Le rendez-vous magique
Interviews, compte-rendus de séminaires et notes sur la Tenségrité et les Passes Magiques


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De la sorcellerie - The Sun - par Michael Brenan (suite)

 

 

        Pourtant, à travers tout ça, quelque chose de ferme à l'intérieur de moi se refusait à mourir. Je préférait appeler cette chose inviolée « esprit », et c'est ce même esprit qui m'excitait alors que j'écoutais les prescriptions de Castaneda pour changer. La mort est le seul fait inexorable dans nos vies transitoires. Peut-être que je mourrais comme un vieux fou gaga ; peut-être que je mourrais avant que le soleil se couche ce soir. Mais je mourrais - c'est plus que certain.

 

 

  

Pendant ce temps, ce qui me reste de contrôle est le sillon de ma vie, le morceau sur lequel je choisis de marcher, entre l'exclamation de mon futur et l'ellipse de mon départ. Dans sa perfection, ce parcours est sans parcours, comme un chemin couvert par une neige fraîchement tombée.

 

        Et piétiner de tels chemins vierges est l'image la plus durable de mes rêves d'adolescent. En parlant directement à ce souvenir, Castaneda l'avait réveillé dans mon cœur. Etant donné le creux de vague périlleux que j'avais atteint dans la vie, je ne peux décrire cet exploit que comme un acte authentique de sorcellerie.

 

        Ah, mais qu'en était-il de don Juan Matus, le mythique voyant yaqui dont les os avaient été exhumés ? Etait-il assis à mes côtés à présent, un maître farceur tissant des contes trompeurs de sagesse, de folie, et de vérité ? Je n'en sais rien, je ne saurais dire.

 

 

 

        Trois heures s'étaient écoulées, et Castaneda signala gentiment la fin de notre rencontre en déroulant les manches de sa chemise de coton burinée. Il était encore temps de poser cette question définitive et plus journalistique, mais quelque chose à l'intérieur de moi la laissa passer.

 

 

 

        Puis, subitement, le silence fut une fois encore brisé par l'adorable accent de Castaneda. Son regard fixa le lointain, et il parla doucement, ses mots étaient comme ceux q'un homme confronté à un mystère insoluble. A nouveau, je l'étudiais pour déceler l'évidente supercherie, et dû repartir les mains vides.

 

 

 

        « Si je pouvais poser à don Juan une ultime question, » commença t-il doucement, « je lui demanderais, comment a t-il pu me toucher autant ? Comment a-t-il pu toucher mon esprit à tel point que chaque battement de mon cœur est rempli du sentiment de ce chemin ? »

 

 

 

        « Chaque battement de mon coeur, » répéta t-il calmement, et durant un bref instant, ses mots semblèrent suspendus dans l'air comme du brouillard. Puis, son murmure fut touché par le temps, et il disparut dans le mystère qui nous entoure.

 

 

 

Copyright Septembre 1997


Publié à 10:20 le 28 septembre 2007 dans Carlos Castaneda interviews
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