitées qu’au travers de la discipline. Il dit qu’ils perdent vite tout appétit pour la conscience disciplinée. Les Chacmools allaient nous aider à apporter un peu de cette discipline dans notre vie, et il nous invita à les prendre comme de purs exemples d’une telle discipline.

          

         Les Chacmools prirent alors la relèvent, avec Kylie comme leader évident, comme dans la vidéo. Elle occupa le centre de la scène, tandis que Reni et Nyei se dirigèrent vers de plus petites scènes à chaque coin de la pièce. J’allai vers l’endroit où se trouvait Nyei. (Après la session, elles changèrent de scènes, chacune enseignant différentes passes depuis le centre, les autres assistant depuis les deux autres coins de la pièce. De cette façon, même si la plupart des gens restaient plus ou moins au même endroit durant les trois jours, nous avons tous eu une interaction avec chacun des Chacmools.)  

        

         Elles portaient toutes des micros sans fil, et étaient habillées exactement de la même façon durant chaque session, bien qu’elles portèrent une couleur différente à chaque fois. Comme disait le grand chansonnier texan, Robert Earl Keen, je ne suis « aucun genre de danseur », ce fut donc avec une certaine excitation que j’attendis l’instruction. Je m’imaginais qu’on allait me demander de faire le grand écart ou d’autres mouvements douloureux de gymnastique, mais ce ne fut pas le cas, pour aucun des mouvements. La seule condition nécessaire pour chaque passe était d’être concentré. 

        

         La première passe que nous apprîmes s’appelait Redéployer l’énergie vers le centre de l’action soutenue. Nous l’avons pratiquée jusqu’à ce que nous puissions la faire sans l’aide des Chacmools. Nous avons ensuite été appelés par la nuit. Je suis retourné à l’hôtel, et bien que j’aurais dû être épuisé, je me sentais étrangement plein d’énergie.

 


Publié à 09:52 le 9 juin 2007 dans La Lune du Traqueur
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