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Los Angeles 1995 - Conférence Castaneda (7)

 
 
 
 
Los Angeles, séminaire intensif, août 1995
 
 
 
 

Carlos Castaneda - Conférence du dimanche après-midi



         Aujourd'hui c'est notre dernier jour. Est-ce que vous pouvez m'entendre ? (il réajuste le fil de son micro). Donc, nous sommes sur le point de finir notre route de trois semaines. Beaucoup de gens sont mécontents car nous n'avons pas répondu à leurs besoins personnels. C'était impossible. Je vous ai dit au début que j'allais dire des choses dérangeantes. Vous avez besoin de suspendre votre jugement. C'est un accord qui va avoir lieu entre votre corps d'énergie et « ça ». Nous ne pouvons pas être des investisseurs, et penser toujours en fonction du « moi ». Ne me donnez pas de cette saloperie à propos de l'ego ! Vous posez des questions en fonction de ce que veut votre ego. Non, vous n'êtes pas parti de rien. Vous avez été atteint à un niveau très bizarrement profond, croyez-moi. Vous allez vous souvenir de ce que j'ai dit : j'ai contourné mon mental, et ainsi j'ai contourné le vôtre. C'est une manœuvre de sorcier. C'est quelque chose que nous ne pratiquons pas dans le monde de la vie quotidienne, à cause du « moi ».

         N'ayez pas le sentiment d'avoir été escroqué. Ne formulez pas d'accusations comme, « Où as-tu rangé ces ciseaux ?! », ou, « Tu ne vois pas que je t'aime ?! » (demandé sur un ton de reproche). J'étais dans le bureau d'un avocat. C'était un gars exquis. Une jeune femme était là, qui voulait récupérer son compte (elle ne voulait plus travailler avec lui). « Vous ne m'aimez pas ? », demanda l'avocat. « Bien sûr que je vous aime bordel ! », répondit-elle, énervée. Mais c'est ce que nous faisons tous. La plainte est dans la question. La plupart des questions que j'avais étaient en rapport avec le désir ou la sensualité. « Qu'est-ce que je fais avec mon désir ? », je disais à don Juan, avec ce ton de voix (faible, pleurnichard). « Don Juan, qu'est-ce que je dois faire, je ne peux pas vivre sans avoir une femme dans mon lit tous les jours ! » Don Juan répondait toujours, « Eh bien, si le ton de ta voix peut donner une quelconque indication sur ton niveau de désir, tu n'as pas à t'inquiéter... » Si nous avions vraiment un désir aussi grand que ça, nous aurions trois femmes. « Est-ce que c'est bien de regarder le cul de quelqu'un ? » C'est le mental. Si vous vous calmiez un peu, vous ne seriez pas comme ça.

         Certains ont mentionné ma « plainte » à propos de certaines choses. Je décris un processus phénoménologique. Un gars qui se plaignait m'a demandé quelle était la différence entre sa plainte et la mienne. Je décris un processus. Je lui ai demandé comment il se sentait. « Très mal ! », il a répondu. Mais moi je me sens bien...Tout comme pour mon avocat, pour qui je dois concocter des histoires afin qu'il sente à quel point ma vie est merdique. Putain, qu'est-ce qu'il m'aime !

         Mon œil droit ne voit plus très bien. Quelque chose m'emporte chaque jour vers mon côté gauche, l'endroit où la vision est à 360°, là où je tournoie complètement, cela affecte les yeux. Comment je me sens ? Les gens me demandent comment je nourris mon corps lorsque je pars pour de longues périodes de temps. Vous l'emportez avec vous ! Les chaussures et tout le reste. Ils me demandent, « Bon, pourquoi avez-vous besoin de partir ? » Mais plus j'essaye d'expliquer les choses, plus je me sens mal, comme tout le monde.

         Don Juan était abstrait. Nous sommes en train d'exploser, nous sommes le dernier maillon. Oui, nous avons tous eu de longs apprentissages. Mais ce n'est plus le cas maintenant. Nous ne pouvons pas vous tenir la main. Nous vous donnons le meilleur de l'explosion. Nous devons être fluides pour faire face à ce « quelque chose » de nouveau. Au moment décisif, nous devons y entrer, et y établir rapidement un ordre inhérent. C'est l'agilité que je voulais décrire. Cela peut paraître stupide, mais laissez votre corps d'énergie digérer.

         Je suis un scientifique en sciences sociales, par définition et par choix. Je voulais écrire des articles d'ethnobotanique, alors je suis parti à la recherche d'un indien. Un anthropologue m'a servi de guide. La raison pour laquelle don Juan m'a regardé, c'est parce que Bill, qui nous a mis en relation, était sur le point de mourir d'une crise cardiaque. Un an plus tard, il est mort. Don Juan a vu quelque chose en lui qui lui a indiqué qu'il était sur le point de mourir ; quand je lui ai demandé ce que c'était, il m'a dit qu'une fois que j'aurais appris à voir, je serais capable de le faire aussi, mais je ne peux toujours pas le faire. Je ne sais donc pas ce que don Juan a fait.

         Ainsi, j'ai été présenté à don Juan par la mort elle-même. C'était un signe important pour don Juan, cela signifiait la mort de sa lignée après moi. C'est pourquoi don Juan devait me prêter attention. Puisque les sorciers n'agissent qu'en fonction de ce que « ça » leur dicte, il devait m'apporter toute l'aide qu'il pouvait. Il dévia la direction de mon intérêt. J'étais étudiant en ethnométhodologie, une composante de l'ethnologie et de la phénoménologie. Alfred Shultz, auteur dans ce domaine, prend le monde de la vie de tous les jours comme un sujet sérieux de discussion philosophique. Selon ses termes, nous sommes tous de surprenants sociologues de notre propre culture quotidienne, alors pourquoi ne pas nous considérer nous-mêmes comme les experts que sont les sociologues ?

         En 1883, un statisticien mesura la quantité de crottin de cheval laissée par les voitures à cheval dans Manhattan, et conclut qu'en 1923, tout Manhattan serait recouvert d'une épaisse couche de crottin. Bien sûr, les voitures sans chevaux furent inventées, et donc sa projection fut jetée par la fenêtre. Nous sommes en train de supprimer la forêt vierge...mais nous n'avons pas pris en compte les virus qui vont nous conduire à l'extinction. J'ai connu une femme activiste qui a écrit deux pages entières dans le New-York Times, en blâmant George Bush à propos de la déforestation. Elle-même a cinq enfants, mais...ce n'est pas un mal. C'est ça le problème. Elle m'a demandé de contribuer. Non ! Elle est coincée dans un slogan répétitif. Ça sonne bien mais ça n'a pas de signification. La population continue de s'accroître. Comment allons-nous régler ce problème, en protestant ? Où allons-nous mettre tout notre papier toilette ? Je lui ai dit qu'il existait différents niveaux de sofistication par rapport à comment nous affirmons et expliquons les choses. La plupart se contente de répéter des slogans, cela n'a aucun sens. Ce n'est pas de la réflexion, c'est juste de la rhétorique. Mais ça semble bien à première vue...

         Bon, j'ai encore digressé. Donc, je suis allé chez un tailleur pour apprendre à ressembler à un ethnométhodologue. Et j'apprenais à parler en mordillant ma lèvre de cette façon (durant sa démonstration, il prend l'air du penseur sérieux et fait rire l'audience). Puis, j'ai rencontré cet homme qui m'a accueilli - l'épitomé de tout ce que je ne voulais pas trouver, mais ce fut pour moi l'ultime expérience. J'étais bien préparé à le prendre au sérieux une fois dépassées mes barrières...l'ego. J'étais préparé à le prendre mortellement au sérieux, mais il avait un travail à faire sur moi. Ma résistance était tout comme la vôtre. Nous prétendons être aventureux, mais nous restons bloqués face à la nouveauté. Je posais des questions obscènes à don Juan, tout comme vous. Je me plaignais, « J'ai roulé 2500 Km pour venir vous voir, et vous ne faites rien, à part vous moquez de tout ce qui est sacré. » Il était seulement en train de me montrer les failles. Mais il adorait rire, alors il était agressif en me les montrant...Il me donnait des coups - un seul petit coup et je bougeais.

         Puis, il me présenta une manière extraordinaire de comprendre l'univers, infiniment plus inclusive que celle de mon grand-père. Tout ce que fit mon grand-père fut de m'enseigner à être un égomaniaque, à vivre une vie inutile et à mourir d'une mort inutile. Annulez ça ! Bougez-vous ! Ils vous « flanquent » dans cet état, alors flanquez-vous dehors. Ils vous ont fait ainsi ! Don Juan m'a donné un format, le « chemin du guerrier ». Il définit ce qu'est la sorcellerie. Pas d'incantations... je m'abstiens de parler de l'Eglise catholique, encore que ce soit plus facile que de parler des Amérindiens - un sujet très sensible ces jours-ci. Mais ils déforestent les plaines, et brûlent le sol des Etats-Unis. Il n'y là rien de sacré, rien de spirituel. C'est rituel. Nous tombons tous dans ce genre de choses.

         Quelque chose nous dicte nos croyances. Pourquoi cette angoisse ? Ce sont simplement des placebos qui nous maintiennent en rang, et nous empêchent d'examiner ce qui se passe. Nous voyons la faille chez l'autre, mais pas chez nous. J'ai vu des Américains d'origine mexicaine récolter 3000 dollars en travaillant dans des parkings. Des professionnels. Mais quelle est la définition du problème ? Une des choses les plus difficiles au monde est de faire que des Argentins voient la vérité. Pourquoi ? Ils sont les meilleurs pour donner des explications. La blague c'est qu'il y a un psychologue par Argentin. J'avais un ami que j'essayais d'aider. Mais il y a une limite à ce qu'on peut faire pour quelqu'un sans sa coopération. Maintenant j'ai vraiment perdu le fil !

         La première loi de la sorcellerie : l'ego provoque la maladresse. Puis vient l'explication. Nous sommes capables de voir l'énergie telle qu'elle s'écoule, et donc de voir les êtres humains comme des conglomérats de champs énergétiques, maintenus ensemble par une mystérieuse force de cohésion, dont le résultat est un œuf lumineux. Nous décrivons le phénomène « d'apercevoir » l'énergie en « voir », bien que cela ne soit pas régi par les yeux mais plutôt par chaque morceau de notre conscience. Puisque nous sommes essentiellement visuels dans notre perception de la vie quotidienne, entendre est un acte minimal, et sentir et goûter n'existent pas, tout est reduit à l'expression visuelle. Ainsi, pour les objectifs de l'explication, nous disons que c'est « visuel, et bien plus ». Les sorciers ont fait ça durant des milliers d'années.

         C'est la seule façon de voir un être humain. Nous ne pouvons pas nous voir en tant qu'aura, ou en tant que « lumière azur », ce sont juste des explications, des interprétations. Il n'y a qu'une seule façon de marcher, c'est la façon bipède. Mais, combien de temps cela nous prend-il pour apprendre ? Des années. Donc, cela prend des années pour gagner...ou regagner, en fait, la capacité de voir l'énergie telle qu'elle s'écoule, sans interprétation. Le moment où nous interprétons, nous nous retrouvons devant le monde de la vie de tous les jours. Nous commentons une agglutination de détails en unités uniques de gloses sans fin. Cela nous prend une éternité pour apprendre à agglutiner une « chambre ». A l'intérieur de la « chambre », nous pouvons prendre « un mur », etc., en allant vers de plus en plus petites unités de gloses, à l'infini. C'est la manière dont nous avons appris à interpréter les données sensorielles comme sollicitation perceptuelle, et que nous avons émergé dans le monde de la vie de tous les jours.

         Pour les sorciers, le monde de la vie de tous les jours n'a aucun sens, à part en tant qu'accord que nous avons été forcé d'adopter. Regardez ce que nous faisons aux enfants autistes qui ne peuvent pas assembler une « chambre », qui ne peuvent pas faire de gloses. Nous les mettons dans des institutions, nous les droguons, nous leur donnons des électrochocs. Je suis presque devenu un psychanalyste profane. Mais c'était trop accablant. Rien que de penser - Je pourrais analyser vos rêves sexuels ! J'aurais été le « Dr Katz ». Maintenant, j'ai vraiment perdu le fil.

         Où est-ce que j'en étais ? Nous construisons des gloses de signification, de perception, d'intentionnalité. Nous intentionnons la chambre avant même qu'elle ne soit une chambre. Les autistes ne peuvent pas fixer leur point d'assemblage assez longtemps pour s'en préoccuper. Une fois, j'ai fait parlé un autiste. Mais mon professeur m'a recalé, sous prétexte que je n'avais pas suivi la bonne méthodologie. Nous pouvons leur prêter la position de notre point d'assemblage. Mais nous ne pouvons pas le faire à travers un processus. Nous le faisons à travers un canal d'affection. Les enfants s'accrochent et se mettent sur la position de notre point d'assemblage.

         Qu'est-ce que le point d'assemblage ? Le point d'assemblage est un point d'une intense luminosité, visible sans l'intervention des yeux. Nous le « sentons » ou le « voyons » dans l'œuf lumineux. L'œuf est de ma taille, les bras étendus dans chaque direction. L'art des sorciers est de vous taper depuis en dessous et de vous faire flotter, puisque nous sommes incrustés dans la matrice de la Terre.

         La responsabilité est affection pour les sorciers, c'est exquis. Cela n'a rien à voir avec l'ego. Ça vient de l'abstrait, de l'inconnu, de l'éternel. C'est irréfutable. Ils vous tapent, et vous flottez comme une bulle d'énergie. Le point d'assemblage est là (indiquant un point derrière le dos, entre les omoplates), la perception est « assemblée », d'où le nom de point d'assemblage. Ce n'est pas une théorie. C'est une conclusion faite par les sorciers et basée sur l'observation. Des milliards de champs énergétiques mobiles convergent et passent à travers le point d'assemblage, produisant le monde par des moyens indescriptibles. Cette position produit le monde de la vie de tous les jours (indiquant la même position entre les omoplates). Mais par là (indiquant des points situés à d'autres endroits), il y a d'autres ensembles de champs ou filaments énergétiques venant de toutes les directions concevables. Lorsque le point d'assemblage bouge et que les filaments convergent vers celui-ci, nous avons un autre monde complètement différent. Il est toujours à l'intérieur de l'œuf lumineux, ou du royaume de l'homme. Ces mondes peuvent être obscurs et bizarres, mais ils font toujours partie de nous.

         J'ai lu LaBarre ( ?) et Schlotke ( ?), des experts en peyotl. De gros textes, des livres épais. J'en ai lu trois d'entre eux, ensuite je suis devenu moi aussi un expert. J'ai dit à don Juan, « Je peux vous être très utile, étant donné ma connaissance sur le peyotl ». Don Juan ne lisait pas, il voyait directement, ce n'est pas un processus mental. Don Juan disait que l'œuf lumineux est l'épicentre ou le noyau de la tradition des sorciers. La sorcellerie ce n'est pas « hiya, hiya, hiya » (imitant un drôle de chant indien). Les gens me détestent quand je fais ça ! Mais je ne me moque pas, ce n'est pas ça. Lorsque nous faisons face à notre mort, nous ne sommes pas seuls, en train de mourir d'un cancer. Il y a des choses horribles emmagasinées en nous. C'est un choix. C'est notre choix de ne pas nous sentir offensés. Vous récoltez ce que vous semez.

         Ce qu'obtiennent les sorciers, c'est un moment de désespoir. Don Juan m'a donné des plantes hallucinogènes afin que j'aie accès à ce désespoir. Si nous ne sommes pas désespérés, ce n'est pas assez - nous sommes foutus. Pourquoi essayerions-nous, si nous sommes heureux dans notre vie quotidienne ? Jusqu'ici, j'ai été incapable de créer ce sens du désespoir chez les autres. Soit vous l'avez, soit vous ne l'avez pas. Comment pourrais-je défaire l'amour que les gens ont pour leur ego, pour la vie quotidienne ?


         Je veux vous offrir tout le traitement que puisse apporter un être final. Comme la petite fille de 10 ans. Je ne peux pas concevoir qu'elle ne sache pas ce qu'elle fait. Elle le sait, même si c'est à un niveau différent. Je respecte cela. La sorcellerie est l'art d'annuler le système d'interprétation qui rend le monde tel que nous le voyons. Annulez-le et l'énergie coulera jusqu'à vous. Le sorcier l'annule durant un temps suffisamment long pour voir. C'est ce qui fait de nous des sorciers. Qu'est-ce qu'un chaman ? Il contacte ses esprits, il boit du coca en fumant son tabac...cette annulation demande un effort immense et un immense désespoir. Si la vie quotidienne est okay, alors pourquoi s'en soucier ? Nous devenons complaisants. Il est pour moi impossible de casser la « ligne de complaisance ». Mais pas pour vous.

         Don Juan m'a dit, « Tu dois faire quelque chose d'extrêmement nihiliste, ou sinon tu vas juste le foutre dans ton sac de notes et devenir un professeur, aveuglant ses étudiants avec toutes ses recherches. » Il disait, « Tu dois quitter tes amis ; ils te connaissent tellement bien, tu n'as jamais été seul de ta vie. Vas louer une chambre et restes-y jusqu'à ce que tu meures. » Je lui ai demandé, « Quel est votre critère pour savoir que je suis mort ? » Il m'a répondu, « Lorsque être accompagné ou être seul n'aura plus aucune importance pour toi. Ne pense qu'en terme de ‘temporaire' », dit-il. « Alors tu ne pleurnicheras plus. Pense aux cinquante prochaines années comme étant ‘temporaires' ». Ainsi, ce jour là, je m'en suis débarrassé. J'étais heureux, mais lorsque je suis arrivé sur la route 365, cela m'a frappé. Qu'allais-je faire ? Revenir à ce que je connaissais ?...des routines. Cela me prit trois mois pour arriver à comprendre ce qu'était la paix. Don Juan avait réussi à créer un sentiment de désespoir en moi. Avant j'étais morbide, pas désespéré. Là, j'avais un besoin désespéré de sauter par dessus la barrière.

         Les gens demandent s'ils ont besoin de déménager à Los Angeles pour faire partie du groupe. Nous ne sommes pas un groupe. Nous sommes des navigateurs. Chacun d'entre nous est responsable de sa carte et de son plan de navigation. Ce groupe se réunit, mais nous ne sommes pas « amis ». Je pense que nous nous apprécions les uns les autres, mais je ne suis pas si sympa que ça - mon côté latin ressort, en tout cas quand je ne porte pas mon costume. Nous suivons une ligne de travail. Cela s'avère être l'affection la plus immuable qui soit, mais pas celle de l'investisseur. Nous ne travaillons pas ensemble pour faire des exercices de sorcellerie - assis tous ensemble durant la nuit, tous nus ! Rêvant chaque nuit avec un rêveur different ! (rires) Nous ne faisons pas ça.

         L'explosion que je vous offre est une expression du dernier maillon, un monde à découvrir. Il n'y a plus de tradition. Ce monde est défini aussi bien qu'il se développe. Il est de plus en plus aligné. Je vois l'énergie mais je ne sais pas pourquoi, ainsi cela m'équilibre. Et puis ? L'avantage est de savoir comment naviguer, comment démêler la réalité pendant un instant. Et l'utiliser à nouveau, ailleurs. La découverte du point d'assemblage est ce qui rendit les anciens sorciers puissants. Mais durant des générations, ils se sont rendus dingues en essayant de trouver où le placer et comment le fixer. C'est ainsi qu'apparurent les arts de rêver et de traquer.

         Rêver est l'art d'utiliser le processus naturel du sommeil pour déplacer le point d'assemblage vers de nouveaux endroits, et traquer est l'art de fixer le point d'assemblage sur cette nouvelle position afin d'assembler de nouveaux mondes véritables, inclusifs et complets. Ils devinrent si compétents à fixer la position du point d'assemblage qu'ils finirent par demeurer dans ces nouvelles positions, sans pouvoir en revenir. C'est comme les pelures d'un oignon. Il y a des milliards de positions possibles, mais ces positions ne sont pas toutes des mondes totalement inclusifs. Don Juan supposait qu'environ 600 positions étaient des mondes, les autres étaient des mondes fantômes, ils étaient trop « fugitifs » et pas assez « étoffés » pour s'y accrocher. Don Juan n'y était jamais allé mais les sorciers de l'antiquité, eux, y étaient allés. Même si je ne devais pénétrer que dans une seule couche des 600 pelures de l'oignon, c'est infiniment mieux que de mourir d'un cancer. Allez-y...

         Nous arrivons à un certain âge et il n'y plus aucun mystère. Rien de nouveau. Ce n'est pas un lieu commun. Je ne suis pas comme la femme gourou dont je vous ai parlé tout à l'heure, celle que j'ai rencontrée, qui massait les boules du jeune homme...Quand je lui ai demandé ce qu'elle voyait dans le miroir lorsqu'elle était seule le soir, elle m'a répondu, « Le grand secret est de ne pas être seule ! » Que c'est absurde. « Mais qu'est-ce que je fais avec mon désir ? » Si vous vous en inquiétez c'est que vous n'en avez pas. Avec ce niveau d'énergie ? C'est un mensonge. Confrontez-vous à ce que vous êtes.

         Si notre mère n'a pas eu un énorme orgasme au moment où nous avons été conçus, nous sommes des « baises ennuyeuses ». Alors, allez demander à maman. Le désir est amoindri par l'effet de l'alcool ou de l'herbe. Ce n'est pas le genre d'ingrédients qu'il faut prendre si on veut utiliser le corps physique. Faire ça, c'est répondre à leur commandement (celui des flyers), pas au notre.

         Le premier art, l'art de rêver, est l'art d'utiliser les rêves comme de véritables portes de perception. C'est la condition pour « atteler » l'attention de rêver, ou l'art de fixer l'attention dans les rêves sur différents objets, de façon systématique. C'est une manière disciplinée de vous souvenir que vous devez observer les objets dans vos rêves. Juste un coup d'oeil ; restez sur les objets aussi longtemps que possible jusqu'à ce qu'ils commencent à se dissoudre, puis, passez à un autre objet, et répétez la même action, jusqu'à ce que vous n'ayez plus d'attention de rêver et que vous vous endormiez.

         Quelque chose en nous enregistre nos efforts ; nous devenons meilleurs jusqu'à ce que nous puissions concentrer notre attention sur tout ce que nous voulons - 1000 objets. Rêver suit le mouvement naturel du point d'assemblage. Il se déplace très loin ou juste un peu. Lorsque le point d'assemblage se déplace sur des positions fantômes, nous faisons l'expérience d'un rêve ordinaire. Un jour votre point d'assemblage se retrouvera sur une position clé. A partir de là, vous aurez harnaché votre attention de rêver, et vous pourrez vous concentrer sur autant d'objets que vous le désirez. Le corps d'énergie connaît le seuil - combien d'objets vous avez besoin pour changer de rêve. Supposons que mon seuil soit 16 objets. Je me concentre sur 16 objets, après quoi je suis dans un monde différent, prévoyant que mon point d'assemblage s'est déplacé vers l'une des 600 positions. Ne désespérez pas. Un jour il bougera vers l'une de ces positions « étoffées ». A ce moment là, vous connaîtrez votre seuil. Vous entendrez « 16 objets ».

         Il y a deux choix, l'un est d'explorer l'inconnu humain, les positions se situant à l'intérieur de l'oeuf lumineux. L'autre est l'inconnaissable, qui ne peut être que partiellement connu. C'est le royaume des nouveaux voyants. Le second art est l'art de fixer le point d'assemblage sur la nouvelle position. Vous vous êtes suffisamment fixé sur des positions fantômes pour avoir des rêves bizarres. Mais avec le temps, vous atteignez la partie « étoffée », vous devenez suffisamment compétent pour savoir comment fixer le point d'assemblage sur la nouvelle position. Alors là, c'est parti. Le danger c'est de se faire piéger. Vous bougez corporellement, en permanence.

         Les anciens sorciers ne pouvaient pas revenir. Mais lorsque vous voyagez en dehors de l'oeuf, l'abstrait ne veut pas de vous. C'est « vous » qui le voulez. C'est l'idulgence humaine qui nous tire et nous piège dans des endroits qui sont à l'intérieur de l'inconnu humain. Les sorciers de l'antiquité, bien que perdus, sont « au paradis ». Le meilleur des mondes possibles. Mais pas dans la mentalité de don Juan. L'objectif de don Juan était la liberté totale. La liberté se définit par la capacité à laisser sa conscience grandir totalement.

         Les sorciers de l'antiquité étaient sujets à la voracité des flyers (il fit un mouvement pour montrer qu'ils avaient fait grandir leur conscience jusqu'au niveau de la poitrine, mais n'étaient pas complets). Lorsque votre conscience grandit totalement, elle se transforme en feu ; exquis. Impossible à concevoir. Que fit don Juan ? Impossible de savoir. Sa conscience a été augmentée au million. C'est pourquoi on appelle cela « la grande aventure ».

         Rêver et traquer. Rien à voir avec jouer des tours. Cela a à voir avec VOUS. Il n'y aucun moyen d'enseigner, on peut juste indiquer une direction. Vous travaillez, vous ne faites pas des exercices. Vous serez guidé par l'explosion du dernier maillon. C'est ça la proposition. Donc, si vous pouvez percevoir l'énergie, les possibilités sont...Je ne peux même pas dire ça. Chaque filament est éternel, s'étirant dans l'infini.

         Nous ne pouvons soutenir cette vue plus de quelques secondes, après quoi nous recommençons à interpréter. Mais cette pause nous permet de changer. Je ne suis ni un croyant, ni un adepte, ni un enseignant, ni un gourou. Je suis venu ici chaque jour pour vous parler. C'est ma tâche. Ma tâche d'expliquer. Mais je dois le faire sans gain en retour. Il n'y a rien que vous puissiez faire pour moi. Don Juan fut le premier être que j'ai rencontré qui n'avait besoin d'absolument rien de moi. C'est ça la beauté.

         Les gens viennent ici et essayent de me dénigrer. Il se sentent obligés de le faire. Comme c'est tragique...600 peaux de l'oignon sont juste un côté de la clôture. De l'autre côté, il y a le monde des êtres qui possèdent une conscience mais pas d'organisme ; le monde des êtres inorganiques. Ce sont des forces jumelles qui forment une unité complète, holiste. Nous n'avons pas été élevés pour remarquer le côté inorganique. Si nous le remarquons, il y a plus d'énergie disponible pour nous, tout comme dans la démonstration que je vous ai montrée, où une seule impulsion peut déplacer l'énergie vers différents côtés. Où est le type sur qui je l'ai appliquée ? (le type lève la main) Là ! Tu te sentais faible, puis fort ensuite, pas vrai ? (L'homme répond, « Oui - et pas seulement, vous avez à moitié guéri mon rhume ! ») J'ai peut-être déplacée plus d'énergie que prévu...

         Nous sommes dans un combat constant pour agglutiner notre énergie vers le centre, sur nos surrénales, là où elle est la plus utile, mais quelque chose est continuellement en train de lutter pour la diffuser à sa périphérie. Les sorciers ont dit qu'ils avaient voulu éviter une exaggération à propos du monde des êtres inorganiques. Alors pourquoi est-ce que je pense le contraire ? Je suis forcé de conclure que le fait que nous soyons poussé à être indulgent est accidentel, c'est la décision des flyers. Il est impossible d'éviter des parties de l'univers qui nous sont indispensables. C'est du déni. Dénier c'est blesser. Quelque chose m'empêche d'établir ce contact. Si je le faisais, je ne serais pas si faible.

         En voyant le corps, les sorciers voient une contrepartie, un jumeau. Où est cette contrepartie ? Pour certains elle est proche, mais d'autres ne l'ont pas. Pourquoi ? Si c'est vraiment un univers jumeau, pourquoi cette contrepartie est au Japon ? Quelque chose a contribué à l'écarter.

         Plus vous êtes discipliné, plus votre corps d'énergie est proche de vous. Le contact a lieu via le point d'assemblage. Le « corps de rêve », ou corps d'énergie - c'est la même chose, mais j'aime l'appeler corps d'énergie ; corps de rêve sous-entend que nous le forgeons en rêve, tandis que corps d'énergie est plus abstrait - a aussi un point d'assemblage. Au travers du rêve, on peut être proche du corps d'énergie, mais pas à travers le rêve lucide. Le corps d'énergie se rapproche lorsque l'on pratique le rêve, ou en exerçant notre attention de rêver. Le corps et l'esprit ne forment pas une dualité pour les sorciers. Le corps et le corps d'énergie forment une dualité.

          Il est important d'engager une entité qui soit le témoin de tout ce que vous faites. Cette entité c'est votre mort. Elle réduit la mesquinerie. Nous tentons de l'éviter. Pour utiliser la totalité de nos possibilités, nous devons pouvoir définir le problème. Donc, à moins que nous incorporions l'univers jumeau, nous sommes juste en train de boiter, pas de marcher. Cela ne veut pas dire que cette nuit les êtres inorganiques vont vous chopper par les gonades... « Qu'est-ce que je dois faire ? Vous m'avez dit que les êtres inorganiques étaient des êtres féminins... » Certains d'entre vous sont sur le point de naviguer...il y a ici une énergie magnifique. Certains seront toujours insatisfaits. Je ne peux rien y faire, et il n'y a rien en dehors de vous-même qui puisse vous aider.

         C'est pourquoi les Chacmools donnent des « diplômes ». Elles pensent qu'ils seront un jour précieux, alors elles les ont même numérotés ! Donc, quand vous m'envoyez des questions, envoyez-moi votre code, « 1/178 » par exemple, je saurais qui vous êtes. J'aimerais pouvoir inclure tout le monde, mais cela dépend d'un principe absurde - le choix. Alors pourquoi ne pas faire le choix de la liberté ? Les théories de don Juan ne sont pas des théories. Ce sont des conclusions, définitives. Nous aimerions inclure la totalité de l'humanité, alors je devine que vous pourriez dire que nous sommes « catholiques » à cet égard. Nos perceptions sont limitées par la culture, et l'histoire. Don Juan disait qu'il y a infiniment plus. Mais vous devez le faire vous-même. Don Juan m'a fourni des indicateurs. Il disait, « Ne retiens pas ce que je dis, fais-le ! » Utilisez ce séminaire comme un début. Si vous êtes désespéré, le désespoir trouvera une ouverture. Don Juan disait, « Ne crois pas ce que je dis, fais-le ! » Faites les passes, ajustez-vous autant que possible, souvenez-vous en de façon kinesthésique. Ensuite, quelque soit la prémisse que j'ai propagée directement à votre corps d'énergie, elle remontera à la surface. Puis nous ferons plus, beaucoup plus.

         Faisant parti de la connaissance traditionnelle de don Juan, le « Défieur de la mort » est une entité qui apparut en 1725, et qui alla à la rencontre du nagual Sebastian, qui était sacristain dans l'église de Tula. Le nagual pouvait travailler dans l'église et y était à l'abri. Il s'occupait des cloches, et des autres biens de l'église. Un jour, un vieil indien vint à lui et lui dit : « J'ai besoin de ton énergie, ou bien je te dénoncerai comme praticien de sorcellerie noire... » Bien sûr, avec cette menace, Sebastian était disposé à l'écouter. L'indien ne voulait que l'énergie du nagual.

         Nous avons tous un ombilical, le nombril, « le trou ». Nous mourons tous par là, c'est un endroit mortel, un trou dans le corps d'énergie, d'où la force de vie s'échappe au moment de la mort. Un nagual a deux fois l'énergie d'un homme normal, alors l'indien lui dit que lui donner une petite quantité d'énergie ne lui causerait aucun mal.

         Cet indien était en fait un sorcier qui vivait il y a 7000 ans ; il vit aujourd'hui en plaçant son point d'assemblage sur différentes positions, obtenant ainsi une « hypothèque » sur la vie. Il déplace son point d'assemblage sur un endroit particulier qui lui donne la qualité d'être comme un insecte. Il extrait alors l'énergie par le nombril du nagual, et tire cette énergie jusqu'à une espèce de poche. Son point d'assemblage retourne ensuite sur sa position habituelle, où il est comme tout le monde.

         Il n'a pas eu besoin d'énergie jusqu'en 1725. Puis, il s'est établi dans la lignée. En échange de l'énergie du nagual, il donnait des dons, des positions du point d'assemblage, ainsi que la connaissance nécessaire pour atteindre ces nouvelles positions et savoir quoi y faire. Sebastian était extraordinaire. Il reçut huit nouvelles positions de ce défieur de la mort. Lujan en reçut cinquante-deux ! Mais ce ne fut pas le cas pour don Juan, qui n'était pas intéressé par les dons du Défieur de la mort, ni pour moi. Mais il m'a touché, il n'y pouvait rien. Don Juan disait que j'étais mordu !

         Je croyais à moitié ce que don Juan disait à propos de l'existence du Défieur de la mort. Du maïs trouvé au Mexique avait été daté au carbone 14 et estimé vieux de 34 000 ans. La première migration vers le Mexique était supposée avoir eu lieu il y a seulement 10 000 ans, et ne se constituait que de chasseurs-cueilleurs. Mais don Juan disait que c'était faux. Il disait,« Nous avons chacun notre façon de mesurer le temps ; tu mesures, tandis que... je demande. »

         Un jour, don Juan me dit qu'il allait m'emmener voir le Défieur de la mort. Pas de problème, j'ai pensé, ce ne sont que des conneries. Et il m'emmena. J'étais complètement effrayé par les lueurs de l'aube. J'ai rencontré cet indien à l'accent le plus étrange qui soit. Il mettait l'accent sur toutes les mauvaises syllabes. Si l'accent d'un mot était sur la première syllabe, il le mettait sur la seconde. Mais il le faisait avec tant de constance que ce la me convainquit de sa sincérité.

         L'homme était très mince, sec. Il me rendit cinglé à force de parler comme ça. Il me dit,

« Mes yeux se sont promenés sur les casques des conquérants espagnols. Je les ai vus, j'ai vu comment ils se déplaçaient. J'ai senti leur gêne, et j'ai senti comment ils devaient dormir avec leur casque et leur armure, j'ai senti leur douleur. J'ai vu des choses incroyables. Qu'est-ce que tu veux ? »
« Rien », j'ai répliqué.
« Mais nous avons un arrangement. Avec toi, ce sera difficile, tu es le dernier... »

         Bien sûr, d'une certaine façon il savait que j'étais le dernier nagual de cette lignée, bien que je ne le sache pas à l'époque. Nous nous sommes rencontrés dans une ville du Mexique, un samedi. J'ai mangé du fromage avec lui, tout semblait être très normal. Nous nous sommes promenés. Ensuite, je sais que j'attendais que don Juan vienne me chercher, et je n'avais aucune idée de ce qui s'était passé. Je suis parti avec un sentiment terriblement ancien, évaporé, bienveillant, étranger, paisible. Cette nostalgie bizarre. C'était comme si j'étais engagé dans une lutte sans fin. C'est la première fois que j'ai vraiment réalisé qu'il y avait des choses qui n'avaient pas de fin.

         Je me suis réveillé dans une ville étrange. Il y avait une rue pavée, surélevée en son milieu. Une route sur laquelle on ne peut rouler qu'en première. La première chose que vous voyez en montant cette colline, ce sont les chapeaux des mexicains sur l'autre versant. C'était une sensation étrange, un sensation « cinématographique ». Donc, je regardais ça... (Don Juan découvrit que cette ville était l'épicentre de « convolutions énergétiques »). J'attendais don Juan avec ce sentiment de nostalgie, mais pour ma vie ou mon passé, c'était quelque chose d'étranger. Si ancien, si triste, bien que charmant et récurrent. Ce sentiment ne m'a jamais quitté, je ressens encore cette sensation, la lutte sans fin, sans possibilité de trouver une accalmie. Don Juan disait que c'était du poison que le Défieur de la mort avait laissé en moi. C'était comme être disposé, être prêt, comme si quelque chose allait arriver. Un sentiment étranger.

         La fois suivante où j'ai rencontré le Défieur de la mort se passa presque à la fin de la vie de don Juan. Dans une petite église de Tula, j'ai rencontré une femme extraordinaire. J'avais plus d'appréhension, don Juan dut littéralement me traîner dans l'église. Non loin de là, il y avait deux femmes et trois hommes qui sortaient de l'église. Les trois hommes descendirent les marches et les deux femmes entrèrent à l'intérieur. « Où est-il ? », demandai-je à don Juan, « Les hommes sont partis ».

          Don Juan répondit, « Qui t'a dit que le Défieur de la mort était un homme ? » Il indiqua la femme sur le dernier banc de l'église. Don Juan m'implora de « traverser » moi-même, d'observer la coutume, et de ne pas me donner en spectacle. La femme se tourna et sourit. A cet instant, je courus hors de l'église, en proie à une crise d'asthme. J'avais de l'asthme quand j'étais enfant...
« Pourquoi cette peur ? » me demanda don Juan.

         Mon nom de famille est Carlos Arana (prononcé « Arania »), et en portugais, Arana signifie araignée. Don Juan me demanda : « Qu'est-ce qui ne va pas Mr. Spider ? » Plus je m'éloignais, plus j'avais de la tachycardie. Puis, je me sentis vraiment très mal et dit simplement à don Juan : « Ok, allons-y », et retournais dans l'église et m'assis à côté de la femme.

         Elle me salua et me serra la main ; elle avait une voix râpeuse. « J'aime ton énergie...muy buen ». Elle m'emmena de rêves en rêves - durant neuf jours -, j'étais perdu, bien que je pensais qu'il ne s'était écoulé qu'une seule journée. Don Juan me dit que j'avais passé des accords dont je ne serai pas conscient avant d'être « pleinement mature ».

         Le Défieur de la mort est aussi réel que moi ou don Juan. C'est une possibilité d'être différente mais bizarre, qui est disponible pour chacun d'entre nous. L'inconnu humain est aussi éloigné que possible, mais il reste dans le domaine de nos possibilités. Ouah ! Qui sommes-nous ?!

         Sommes-nous simplement des voyageurs retenus dans un genre d'horrible piège ? Peut-être. Pour moi, j'ai vu le Défieur de la mort et don Juan comme des navigateurs. Je navigue, par conséquent qui sommes-nous ? Pourquoi accepter des accords du passé - être acariâtre, sénile, mécontent, répétitif et plein de regrets - quel qu'ils soient, ce ne sont pas des décisions.

         J'ai décidé de venir à ce séminaire - si c'est de la fiente de poulet, ainsi soit-il. C'est la voie du sorcier. « Oh, je n'ai pas reçu de traitement personnel... » Les gens viennent, et à la première fausse note, ils nous disent d'aller nous faire voir. Je dis que nous devons nous défaire de l'ego, mais alors c'est : « Vas te faire foutre ». Nous devons être aussi aiguisé qu'une lame de rasoir, allez-y doucement au début, puis vous pourrez sauter. Ne me donnez pas de, « Je sui volontaire pour rejoindre votre groupe, prenez-moi, prenez-moi, je ferai tout ce que vous voulez... » Cessez d'être un égomaniaque. « Oh je suis si déçu Carlos, pas de peyotl dans le désert ? »

         Hier soir je vous ai invité à étudier votre « héritage » (les écrits de la Bible, de Jésus, de Mohammed, etc), et de chercher le « moi, moi, moi ». C'est l'homme qui parle pour Dieu. Cela ne peut être quelque chose de personnel. A la minute où ça l'est, nous injectons du « moi » dedans. Qu'est-ce que le paradis ? L'humanité pour l'éternité ? Nous ne voulons pas de ça ! Qu'est-ce que la paix du paradis ? Je suis en toge, marchant de cette façon (il marche terriblement lentement)... Puis vint le Défieur de la mort. Un mâle extraordinaire de son temps.

         Les êtres inorganiques sont aussi attaqués par les flyers. Il n'y a rien qu'ils aimeraient plus que s'unir avec nous. Mais les seuls qui soient assez courageux sont les sorciers, des êtres qui veulent élargir leur conscience. Si vous professez être ce que vous êtes dans leur royaume, ils vous attrapent ! Comment pourraient-ils faire autrement puisqu'ils n'ont pas d'autre moyen de se faire connaître de nous. Nous sommes systématiquement séparés des êtres inorganiques par les flyers.

         Don Juan disait que les êtres inorganiques étaient dangereux. Le Défieur de la mort s'est fait attrapé par les êtres inorganiques, mais il a accepté leur offre. Il a passé des centaines d'années dans leur monde. Un jour, cette ultime combattant de la liberté a découvert un moyen de s'échapper. Se transformer en femme ! C'est très simple pour un sorcier. Une femme a la lueur de son point d'assemblage tournée vers l'intérieur, tandis que celle du point d'assemblage des hommes est tournée vers l'extérieur. Tout ce qu'on a à faire est de faire tourner le point d'assemblage sur lui-même, et tout notre corps se transforme en autre chose. Ce n'est pas simplement une illusion. En tant que femme, les êtres inorganiques ne se rendaient même pas compte qu'il existait, et il s'est simplement glissé hors de leur monde sans se faire remarquer. En faisant un marché avec les êtres inorganiques, il a perdu ses possibilités. Mais maintenant il est caput. Je suis le dernier de la lignée, alors que va faire le Défieur de la mort ? Il va venir avec moi, je suis sa dernière chance. Cela me donne la chair de poule, mais c'est infiniment plus excitant...

         Donc, ce défieur de la mort s'est échappé deux fois ! La première fois de la mort elle-même, puis du monde des êtres inorganiques. Quelle beauté, quelle élégance. Il a choisit de ne pas être humain, mais il demeure un être qui va mourir. Il ne connaît que la lutte, c'est une histoire, pas un bobard ! Il est chacun d'entre nous, mais rehaussé par sa soif de liberté. Je ne pense pas que le Défieur de la mort sache vraiment ce qu'est la liberté, et alors ? Il va vers quelque chose d'indéfini. C'est pourquoi j'essaye de me sortir de là (d'essayer d'arrêter de parler du Défieur de la mort). Car je vais pleurer comme un imbécile. N'osez pas croire que je n'en suis pas capable...

         J'ai eu la chance de le faire avec mon père, un homme horrible. Il chassait avec mon grand-père, il avait tous ces sifflets, ces appauts, qu'il accrochait autour de son épaule. Une fois, il tira un canard, que je dus ensuite abattre alors qu'il se trouvait dans un eucalyptus. Mais il était vieux et couvert de gale. Je détestais mon père. A un certain moment, don Juan me dit que je devais aller le voir. J'y suis allé. Je fus reçu à la porte, mais ne connaissais pas les habitudes de la maison. Je demandais à parler à « Piloto Arana », il vint me retrouver sur le seuil. Il était plus âgé, et élégant. « Je suis venu vous rendre visite », j'ai dit. Il était très civilisé, exquis. « Est-ce que vous voulez du thé, du café ? A présent, dites-moi qui vous êtes et où nous nous sommes rencontrés...», dit-il aimablement.

         « Okay, mais une fois que je vous aurai dit qui je suis, je n'aurais pas besoin de vous dire où nous nous sommes rencontrés (rires)... Je suis Carlos, ton fils, et je suis venu ici pour enterrer la hache de guerre, bien que je t'ai méprisé toute ma vie. »

         « Tu t'es engagé dans un combat unilatéral. Tu as lutté, et j'ai oublié », dit-il. Il m'invita à entrer, mais me fit promettre de garder ma véritable identité secrète... J'aimais vraiment bien cet homme. C'était un grand lecteur. Il avait même les livres de Carlos Castaneda dans sa collection. Un homme exquis, gentil, diplomate. Mais son système cognitif « connaissait » la raison pour laquelle j'étais venu, c'était pour lui demander de l'argent. Je l'attrapai par les bras pour lui exprimer ma plus profonde affection. Sa fille entra et vit cela. Elle dû être surprise car aucun homme n'avait jamais touché son père ainsi. Puis, je regardai sa fille dans les yeux et lui dit, « J'aurais aimé avoir un père comme le vôtre, en grandissant... » (A ce moment là de l'histoire, Carlos et la moitié de la salle étaient sur le point de pleurer).

         Mais...arrêtez-vous à cet endroit. Gelez l'instant, et vous garderez cet instant avec vous pour l'éternité. Comme des êtres qui vont mourir.




Publié à 07:50 le 25 mars 2008 dans Los Angeles août 1995
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Los Angeles, Séminaire Intensif, août 1995 (3)

 

Los Angeles, août 1995

 

 

         Carlos se montra au cours des deux rencontres de la journée. Durant la seconde rencontre, il était tellement dans sa conférence qu'il dépassa le temps prévu pour celle-ci et nous avons été obligé de rester un peu plus tard. Le sujet était principalement « le pauvre bébé » et j'ai eu le sentiment que Carlos était suffisamment confiant envers l'audience afin d'être un peu moins diplomatique. Par exemple, il parla d'autres philosophies en disant qu'elles étaient devenues contraires à la vie. Cette partie de la conférence parlait du fait de vivre comme un sorcier et de se consacrer à explorer d'autres mondes. Carlos dit que s'il l'avait pu, il aurait édulcoré ses livres parce que le truc important nous était trop étranger.

 

 

         Le groupe entier apparut le soir, à l'exception de Fabrizio et Tracy. Les noms de deux personnes du groupe avaient encore changés. Carlos parla de quelque chose qu'il avait évoqué le jour précédent : Ils s'attendent à ce que certaines choses étranges se produisent en résultat du séminaire. Carlos nous dit de garder un œil sur la sonnette d'alarme car il n'était ni notre mère ni notre gourou. Il insista à nouveau sur le fait que les Chacmools sont idéales pour nous car elles sont à mi-chemin. Il dit qu'il n'était plus dans ce monde. En fait, il ne pouvait pas se projeter au-delà de la dernière conférence de dimanche, ainsi ils avaient dû reporter la dernière rencontre au lendemain et les deux groupes finiraient ensemble le dimanche suivant.

 

 

 

         A propos du locataire, il nous dit que les mondes qu'ils exploraient actuellement étaient en dehors de la tradition de la lignée de don Juan (vraisemblablement parce qu'ils sont créés par des positions du point d'assemblage différentes de celles que don Juan utilisait, et qui sont plus proches de celles utilisées par le locataire). A propos du bien et du mal, il dit qu'aucun des deux n'existait depuis le point de vue des sorciers. A propos de l'humeur de don Juan, il dit qu'en tant que personne, il n'avait pas grand-chose à dire à ce sujet. Mais si nous rejoignions son but, il serait obligé de nous aider de n'importe quelle façon possible. Il dit qu'il se souciait beaucoup de la condition de l'humanité et ne voulait pas s'en aller sans avoir fait quelque chose pour l'aider. Il ne se voyait pas laisser la connaissance de don Juan simplement se terminer comme ça. Puis il dit que don Juan ne partageait pas cet intérêt, que don Juan ne se souciait pas particulièrement de ses frères humains.

 

 

 

         A la fin d'une longue session de Tenségrité, Carlos insista sur l'importance de faire les mouvements exactement de la même façon que les Chacmools, plutôt que de les faire « comme nous sentions » qu'ils devaient être pratiqués. Il nous dit que ces mouvements, q'ils étaient fait avec précision et diligemment, auraient un effet intentionné sur notre corps, et sur notre corps d'énergie, que nous y croyions ou pas.

 

 

 

         Durant le séminaire, quelqu'un posa une question sur les êtres cycliques. Carlos demanda à Zaia et à l'enfant qui était avec elle de se lever. Il dit qu'elles étaient des êtres cycliques. Je présume qu'il estima que l'audience ne le prenait pas au sérieux, alors il réitéra qu'il était trop impliqué pour inventer des choses pareilles, que c'était pour lui une question de vie ou de mort.

 

 

 

         Ils nous enseignèrent une technique appelée, « Le combattant ailé mâle et femelle ». Ils dirent que cette technique était propre au Défieur de la mort. Il s'agit d'une des deux techniques enseignées qui viennent de cette même source. Carlos insista sur à quel point nous étions timides. Il donna l'exemple du cancer et des virus mortels disant que nous étions si timides que nous acceptions que ces états soient permanents. Ensuite, il dit que la technique que j'ai auparavant mentionnée - la passe du Défieur de la mort - servait à « changer de sillon », comme sauter d'un morceau à l'autre sur un disque vinyle. Aussi, si vous découvrez que quelque chose ne va pas avec une partie de votre corps, même un handicap comme avoir deux vertèbres de la colonne vertébrale qui soient soudées ensemble (quelqu'un posa une question spécifique à ce propos), vous pouvez changer de sillon et vous libérez de tout handicap ou sortir de toute situation qui met votre vie en danger.



Publié à 08:58 le 21 janvier 2008 dans Los Angeles août 1995
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Los Angeles, Séminaire Intensif, août 1995 (2)

 

 

 

 

Los Angeles, août 1995 (2)

 

 

         Carlos se montra pour cette première rencontre. Ce fut une surprise pour tout le monde. Plusieurs des autres membres de son groupe s'étaient déjà présentés, relevant l'information, vérifiant les gens à l'intérieur, et faisant même la circulation. Mais lorsqu'il fut temps pour les Chacmools de faire leur entrée, Carlos ouvrait la marche. Il s'avança rapidement jusqu'au devant du groupe et se présenta. Il portait de tous nouveaux pantalons Levi's, et une chemise sans poches. Il expliqua plus tard que cette chemise n'avait pas de poche parce qu'il avait été fumeur.

 

 

         En dépit des précédentes descriptions faites sur Carlos, disant qu'il était petit et simple, je le trouvais petit et très beau. Il était plus âgé que les autres, mais beaucoup plus vigoureux en même temps. Tous les mouvements de ses mains étaient rapides et énergiques, il bondissait durant sa conférence, martelant ses mains sur la scène aux moments clés. Même les sons dans la salle, comme les claquements de porte, collaient parfaitement au timing de sa conférence. Ses yeux avaient cette différence que sont supposés avoir les yeux d'un sorcier. Son œil gauche était noir et blanc et s'éloignait un peu de l'autre. Il avait les cheveux raides, assez courts, et presque entièrement gris. Il était petit, extrêmement mince, mais un peu plus musclé au niveau de la poitrine.

 

 

         Je n'étais qu'à quelques mètres de Carlos et il gardait constamment ce contact avec l'audience au travers de ses yeux. Prendre des notes aurait été plutôt inapproprié. Carlos commença en nous racontant que les gens lui demandaient souvent, « Comment ça se fait que ce truc de Tenségrité n'était pas dans les livres ? » Carlos répondait que ça y était, qu'il en était question partout. Il donna l'exemple de don Juan se faisant craquer les os. Il raconta une brève histoire sur le fait qu'il aimait tellement ça qu'il avait engagé une conversation avec don Juan à ce propos. Don Juan lui avait suggéré qu'il l'imite et il avait appris à le faire lui-même. Ce fut le début de son entraînement de Tenségrité.

 

 

         Carlos nous raconta qu'une fois, don Juan lui avait demandé s'il ne trouvait pas cela étrange que la position du point d'assemblage du monde entier soit si uniforme. Lorsque Carlos répondit qu'il ne s'en était pas rendu compte, don Juan continua, en lui demandant si ce n'était pas un grand mystère que tous les endroits dans le monde et toutes les cultures partageaient la fixation commune du je, je, je et du moi, moi, moi. Carlos expliqua que nous n'étions pas nés avec cette idée du moi, mais qu'elle nous avait été enseignée et que nous l'emportions jusque dans la tombe. Il dit que nous étions enterrés en pensant « moi, moi, moi ». Et qu'à aucun moment de notre vie nous ne l'abandonnions.

 

 

         Don Juan lui avait expliqué que ce n'était pas de notre faute si nous étions comme ça, que quelque chose d'autre en était la cause. Puis il décrivit les Flyers à Carlos. Il dit que les voyants avaient perçu quelque chose qui passaient devant nous si rapidement que c'était même trop rapide pour les yeux d'un sorcier. Il s'avéra que ces choses possédaient une conscience mais pas de corps physique. Ils se nourrissent de notre énergie, en nous léchant jusqu'à ce qu'il ne nous reste plus que l'énergie propre à l'autocontemplation. Il est dans leur intention que nous ne regardions jamais ailleurs. Ils veulent juste que nous nous tenions tranquille et que nous les laissions se nourrir de nous. Carlos ne croyait pas aux Flyers à cette époque. Au cours de sa conférence, il dit avec insistance à quel point cela avait été difficile pour lui d'y croire, étant donné sa formation académique et le fait qu'il se considère inconsciemment supérieur à don Juan.

 

 

         Carlos avait demandé à don Juan s'il pouvait voir les Flyers. Don Juan avait répondu, « Bien sûr que tu peux les voir. Mais pas dans ta condition actuelle. » Carlos voulait savoir pourquoi, et don Juan lui avait dit que c'était parce qu'il était trop gros. Carlos expliqua qu'à cette époque, il adorait manger des sandwiches au bacon. Il en mangeait 17 par jour, plus 12 sandwiches au beurre de cacahuète et à la confiture. Il expliqua aussi que pour un sorcier, il n'était pas approprié de se rendre dans les centres de remise en forme de type Spa ou de faire des exercices physiques de manière ordinaire. Il dit qu'un sorcier ne devait entraîner son corps qu'en faisant de la Tenségrité. Carlos expliqua l'objectif de le Tenségrité de la même façon que l'avaient fait les Chacmools : donner un goût à notre conscience qui ne soit pas savoureux pour les Flyers. Mais il donna aussi une autre explication.

 

 

         Il décrivit comment on pensait que certaines galaxies étaient maintenues en un tout grâce au gigantesque trou noir qui se trouvait en leur centre. Bien que personne n'ait pu le prouver, c'était la seule chose qui pouvait expliquer pourquoi les planètes ne s'éloignaient pas dans un mouvement de spiral. Il dit que le même concept pouvait être utilisé pour nous décrire. Nous étions une collection de filaments lumineux avec une lueur de conscience encore plus lumineuse. Quelque chose empêche cette conscience de partir dans l'infini. C'est sur cette force, qui maintient la conscience, que s'exerce la pratique de la Tenségrité.

 

 

         Carlos dit qu'il avait demandé une fois à don Juan si il y avait un moyen de savoir si la Tenségrité marchait pour lui. Don Juan lui dit qu'il y avait un test qu'il pouvait faire mais que cela lui paraîtrait trop dégoûtant. Après qu'il ait éveillé sa curiosité, Carlos ne put résister et supplia don Juan de lui dire quel était ce test, même si c'était choquant. Don Juan lui dit : « Très bien, mais tu dois me promettre de me dire quels sont les résultats, peu importe à quel point cela te semble choquant. » Carlos acquiesça sur le champ. Don Juan dit à Carlos d'aller chez lui, dans sa salle de bains, de baisser son pantalon, de se pencher en avant, d'attraper ses genoux, et de pointer son derrière vers l'est. Ensuite il devait péter. Si la pratique de la Tenségrité marchait pour lui, il ferait un pet long et volumineux. Si la Tenségrité ne marchait pas, ce serait juste un petit prout. Carlos expliqua que don Juan était très vulgaire mais que lui-même était assez naïf pour croire à ses tests. En fait, il essaya, et rapporta les résultats à don Juan. « Je suis en très mauvaise forme... », lui dit-il. Don Juan se tourna vers ses associés, en riant, et répéta, « Il est en mauvaise forme ! » Carlos expliqua que le paiement de don Juan pour son enseignement était des heures sans fin de divertissement aux dépends de Carlos.

 

 

         Carlos raconta l'histoire où don Juan l'avait guérit de son tabagisme. Il nous expliqua qu'il fumait depuis qu'il était un jeune garçon, et qu'habituellement il s'essoufflait rapidement en faisant de l'exercice, ainsi il rattrapait son souffle perdu en tirant sur des cigarettes. Une fois, don Juan lui annonça qu'ils allaient faire une petite escapade dans les montagnes pendant 10 jours. Carlos dit que l'endroit où ils devaient se rendre était parcouru de profonds ravins et de paysages époustouflants. Don Juan lui dit de ne pas se préoccuper d'emmener quoi que ce soit, sauf peut-être quelques paquets de cigarettes car ils partaient pour 10 jours. Il lui dit d'être très généreux et d'emmener 50 paquets, de les envelopper dans du papier aluminium et dans du tissu car les coyotes pouvaient les lui voler ; ils ne pouvaient résister à l'odeur du tabac. Carlos dit qu'il avait suspecté que quelque chose allait se passer, et le premier jour il fuma comme un malade. Puis il alla se coucher et quand il se réveilla le matin suivant les cigarettes avaient disparu.

 

 

         Don Juan n'était pas inquiet. Il dit à Carlos, « Jusqu'à quelle distance un coyote peut-il transporter un énorme paquet de cigarettes ? Elles doivent probablement être coincées dans une branche d'arbre ou dans une crevasse rocheuse à une vingtaine de mètres d'ici. Tout ce que nous avons à faire est de suivre sa piste. » Don Juan passa les huit heures suivantes avec Carlos à essayer de retrouver la piste du coyote. Carlos gloussa à cet endroit de l'histoire. Il dit que la piste qu'ils avaient trouvée passait par les ravins les plus dangereux qu'il ait jamais vus. A la fin, ils suivaient la piste dans un ravin très profond et dangereux. Don juan lui demanda si il voulait vraiment courir après ses cigarettes. Carlos dit qu'à ce moment là, il était si désespéré de fumer une cigarette qu'il aurait fait n'importe quoi. Il descendit dans le ravin, ne put trouver ses cigarettes et se retrouva coincé. La nuit était tombée, alors don Juan lui dit de ne pas s'inquiéter, il le sortirait de là le lendemain matin.

 

 

         Le jour suivant, don Juan trouva un chemin détourné, très exposé au vent, qui leur permit de sortir du ravin. Je ne me souviens plus de combien de jours s'étaient écoulés à ce moment de l'histoire, mais don Juan annonça finalement à Carlos que si celui-ci était disposé à fumer le tabac « noir » local, ils pourraient trouver des cigarettes dans une ville voisine. Carlos lui répondit, « Bien sûr, je fumerais N'IMPORTE QUOI ! Je vous fumerais vous si je le pouvais. » Don Juan commença alors à lui indiquer le chemin pour parvenir à une ville locale, mais après un moment il admit, « Je deviens vieux. Je suis perdu. »

 

 

         Carlos dit qu'à ce moment là, il était furieux. Il nous confia qu'au cours de son association avec don Juan, il avait de nombreuses fois désiré lui faire du mal mais qu'il avait peur de don Juan. Après plusieurs jours à être perdu, Carlos remarqua que sa capacité à escalader les ravins était extraordinaire. Et il n'eut plus jamais envie de cigarettes. C'est à ce moment là que don Juan lui annonça qu'il était fatigué d'errer ainsi avec Carlos, qu'il était temps de rentrer. Il ne marcha pas plus d'une trentaine de mètres et lui montra la route pour rentrer. Carlos dit que la route avait été là tout ce temps, mais qu'il n'en avait jamais rien su et il avait vraiment cru qu'ils étaient perdus.

 

 

         Une bonne partie de la conférence de Carlos avait pour but de contredire les rumeurs et les spéculations à propos des Chacmools. Carlos affirma qu'il avait lui-même essayé de construire une base de praticiens sérieux durant des années, en enseignant, entre autres choses, la Tenségrité. Mais qu'il n'y était pas parvenu. Tout ce qu'il avait réussi à faire, avait été de prodiguer un jargon à des personnes peu scrupuleuses qui s'étaient rendu célèbres pour enterrer des gens dans des cercueils merdiques et qui déclaraient être capables de leur enseigner comment rêver et traquer. Carlos nous regarda, incrédule, comme s'il nous disait, « Comment pourraient-ils enseigner rêver et traquer ? »

 

 

         Il dit que les Chacmools avaient, en un temps extrêmement court, réussi là où il avait échoué. Il dit que son point d'assemblage était dans un endroit différent du nôtre, mais que les Chacmools étaient à mi-chemin entre ici et l'infini. Carlos insista sur le fait qu'il allait encore nous parler, de nombreuses fois. Il dit qu'il reviendrait pour répondre aux questions lorsque les deux groupes (les deux classes) seraient ensemble. Puis il dit que nous devrions suspendre notre jugement parce que cette classe était très spéciale. Elle était conçue pour produire un effet spécifique sur nous.

 

 

         Il regarda autour de lui et dit qu'il cherchait au niveau de nos talons, qu'il cherchait à voir cette « étincelle ». Il dit qu'à la fin des trois semaines, nos talons seraient pleins d'étincelles. Alors seulement il pourrait nous parler. En attendant, il était juste une personne qui parlait à une autre, et il n'avait rien à dire à part, « Allons manger un hamburger » et « Comment tu t'appelles ? » Mais si nous nous engagions à nous joindre à cette incroyable exploration, alors il se devrait de faire pour nous tout ce qui était en son pouvoir. Il ne voulait pas la connaissance juste pour mourir avec, pour que tout s'arrête avec lui. Il voulait nous la donner. La dernière chose que dit Carlos fut, « Swinguons ! »

 

 

         Puis les Chacmools arrivèrent pour nous enseigner des passes magiques. Il n'y aurait aucun intérêt à décrire les mouvements de Tenségrité qu'elles nous enseignèrent, à part celui de dire que je ne les avais jamais vus, ni sur la première vidéo, ni au cours des trois derniers séminaires auxquels j'ai assisté. L'enseignement était très différent, concentré sur un certains aspects très mineurs. Bien que ceux-ci aient semblé être très importants. Par exemple, nous avons pratiqué bouger notre pouce en l'ajustant à notre main, tout en levant le bras très légèrement, et rechercher une sensation dans la poitrine et au niveau des aisselles. De plus, la position du cavalier employée était superficielle et elles insistèrent sur le fait de tourner nos doigts de pieds vers l'intérieur. Kylie nous dit de rechercher une sensation de tension à l'intérieur de la cuisse, et aussi de pratiquer la marche à pieds au cours des trois prochaines semaines, avec nos pieds pointant légèrement vers l'intérieur.

 

 

         Elles nous recommandèrent également d'arrêter de manger du sucre raffiné au cours des trois prochaines semaines, ainsi que de l'amidon, et d'arrêter de manger des fruits. Et aussi de manger moins de sel. Elles insistèrent sur le fait que cette classe était spéciale, et avait été conçue pour produire un effet très particulier. J'ai demandé à une des Chacmools si les programmes des deux classes allaient être les mêmes. Elle affirma que c'était prévu, mais qui savait ce qui allait arriver énergétiquement ?



Publié à 08:22 le 17 janvier 2008 dans Los Angeles août 1995
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Los Angeles, Séminaire Intensif, août 1995

 

 

 

 

 

 

Los Angeles, Séminaire intensif de Tenségrité, 13 août 1995

 

 

 

 

         Castaneda apparut un peu après quatre heures de l'après-midi, impeccablement habillé, portant un costume marron, des chaussures marron et une cravate jaune et marron. Les chaises se trouvaient à proximité de la scène, comme promis cette fois. Les membres de son clan prirent place à nouveau dans les deux premières rangées, bien que la jeune fille qui avait été présentée la semaine précédente (en compagnie de l'Eclaireur bleu), en tant qu' « être cyclique », fut absente. Du côté nord au bout de la rangée se trouvait l'Eclaireur bleu, assise à côté d'une jeune femme avec des cheveux très rouge, puis venait ensuite Carol Tiggs, Florinda, et enfin Taisha. Amalia était à côté de Taisha, et les Chacmools étaient à ses côtés. Castaneda dit qu'il avait prévu de parler des êtres inorganiques ce soir là, et que le sujet avait semble t-il effrayé certaines personnes.

 

 

         Don Juan lui avait dit que tout était le produit de l'interaction de deux forces. Les situations sont toujours en dichotomie - par exemple, des cliques opposées au travail ou d'autres situations du même type - et le système des sorciers sert à guider cette dichotomie.

 

 

         Une fois, il était à Tula avec le groupe de don Juan. Tula et sa vallée est la région d'où venaient tous les anciens sorciers de la lignée de don Juan, et c'était également l'endroit où don Juan habitait. Castaneda prenait un immense plaisir à être avec ces splendides guerriers qu'étaient les membres du clan de don Juan. A cette époque, le nagual Mathias leur rendait visite ; un nouveau nagual de l'héritage allemand, qui avait été frappé sur la tête quand il avait 14 ans et qui n'avait jamais récupéré. Il parlait un espagnol étrange, qu'il disait provenir du temps de la Conquête. (Et qui était Castaneda pour dire que ce n'était pas possible ?) Il voulait aller à Tula avec le groupe de don Juan. Castaneda était heureux que la situation se transforme en dichotomie et qu'ils n'emmènent pas Mathias avec eux. Apparemment, ils s'amalgamèrent en deux groupes, « les bons sorciers et les mauvais sorciers. » 

 

 

         Les sorciers aiment contrôler cette division pour aller vers « ce qui est permissible. » Le même genre de dichotomie s'opère dans notre monde. D'un côté se trouve le monde organique - qui nous inclut, nous, et d'autres organismes dotés d'une conscience. De l'autre côté se trouve le royaume inorganique - des entités avec une conscience mais sans corps organiques. « La structure de leur monde est différente mais complémentaire à la nôtre. » Les sorciers découvrirent que les êtres inorganiques venaient à leur rencontre au travers des rêves. Les rêves, en tout cas un certain type de rêves spéciaux, sont des « portails » qui ouvrent sur un passage donnant sur le côté inorganique de l'univers, et qui leur permet de passer dans notre monde. C'est seulement en rêve que nous pouvons suffisamment équilibrer notre énergie pour percevoir cet autre royaume. Autrement, notre vélocité est trop rapide pour les percevoir.

 

 

         Les anciens sorciers découvrirent que les rêves donnent accès aux êtres inorganiques et aussi à d'autres royaumes. Ils nommèrent les êtres qui s'y trouvaient « les alliés ». Ce terme n'est pas approprié, bien sûr, puisque ces êtres ne sont pas capables d'agir comme des alliés dans ce royaume, et ils laissèrent tomber les sorciers en temps de crise. Depuis lors, les sorciers s'en sont tenus à l'écart. Don Juan sentait que la seule chose à faire était de se tenir à l'écart des êtres inorganiques. Au moment où on utilise le portail, on entre dans un véritable monde très bien organisé, que ça nous plaise ou non. Les sorciers entraînent leur attention de rêver -  la développant dès le début en se souvenant de focaliser leurs yeux sur n'importe quel objet, en donnant de petits coup d'œil, puis en déplaçant leur focalisation sur un autre objet, puis un autre, etc.

 

 

         Ils découvrirent que pour chaque individu il y a un nombre seuil d'objets que nous pouvons focaliser avant que le rêve devienne autre chose. Dans les rêves non ordinaires, une fois que nous atteignons ce seuil, nous sommes en route autre chose. De tels rêves spéciaux s'annoncent par quelque chose de plutôt inhabituel - par exemple, l'image d'un poisson qui vole. Une fois que l'on apprend à piéger notre attention, nous pouvons atteindre ce seuil à partir du moment où nous entrons dans « un rêve qui n'est pas un rêve. »

 

 

         Don Juan donna comme tâche à Castaneda de chercher ses mains dans ses rêves, et Castaneda la transforma en obsession. Il découvrit qu'il ne pouvait pas le faire (et s'imita lui-même en train de dire à don Juan qu'il ne pouvait pas trouver ses mains. Don Juan lui dit qu'il pouvait chercher autre chose : « Cherche ton pénis. » Castaneda s'imita, disant sur un ton geignard, « Décidez-vous une fois pour toutes à arrêter vos blagues, je ne les aime pas. ») Don Juan lui dit initialement de chercher ses mains « ou quelque chose d'autre, » et il oublia simplement ce « quelque chose d'autre. » - [Cela lui rappela une femme qui avait fait une liste de toutes les raisons qui la rendaient spéciale. Il dit qu'il nous ramènerait la liste avant la fin du séminaire. Sur la liste, par exemple, il y avait le fait qu'un jour un professeur lui avait dit, « d'une certaine façon tu es trop mature. » Lorsque Castaneda lui avait demandé s'il ne manquait pas quelque chose dans cette affirmation, elle était allée parler au professeur et avait découvert à son grand regret qu'il avait juste tenté de lui dire, « Tu es trop mûre pour agir comme un trou du cul. »] - Castaneda voyait tout sauf ses mains. En fait, il ne trouva ses mains qu'une seule fois dans ses rêves - et ce n'était pas vraiment les siennes mais plutôt deux grosses mains velues. (Ils ont trouvé récemment des mains de singe en plastique, et ont trouvé que leur aspect, en forme de coupe, était représentatif de ce que sont les êtres humains - des êtres avec de petites mains cupides de gorille. Il dit qu'il nous les rapporterait pour nous les montrer.) Mais Castaneda avait en fait réussi à accomplir la mission que lui avait donnée don Juan, sans le savoir, car il avait focalisé son attention sur toutes les autres choses dans ses rêves. (Il était sûr que d'avoir mentionné cette commande de don Juan avait eu le même effet sur ceux qui avaient lu ses livres et avait produit une obsession à propos de trouver ses mains.)

 

 

 

         L'attention de rêver est une autre source de discipline qui nous rend immangeables pour les Flyers. Une fois que nous traversons le portail, quelque chose vient pour nous emmener vers une autre couche de l'oignon, ou vers l'univers duel des êtres inorganiques. Nous contrôlons la direction vers laquelle nous allons en exprimant notre intention à voix haute - essentiellement en donnant des ordres, comme « Emmène moi dans ton monde. » La seule chose qu'ils écoutent est un ordre direct, il n'est pas bon du tout de geindre, ou de supplier. Il ne faut pas leur demander quoi que ce soit de façon arrogante, mais plutôt d'une manière forte, ferme et convaincante. « Si vous êtes bien élevé, vous pouvez dire ‘s'il vous plaît' ou ‘merci' », plaisanta t-il, « mais c'est optionnel. »

 

 

 

         Une fois que vous avez exprimé à voix haute votre désir d'aller dans leur monde, ces balles d'énergie vous emportent. Don Juan lui a dit d'aller ailleurs et de ne pas exprimer à voix haute son intention d'aller dans le monde des êtres inorganiques. Mais Castaneda a toujours eu cette étrange propension à se fourrer dans des situations dangereuses.

 

 

 

         Enfant, Castaneda jouait de la trompette pour éviter d'aller à l'école. Il disait à son professeur qu'il avait des répétitions avec son groupe, puis il disait au groupe qu'il devait aller en cours. Ainsi, il finit par n'aller à aucun des deux. Puis, il fut transféré dans une autre école, et le type qui s'occupait du groupe de musique lui dit qu'ils n'avaient pas besoin de lui. (Il s'imita en état de choc à l'idée de devoir aller en classe.) Alors il avait décidé de rendre sa trompette inutilisable. A la nuit tombée, dans le pensionnat, il se glissa furtivement dans la salle de répétition et démarra un petit feu, en utilisant de la corde, afin de créer suffisamment de chaleur dans l'embouchure de la trompette pour rendre le ton mauvais. Mais il aurait dû utiliser du câble plutôt qu'une corde. La corde tomba dans une percussion. Alors, il essaya d'arrêter le feu avec de l'eau, au lieu de retourner dans son lit, où il n'aurait pas été surpris. Mais il n'était pas assez fort pour soulever le seau d'eau (il s'imita en train de répandre de l'eau partout), et il dut le remplir par trois fois. Il finit par se détremper les pieds. Puis il retourna dans son lit et, naturellement, fut découvert en raison des traces de pied mouillées qui l'avaient directement conduites à lui. Finalement, une aile entière du bâtiment avait brûlé. Sa famille avait dû payer pour la reconstruction de l'aile et pour les instruments. Il en avait parlé à son grand-père, son seul allié. Son grand-père avait seulement dit, « Que c'est stupide ! Tu aurais dû utiliser du câble. » Son grand-père, un peu criminel lui-même, était horrifié par la stupidité du garçon mais pas par l'acte nihiliste de brûler l'école.

 

 

 

         Ainsi, Castaneda nous dit qu'il était un « crétin désespéré » de nature, quelqu'un qui prend des risque. Don Juan lui avait dit qu'il allait commencer à entendre une voix, celle de « l'émissaire de rêver », mais lui avait dit de ne pas l'écouter. Un jour, il entendit une voix, mais se dit à lui-même que cela devait être dû à un genre d'effet post-hallucinogène. Cependant, la voix vient d'un autre monde, et s'adapte à nous. Pour lui, cela avait commencé par être une voix d'homme qui parlait un espagnol argentin, ou un anglais de la côte ouest des Etats-Unis. Elle utilisait des termes attachants - comme « flaco », « hijito », et « boludo. » Et la voix lui avait dit qu'elle lui révélerait tout ce qu'il voudrait savoir. Mais ses résultats étaient toujours désynchronisés. Elle lui disait quelque chose à propos de quelqu'un deux mois après sa demande, ou même 5 ans après, alors qu'il n'en avait plus rien à faire.

 

 

         Cette voix de l'émissaire de rêve s'attache à nous physiquement. Pour lui, il l'avait ressentie comme si elle provenait de la zone du foie.

 

 

         Le monde des êtres inorganiques est essentiellement féminin, et Castaneda avait fini par entendre une voix de femme - « plutôt exquise. » Les mâles sont couvés dans ce monde parce qu'ils ne sont qu'une « petite vrille » provenant d'une base femelle. (Il imita « être un macho », puis n'être juste qu'une « petite vrille ». Puis il décrivit comment une fois, alors qu'il était chez don Juan, il s'était mouché le nez si fort que ses végétations étaient sorties. Sa réaction immédiate avait été « d'aller voir maman pour lui montrer.»  Cela lui rappela alors qu'il avait travaillé dans un hôpital psychiatrique, où un type qui n'avait plus aucune sensation dans son corps avait attrapé un de ses globes oculaires, puis l'avait apporté au docteur en disant, « Regardez ce qui vient de se passer. » Etant seulement psychiatre et pas chirurgien, le docteur s'était évanoui. Le même patient fut découvert un peu plus tard en train de se scier le bras, en chantant « Le vieux MacDonald avait une ferme. »)

 

 

 

         Don Juan ne s'attendait pas à ce que Castaneda soit si stupide. L'émissaire de rêve est un commerçant très attachant. Il dit, « Tout ce que vous avez à faire est de me dire deux mots. » Ces mots sont « Pour toujours. » - « Si vous me donnez votre parole, nous pouvons allonger votre conscience à 5 milliards d'années. Vous pourrez voir des choses inconcevables, comme le cœur d'une étoile, et vous ne brûlerez pas. Vous n'aurez pas besoin des respirer. Mais, nous ne pouvons pas vous forcer, c'est votre choix. » Don Juan lui avait dit de ne pas tomber là dedans.

 

 

 

         Les êtres inorganiques sont aussi consommés par les Flyers, et ils désirent joindrent leur vitesse lente à la nôtre, plus rapide. La voix emmena une fois Castaneda dans le monde des êtres inorganiques et lui dit qu'il était peuplé de trois types d'êtres - ceux qui ressemblent à des bougies ondulantes, ceux qui sont ronds, et d'autres qui sont en forme de cloche. La voix lui dit aussi qu'il y avait d'autres entités qu'elle ne pouvait pas lui montrer à moins qu'il donne sa parole de rester. « Tous les rêveurs mâles ont rapporté la même expérience, don Juan inclus. » Les psychiatres et d'autres experts ne purent lui expliquer ce qu'était cette expérience, à part le produit de son esprit. Castaneda finit par faire des voyages sans fin dans ce monde, et durant l'un deux, il vit une énergie qui ressemblait à une petite fille qu'il connaissait. La « fille » lui demanda de l'aide. D'après don Juan, une des qualités de Castaneda était qu'il était capable de sauter avec bravoure pour briser les chaînes de l'autre. Il donna sa parole, son intention, ce qui épuisa toute son énergie, et il fut retenu là, bien qu'il ait réussi à libérer la « fille ». Don Juan et quelques-uns de ses associés avaient dû y aller pour le sortir de là. Ils n'y étaient pas entrés en rêvant mais grâce à des techniques de sorcellerie d'une haute maîtrise. Ainsi, Castaneda savait que c'était un monde réel, un univers jumeau.

 

 

 

         Don Juan avait prévu de sauter en évitant le monde des êtres inorganiques. Mais Castaneda nous dit que nous ne pouvions pas faire le voyage définitif sans passer par « la maison de nos cousins. » Même si ce monde est grandement mixé avec le nôtre, don Juan avait insisté sur le fait d'en rester à l'écart. Don Juan était dans une position de déni absolu. Castaneda pense qu'il est maintenant préférable de traiter avec ce monde ; d'apprendre à le gérer avant de s'engager pour notre ultime voyage.

 

 

 

         Les êtres inorganiques peuvent ralentir notre vitesse et augmenter la leur, en nous donnant soit des aperçus fugaces de leur présence, soit au travers d'interactions soutenues. « Les femmes n'ont pas besoin de lire beaucoup. Mais bon, il peut y avoir des femmes philosophes qui le font. » (Florinda sembla mal à l'aise à ce moment.) « Et peut-être des femmes allemandes, des femmes allemandes philosophes. »

 

 

 

         Castaneda dit qu'il demandait toujours, comme beaucoup d'entre nous, quand est-ce qu'il serait capable de voir l'énergie, et quand les pratiques de sorcellerie auraient un impact sur lui. Puisque certaines personnes avaient dit qu'elles n'avaient pas entendu « l'horrible histoire » qu'il avait racontée le dimanche précédent, il raconta à nouveau l'histoire de don Juan lui disant qu'une façon de savoir s'il avait fait des progrès était de se pencher en avant et de péter en direction de l'est. Si c'était un gros pet, c'est qu'il faisait des progrès.

 

 

 

         L'interaction du groupe de Castaneda avec les êtres inorganiques est bien plus grande qu'elle ne l'était au temps de don Juan. Les histoires de don Juan sur les anciens sorciers n'ont pas beaucoup aidé Castaneda à traiter avec ce monde. Tout ce que Castaneda possède sur ce monde pour continuer sont ses propres observations, et le fait que les êtres inorganiques ne peuvent pas mentir. Cependant, ils ne peuvent répondre qu'à des questions qui ne sont pas d'ordre spéculatif - par exemple, « Y a-t-il un homme de l'autre côté de ce mur ? Pourquoi y a-t-il un homme derrière ce mur ? Comment cet homme est arrivé là ? » Cela nous entraîne à être très direct. Traiter avec les êtres inorganiques nous force à devenir clair comme du cristal, car sinon l'émissaire de rêve ne peut pas nous répondre. Castaneda leur avait posé des questions à propos de notre interaction avec les êtres inorganiques, et ils lui avaient dit que cela pouvait arriver, au travers d'une immense sobriété.

 

 

 

         Les Flyers ou « les sauteurs », sont aussi inorganiques, et se nourrissent d'autres êtres organiques. Bien que les sorciers aient été incapables de distinguer les détails de l'œuf lumineux des organismes non humains afin de discerner cet état de fait, l'émissaire de rêve avait répondu « oui » à la question de savoir si les Flyers se nourrissaient des animaux ou des autres organismes de notre monde.

 

 

 

         Castaneda n'entend plus la voix de l'émissaire de rêve maintenant. « Les êtres inorganiques m'ont piégé dans un monde longtemps recherché par don Juan où la cognition humaine ne fonctionne pas. » Quelque chose l'a tiré à travers un « tube de conscience longitudinale, » et il s'est retrouvé sur son côté gauche. Les êtres de ce monde ont une vision à 360°, ce qui les oblige à entreprendre des actions qui sont pour nous inconcevables. Afin sortir de ce monde, une voix avait dit à Castaneda qu'il devait « tourbillonner », ce qui avait causé d'importants dommages à sa rétine. Mais la voix lui avait proposé de le ramener sans douleur, s'il lui donnait sa parole. Castaneda décida que le seul moyen de s'en sortir était d'adopter l'attitude de ne pas se soucier de s'en sortir ou pas, ce qui, en quelque sorte, lui avait permis de revenir par ses propres moyens. Maintenant, il n'entend plus la voix, et elle lui manque. Il regrette de ne pas lui avoir dit merci, car la voix lui a dit des choses stupéfiantes, inconcevables. 

 

 

         Un des principes de la voie des sorciers est que l'on doit payer pour ce qu'on a reçu, et si nous ne pouvons pas payer, nous devons au moins donner quelque chose d'une valeur égale.

 

 

         La fille de 10 ans qu'il avait mentionnée la nuit précédente (l'Eclaireur orange), avait dû faire un choix - soit elle restait avec eux, soit elle retournait vivre avec ses grands-parents (les parents de Florinda). « La décision est un autre des principes des sorciers. Les sorciers voient un horizon d'ambre roussâtre en permanence. » A un certain moment se produit un mouvement de tourbillon quelque part - sur notre gauche, notre droite ou au centre - cela tourbillonne dans le sens des aiguilles d'une montre depuis la vision de l'observateur. Puis une porte s'ouvre, et vous voyez l'infini à travers celle-ci, et une décision se présente. Cela se passa ainsi pour la petite fille de 10 ans. Elle avait décidé d'aller vivre avec ses grands-parents, bien qu'elle ait affirmé vouloir rester avec eux pendant un moment encore. « Nous l'avons mise dans un avion aujourd'hui. » Sa décision était finale pour eux. Le facteur décisif pour elle fut qu'elle désirait manger des tamales. Ses grands-parents lui donnaient tout ce qu'elle voulait. Le groupe de Castaneda lui donnait aussi tout ce qu'elle voulait, sauf des tamales ou du sucre. Don Juan se fichait pas mal des choix, tout ce qui l'intéressait était de continuer sa lignée. Cependant, le choix est la seule chose que possède Castaneda, alors comment pourrait-il ne pas le respecter ? Ainsi, la petite fille a choisi de mourir.

 

 

 

         Une fois, Castaneda était allé voir un célèbre producteur, à propos de la possibilité de faire un film sur « Les Enseignements de don Juan. » Le type le reçut dans une pièce immense, très impressionnante, dans Century City ; il avait également un bureau gigantesque, et Castaneda était assis loin au-dessous de lui. L'homme avait des bagues à tous les doigts et mâchait un cigare. Il marmonna quelques questions à Castaneda, que celui-ci ne put comprendre. Il marmonna à nouveau, et Castaneda ne put toujours pas le comprendre et commença à se sentir très mal à l'aise. Puis le producteur enleva le cigare de sa bouche et demanda, « Est-ce que la tribu s'en occupait ? » Oups, maintenant Castaneda pouvait l'entendre mais n'avait aucune idée de quoi le type était en train de parler, et pensa qu'il n'avait pas bien entendu. Il lui demanda à nouveau de répéter sa question. Finalement l'homme expliqua qu'il était en train de demander si le groupe de don Juan s'intéressait au fait que don Juan ait donné du peyotl à Castaneda. Castaneda fut grandement soulagé d'avoir au moins une question à laquelle il put répondre, et il dit, « Oui. » L'homme lui dit, « Alors il y aurait un épisode dramatique. Cette partie à propos de pisser sur des chiens m'a laissé plutôt froid. » Mais il pensait que la scène avec les autres Indiens contrariés par le fait que Castaneda reçoive du peyotl avait une vraie tension dramatique. (Castaneda imita les Indiens hollywoodiens en train de dire, « Brûlons-le. ») Le producteur voulait également que Mia Farrow soit dans le casting pour jouer l'intrigue romanesque. Elle resterait en arrière et jouerait « une femme qui dit, ‘Ne prends pas cette drogue !' Et tu le fais quand même. C'est la confrontation. »

 

 

 

         Castaneda a rencontré beaucoup de gens d'Hollywood au fil des années. Il ne peut plus les supporter. Ils pensent tous que ses livres sont des créations fictionnelles. Castaneda avait expliqué que les livres étaient juste des explications phénoménologiques de quelque chose que tout le monde peut faire. « Mais personne ne nous en a parlé avant. » Il fit la description d'une femme gourou célèbre avec qui il avait dîné à Los Angeles, et qui tenait en permanence les testicules d'un grand et jeune masseur tout en lui parlant. Castaneda demanda finalement au type comment il pouvait supporter cela, et l'homme lui répondit, « La réponse c'est de ne jamais être seul. » Castaneda nous demanda, « Est-ce vraiment cela la réponse, de ne jamais être seul ? »

 

 

 

         Une fois, Castaneda dut se faire opérer d'une mauvaise hernie. Une couverture de survie fut nécessaire afin qu'il supporte l'opération. Durant l'une de ses explorations dans la seconde attention, il avait fait quelque chose qui avait endommagé son corps. Il aurait pu se soigner lui-même, mais n'avait pas le temps ou l'énergie. Il fit une description du docteur en train de lui expliquer tous les risques de l'anesthésie - une explication complète d'un « grand homme à un autre grand homme, » tout cela, tandis que Castaneda était totalement nu. Ensuite un homosexuel mexicain était entré, et Castaneda imita le gars en train de rouler les yeux avec des gestes maniérés. Le gars dit à Castaneda de se mettre en position fœtale. Puis, il lui dit qu'il allait le maintenir et que cela ne lui ferait pas du tout mal. Castaneda trouva absurde que cette scène puisse être sa « dernière scène sur Terre. » Après qu'il s'être réveillé, une infirmière lui dit, « Vous voulez regarder la télévision, n'est-ce pas ? » Et sans même le regarder ou attendre sa réponse, elle alluma la télévision et repartit. Il vit alors Guru Rajneesh à la télévision en train d'expliquer qu'une femme de son entourage venait de lui voler 52 millions de dollars, et qu'il pensait que cette femme voulait contrôler le monde. Une autre scène absurde, qui fit rire Castaneda de façon incontrôlée. Castaneda se demandait ce que ces deux scènes ridicules pouvaient présager et en comment elles étaient connectées avec cette opération vitale. 

 

 

 

         « Vous êtes impeccable et vous posez votre intention. Le reste arrive tout seul. » Les anciens sorciers ne permirent jamais à leur conscience de grandir au-dessus de la région de la poitrine. En maintenant leur conscience à cet endroit, ils firent des assertions inexactes sur les êtres inorganiques et sur leur habilité à les aider dans ce plan. S'ils avaient laissée leur conscience croître au-dessus de leur tête, afin que celle-ci recouvre leur œuf, ils n'auraient pas fait ce genre d'erreur.

 

 

 

         Don Juan disait, « Laisse le résultat en dehors de ton domaine. Lance ton intention, ton effort, et ensuite oublie tout ça. N'essaye pas de contrôler les résultats. » Castaneda nous recommanda d'essayer cette méthode avec quelque chose de très simple au début. (Il plaisanta sur le fait que nous ne devions pas laisser un marché d'un million de dollars se régler tout seul, pour ensuite dire, s'il n'était pas conclu, « C'est ce que Castaneda nous a dit de faire. » 

 

 

 

         A dix-huit heures, Castaneda commença à répondre aux questions. La première était de Louis : « Comment fait-on pour attraper des êtres inorganiques ? » Castaneda répondit : « Il faut insister. Mais vous devez leur laisser du temps parce qu'ils se déplacent lentement. » Il plaisanta sur quelqu'un qui attendait une heure ou deux, puis qui laissait tomber l'affaire. Il dit aussi qu'il avait l'habitude de crier, « Intention ! » et qu'un des membres de son groupe, sans doute Florinda, avait l'habitude de crier « Intention ! » de vive voix, ce qui faisait que ses voisins appelaient régulièrement la police. Il nous avertit aussi de ne pas se sentir penaud et de ne pas avoir de doutes lorsqu'il s'agissait de parler aux êtres inorganiques. « Ce que vous avez pour traiter avec eux c'est votre discipline, la discipline de la Tenségrité. »

 

 

         Un homme posa une question à propos des Eclaireurs bleu et orange, mais Castaneda éluda la question, disant que ce n'était pas pertinent concernant les êtres inorganiques.

 

 

 

         Une femme demanda comment s'échapper du monde des êtres inorganiques une seconde fois (c'est-à-dire, lorsqu'ils l'ont emmené vers le monde à 360°), Castaneda répondit : « J'y suis encore. » Il expliqua que c'était pour cette raison qu'il louchait. Il raconta qu'il était allé chez deux médecins différents, des spécialistes des yeux. Le second avait diagnostiqué que son état était dû au fait que Castaneda avait des relations sexuelles intenses, et de violents orgasmes. Il avait appris à ne prendre que les conseils ou les spéculations des médecins, sans tenter de leur raconter comment cela lui était vraiment arrivé. Ce médecin avait aussi calculé son âge, il avait trouvé 75 ans, et il était impressionné que Castaneda ait de violents orgasmes à cet âge.

 

 

 

         Castaneda eut une fois une infection à la vessie après une de ses expériences. Il alla chez un médecin sous le nom de « Ramon Garcia. » Le médecin lui dit, « Ramon Garcia, qu'est-ce que ça pourrait être d'autre ? C'est une blennorragie. » Castaneda fit l'erreur de vouloir expliquer que cela était dû à un combat d'une grande ampleur énergétique. Le médecin diagnostiqua alors tout naturellement qu'il était fou, avec une blennorragie. Un jour, le célèbre psychiatre pour lequel travaillait Castaneda lui demanda, puisqu'il était tellement intéressé par l'ethnométhodologie, s'il voulait aller au troisième étage, là où se trouvaient les patients atteints de maladie mentale, afin qu'il puisse les étudier en tant que membre de leur groupe. Castaneda demanda, « Et si quelque chose vous arrive ? «  (Sous-entendu que personne d'autre ne sache que Castaneda n'était pas vraiment un patient). Le psychiatre était sûr que Castaneda pourrait négocier afin de se sortir de là d'une manière ou d'une autre.

 

 

 

         Thomas demanda si on pouvait pratiquer l'attention de rêver et la récapitulation en même temps. Castaneda répondit, « Oui, vous pouvez appeler l'attention de rêver en même temps. » Cela ne prend pas beaucoup de temps, comparé au temps que nous passons devant la télévision. Un homme posa une question à propos des Flyers qui n'apporta pas beaucoup de nouvelles informations. Castaneda dit que les Flyers sont « intégralement sur nous. » un homme demanda si le célibat était important. Castaneda dit, « Si vous êtes des baises ennuyeuses, oui. » Il raconta à nouveau l'histoire de son cousin « Rigoti », et comment son grand-père avait dit à Castaneda - « Arana » --  qu'il devrait imposer sa volonté et passer par la fenêtre, tandis que le beau Rigoti serait invité à passer par la porte. Le leitmotiv de son grand-père, que Castaneda adopta par la suite, était, « Tu ne peux pas faire l'amour à toutes les femmes du monde, mais tu peux essayer ! » Castaneda était né après une baise rapide - « derrière la porte » -- donc, il était tout le temps nerveux. Si vous êtes le fruit d'une relation passionnée, il n'y a pas de problème. Vous pouvez avoir autant de relations sexuelles que vous voulez.

 

 

 

         Un homme demanda si la taille du point d'assemblage avait une limite extérieure. Castaneda dit qu'il avait habituellement la taille d'une balle de tennis. Il dit que le seul point d'assemblage immense qu'il avait vu était celui de la femme gourou qui attrapait les testicules du jeune masseur. Mais son point d'assemblage était très figé, alors qu'il aurait dû être fluide. Lorsque le point d'assemblage d'une personne est fixé, cette personne fait partie des personnes « qui savent tout » ; qui savent ce qui va et ce qui ne va pas. Elles sont des « autorités » et sont très coincées. Castaneda expliqua que le seul moyen de fluidifier le point d'assemblage était la récapitulation. Il mentionna que nous, les auditeurs, étions devenus plus forts en la pratiquant. « C'est génial d'intentionner la fluidité du point d'assemblage. »

 

 

 

         Un homme posa une question sur le Défieur de la mort. Castaneda dit que ce serait le sujet de sa dernière conférence. Un homme demanda si les êtres inorganiques organisaient aussi des séminaires. Castaneda ria et dit, « peut-être ». L'homme demanda aussi si cela intéresserait les êtres inorganiques d'avoir une relation symbiotique avec nous. Castaneda dit, « Oui. Ils sont plus sages et plus vieux que nous, et ils adoreraient fusionner avec notre vitesse. Mais cette possibilité reste exclue, à moins que nous nous consacrions à la révolution de don Juan. » Un homme posa une question sur l'intention. Castaneda dit que nous allions y venir, en parlant de la traque. Une femme demanda, « Peut-on intentionner d'aller soit dans le monde des êtres inorganiques, soit dans d'autres lieux si une boule d'énergie vient à notre rencontre en rêve. » Castaneda répondit que oui, mais que don Juan ne lui en avait jamais parlé.

 

 

 

         Un homme demanda si Castaneda avait des alliés, et s'il les utilisait. Castaneda répondit, « Non. » Il expliqua que les alliés étaient des entités très primitives qui provenaient de la lignée de don Juan. Castaneda avait des « trucs mieux que ça », et ces entités s'étaient tout simplement évanouies. L'intérêt de Castaneda est l'élucidation, il veut que « le monde des sorciers soit compréhensible en nos termes. » Une femme posa une question sur les moyens de stopper le dialogue intérieur. Castaneda fit le mouvement de picorer avec ses doigts, et suggéra que c'était un exemple, car nous devons être très attentif à ce que nous faisons. Les Chacmools le conduisent souvent dans certains endroits sans dire un mot. Elles ont tellement coupé leur dialogue intérieur que même entre elles, elles ne se parlent pas. « Elles ont fait de la Tenségrité tellement longtemps qu'elles ne parlent plus. Jusqu'à ce que vous leur demandiez de parler, et là elles ne peuvent plus la fermer. »

 

 

 

         Castaneda nous dit aussi de ne pas nous laisser gouverner par les statistiques qui disent que nous n'absorbons que trois et demi pourcents de ce que nous entendons au cours d'une conférence. Castaneda avait l'habitude de se fier à cette affirmation, et s'en servait comme excuse pour dormir durant les conférences auxquelles il assistait, puisque de toute façon il n'allait en absorber que trois et demi pourcents (ou six pourcents si elle était répétée). Un homme posa une question sur le point d'assemblage des plantes. Castaneda dit que les arbres ressemblaient à d'énormes blobs de luminosité, et que leur point d'assemblage se trouvait tout en bas, au niveau des racines. Ainsi, les arbres assemblent la perception, ils perçoivent. L'ensemble des végétaux ont leur point d'assemblage au pied de leur cambrure. Leur point d'assemblage est habituellement plat, bien que certains soient de forme géométrique - les diamants par exemple. Les eucalyptus ont un point d'assemblage très « contracté », on dirait qu'il a des dents. Et Castaneda se demandait si nous savions pourquoi les gens disaient qu'ils sont mauvais pour l'environnement. Deux personnes avancèrent que les eucalyptus empoisonnaient le sol autour d'eux, que c'était « allopathique ». Les figuiers ont un point d'assemblage d'apparence exquise. Castaneda raconta une histoire où il avait été pratiquement tué par un figuier. Il était en train de cueillir des fruits pour Florinda, et l'un d'eux se balança devant lui en disant : « Mange-moi ! » Castaneda avait une intolérance héréditaire au fructose. Cependant, il avait commencé à manger tous les fruits de l'arbre. Ils l'avaient retrouvé inconscient. « Je me suis réveillé deux ans plus tard », plaisanta t-il.

 

 

 

         Une femme posa une question sur la dichotomie, et comment cela était en relation avec la Tenségrité. Castaneda dit que la Tenségrité consistait en une série de tensions et de relâchements. Nous ne devons pas chercher la dichotomie, car le monde est déjà en dichotomie quoi que nous fassions. Don Juan avait tenté d'unifier Castaneda dès le début. Une femme posa une question à propos du fait que l'on ne pouvait pas être volontaire pour faire partie du monde des sorciers. Castaneda dit, « Non, votre intention fait une offre. » Il dit qu'il attendait une certaine action spéciale pour révéler la prochaine étape. « Notre dernier rempart est l'ego, et quand il est démasqué, où pouvons-nous aller ? » Il nous dit d'essayer de récapituler et d'exercer notre attention de rêver. « Certains prennent ça au sérieux, alors nous verrons bien... »  Si nous faisons cela, notre vie dans la vie quotidienne deviendra plus forte, plus serrée. Nous ne serons plus à la merci des autres, comme ce fut le cas lorsque nous sommes nés dans ce monde en tant que « baises ennuyeuses. »

 

 

 

         Un homme posa une question sur la connexion entre l'Aigle et les Flyers. Castaneda répondit que don Juan ne savait pas. Il n'avait pas pu répondre lorsque Castaneda lui avait posé la même question. Un homme posa une question sur la suggestion qui avait été faite la nuit précédente de rediriger notre attention, alors même qu'elle se trouve au niveau de nos pieds, depuis la position du moi-moi-moi. Castaneda dit qu'il nous avait donné des instructions à ce propos, c'était comme lorsque don Juan lui avait dit de chercher ses mains.

 

 

 

         Une femme posa une question sur les êtres inorganiques et sur la tentative de don Juan de les éviter en partant pour son voyage définitif. Castaneda dit que don Juan était le parfait exemple du guerrier abstrait désirant la liberté abstraite, mais il supposait que son saut avait été minimisé parce que les membres praticiens de son clan étaient trop concrets. On a besoin d'une relation très sobre avec les êtres inorganiques pour naviguer dans leur monde. Tony, le bouddhiste tibétain qui a pris la photo des Flyers sur les pyramides, serait avec nous le dimanche suivant. C'est un « gars charmant ». Il a de grands yeux qui décrivent de larges cercles. Il est aussi un excellent traducteur qui fait de la traduction instantanée. Quelqu'un demanda comment Tony avait pris la photo. Il y avait 90 000 mexicains catholiques et bouddhistes à cet endroit, ainsi que le Dalai Lama. Tony est aussi « un saint ». Ils l'appèlent « Tony Lama. » Il avait organisé l'évènement, et y avait pris beaucoup de photos, en rafale. Sur l'une d'entre elles, il y avait une tâche qu'il a ensuite agrandie. Il l'a apporté à Carol Tiggs. Lorsqu'elle l'a montrée à Castaneda, ils le prirent comme le signe qu'il était temps de parler des Flyers. Don Juan lui avait dit de ne jamais en parler, car sinon les gens allaient sûrement le brûler.

 

 

 

          Un homme demanda comment les sorciers utilisaient les noms. Quelle était leur fonction ? Castaneda dit que les noms n'étaient pas permanents. Ils dépendent de l'étape où nous sommes sur le chemin. Lui-même n'est plus « Carlos Castaneda ». Tout son corps a changé, et il a besoin d'un nouveau nom. Il a un autre nom, mais qui n'est pas encore tout à fait « coagulé. » Avoir juste un seul nom est trop bizarre, trop monogamique. Un homme demanda si l'univers avait de l'affection. Castaneda dit que la question n'était pas de savoir si l'univers était affectueux, mais plutôt de savoir si nous pouvions créer ce lien d'affection avec notre impeccabilité. La force de l'intention ou de l'esprit est là, mais nous ne pouvons lui faire face qu'avec une immense énergie. Si nous lui faisons face alors que nous sommes faibles, elle nous détruira. Si nous sommes fort, elle deviendra une force immensément accrue. Une femme demanda comment nous devions faire pour revenir de rêve. Castaneda expliqua que c'était comme une bande élastique - vous l'étirez autant que votre énergie le permet, puis quelque chose vous ramène. « Et vous n'êtes même pas en sueur. » Il plaisanta sur le fait d'être parti en rêve avec le costume qu'il portait, son préféré, et que celui-ci était revenu avec lui en parfaite condition, « repassé. »

 

 

 

         Il mentionna à nouveau la petite fille et dit qu'elle était extrêmement intelligente et qu'elle savait ce qu'elle faisait. Elle leur avait demandé de l'excuser auprès de tout le monde d'être une petite fille ne sachant pas comment choisir. » Castaneda sembla très affecté par cette affirmation. Il raconta comment nous tentons de prendre la fuite devant les loups, en nous cloîtrant derrière une porte qui s'avère n'être qu'un encadrement de porte. Il n'y a aucun endroit où fuir dans ce monde. Quelqu'un demanda si la petite fille aurait une seconde chance. Castaneda répondit, « Non. Ce ‘vortex' ne s'ouvre qu'une seule fois. » Il dit qu'il n'avait aucun regret à propos de la petite fille. Ils avaient agi impeccablement avec elle. Elle avait pris sa décision, et à présent elle n'existait plus pour eux. C'était juste une histoire, une histoire poignante qu'il nous racontait. C'est ce que font tous les sorciers. 



Publié à 07:49 le 11 décembre 2007 dans Los Angeles août 1995
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