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L'expérience hors du corps n'est pas nécessaire - compte-rendu

   

 

 

 

L'EXPERIENCE HORS DU CORPS N'EST PAS NECESSAIRE

 

 

Par Lane Sarasohn

 

 

         Je payais pour deux livres à la librairie Phoenix dans Santa Monica - « La Doctrine Suprême » de Hubert Benoît (Etudes Psychologiques Dans La Pensée Zen) et « La Doctrine Zen Sans Le Mental » par le D.t. Suzuki. Ma modeste compréhension de l'Univers se résumait à ces deux volumes minces et cela semblait être un bon cadeau d'anniversaire pour mon pote Matt Neuman dont la propre métaphysique est basée sur les enseignements de Casey Stengel.

 

 

        Après avoir emballé les livres, le type derrière le comptoir me remit ma carte American Express et me demanda, « Est-ce que les mots Dabo Tibi Coronam Vitae ont une quelconque signification pour vous ? » - « Non », répondis-je, « pour moi c'est du Grec. » - « En fait c'est du latin », dit le libraire. « Cela signifie ‘Je te donnerai la Couronne de la Vie'. » - « C'est une avance ? » Me suis-je demandé. « Cela vient des Révélations. C'est la devise sur les insignes de St Barde Stevens. »

 

 

        « Hé !» J'ai hurlé. « Je suis allé à Barde ! » - « Je sais », a dit cet étranger apparent, qui avait été un bon ami d'université des années auparavant.

 

 

        Je n'avais pas vu ou entendu parler de Mike Goth depuis 1962. La dernière chose que j'avais apprise, c'était qu'il avait épousé une héritière et qu'il apprenait à faire de la Formule Un en Europe. Maintenant, ici, il était devenu dans les années 90 le propriétaire de la très éminente librairie métaphysique de Santa Monica.

 

 

        Naturellement, j'étais enchanté de voir Mike « en souvenir du bon vieux temps », mais les implications de cette rencontre chanceuse étaient pour moi magiques, karmiques, et profondes. Une  pensée se précipita dans mon esprit : En retrouvant ce vieil ami, je pourrais probablement rencontrer la seule personne sur Terre que j'avais toujours été curieux de rencontrer (ayant déjà rencontré Milton Berle et Timothy Leary): L'auteur et sorcier Carlos Castaneda. Qui sait? - peut-être me prendrait-il comme apprenti.

 

 

        J'ai commencé à lire les livres autobiographiques de Castaneda concernant sa rencontre avec la sorcellerie indienne yaqui et les drogues hallucinogènes au début des années 70, alors que je prenais encore de l'acide et que tout semblait possible.

 

 

        J'ai toujours pu compter sur Castaneda pour quelques histoires tripantes, des conseils de bricolage magiques, et des perles de sagesse beatnik. Ses livres m'ont toujours inspiré (pendant un moment au moins) pour me bouger le cul spirituellement. « Voir, les enseignements d'un sorcier Yaqui », et « Le Voyage à Ixtlan » faisaient vibrer des cordes profondes dans mon cerveau droit, tandis que mon cerveau gauche continuait à maugréer, « Est-ce que ce type dit vrai, ou quoi ? »

 

 

        Dans ses premiers livres, le jeune Carlos se présente comme un preneur de notes ballot, un natif Brésilien, étudiant gradué d'UCLA, travaillant à son doctorat en Sociologie, et qui s'avère justement tomber sur don Juan Matus, un brujo (sorcier) du Mexique dont la lignée magique pourrait être  retracée depuis les Toltèques.

 

 

        Mais maintenant, après trois décennies d'étude de mystères magiques, Castaneda pouvait se réclamer d'avoir une certaine mesure de compréhension et la capacité d'exécuter certains exploits de sorcellerie ; comme projeter son « corps de rêve » dans Westwood (et - on peut le présumer - au-delà) ; visitant certaines personnes à une heure et à une date prescrites dans leurs rêves ; et même se balader avec ses camarades magiciens dans les cinq (ou sept) mondes qui sont disponibles pour les « oeufs lumineux/humains » que nous sommes.

 

 

        « Dis Mike », dis-je, après que nous ayons bavardé pendant quelque temps, « J'ai lu un article dans l'hebdomadaire de L.A par Michael Ventura. Il dit qu'il a assisté à une conférence de Carlos Castaneda ici. »

 

 

        « Ouais, il y a environ un an. En fait, tout ce que le type a fait c'était répondre aux questions de l'audience. Je ne suis pas un grand fan de Castaneda, mais il était assez intéressant. »

 

 

        Je dis à Mike de m'inclure si jamais l'auteur légendaire était de retour. Comme par magie, plusieurs semaines plus tard, le téléphone sonna. C'était un employé de la librairie Phoenix : Castaneda répondrait à nouveau à des questions cette nuit.

 

 

        Dans la salle minuscule du sous-sol s'était entassée une quarantaine d'intellectuels style Californien comme moi, assis sur des chaises pliantes. Carlos Castaneda descendit les escaliers du sous-sol, il portait une veste de sport d'un brun indéfinissable, une chemise ouverte au cou, et un pantalon informe - un homme plus petit et plus âgé que ce que j'avais prévu.

 

 

        J'avais entendu dire quelque part que Castaneda était un étudiant en kick-boxing, en se tenant devant nous, il avait l'air solide et digne. Un homme d'environ soixante ans, il aurait pu être un ancien combattant de poids moyens, ou un entraîneur de football sud-américain. Sa présence était intense et, la plupart du temps, sérieuse mais pas sereine ni suffisante.

 

 

        Pour ceux qui n'avaient pas lu ses livres, il esquissa son histoire peu commune : Pendant ses études universitaires, il avait trébuché dans quelque chose d'extraordinaire, d'à peine croyable, il était devenu fasciné; maintenant c'était la force conductrice de sa vie.

 

 

        Attentif au maximum, j'essayai puissamment de déterminer si ce conteur d'histoires extraordinaires disait la vérité. Il ne semblait pas être bidon ou cinglé. Le scepticisme doit être un risque professionnel pour les sorciers ; il a immédiatement abordé la question de savoir si ses écrits étaient des faits ou de la fiction. Il a dit qu'ils étaient réels et honnêtes.

 

 

        Il précisa qu'il n'avait rien à gagner à fabriquer des mensonges. Il n'était pas intéressé par les disciples, la renommée, ou la fortune. Il avait consacré sa vie à essayer de comprendre certains mystères et il s'était engagé sur « le chemin du guerrier ». Cela signifiait pour lui une vie d'autodiscipline totale et d'austérité extrême : aucune épouse, aucune famille, aucune carrière académique, aucun statut de célébrité en tant qu'auteur (aucune tournée promotionnelle pour ses livres, aucune groupie, aucune flatterie, aucun verre d'alcool, aucune drogue). Ne devrait-il pas être un fou ou un imbécile pour renoncer à tous les avantages et les plaisirs de la vie juste pour tromper un public indifférent qui connaissait à peine son nom et n'avait jamais vu son visage?

 

 

        Castaneda nous indiqua qu'il avait récemment assisté à une réunion avec un ami dans la maison d'un professeur d'UCLA. Quelqu'un mentionna que le célèbre auteur Carlos Castaneda était dans la pièce d'à côté.  « Oh, vraiment », a dit le vrai Carlos. « J'aimerais le rencontrer. »

 

 

        Entouré d'admirateurs, un type arrogant et suffisant se tenait au milieu de la pièce. (Castaneda imita pour nous l'expression suffisante de l'imposteur.) Il écouta l'homme - « Un connard total » - qui bafouilla quelque chose sur « les coutumes des Yaquis de Sonora » ; mais il ne se présenta pas et parti peu après.

 

 

        L'expérience semblait avoir amusé et gêné « notre » Carlos Castaneda. Il continua en expliquant que la suffisance et la sorcellerie n'étaient pas compatibles par nature. Il dit que don Juan, son guide spirituel et professeur, l'avait incité à renoncer à son appartement scolaire, à sa position et à ses fantaisies, pour travailler comme cuisinier dans une gargotte graisseuse, et vivre dans une chambre louée pendant des années afin de lui faire surmonter ses propres sentiments de suffisance.

 

 

        La plupart des choses que Castaneda énonça ce soir-là, je les connaissais déjà de ses huit derniers ouvrages. Il finit en disant que répondre à nos questions était stimulant et utile pour sa mémoire. Est-ce que cela intéresserait quelqu'un de participer à nouveau à une réunion comme celle-ci ? Moi et environ vingt autres avons mis nos noms sur une liste. Un mois plus tard nous étions de retour dans le sous-sol de la librairie Phoenix. Cette fois j'avais amené mon épouse, Carol. J'avais besoin d'une seconde opinion.

 

 

        La salle était plus comble cette fois, et la foule était bien plus informée. Quelqu'un demanda, « Comment est-il possible que le corps de rêve sorte et voit des personnes et des choses dans le monde physique si le corps physique est resté derrière ? » Castaneda répondit que c'est « la mémoire de la rétine » qui permet au corps de rêve de voir.

 

 

        « Quel est votre avis sur les divers gourous d'Inde et d'ailleurs dont les enseignements et les techniques de méditation sont si populaires aux Etats-Unis ? » Castaneda répondit qu'il avait passé un an à chercher ces maîtres, des yogis, et des incarnations autoproclamées de Dieu. Il avait trouvé qu'ils étaient tous, sans exception, des egomaniaques enragés.

 

 

        « A-t-on besoin d'un professeur ? » -  « Non », dit-il. « Ce qui est vraiment important c'est son dévouement et l'autodiscipline. » Il a parlé de sa propre préoccupation étant jeune concernant le sexe, la séduction, et la recherche de l'amour. À un moment de sa vie, il dit que tout ce qu'il pouvait penser, tout ce qui le préoccupait était  « Jane ou Myra, Myra ou Jane ? »

 

 

        Je levai la main et demandai à Castaneda si on devait être célibataire si on souhaitait pratiquer la sorcellerie. Ma question sembla l'embarrasser, il toussa avant de répondre. Il expliqua que le niveau d'énergie qu'une personne a durant toute sa vie dépend de la quantité de passion apportée par l'acte sexuel au moment de sa conception. Puisque son père était vieux et sexuellement désintéressé par sa mère, le niveau d'énergie de Carlos avait toujours été très bas.

 

 

        Sur le chemin du retour, je demandai à Carol ce qu'elle pensait de Carlos Castaneda. Elle n'était pas du tout impressionnée. Plusieurs femmes de son groupe d'aérobic se faisaient des extras en rééquilibrant les chakras. Une de ses amies faisait de la thérapie avec les cristaux, et une autre combinait le rebirth avec la réflexologie plantaire. Là où nous vivons, nous pouvons voir sur le haut de la colline, le manoir du Maharaji. Et parfois, quand tout va bien, on peut voir Shirley MacLaine faire ses emplettes au supermarché du coin.

 

 

        Il s'écoula deux mois avant le prochain appel en provenance de Phoenix. Carol ne voulait pas venir, alors j'emmenai Big Steve, un copain de basket-ball psychothérapeute qui a un intérêt semblable au mien pour la métaphysique. Carlos Castaneda apparut avec un bandage de gaze enroulé autour de sa main droite. Il avait besoin de quelques volontaires, des gens qui voulaient sincèrement en apprendre plus au sujet de la sorcellerie.

 

 

        Il dit que seul, on peut juste aller très loin, mais qu'un groupe d'au moins huit personnes est capable de produire des résultats impressionnants. Comme analogie, il nous dit que si on mettait moins de cinquante-deux fourmis dans une ferme de fourmis, le comportement des fourmis était désorganisé et chaotique, mais s'il y en avait cinquante-deux ou plus, les fourmis abordaient leurs activités selon un mode ordonné et productif. « Une masse critique » doit être atteinte.

 

 

        Castaneda voulait qu'un groupe se réunisse une fois par semaine, le samedi après-midi, au parc local, pour pratiquer quelques mouvements qui ressemblaient au Tai Chi. Pas de femmes enceintes, pas de toxicomanes. Pas d'emmerdeurs. Pas de cinglés.

 

 

         Il avait appris ces exercices d'une façon ou d'une autre de Lo Ban (Lujan), un herboriste Chinois qui était devenu un brujo - et faisait parti de l'ancienne lignée de don Juan - au Mexique durant les années 1870. Lo Ban, nous dit Castaneda, possédait un entrepôt dans lequel il y avait cinquante-trois barils contenant des mixtures d'herbes chinoises. Quand quelqu'un était malade, il allait à l'entrepôt de Lo Ban. Celui-ci diagnostiquait le problème et la personne devait grimper dans l'un des barils et y tremper pendant plusieurs heures ou plusieurs jours. Lo Ban s'était fait cueillir dans la rue par son « benefactor », effrayé et ne pouvant retrouver ses esprits face à la magie yaqui. Puis il avait été entraîné pendant plusieurs années jusqu'à ce que lui aussi devienne un puissant sorcier.

 

 

        Je levai la main. « Vous avez dit aucun toxicomane. Est-ce que cela inclue la marijuana ? »

 

 

        Castaneda grimaça. Il dit que l'utilisation habituelle de n'importe quel genre de drogue est très, très nuisible et affecte la couleur de l'aura. Le café lui donne « un vert sal » ; l'herbe la fait tourner au turquoise. Le turquoise, dit-il, est vraiment la plus mauvaise couleur. (« Si vous voulez vous tuer en six jours, mettez des draps turquoises sur votre lit. ») L'aura du sorcier est « blanchâtre. »

 

 

        Je dois l'admettre: Je n'ai pas signé pour être apprenti sorcier. Même si la magie de Castaneda était vraie - et je n'en suis toujours pas sûr - ce n'était pas ce que je voulais pour ma vie. L'enseignement Zen n'élimine pas les phénomènes paranormaux comme l'ESP et la projection astrale, il les considère juste comme « des tours d'animaux », non pertinents pour la recherche de l'Illumination. Mais ce n'était pas la recherche de l'Illumination qui a fait que j'ai laissé passer cette occasion qui n'arrive qu'une fois dans une vie. C'était le sexe, les drogues, et le basket-ball.

 

 

        Après vingt ans de mariage, Carol et moi avions finalement établi une relation sexuelle merveilleuse. La sorcellerie valait-elle le célibat? Je ne voulais même pas le vérifier. Même chose avec l'herbe. Et le top: chaque samedi après-midi durant les quatorze dernières années, j'ai joué au basket-ball de rue dans Santa Monica avec Big Steve, Matt et une bande d'autres potes. C'est le meilleur moment de ma semaine.

 

 

        Parfois dans la vie on doit faire le point - Castaneda appelait cela « mettre sa merde sur la table » - et décider de ce qui est vraiment important. À ma surprise j'ai dit « non » à la magie et « oui » aux plaisirs simples de la vie.

 

 

        Cela s'est avéré ne pas être un si mauvais choix. Big Steve a signé pour des leçons gratuites de sorcellerie et est allé au parc le samedi suivant. Il a dit que les exercices étaient intéressants et demandaient de la concentration, mais que rien de spécial ne s'était produit. La semaine suivante Castaneda a décommandé.



Publié à 11:58 le 2 septembre 2007 dans Carlos Castaneda conférences
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Culver City- 1995

 

 

 

 

Conférence à Culver City – Los Angeles – Août 1995

 

 

 

         Carol Tiggs, Taisha et Florinda étaient là, en plus d’un gros contingent de personnes de Cleargreen. Plusieurs hommes étaient assis une rangée derrière les femmes. Il y avait une jeune fille dans la rangée du devant, qui correspondait à la description de l’éclaireur orange, assise à côté d’une jeune femme éthérique correspondant à la description de l’éclaireur bleu. Il y avait une femme avec les cheveux rouges dans la première rangée, assise à côté de Carol. Les Chacmools encadraient Carlos, qui était vêtu d’un costume. Carlos monta sur scène.

 

         « Qu’est-ce que vous faites derrière ? », dit-il. « Je voulais être juste en face de vous. Maintenant je vais être obligé de HURLER ». « Qui a disposé ces chaises ? » Quelqu’un dit : « Fabrizio ». Plusieurs personnes suggérèrent que nous déplacions les chaises. Carlos hésita, semblant penser que cela allait prendre trop de temps et créer trop de remue-ménage (nous étions environ 250 personnes dans la salle).

 

         Finalement, nous avons tous disposé nos chaises vers l’avant, en nous entassant autour de la scène. Carlos commença par dire qu’il voulait parler du chemin du guerrier, et répondre aux questions concernant le sujet. Il dit qu’il ne voulait pas répondre à des questions ayant un intérêt personnel. Il voulait que nous posions des questions qui aient à voir avec la pratique générale et les techniques de sorcellerie.

 

         Avant d’aller plus loin, je tiens à préciser que je n’ai pas pris beaucoup de notes. Carlos donna une conférence où il parla rapidement, pendant deux heures, et après cela répondit aux questions durant une heure. Ce que je vais dire sera très sommaire.

 

         « Rêver est une affaire très sérieuse. »

Cela nous arrive tous à condition que nous y impliquions notre discipline. Le rêve lucide est en rapport avec l’auto-contemplation (par opposition au rêve des sorciers).

 

         Commentaire personnel : Il n’a pas définit ce qu’il entendait par ‘rêve lucide’, et personnellement je l’ai pris comme voulant dire ‘rêve vivace où on est conscient de rêver, et où on s’amuse avec la scène de rêve’. Un rêve de sorcier, par contraste, a un but très précis, il est discipliné, et il consiste à pratiquer certains actes spécifiques et délibérés. 

 

         « Les sorciers restreignent l’ego. »

Si nous commençons à entrer dans la routine du MOI, MOI, MOI, il pourrait nous dire quelque chose qui semblerait un peu sévère.

         « Si je vous fais quelque chose, c’est conçu pour vous faire stopper une seconde…Don Juan était un artiste dans cette manœuvre de nous stopper. »

 

         Il raconta comment, en tant que Joe Cortes, il était allé voir une astrologue qui lui avait dit qu’il était une épave, et que ses chakras avaient besoin d’être alignés. Il revint environ six mois plus tard en tant que Carlos Castaneda et, cette fois-ci, l’astrologue s’étala sur ses magnifiques aspects spirituels, son brio, le comparant à son gourou.

Il parla de quelques-unes des lettres qu’il avait reçues. Par exemple : « Mon conseiller spirituel m’a dit que mon énergie était comme la votre. Voulez-vous de moi ? »

 

         Il parla de la fois où il avait fait une conférence à un groupe d’espagnols qui lui avaient fait face avec une attitude très sérieuse, restant de marbre en écoutant ses meilleures blagues. Un homme s’était levé et lui avait demandé : « 

- Que voyez-vous ? »

- Quoi ? », avait répondu Carlos.

- Que voyez-vous ?! »

- Heu, je vous vois. »

- Ne voyez-vous pas que je suis comme vous – vous avez trois compartiments (d’énergie), et j’en ai cinq ! »

- Comment puis-je être si crétin et ne voir qu’un étron ? »

 

         Il dit que tout ce qui était personnel n’avait aucune pertinence, et parla de ‘l’encombrant poids du MOI’. En nous concentrant sur ça, nous avons laissé quelque chose gagner par défaut, et nous ne pourrons jamais actualiser nos possibilités.

 

         Il nous dit : « Vous avez pris la peine de venir jusqu’ici ; faites que ça en vaille la peine…Repartez avec la sensation que cela vaut la peine de se débarrasser de ce poids encombrant. Faites de votre temps dans ce monde quelque chose d’extraordinaire. »

 

         Il évoqua un peu la réincarnation : « Cela met trop l’accent sur nous. L’idée de revenir encore et encore jusqu’à ce que nous soyons ‘parfaits’ est absurde. Parfait pour quoi ? Pour apprécier à jamais la présence de Dieu ? Absurde. Cela met également trop l’accent sur l’homme, comme de penser que d’autres espèces peuvent tout simplement se transformer en nous. Don Juan avait l’habitude de me demander : ‘Où est cet homme parfait ? Où ?’ Mettant en évidence que si c’était vrai, il devrait y avoir au moins quelques hommes dans les parages qui soient vraiment presque ‘parfaits’.

 

         Il dit que les ‘images flottantes’ que beaucoup de gens avaient de vies passées venaient de notre cadre énergétique. « Pourquoi ne pourraient-elles pas venir de la vie de notre grand-mère par exemple ? »

 

         Il parla à nouveau de l’absurdité de nos idéologies, et dit que les sorciers ont le désir de penser réellement, pas de simplement répéter des idéologies creuses. « Les sorciers redescendent sur terre. Ils sont pragmatiques et sobres. »

 

         Puis il parla des gens qui sont des ‘baises ennuyeuses’. Il dit que si nous avions été conçu avec passion, alors nous avions beaucoup d’énergie, mais si nous avions été conçu dans d’autres circonstances (et il proposa plusieurs scenarii humoristiques), nous n’avions pas assez d’énergie. Il dit que nous avions beaucoup d’énergie particulièrement si la mère était excitée.

         Il dit : « Si elle a eu un orgasme, vous êtes en grande forme. »

 

         Don Juan dit à Carlos qu’il était une baise ennuyeuse. Et Carlos dit que lorsqu’il commença à penser à ses parents, cela le désespéra. Ses parents semblaient être si insipides qu’il pensa : « Wow, je suis foutu ! » Mais don Juan lui dit : « Ne dépenses pas ton énergie. Accroche-toi et un moment viendra où ton pouvoir sera égal au meilleur. Rien n’est définitif dans le monde des sorciers. Mais en premier lieu, tu dois savoir ce que tu es. »

 

         Il dit que nous finissions toujours par faire ce que voulaient nos parents, d’une façon ou d’une autre, peu importe à quel point nous protestions avec colère contre nos parents. Il dit que la colère était une manière stupide de protester. Le sorcier ‘refuse de se rendre.’ Même si vous êtes une baise ennuyeuse, ça suffit.

 

         Don Juan lui disait que les sorciers cherchent ‘une chance de passer à travers.’ A travers quoi ? Il mentionna ‘la force qui nous prête la conscience’ – Au moment où nous mourons cette force réclame l’énergie qu’elle nous a prêtée pour que nous la rehaussions.

 

         Puis il dit que cette force voulait juste l’énergie rehaussée provenant des expériences de nos vies, mais cela ne voulait pas dire qu’elle doit prendre notre force de vie. Il dit : « L’expérience de vie et la force de vie ne vont pas ensemble ; il n’en va pas nécessairement ainsi. »

 

         La manœuvre des sorciers pour profiter de cela est la récapitulation, le moment où les sorciers revivent leurs expériences de vie. En faisant cela, ils donnent à la force qui nous prête l’énergie ce qu’elle veut. Il parla brièvement de là où allait le sorcier au lieu de mourir de façon ordinaire. Il demandait toujours à don Juan où allaient les sorciers lorsqu’ils choisissaient cette option.

« Où ? » disait-il. « Je ne sais pas…Mais ne sois pas stupide, saisis cette possibilité ! »

 

         Il parla du fait que la plupart d’entre nous ne vivons pas vraiment les rêves de notre vie, et ajouta que nous vivions assis sur nos chaises. Il nous donna quelques exemples d’histoires de gens qui avaient rêvé de faire des choses et d’aller dans certains endroits, et qui se contentaient de lire tout sur le sujet, et ne voulaient même plus le faire après. Il dit que ce n’était pas la voie des sorciers, et que nous devions y aller.

 

         Il dit : « Ne vous asseyez pas, n’hésitez pas, en vous demandant ce qu’il y a pour vous, et comment ça va se passer. Quand une nouvelle porte s’ouvre, prenez-la ! Pas une de ces interminables tergiversations : ‘Pourquoi je ferais ça ? Où est-ce que cela va me mener ? Et après ?’  Faites-le, c’est tout. »

 

         En ajoutant que c’est ce que fait le sorcier : « Quoi que vous obteniez, c’est indescriptible. »

         Il dit que pour les sorciers La récapitulation était obligatoire. En faisant cela, il est important de créer un fac-simile de vie, qui sera accepté par cette force.

Carlos, parlant de sa propre récapitulation : « Cela me mit en face de ma répétition. J’avais un champs de manœuvre vraiment très restreint à ma disposition. »

Carlos dit que son truc principal était sa routine de ‘pauvre bébé’. Il parla de comment son grand-père avait encouragé cela chez lui, mais il l’avait oublié, et l’avait adopté comme si ça lui appartenait. Il dit qu’il avait aussi oublié toutes les barbarités qui accompagnaient cette manœuvre, et insista sur le fait que cela avait été épuisant de se voir lui-même si répétitif.

 

        La récapitulation force le point d’assemblage à bouger très légèrement. Cela lui donne finalement beaucoup de fluidité. Lorsque vous faites la récapitulation, tout d’abord, fixez l’image dans votre esprit. Prenez juste une personne et tous les détails de l’interaction. Installez d’abord la scène ; voyez la scène dans sa globalité, la porte, les murs, des tableaux sur les murs ? Des tapis ? Des fenêtres ? etc. Cela s’appelle ‘installer la scène’. Puis inspirer tout ce que vous y avez laissé, et expirer tout ce qui ne vous appartient pas. D’abord ‘inspirer dans la scène’, puis attaquez-vous aux personnes – ce qu’ils ont dit – ce que vous avez dit. Prenez tout ce que vous avez laissé.

 

        Carlos dit qu’en récapitulant, il était revenu à l’époque où il avait eu ses premiers sentiments. Il dit que finalement, il avait atteint la capacité d’avoir d’inconcevables détails. « A la fin, vous n’êtes pas la même personne. »

Il nous prévint que nous allions être fatigué, dégoûté, mais de nous y tenir.

         « L’esprit commence à se fatiguer et à pleurnicher : ‘Doucement, doucement !’ Mais continuez. A la fin, la fluidité que vous acquérez est vraiment indescriptible. »

 

         Par rapport à don Juan, Carlos dit que finalement il était parvenu à un niveau pragmatique : « Je suis les assertions de cet homme du mieux que je peux, parce que je veux combattre cette force qui nous détruit. A moins que vous n’y consacriez chaque battement de votre cœur…elle vous prendra. » Il dit qu’à moins de faire ça, nous étions une bande d’emplumés.

 

        Il loua l’impeccabilité de don Juan, disant : « Je ne pourrais jamais être comme lui – il sera toujours en avance d’une vie entière sur moi. Suivre la voie du guerrier vous permettra de vous ‘sonder’, de vous questionner. Au pire, cela vous permettra de devenir vieux avec plus de classe. Le sorcier est le seul être qui ne néglige aucun détail. D’un autre côté, la science ne nous guéri pas de l’autocontemplation. »

 

        Don Juan avait l’habitude dire à Carlos : « Que t’ont-ils fait ? »

         Carlos parla du mauvais état dans lequel nous étions et comment nous étions supposés nous aimer. Il ajouta : « Quelle terrible contradiction ! »

 

         « La première ligne d’attaque des sorciers est l’auto-contemplation. Elle doit être stoppée ou minimisée. Votre ‘merveillosité’ n’est inadéquate avec un voyage dans l’infini. C’est pourquoi les questions doivent se référer à ce que nous faisons. Don Juan me demandait de faire attention à chaque détail du monde et à ce que nous y faisons. Si vous parlez d’un événement, faites de l’événement le personnage principal, pas vous. Pour un sorcier, l’homme n’existe plus, et les autres sont de la nourriture pour les flyers. »

 

        « Ce que nous essayons de faire avec la Tenségrité est d’attirer un autre genre de force physique. » Il parla de générer ‘une énergie qui vous secoue’. « Cela ne se passe pas au niveau des muscles, c’est autre chose. » Et il raconta qu’il avait demandé des expertises physiologiques à propos de cet ‘autre chose’ sans obtenir de réponse satisfaisante. Il nous montra, en faisant des mouvements, la différence entre les actions ordinaires venant des muscles et la tension rapide des mouvements de Tenségrité.

         Carlos commença à nous exhorter à essayer plus fermement : « Allez-y vraiment à fond. » Il déclara que la plupart d’entre nous savaient que le monde n’allait pas s’améliorer. Il dit qu’il pourrait y avoir quelques jeunes gens arborant encore des rêves ‘d’amour’, mais que la plupart d’entre nous étaient assez vieux pour savoir que les choses n’iraient pas mieux.

 

         « Alors, dit-il, exécutez les mouvements à la perfection. Si vous le faites, cela créera un état de profond plaisir physique et mental. » Puis nous pourrions faire un petit, un tout petit saut vers là où il était.

 

         Les deux sujets principaux sont : les passes magiques et la récapitulation. Il les épela. « Si vous faites cela, des avenues, des portes commenceront à s’ouvrir…de mystérieuses portes. J’avais besoin de don Juan parce que j’avais besoin de vous expliquer…mais vous n’avez besoin de personne. »

 

         « Mon esprit ne s’égare pas, jamais. »

Puis Carlos parla des 28 générations de guerriers de sa lignée, et comment il devait la fermer.

« Je dois la fermer à clé. » Il insista sur le fait qu’il prenait cela vraiment sérieusement. Cela était arrivé lorsque don Juan lui avait été indiqué par l’Esprit, et avait dû le prendre avec lui. Ils découvrirent qu’il n’avait pas la configuration appropriée pour un nagual afin d’appliquer la règle. Il dit que don Juan était ‘coincé’, et devait faire avec ce qu’il avait.

« Le destin, l’Esprit, a mis en face de lui le dernier maillon de la chaîne…il déversa sur moi tout ce qu’il avait. »

 

         « La seule issue est l’impeccabilité – la décision d’agir du mieux que nous pouvons et un petit peu plus. Si ‘rien n’est trop’, vous êtes dans le royaume de l’impeccabilité. Dans ce royaume, peu importe ce qui vient, vous le prenez comme un défi. Si cela vous met en échec, ne perdez pas de temps à vous lamenter, et passer à l’étape suivante. L’impeccabilité c’est la fluidité. C’est être ‘sans regret’.  Pour être le meilleur de vous-même, vous devez savoir qui vous êtes. Donc, récapitulez. Et vous devez être en bonne forme, donc faites des passes magiques. Les passes comportent des années de travail, de sens de l’objectif, et d’intention. »

 

         « Je suis en train de fermer la lignée. C’est ma manière de fermer la porte…Autrement seul un petit nombre pourra en faire l’expérience. Peut-être que vous ferez plus que don Juan n’a jamais rêvé…qui sait ? »

« Nous parlerons plus, après que vous aurez fait les exercices, et je verrai ce que je peux vous raconter la semaine prochaine. »

 

 

Session de question-réponse

 

Pourquoi il n’y a pas d’hommes dans votre groupe ?

 

       Carlos demanda aux hommes de se lever, ils était six ou sept.

 

Vous avez eu toute cette aide...pas nous. Comment pouvons-nous le faire par nous-même ? 

 

        « Vous n’avez besoin de personne. Vous avez besoin d’intention. Vous avez besoin du ‘sens du désespoir’. C’est ce dont vous avez besoin pour bouger- Il nous donna une méthode empirique – Si vous n’avez aucun endroit où aller à part en avant sur le chemin du guerrier, alors vous faites face à l’infini. Vous devez vous dire : ‘Qu’est-ce que je vais faire ?’ (Sans le chemin du guerrier). Sentez le désespoir. Où allez-vous aller sans ça ? Vous allez vers l’attaque cardiaque. Votre seul choix véritable est de rester impeccablement sur le chemin du guerrier. Autrement, qu’attendez-vous avec impatience ? »

 

Qu’est-il arrivé à l’ancien groupe ? (Les Genaros, les Petites Sœurs…)

 

         « Ils n’étaient pas en harmonie avec moi. Ceux qui viennent avec moi doivent apprendre à lire (une lecture sérieuse). Les autres pensaient que j’étais fou et m’ont dit de me faire ‘sauter le caisson’. Ils essayaient de me tirer dans leur sens. On leur a simplement appris à être des sorciers pragmatiques. Mais don Juan a mis en place une révolution, et vous devez être très pénétrant pour le saisir. (A l’évidence, Carlos essaya de les tirer dans son sens, et ils essayaient de le tirer dans le leur, et Carlos perdit des années dans cette stupide bataille.) - A la fin, ils abandonnèrent, et don Juan les emporta avec lui. Il plongea comme un aigle et les prit avec lui. Où ? Je n’en ai aucune idée. J’ai tout un tas de spéculations à ce propos. Une des possibilités est qu’ils soient dans une des centaines de couches de l’oignon. Où qu’ils soient, ils sont infiniment mieux que là où se trouve mon grand-père. »

 

Nous vivons constamment. Devons-nous continuer à récapituler toutes nos expériences au fur et à mesure que nous les vivons ?

 

         « Oui ! Récapitulez constamment ce que vous avez fait, à la fin de chaque journée, pendant à peu près une demi-heure. Faites-le compulsivement, religieusement, tous les jours ; puis continuer avec les événements en cours de récapitulation. Le truc favori du mental est : ‘C’est si confus.’ Ne vous arrêtez pas aux détails, faites-le ! » 

 

Quelqu’un posa une question sur le rêve

 

         « Si vous avez assez d’énergie, vous pouvez acquérir la conscience de rêver. Rêver est ‘l’utilisation intelligente de la disposition naturelle du point d’assemblage à bouger au cours du sommeil normal’. Les sorciers ne contrôlent pas l’endroit où se déplace le point d’assemblage, ils contrôlent seulement la vision de la nouvelle position. Cela demande de la discipline – pour maintenir la vision de ce nouveau monde. Cela demande des ‘nerfs en acier’. Bougez, et maintenez-le sur la nouvelle position, vous verrez bien ce qui arrive. Peut-être qu’un jour nous aurons un séminaire de rêve. Qui sait ? Je suis le dernier. L’ultime acte de la sorcellerie est de nous rêver nous-même. »

 

Quelqu’un demanda quelque chose à propos de ce que nous devions faire de notre intellect.

 

         « Utilisez l’intellect, écrivez. Ecrivez intellectuellement sur tout ce que vous faites. » Il proposa que nous utilisions l’intellect avec prudence et avec diligence tous les jours de 8h à 17h, et puis « A 17h vous êtes l’être qui va mourir. »

 

Une autre question à propos du fait qu’il est le dernier de sa lignée.

 

         « Don Juan lut dans mon énergie que j’étais le dernier de sa lignée. C’est la condition naturelle de l’ordre d’arriver à une fin. Sa lignée, en tant qu’ordre, arriva à une fin. »

Carlos remarqua que cela l’avait souvent mis dans un état proche de pleurer, et nous dit de ne pas nous inquiéter si cela arrivait, cela était très bon pour nous d’évacuer toutes les toxines.

 

         En réponse à une question, Carlos parla des flyers, de comment ils mangent notre conscience presque systématiquement, comme si nous étions des poulets dans un poulailler (organisés en villes selon leur convenance), et il insista sur le fait que ce sont les flyers qui nous donnent nos idéaux, et à quel point cela est terrible.

 

         Il parla un peu de la conception du paradis selon don Juan. Et il nous parla de la ‘paix du paradis’ – il imita la façon dont tout le monde devait marcher dans un rêve lent et paisible ‘pour l’éternité’. Comment personne ne devait faire aucun bruit, et rester très tranquille, comme ici en fait. Il dit qu’on pouvait comparer cela à un ‘magasin juif’, où le gérant du magasin avait deux fils : l’un des deux est Saint-Pierre, le ‘bon fils’ qui s’occupe des livres à l’intérieur, tandis que l’autre s’occupe du commerce dans la rue (Lucifer).

 

         A nouveau, il illustra l’absurdité des idéologies que l’homme a fixées pour des siècles, à cause des flyers. Il nota qu’avec de tels idéaux, nous n’avions pas de temps pour méditer à autre chose.

 

         Il raconta comment des gens au Mexique s’étaient inquiétés sur le fait qu’il draine leur énergie pour devenir plus fort. Il dit que cela était impossible, que nous étions des unités fermées – aussi la tentative du sorcier est de transcender ces limites.

Il dit : « L’énergie ne peut venir que de vous. Pour nettoyer les débris, et permettre à l’énergie de s’élever d’elle-même, si vous nettoyer 90% de votre fumier, vous aurez 90% d’énergie en plus. »

 

Quelqu’un posa une question à propos d’avoir l’intention de nous en avant, comme le Défieur de la mort.

 

         « Nous parlerons un peu plus tard du Défieur de la mort, et nous allons même vous apprendre deux des passes du Défieur de la mort. »

 

Quelqu’un demanda pourquoi ils devaient continuer à occuper des emplois normaux alors qu’ils étaient sorciers.

 

          « C’est une geste impeccable. Nous voulons nous déplacer sans être aperçus. C’est juste une expression envers ce monde exquis que de travailler. » Il se moqua un peu de cette question, disant qu’elle venait des doigts de pied.

 

Question sur les êtres cycliques.

 

         « Nous sommes tous des unités reliées à d’autres par un filament d’énergie. Cela nous rend si homogène que nous sommes une seule et même personne.  Il est difficile de trouver qui sont ces êtres. »

Il raconta une histoire extraite de ‘Voir’ où il était allé planter une plante qui lui avait été donnée, et avait été accosté par trois ‘entités’ qui avaient pris la forme de personnes. Il dit que ces entités étaient des êtres cycliques pour lui, ‘rattachées’ au même niveau que lui.

« Certains d’entre nous savent qu’elle est notre place. Les lignes de la cyclicité transcendent ce monde – elles vont dans l’infini. Les êtres cycliques sont comme ‘un esprit dans deux personnes’. »

 

         A ce point de la conversation, il demanda si nous voudrions voir deux êtres cycliques, et il fit se lever deux personnes que nous pensions être les éclaireurs orange et bleu pour faire face à la foule. D’une certaine façon, elles étaient similaires, bien qu’elles étaient en même temps assez différentes.

 

Une personne posa une longue question sur la peur de laisser derrière soi le monde familier.

 

         « Oui, c’est terrifiant pour l’ego. On peut supprimer l’auto-contemplation, alors il n’y a plus de peur. Balancez tout – laissez le mouvement fluer. »

 

Question à propos des êtres inorganiques.

 

         Il évita la question, disant qu’ils allaient beaucoup en parler plus tard. Il mentionna que don Juan encourageait d’avoir ‘une aversion pour les êtres inorganiques’.

 

Une question à propos de voir les animaux, et de quoi ils sont l’air, ce qu’ils partagent et ne partagent pas avec l’homme.

 

         « Chez les animaux, la lueur de conscience est différente, donc les sorciers ne peuvent pas complètement les voir. J’avais l’habitude de poser des questions comme ça à don Juan, et il disait toujours qu’il ne pouvait pas y répondre. Je peux voir l’énergie essentielle des animaux, mais pas les détails. Cela nécessite une plus grande masse pour voir à travers les lignes de la spéciation. »

S’ensuivit une discussion détaillée sur comment à travers les âges, les sorciers n’avaient jamais eu assez de masse pour faire beaucoup de choses.

« Si suffisamment de masse était impliquée, nous pourrions couper au travers des lignes de la spéciation – la masse c’est l’essentiel. Don Juan n’aurait jamais pu faire cela, et peut-être l’a t-il laissé pour moi.

         Puis il reparla des mouvements et dit : « Faites-les impeccablement, encore et encore et encore. C’est le défi ; c’est le test. »

 

         Carlos dit que notre mandat biologique est de se reproduire, mais maintenant il est temps de le transformer en un autre mandat de puissance égale : évoluer. Il parla de comment nous avons été stoppés en tant que race, et comment nous devions d’abord évoluer, puis nous reproduire.

 

         Il nous dit d’examiner l’ordre social, disant : « l’ordre social est notre bouclier, mais il ne nous protège plus en tant que race. Donc, il est temps d’évoluer. »

« Les flyers sont Le Seigneur. C’est une situation terrifiante. »

 

Combien faut-il faire de Tenségrité pour que cela soit suffisant ?

 

         « Faites-en autant que vous le pouvez. »

Carlos nous dit d’utiliser la masse, observant que cela nous protégeait énormément. « Ici, ensemble, ce milieu suinte l’énergie, mais retournez à la maison, et vous êtes seul. »

 

Question à propos de l’Esprit.

 

         « L’Esprit est quelque chose que vous ne pouvez ni voir ni sentir. Vous pouvez dire que quelque chose vous permet d’utiliser une espèce de force invisible, et vous pouvez remarquer quand elle agit, comme si les effets de l’Esprit étaient palpables. Les sorciers ne peuvent pas le voir comme de l’énergie – ils ne peuvent voir que les résultats. »

Il spécula sur la possibilité que ce rassemblement crée un résultat majeur à la fin : « Ce serait une manifestation. On ne peut pas dire ‘voilà, ça c’est l’Esprit, là’, mais on peut le remarquer post-facto – après que cela ait eu lieu. ‘C’est l’Esprit, c’est inévitable’. »

 

         « L’intention des passes est de déplacer le point d’assemblage vers une position idéale à l’intérieur de l’œuf lumineux. »

 

         Il parla du fait qu’il y avait d’autres positions accessibles qui étaient en fait en dehors de l’œuf, mais que maintenir ce par quoi nous sommes intéressés dans la Tenségrité c’est rester véritable envers ce que nous sommes, tout en grandissant en terme de force et de sobriété.

 

Question à propos des handicaps ou des blessures liées à la Tenségrité.

 

         Il réitéra ce que les Chacmools avaient dit, de ne pas forcer. Il dit que si une partie du corps était blessée ou inapte, il fallait utiliser une autre partie.

« Si vous ne pouvez pas bouger quelque chose, bougez quelque chose d’autre. »

 

         Il reparla à nouveau de la masse, et sur le fait que si nous avions une conviction totale, alors tout ce dont nous avions besoin était d’être présent. Alors quelque chose d’inconcevable arriverait. Il donna l’exemple d’une recherche qui avait été faite sur des colonies de fourmis. Quand elles étaient 50 fourmis, elles se déplaçaient de façon erratique, mais lorsqu’elles étaient 52, cela se métamorphosait en un système de travail intelligent.

 

         « Les sorciers du passé ne furent jamais capables de réunir suffisamment de masse. Travaillant avec la règle, et acceptant uniquement ceux qui étaient désignés par l’Esprit, leur nombre a toujours été restreint. »



Publié à 11:06 le 6 juin 2007 dans Carlos Castaneda conférences
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Culver City (suite)

Remarques personnelles :

 

         Durant le séminaire, Carlos mentionna que l’homme qui l’avait conduit jusqu’à don Juan était mort peu après, et il dit que don Juan avait ‘vu’ que l’homme était sur le point de mourir. Cela avait été le premier d’une série de ce Carlos dit avoir été un grand nombre de signes et de découvertes, qui avaient conduit don Juan vers l’inévitable conclusion que Castaneda était le dernier de la lignée.

 

         Ainsi, c’était là, dès le début, et cela ne pouvait pas être attribué à de quelconques actions ou à la personnalité de Carlos, c’était don Juan qui avait fait cette découverte, très longtemps avant.

 

         Carlos nous dit cela au début du séminaire, disant : « Don Juan a lut dans mon énergie que j’étais le dernier de sa lignée…c’est la condition naturelle de l’ordre que d’avoir une fin. »

        Et parce que c’est la fin, il a une intense volonté de donner la connaissance à autant de personnes possible, donc tout ne s’arrête pas avec lui.

 

          Il fut révélé publiquement dans Le Don de l’Aigle que don Juan savait que Carlos n’avait pas la bonne configuration énergétique pour un homme nagual et, à cause de cela,  il ne pouvait pas conduire le groupe qui avait été réuni pour lui. Au cours du séminaire, Carlos dit que don Juan savait alors que l’Esprit avait déposé devant lui le dernier maillon de la chaîne.

 

         Carlos a dit que son intention et celle de don Juan pour la fin de cette lignée était comme une ‘explosion toujours ouverte’. Maintenant, en y repensant, cela a toujours été évident. En témoigne la longue série de best-sellers qui sont sans précédent dans le monde de la sorcellerie. Depuis le début, Carlos a créé une énorme ouverture dans ce monde.

 

         Carlos a rapporté que derrière cette évidente expression se trouvait don Juan, qui lui avait fait écrire les livres comme un acte de sorcellerie. Mais pourquoi les avoir publié partout ? Pour les quelques-uns qui pourraient sauter sur l’occasion d’avoir une occasion. Et ainsi, il était bien connu depuis des années que Carlos était le dernier maillon.

 

         L’Esprit avait parlé, et la tâche que donna don Juan a Carlos reflète clairement ce qui a été dit : « Donne-le aux masses. »

 

          Durant le séminaire, Carlos relata que puisque don Juan savait qu’il était le dernier, il avait déversé sur lui tout ce qu’il avait. Et, par extension, Carlos l’a déversé sur nous. D’abord avec tous ces livres, et maintenant avec la Tenségrité. La Tenségrité est tout à fait en accord avec cette poussée, avec cette tentative de partir ‘dans une explosion’. C’est quelque chose qui ne fut jamais tenté auparavant. Et si ça fonctionne, ce sera du jamais vu. A un certain moment, il s’interrogea à voix haute : « Qui sait, nous pourrions faire des choses que même don Juan n’a jamais rêvé. »

 

         On nous a dit au séminaire que la Tenségrité était un portail. Une porte. Si vous voulez faire une offre au monde des sorciers,  c’est une avenue. Carlos dit à ceux qui sont venus : « C’est votre offre. Faire de la Tenségrité, c’est le test. »

          Si vous le faites, et si nous parvenions à faire grandir votre conscience, alors il nous trouverait, et il dit clairement que dans ce cas, il serait obligé de faire tout ce qui était en son pouvoir pour nous.

 

         Mais pour traverser cette porte, cela requiert de travailler plus dur que tout ce que nous pouvons imaginer. Carlos rapporta que don Juan disait qu’il devrait se refaire lui-même dix fois pour parvenir à avoir l’occasion d’avoir une occasion.

 

Par rapport à la pratique quotidienne de la Tenségrité :

 

          Puisque les techniques furent découvertes en rêve, et que l’intention qui leur fut attribuée était de ramener le bien-être du rêve dans la vie quotidienne, il en résulte que la vie de ceux qui pratiquent devient de plus en plus ‘comme le rêve’. Un des effets remarquables de cela pourrait être d’arriver à des états de silence intérieur, car quand on rêve, on est beaucoup plus silencieux.

 

          Carlos mentionna aussi : « Si vous faites de la Tenségrité, les idées les plus dingues vont arriver. »

Je penses que j’ai fait l’expérience plusieurs fois de ce dont il parle. Une façon simple de le décrire serait de dire que quelque chose comme l’attention de rêver commence à fonctionner en conjonction avec notre processus normal de pensée, c’est-à-dire que vous commencez à avoir des laps d’états de rêve alors que vous êtes pleinement éveillé.

 

         Une autre manière de décrire ce dont j’ai fait l’expérience serait de dire que j’ai commencé à me sentir comme si, d’une certaine façon, je m’étendais à l’environnement autour de moi, et je pensais depuis le point de vue d’autres parties de cet environnement, avec d’étranges sensations physiques.

 

         Par exemple, ‘se sentir comme une lampe’ et ‘avoir des pensées pour la lumière s’écoulant autour de moi’, ou ‘se sentir comme l’air’ et ‘avoir des pensées sur la sensation de passer dans un ventilateur’, peut-être sous la forme d’une drôle de petite chanson, ce genre de trucs dingues. Des ‘idées physiques’ expansives. La vélocité de l’éclairage. C’est comme si on fusionnait avec l’environnement. Dès que vous réalisez que cela vient d’arriver, une autre idée arrive.

 

         Il y avait des centaines de personnes qui assistèrent à ce dernier séminaire, et Carlos vint à eux chaque jour pour se ‘déverser’ sur eux, simplement en faisant ce qu’il disait : contournant son mental pour contourner le leur, pour parler avec son corps d’énergie directement aux leurs. Cela a du sens. Il est mortellement sérieux. Il cherche la masse. Il essaye de promouvoir activement cette ‘explosion toujours ouverte’.

 

         Et si ça marchait ! Essayez d’imaginer de quoi seraient capable des centaines de sorciers ! Il nous donna l’exemple des anciennes cités où toute la population était partie dans la seconde attention.

 

         Le Défieur de la mort, qui a prit de l’énergie de leur lignée durant des générations, fini lui aussi par réaliser que Carlos était le dernier de la lignée, et ce fut la raison pour laquelle il fusionna avec Carol (voir la fin de L’Art de Rêver).

Au séminaire, Carlos expliqua que le Défieur de la mort savait que sa source d’énergie arrivait à son terme, et qu’il devait placer toutes ses billes sur eux. S’ils n’étaient pas les derniers, alors pourquoi même le Défieur de la mort aurait fait ses valises et aurait sauté dans le train ?

 

         Dans le dernier chapitre de L’Art de Rêver, don Juan dit à Carlos qu’à cause de ce qu’a fait le Défieur de la mort (offrir à Castaneda le don d’infinités possibilités de rêver), il allait « se retrouver dans une autre époque, dans un autre monde ; un monde plus vaste, toujours ouvert ; un monde où l’impossible pourrait même être réalisable. » Ce temps devrait arriver très prochainement.

 

         La fin de L’Art de Rêver contient d’autres indices à la possible nature de cette ‘explosion toujours ouverte’, quand Carlos dit à Carol : « Je pars en mille morceaux, je sens que je vais pleurnicher sur le sort des gens (…) Je pensais qu’elle allait saisir l’humour de ma déclaration. Mais elle ne réagit pas ; comme si elle était d’accord. » Et à un autre endroit, Carol dit à Carlos : « La peur n’est rien comparée à l’affection. La peur te fait courir comme un fou ; l’amour te fait agir avec intelligence. »

 

         Ces deux citations sont issues du moment où ils sont en train d’avoir ‘l’intention dans la seconde attention’, où Carol dit : « Toi et moi nous nous rêvons nous-même  dans un autre temps. Un temps encore à venir. »

 

         Remarquez que cela va tout à fait dans le sens de leurs déclarations actuelles concernant le retour de Carol, qui a ouvert un nouveau domaine d’action. 

 

         Ce ‘temps encore à venir’ est celui que nous vivons. Carlos prêche toujours le pouvoir de la peur, mais Taisha a vendu la mèche durant le séminaire à l’institut Omega. Et tout ce que qui venait de chacun d’entre eux reflétait l’affection, une affection étrange et sans pitié.

Et le ‘masque de générosité’ n’était plus un masque.

 

Notes d'un praticien



Publié à 10:55 le 6 juin 2007 dans Carlos Castaneda conférences
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Librairie Phoenix

                            

 

 

Librairie Phoenix - décembre 1993

 

Le fondement du chemin du guerrier

 

 

        Un nagual est une personne avec une double configuration énergétique. Il y eut 27 naguals dans la lignée de don Juan. Don Juan appelait cela « sorcellerie ». Je pense que je peux le nommer autrement. Peut-être nagualisme ?

 

        Don Juan enseignait une façon de briser le conditionnement psychologique de la division cognitive qui nous maintient coupé de nos ressources. Le monde, tel que nous le percevons, a été formé par un a priori. Il nous a été donné.

 

        La chose la plus importante qu’ai dit don Juan était que toute notre énergie est engagée dans la défense du moi. Tous nos efforts vont dans ce sens. Nous avons été entraînés à défendre notre concept du moi depuis si longtemps que nous ne le remarquons même plus.

 

        Il est temps que nous commencions à nous découvrir nous-même. En commençant par récapituler notre vie. Chaque action, chaque événement, pour trouver « la charnière » qui imprègne notre vie. Notre charnière est la façon dont nous nous comportons avec les gens. 

 

        Lorsque j’ai commencé à récapituler, j’ai découvert que je me comportais dans le monde comme un bébé. Je me sentais désolé pour moi-même. Ma vie entière n’était rien d’autre que la répétition sans fin de ça. Quand don Juan m’a fait récapituler ma vie, j’ai vu comment je perdais ma vie à défendre cette position. Ce fut une prise de conscience horrible. Tout ce que je voulais c’était trouver quelqu’un pour écouter ma triste histoire, et me sentir désolé pour moi-même.

 

        Cette idée de l’importance personnelle nous tient tellement que nous ne pouvons rien voir d’autre, mais il est possible de s’écarter de cette idée d’importance personnelle.

 

        Une autre façon dont nous restons attachés est en pensant que nous nous réaliserons lorsque nous trouverons un compagnon. Nous pouvons même être marié et continuer à chercher quelqu’un qui pourrait répondre à notre besoin. « Ce n’est que ma femme ».

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