Le rendez-vous magique
Interviews, compte-rendus de séminaires et notes sur la Tenségrité et les Passes Magiques


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Gaia bookstore - conférence de Taisha - Novembre 93

Gaia Bookstore - 19 novembre 1993

Conférence de Taisha Abelar


L'entraînement d'un traqueur

         «Nous vivons ce que nous écrivons dans nos livres. Nous n'avons pas l'intention de vous égarer. Castaneda n'est pas tout cela de lui-même. Le premier anneau de pouvoir est constitué de Carlos Castaneda, Florinda Donner, Taisha Abelar, en tant qu'expression impeccable des idées de don Juan. »

         « Nous sommes des sorciers, constamment attaqués, bombardés par les tirs pénétrants du connu et de l'inconnu. Nous survivons grâce à notre propre endurance. Et nous en voulons toujours plus. Notre objectif est de saisir l'opportunité qui se présentera de sauter dans l'inconcevable. »

          « Mais si votre corps d'énergie n'est pas éveillé et développé, vous pourriez bien sauter dans l'inconnu et ne pas vous en apercevoir. Nous devons aiguiser nos corps d'énergie afin d'être conscient de la subtilité et du mystère du saut, car sinon nous n'en serons même pas conscient. »

          « Avant tout autre chose, le monde est énergie. Puis les formes émergent. Puis, la ‘réalité concrète'. Nous avons perdu la capacité de percevoir l'énergie directement. »

          « Nous nous sommes perdus dans les catégories indexicales. Nous sommes des experts dans la manipulation des catégories indexicales. Nous percevons tout comme étant concret. Nous voulons voir l'énergie à nouveau. Les gens sont vus comme des œufs lumineux, de la taille des bras étendus sur le côté, devant et derrière, fait de fibres de lumière, avec le point d'assemblage situé dans le dos à une longueur de bras, à l'arrière entre les omoplates. Il y a là un point lumineux brillant de la taille du poing, un point de conscience, un point d'assemblage, le point de la perception, c'est là que nous assemblons le monde ; le regroupement des filaments provoque la perception. »

          « Le point d'assemblage peut bouger grâce à une profonde médiation, aux drogues, une forte fièvre, la sénilité, à une privation de sommeil, une privation sensorielle, au sommeil naturel. »

          « Ce que font les traqueurs c'est fixer le point d'assemblage sur une autre position. Le point d'assemblage peut également bouger grâce au coup du nagual. Les drogues ne sont pas nécessaires et de plus elles sont nuisibles. Elles ne furent utilisées qu'aux toutes premières étapes de l'apprentissage de Castaneda, juste parce qu'il était un nagual et que son point d'assemblage était trop difficile à bouger. »

          « Lorsque l'on dort, traquer signifie maintenir le rêve, contrôler le rêve. Eveillé, traquer a une signification différente. Il s'agit de s'accrocher à une ligne - lui permettre de vous accrocher - et d'y consacrer toute votre énergie et la laisser vous tirer d'un coup sec. On ne peut pas partir si le point d'assemblage est rigide. Pour être efficace en tant que traqueur, vous devez avoir l'énergie de travailler avec. Il vous faut soustraire un peu d'énergie de ce monde afin de l'utiliser pour vous maintenir sur une autre position. »

          Taisha Abelar fût entraînée à déplacer son point d'assemblage graduellement, à travers la récapitulation, jamais grâce à l'usage des drogues. Elle pensait qu'elle était parfaitement normale, totalement inchangée par la récapitulation, mais à la fin, sans même être consciente du processus, elle avait déplacé la moitié de sa conscience vers son corps d'énergie. Le corps d'énergie s'active naturellement, de lui-même, de manière presque invisible. Taisha expliqua que l'on ne se sent pas différent vis-à-vis du monde après une récapitualtion ; c'est juste qu'à ce moment là, on ne se vexe plus à cause des « petites choses » qui avant nous ennuyaient.

          « Ne vous sentez pas insulté si facilement et ne vous faites pas prendre par les rituels de séduction. Le point d'assemblage peut également bouger de façon soudaine, de lui-même, ce qui peut être assez déconcertant. »

          « L'autre jour, Carlos devait décider d'un sujet pour une conférence -- nous attendons toujours le dernier moment pour le faire. Parfois, j'écris une conférence parce que je suis nerveuse mais lorsqu'arrive le moment de parler, je ne l'utilise jamais. Je ne sais jamais de quoi je vais parler. Donc, Carlos était allongé dans son lit, gardant son esprit ouvert pour laisser l'intention formuler sa conférence pour lui, il avait peur de s'endormir, alors il se leva et marcha sans but dans la pièce, sans pensée, attendant que l'intention se canalise pour nous et pour vous, quand soudain, lui apparut le sens complet de ce qu'il allait faire durant sa conférence, c'est alors qu'il entendit ce bruit de ronflement, et il regarda en direction de son corps - et vous savez, quand vous rêvez, vous êtes supposé regarder vos mains et maintenair votre regard sur un meuble quelconque, ce sont des trucs pour que la scène ne change pas et que vous ne vous retrouviez pas à zoomer le mur. Et de toute façon, Carlos était si terrifié qu'il pensa qu'il était sur le point de sauter dans l'inconnu quand il commença à s'inquiéter du fait qu'il était en dehors de son corps, en train de contempler celui-ci, et son corps n'avait absolument aucun contrôle sur ses sphincters anaux, tout son contrôle était avec lui, dans le corps d'énergie, et il se demanda ce qui pourrait se passer si son corps évacuait une grosse merde... »

          « Lorsque ces déplacements soudains ont lieu, ils peuvent blesser le corps physique. C'est pourquoi la règle numéro 1 est de maintenir le corps physique en très bonne condition afin de résister à l'assaut. »

          Taisha commença alors à décrire plusieurs longues séquences du « théâtre du réel » dans lesquelles le traqueur revêti un rôle, bouge son point d'assemblage et joue un personnage tellement totalement qu'il se perd lui-même dans le rôle. Ses trois rôles, qui lui furent donnés par Emilito, étaient : Ricky, le gringo américain très laid - un homme. Taisha devint si talentueuse qu'elle finit par tromper tout le monde, à part le groupe de sorciers ; puis l'Esprit, c'est-à-dire Emilito, lui présenta son rôle suivant dans le théâtre du réel : une jeune fille mexicaine issue d'une famille aisée, attendant un prétendant (il y a un épisode amusant au cours duquel Taisha tombe en fait vraiment amoureuse d'un ancien curé défroqué qui souffre d'un syndrôme massif de « pauvre bébé », et Taisha lui donne un coup de poing sur le plexus solaire et le suspend dans un arbre, pensant que si cela avait été bénéfique pour elle - afin qu'elle retrouve l'esprit, cela serait aussi bénéfique pour son amant fougueux et brisé. Puis, son dernier rôle fut celui d'une clocharde cinglée, mais dans ce rôle, Taisha était ignorée de tous et passait ses journées assise à regarder les gens aller et venir. Un jour, elle ne vit plus de gens, mais seulement des corps énergétiques.

          La récapitulation avait rendu le point d'assemblage de Taisha fluide ; elle traquait avec son corps ordinaire. Le théâtre du réel avait pour but d'entraîner son corps d'énergie à traquer. C'est l'intention, ou l'Esprit, qui choisit les rôles à jouer pour le traqueur, pas le traqueur lui-même. Dans son rôle de fille mexcicaine, elle croyait vraiment, en frappant sur la tête de son prétendant et en le suspendant dans un arbre, qu'elle n'était plus en train de traquer, mais qu'elle était amoureuse et qu'elle se devait de l'aider. Les autres sorciers lui versèrent un seau d'eau sur la tête afin qu'elle retrouve ses esprits. Lorsqu'elle vit tous ces gens allant et venant dans l'église, au cours de son dernier rôle, elle devint excessivement consciente du fait que ces gens étaient complètement forcés d'agir comme ils le faisaient, et qu'ils étaient chargés du poids de l'index de l'ordre social, incapables même de relever la tête.

          « Il y a des brèches dans la toile sociale, l'index social. Je les ai vues quand j'étais folle. Vous n'en êtes pas conscient quand vous êtes normal. Mais les sorciers sont conscients de ces brèches et tentent de se glisser à l'intérieur. Et les êtres inorganiques en sont aussi conscients, ils les utilisent pour apparaître, entre les mailles. C'est la matrice sociale. »


Comment récapituler


          « Il n'y a pas de manière bonne ou mauvaise de le faire. Nous avons remarqué que Florinda Donner et Carlos Castaneda utilisaient chacun une direction différente pour la respiration. Peu importe dans quel sens vous allez, l'important est de remuer doucement le point d'assemblage qui est entre vos omoplates en tournant la tête. Le plus important est de permettre à l'intention de vous guider dans le rêve ou dans le mouvement du point d'assemblage ; quelque chose viendra harmoniser ce que vous faites. »

         « Donc, vous pourriez commencer avec une technique particulière, puis la développer et la rafiner selon les ordres de l'esprit. Ne vous faites pas mal au cou en le tournant trop fortement. Une fois que vous avez de l'expérience, vous pouvez récapituler en marchant ou en faisant la vaisselle, juste en balayant des petits paquets d'énergie en revivant des expériences passées et en renvoyant les petits crochets que les gens ont laissé en vous. »

         « Commencer en vous asseyant et en calmant l'esprit. Prenez quelqu'un de votre liste, puis visualiser une scène avec cette personne où vous avez suffisamment de détails. Y a t-il des émotions associées à la scène ? Puis vous faites la respiration balayante. Vous travaillez à reculons depuis la personne la plus récente jusqu'à la plus ancienne. »

          « Ne ravagez pas le corps physique. Eviter le comportement du boucher qui découpe les catégories avec les indexes sociaux. Les sorciers se jettent sur ces catégories qui viennent d'être découpées et qui ont été mises de côté. Il y eut 27 générations de sorciers dans la lignée de don Juan, qui ont manipulé beaucoup de catégories indexicales. Nous ne pouvons pas retrouver ces catégories indexicales dans la vie de tous les jours. Nous avons besoin de sortir un peu de nos positions familières. »

         « Les sorciers de la lignée de don Juan apprirent des centaines de positions différentes du point d'assemblage transmises par le Défieur de la mort, comme par exemple la position de rêve double : s'endormir dans un rêve et se réveiller dans un second rêve dans la même position. Cela provoque un véritable saut dans l'inconcevable. Les naguals peuvent faire des rêves doubles parce qu'ils ont des corps doubles ; Carol peut le faire, mais je ne le peux pas, Carol peut le faire parce qu'elle est double et a un lien direct avec le Défieur de la mort. Vous ne devriez pas commencer avec des tâches aussi difficiles, commencer juste par chercher vos mains. »

          « Nous cherchons à étendre les paramètres de notre perception, à obtenir plus que ce qui nous est attribué ; les sorciers s'échappent du quotidien avec beaucoup d'harmonie, vers un monde qui est différent et qui plus est a été infiniment meilleur pour moi que ce monde ordinaire. »


Session de questions-réponses

          « Non, les sorciers ne croient pas à la réincarnation, bien que la vie puisse être prolongée une fois que la personne meurt, le point d'assemblage s'éteint et c'est tout. Les sorciers essayent de récapituler afin de pouvoir offrir un substitut à la place de leur conscience. Etant né avec seulement une quantité préétablie et limitée d'énergie, la récapitulation vous permet de la réclamer et cela vous donne plus d'énergie. A chaque fois que vous déplacer le point d'assemblage vers une autre postion, cela vous donne un boost, une poussée, c'est pourquoi il est important de perdre l'importance personnelle, car sinon cette poussée peut se traduire par de l'egomanie. »

          « Lorsque vous récapitulez, débarrasez-vous d'abord des trucs étrangers ; ne commencez pas avec vos relations courantes ou bien vous risquez de les couper. Ne commencer pas par votre mère, c'est une des grosses relations que l'on garde pour la fin. La récapitulation ne veut pas dire que vous n'aimerez plus jamais personne ; en fait, vous aimerez les gens que vous avez connu pour la première fois lorsque vous aurez fini, puisqu'il n'y aura plus d'affaires en cours, de vieux bagages entre vous. »

         (Carol Tiggs, à San Francisco, après une conférence à East-West, en 1993, a dit qu'il était bien sûr difficile de récapituler un mari, il y a une quantité de personnes à choisir de récapituler, alors pourquoi rechercher des ennuis en commençant à récapituler son mari ?)

         Durant la session de questions-réponses, Taisha dit qu'il y avait toujours au moins une femme dans l'audience qui demandait le divorce après une des conférences de Florinda Donner.

         « Placez-vous dans la scène que vous avez visualisée, puis respirez à l'intérieur de celle-ci. Tournez doucement la tête. Ne vous faites pas un torticoli. Voyez l'énergie, les filaments -- c'est quelque chose que vous devez voir ou sentir, mais cela deviendra de plus en plus facile avec le tmeps, particulièrement quand vous aurez plus d'énergie avec laquelle travailler résultant de votre pratique. Ressentez avec la respiration. Expirez et laissez aller -- brisez la matrice de la structure sociale. Evitez le jugement moral ou le narcissisme. Parfois le corps est impliqué - agitez vos fibres. L'action de tourner la tête agite le point situé derrière vous. Vous pouvez récapituler en faisant la vaisselle. Le corps d'énergie se fera connaître, entendre, et vous enseignera comment respirer, à votre propre manière.

Comment faisons-nous pour nous stabiliser ici sans avoir recours aux cigarettes, à la boisson et aux mauvaises habitudes ?

         Au début, Taisha pensait que la question était de savoir comment toutes ces habitudes nous dé-stabilisent, puis réalisa que la personne qui avait posée la question ne s'intéressait pas aux déplacements du point d'assemblage, mais plutôt aux déplacements non voulus et à l'instabilité du point d'assemblage. Cela la plongea dans un long discours à propos des occupations ennuyeuses qui stabilisent le point d'assemblage des sorciers, comme la comptabilité et la programation d'ordinateur ; comment elle avait étudié la programation d'ordinateur. Dans l'un de ses rôles, elle est comptable. Elle dit que toutes ces choses, si elle nous sont étrangèrent, bougent le point d'assemblage. Elle parla aussi du fait que tous les membres du groupe avaient des diplômes supérieurs. Elle dit qu'elle était aussi courtier en immobilier. Les sorciers utilisent un berceau suspendu dans les arbres afin de restaurer la position du point d'assemblage.

         « Ne restez pas en dehors de l'ordre social, utilisez-le. »

Est-ce que nous pouvons vaincre la mort sans l'aide d'un maître ?

         « Oui, je pense. Nous sommes à la fin de la lignée de don Juan. Don Juan ne travaillait qu'avec deux ou trois positions du point d'assemblage. Carlos Castaneda n'en accepta aucune. Nous sommes en train de transmettre cette connaissance à quiconque est intéressé. D'une certaine manière, l'intention vous a atteint à travers les livres. D'être dans cette salle ce soir vous permet d'être entraînés par notre intention. Nous nous intéressons à la liberté totale, pas à une autre position du point d'assemblage. Alors récapitulez, c'est le plus important. Activez le corps d'énergie et quelque chose vous guidera. Nous nous sommes présentés tel que nous étions - une ligne qui part depuis l'arrière de la pièce englobe chaque personne présente - l'intention a avalé chacun d'entre nous durant tout ce temps. »

         « Si vous vous abandonnez à l'intention et si vous récupérez totalement votre énergie, l'intention prendra soin de vous totalement sans que vous n'ayez rien à faire. C'est la fin de toute la lignée. Nous devons le faire nous-mêmes. Le seul guide est le corps d'énergie. J'ai l'intention que votre point d'énergie bouge, les livres en ont l'intention. Permettez que cela ait lieu. Si il y a quelque chose pour vous ici, alors faites-le. »

         « J'avais l'habitude de lire avec beaucoup de plaisir les sutras bouddhistes, et aussi de me battre avec Florinda à ce sujet. Apprenez à vous frotter aux petits tyrans dans votre vie ou dans le théâtre du réel. »


         Une question fut posée à propos du fait que le point d'assemblage de Taisha et celui des autres membres du groupe s'étaient déplacé à l'intérieur du corps. Taisha confirma, disant qu'elle n'avait pas été consciente du processus et qu'elle n'avait sentie aucune différence ; elle exposa une théorie sur la similarité existant entre ce déplacement du point d'assemblage à l'intérieur du corps et la croyance taoïste sur l'énergie prénatale, lorsque la vie commence au niveau du Tan Tien, avec seulement une certaine quantité d'énergie à disposition pour vivre, peut-être est-ce pour cela que le point d'assemblage doit remonter par le périné jusqu'à l'intérieur du corps. Elle se demandait si cela n'était pas semblable à la fleur qui fleurissait avant de mourir. Avant qu'elle et son groupe aillent là où don Juan était allé, dans l'inconnu.

         « Nous nous inquiétons de ne pas avoir assez de temps. Le temps n'a plus aucune signification pour nous à présent, bien que je porte encore une montre. Nous nous inquiétons plus du fait de ne pas avoir assez d'énergie pour maintenir et affuter nos corps d'énergie et donner ces conférences. »

Question sur le sexe.

         « Oui, récapitulez le sexe, les préliminaires, même les baisers contiennent d'énormes quantités d'énergie. »

Je veux dire, devons-nous éviter les relations sexuelles ?

         « Récapitulez toutes vos relations sexuelles, mais évitez celles qui sont en cours. »

Devons-nous aussi récapituler les morts ?

         « Oui. Même les morts. »

Comment faire pour récupérer mon énergie ? Je pensais que nous avions une quantité limitée d'énergie avec laquelle nous étions nés...

         « Vous accumulez plus d'énergie parce que vous la récupérez. Pour le moment, vous avez seulement ce qui vous reste d'énergie, mais vous pouvez remplir à nouveau votre entrepôt, et les déplacements du point d'assemblage vous donnent toujours une poussée - gardez un corps fort ! Plus vous utilisez le corps d'énergie, plus vous devenez fort. Plus vous êtes fort, plus vous êtes conscient et plus vous deviendrez sensible. »



Prises de notes d'un praticien - copyright 1993 by WMW



Publié à 08:44 le 13 mars 2008 dans Taisha Abelar
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Taisha Abelar - Librairie East West

 

 

 

 

 

Interview de Taisha Abelar

Librairie East West - Avril 1998

 

 

 

Par Sean Meshorer

 

 

 

        Taisha Abelar est l'une des quatre disciples de don Juan Matus, l'énigmatique chaman qui fut amené à l'attention populaire pour la première fois par Carlos Castaneda dans son best-seller L'Herbe du Diable et la Petite Fumée. Taisha est l'auteur du Passage des Sorciers, et responsable - avec ses co-disciples Carlos Castaneda, Carol Tiggs, et Florinda Donner-Grau - de l'adaptation des pratiques chamaniques de don Juan pour le public contemporain.

 

 

 

Que sont les « passes magiques »  et quel  rôle jouent-elles dans les enseignements de don Juan Matus ?

 

 

 

        « Passes magiques » est le nom que les chamans de l'ancien Mexique donnèrent aux mouvements ou aux postures qu'ils découvrirent durant leurs états chamaniques de conscience accrue. Après des générations passées à tenter d'atteindre ces états, ils réalisèrent que leurs corps ressentaient un équilibre extraordinaire à certains moments. Ils se sentaient cohérents et satisfaits, autant mentalement que physiquement. Cependant, ces chamans en tirèrent la conclusion que ces états de conscience accrue étaient responsables de ces sensations, et ils n'allèrent pas plus loin. Plus tard, ils réalisèrent que les mouvements étaient en eux-mêmes la cause de leurs sensations de bien-être. Ils agirent en conséquence afin de les isoler et de les répéter durant leurs heures de veille. Le résultat fut prodigieux : ils découvrirent un système de mouvements qui les revigorait, qui renouvelait leur vitalité, et qui approfondissait leur objectif.

 

 

 

Cette pratique fut maintenue dans le secret, elle n'était connue que par quelques disciples et praticiens avancés, jusqu'à très récemment. Pourquoi a-t-elle finalement été révélée ?

 

 

 

        L'effet des passes magiques était si extraordinaire pour ceux qui recherchaient la conscience qu'elles durent être transformées en quelque chose de secret, en une affaire sacrée. Une des disciples du nagual Juan Matus, Carol Tiggs, arriva à la conclusion qu'il était essentiel pour les quatre disciples de don Juan de n'avoir aucun secret, et de ne pas dissimuler d'archives. La seule manière de vider la pièce, pour ainsi dire, était de prendre la partie la plus secrète de ses enseignements, les passes magiques, et de les montrer à quiconque voudrait les apprendre. L'effort d'essayer de les enseigner fut plus que bénéfique pour les disciples. De manière indirecte, cela les a forcé à accumuler de l'expérience. Ils réalisèrent qu'enseigner les passes magiques n'allait pas être une affaire facile, car cela demande un degré de discipline, d'engagement et d'intérêt de la part des participants - des particularités de caractère qu'ils avaient été incapables de trouver à l'intérieur des paramètres des conférences et des lectures.

 

 

 

En rendant la pratique publique, Carlos Castaneda a fait quelques changements quant à la façon dont elles lui ont été montrées. Il a appelé ce système altéré « Tenségrité ». Pourquoi a-t-il fait de tels changements et en quoi la pratique est-elle différente ?

 

 

 

        Les altérations ont été faites pour adapter des passes magiques à l'origine faites sur mesure pour correspondre à des natures spécifiques de praticiens individuels. Par exemple, tous les praticiens de Tenségrité n'ont pas un corps petit et compact comme celui de Carlos Castaneda. Et tous les praticiens n'ont pas atteint son degré de concentration. Les passes magiques appartenant à Carlos Castaneda lui sont adaptées. Les rendre applicable par quiconque fut un travail qui prit plus de dix ans aux disciples de don Juan Matus. Le résultat final - la Tenségrité - est une adaptation réussie, dans laquelle les qualités rituelles des passes magiques ordinaires ont été supprimées, aussi bien que la fixation excessive sur les détails superflus. Seuls les mouvements, dans leur forme non modifiée, ont été retenus, les mouvements réunis par les chamans qui les découvrirent avant qu'ils ne deviennent sacrés, secrets, cérémonieux et rituels.

 

 

 

A quoi les gens peuvent-ils s'attendre à apprendre au cours d'un séminaire de Tenségrité ?

 

 

 

        Un des grands avantages de nos séminaires, du point de vue des praticiens de Tenségrité, est l'influence de la masse humaine - une caractéristique que n'ont jamais rencontrée avant les praticiens chamans. En enseignant la Tenségrité, les instructeurs - qui sont tous des praticiens chamans - ont trouvé que plus grand était le nombre de personnes assistant à un séminaire, plus facile était la pratique pour chacun de ses participants, même concernant des passes magiques longues et complexes. A travers un processus inconnu, les participants dégagent d'énormes modes ou possibilités de souvenir kinesthésique, bloqués à l'intérieur du corps. La masse des participants met les praticiens débutants en contact avec une possibilité inexploitée auparavant de se souvenir et de soutenir un objectif. A la fin du séminaire, ils se souviennent des mouvements les plus complexes avec une étonnante facilité.



Publié à 08:33 le 29 septembre 2007 dans Taisha Abelar
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Dimension Magazine -Interview Taisha Abelar par Alexander Blair

 

 

 

 

 

Interview de Taisha Abelar par Alexander Blair-Ewart - Dimensions Magazine

 

 

 

Pourriez-vous parler du sujet complexe de traquer ?

 

 

        Il y a deux façons de l'approcher. Tout d'abord, une définition générale dit qu'un traqueur est quelqu'un qui a transformé en art le fait de passer inaperçu. Donc, l'art de traquer est conçu pour donner une secousse au sorcier ou au praticien, et par secousse nous entendons une poussée ou une légère explosion d'énergie, afin que le point d'assemblage se déplace vraiment légèrement. Le but des traqueurs est de bouger ou de déplacer le point d'assemblage, et à travers ça, de changer leur perception du monde. La perception, bien sûr, peut être modifiée à travers le rêve, mais les traqueurs le font quand ils sont réveillés.

 

 

        La manière dont les sorciers perçoivent le monde part de la prémisse que tout ce que nous voyons lorsque nous sommes éveillés dans cette réalité dépend de la position du point d'assemblage. Je suis sûr que vous êtes un familier des livres de Castaneda, et vous savez ce qu'est le point d'assemblage, mais laissez-moi décrire à nouveau ce que c'est. C'est la focalisation du point lumineux de la conscience sur l'œuf lumineux - aussi connu comme « l'aura ».

 

        Nous croyons que le corps énergétique des êtres humains est une masse de fibres de lumière d'un nombre infini, qui ont chacune une conscience spécifique. Ces fibres ne sont pas, disons, de la lumière électrique, mais de la lumière de conscience. Sur la forme en œuf lumineux qui compose le corps énergétique, il y a un point d'une intense luminosité où la concentration de la personne, sa conscience, est assemblée. Ce point lumineux est à peu près de la taille d'une balle de golf, depuis le point de vue des « voyants » qui voient l'être lumineux des gens. Mais il peut changer de taille ; il peut aussi changer de position sur le corps lumineux.

 

 

        Et l'endroit où il est situé détermine ce qui est perçu, car il y a un alignement entre les fibres  allumées à l'intérieur du corps lumineux et les fibres qui sont au dehors, dans l'univers. Les sorciers maintiennent que l'univers entier est composé d'une infinité de fibres énergétiques, dont certaines sont perceptibles, et d'autres complètement au-delà de nos capacités humaines de perception. Donc, quand la position de ce point d'assemblage, cette zone éclairée de l'être lumineux, s'aligne avec ce qui se trouve à l'extérieur, la perception a lieu.

 

 

 

Est-ce que cela s'applique à tout le monde ?  

 

        Nous avons tous notre point d'assemblage situé à peu près au même endroit, car lorsqu'un enfant vient au monde, en vertu du fait qu'il va devenir un être humain, une personne sociale, il doit aligner la position de son point d'assemblage à celle des autres êtres humains dans le monde, afin de pouvoir interagir avec eux et percevoir le même monde. C'est parce que nos points d'assemblage sont au même endroit que nous pouvons avoir un langage, que nous pouvons parler des arbres, des voitures, de la solidité des murs et du plancher, et que nous pouvons avoir une continuité temporelle et spatiale.

 

 

        Nous savons qu'il y a eut un hier et qu'il y aura un demain. Tout cela est en rapport avec la position du point d'assemblage. Le temps, notre conception de tout ce que nous connaissons, est déterminé par l'endroit où se situe ce point de concentration de la conscience. Et, si à cause d'une quelconque anomalie, il ne se trouve pas à l'endroit où le point d'assemblage humain devrait être, alors soit ces personnes sont des sorciers - et nous parlerons de cela dans un instant - soit ce sont des candidats à la maladie mentale.

 

        Ces derniers se retrouvent dans des asiles car leur point d'assemblage n'est pas fixé à la position où les autres êtres humains maintiennent le leur. Donc, ils n'ont pas cette intersubjectivité en termes de perception, et ils ne sont pas accordés à ce qui constitue la réalité. Il existe un mandat biologique qui dit que tous les êtres humains doivent avoir leur point d'assemblage sur cette position particulière afin qu'ils puissent être ce que nous appelons des êtres humains. Les animaux ont le leur à des endroits différents, et c'est ce qui fixe leur espèce en tant qu'animaux. Les arbres ont leur point d'assemblage à un certain endroit dans leur coquille lumineuse, et cela fait d'eux des arbres.

 

 

 

Alors nous pourrions aussi appeler le point d'assemblage « la position du consensus collectif de la réalité de la persona » ?

 

 

 

        Exactement. C'est notre persona, notre personne. Maintenant, les sorciers disent que cette personne n'est pas tout ce que nous sommes capables d'être. Nous pouvons être plus qu'une simple personne sociale. Pour être plus que ce que la société, ou ce que notre privilège de naissance nous a donné, nous devons déplacer ou changer la place du point d'assemblage. Nous devons le déplacer en dehors de la position où il est fixé. Donc, ce n'est pas seulement le point d'assemblage qui est capable de bouger ailleurs, mais quand il le fait, d'autres fibres lumineuses intelligentes s'allument et s'alignent avec l'univers, et ainsi d'autres réalités sont constituées.

 

 

 

        Ces autres réalités sont aussi réelles et solides que celle dans laquelle nous sommes actuellement. Et tout est basé sur la position du point d'assemblage. S'il se déplace - et il le fait, car il se déplace de lui-même au cours des rêves - nous appelons ce rêve réalité, car celle-ci est séparée de l'état de veille ordinaire. Nous reconnaissons qu'il existe d'autres royaumes d'expérience, mais nous nous y référons toujours depuis la position de la réalité de tous les jours.

 

 

        Les sorciers ne font pas cela. Ils disent que vous pouvez sortir de la réalité quotidienne en étant éveillé. Vous n'êtes pas obligé de rêver. Rêver, bien sûr, est le contrôle du mouvement du point d'assemblage au cours du sommeil, dans les rêves, et sa fixation sur d'autres positions.

 

 

 

Et vous pouvez le faire sans être fou ?

 

        Absolument.

 

 

 

En soit, c'est une affirmation réellement révolutionnaire !

 

 

 

        Oui, parce que notre consensus dit que les gens fous ont des hallucinations, qu'ils voient des monstres, et qu'ils sont, en quelque sorte, déficients du point de vue de l'ordre social. Oui, ils sont déficients dans le sens où ils n'ont pas stabilisé leur point d'assemblage à l'endroit où tout le monde a le sien. D'une certaine façon, leur point d'assemblage est fluctuant, il se déplace sans arrêt. Ils sont fous parce qu'ils hallucinent, et ils n'ont pas l'énergie pour maintenir leur point d'assemblage sur une position donnée. Si ils avaient cette énergie et le contrôle nécessaire, ils seraient des sorciers, parce qu'ils traqueraient cette nouvelle position.

 

 

 

Je vois.

 

 

 

        Donc, tout ceci nous ramène à la question d'avoir l'énergie de percevoir plus que ce que nous sommes autorisés à percevoir, étant donné le fait que nous sommes nés en tant qu'êtres humains. Notre ordre social ne nous permet pas de nous aventurer dans d'autres royaumes sauf au travers de la folie ou des rêves qui, de toute façon, ne sont pas considérés comme réels. Donc, il y a deux voies qui sont ouvertes, mais elles ne sont pas vraiment viables. Maintenant, les sorciers disent que vous pouvez déplacer votre point d'assemblage si vous avez assez d'énergie pour le fixer sur une autre position, parce que vous ne voulez pas finir complètement perdu dans ces quantités de mondes qui existent là, comme dans les couches d'un oignon.

 

        Il est donc nécessaire d'avoir du contrôle, de l'énergie et de la fluidité, et ce que nous appelons une « intention inflexible ». La fluidité permet de déplacer le point d'assemblage, de le bouger depuis l'endroit donné qui fait de nous des personnes, et qui nous donne un sens du moi. Et c'est pourquoi l'importance personnelle doit être jetée par la fenêtre, car aussi longtemps que nous maintenons notre allégeance à l'ego, ce que nous faisons en réalité, c'est maintenir notre allégeance à cette position particulière du point d'assemblage.

 

        Et nous ne serons jamais capable de percevoir rien d'autre en dehors de cette réalité qui « va de soit ». Nous ne sommes autorisés qu'à percevoir ce qui est permit par notre position dans l'ordre social. Donc, nous avons besoin de fluidité pour déplacer le point d'assemblage ailleurs, puis nous avons besoin de stabilité, de concentration et d'énergie pour le fixer sur une autre position. Et c'est vraiment cela la sorcellerie.

 

 

 

Est-ce que votre être essentiel, votre humanité essentielle survit à cette transition entre ces mondes de réalité alternative ?

 

 

 

        Votre luminosité et votre conscience, qui sont en fait le point d'assemblage, restent intactes ailleurs. Mais ce n'est plus humain. Cela n'a pas à être humain, et c'est une erreur que nous ne voulons pas faire. Non, vous laissez derrière vous tout ce qu'il y a d'humain.

 

 

 

La plupart des gens ne voudraient vraiment pas faire cela.

 

 

 

        C'est exact, non, ils ne veulent pas. Beaucoup de gens s'intéressent à notre travail, à Carlos Castaneda et à don Juan, mais ils ne veulent pas réellement le faire. Ils ont une curiosité intellectuelle à propos d'une possibilité quant à l'existence de quelque chose d'autre, au-delà, car nous avons tous cette curiosité en tant qu'êtres humains.

 

 

 

Si nous reconnaissons que la voie du sorcier n'est réservée qu'au très petit nombre de personnes qui l'emprunteront, alors pourquoi avez-vous publié votre livre ?

 

 

 

        La raison c'est que Carlos Castaneda, Florinda Donner, Carol Tiggs et moi-même, sommes les derniers de la lignée de don Juan. A l'époque où nous avons été entraînés, ils ne savaient pas que Carlos, qui devait devenir le futur nagual, s'avérait ne pas être du tout un nagual à quatre compartiments. Un nagual est quelqu'un qui a quatre compartiments énergétiques. Mais Carlos est un nagual à trois compartiments, et cela signifie que sa mission est différente. Une des différences majeures est que la femme nagual, qui traditionnellement part avec le groupe du précédent nagual - Carol Tiggs dans ce cas -, est tout d'abord partie avec don Juan, mais est un jour revenue.

 

 

 

        L'intention du nagual Carlos, ou celle de Florinda Donner et la mienne, l'a littéralement retenue dans cette réalité. En d'autres mots, son point d'assemblage est revenu, ainsi elle est avec nous aujourd'hui. Maintenant, c'est un fait qui ne s'est absolument jamais produit au cours des générations de naguals et de voyants de la lignée de don Juan. Et c'est parce qu'elle est revenue que Carol nous a donné l'énergie d'écrire sur nos expériences.

 

 

 

Que signifie ce changement sans précédent ?

 

 

        Les desseins de l'Esprit sont absolument différents de ce qu'ils furent pour don Juan. Son groupe suivait des règles, ils avaient certaines procédures d'entraînement. Bien qu'ils soient abstraits, dans un certain sens ils étaient très concrets. Ils étaient les praticiens de techniques qui leur avaient été transmises par le groupe précédent, et ils nous ont retransmis ces techniques. Mais, en fait, ce que nous en avons gardé ne sont que les méthodes les plus abstraites, comme la récapitulation, l'idée d'être impeccable, l'idée de faire et de non-faire, qui se résument à la négation totale des pratiques et des procédures. Carol Tiggs, la femme nagual, nous a donné ce surplus d'énergie pour ramener ces choses dans la réalité. Autrement, elles ne seraient que des idées.

 

        Et parce que nous les pratiquons, nous sommes ces idées. Il n'y pas de différence entre ce que nous disons et ce que nous faisons, c'est pourquoi nous sommes capables de bouger nos points d'assemblage, car ce ne sont pas simplement des abstractions. Nos corps les ont incorporées. Oui, il y a des millions de personnes qui lisent ou qui ont lu les livres, et chacun d'entre eux peut pratiquer et parvenir à trouver le chemin. Et la raison pour laquelle je dis tout cela, c'est parce que vous n'avez pas besoin de maître.

 

 

        Etre abstrait, de la façon dont chacun d'entre nous l'est dans cette dernière génération, nous permet de voir que tout ce dont vous avez besoin est d'une occasion minimale, une idée. Alors si une personne fait de la récapitulation, des exercices de non-faire, etc., l'Esprit ou l'intention elle-même le guidera et lui enseignera, parce que cela est déjà construit en soi dans les exercices et dans les livres.

 

 

Quelles sont les méthodes par lesquelles on peut entretenir et cultiver l'énergie de traquer ?

 

 

 

        Il existe des techniques ou des procédés que les sorciers utilisent, et cela inclut les techniques de non-faire et la récapitulation, qui est la technique fondamentale pour permettre au point d'assemblage de bouger de sa position habituelle. Il y a aussi des méthodes comme « perdre l'histoire personnelle », qui permet également de s'écarter de ce qu'est notre idée du moi.

 

        Mais perdre l'importance personnelle est la clé, parce que, comme je l'ai déjà dit, tant que nous avons cette idée d'un moi, d'un moi fort, d'un ego, d'une personnalité avec laquelle nous interagissons avec les autres en termes d'accords intersubjectifs, alors nous demeurons prisonniers. Vous voyez, si la force du monde de l'ordre social est si énorme, c'est à cause du consensus de milliards de personnes qui maintiennent leur point d'assemblage à cette place particulière.

 

 

 

Donc, à un niveau individuel, on pourrait appeler cela « la pression des pairs », et à un niveau universel on pourrait appeler cela « l'esprit des temps » ?

 

 

 

        Oui. A un niveau très individuel, on pourrait appeler cela « auto indulgence », ou idée du moi, ou s'incliner devant la pression des pairs. Et à un niveau largement plus culturel, il y a le langage, la famille, les barrières fondamentales que vous devez casser - l'individu, les pairs, la famille, la culture -, et puis un espèce d'énorme inconscient collectif qui maintient tout en place. Un sorcier doit sauter hors de tout cela pour rejoindre un niveau différent.

 

 

        Et alors, derrière cet inconscient collectif, nous avons un mandat biologique qui nous maintient prisonniers dans ce « moule du singe ». Nous possédons une conduite biologique, nous avons besoin d'être des êtres sociaux, grégaires, parce que nous sommes des animaux sociaux. La solitude est quelque chose qui effraye terriblement les gens. Je veux dire que l'idée d'entreprendre un voyage solitaire, une quête solitaire, est un de celle qui élimine les néophytes, car la récapitulation se fait dans une solitude absolue.

 

 

 

        Les gens pensent qu'ils peuvent méditer ensemble, faire des choses ensemble, tant qu'ils peuvent avoir un consensus de groupe. Mais, vous voyez, c'est ce même consensus de groupe qui empêche le mouvement subtil du point d'assemblage. Donc, vous devez aller au-delà de cette force, et vous devez avoir l'énergie, et l'énergie provient de toutes ces choses que j'ai mentionnées avant, comme l'impeccabilité ou le fait d'utiliser sa mort. Vous vous donnez à mort, car de toute façon, vous vous donnerez à la mort.

 

        Si vous suivez la voie du sorcier, si vous souhaitez vous défaire du moi, de cette position donnée du point d'assemblage, et vous aventurez dans l'inconnu, alors c'est comme mourir. Le moi doit capituler, et c'est une sentiment horrible, émotionnellement et physiquement. C'est comme, vous savez, l'homme contre l'univers.

 

 

 

Et cette mort se prolonge, n'est-ce pas ? Je veux dire, cela n'arrive pas à un moment miraculeux. C'est quelque chose qui s'effectue progressivement. Cela peut prendre des années. A quel moment savez-vous que c'est fait ? A quel moment savez-vous que votre vieux moi est finalement mort, ou bien que vous êtes devenu ce qui est appelé dans les livres « un guerrier sans forme » ?

 

 

 

        Vous devez être sans forme. Vous devez ne pas avoir de moi. Avant tout, comme vous le dites, ce n'est pas un processus soudain, bien qu'il puisse l'être. Le mouvement du point d'assemblage peut être soudain, dans certains cas anormaux. Un grand choc survenant tout à coup le déplace dans un autre endroit, et une nouvelle réalité est constituée en face de la personne. Mais, habituellement, cela ne dure pas, car cela est provoqué par une force externe, et il revient ensuite à sa position habituelle. Si cela se prolonge, la personne ne saura pas ce qui se passe et deviendra un sujet pour les asiles ou les institutions. Donc, un changement graduel est préférable car vous avez du contrôle.

 

 

 

J'ai compris que les drogues, les plantes de pouvoir, pouvaient également induire un déplacement ?

 

 

 

        Oui, c'est exact. Sous l'influence de drogues psychotropes, vous voyez des mondes différents, et le point d'assemblage est complètement « soufflé » de sa position. Mais vous ne faites pas ça, vous n'avez pas de contrôle. Encore une fois, c'est dû à un agent externe. La simple présence d'un nagual déplace aussi le point d'assemblage. Son impeccabilité peut bouger le point d'assemblage de ses apprentis. Il n'a pas besoin de leur donner un coup dans le dos ou quoi que ce soit. L'énergie pure peut pousser les apprentis à assembler différents mondes.

 

 

 

        Mais vous voyez, encore une fois, à chaque fois que nous étions en présence de don Juan et de ses compagnons, leur force nous faisait accomplir des choses fantastiques. Ces choses dont je parle dans mon livre. Mais lorsque je suis revenue à Los Angeles, ils n'étaient plus là, et je me suis retrouvée à faire face à la force de l'ordre sociale, et mon point d'assemblage est retourné dans la première attention. Le plus tragique, c'est qu'à moins que vous ne fassiez revenir votre point d'assemblage aux endroits où il était sous l'influence de don Juan et de ses compagnons, vous vous souveniez à peine de ce que vous aviez fait, ou en quoi consistaient ces autres mondes. Ils étaient comme des rêves.

 

        Vous devez emmagasiner l'énergie vous permettant de déplacer votre point d'assemblage jusqu'à la conscience accrue, afin de pouvoir l'y maintenir là vous-même et vous aventurez au-delà. Ensuite, vous le déplacez encore plus loin. Donc c'est un changement graduel.

 

 

 

Comment emmagasinez-vous ou gardez-vous de l'énergie pour déplacer votre point d'assemblage ?

 

 

 

        La récapitulation est la méthode principale. J'aimerais juste mentionner qu'un autre moyen de le déplacer est l'impeccabilité pure, en ayant l'intention du mouvement. L'intention est vraiment une voie, une force qui nous connecte directement avec l'énergie en liberté. Et parce que cette force est intelligente, c'est un ordre directif en quelque sorte, on l'appelle l'Esprit, l'Aigle. Et lorsque l'homme relie son énergie personnelle à l'énergie du dehors à travers des actes impeccables, c'est l'Esprit lui-même qui bouge le point d'assemblage, car dans un sens, l'homme a renoncé à son contrôle. Il a renoncé à lui-même, à son ego.

 

 

 

        Il s'est laissé aller et a permit à la force directrice de l'intention de le déplacer. Et toutes ces activités de sorcellerie que j'ai mentionné, la récapitulation, tous les non-faires, sont déjà reliés à l'intention des sorciers. Alors, les gens ont juste à faire ces choses et laisser l'intention les prendre, et leur point d'assemblage bougera, car ce sont d'anciennes techniques qui ont été transmises durant des générations à l'intérieur de la lignée de don Juan, et qui sont déjà connectées à l'Esprit.

 

 

 

        Nous connaissons déjà la nécessité d'emmagasiner de l'énergie, car c'est le seul moyen de sortir du moule dans lequel nous sommes nés en tant qu'êtres humains. Nous aimons parler en termes de « singe humain », parce que cela replace vraiment l'homme dans une perspective appropriée.



Publié à 11:41 le 27 septembre 2007 dans Taisha Abelar
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Dimensions Magazine (suite)

 

Les livres parlent de deux sortes de voyants, les anciens et les nouveaux. Pouvez-vous parler de la différence entre les deux ?

 

 

 

        Il y a une distinction entre les anciens sorciers et les nouveaux sorciers dans la lignée de don Juan, entre son maître, le nagual Julian, et son apprenti, le nouveau nagual Carlos Castaneda. Ces derniers sont des sorciers modernes qui s'intéressent à l'évolution vers l'abstrait, loin de tous ces déplacements vers le bas qui sont si faciles à réaliser en rêvant, lorsque le point d'assemblage trouve tout seul ces positions. Et c'est pour cette raison que toutes les personnes associées à Carlos Castaneda sont diplômées, éduquées et sont des penseurs éclairés - avec un peu de chance.

 

 

 

        Ce que je veux dire, c'est que c'est une de nos tâches. Une des tâches actuelles du sorcier est d'être capable de penser avec cohérence, clarté, de voir où nous en sommes en tant qu'êtres humains, et de voir quel est notre potentiel. Nous essayons d'atteindre ce niveau de vérité concrète en utilisant la raison dans son sens le plus strict, et pas dans le sens « bas de gamme », qui est de raisonner quelque chose et puis d'agir de façon contraire, comme le font en fait les êtres humains.

 

 

 

On rencontre des personnes qui ont abandonné la raison et la logique, et les fonctions naturelles de l'esprit, et qui finissent dans une sorte de zone floue ; elles ne sont plus capables d'avoir de la clarté à propos de quoi que ce soit.

 

 

 

        Oui, et ce fut l'un des pièges majeurs dans lequel tombèrent les anciens sorciers. Ils mettaient l'accent sur les techniques de rêve pour déplacer le point d'assemblage, et ils ne possédaient pas la technique des traqueurs pour s'équilibrer. C'est une question d'équilibre, car si vous n'avez pas la sobriété et le contrôle, quel intérêt y a-t-il à déplacer le point d'assemblage ? Vous le bougez et vous vous retrouvez complètement perdu dans ces royaumes, et vous n'êtes plus capable de revenir dans ce monde.

 

        Les traqueurs ont ce contrôle. En traquant, vous créez de la réalité où que vous soyez en élaborant une structure, en imputant de l'ordre, en raisonnant. Vous pouvez raisonner même en étant dans un royaume totalement différent. Vous pouvez toujours y maintenir votre conscience. Vous tentez d'amener de l'ordre aux perceptions inconcevables, au chaos qu'est l'univers, et le pré requit pour se déplacer vers d'autres réalités est l'habileté à convoquer l'énergie nécessaire pour garder votre conscience intacte, une fois à l'intérieur de celles-ci.

 

 

 

Pourriez-vous parler plus spécifiquement de la récapitulation ?

 

 

 

        La récapitulation est une technique très ancienne transmise par les anciens sorciers de la lignée de don Juan, mais qui fut en quelque sorte oubliée par ceux-ci, car ils s'intéressaient plus au pouvoir et à dominer les gens. Et perdre l'importance personnelle était la chose la plus éloignée de leur objectif. Mais les nouveaux sorciers ravivèrent cette technique, et maintenant nous la considérons vraiment comme la technique la plus fondamentale de la sorcellerie, de toutes les techniques que nous avons apprises pour déplacer le point d'assemblage.

 

 

 

        Et vous n'avez pas besoin d'être un « apprenti sorcier » ou rien de ce genre. Tout le monde peut le faire. C'est une technique qui sert à gommer l'idée du moi, en termes de tous les souvenirs et toutes les associations que l'on a eut avec les gens au cours de notre vie. Lorsque l'on interagit avec les gens, de l'énergie est échangée, et celle-ci reste dans le monde au travers des émotions profondes que nous ressentons. Ainsi, la stratégie est de récupérer cette énergie afin que vous puissiez l'avoir entièrement avec vous, dans le présent. Pourquoi la laisser flotter là, dans quelque passé mystérieux qui vous retient dans l'endroit où vous êtes maintenant ?

 

 

 

        Ce que vous faites, c'est trouver un endroit de calme et de solitude, un endroit clos de préférence - les sorciers avaient l'habitude d'utiliser des boîtes de récapitulation où ils se cloîtraient, ou des grottes - un endroit qui entoure le corps d'énergie afin que s'exerce une certaine pression sur l'être lumineux. Mais avant de vous asseoir, vous faites une liste de toutes les personnes que vous avez rencontrées dans votre vie - votre famille, vos associés, etc. Cela demande une certaine action, une certaine remémoration, qui en soit relâche le point d'assemblage. Et vous travaillez à reculons.

 

 

 

        En fait, vous faites deux listes. Vous commencez avec vos expériences sexuelles, car les sorciers disent que c'est l'énergie fondamentale qui est perdue à l'extérieur, et si vous la récupérez, alors cela vous donne la poussée nécessaire pour faire les autres personnes. Donc, vous avez vos deux listes, vous êtes assis dans votre boîte de récapitulation, puis vous commencez à respirer. Ce troisième élément, la respiration, est très important, parce que la respiration est ce qui démêle l'énergie. Notre interaction avec les autres se fait avec nos corps d'énergie et la respiration déplace les fibres lumineuses.

 

 

 

        Vous commencez en plaçant votre tête sur votre épaule droite, et quand vous avez parfaitement visualisé la scène dans votre esprit, avec les lieux et les personnes, alors vous placez votre menton sur votre épaule droite et vous inspirez en tournant votre tête vers votre épaule gauche. Puis, vous expirez en ramenant votre tête vers votre épaule droite, et ensuite vous ramenez votre tête au centre. C'est comme un balayage de la scène. Vous balayez toute la scène, la personne, l'endroit, tout ce qui s'y trouve, et vous re-tirez tout ce que vous avez laissé là en inspirant, et expirez tout ce que l'autre personne a laissée comme énergie en vous.

 

        Ainsi, vous vous détachez de cette rencontre particulière, et vous faites la même chose avec toutes les autres. Après avoir fait cela pour votre vie entière, vous êtes relativement détaché de votre passé remémoré. Cela ne signifie pas faire une quelconque auto-analyse, mais vous ne pouvez pas vous empêcher de voir votre façon d'agir et de vous comporter, et que ce qui est attendu de vous est une forme de schéma comportemental. Avec la respiration, vous cassez ce schéma.

 

 

        Ainsi, ce que vous cherchez à faire, fondamentalement, c'est être sans forme, sans schéma comportemental, et c'est la façon dont agit un sorcier. Il est absolument fluide. Ce qui nous ramène à traquer. Un traqueur est quelqu'un qui passe inaperçu. Il n'a pas de schémas, rien à affirmer, aucun point de vue à défendre, pas de demandes, pas de désirs. Et tout cela est éliminé au travers de la récapitulation.

 

 

 

Il y a également quelque chose appelé « arrêter le dialogue intérieur » dans cette tradition. Pouvez-vous en parler ?

 

 

 

        La manière dont ces modèles de comportement sont implantés en nous se fait à travers le dialogue intérieur, dans lequel nous nous répétons certaines choses comme : « Oh, je suis nulle », ou « Ils ne m'aiment pas », ou « Je dois être comme ça pour m'affirmer » ; ce flux constant de pensées et de réaffirmations du moi. Les sorciers disent que vous avez besoin de mettre un terme à ce renforcement continuel du moi, qui fixe la position du point d'assemblage.

 

 

 

        Lorsque vous commencez à allonger ces moments de silence, en coupant le dialogue intérieur, alors un pouvoir, provenant du pur silence vient à vous. Cela en soit permettra au point d'assemblage de se déplacer depuis votre état quotidien jusqu'à la conscience accrue. Donc, en pratiquant ces techniques, le voyant qui est en nous commence à s'ouvrir. Il y a beaucoup de techniques comme ça dans les livres de Carlos Castaneda. Par exemple, certaines techniques de contemplation.

 

        Vous pouvez pratiquer une technique avec une allumette. Vous la laissez brûler juste un instant, la contemplez, ensuite vous l'éteignez, mais pas entièrement. Puis, vous la retournez en la tenant dans votre main gauche et vous regardez la flamme en train de brûler l'autre bout de l'allumette. Cela apaise l'esprit. Vous pouvez faire toutes sortes de méditations mineures pour accomplir cela, cependant, je ne recommande pas de s'impliquer lourdement dans les techniques de méditation orientale, car lorsqu'on fait déjà de la récapitulation, on ne cherche pas à se fixer dans une forme quelconque.

 

 

 

        Tout ce que nous faisons maintenant, en tant que sorciers abstraits, est le minimum en termes de technique, afin de pouvoir s'écarter du moi. Nous ne voulons pas entrer dans le domaine du renforcement de l'ego, du genre « maintenant nous faisons de la méditation », etc.

 

 

 

Ainsi vous ne voulez pas vous construire d'image, même en tant qu'être spirituel ?

 

 

 

        Non, nous ne voulons pas en rajouter. Et quand vous voyez tout ce que vous avez à faire pour en sortir, vous faites attention à ne pas en rajouter. Et c'est là que l'impeccabilité entre en jeu. Vous voulez maintenir votre comportement de tous les jours à un niveau impeccable et cela signifie que vous êtes juste le plus humble possible. La plus grosse partie de notre énergie quotidienne va dans la défense du moi, parce qu'il est attaqué de toutes parts, et le mental reprend ses forces en un éclair, essayant de raccommoder les blessures de l'ego. Mais les sorciers laissent faire.

 

        Don Juan avait un adage : « Elimine le moi et tu ne craindras rien. » Si vous n'avez pas d'ego, il n'y a absolument rien à craindre, parce que toutes nos peurs et nos déceptions viennent de l'idée du moi, quelles soient positives ou négatives. Alors la seule chose dont le sorcier moderne ou le traqueur est dépendent est quelque chose de si abstrait qu'il l'appelle l'Esprit ou l'inconnu. En se débarrassant du moi, il le donne à l'Aigle comme un souvenir. Il se donne lui-même dans une mort symbolique, et c'est pour cela que l'on dit que l'Aigle permet au guerrier impeccable de s'échapper.

 

 

 

Et les anciens voyants n'étaient pas capables de faire cela ?

 

 

 

        C'est exact. Lorsque les anciens sorciers faisaient du rêve, ils avaient un ego très lourd, c'est ainsi qu'ils se sont perdus et se sont fait piégés dans les différents niveaux du rêve. Ils avaient leurs idées de pouvoir, et ils devinrent obsessionnels, alors ils ne furent pas capables d'en ressortir, parce qu'ils étaient trop lourds.

 

        Le traqueur des temps modernes n'est pas obsédé par quoi que ce soit. Il traite avec le monde sur la base de la folie contrôlée, ce qui signifie qu'il y a un ordre, une structure mais qui n'a pas à être prise au sérieux, car il existe d'autres ordres, d'autres structures, une infinité de couches dans cet oignon de réalité, et il peut aller ailleurs. Mais où qu'il soit, il crée son ordre et sa structure, et quand l'Esprit le touche, quelque chose bouge son point d'assemblage et le déplace ailleurs. Il est impeccable dans ses rêves et dans cette réalité de tous les jours, quand il s'y trouve.

 

 

 

Voulez-vous dire que c'est un accomplissement majeur de la part des voyants aspirants d'atteindre le point où ils ne soucient plus de savoir si oui ou non ils sont aimés ?

 

 

 

        Oui, c'est un accomplissement majeur. Les sorciers ont une théorie à propos de l'énergie que vous avez eue au moment de votre conception. Si les parents s'aiment, je veux dire sexuellement, s'ils ont vraiment du bon temps, une super expérience sexuelle, au moment où l'enfant est conçu il reçoit une énorme explosion d'énergie. Et il ne se souciera pas que les gens l'aiment ou pas car il aura ce sens intrinsèque de bien-être énergétique.

 

        Mais si l'un des deux parents s'ennuie - don Juan appelait toujours cela des « conceptions ennuyeuses » - ou s'ils ont eu une relation sexuelle parce qu'ils étaient mariés et que c'était le truc à faire le vendredi soir, alors l'enfant viendra au monde avec un réel désavantage. Il sentira tout le temps que quelque chose manque. Il voudra être aimé de ses pairs, il voudra être aimé de maman, et peut-être que maman ne l'aimera pas du tout.

 

        Les sorciers peuvent voir si un être lumineux est énergétique. Ils peuvent voir comment bouge l'énergie. Chez certaines personnes, elle est presque amorphe, stagnante, et bien sûr cela s'exprime par une grande docilité et un faible niveau d'enthousiasme envers la vie. Chez d'autres, elle est forte. Pour eux, tout est un défi. Ils ont cet effet charismatique, presque hypnotique sur les autres, et ils ne sont pas aussi nécessiteux que les autres.

 

 

 

Alors bien sûr, quelqu'un qui a toute cette énergie attirera toutes sortes de personnes dans le besoin qui voudront le pomper ?

 

 

 

        Les sorciers disent que le moi est réellement un poignard métaphorique avec lequel nous nous poignardons nous-même. Mais cela ne fonctionne que si nous saignons ensemble. Tant que d'autres saignent avec nous, ça va. Et je dois m'inclure dans cette catégorie parce que je ne suis absolument pas le produit d'une conception enthousiaste.

 

        Et vous voyez ces démons dans la récapitulation, qui n'est jamais vraiment finie, car elle doit être éprouvée et testée dans la vie de tous les jours. Vous ne pouvez pas simplement vous échappez dans le désert pour la faire, puis sentir que ça va bien et que tout est terminé. Retournez voir votre père, votre mère, que vous font-ils pour que vous réagissiez comme la petite fille, le petit garçon qui veut que maman lui lave son linge, qu'elle s'occupe de son mal au ventre ? Nous avons encore ces sentiments en nous. Alors la récapitulation en soit n'est pas suffisante. Les traqueurs traquent le moi, ainsi lorsqu'ils sont avec les gens dans le monde, ils se traquent constamment et voient ce qui se passe.



Publié à 11:34 le 27 septembre 2007 dans Taisha Abelar
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Conférences Taisha Abelar - Los Angeles, 24 août 1997

 

 

 

 

Conférences de Taisha Abelar

Los Angeles, 24 août 1997

 

 

 

        « Ce séminaire est nouveau pour nous, c'est donc un non-faire, » dit Taisha.

         « Différents personnages émergent sous l'influence du non-faire. On peut ressentir que l'on est un inconnu pour soi-même. Doucement, mais sûrement, tous les 'panneaux indicateurs' s'effacent d'eux-mêmes, l'un après l'autre. Bien que quelque chose subsiste »...On nous raconta alors l'histoire d'un vieil home de 85 ans qui ne savait plus qui il était et qui avait complètement cessé de parler. Par le passé, il avait été d'un tempérament très dominateur : il disait à tout le monde ce qu'il fallait faire et faisait sans arrêt des plans pour tout le monde. Apparemment, c'était également une célèbrité. Mais lorsque le psychiatre, qui était sur le point de s'en occuper, lui avait annoncé que son tarif horaire était de 350 $, le vieil homme l'avait immédiatement renégocié à 95 $ !

 

 

 

        Sous l'influence du non-faire, on élague, on ajuste. Une fois de temps en temps, il est nécessaire de revaloriser sa vie et de jeter tout ce qui n'est pas nécessaire.

 

 

 

         La sobriété selon le point de vue du vieux nagual : ce que nous faisons doit être calculé fonctionnellement. L'intérêt se trouve dans la restauration de la lueur de la conscience. Il s'agit de sortir de l'autocontemplation du ‘moi'. Cela s'accomplit à travers la saturation, en faisant des passes.

 

 

 

         ‘Bobby' Taisha préfère le nom ‘Robert', car elle n'a aucune affinité pour le flyer - est une grosse tache noire ; il est hideux, négligent et négligé. Nous sommes tous le véritable reflet de ‘Bobby' : mesquins et egomaniaques. Pour sortir de ses griffes, la seule solution est d'être de sobres guerriers-voyageurs. Cela demande de l'énergie et une discipline de fer (une intention inflexible). De cette façon, la lueur est restaurée. Bien sûr, ‘Robert' se venge. C'est à travers l'autocontemplation que nous sommes dévorés par les prédateurs. Alors nous devons choisir des alternatives en accord avec à cet événement ; penser en termes d'impeccabilité, en termes de façons de rallumer la lueur, et rechercher le voyage dans l'inconnu.

 

 

 

         Nous sommes des guerriers-voyageurs sur la route de l'Infini.

 

 

 

        Quelques faits énergétiques : nous sommes reliés via le point d'assemblage à la Mer Sombre de la Conscience. Les êtres organiques, inorganiques, et d'autres êtres sont comme des sondes à travers lesquelles l'Univers prend conscience de lui-même. Par conséquent, cela demande des nerfs en acier, une intention inflexible, et de la discipline pour s'aventurer dans l'inconnu. La sobriété et le détachement sont nécessaires pour éviter de devenir cinglé à cause des soucis du ‘moi'. Un sentiment de distance est essentiel. Au début, on dit : « Je ne peux pas le faire », mais rapidement on réalise que la seule alternative que l'on a est de faire grandir la lueur de la conscience. 

 

 

 

        Nous sommes hypnotisés par les idoles pop et les chanteurs. Cela nous oblige à essayer d'adopter l'attitude de ces idiots et à nourrir Bobby à travers notre apitoiement. La discipline et la sobriété sont les seules façons de garder les prédateurs à distance.

         Nous avons fait les Passes pour la Matrice, l'Intention, et la Chaleur.

 

 

 

Seconde conférence

 

 

 

        Quel est le cadre d'esprit adéquat pour pratiquer les passes de Tenségrité ?

« Un acquiescement élégant ».

 

 

 

        Don Juan dit un jour à Taisha qu'elle devait apprendre à se déplacer. Une membre du groupe de don Juan, nommée Clara Bung, avait étudié les arts martiaux en Chine. C'était une experte du long bâton, et elle avait influencé don Juan par sa connaissance. Taisha lui demanda de lui enseigner le long bâton, mais elle refusa et dit : « Tu n'es bonne qu'à une seule chose...et même ça... »

 

 

 

        Alors Taisha s'en alla apprendre le judo. Son instructeur  la faisait valdinguer dans tous les sens ; il aimait pratiquer ‘le sacrifice du lancer' avec elle, parce qu'elle était légère, et il la mettait toujours en avant dans les compétitions. Elle était couverte de bleus quand elle alla voir don Juan, qui lui demanda si elle s'était battue avec un allié ! Il écouta son histoire et lui dit de persévérer.

 

        Ensuite, Taisha décida d'apprendre le karaté. Elle rendit visite à bon nombre d'instructeurs, mais elle devint vite experte à trouver des failles dans leurs techniques. Cela retarda ses progrès dans l'apprentissage des arts martiaux.

         « Cesses de chicaner », l'avertit Clara. « C'est ‘Bobby' qui te rend cynique. » Des manoeuvres drastiques furent nécessaires dans le cas de Taisha pour briser sa socialisation et son cynisme.

 

 

 

        Les êtres inorganiques sont aussi réels que nous. Ils n'ont pas d'organisme physique, ce qui explique leur nom. Il y a un troisième type d'énergie qui n'a pas de limites et pas de point d'assemblage décelables. C'est de l'intelligence pure et elle bouge par un processus d'expansion et de contraction. Taisha expérimenta cette intelligence, cette force ondulatoire, alors qu'elle vivait dans le haut des arbres, et également en faisant la manche.

 

 

 

        Bobby détient les clés de l'importance personnelle. Lorsqu'elle était avec don Juan, il avait l'habitude de lui faire le 'test de sobriété'. Il lui demandait : « Est-ce qu'on va être sobre aujourd'hui, ou est-ce qu'on va être indulgente en faisant cui-cui ? » (Taisha avait appris à imiter le cri des oiseaux à la perfection en vivant dans les arbres) Ce à quoi elle répondait : « Cui-cui ! »

 

 

 

        Les passes magiques pour le non-faire eurent un effet dévastateur sur son sens de l'autocontemplation.

 

 

        C'est la Mer Sombre de la Conscience qui nourrit nos besoins.

 

         Il y a deux modes de conscience : le premier, c'est savoir les choses en terme de généralité. Le second est une conscience spécifique : être spécifiquement conscient de quelque chose de tangible. L'attitude la plus appropriée pour faire de la Tenségrité est de permettre à la Mer Sombre de guider notre voyage. Pratiquer seul avec la Mer Sombre comme notre unique témoin. La fonctionnalité est également décidée par la Mer Sombre de la Conscience.

La chanson ‘Thinking About You' fut jouée.

 

 

 

Troisième Conférence

 

 

 

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