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Session QR Florinda-Omega

Session de questions-réponses avec Florinda Donner - Omega institut – mai 1995

 

         Un homme posa une longue question en demandant si ce qui était arrivé à Castaneda et Carol Tiggs avait changé la voie du groupe. Florinda répondit : « La question qui nous préoccupe actuellement est ‘sommes-nous condamnés à toujours interpréter ?’ Est-ce à cause de cela que nous sommes coincés ? Notre espoir réside dans les deux éclaireurs, le bleu et le orange, qui ont un type différent d’énergie, et qui agissent comme nos guides énergétiques, nous indiquant qu’il y a un moyen de traverser cette limitation d’interprétation. » 

         -         Quel est le but de ce week-end ? »

         -         De vous donner quelque chose. Quelque chose nous est arrivée énergétiquement, nous avons réellement été capable de suivre la voie du vieux nagual et d’annuler nos interprétations. Nous, les disciples de don Juan, avons eu du mal à accepter à la fois son amour inconditionnel et son inconditionnelle indifférence envers nous. Cela nous a forcé à changer et à réévaluer ce que nous faisions vraiment. L’amour tel que nous le connaissons est une interprétation. Nous devons apprendre à la façon des sorciers comment aimer véritablement. »  

        Un homme demanda quelque chose à propos de la recherche de la certitude. Florinda répondit : « Nous sommes plus que nous en donnons l’apparence. Il y a plus au-delà. Lorsque nous sommes de purs percepteurs, c’est totalement chaotique. Y a-t-il un moment où nous pouvons juste voir l’énergie directement ? Oui, nous pouvons passer à travers les murs et disparaître, même si c’est juste pour un instant. »

         Un homme posa une question sur Ken Eagle Feather et Merilyn Tunneshende (deux personnes qui affirment avoir été en contact avec don Juan). Florinda dit : « Ces gens existent, mais ils n’ont rien à voir avec nous. » 

         -         Comment pouvons-nous changer notre direction ? »

         -         Au lieu de s’inquiéter à propos de ça, nous pourrions investir tout ce que nous avons pour essayer d’élever notre conscience. »        

         Une femme demanda plus d’informations à propos de l’éclaireur orange et du monde de Castaneda et Carol Tiggs. Florinda promit que les chacmools parleraient plus tard des éclaireurs. 

         -         Pourquoi avez-vous les cheveux courts ? »

         -         J’ai été tondue après avoir vécu avec des lamas dans les années soixante-dix et avoir attrapé des poux. Lorsque mes cheveux ont repoussé, ils étaient ‘comme ça’. Ainsi, le cheveu est pratiquement mort à la racine. C’est pratique et propice d’avoir les cheveux courts. » 

         -         Peut-on atteindre la liberté sans un nagual ? »

         -         Dans un certain sens non, mais en voyageant énergétiquement, nous sommes en connexion les uns avec les autres. Lorsque notre conscience s’est accrue, nous pouvons comprendre tellement plus. Vous pensez que vous me comprenez ici, pendant à peu près une demi-heure, et puis plus tard vous penserez que nous ne disons que des conneries. Notre conscience doit s’élever au-dessus de nos doigts de pieds. La récapitulation nous permet de voir notre vie comme elle est, sans l’analyser. La première récapitulation doit être très systématique, parce que cet effort nous force à utiliser des parties de notre cerveau que nous n’avons jamais utilisé avant. La récapitulation en elle-même nous donne de l’énergie. Une bonne récapitulation vous donnera la certitude que vous n’êtes pas si spécial que ça. En fait, nous avons trois ans, nous avons appris une, ou si nous sommes exceptionnel, peut-être deux façons de manipuler le monde. A trente ans, nous employons toujours les mêmes moyens, et apprendre cela au travers de la récapitulation est choquant. Nous attendons toujours des autres qu’ils modifient leur comportement, mais nous ne nous observons pas nous-même. Sauf quand nous aimons quelqu’un – alors, de façon temporaire, nous sommes patients, mais seulement tant que l’autre personne nous aime, car sinon nous l’envoyons en enfer. »         

         Un homme demanda plus de précisions sur la technique de la récapitulation. Florinda dit que les détails n’avaient pas beaucoup d’importance, par exemple, on n’est pas obligé de la faire dans une grotte ou une boîte, il suffit juste de trouver un endroit spécifique. « Il est important de la faire sérieusement, régulièrement, pourquoi pas dans un placard ou dans un petit coin tranquille ? On peut aussi utiliser la même chaise ou le même crayon – Ce que vous voulez. »  

         -         Combien de temps cela prend-il pour que la conscience s’élève ? »

         -         Ce n’est pas soudain. C’est très lent et douloureux. »         

         Un homme posa une question sur la situation actuelle de don Juan. Florinda dit : « Nous ne savons pas vraiment. Nous croyons qu’il est dans une autre couche de l’oignon, un autre monde, mais nous ne savons pas vraiment. » 

         -         Comment cassons-nous le cycle de la pensée ? »

         -         Cela arrive dans des moments inattendus. Une fois que le corps peut s’accrocher à quelque chose d’énergétique, il peut alors y retourner. Les idées effrayantes sont une forme d’indulgence. Ce sont des interprétations. Il n’y a que ce nous percevons, rien n’est bien ou mal. » 

         -         Pourquoi nous souvenons-nous de ce que nous expérimentons avec les drogues et pas des états de conscience accrue ? »

         -         Avec les drogues, nous ne pouvons nous souvenir que d’instants, et c’est la même chose avec les expériences que nous avons durant notre sommeil ou durant une privation de nourriture ; nous n’avons que des flashs de conscience. Une fois dans l’état de conscience accrue, c’est comme une vie parallèle, ça dure des jours, des semaines, etc. Mais nous avons besoin d’une grande quantité d’énergie pour cela, d’une énergie qui n’est pas utilisée dans le monde de la vie quotidienne. Une fois que notre conscience s’est accrue, les flyers ne nous trouvent plus savoureux. Ils cherchent des proies plus faciles. » 

         -         Quel processus emploient les flyers pour prendre notre énergie ? »

         -         En nous mâchant. Non, ils aiment notre énergie jusqu’au niveau de nos talons. Enfants, nous avons vécu des années d’une intense douleur, nous voulions être comme tout le monde. Après des années d’entraînement, cela est devenu plus facile à vivre pour nous. Nous sommes fondamentalement des singes répétitifs. Les jeunes enfants qui perçoivent sont ‘pure perception’. Quand ils parlent aux adultes ils peuvent recevoir des signaux très contradictoires, par exemple une mère exaspérée qui dit avec colère à son enfant ‘ Tu ne vois pas que je t’aime ?!’ Les enfants voient. Pour devenir des êtres sociaux, nous imitons nos parents. Nous marchons et nous parlons comme papa et maman. »        

         Un homme demanda un exemple de traquer. Florinda dit que cela serait évoqué le jour suivant.  

         -         Est-ce que l’occasion d’avoir une occasion n’est possible que pour un groupe ? »

         -         Non, c’est pourquoi nous sommes ici. Il n’y a rien de spécial à notre propos ; les chacmools l’ont fait toutes seules. Quelque chose en elles les a changées énergétiquement, à travers leur propre implacabilité. La Tenségrité n’est pas une série d’exercices ; ce n’est pas l’entraînement de Jane Fonda. Des gens au Mexique m’ont dit : ‘Gee, j’ai fait tout le voyage depuis l’Argentine juste pour apprendre des exercices. J’aurais aussi bien pu aller voir Jane Fonda, au moins j’aurais perdu du poids !’ Nous portons des œillères qui ne nous permettent que de nous voir nous-même, nous répétant indéfiniment. Nous pouvons casser cela énergétiquement, au travers de la récapitulation et de la Tenségrité. Vous devez investir tout ce que vous avez là dedans, et encore plus – et encore, vous ne pouvez pas savoir si quelque chose se passera. » Florinda affirma que les chacmools étaient énergétiquement différentes des personnes qui entrèrent dans leur monde 10 ans auparavant. Et même si les naguals ont plus d’énergie, dans la vie de tous les jours, ce surplus d’énergie les rend juste plus stupide – ils ont plus d’énergie pour être dense.         

         Un homme posa une question sur les pratiques énergétiques chinoises et leur relation avec la Tenségrité. Florinda affirma que certains des anciens sorciers pratiquaient les arts martiaux. Le nagual Lujan et le nagual Elias aussi. L’intention de la Tenségrité est d’aider notre niveau de conscience à s’élever. Les mouvements portent cette intention en eux. Castaneda leur a dit d’apprendre les arts martiaux, ce qui les a aidé, mais ce n’est pas la même intention.        

         Un homme posa une question sur le défieur de la mort. Florinda dit que Carol Tiggs allait parler de ça.        

         Un homme posa une question sur l’intention. Florinda répondit : « Nous intentionnons la vie de tous les jours. Nous intentionnons cette tente. Les mouvements de Tenségrité ont une intention différente qui est d’élever notre niveau de conscience. En les répétant, quelque chose est accrochée. » 

         -         Pouvez-vous parler de l’activité sexuelle ? »

         -         On me pose toujours cette question ; ça tombe toujours sur moi ! », se plaignit-elle en plaisantant. Puis elle ajouta : « Castaneda est supposé être célibataire. J’espère qu’il l’est. » Florinda enleva alors ses lunettes, et en blaguant : « Je préfères ne pas voir vos visages quand je parle de ça. Le nagual disait que nous sommes tous des ‘baises ennuyeuses’, dans le sens où nous avons été conçus dans un ennui complet ou à moitié complet. Ainsi, notre énergie est à un niveau médiocre. Donc, il est préférable que nous ne la dépensions pas en la gâchant. L’énergie sexuelle est notre énergie la plus puissante. 90% de notre énergie va dans notre présentation du moi, 88% dans le but d’être attirant pour le sexe opposé. Si nous soustrayons notre énergie de cela, elle est débloquée pour notre perception. Si vous voulez être obsédé par le sexe, allez-y. Le célibat doit être un choix personnel, il ne peut pas être imposé. Les femmes simulent l’orgasme. L’énergie sexuelle décline – les hommes et les femmes deviennent de plus en plus infertiles. Le sexe est une grande explosion d’énergie. » 

         -         Qu’en est-il des vers lumineux que les hommes laissent dans le corps des femmes ? »

         -         Ahhh. Energétiquement, un lien doit s’établir pour que l’homme prenne soin de la progéniture et pour s’assurer que les femmes et les enfants s’en occupent. Ainsi un homme doit retourner à la même configuration énergétique. Les femmes sont taxées deux fois plus énergétiquement. Nous soutenons les mâles – nos ‘pauvres bébés’ – énergétiquement faibles, et je ne parle pas de psychologie ici. L’univers est principalement féminin. » Florinda raconta l’histoire d’une femme prenant soin de deux hommes dans un aéroport et les aidant à porter leur valise. « Même parmi les sorciers, les hommes sont des ‘pauvres bébés’. Mais vous n’avez pas besoin d’attendre sept ans pour être libérée des vers : une bonne récapitulation les détruira. »    

         Un homme posa une question sur le fait de tomber malade en rencontrant des êtres inorganiques. Florinda répondit : « Non, vous ne tombez malade qu’en faisant une bonne récapitulation. » Elle dit qu’elle et Taisha avaient vomi durant leur récapitulation.        

         Un homme posa une question sur ‘voir’. Florinda dit que les sorciers ne voyaient pas avec leurs yeux, mais avec leurs corps entier. Lorsqu’ils interprètent pour les autres ce dont ils font l’expérience, cela sonne comme si la perception venait des yeux.        

         Une femme demanda comment stopper le dialogue intérieur. Florinda répondit : « C’est très dur. Vous pouvez y arriver au travers des mouvements de Tenségrité. Certains peuvent les trouver nauséeux, c’est parce qu’il faut se concentrer pour les faire de la façon appropriée. »        

         Un homme demanda si le fait que Castaneda avait le tempérament des anciens sorciers était un souci. Florinda répondit : « Non. Don Juan évitait le monde des êtres inorganiques afin de brûler au-delà. Nous nous demandons si c’est possible – si ils sont allés au-delà des limites de notre matrice, et si les êtres humains peuvent aller au-delà de notre limite interprétative. » Elle affirma qu’ils restaient ouverts sur l’issue de cette question, pour empêcher Castaneda de devenir morbide à ce propos. Elle ajouta que les hommes étaient plus morbides par nature.        

         Une femme posa une question sur l’intention requise en faisant de la Tenségrité. Florinda répliqua simplement que l’intention était très importante dans la Tenségrité.        

         Un homme demanda si quelqu’un avait déjà essayé de ‘voir le voir’, suggérant que cela pourrait aider le groupe à casser les liens d’interprétation. Florinda répondit que non, on ne pouvait pas. « Une fois que le système d’interprétation est annulé, vous ne pouvez pas utiliser le voir, vous ne pouvez pas rester en arrière. » On leur avait à eux-mêmes demandé d’aller à l’école, pour devenir logique et aller au-delà des idéologies.        

         Un homme posa une question sur le fait d’être ‘sans forme’. Florinda déclara que les plus ‘sans forme’ de leur groupe étaient Castaneda et Carol Tiggs. « Si rien ne les retenait de partir, ils auraient beaucoup de mal à rester. Je me rappelles toujours que Castaneda doit m’emmener avec lui, parce qu’il m’a empêché de partir avec la vieille Florinda. »        

         Un homme posa une question sur leur souci à être si focalisés sur ‘le saut’, sur ‘la vie après la vie’. Florinda répondit qu’au contraire, ils se focalisaient sur le fait de naviguer dans l’infini, et d’aller dans l’inconnu.  

         -         Quel est votre intérêt à vous soucier de nous ? »

         -         C’est si facile, si simple pour nous de faire ça. Tout ce qui est nécessaire pour élever la conscience est simplement de laisser tomber le sens du moi. »        

         Un homme demanda si nous devions former des groupes. Florinda dit : « Non, même notre groupe est très solitaire. Quelque chose d’énergétique nous connecte. Ce n’est pas parce que nous vivons ou mangeons ensemble. Nous pourrions aller au cinéma ensemble. Il n’y a aucune garantie que nous fassions le saut ensemble. »        

         J’ai posé une question sur la place des homosexuels, hommes et femmes, dans le monde des sorciers, ajoutant que les livres étaient assez ‘ hétérocentriques’. Florinda répondit que les livres reflétaient la tradition d’une bande de vieux mexicains, qui étaient très coincés sur la sexualité, et c’était pour cette raison que les livres n’en parlaient pas. « Les lesbiennes n’étaient pas vraiment réelles pour eux. La seule chose sur laquelle don Juan fit un commentaire, lorsque le sujet de la sexualité fut évoqué, c’était qu’il ne comprenait pas que certains homosexuels vivent en couple comme des hétérosexuels. Il semblait se demander pourquoi ils ne tiraient pas avantage du fait d’être en dehors de la norme. Moralement, cela n’avait aucune importance pour lui. » Selon elle, les hommes préfèrent être ensemble de toute façon. « Les mâles n’aiment pas les femelles. Oui, nous sommes de bonnes partenaires sexuelles et des mères, mais dans l’absolu, énergétiquement, vous préférez votre propre genre. Et c’est pareil pour les femmes. En tant que société, nous n’avons pas beaucoup exploré si les femmes pouvaient s’aimer entre elles, au-delà d’être ensemble parce qu’elles sont toutes les deux misérables. »        

         Un homme posa une question sur la récapitulation, si le but était de simplement revoir toutes nos interactions humaines. Florinda répondit : « La thérapie examine ces interactions. La récapitulation n’est pas l’action d’examiner. Nous cherchons à découvrir nos comportements spécifiques, qui sont répétitifs et ennuyeux. La seule chose spéciale à notre propos est que nous sommes des perceveurs, sans voir à quel point nos répétitions sont destructrices pour nous. »        

         Un homme demanda si, durant le siècle passé, notre connaissance humaine avait beaucoup changé. Florinda répondit : « D’après don Juan, non, rien n’a vraiment changé, juste notre focalisation sur le moi. La conscience est différente de la connaissance. La conscience est un état énergétique, pas juste psychologique ; c’est un état de possibilités. Nous n’avons pas beaucoup changé, nous maintenons notre vie telle qu’elle est, et nous voulons sauver la forêt vierge, mais nous disons que les Brésiliens devraient s’en occuper. Nous pouvons à l’occasion envoyer un peu d’argent, mais nous ne nous changeons pas notre propre comportement à engloutir les ressources naturelles. Don Juan disait que juste avant que les dinosaures ne soient en voie d’extinction, ils avaient eu l’intention de voler. »  

         -         Quel est l’impact des enfants sur nos oeufs lumineux ? »

         -         Carol Tiggs et moi avons toutes deux donné naissance à un éclaireur. J’ai eu le orange. Cela n’a pas tant d’impact que ça, sauf que l’on doit travailler plus dur ou courir plus vite. Nous pouvons avoir des trous mais cela nous pousse à travailler plus dur. »        

         Un homme posa une question sur la quête de liberté totale. Florinda répondit : « Cette voie est une voie ouverte. Nous savons où l’autre voie mène. »        

         Un homme posa une question que je n’entendis pas distinctement sur don Juan, sur la caractéristique d’être impeccable en tant que guerrier. Florinda répondit : « L’impeccabilité est un octroi supplémentaire énergétique. Nous sommes implacables avec nous-même, pas avec le monde qui nous entoure. »        

         Un homme posa une question sur la mort de la Gorda. Florinda dit : « Elle est morte il y a dix ans, dans une explosion d’ego. Elle pensait qu’elle était le nagual, parce que don Juan lui avait dit qu’elle était une rêveuse sans égal. Elle était impatiente avec Castaneda, et Carol Tiggs n’était pas dans le coin. Elle est entrée en combustion – elle a presque sauté, mais elle n’a pas pu soutenir sa manœuvre, parce que sa volonté provenait de son égomanie. Alors elle est morte dans nos bras. »        

         Une femme demanda si la Gorda aurait pu déplacer son point d’assemblage. Florinda dit : « Théoriquement c’était possible, mais en général, la folie est une explosion d’égomanie. Nous sommes sobres. Nous devons l’être, parce qu’autrement nos expériences nous conduiraient à la folie. »        

         Une femme demanda s’ils se préparaient à essayer de sauter au-delà des couches de l’oignon. Florinda répondit : « Oui, ce qui nous intéresse est ce qui se trouve au-delà de l’oignon. »        

         Quelqu’un posa une question à propos de l’abîme. Florinda expliqua que lorsque Castaneda avait sauté, il avait changé énergétiquement. Elle mentionna également le fait que Nestor, Pablito et les petites sœurs avaient rejoint don Juan il y a peu de temps.        

         Une femme demanda comment les chacmools avaient été choisies. Florinda expliqua qu’elle avait rencontré Kylie 10 ou 15 ans auparavant, dans une galerie d’art à Oslo (à part, Florinda déclara que Kylie était une grande artiste). Florinda était tombée malade après avoir mangé trop de chocolat français dans l’avion. Elle avait vomi et Kylie s’était occupée d’elle. Kylie connaissait Castaneda. Florinda lui avait dit de venir lui rendre visite, sans vraiment le penser, et Kylie s’était présentée à leur agent un an plus tard. Florinda lui avait dit de partir, mais elle avait décidé de rester, jusqu’à ce que quelque chose change en elle et qu’il n’y ait plus aucun moyen de la refuser. « Energétiquement elles devinrent des chacmools, à cause de ce qu’elles firent. Beaucoup ont essayé de rester avec nous, et soit ils sont devenus fous, soit ils n’aimaient pas ça car notre vie est trop rigoureuse. »        

         Un homme demanda s’il était possible de cesser d’interpréter. Florinda répondit : « Oui. » Il continua en demandant si on devenait une ‘part du tout’. Florinda dit : « Notre manière de voir l’énergie s’est déplacée au-delà du point d’assemblage. Notre souci maintenant est de savoir si on peut arrêter d’interpréter tous ensemble, alors oui, Lee Marvin a peur, et alors ? »        

         Une femme demanda si il y aurait d’autres passes de Tenségrité qui seraient ajoutées. Florinda répondit : « Oui, de nouvelles vidéos sont prévues. Et un séminaire intensif est aussi prévu à Los Angeles. »        

         Un homme demanda si la Tenségrité pouvait aider dans le traitement des gens qui avaient un problème mental. Florinda dit qu’elle ne pensait pas que de telles personnes étaient intéressées par la Tenségrité, « et puis, c’est qu’est-ce qu’un ‘problème mental’ ? »        

         Un homme posa une question sur le fait de drainer l’énergie des autres. Florinda répondit : « Personne ne peut prendre de l’énergie à quelqu’un d’autre. Au Mexique, certains pensaient que nous étions des vampires. Nous plaisantions ensemble en leur disant ‘Vous pensez que nous en avons après vos doigts de pieds ?’ Nous gaspillons notre propre énergie en nous concentrons sur nous-même. Le véritable amour est pure affection, juste pour le plaisir. »        

         Un homme lui demanda si elle était amoureuse. Florinda répondit : « Oui, j’aime Carlos, Carol Tiggs, Taisha Abelar, les chacmools, et les nouveaux gardiens. Je n’attends rien en échange. Aimer vraiment un autre être c’est arrêter de se faire du souci à propos de soi-même. Ainsi, peu importe ce que fait l’autre personne. Tous nos soucis sont  - ‘mon opinion n’a pas été prise en compte, il faut me croire, ce n’est pas ça, etc.’ »        

         Un homme demanda si l’Aigle était comme l’ego. Florinda opina : « Oui, ça se pourrait. C’est quelque chose qui profite de notre conscience, qui se nourrit de notre importance personnelle. L’univers est prédateur. L’énergie cherche l’énergie. »         Un homme demanda si nous pouvions voir toute notre vie lorsque nous mourrons, alors quelle était la différence avec la récapitulation. (Je ne suis pas sûr d’avoir eu l’essentiel de la réponse, car celle-ci ne semble pas correspondre à la question) Florinda répondit que don Juan se fichait des rêves. « Vous avez juste une plus grande conscience. L’énergie est disponible à travers le rêve, mais seulement au travers d’un intense contrôle, pour lequel vous avez besoin de beaucoup d’énergie. » 

         -         Que signifie tromper la mort ? »

         -         Les sorciers veulent partir en pleine conscience, dans leur forme physique, dans un monde différent. Oui, nous voulons éviter la mort, et il est certain que nous ne voulons pas mourir dans le monde quotidien. » 

         -         Pourquoi pensez-vous que don Juan est coincé (dans une autre couche de l’oignon) ? »

         -         A cause des récents voyages de Castaneda et Carol Tiggs. »        

         Un homme posa une question sur le plan astral évoqué par les gourous indiens qui est comparable aux autres mondes des sorciers. Florinda dit qu’elle ne connaissait pas grand-chose à l’Inde. « Don Juan était très pragmatique, il ne voyait pas cela comme une connaissance ou une théorie, il voyait d’autres mondes, et s’intéressait à élever le niveau d’énergie pour faire exploser les paramètres de notre perception. Je ne sais pas si c’est la même chose pour les Indiens. » Elle suspectait leur point de vue d’être, d’une certaine façon, encore prisonnier de l’ordre social.         

         Un homme posa une question sur les nouveaux gardiens. Florinda dit que ce n’était pas à elle d’en parler, et expliqua qu’ils étaient en train d’essayer d’éradiquer leur histoire personnelle. Elle ajouta qu’ils étaient entrés en contact avec eux grâce à un véritable effort de leur part. »        

         Un homme annonça qu’il avait 16 questions, dont : « Comment restez-vous concentrés et en quoi cela est-il relié au fait d’éradiquer l’histoire personnelle ? » Florinda répondit qu’une plus grande quantité d’énergie nous fait prendre conscience que nous sommes plus que ce qu’on nous a enseigné à être. « C’est une façon très pragmatique d’activer quelque chose se trouvant hors du cadre restreint des gens qui vous connaissent, et de vos points de référence habituels. D’un point de vue pragmatique, les gens qui vous connaissent vous ‘clouent sur place’. Pour moi, c’était très important d’être séparée de ma famille et de mes vieux amis. Etant originaire d’Amérique du sud, j’ai pu couper tous mes contacts avec ma famille en venant à Los Angeles. Et de toute façon, ils savaient que j’avais toujours été un peu non orthodoxe. Je n’ai pas eu de contacts avec eux pendant 10 ans, et cela coupa nos liens. Lorsque je suis retournée voir mes parents, à un certain niveau, ils savaient que j’étais différente. »         

         Un homme fit observé que ‘ la règle’ (décrite dans Le Don de l’Aigle) semblait avoir changée, et il demanda si cela signifiait que ce qui avait été écrit n’était plus pertinent. Florinda répondit : « Non, ce n’est pas ça. Ce qui a été écrit est l’authentique récit d’un processus et de ses pratiques. La métaphore de Taisha dit que c’est comme de l’eau d’une rivière qui coule sur des pierres. Les pierres sont toujours là mais l’eau qui s’écoule sur eux est nouvelle. J’avais l’habitude de demander des règles à don Juan, ce qu’il fallait faire. Je me battais avec lui, lui disant que j’étais Allemande, et que s’il voulait bien me dire quoi faire, je le ferai. Lorsque j’ai envisagé de faire une recherche anthropologique en Amazonie, il m’a juste dit de ne pas me servir des autres, ce qui incluait mes parents, pour avoir des connexions et de l’aide, car c’est ce que je faisais d’habitude. Il m’a dit de le faire toute seule. Je l’ai presque tué quand il m’a dit ‘Tout ce que tu possèdes ce sont tes cheveux blonds et tes yeux bleu dans un pays où ça compte’. Mais cela m’a changé. »        

         Une femme demanda si en faisant sa récapitulation sexuelle, il était plus simple d'être célibataire. Florinda répondit que cela dépendait sur quoi on se concentrait. « Ce n’est pas tant sur la baise mais ce qui va avec. »        

         Un homme demanda s’il existait quelque chose dans leur système à propos d’appeler le grand esprit ou sur la prière. Florinda dit : « Non. Quand Nelida me demandait d’appeler l’intention, j’allais à la fenêtre et je criais ‘Intention !’ Le nagual disait que vous ne priez pas l’intention, vous demandez, vous l’appelez avec énergie. L’esprit est juste de l’énergie. »         

         Un homme posa une question sur l’histoire du chien dans 'Les Portes du Rêve'. Florinda éluda la question en disant : « C’était il y a si longtemps ! » Elle expliqua ensuite qu’on lui avait demandé de faire sa thèse en dehors du Mexique, car autrement cela aurait été trop facile. « J’ai trouvé une guérisseuse. La première version de ma thèse n’a pas été acceptée, elle n’était pas assez scientifique pour UCLA. Cette guérisseuse croyait que nous sommes énergétiquement reliés à ceux qui nous sont connectés avec nous – nos parents, etc. »        

         Un homme posa une question sur le fait qu’elle avait dit de ne pas récapituler les personnes avec qui on était, et posa une autre question sur les parents. Florinda dit qu’elle n’était pas connectée avec ses parents. « Mes parents m’avaient cloué sur place, je ne pouvais pas bouger à moins de casser le lien que nous avions. »        

         Un homme demanda si on pouvait récapituler les personnes pour qui on avait de l’affection. Florinda répliqua : « Oui, mais ça peut changer le courant énergétique. Nous avons une irrépressible tendance à nous placer au-dessus des autres. »        

         Un homme demanda: « La liberté totale n’est-elle pas l’ultime quête ? » Florinda répondit : « C’est juste une idéalisation tant que nous n’avons pas accrue notre conscience. Autrement, c’est de la masturbation mentale. Le clan de don Juan brûla avec le feu du dedans, formant la configuration du serpent à plumes, en faisant un dernier tour pour nos yeux. Seize personnes disparurent. La vieille Florinda disparut après la mort de la Gorda, parce que nous étions tous responsables et la vieille Florinda nous injuriait. Elle nous traitait d’incompétents, alors elle décida de sauter toute seule. Il y a un oranger en face de ma fenêtre, et ce jour là, la vieille Florinda portait une robe blanche et un ‘sun-bonnet’. Je vis brièvement une lumière, mais j’ai pensé que la vieille Florinda était seulement en train de se cacher lorsqu’elle disparut. Mais non, elle était soudainement partie, laissant juste une étrange vibration derrière elle, qui alla vers les arbres et secoua l’oranger en fleurs. La vieille Florinda voulait me prendre avec elle, mais Castaneda ne voulait pas que je parte alors il m’a poussé hors du chemin. »        

         Un homme demanda ce que le groupe attendait pour sauter. Florinda dit : « Nous attendons de pouvoir partir comme un groupe ou au moins de savoir qu’individuellement nous pouvons le faire. » Elle ajouta qu’elle ne savait pas si Nestor, Pablito et les autres avaient sauté dans le même endroit que don Juan. 

         -         A quoi ressemble la mort pour nous ? »

         -         Nous mourrons. »              Une femme demanda si il y avait des gens d’ailleurs qui sautaient dans notre réalité ? » Florinda dit : « Nous n’en avons pas rencontré, mais pourquoi pas ? » Le monde des êtres inorganiques, par exemple, est un monde parallèle, avec des entités énergétiques.          Un homme posa u

Publié à 12:47 le 9 mai 2007 dans Omega Institut
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Conférence Taisha-Omega

Conférence de Taisha Abelar - Omega institut – Mai 1995

 

 

 

      Taisha nous dit que le sujet serait : « Neuf façons pour bouger le point d’assemblage ». Elle dit que Florinda avait parlé des « formations d'énergie et des formations de perception ».  

 

         Tandis que notre monde est principalement une interprétation (et une description), le but de la sorcellerie est de retourner à la possibilité de percevoir l’énergie directement. 

 

         L’effort de générations de sorciers a été de voir l’énergie directement. Ils voient l’énergie des êtres humains comme des œufs ou des cocons lumineux. Certains sont ronds ou ont la forme d’une cloche, tandis que d’autres sont oblongs avec un fond plat. Les portions plates de ces derniers sont coincées dans une matière sombre et visqueuse, et l’énergie ne peut pas bouger. La plupart des êtres humains ont des fonds plats.

         Pour les sorciers, c’est un cadeau pour eux de voir un œuf lumineux qui est complètement rond et qui flotte librement, cela enchante leur propre corps d’énergie. Tous les œufs lumineux ont un point brillant lumineux situé à la hauteur des omoplates, dans le dos, sur la surface du cocon.

 

         C’est le point d’assemblage, au travers duquel passent des millions de fibres permettant la perception. Si le point d’assemblage est délogé, différents mondes deviennent perceptibles. Puisque l’œuf contient des milliards d’endroits vers lesquels le point d’assemblage peut se déplacer, pourquoi se limiter à ce monde ?

         Notre habilité à l’intersubjectivité en tant qu’êtres humains nous fait tous maintenir notre point d’assemblage approximativement à la même position. La partie brillante autour du bas de l’œuf est ce qui permet la propre réflexion ; la même brillance luisante qui devrait recouvrir le reste de l’œuf a été mangée par les flyers.

 

         Le point d’assemblage des êtres humains n’a bougé que de l’épaisseur d’un cheveu depuis le Moyen-Âge, tandis que la luminosité de l’œuf a continué à décliner. Le corps d’énergie, d’après les sorciers, est un conglomérat d’énergie qui est rassemblé en un noyau. Les sorciers essayent de réunir à nouveau le corps d’énergie et le corps physique, qui sont séparés à la naissance. Don Juan dit à Taisha qu’à travers les pratiques des sorciers, le corps d’énergie se rapprochait de plus en plus près, jusqu’à ce que l’on  sente finalement quelque chose claquer derrière la tête. A travers la discipline et l’entraînement des sorciers, on peut faire ressembler le corps d’énergie au corps physique, et le corps physique au corps d’énergie. 

 

         Lorsque Taisha vit pour la première fois le corps d’énergie, après qu’elle ait développé suffisamment de sobriété à travers le silence intérieur pour permettre à la luminosité de son oeuf de grandir jusqu’au niveau de ses genoux, Emilito lui montra son corps d’énergie en pratiquant la passe de « se secouer » (shaking pass), une vibration qui permet aux sorciers de se défaire du corps physique. En faisant cela, un nuage d’énergie s’éleva et l’enveloppa. Ce n’est pas quelque chose que l’on « voit » avec les yeux mais avec notre corps d’énergie.

 

         Les neuf façons de bouger le point d’assemblage sont harmonieuses et non délétères si on procède doucement et avec sincérité. Les neuf façons, que l’on peut utiliser seules ou en combinaisons sont :

 

La Tenségrité, la récapitulation, les non-faires, les petits tyrans, la contemplation, le silence intérieur, la discipline et les actions impeccables, le rêve, la traque.

 

         Taisha expliqua que ces « façons » (techniques) étaient listées en gros en ordre ascendant, afin que la conscience croisse convenablement. Les deux dernières techniques, le rêve et la traque, étaient plus complexes et demandaient que nous ayons augmenté notre niveau de conscience (de luminosité) au moins jusqu’au niveau des chevilles. Puis Taisha commença à décrire chacune des neufs techniques.

 

La Tenségrité

 

         Il fut donné une ligne de passes à chacun des quatre disciples de don Juan. Clara Grau enseigna à Taisha les passes effectuées au sol, tandis qu’Emilito lui enseigna celles à pratiquer dans les arbres. Initialement, Taisha n’était pas autorisée à entrer dans la salle d’arts martiaux de Clara, parce qu’elle était trop « radioactive » (elle n’avait pas fait assez de récapitulation).

 

         « Clara avait reçu un entraînement d’arts martiaux en Chine et était maître dans le maniement des longues perches, dit Taisha. Un jour, alors que j’étais en train de regarder furtivement à l’intérieur de la salle, à travers une petite ouverture que j’avais pratiqué dans le mur, Manfred, le chien, m’aboya dessus à plusieurs reprises. Après que avoir été découverte, j’ai demandé à Manfred pourquoi il m’avait trahi, il déclara qu’il essayait juste d’alerter Clara qu’il était temps que j’apprenne les passes. »

 

         Clara ajusta les passes pour le gabarit de Taisha, ce qui fit comprendre au groupe de Castaneda qu’ils pouvaient ajuster les passes pour d’autres. Clara dit à Taisha de pratiquer les passes avec toute son attention et en silence intérieur, ainsi le corps d’énergie lui dirait ce dont elle avait besoin.

 

         « La fixation de l’intention des anciens sorciers est très forte et est déjà dans les passes. La Tenségrité porte l’intention d’augmenter la conscience et d’allumer de nouvelles fibres, ce qui, par essence, entraîne le déplacement du point d’assemblage. »

 

         Taisha indiqua que deux zones du ciel étaient visées en exécutant la passe de l’écoutille stellaire. Une étoile de la constellation « Corona Borealis », et l'étoile binaire qui compose l'Oeil du Taureau dans la constellation du Taureau.

 

La récapitulation

 

         « Les chacmools sont en train de faire leur récapitulation et vont vous décrire le processus tout à l’heure. La récapitulation est une technique des anciens sorciers, conçue pour se défaire énergétiquement des liens du passé. Cela nous permet de lâcher prise sur les vieilles interprétations qui nous empêchent de percevoir avec de nouveaux stimuli. Cela vise également à apaiser les filaments qui sont collés, afin de nous permettre de percevoir de nouveaux filaments.

 

         Au travers de la folie contrôlée, nous savons que les nouvelles interprétations ne sont là que pour un instant et que nous ne pouvons pas nous permettre de nous y fixer à nouveau. L’acte de rendre de la conscience aux vieux filaments, de voir chaque détail, et puis de revenir dans le présent, accompagné par le processus de respiration, décoince le point d’assemblage. La récapitulation révèle aussi votre propre inventaire d’actions et de réactions – vos schémas basiques – ainsi, après votre récapitulation, vous pouvez choisir de nouvelles manières d’agir. »

 

         « Les femmes sont à 50% inorganiques – elles ont juste besoin d’apaiser leur dialogue intérieur et elles deviennent ‘tubulaires’. »

 

         Taisha déclara avoir deux êtres inorganiques vivant dans son grenier : Globus et Phoebus. Ce sont deux êtres inorganiques identifiables. Elle déclara que son point d’assemblage et sa configuration énergétique se rapprochaient de celle des êtres inorganiques, lui permettant d’avoir de meilleurs aperçus de ses « locataires ».

 

Les non-faires

 

         Cela signifie essentiellement « ne pas utiliser les items de notre vieil inventaire d’actions et de réactions. La récapitulation nous donne cet inventaire, nous permettant d’avoir un moment de pause. Quand un sorcier agit selon des façons qui lui sont complètement inconnues, de nouvelles fibres commencent à briller dans son cocon lumineux. Et alors le corps d’énergie répond et se réveille, comme une conséquence de ces nouveaux éclairages. Vous commencez avec de légères ou lentes perturbations et essayez de briser la continuité de l’idée que le monde est d’une certaine manière. »

 

         Taisha se rappela avoir eu un professeur à UCLA qui enseignait à ses étudiants comment les phénoménologistes et les philosophes comprenaient le phénomène de la perception. Il leur faisait porter des lentilles binoculaires incorporées à une boîte qu’ils devaient porter sur leurs yeux. Ils  regardaient à travers, ce qui leur faisait voir le monde à l’envers. - Cela lui rappela aussi l’histoire d’un anthropologue qui faisait un terrain dans le bush, et qui avait commencé à voir des esprits et en avait été très effrayé « Pendant un instant, dit-elle, l’anthropologie avait été oubliée. » - Avec ces « masques binoculaires inversés », les étudiants se demandèrent juste comment marcher jusqu’à leur voiture avec leur boîte sur les yeux.

 

         Les non-faires sont simplement des perturbations – par exemple faire tout avec la main opposée.

 

         « Vous êtes en train de ‘non-faire’ chaque fois que vous engagez un item qui ne fait pas partie de votre inventaire habituel. Cela peut également arrivé dans des conditions de grand stress (par exemple le cas des mères capables de soulever une voiture pour sauver leur enfant). Ces moments nous forcent à changer notre idée de ce que nous sommes capables de faire.

 

         Une fois, l’éclaireur bleu dit à Taisha qu’elle allait réaliser un de ses rêves en l’emmenant, elle et un ami, au Grand Canyon, où ils restèrent toute une nuit dans un motel situé tout en bas du Canyon (où les réservations s’étaient « ouvertes » pour eux). A cette époque, l’identité de Taisha était « Anna Maria Cordova », une étudiante de UCLA, car l’ami qui les accompagnait ne savait rien à propos de Taisha Abelar. Taisha déclara qu’elle était dans un « état physique déplorable » à cette époque, et était très inquiète à propos de comment elle allait faire pour parcourir tout le trajet aller-retour jusqu’au Canyon (afin qu’ils n’aient pas à venir la chercher en hélicoptère).

 

         Taisha ne dormit pas de la nuit : ils partageaient tous la même chambre et l’éclaireur bleu ne dormait pas, tandis que Taisha avait bu une grande quantité de café qui lui avait retourné l’estomac. Taisha avait insisté pour qu’ils partent reconnaître la piste qu’ils allaient emprunter un jour à l’avance, ce qui lui avait permis d’envoyer son corps d’énergie sur cette même piste pendant la nuit, de poser son intention ou une structure énergétique, lui permettant de reconnaître la piste.

         Le jour suivant, alors qu’ils grimpaient, Taisha ramassa quelques pierres et d’autres choses pour se débarrasser de sa fatigue (on peut aussi « déposer » notre fatigue en s’appuyant contre un rocher. Il  existe aussi une manière de tenir ses mains qui donne de l’énergie).

 

         En gros, pour gérer le voyage de retour, Taisha déclara avoir pratiquer un répertoire entier de non-faires, incluant savoir quelles herbes renifler (son corps d’énergie savait), et « voir » en contemplant chaque endroit où s’asseoir. En général, quand le corps physique est fatigué, le corps d’énergie prend le relais. Taisha utilisa également le « pouvoir du mulet », gagnant de l’énergie en descendant juste derrière un groupe de mulets et en rassemblant l’énergie qu’ils portent avec eux. Elle utilisa également les petits filaments d’énergie sur les cailloux le long du sentier  pour l’aider à la tirer.

         En conséquence de ces non-faires, elle arriva une heure avant ses compagnons, qui un moment plus tôt avaient pris de l’avance sur elle.

 

Les petits tyrans

 

         Les sorciers disent que c’est notre extrême insistance et notre préoccupation du moi qui maintient notre point d’assemblage fixé. Comment se débarrasser de la préoccupation du moi ? Il y a  trois moyens :

         (1) Devenir abstrait, ou la folie contrôlée. Notre préjugé perceptuel nous fait penser que nous sommes plus importants que nous ne le sommes, quand nous devrions vraiment voir que tout n’est que de l’énergie – les arbres, les flyers, les animaux, etc.

         (2) Avec les petits tyrans – qui sont partout, et qui peuvent être une aide utile pour vaincre l’importance personnelle. Les petits tyrans font remonter à la surface les parties où nous sommes coincés.

         (3) En reconnaissant que vous êtes un être qui va mourir – alors pourquoi avoir de l’importance personnelle ? » (Cette prise de conscience, comme « le lieu sans pitié », est un changement du point d’assemblage).

 

         « Il y a un danger  à exagérer l’importance personnelle et à se sentir supérieur quand les petits tyrans sont vaincus. Ne les utilisez pas pour vous rendre encore plus importants. »

         Par exemple, Castaneda avait vu Clifford, un de leurs amis, marcher dans la rue avec le crâne rasé, torse nu, portant une couronne d’ail autour du cou. Clifford était un « pet », parce qu’il pensait qu’il pouvait perfectionner les choses, et les faire mieux que les autres.

 

         « Les non-faires et traiter avec les petits tyrans devraient se faire tranquillement, de façon simple, sans que personne ne s’en rende compte – pas comme un effort social de groupe. »

 

La contemplation

 

         « La contemplation n’est pas regarder ; c’est quelque part entre percevoir et regarder. Les techniques de contemplation nous aident à casser la certitude que le monde est fait d’objets. La contemplation est conçue pour casser le préjugé perceptuel de la subjectivité du monde. Je ne recommande pas la contemplation de nuages ; c’est seulement pour les sorciers très avancés, parce qu’il peut s’avérer difficile de revenir.

 

         On peut contempler du sable, des pierres, des feuilles et des arbres. Mais on ne doit pas contempler les arbres lorsque l’on est dans une humeur maussade. La contemplation de l’océan ou de l’horizon est bien mieux pour les humeurs maussades, car l’océan est assez vaste pour absorber ces sentiments.

 

         La méthode que Florinda Grau (la vieille Florinda) utilisait, était de jeter de petits coups d’oeil, de repérer des choses qui n’appartenaient pas forcément à ce monde, saturant ainsi son appareil visuel. On peut aussi faire une contemplation balayante – à 360 degrés – ou, alternativement, de haut en bas.

         Vous pouvez contempler des feuilles en traçant leur contour avec les yeux ou en les comptant. Cela peut entraîner un déplacement abrupt qui fait disparaître les feuilles en faisant passer l’arrière-plan au premier plan. Ce type de déplacement est difficile à soutenir longtemps, et ce n’est pas le but. C’est juste une technique pour casser votre préjugé perceptuel, pour revenir à l’idée de percevoir directement. »

 

Le silence intérieur

 

         C’est une question d’accroître de plus en plus de secondes de silence intérieur. Quand Taisha atteignit cinq minutes (pour Florinda c’était huit), cela l’amena au-delà des limites de la place habituelle de son point d’assemblage. Pour Carol Tiggs, le seuil critique est de 23 minutes de silence intérieur, à ce stade, elle peut arrêter le monde. Taisha expliqua que Carol, étant double, a une plus grosse masse, qui nécessite plus de temps pour être bougée.

 

         « Certains bouddhistes utilisent un bâton qui va du sol vers le front comme moyen pour atteindre le silence intérieur. On peut aussi allumer une allumette, plonger son extrémité dans l’eau et contempler à l’autre bout la flamme revenir comme méthode pour apporter du silence à l’esprit. Une fois que l’on a atteint un seuil critique de silence, on peut l’atteindre plus souvent et le prolonger. »

 

La discipline et les actions impeccables

 

         « La discipline ne signifie pas l’ordre au sens d’un régiment militaire, mais l’impeccabilité, qui consiste à donner à chacun de nos efforts toute notre concentration et notre intention inflexible, sans espoir de gain personnel. Les sorciers disent de faire tout comme si c’était notre dernier acte sur cette Terre.

         Agir impeccablement nous rend immangeables pour les flyers. Les flyers ne sont ni bons ni mauvais, ils sont juste une partie de l’univers prédateur. Pour nous, ils endossent vraiment une forme humaine car nous sommes conscients d'eux à un niveau subliminal. »

 

         Ensuite Taisha poursuivit en nous montrant l’agrandissement d’une photo prise par un de leurs amis, Tony Karam, un moine bouddhiste, durant la cérémonie de l’équinoxe de printemps à Teotihuacan. Sur la première diapositive projetée sur l’écran, apparut une espèce de phalène ou un autre insecte, qui se plaça à l’endroit exact où se trouvait le supposé flyer.

         En voyant cela, Taisha fit un bond de côté et sembla terrifiée. Nous ne vîmes pas « l’insecte » s’envoler. A la place, il sembla disparaître ou s’effacer. Les photos (en fait une photo et deux agrandissements de l’image du flyer) montraient que la silhouette semblant faire une hauteur de deux ou trois étages, apparaissait sur la gauche de la pyramide, avec les montagnes en arrière-plan.

         J’ai esquissé la figure, qui ressemblait à une personne avec des bras ou des ailes au-dessus de sa tête, volant, et avec des jambes recourbées au niveau des genoux et étendues  vers l’arrière. Taisha déclara que les flyers sont présents partout où a lieu de grands rassemblements de gens. Normalement nous ne les voyons pas, bien que les enfants les voient très tôt durant l’enfance, avant qu’ils n’aient été socialisés.

 

         Taisha déclara que certaines personnes peuvent atteindre un haut niveau de conscience incroyablement rapidement. Castaneda rendit un jour visite à une vieille dame de 80 ans, qui vivait dans une maison de retraite et qui avait récupéré sa conscience après avoir été dans le coma durant 20 ans. 

 

         Elle avait écrit un livre sur un groupe d’indiens et était accompagnée d’un jeune indien qui, à la fin de leur rencontre dit à Castaneda que c’était dommage qu’il (le jeune homme) se déplace si rapidement dans sa pratique, car il n’existait aucun moyen pour eux de passer plus de temps ensemble et de vraiment devenir amis. Castaneda prit ce commentaire comme étant de la suffisance de la part du jeune homme.

         Puis, deux ans plus tard, Castaneda se retrouva dans une tempête de sable alors qu’il roulait de Mexico vers San Diego sur la route n°8. Un camion surgit et lui fit signe de rouler sous sa protection. Finalement, les deux véhicules finirent par arriver sur une route de graviers et Castaneda, s’inquiétant à propos de ce que le camion était en train de faire, fit signe au chauffeur de s’arrêter. Il s’avéra que le conducteur du camion était le même jeune homme. Celui-ci informa Castaneda qu’il avait une dette envers lui pour l’instruction qu’il avait reçue et qu’à présent il lui payait sa dette. Il fit savoir à Castaneda qu’ils étaient maintenant ensemble dans la seconde attention (apparemment, le jeune homme avait l’énergie et le niveau de conscience requit pour emmener Castaneda dans son « rêve »). Dès que le camion repartit, Castaneda prit conscience qu’il était revenu sur la route n°8.

 

Rêver

 

         Pour les sorciers, bien sûr, cela ne veut pas simplement dire faire du rêve lucide, mais atteindre un degré de contrôle où vous devez fixer votre point d’assemblage. Vous devez « traquer » vos rêves pour fixer le point d’assemblage sur n’importe quel point vers lequel le rêve vous emmène.

         Le contenu du rêve ne compte pas ; ce qui compte est à quel point vous pouvez fixer votre point d’assemblage et pour combien de temps. On peut finalement revenir dans le même rêve, encore et encore, simplement en y ayant fixé son point d’assemblage. On commence par se réveiller dans un rêve et se repérer – vous avez besoin de vous concentrer sur quelque chose que vous avez envie de faire dans votre rêve qui va vous « réveiller ».

         Ensuite, lorsque vous êtes à nouveau pleinement conscient, vous pouvez reproduire les mouvements que vous avez fait en « rêvant éveillé » pour amener votre corps d’énergie vers votre corps physique. 

 

Traquer

 

         « Les sorciers disent que nous devrions nous traquer nous-même d’abord, au travers de la récapitulation. Pour cela, nous devons être sans pitié avec l’évaluation de qui nous sommes et de ce qu’est notre vie. » Taisha découvrit en récapitulant qu’elle était extrêmement indulgente (comme la plupart d’entre nous), et qu’elle était prête à faire n’importe quoi pour obtenir ce qu’elle voulait. Don Juan l’appelait « je veux ça ». Elle déclara également qu’elle découvrit qu’elle était incapable de ressentir de l’affection pour qui que ce soit.

 

         Lorsque Nelida essaya une manoeuvre simple pour ouvrir le point d’assemblage de Taisha, celle-ci perdit le contrôle, et quand elle revint à sa position d’origine, son point d’assemblage continuait à vibrer mais n’allait nulle part.

         Cela troubla tellement le groupe de don Juan qu’ils la suspendirent dans les arbres, ce qui fixa son point d’assemblage sur une nouvelle position, celle d’un habitant d’arbre. Ce fut dans les arbres que Taisha commença à expérimenter des sentiments, comme l’affection pour les arbres, ce qui lui était étranger.

 

         « J’ai aussi ressenti comment les arbres communiquaient par faisceaux d’affection, ainsi des filaments différents étaient utilisés. Lorsque mon point d’assemblage fut stabilisé, après environ deux ans, la seconde position que je reçus en tant que traqueur fut celle d’une ingénue super féminine à la recherche d’un mari. »

 

         Ce fut un changement spectaculaire depuis la position athlétique, masculine vers laquelle son point d’assemblage s’était déplacé dans les arbres, ce qui avait presque causé un retournement de celui-ci. En effet, son point d’assemblage commençait à se tourner vers l’extérieur, comme celui d’un homme (le point d’assemblage des femmes est tourné vers l’intérieur). Pendant plus d’un an elle joua le rôle de « Madeleine Rigot », et le compléta avec des leçons de français, de cuisine, d’étiquette, etc., afin qu’elle devienne une désirable candidate au mariage.

         Taisha affirma qu’elle reçut sept demandes en mariage. Cette période s’acheva lorsqu’elle tomba amoureuse d’un homme inéligible – « un cinglé chic » - qui avait été prêtre. C’était un jeune homme très passionné, obsessionnel, tourmenté par la culpabilité et complètement instable. Il passait ses journées à prendre le bus et à se promener autour des églises.

         Taisha, en tant que Madeleine, décida qu’elle allait le sauver. Elle expliqua que les sorciers voient la folie comme l’exagération de la fixation à maintenir nos fibres en un point particulier. Elle décida de le suspendre dans les arbres. Après l’avoir hissé en haut, l’homme devint complètement fou. Après ce « scandale », le temps de Taisha en tant que Madeleine prit fin.

 

         La position suivante assignée à Taisha fut celle de « Alphonsina », une clocharde. Ce fut pour elle un grand saut après avoir joué une ingénue chouchoutée. Don Juan engagea une femme – Alphonsine – pour jouer sa mère, une clocharde qui apprit à Taisha tout ce qu’on doit connaître sur la mendicité.

         Taisha voulut immédiatement s’en aller lorsqu’elle vit la masure répugnante où vivait la femme, et poursuivit don Juan en le suppliant de la laisser revenir avec eux. Il lui dit qu’elle avait le choix, soit elle s’en allait et retournait dans son ancien monde, soit elle était Alphonsina jusqu’au bout. La conscience de Taisha était suffisamment élevée à ce moment, et elle s’arrangea pour retourner dans la masure avec Alphonsine.

        

         Seules une discipline pure et une intention inflexible permirent à Taisha de poursuivre cette expérience. Le stress de l’expérience l’amena à ressentir de l’amour pour sa « mère », Alphonsine, sans honte ni pitié. Ce rôle s’acheva au bout d’une année, lorsqu’une femme qui avait bien traitée Taisha, et que Taisha avait évité jusque là, emmena Taisha prendre une douche chez elle, ce qui fit disparaître son maquillage et ses cheveux emmêlés, révélant qu’elle était « blanche ». Cela signala la fin d’Alphonsina.

 

         La quatrième et dernière position de traque fut celle d’un homme, Ricky. Ricky était un jeune homme américain amoureux de la vie, extasié par les petites choses auxquelles nous n’accordons pas d’importance d’habitude. Il saisissait toutes les opportunités ; la principale pression pour lui était de savoir que ce rôle prendrait un jour fin.

 

Les êtres inorganiques

 

         « Quand vous n’avez plus de moi ou d’ego, il est facile d’entrer dans l’univers parallèle. Dans ‘l’autre côté’, vous entendez votre émissaire de rêve, qui est toujours une voix de femme, vous décrire l’univers parallèle. Là, vous pouvez interagir avec des êtres inorganiques, que les anciens sorciers appelaient les ‘alliés’.

         Vous pouvez entrer dans leur monde en rêvant, et votre vitesse est ajustée à leur vitesse ralentie. Les traqueurs peuvent aussi s’ajuster à cette vitesse en état ‘d’éveil tranquille’, la voix leur dit ce qu’ils ont besoin de faire pour ralentir. Des parties de deux de ces êtres avec qui je suis entrée en contact sont entrées dans notre monde de perception.

         Ils m’ont emmené dans beaucoup de voyages à l’intérieur des plis de leur monde, car beaucoup nous sont accessibles. Je les ai aussi emmenés dans des lieux effrayants de la seconde attention – des expériences qui les ont parfois dissuadés de revenir me voir pendant plus d’un an. De plus, j’ai été emmené avec eux dans des lieux extrêmement terrifiants de leur monde. »

 

         « Dans le royaume des êtres inorganiques, on a la délicieuse impression de flotter ou de se déplacer à grande vitesse. Les êtres inorganiques sont des entités femelles qui veulent de l’énergie mâle, qui est très rare dans l’univers. Alors leur monde est un endroit dangereux à visiter régulièrement pour les hommes. En revanche, les femmes peuvent aller dans les tunnels inorganiques simplement en entrant en silence.

         Les sorciers des anciens temps furent déçus par les êtres inorganiques parce qu’ils n’obtinrent pas les récompenses concrètes qu’ils espéraient avoir. En effet, ils pensaient que les êtres inorganiques pouvaient les aider à commander le pouvoir immense qui est le leur (comme par exemple vaincre les envahisseurs espagnols).  Ce dont notre groupe a prit conscience est la capacité des êtres inorganiques à  ressentir de l’affection.

         Les êtres inorganiques ont la capacité de ressentir une profonde et authentique affection qui est incomparablement apaisante. Et ils font des choses pour les sorciers par pure affection, librement et sans attentes. Ils sont motivés, en voulant nous aider, par un sentiment profond lorsqu’ils voient à quel point nos vies sont brèves comparées aux leurs. Lorsque l’on entre en contact avec eux, au travers d’une profonde affection, ils peuvent nous permettre de prolonger notre attention. »

 

         « Cela pourrait sonner comme Faust. Les êtres inorganiques peuvent ressembler au diable depuis le point de vue de la raison, car ils s’intéressent à élargir leur conscience au point d’être presque éternels. Le vieux nagual disait qu’ils sont comme nos cousins, existant  sur une ligne parallèle à la notre.

         Le seul moyen pour nous d’élargir notre potentiel est en entrant dans leur monde. Ils ne font pas cela par espoir de gain. Don Juan disait que l’univers est imprégné d’une vague de profonde affection, qui transperce aussi les êtres inorganiques.

         Lorsque la vague d’affection vous touche, laissez-la vous emporter, car cela permet à l’esprit de vous faire décoller et de vous faire voler dans l’infini. Vous vous envolez alors avec un courage total et un abandon total. Lorsque le dialogue intérieur arrive, vous vous dites ‘et alors’ ? »

 

Notes Corey Donovan



Publié à 12:37 le 9 mai 2007 dans Omega Institut
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Conférence Chacmools-Omega

Conférence des chacmools - Omega institut – Mai 1995

 

Peu après 20:30, Florinda monta sur scène pour nous dire que Carol Tiggs ne viendrait pas, en dépit des efforts de ‘rêver’ du groupe pour l’atteindre durant les quelques jours passés. Elle expliqua que les autres l’avaient choisi pour annoncer cette mauvaise nouvelle parce qu’elle était la plus petite et nous étions donc moins susceptibles de l’attaquer. Puis, elle dit que ce soir, nous allions écouter chacune des chacmools, qui se plaçaient à présent au centre du « nouveau monde » du groupe de Castaneda.

 

Elle dit que Carol Tiggs semblait être la source d’énergie du groupe, et elle expliqua que Carol et Taisha avaient pris la forme d’un tube et envoyaient leur énergie par leur tube aux chacmools. Elle dit qu’elle et Taisha pouvaient dire que lorsqu’elles voyageaient, l’énergie des chacmools était à présent différente. Florinda dit que les histoires des chacmools étaient des histoires d’intention.

 

Nyei Murez – L’éclaireur bleu

 

Nyei monta alors sur scène et s’assit à une table pour nous lire ce qu’elle avait écrit sur l’éclaireur bleu.

« L’éclaireur bleu est la fille de Carol Tiggs. Carol Tiggs lui a donné naissance. Son énergie a une tonalité bleue, différente de la tonalité blanchâtre qu’ont la plupart des êtres humains. Castaneda trouva cette agglutination d’énergie bleue dans le royaume des êtres inorganiques. Les chacmools ne sont pas encore allés dans ce monde mais nous sentons sa présence. Le monde des sorciers a un pouvoir mystérieux, qui peut être vécu et expérimenté mais qui n’est pas prédictible.

 

Le monde des êtres inorganiques est facilement accessible pour les femelles, une fois que leur conscience s’est élevée jusqu’au niveau des reins. La discipline que cela requiert ne passe pas par la routine ou la pratique mais par l’accès à un silence intérieur total. C’est ce que les chacmools n’ont pas encore atteint. »

 

Tous les chacmools sentent fortement que l’éclaireur bleu est « étrangère ». Nyei dit que l’éclaireur bleu est l’amour de sa vie ; « une personne et pas une personne. »

 

Elle décrivit l’éclaireur bleu comme étant « brillante, légère, mince, éthérique, sauvage et mignonne. Elle a des yeux bleus brillants, des oreilles qui entendent tout, et s’habille de façon impeccable mais imprévisible. Elle est habile à trouver le restaurant, le morceau de musique, le vêtement ou l’objet d’art le plus exquis qui soit. Elle est d’une grande exactitude, c’est une experte pour découvrir vos secrets les plus profonds ou vos désirs cachés. C’est une grande imitatrice de Nelida, et elle peut préparer de fabuleux festins. »

 

Nyei rencontra Carol Tiggs et l’éclaireur bleu pour la première fois dans un séminaire de Tenségrité où elle avait été invitée par Florinda. Nyei avait entendu dire que Carol Tiggs était la mère de l’éclaireur bleu. Elle avait également entendu dire que le clan de Castaneda traquait et faisait des tours aux gens, et comme Carol paraissait avoir 25 ans, Nyei se dit qu’elle ne se ferait pas avoir si facilement. Elle s’approcha de l’éclaireur bleu et lui demanda : « Vous êtes la mère de Carol Tiggs, n’est-ce pas ? »

 

« L’éclaireur bleu devient de plus en plus petite à mesure que le temps passe. Elle pourrait avoir sept ans, et nous estimons que cela pourrait prendre 50 ans afin qu’elle devienne pleinement mature. Elle est exacte, minutieuse et capricieuse.

 

Castaneda dit qu’elle est casse-pieds. Elle se met facilement en colère, tout comme une enfant de sept ans, quand vous êtes un trou-du-cul, mais le moment d’après, elle oublie tout et vous invite à aller jouer à Las Vegas. L’éclaireur bleu adore jouer et avait l’habitude de parier sur les chevaux pendant que Carol Tiggs était partie. Maintenant  que Carol Tiggs est revenue, elle est sa mère à 100%.

 

L’éclaireur bleu est également parti pendant presque 10 ans, de l’âge chronologique de sept ans jusqu’à dix-sept ans, revenant à peu près un an avant Carol Tiggs. Durant cette période, Florinda et Castaneda ont pris soin d’elle. 

 

« Le clan découvrit que l’éclaireur bleu était revenu lorsqu’ils allèrent au Mexique pour voir Florinda Grau (la vieille Florinda). Castaneda ramena l’éclaireur bleu à Los Angeles où il l’envoya à l’école. L’éclaireur bleu fut vraiment bouleversée par ce retournement de situation et refusa de changer de position pendant 24 heures, signe de son extrême colère. A la fin de cette période, cependant, elle sourit simplement et demanda : ‘Qu’est-ce que je dois faire maintenant ?’ »

 

Nyei déclara que l’éclaireur bleu était allée à l’école dans le Mexique rural, mais ne savait ni lire ni écrire. Ils l’envoyèrent au collège car l’année universitaire avait déjà commencé.

 

« A présent, elle travaille sur son doctorat en sciences sociales – et d’une certaine façon, elle assimile le matériel académique en utilisant un processus complètement différent du notre. Le nagual don Juan a pris soin d’elle durant son enfance. Lorsqu’elle allait dans la seconde attention, elle recevait un étrange entraînement qui la rendit naturellement très directive. Comme le dit Castaneda, l’éclaireur bleu ne ‘transpire pas’. Où qu’elle soit allée, ils ont du la bichonner tout le temps. Elle peut changer de vitesse très rapidement et nous sentons que sa vitesse est en train de s’accélérer.

 

« Bien qu’elle travaille sur son doctorat, elle est toujours comme une petite fille et développe de véritables béguins pour certains acteurs. Un de ses préférés est Bruce McCulloh de ‘Kids in the Hall’ (une série télé américaine). Sachant à quel point l’éclaireur aimait ce type, Castaneda se présenta à lui un jour où le croisa dans la rue, et lui dit : ‘Vous nous avez donné des heures de plaisir.’ L’acteur déchira la page Z de son carnet d’adresse et fit un autographe Pour l’éclaireur. Lorsque Castaneda jeta un coup d’œil sur l’autographe, il vit que l’homme avait signé ‘Kevin McDonald’ (un autre comédien de la série que Castaneda avait confondu avec Bruce McCulloh). L’éclaireur s’implique beaucoup lorsqu’elle regarde la télé, par exemple, elle crie au personnage : ‘Allez, allez, allez !’

 

« Lorsqu’elle n’est pas satisfaite, l’éclaireur bleu peut devenir une horrible créature. Sa Némésis est l’éclaireur orange, avec qui elle se bat parfois comme une folle. L’éclaireur bleu aime emmener tout le monde à Disneyland et s’en sert pour démêler ses filaments. Elle a affecté le groupe énergétiquement en lançant régulièrement des ‘dards d’énergie’ pour les ramener ensuite. Les chacmools ne la voient pas et ne lui parlent pas pendant des mois, puis elle arrive et change des choses, et secoue tout le monde. »

 

 Nyei dit que les images qui allaient suivre, en nous prévenant qu’elles pourraient sembler dissociées, étaient inspirées par l’éclaireur bleu.

 

« L’éclaireur bleu nous aide à être plus endurantes et disciplinées. Elle connaît d’autres positions du point d’assemblage et nous y emmène. Elle est une flèche bleue enflammée, et vous devez gagner sa confiance. »

 

 Nyei lu également le passage suivant sur l’éclaireur bleu : « Retrouve-moi au café, juste au-delà de la frontière, juste au-delà le ciel…tu dois parler et ton silence ne doit protéger que ton amour et pas ton cœur, que tu lui as déjà donné. »

 

A ce moment, Nyei fut visiblement gagnée par l’émotion et ses yeux se remplirent de larmes. Elle fit une pause pour récupérer et continua : « Etrange amour, agitation d’un souvenir inconnu. Tu danses un tango à travers notre sang. Notre rêve bleu, notre papillon qui n’appartient à personne. Pour toi, j’intentionne tout. »

 

Nyei conclut en disant que l’éclaireur bleu s’était elle-même donné le prénom « Claude ».

 

Renata Murez – L’éclaireur orange

 

Renata monta ensuite sur scène pour nous parler de l’éclaireur orange. Comme Nyei, Renata lut ses notes.

« Castaneda trouva l’éclaireur bleu dans l’univers des êtres inorganiques. Elle y avait été faite prisonnière et ne pouvait pas s’en échapper. Il fit tout son possible pour libérer cette unité d’énergie bleue, ce qui transforma son interprétation en une petite fille de sept ans. Castaneda mourut presque en utilisant son énergie pour la libérer. Carol Tiggs et don Juan le ramenèrent, guidés par l’éclaireur bleu.

 

« Ce que Castaneda ne savait pas à cette époque, c’est qu’il y avait une autre unité d’énergie derrière l’éclaireur bleu – l’éclaireur orange – qui était aussi prisonnière. L’effort de Castaneda la libéra aussi. Don Juan était très inquiet, sachant que Carol Tiggs devait donner naissance à l’éclaireur bleu pour la libérer. La question de l’éclaireur orange était encore plus délicate, et, parce que personne ne voulait s’en occuper, Florinda dit finalement : ‘Et merde ! Je vais le faire’. »

 

« Leperchun » est le seul nom auquel elle répond.

Renata affirma que ce mot signifiait lutin en espagnol. Renata dit que le mot lutin est approprié pour l’éclaireur orange parce qu’elle appartient aux choses de la terre. L’éclaireur bleu, en contraste, appartient aux choses de l’air éthérique.

 

« L’éclaireur orange est bâtie comme une bouche d’incendie, elle est forte comme un bœuf et ressemble à une toute petite fille sans être grosse, mais juste incroyablement dense. Les deux éclaireurs pratiquent magnifiquement la Tenségrité, cependant, l’éclaireur orange a de plus gros muscles. Elle a un terrible sens du concret – elle est la matérialisation du sol. L’éclaireur orange ne bouge pas le petit doigt tant que vous ne l’avez pas nourrie ou payée.

 

Les éclaireurs ne permettent pas aux chacmools d’enseigner au public à moins que les gens les payent, car leur point de vue énergétique est : ‘À moins que les gens payent très cher, ils ne prêteront pas attention.’

 

« L’éclaireur bleu avait l’habitude de nous dire qu’elle avait été piégée dans le royaume des êtres inorganiques à cause de sa curiosité, tandis que l’éclaireur orange avait été piégée comme punition pour sa duplicité. Mais l’éclaireur bleu est aussi une voleuse cosmique, elle vole même des rôles et des personnages. Dans le théâtre fantôme, elle vola une fois le rôle de Jésus et le joua à la perfection.

 

Un émissaire de rêve leur dit que les deux éclaireurs étaient piégés dans le royaume des êtres inorganiques à cause de leur duplicité. L’éclaireur orange devait être audacieuse dans son vol car sinon la chose en question allait être dérobée par l’éclaireur bleu.

 

« L’éclaireur orange est aussi Argentine – sans raison explicable, car ni Florinda ni l’éclaireur orange n’ont été élevées là-bas. Encore que quand elle chante, bouge et danse le tango, elle canalise « Mrs. Gretina », un personnage qui chante le tango et qui est alcoolique. Lorsqu’elle joue ce rôle elle se gonfle en une grosse femme, alors que d’habitude elle est juste une petite bécasse joufflue.

 

« La relation entre les deux éclaireurs est intense et compliquée. Lorsqu’elles se virent pour la première fois, elles s’embrassèrent et dansèrent ensemble. Le moment d’après, elles se mordaient presque l’une l’autre. Nous pensons qu’elles ont fait cela pendant des centaines d’années. Castaneda m’a dit de vous dire que l’éclaireur orange m’est très attachée, et vient régulièrement me demander des conseils ou de l’aide pour ses papiers scolaires.

 

Sa physicalité vous emporte, où qu’elle soit. Quand je suis avec elle, je trouve que je ne suis plus moi-même. L’éclaireur orange est plus jeune que l’éclaireur bleu sur ce plan. Don Juan disait qu’à elle deux, elles devaient avoir 7000 ans ou plus. »

 

Kylie Lundhal – Le théâtre fantôme

 

Ensuite ce fut Kylie qui monta sur scène. Tout d’abord elle remercia tous ceux qui avaient permis que le week-end ait lieu, incluant Tom Valenti, Michael Craft, et tout le staff d’Omega. Elle expliqua qu’elles lisaient toutes leurs notes parce qu’elles avaient besoin d’être très précises avec leurs mots – les mots incorporent l’intention, et quand on improvise, on finit par s’empêtrer dans ce qu’on dit et il est ensuite nécessaire d’en sortir.

 

« Il est également important que nous énoncions nos noms au début, afin de tracer un lien énergétique depuis l’inconnu jusqu’à vous. Dire nos noms est une façon de nous affirmer en tant que guerriers. Lorsque j’exprime mon nom, une ‘affirmation énergétique’ a lieu, établissant que je suis la seule responsable de mes actions.

 

« Ce soir Carol ne pourra pas venir. Elle est allée au Mexique, mais voulait vraiment venir à l’institut Omega afin d’utiliser ce séminaire comme une ‘chambre d’écho’ et expliquer où elle était allée pendant les dix années où elle est partie. Carol Tiggs ne voulait pas aller au Mexique car il aurait fallut utiliser un matériel de traduction très exact. Cependant, elle est y quand même allée pour raconter l’histoire de son expérience. Elle s’est montrée là-bas et n’est jamais revenue comme la Carol Tiggs que nous connaissions. C’est pourquoi nous travaillons tous à la ramener.

 

« Carol Tiggs a emmené les chacmools à Tula, pas la ville sale et moderne d’aujourd’hui, mais une ancienne version plus paisible, en les emmenant dans son rêve. Taisha fit la même chose avec vous hier soir, avec l’aide de Globus et Phoebus. Avant la nuit dernière, les chacmools ne savaient rien des êtres inorganiques de Taisha. Mais durant les conférences de Taisha, il y a toujours une sorte d’interférence, que ce soit un problème avec les lumières, le son, ou n’importe quoi d’autre. L’insecte qui est apparut sur la diapositive du flyer hier soir ne s’est pas envolé…il a disparut ! L’étrange insecte qui s’est confondu avec le flyer, comme s’il était en superposition, était Globus et Phoebus. 

 

« Pendant 30 ans, les disciples du vieux nagual sont restés dans l’isolement. Le seul qui parla était Carlos Castaneda. Carol Tiggs est revenue, ce qu’elle n’était pas supposée faire, car d’après la tradition, la règle dit que la femme nagual va avec le précédent groupe du nagual et reste de l’autre côté pour aider le nouveau groupe à traverser le vide. Mais Carol est revenue au lieu d’attendre pour les aider à traverser. Cela changea tout pour eux de façon dramatique. Les disciples du vieux nagual étaient à présent seuls dans le monde, et ils ouvrirent ce monde. La Tenségrité est le résultat de cette ouverture. 

 

« Il existe quelque chose de très difficile, c’est de laisser tomber l’ego. Pour cela, on a besoin de nerfs en acier. Don Juan donna à ses disciples une dernière légende. Il leur raconta que quelqu’un viendrait, quelqu’un qui n’aurait besoin d’aucune introduction, et qui viendrait de l’endroit le plus inattendu. Le groupe de Castaneda a déjà douze femmes et quatre hommes. Ils appellent cette personne ‘le guerrier électrique’. Don Juan dit aussi qu’elle (ils croient qu’il est fort probable que ce soit une femme) viendra à minuit moins une, quand toutes les lumières seront baissées, que les musiciens seront partis, et qu’il sera temps de mourir.

 

« Les sorciers croient que nous mourrons afin de vivre (contrairement au point de vue commun qui dit que nous vivons pour mourir). Beaucoup sont venus dans notre monde mais sont partis parce qu’ils ne pouvaient pas le supporter. Nous ne faisons pas de discrimination. Je viens d’entendre dire qu’une personne qui nous a quittés – qui imaginait être le guerrier électrique - est partie parce que nous ne lui accordions pas le ‘respect’ qu’elle estimait devoir recevoir. Cette personne est sur le point d’enseigner sa propre version de la Tenségrité. 

 

« Le théâtre fantôme est un aspect de la voie du guerrier. Le théâtre du réel est entré dans la lignée par le biais du nagual Julian, qui était acteur. Carol Tiggs, en mettant les chacmools dans une bulle (un rêve) et en nous emmenant dans une version paisible de Tula est un exemple du théâtre du réel. Florinda ouvre les portes avec force ; Taisha et Carol Tiggs nous emmènent vers d’autres mondes.

 

« Le théâtre fantôme déplace également le point d’assemblage du spectateur vers un autre endroit. Les éclaireurs le créèrent pour aider le groupe à « glisser à travers », et quitter le monde familier. Les éclaireurs écrivent et dirigent les scènes. Les scènes de l’éclaireur orange sont très paillardes, crues, irrévérencieuses et drôles, tandis que celles de l’éclaireur bleu sont sophistiquées et éthériques. L’éclaireur bleu, une grande actrice, écrit de superbes scènes pour Carol Tiggs, qui est aussi une bonne actrice.

 

« Deux hommes du groupe de Castaneda, connus comme deux des ‘éléments’, sont un célèbre metteur en scène et écrivain – Bruce Wagner – et un important agent d’Hollywood – Tracy Kramer. Ils sont avec les sorciers de cette lignée depuis le début, et sont connus comme étant des ‘êtres cycliques’, qui sont le ‘ici et le maintenant’. A cause de la force des éclaireurs, à chaque fois qu’ils présentent un spectacle, les gens qu’ils invitent sont profondément affectés. Les éclaireurs donnent aux chacmools des rôles mineurs dans leur théâtre.

 

« Le théâtre du réel est pour les traqueurs. Ils intentionnent les personnages de façon si réelle que cela en est presque effrayant. Même si les scènes ne sont jamais écrites pour offenser les spectateurs, elles sont écrites par des individus qui ont examiné notre ordre social depuis un point de vue énergétique.

 

« L’éclaireur bleu a écrit une scène avec moi, où je joue la mère d’un bébé qui croit que son enfant est une fille. Dans cette scène particulière, je donne naissance à un énorme enfant grotesque, joué par l’éclaireur orange. L’éclaireur orange portait une combinaison, une couche, semblait ne pas avoir de dents et roula sur le sol. J’ai été si effrayé par l’apparence de l’éclaireur que j’ai crié.

 

Les deux protagonistes ont une conversation durant laquelle la couche du bébé est sale. Je l’enlève et découvre un énorme pénis que l’éclaireur orange avait fabriqué, poilu et faisant environ 50 cm. Je devais m’agenouiller et embrasser le pénis et, comme il était écrit dans le script, les acteurs devaient adorer le nouveau-né mâle. 

 

« Une autre scène que Castaneda aimait beaucoup avait pour titre ‘Gordito, Gordito’. C’était l’histoire d’un jeune homme, joué par l’éclaireur orange, qui pour la scène s’habilla d’un rembourrage qui la faisait paraître incroyablement grosse. Gordito va dans une clinique pour perdre du poids. Le docteur lui dit : ‘Nous savons comment faire perdre du poids à un homme. Nous allons vous mettre dans une pièce avec une guérisseuse qui va vous aider’.

 

Il s’avère que c’est une nymphe, complètement nue, jouée par une des autres chacmools. L’éclaireur orange courre après elle et le marché est que s’il parvient à l’attraper, il peut la sauter. Mais la nymphe s’échappe et disparaît.

« Un Gordito en colère revient à la clinique, fait une consultation de routine avec le docteur et, cette fois, lorsqu’il s’assoit dans la salle d’examen, arrivent deux nymphes nues. Il n’en attrape pas une seule.

 

Alors il retourne voir le docteur et demande que cette fois, soit il perd du poids soit il peut sauter les nymphes. Le docteur dit : ‘Nous avons justement ce qu’il vous faut’. Tandis qu’il attend tout seul dans la pièce, arrive un homosexuel suédois (Kylie) avec un énorme pénis. Il commence à courir après Gordito et lui dit : ‘Si je t’attrape, je te saute’. Sur quoi Gordito réussit finalement à perdre du poids. »

 

Kylie affirma qu’elle n’avait pas réussi à bien jouer son rôle dans cette parodie, et c’était à cette époque que ses cheveux avaient été coupés court.

 

« Je ne voulais pas jouer ce rôle, mais je suivrais l’éclaireur orange et le reste du groupe jusqu’au bout et au-delà. L’éclaireur orange m’a même surnommé ‘Otto’, et m’a fait porter une moustache, un chapeau, et m’a fait danser le tango avec elle. Quiconque viendra au séminaire de six jours pourra sentir l’odeur de son tango.

 

« L’éclaireur orange fait des duels de tango avec ‘Al Cerutti’ (Carol Tiggs), qui est représentant en assurances. Vous ne croiriez pas que c’est Carol Tiggs. Ils ont intentionné cette créature irritante avec tant de force que nous avons dû les payer 175$ pour les faire partir. Les éclaireurs ne font rien à moins qu’on ne les paye, disant que c’est dans la nature de l’univers (bien que la somme ne soit pas importante – plusieurs dollars ou un centime). Tous les acteurs jouent depuis leur silence intérieur. Les autres chacmools sont de grandes actrices, et Carol Tiggs est une grande cabotine. »

 

Notes de Corey Donovan



Publié à 12:29 le 9 mai 2007 dans Omega Institut
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Session QR Chacmools-Omega

Session de questions réponses avec les chacmools – Omega Institut - Mai 1995

 

En réponse à la première question, Kylie expliqua que les chacmools ne voyaient pas encore comme la description qu’en faisant les livres. Les éclaireurs étaient retournées dans le monde des êtres inorganiques et étaient allées au-delà. « Ce sont des navigatrices ‘entre les mondes’ ».

 

Une femme demanda : « Pourquoi faites-vous ce qu’elles vous commandent de faire (les éclaireurs) ? » Kylie dit que le terme qu’elles utilisaient été ‘faire un chèque en blanc’. « Elles ne nous commandent pas, nous faisons ce qu’elles nous demandent par pure affection et pour le plaisir. »

 

Un homme demanda si les chacmools savaient d’où venaient les éclaireurs. Cette question sembla embarrasser les chacmools, alors Florinda arriva pour répondre, suivie par Taisha. Florinda dit : « D’une certaine façon, les éclaireurs sont toutes les deux notre ‘ phare’. Elles agissent sans aucun ego ; même lorsqu’elles semblent se battre entre elles, c’est pour nous un grand plaisir, car les éclaireurs savent qu’elles ne peuvent pas vivre l’une sans l’autre. Le groupe pense qu’elles ont une énergie qui vient ‘d’au-delà’. Nous ne savons pas qui sont les pères des éclaireurs. » (A Mexico, Florinda avait plaisanté sur le fait que dans le cas de sa fille, le père était un indien obèse d’Oaxaca.)

 

Un homme posa une question astrologique sur le calendrier maya et le rôle du groupe de Castaneda dans ‘l’évolution planétaire’. Taisha répondit : « Nous ne pensons pas qu’il y ait une corrélation entre ce que nous faisons et la cosmologie planétaire. L’énergie ou le pouvoir que nous approchons est au-delà de ça, d’après mon opinion. Notre discipline est plus vaste que le point de vue ordinaire sur la terre et les interprétations humaines. Par exemple, l’endroit d’où viennent les éclaireurs va au-delà de l’imagination humaine, comme des endroits qui ont deux ou trois soleils rotatifs. La seule réponse pour nous est que ce qui arrive dans notre monde maintenant est dû au retour de Carol Tiggs. »

 

Une femme posa une question sur le défieur de la mort et Carol Tiggs. Florinda répondit que le défieur de la mort ‘chevauchait’ Carol Tiggs. « A un certain niveau, elle est Carol Tiggs. En fait, après l’expérience du Mexique, nous ne savons pas si elle est encore la Carol Tiggs que nous avons toujours connue. Nous essayons de la ramener en rêve, ce qui est très difficile quand nous devons être au même moment pleinement dans ce monde, donnant un séminaire durant quatre jours. »

 

Ensuite, Florinda mentionna le fait que l’éclaireur orange l’avait appelé dans la matinée. « C’est une grosse erreur de m’appeler avant midi. » Puis, quelqu’un avait frappé à sa porte à 8h. L’éclaireur orange voulait ‘parler à maman’. Mais Florinda était complètement enragée. Selon les termes de Florinda : « Rien n’est plus glacé que le sein d’une sorcière. » Elle conclut : « Notre seul moyen d’atteindre Castaneda et Carol Tiggs maintenant est à travers le rêve. »

 

Un homme posa une question sur la différence entre l’intention et la conscience. Taisha répondit : « La conscience est l’énergie qui nous permet de percevoir. Cela semble être complètement impersonnel, mais c’est personnel. L’énergie qui maintient les filaments ensemble est l’intention. C’est une connexion abstraite qui semble être personnelle. Le contrôle qu’a un guerrier est avec ses actions ; s’il les engage avec abandon mais contrôle, alors son lien est pur et fort. Don Juan l’appelait ‘le sélecteur’, sélectionnant les filaments qui vont passer à travers le point d’assemblage. Cela dépend de la quantité d’énergie – plus vous en avez, plus le sélecteur peut faire passer de choses extraordinaires à travers. Par exemple, l’intention peut utiliser l’énergie stellaire des étoiles mortes. Vous pouvez intentionner n’importe quoi, avec intégrité, vide et impeccabilité. »

 

Peu après, Florinda expliqua que l’intention sur le plan de la terre est aussi ce que nous faisons dans la vie de tous les jours. C’est juste que les sorciers intentionnent une intention différente.

 

Un homme demanda combien de temps cela prenait de se rappeler les expériences de la seconde attention. Florinda blagua : « Pas aussi longtemps que pour Carlos. » Elle dit qu’en tant qu’allemande, elle était très focalisée sur le temps. Ce même jour, alors que Fabrizio les avait conduit à un magasin d’antiquités, elle avait insisté pour qu’ils soient de retour à trois heures, sachant que si elle ne le faisait pas, ils y seraient encore. Quand ils revinrent à la voiture, il était trois heures moins une.

 

Une femme posa une question sur la récapitulation. Florinda dit que c’était une question pour les chacmools, qui en étaient à leur cinquième récapitulation. Nyei et Kylie regardèrent toutes les deux Renata, qui dit : « Je devine que je suis nominée. »

 

Renata répondit : « Après avoir fait une liste et trouver un endroit privé où construire la discipline requise pour la récapitulation, vous prenez la personne la plus récente de la liste et vous choisissez une scène dans laquelle vous avez eu une interaction avec cette personne. Vous recréez entièrement la scène, en respirant tout ce qui s’y trouve. C’est une inspiration et une expiration. Il est utile de faire d’abord les vieilles relations sexuelles, parce que les récapituler libère beaucoup d’énergie. Recréez toute la scène de toutes les interactions que vous avez eues avec cette personne. Une fois que vous avez complété la liste entière de récapitulation, vous devez recommencer avec toutes les interactions que vous avez eu durant la période où vous avez commencé à récapituler. »

 

Nyei ajouta que la récapitulation était un art découvert et amélioré par les anciens sorciers. « Voir des formations d’énergie dénuées d’interprétation permettait aux sorciers de ‘voir’ une force qui était comme une masse, donnant naissance à tous les êtres. Ils virent aussi que cette masse de conscience était rehaussée au cours de la vie. Ensuite ils virent que la vie était prise alors que seule la conscience le devrait. La force qui reprenait la vie et la conscience n’est pas capable de séparer la force de vie de la conscience. Alors les sorciers découvrirent que l’Aigle pouvait se satisfaire d’un fac-simile de conscience. En faisant cela, les sorciers passent à travers le trou d’une aiguille vers la liberté. »

 

Les chacmools affirmèrent qu’en récapitulant, elles avaient découvert que leur point de vue sur la vie avait radicalement changé. Elles dirent que la proposition de faire une récapitulation effectuée graduellement devait être suivie, particulièrement pour la première récapitulation, car cela affûtait grandement notre capacité à se souvenir aussi bien que notre capacité à élargir notre conscience.

 

« Récapituler, c’est récupérer notre énergie et rendre les énergies qui nous sont étrangères. Cela déplace aussi doucement le point d’assemblage, suffisamment pour lui donner de la fluidité. Cela vide également les êtres humains des choses qui les empêchent d’être lumineux et de flotter. Nous pouvons gagner beaucoup de conscience à travers la vie, mais sans la récapitulation, nous ne pourrons pas passer furtivement à côté de la maison construite sur mesure par la mort avec la conscience que nous possédons. Pour chaque personne de votre liste, commencez avec vos dernières interactions et ensuite remontez jusqu’à vos premières interactions. Puis rayez cette personne de votre liste et passez à la suivante. »

 

Ensuite, Florinda raconta qu’elle avait grandi au Venezuela, où les ponts lui avaient fait une forte impression. Un jour, alors qu’ils étaient en train de regarder la rivière en contrebas, et qu’elle avait cette vue depuis le pont, cela lui inspira une nouvelle récapitulation de souvenirs.

 

Taisha raconta que, de la même façon, elle avait vu une piscine gonflable dans le jardin de quelqu’un pendant qu’elles conduisaient en voiture et cela l’avait amené à une remémoration totale d’un souvenir passé. Elles nous suggérèrent de respirer aussi ce genre de souvenirs lorsqu’ils nous revenaient soudainement. Florinda suggéra que nous pouvions aussi utiliser les vieilles photos de nous (avant de les jeter) pour récapituler, car elles contiennent beaucoup de souvenirs.

 

Kylie suggéra que la musique et les chansons populaires pouvaient aussi être utilisées. Cependant, Florinda nous conseilla de prendre quelques mois pour faire une liste très systématique de nos interactions avant de nous servir de ce genre de piste pour nous aider à récapituler, cela nous aiderait à acquérir la discipline nécessaire. Elle déclara que sa première récapitulation l’avait aidée à comprendre Heidegger, et même à le lire en allemand, bien que son habileté à lire en allemand soit normalement assez mauvaise. La récapitulation avait ouvert des synapses élargissant ses capacités mentales. 

 

Une femme posa une question sur les règles. Florinda répondit : « C’est merveilleux ! (rires). Les guerriers yaquis avaient huit femmes ayant leurs règles pour prendre les décisions durant la guerre. Vous devriez employer vos règles, de façon hormonale et énergétique, pour voir comment toute votre perception change. Les femmes qui ont leurs règles rêvent plus facilement. Précisément parce qu’elles ont des utérus, elles peuvent entrer plus facilement dans la seconde attention. »

 

Une femme posa une longue question sur la prédominance des femmes dans le clan de Castaneda, sur leurs efforts pour récupérer Carol Tiggs, et sur l’intention. Taisha répondit : « L’écharpe de Carol Tiggs est ici (Taisha était en train de la porter), car cela nous relie à elle, et son intention est ici. » Elle indiqua également que la conférence de ce soir, tournant autour des éclaireurs, de Carol Tiggs et des Eléments (Bruce Wagner et Tracy Kramer), qui sont aussi dans le domaine de Carol Tiggs, tout cela faisait partie de l’intention de Carol Tiggs. La raison pour laquelle il n’y a que des femmes sur scène a à voir avec le fait que la partie brillante du point d’assemblage est tournée vers l’intérieur chez les femmes. »

 

Elles ne se sentaient pas vraiment concernées par changer l’orientation de ce point d’assemblage, sauf Taisha, qui avait fait tourner son point d’assemblage lorsqu’elle traquait son rôle de Ricky. Les hommes qui ont gravité autour d’eux ont souvent le point d’assemblage qui est tellement fixé qu’il ne peut pas se déplacer.

 

« Pour venir avec nous, il semble que cela demande de la fluidité et de l’énergie femelle. » Florinda intervint à ce moment là en disant qu’une fois que les hommes décident de changer pour suivre la voie des sorciers, ils tendent à être plus persistants que les femmes. Elle affirma : « Don Juan, qui était originaire de Yuma en Arizona, parlait très bien l’anglais et employait l’horrible expression de ‘ chattes cinglées’ pour se référer aux femmes. Mais c’est vrai, et c’est le fondement de leurs grandes capacités. Les hommes sont habituellement les guides parce que l’énergie masculine apporte la sobriété nécessaire pour donner du sens à leurs navigations. L’intention de Carol Tiggs était de revenir, et cette intention devait existée depuis longtemps. Don Juan savait que nous nous retrouverions dans les circonstances actuelles, et il nous a intensément entraînés à une grande variété de techniques parce qu’il savait que nous en aurions besoin. »

 

Taisha répondit à une question sur Carol Tiggs et le défieur de la mort en disant que la fusion de Carol Tiggs avec le défieur de la mort était expliquée dans L’Art de Rêver, et était due au don d’énergie du nagual que Castaneda fit au défieur de la mort.

 

« Mais même maintenant quelque chose a changé. Nous ne savons pas avec exactitude s’il y a encore une Carol Tiggs. A chaque fois qu’elle nous emmène en rêve dans la vieille Tula, elle change. Durant ce récent voyage au Mexique, elle a encore plus changé. Elle est en transition – re-rêvant ou réorganisant des formations énergétiques en quelque chose d’autre, nous ne savons pas encore quoi. Castaneda et Carol Tiggs ont toujours eu la même énergie, comme le disait don Juan, mais le défieur de la mort provoqua une espèce de fusion totale de cette énergie. »

 

Un homme demanda à Florinda comment elle avait manipulé son énergie pour avoir l’éclaireur orange. Florinda répondit : « De la même façon que nous le faisons dans ce monde. L’éclaireur orange était en moi énergétiquement. Le processus fut surtout dirigé par le vieux nagual, bien qu’il n’ait pas été là à cette époque. »

 

En réponse à une question à propos du fait que Castaneda avait eu un fils, et sur l’impact des enfants sur nos tranchants, et sur le fait que d’avoir des enfants provoquait des trous dans l’oeuf lumineux, Florinda déclara qu’un enfant, particulièrement le premier, prenait le tranchant. « Cela rend les choses plus difficiles, mais pas impossibles. Castaneda n’a jamais eu de fils. Il dut élever un garçon, mais cet enfant lui fut retiré lorsqu’il avait six ans. Et Castaneda contribua grandement en terme énergétique à la naissance de l’éclaireur bleu. »

 

En réponse à une question sur les petits tyrans, Florinda dit : « Ils nous aident. Un petit tyran vous force à changer. C’est comme écrire un chèque en blanc. Le fait de se défendre et de juger devrait nous faire nous interroger sur la raison pour laquelle nous nous battons sans arrêt sans aucune raison. » Florinda expliqua qu’elle était agressive : « Je veux toujours avoir raison et me battre sans aucune raison. Mes parents et mes frères me parlaient toujours avec brutalité et agressivité, et je devais parler encore plus fort. »

 

Taisha ajouta qu’une fois que l’on avait un certain niveau d’énergie, ces choses ne nous faisaient plus réagir. « Cette énergie vous donne un ‘manteau de confiance’ pour gérer ces situations d’une manière différente. Au fur et à mesure que l’énergie s’élève, il y a d’autres choses qui vous agacent, et qui vous donnent de nouveaux défis. Ne les réprimer pas, ne les renier pas, ça ne marche pas. Utilisez de nouveaux filaments dans votre œuf lumineux si vous en avez l’énergie, et utilisez votre intention. »

 

Kylie intervint pour dire : « Ces créatures (en indiquant Florinda et Taisha) sont très loin du niveau où nous nous trouvons. Durant la transition entre là où nous sommes et leur niveau, on se voit encore réagir mais on ne pas l’empêcher. C’est là qu’intervient l’implacabilité. On doit persister. Aucune d’entre nous ne sait comment persister ou persévérer à ce point, nous devons juste continuer. Lorsque vos boutons sont poussés, observez où est-ce que ça se passe en vous. Les sorciers peuvent voir que se battre est une manœuvre inutile – ce sont juste deux taches de lumière qui se cognent l’une l’autre. Au début, vous devez vous forcer à être sans pitié avec vous-même, mais ensuite quelque chose commence à vous guider si votre décision est définitive. »

 

Une femme posa une question sur la folie contrôlée. Taisha expliqua : « C’est comme un jeu. La folie contrôlée est une voie que les sorciers utilisent pour voir le monde. C’est un stratagème. L’univers est un mystère complet que nous ne démêlerons jamais, et nous n’avons aucun contrôle sur notre destinée. Les sorciers utilisent cela pour filtrer de manière différente notre façon habituelle de voir les choses. Ils savent  que notre manque de contrôle sur notre destin signifie qu’il n’y aura pas de récompense d’aucune sorte, alors leurs actions ne sont pas des ‘investissements’. Les sorciers appellent cela ‘folie’ car ce que nous faisons est dans l’absolu insensé. Mais il y a ‘contrôle’ car vous pouvez faire du mieux que vous pouvez – c’est votre contrôle. Cette approche nous aide à rester détaché. Si vous agissez depuis le point de vue de la folie contrôlée, vous donnerez tout ce que vous avez et puis vous continuerez, sans attaches. Cela signifie être détacher du bénéfice et des attentes à propos des possibles résultats de vos actions. »

 

Florinda ajouta : « Si nous prenons au sérieux la prémisse que nous allons mourir, alors rien ne peut nous toucher. Il y a quelques mois, durant un séminaire au Mexique, il y avait une femme portant un masque chirurgical. Elle venait de subir une opération où on lui avait transplanté un nouveau rein, et avait une énergie extrêmement faible. Nous avons vu une tache sombre sur elle, ce qui est un signe d’entrave mortelle. Son frère nous dit plus tard que son corps avait rejeté la greffe. En peu de temps, elle était de retour à l’hôpital, mourante, et avait littéralement abandonné – elle apprit finalement qu’elle allait mourir. Cela produisit un changement. Lorsque nous l’avons vu à nouveau à Mexico, la semaine dernière, elle semblait être en pleine forme. Son cancer de l’estomac avait disparut et son nouveau rein est en train de pousser. »

 

Florinda déclara que la vieille Florinda avait l’habitude de lui dire : « Si tu me frappes, c’est une question d’ego. Si je te frappe, c’est de la folie contrôlée, parce que pour moi, ça n’a aucune importance. »

 

Florinda cita également une phrase tirée d’un poème que Castaneda aimait apparemment beaucoup : « Nous nous noyons dans une tasses de thé. »

 

Un homme demanda s’il y avait un moyen d’empêcher notre énergie de se dissiper dans les interactions courantes. Taisha conseilla juste de récapituler avec régularité.

 

Une femme demanda comment les chacmools étaient entrées dans le monde des sorciers.

 

Kylie répondit que Florinda était tombé malade en mangeant du chocolat en Norvège et qu’elle avait été complètement interloquée par elle. « Pour moi, Florinda était comme un elfe de la forêt allemande. Alors que j’écoutais Florinda parler, je reconnus quelque chose que j’avais toujours espéré être vrai, qu’il puisse exister un être vraiment authentique. Cela me tira. Florinda s’effondra dans mes bras, et Castaneda dit que c’est le moment où je suis devenue sa gardienne. Florinda est repartit, mais je l’ai suivie jusqu’à Los Angeles, sans même prendre la peine de faire mes valises. »

 

Nyei déclara que son introduction dans le groupe était une histoire en trois parties. « Je fus présentée à eux deux fois. Je suis allée à une conférence de Florinda, mais j’étais en retard, et les autres me dirent que j’avais failli la rater. J’ai alors réalisé que j’aurais du être là bien plus tôt (elle avait eu une première opportunité de leur être présentée), mais je me perdais à essayer de devenir une poète de géni, et j’avais grillé cette première occasion. Par grande chance, j’ai trouvé Florinda. Puis Taisha et Kylie sont venues me dérober à la maison de mes parents. Florinda m’avait invité à une classe de Tenségrité. J’ai senti immédiatement un changement énergétique à un certain niveau. Taisha et Kylie sont venues m’aider à ‘déménager quelques trucs’, et avant que je ne m’en aperçoives, j’étais dehors de chez mes parents et j’allais avec elles – elles ne venaient pas seulement déménager les meubles, elles m’emmenaient. Une fois arrivées, elles m’ont complètement ignoré et m’ont dit de récapituler. »

 

Renata dit qu’elle aimerait avoir une aussi noble histoire que celle de Kylie. Elle dit que lorsque Carol Tiggs était revenue, Castaneda l’avait découverte dans une librairie à Los Angeles. «Par un coup du sort, j’étais assise à côté d’elle. Ils avaient pris les noms de tout le monde à la conférence, et c’est ainsi que j’ai été appelé quand Castaneda a commencé la Tenségrité, et ce fut mon ascension dans leur monde. » (Les autres, détectant apparemment que le mot ‘ascension’ était autosuffisant, lui conseillèrent rapidement de plutôt dire ‘descente’.)

 

Une femme demanda aux chacmools combien de temps cela avait pris après qu’elles aient commencé la Tenségrité pour que leur conscience commence à s’élever. Kylie déclara : « Cela prit le temps qu’il faut pour ne plus chercher à obtenir de résultats. Carol Tiggs dit toujours ‘arrêtes d’attendre le gros lot’. Si vous attendez des résultats vous n’allez nulle part, vous restez en arrière. Donc je ne sais pas vraiment quand le changement est survenu. »

 

Florinda commenta qu’elle savait quel avait été le moment où le changement avait eut lieu dans le travail de Nyei.

 

« Lorsque le point d’assemblage commence à se déplacer au cours de la récapitulation, vous êtes à nouveau à l’endroit précédent (à l’endroit du souvenir récapitulé). Lorsque vous retournez sur cette position, vous ne jugez plus et n’êtes plus psychologique à ce propos. Vous utilisez le point d'assemblage pour vous remettre dans cette position et le changement du point d'assemblage est toujours très léger. »

 

Un homme posa une question sur le nagual Lujan, et sur la différence entre les quatre lignes de passes qu’ils avaient apprises. Quelqu’un (mes notes n’indiquent pas qui, mais je pense que c’était Taisha) répondit indirectement qu’un rêveur utilisait les éléments du rêve pour se propulser, tandis qu’un traqueur utilisait les éléments de la vie quotidienne.

 

Un homme demanda : « Quelle est la règle pour le nagual à trois branches ? » Florinda répondit sur un ton dramatique mais en plaisantant : « Il n’y a pas de règles ! »

 

En réponse à une question sur la contemplation, Taisha dit qu’il y avait différentes façons de contempler, incluant jeter des coups d’œil rapides menant à une sur stimulation.  « Le gravier est très bien pour la contemplation, ou les objets brillants qui retiennent notre attention. Notre focalisation se disperse alors naturellement, et nous perdons notre préjugé de voir le monde comme fait d’objets. »

 

Un homme demanda quelle était la différence entre l’intention de la Tenségrité et les arts martiaux. Taisha répondit : « L’intention de la Tenségrité est de déplacer le point d’assemblage, de rappeler à nous le corps d’énergie, et de nous rendre immangeable pour les flyers tandis que notre conscience s’accroît.

 

L’intention des arts martiaux dépend de quel art martial nous parlons. Ils peuvent avoir une intention d’autodéfense ou de combat. Les pratiques des arts martiaux commencèrent comme des techniques de méditation mais furent rapidement transformées en pratiques martiales.

Puisque leurs intentions sont très différentes, il est important de ne pas mélanger les deux. »

 

Un femme demanda : « Quand vous récapitulez et perdez votre personnalité, ou lorsque vous rêvez, est-ce que votre corps change à un niveau cellulaire, et est-il alors plus difficile de revenir ? Et à quel stade de rêver en sont les chacmools ? »

 

Taisha répondit : « Lorsque vous êtes dans d’autres royaumes, vous y allez avec votre être complet. Vous devez revenir. Notre terrain de chasse est ce monde. Plus nous avons de travail à faire, plus nous avons de chance de nous affiner en tant que sorciers. Nous ne pouvons pas simplement nous retirer de tout. Lorsque vous changez, votre intention est d’élever votre niveau de conscience. Mais cela doit arriver ici, dans ce monde. »

 

En réponse à une question à propos de leur travail, Florinda déclara : « Mon activité actuelle est traductrice, j’écris aussi sur la sorcellerie, le féminisme et la phénoménologie, et je prends soin des chacmools et de l’éclaireur orange. Les chacmools travaillent à Toltec Artists. »

 

Taisha dit qu’elle avait une autre personnalité qui était une professionnelle travaillant dans la comptabilité, les placements financiers et qui s’occupait de payer les factures. « Cela me prit des années d’entraînement pour en arriver là. Lorsque je suis revenue à Los Angeles, cette personnalité a du se remuer pour abattre un grosse quantité de travail. Je fais aussi le ménage et la cuisine. » Florinda sauta de sa chaise pour dire : « Taisha ne fait pas le ménage ! » Taisha continua, déclarant : « Chacun d’entre nous fait des choses mondaines, mais nous les transformons en pur plaisir. »

 

Un homme demanda si elles prêtaient attention aux phases de la lune. D’après leur regard, on put deviner que non. Florinda dit : « Quand c’est la pleine lune, les chacmools et moi nous tenons debout avec les mains sur les reins et appelons l’intention. »

 

Une femme demanda si certaines d’entre elles avaient une relation de couple quand elles étaient entrées dans le monde des sorciers, et si oui, est-ce que leur relation avait survécu (rires). Florinda répondit : « Comment serait-ce possible ? Nous sommes vraiment des êtres solitaires. Et non, nous n’avons pas de relations avec Carlos. »Elle dit qu’ils allaient tous ensemble au cinéma et que leurs interactions étaient assez mondaines. « Nous ne restons pas assis, nous demandant l'un à l'autre quel processus nous avons éprouvé. »

 

Un homme posa une question sur le rôle académique dans leur monde. Florinda répondit : « Castaneda pense que c’est seulement en entraînant l’esprit jusqu’à ses limites que nous pouvons donner du sens au monde. Le côté académique joue un rôle important pour nous, simplement parce que c’est l’humeur de Castaneda. »

 

Taisha et Florinda déclarèrent être très intéressées par la phénoménologie. Seule Florinda était intéressée par le féminisme. « Pour vraiment être dans le monde, on peut utiliser les professeurs comme des petits tyrans », suggéra Florinda. Elle dit aussi qu’elle et Taisha écrivaient généralement deux fois leurs exposés : « un pour nous et un pour le professeur. »

 

Un homme posa une question sur la signification de la couverture de la première cassette de Tenségrité. Florinda dit : « Je pense que c’est évident, trois œufs avec des trucs autour ! »

 

Quelqu’un demanda à Florinda si elle portait vraiment des vêtements ou non. Elle répondit : « J’ai pensé à pratiquer la pure robe d’énergie avec vous, mais on a besoin de sandales pour ça, et je n’en ai pas apportées. Vous ne pouvez pas le faire en portant des chaussettes. » Florinda dit aussi à un moment qu’elle et Taisha avaient des appartements contigus. 

 

En réponse à une question sur le temps, Florinda déclara que la dernière fois qu’elle et Taisha étaient parties ‘en rêve’ ensemble, elles étaient en train de parler à Castaneda dans son salon. Alors que Castaneda était en train de leur parler, il les vit disparaître. « Il a attendu notre retour pendant neuf jours. Nous pensions n’être parties que trois jours. Il nous a dit que si nous n’étions pas revenues le neuvième jour, il serait parti ‘en rêve’ pour nous retrouver. » Elles étaient parties faire du shopping pendant neuf jours. Florinda déclara que c’était un enfer.

 

Taisha dit : « J’ai adoré. » Elle ajouta : « Pour maintenir la position de rêve du centre commercial, nous devions faire tous les petits mouvements liés au shopping et vérifier tous les articles encore et encore, comme ‘Ricky’ (un de ses rôles de traque) le faisait, lorsqu’il devait être odieux, tordant et mâchant les courroies des sacs à main et tirant sur tout. Pour maintenir le centre commercial, je pouvais facilement passer des heures à reluquer les cosmétiques et d'autres petites choses pour prolonger notre séjour. »

 

Lorsque quelqu’un leur demanda comment elles avaient fait pour payer leurs articles, Taisha répondit : « Avec la carte de crédit universelle ! »

 

Taisha expliqua : « lorsqu’on se réveille dans un rêve et que l’on sent que l’on est éveillé, l’accroche est de tout faire pour éviter de se réveiller en dehors du rêve. Vous faites tout ce qui est pertinent de faire dans l’endroit de rêve où vous vous trouvez pour prolonger le rêve. » Florinda dit alors qu’elle plaisantait sur le fait d’avoir détester l’expérience du shopping. Elle déclara : « Aller n’importe où avec Taisha est un immense plaisir. »

 

En réponse à une question sur le fait que les passes de la Tenségrité bougeaient le point d’assemblage, Nyei dit que pour les chacmools, le point d’assemblage s’était relâché et était allé au centre de leurs corps physiques en pratiquant la Tenségrité. « Avant que l’éclaireur bleu nous montre que cette possibilité (amener le point d’assemblage dans le corps physique d’une manière harmonieuse), les anciens sorciers avaient l’habitude de le forcer à aller vers l’intérieur, ce qui créait systématiquement un sillon. »

 

Florinda expliqua que le point d’assemblage des bébés était à l’intérieur du corps physique, mais que lorsqu’ils devenaient socialisés, celui-ci se déplaçait en dehors de leur corps physique vers l’arrière de l’œuf lumineux. 

 

Une femme posa une question sur l’effet d’un avortement ou d’une fausse couche sur l’œuf lumineux. Elles répondirent que cela faisait un trou qui se cicatrisait, mais qui laissait une cicatrice. 

 

Kylie essaya de conclure en faisant un démenti à propos de Castaneda et la Tenségrité. Elle dit : « Peu importe ce que d’autres peuvent proposer comme ‘séminaires de Tenségrité’, ils n’ont jamais travaillé avec Castaneda ou d’autres membres de son groupe. Comme c’est le cas avec le livre de Victor Sanchez, il est dément de penser qu’ils peuvent prendre le travail de Castaneda et en donner une meilleure interprétation. »

 

Quand quelqu’un demanda si cela voulait dire que Castaneda n’avait jamais donné d’interview à Victor Sanchez, elle répondit : « Non, Castaneda ne l’a jamais rencontré. » Elle insista sur le fait que personne n’était autorisé à enseigner la Tenségrité mis à part les chacmools.

 

A une question sur le fait de se réunir ensemble en groupes de pratique pour comparer nos notes sur les passes de Tenségrité, elles dirent que cela pourrait être très utile.

 

A une dernière question concernant la première fois où la Tenségrité était devenue publique, elles dirent que le premier séminaire s’était déroulé au Rim Institut deux ans auparavant. Puis il y en avait eu un la même année à Hawaï, puis aucun jusqu’à celui d’Esalen. « Et cette année, nous avons fait des séminaires à Mexico, à Los Angeles, à boulder, à Hawaï, en Argentine et à nouveau à Mexico. »

 

Notes de Corey Donovan



Publié à 12:13 le 9 mai 2007 dans Omega Institut
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Carol Tiggs à Tula

                

Carol Tiggs à Tula

(1995)

 

        Je vais vous révéler des choses dont personne n’a eu connaissance, il est donc très important que vous écoutiez attentivement. Ce n’est pas le moment d’utiliser votre esprit linéaire. Utilisez-le plutôt pour vos discussions académiques. J’ai déjà eu mon master, et à présent je poursuis mes études en logique symbolique. J’utilise toutes mes ressources de pensée ; l’induction, la déduction, et l’abduction, pour mes études académiques. Je suis la plus appliquée des étudiantes de 10h à 16h, mais lorsque je rentre chez moi à 17h, je ne suis plus Muni Alexander mais Carolina Aranha. Je ne suis plus linéaire. Vos plus gros efforts de pensée linéaire devraient s’appliquer à la recherche académique. Pas ici, à Tula. Mon monde n’est pas un monde linéaire. Ceci étant dit, allons-y !

 

        Je voudrais dire un mot à propos des êtres cycliques. Les êtres cycliques, pour les anciens sorciers, pour le vieux nagual, et pour nous, n’ont rien à voir avec la réincarnation. Cela signifie que des êtres humains arrivent suspendus ensemble par des courants d’énergie homogène. Pensez à un rideau fait de perles. Chaque corde est individuelle, et chaque perle est encore plus individuelle, encore qu’elles soient tenues ensemble par la même force, la même corde. Les perles d’une même corde étaient appelées cycliques par les anciens sorciers de la lignée du vieux nagual.

 

        J’ai eu la chance, ou la malchance, d’être une perle appartenant à la même corde qui contenait une étrange créature, que nous connaissons comme le défieur de la mort. Ce ne fut pas bizarre pour le défieur de la mort et Carol Tiggs d’avoir un accord transcendantal, de même qu’il n’est pas bizarre que Lorenzo et Julius aient une totale affinité pour les deux autres éléments qui ont disparut. Rien ne pourrait être plus absurde, mais rien ne pourrait être plus simple.

 

        Renata est ma fille adoptive, ma responsabilité. Je ne la cajole pas comme je le voudrais parce que j’ai déjà une fille naturelle très possessive qui observe tous mes faits et gestes. Mais ça ne veut rien dire. Je suis responsable de cette créature (elle touche et embrasse Renata). En dehors du fait que j’en suis responsable, cet être est aussi ma gardienne, ma chacmool. Elle me garde dans cette pièce.

        Le mystère ici n’est pas de savoir comment je peux être cyclique avec le défieur de la mort, mais comment je peux rester sensé et vous parler maintenant.

 

Plaçant son doigt sous le nez de la statue et prenant la même expression que celle-ci, elle s’adresse au groupe : Ne restons pas ici. Allons voir mon chacmool cyclique.

 

A l’église, dans la petite chapelle de gauche

 

        C’est ici que le défieur de la mort a passé un accord avec Carol Tiggs. Je vais vous raconter aussi exactement que possible ce qui s’est déroulé ici.

 

        Le défieur de la mort dit à Carol Tiggs avec la voix la plus grinçante qui soit : « Je t’observe depuis longtemps Carol Tiggs. » Elle aimait lorsque les gens utilisaient son nom entier ; cela faisait respectueux, même si la voix grinçante de la créature était plus que troublante. Cela faisait viril. Carol Tiggs pensait qu’il n’y avait pour elle aucun moyen de s’assurer que le défieur de la mort était bien une femme. La créature sembla deviner ce que Carol était en train de penser et lui dit : « Il n’y a plus rien de mâle en moi. Mon point d’assemblage est complètement retourné. En tant que femme tu ne peux pas le voir, mais tu peux certainement sentir mon point d’assemblage ou ma chatte. »

 

        Carol Tiggs, bouche bée, devint plus nerveuse que jamais. Soudain, le défieur de la mort attrapa la main de Carol Tiggs et la coinça sous sa jupe. La créature portait une longue robe sans sous-vêtements. Sa chatte était brûlante et mouillée, et un peu collante. La chatte de la créature n’avait aucune odeur. Cela donnait la sensation d’un vortex humide aspirant Carol.

 

        Alors le défieur de la mort lui dit : « Pourquoi ne places-tu pas ma main là ? » en indiquant l’entrejambe de Carol. A ce moment, Carol ria comme une idiote. La femme plongea vers sa jupe, ses collants et sa culotte, et planta son doigt dans la chatte de Carol. Le plus horrible fut que Carol aima vraiment ça. La femme avait un très gros doigt qui semblait grossir à l’intérieur - c’est si terrible et embarrassant que je dois le raconter à la troisième personne. La femme lui fit l’amour, dans cette chapelle, et Carol Tiggs eut un énorme orgasme. Elle était pantelante et haletante.

 

        Avec des yeux brillants, Carol Tiggs se tourna vers la voix qui était en train de roucouler à son oreille. La voix lui demanda : « Ne vas-tu pas me le faire aussi maintenant ? » Carol Tiggs était étendue entre les bancs, à moitié nue. Et elle le fit.

 

        Le défieur de la mort lui dit : « Ne sois pas pudique, et ne juge pas. Les femmes ont une énorme charge d’énergie dans leur utérus et le seul moyen de l’ouvrir à l’inconnu est par l’explosion de leur orgasme. Cela les affecte et elles peuvent aussi affecter les autres avec. Maintenant, es-tu prête pour notre marché ? »

 

        Carol Tiggs était plus morte que vivante. Elle ne savait pas quoi faire. Elle se sentait usée, sale. Elle pensait que tout le monde l’avait vu dans l’église et elle se demandait ce que les gens allaient penser. Ils allaient certainement croire qu’elle était lesbienne. Elle demanda alors faiblement : « Pensez-vous que les gens nous ont vu ? »

 

        Le défieur de la mort répliqua : « Non, parce que nous sommes en train de rêver à l’intérieur du rêve. Cette église n’existe pas. Nous sommes dans un vide. Cette église semble être ici mais ce n’est pas le cas. Je veux que tu me tendes la main et que tu me libères de mes chaînes. Je ne sais pas ce que je peux faire pour toi en échange. Il ne dépend que de toi de m’utiliser partiellement ou complètement. Je te ferai chevaucher et te porterai sur mes épaules, et tu pourras faire la même chose avec moi, mais cela dépend de toi. Je n’ai plus de décisions. Ma vie s’achève avec ta lignée mais il s’avère que nous sommes cycliques. Je te donnerai tout le pouvoir que j’ai. Si tu veux être un homme, je te ferai homme. Si tu veux être une ‘super-chatte’, je te ferai ‘super-chatte’. »

 

        Tout d’un coup, je m’entendis bégayer : « Je-je-je voudrais être une su-super-chatte, je-je-je pe-peux ? » Puis quelque chose en moi dit : « Non, non, je ne voulais pas dire ça ! »

 

        Bien sûr, je dois vous dire que je ne ressemblais pas à ce que je suis aujourd’hui. Je ressemblais à Nuri, une bécasse. Le défieur de la mort attrapa mon nez, mon corps frêle…le défieur de la mort, naturellement, était la projection de cette chose dans le musée, celle à laquelle je ressemble aujourd’hui.

 

        « Est-ce que tu acceptes mon offre ? », m’exhorta la femme. « Je ne peux pas te forcer la main. La décision doit venir de toi, mais laisses-moi te dire que ce sera une aventure aux dimensions indicibles. Tout ce qui pourra m’arriver sera meilleur que ce qui m’arrivera lorsque l’énergie cessera de venir du nagual. »

 

        Carol Tiggs ne comprenait pas vraiment ce dialogue. Alors elle continua avec son unique pensée : « Qu’est-ce que ça veut dire être une super-chatte ? »

 

        « Eh bien, tu peux avoir n’importe quel homme ou n’importe quelle femme que tu veux. Tu peux avoir des orgasmes par les narines, tu peux te frotter contre les murs de l’église et partir. Être une super-chatte, ça veut dire que tout en toi est une chatte. »

 

        Je zézayais et ressentais une terreur complètement schizophrénique, et en même temps, une autre personne était en train de prendre le dessus sur moi. Carol Tiggs répondit avec son zézaiement : « Oui, oui, ze zerait zuper, si exzitant ! » Dans une autre partie d’elle-même, elle était en train de comprendre la vaste portée de cette entreprise, mais seulement vaguement…Carol Tiggs continua : « Okay, par quoi on commenze ? »

 

        « Nous pourrions commencer par séduire Isidoro Balthazar ? »

 

        « Oh, z’est une idée stupide, il me déteste. Mais avec mes nouveaux pouvoirs… » Carol dit cela en se caressant le nez.

 

        Aujourd’hui je ressens que c’était un échange pitoyable entre une créature vraiment extraordinaire et les soucis insignifiants de Carol Tiggs à propos de devenir une super-chatte. Mais c’est ainsi que nous sommes, ne vous en souciez pas.

 

        « Il est temps de changer de rêve. Allons encore plus profondément. Allons nous asseoir en face de la mer de la conscience », dit la femme.

 

        « Oui, j’adore la plage mais, avant d’y aller, qu’en est-il de Carloz ? Ze veux dire Izidoro. »

 

        « Allons le voir. »

 

Nous marchons jusqu’à la place

 

        Tout ce que je sais, c’est qu’ensuite j’étais assise sur ce banc. Et Carlos était sur mes genoux. J’étais possédée par un sérieux exagéré. Je ne pouvais plus zézayer même si ma vie en dépendait. Jamais auparavant je n’avais ressenti une telle assurance et une telle crainte au même moment. J’étais moi, mais le moi que je connais aujourd’hui. Vous connaissez le reste de l’histoire. Carlos l’a écrite et je vous recommande de la lire.

 

Elle nous emmène jusqu’à l’hôtel après nous avoir montré les deux restaurants de la ville. Au coin de la rue de l’hôtel, elle nous indique les deux dernières chambres situées dans le recoin de deuxième étage

        « Moi, en tant que la nouvelle créature qui n’était pas Carol Tiggs, emmena Carlos et, en dépit du fait qu’il soit mon frère, je l’ai séduit comme s’il n’y avait pas de lendemain. Mais je n’étais pas Carol Tiggs, j’étais quelque chose d’autre. Quelque chose de plus sûr d’elle-même et déterminée, froide mais passionnée. Lorsque je fermais les yeux, je pouvais voir des scènes qui n’appartenaient à aucune expérience, des êtres étranges comme des ombres venaient à moi et m’examinaient. Ils se cognaient à moi et me tournaient autour, cherchant quelque chose d’implicite.

 

        Je devais garder les yeux ouverts en permanence. Puis, finalement je me suis endormie. Je pense que ce fut à ce moment là que j’ai complètement fusionné avec Isidoro Balthazar. Ce fut là qu’il devint mon véritable frère. Nous avons tournoyé ensemble dans la mer de la conscience pendant neuf jours jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de différence énergétique.

        Vous voyez, le mystère des mystères c’est que Carlos et moi sommes cycliques, tous les deux, et aussi avec le défieur de la mort. C’est la raison pour laquelle je le détestais et l’adorais en même temps. Je le voyais comme un homme. Le défieur de la mort m’a expliqué qu’un homme et une femme qui sont cycliques peuvent se regarder dans les yeux pendant des millions d’années. La seule chose que Carlos et moi pouvions faire était de fusionner ensemble.

 

        J’ai quitté l’hôtel un jour très ordinaire, moi, tel que je suis aujourd’hui. Et je suis partie à la rencontre de la femme. Elle m’a pris par la main, m’a fait traversé la chapelle, et la seconde d’après je faisais à nouveau face à la mer de la conscience. Ce n’est pas une mer. C’est un incroyable déferlement d’énergie, une énergie particulière qui est consciente et qui vous parle.

        Peut-être que les mystiques de l’antiquité en ont fait l’expérience. Carlos pense qu’au mieux, ils ont atteint le moule de l’homme, un agglomérat de champs énergétiques, comme les filaments lumineux que l’homme désire que l’homme soit. Quelque chose comme un moule cosmique qui moule l’énergie dans la forme d’un homme, tout comme une machine qui fait des biscuits.

 

        Mais je pense qu’ils sont peut-être allés plus loin. La mer de la conscience est ce qui se rapproche le plus du concept de Dieu ; c’est une force qui inclut tout. En face d’elle, vous n’êtes même pas une étincelle, un grain, même pas un virus. Cependant, elle est consciente de vous.

        Dans cette mer de conscience, mon être cyclique, le défieur de la mort, se transforma en quelque chose qui ne m’était pas inconnu, pas repoussant du tout. Elle était moi, pleine de puissance et d’indifférence. Tous mes soucis disparurent comme lorsqu’on éteint une ampoule électrique…

        Il y avait de puissantes sensations organiques, des images criardes comme dans un rêve. Finalement, je me suis retrouvée dans un rêve plus concis qui gagna en précision jusqu’à ce que cela devienne le monde réel.

 

        Cela me prit des mois pour trouver Carlos parce que j’étais assommée, j’étais stupide. Un jour, j’entendis dire qu’il allait donner une conférence. J’avais perdu tout espoir. Bien sûr, je lui ai presque causé une attaque cardiaque. Il pensait que j’étais partie comme le dicte la règle. Vous connaissez le reste.

 

        Lorsque le défieur de la mort et moi étions en face de la mer de la conscience, elle me dit mon nom « Muni », elle dit qu’un jour, lorsque j’aurai réussi à intégrer mon être, ou que plus rien n’aura d’importance et que mes yeux seront alignés aux siens, je deviendrai elle  « Xoxopanxoco ».

 

        Depuis que je cours après mon frère, comme une femme possédée, tous les autres intérêts des sorciers ne sont plus rien pour moi. Son combat est la seule chose que je connaisse, rien n’a plus d’importance alors je peux vous dire quel est le nom du défieur de la mort et ce qu’il signifie. Il signifie fruit de l’éternel printemps.

 

        La boucle finale de cette chaîne ininterrompue de possibilités est que Xoxopanxoco – je ne connais pas le nom du défieur de la mort en tant qu’homme – a survécu pour un but subsidiaire. Elle m’a dit qu’elle est restée en vie durant des milliers d’années, non parce qu’elle était avide de vivre, mais parce qu’elle aimait la vie et l’humanité.

        Son unique rêve, qui n’a rien à voir avec la survie, était d’aider l’humanité à atteindre un niveau de raison et d’intelligence que nous n’avons pas. Elle dit que nous sommes des êtres rituels et répétitifs, et nous avons des délires de grandeur qui n’ont aucune justification. Nous sommes en bordel.

 

        Elle a dit qu’évoquer son nom à Tula serait comme un signe pour la réveiller. Et qu’il pourrait y avoir certains êtres audacieux qui évoqueraient son nom en ma présence. En invoquant son nom en ma présence, qui est sa présence, leur dialogue intérieur s’arrêterait et ils pourraient même avoir un aperçu des rêves au-delà des rêves qui furent tissés dans cet endroit merveilleux, aujourd’hui occupé par cette absurde et minable petite ville.

 

        Elle m’a dit de dire ceci :

Can a nicuicanitl huiya

Xochitl in noyollo ya

Nicmana nocuic a ohuaya ohuaya

O xoxopanxoco o xoxopanxoco



Publié à 01:40 le 5 mai 2007 dans Carol Tiggs
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la règle du nagual à trois points

                     

 

 La Règle du Nagual à Trois Points

Armando Torres

 

 

Introduction

 

            Très tôt, une tendance réfléchie de mon caractère me conduisit à chercher une explication à propos de qui j'étais et de quel pouvait être mon but dans la vie. Connaissant ma recherche, un ami étudiant vint me voir un jour pour me dire que Carlos Castaneda donnait un entretien privé chez lui, et que je pourrais venir si je voulais. J'avais longtemps attendu une telle opportunité, et fus enchanté par cette invitation.

            Castaneda était un célèbre anthropologue, auteur de plusieurs ouvrages sur la culture des sorciers mexicains de l'ancien temps. Dans ses livres, il décrit comment, étant encore étudiant à UCLA (Université de Californie), il effectua un travail parmi les Indiens yaqui dans le nord du Mexique, afin d'apprendre comment ils utilisaient les plantes médicinales. 


            Lors de l'un de ses voyages, il rencontra un vieil herboriste connu comme sorcier, qui s'appelait Juan Matus. Avec le temps, le vieil homme le prit comme apprenti et l'introduisit dans une dimension complètement inconnue pour l'homme moderne : la sagesse traditionnelle des vieux voyants toltèques, communément connue comme sorcellerie ou nagualisme.

            En une douzaine d’ouvrages, Carlos décrit une relation maître/apprenti qui dura treize ans. Durant cette période, il subit un entraînement ardu qui le conduisit à corroborer personnellement les fondations de cette culture étrange. Les expériences qu'il acquit durant son apprentissage finirent par faire succomber le jeune anthropologue à la fascination de la connaissance, et il fut absorbé par le système de croyances qu'il étudiait. Ce résultat l'éloigna fortement de ses objectifs originaux.

            Nagualisme est le nom que les sorciers du Mexique préhispanique donnaient à leur système de croyances. D'après l'histoire, ces hommes étaient profondément intéressés par leur relation avec l'univers, à un tel degré, qu'ils se dédièrent à la tâche d'étudier les limites de la perception par le biais de l'usage de plantes hallucinogènes qui leur permettaient de changer de niveaux de conscience. Après avoir pratiqué pendant des générations, quelques-uns d'entre eux apprirent à voir, en d'autres mots, à percevoir le monde, non comme une interprétation, mais comme un flux d'énergie constant.

 

            Le nagualisme consiste en un groupe de techniques conçues pour modifier notre perception journalière, produisant des phénomènes psychiques et physiques d'un intérêt extraordinaire. Par exemple, la tradition mexicaine affirme qu'un nagual est capable de se transformer en animal, parce qu'il a appris à se rêver dans une forme différente de celle d’un être humain. Derrière cette croyance populaire existe le fait que les sorciers explorent leur subconscient dans le but de mettre en lumière des aspects inconnus de notre être. 


            Le nagualisme fut une pratique socialement acceptée pendant des milliers d'années, comparable à notre religion ou à notre science. Avec le temps, son postulat grandit en abstraction et en synthèse, devenant une sorte de proposition philosophique dont les praticiens prirent le nom de Toltèques.

            Les Toltèques n'étaient pas ce que nous comprenons communément comme sorciers, c'est-à-dire des individus qui utilisent des forces surnaturelles pour causer du tort aux autres, mais plutôt des hommes et des femmes extrêmement disciplinés, qui étaient intéressés par les aspects complexes de la conscience.

            Dans ses livres, Carlos fit un effort talentueux pour adapter la connaissance des naguals à notre temps, la sortant de son atmosphère rurale et la rendant accessible aux personnes de culture occidentale. Commençant par L’Herbe du diable et la Petite Fumée, il définit les prémices du chemin du guerrier, ou le chemin du comportement impeccable, qui consiste à avoir du contrôle et de la discipline dans un effort soutenu. Une fois intériorisés, ces principes emmènent le praticien vers d'autres techniques plus complexes, dont l'objectif est de percevoir le monde de façon nouvelle.

            Ayant accompli cela, l'étudiant est en mesure de se déplacer de façon volontaire et consciente dans l'environnement de ses rêves, exactement de la même manière qu'il se déplace dans sa vie journalière. Cette technique est complétée par ce que don Juan appelait l'art de traquer, ou l'art de se connaître, et par l'exercice quotidien appelé récapitulation, qui consiste à réexaminer les événements de notre histoire personnelle pour en trouver l'intrigue cachée.

            Rêver et récapituler rendent possible la création du double énergétique, une entité pratiquement indestructible, capable d'agir selon son propre chef.

            L'une des découvertes les plus significatives des voyants toltèques était que les êtres humains possèdent une configuration lumineuse, ou champ d'énergie, autour de leur corps physique. Ils virent aussi que certains d'entre étaient équipés d'une configuration spéciale, divisée en deux parties. Ceux-là furent appelés naguals, c'est-à-dire, « gens dupliqués ». À cause de leur configuration particulière, les naguals ont de plus grandes ressources que la plupart des gens. Ils virent également qu’en raison de leur double et d'une exceptionnelle énergie, ils sont des leaders naturels.

 

Se basant sur ces découvertes, il devint inévitable que les voyants s'établissent selon les ordres de l'énergie en organisant des groupes harmonieux dont les participants se complétaient entre eux. Les guerriers de ces groupes étaient engagés dans la recherche de nouveaux niveaux de conscience. Avec le temps, ils commencèrent à réaliser que derrière leurs pratiques et leurs formes organisées, il y avait une Règle impersonnelle.

            Dans leur compréhension du mot, la Règle est la description du dessein et les moyens par lesquels diverses configurations lumineuses de l'espèce humaine peuvent s'assembler, afin d'intégrer un organisme unique appelé le « clan du nagual ». Le but de ces groupes est la liberté totale; l'évolution de la conscience au point d'être capables de voyager à travers  l'océan d'énergie cosmique en percevant tout ce qui est accessible.


            Il existe une section spéciale de la Règle qui décrit comment s'entrelacent les générations de guerriers, formant des lignées, et comment ces lignées sont chaque fois renouvelées après un certain temps.

            Le destin de Carlos fut de vivre l'une de ces étapes de renouvellement. Cependant, il ne comprit pas ce que cela signifiait avant de recevoir un message qui le guide à la popularisation des enseignements.


            Lorsque je fis sa connaissance, il montrait encore une grande réserve envers le public et essayait de garder ses distances avec les gens. Notre relation consistait principalement en conférences qu'il donnait à de petits groupes de gens, et en conversations privées.

 

            Il exigea que je passe inaperçu parmi les autres, afin de garder mon histoire personnelle sous contrôle. Plus tard, il admit que sa requête avait aussi une motivation plus profonde : j'avais un engagement avec l'esprit, et je devrai exécuter ma tâche quatre ans après le départ de Carlos.

Lorsque je lui demandai pourquoi, il me dit qu'il savait que tout son travail serait obstrué par des détracteurs qui essaieraient de faire échouer le plan conçu par don Juan pour une révolution de la conscience. Ma fonction serait de livrer le témoignage du message que j'avais reçu.

 

Le présage

 

            Un jour, après avoir donné une conférence dans le salon privé d'un restaurant où il nous avait tous invités à dîner, Carlos me demanda que je l'accompagne dans un autre endroit. Quelques minutes plus tard, nous partions tous les deux, laissant les autres invités dans une discussion animée.


            Sur le chemin, nous dûmes traverser une large avenue. Pour prendre de l'avance sur les voitures, je courus vers un îlot triangulaire au milieu de la rue, croyant que Carlos me suivait. Mais lorsque j'arrivai là, je réalisai qu'il était toujours de l'autre côté de la rue.

            Il se passa alors quelque chose d'inattendu; une magnifique bourrasque de vent s'engouffra dans l'avenue, tellement puissante que je dus m'accrocher à un poteau métallique de signalisation. Avant d'avoir le temps de me protéger, un nuage de poussière s'introduisit dans ma gorge et dans mes yeux, me faisant tousser et me laissant momentanément aveuglé.


            Lorsque je repris mes esprits, Carlos était à mes côtés, me regardant avec un visage rayonnant. Il me tapa sur l'épaule et fit un commentaire très étrange :

            – Je sais ce que je vais faire de toi !


            Je le regardai interrogativement, et il m'expliqua :


            – C'était le même vent, il te chasse.

            Ses paroles me rappelèrent le jour où nous avions fait connaissance, lorsqu'une bourrasque automnale nous avait forcés à fermer précipitamment les fenêtres de la pièce où  un groupe d'amis l'attendait.

            – À cette occasion, tu le perçus comme un vent fort, mais je savais que c'était l'esprit qui tournait autour de ta tête. C'était un signe, et à présent je sais pourquoi il t'indiquait à moi.

            Je lui demandai qu'il m'explique son affirmation énigmatique, mais sa réponse fut encore plus obscure :

            – Je suis l'héritier d'une certaine information. C'est un aspect des enseignements qui me concerne tellement profondément que je ne peux l'expliquer aux autres. Cela doit être dit par le biais d'un messager. Tandis que j'observais comment l'esprit dansait avec toi sur le bord de l'avenue, j'ai su que ce messager, c'était toi.

            J'insistai pour qu'il m'en dise plus, mais il me dit que ce n'était ni le moment ni le lieu appropriés.

 

Qu'est-ce que la Règle ?

 

            Un peu plus tard, nous marchions dans le parc Alameda. Près du palais des Beaux-Arts, il me fit signe que nous pouvions nous asseoir sur un banc, miraculeusement laissé libre, sur l'un des côtés du square. Le banc était en fer forgé; son emplacement – juste en face de la porte principale d'une vieille église construite avec des blocs de lave rouge et noire – avait la vertu de bloquer légèrement mon dialogue intérieur, ce qui me transporta vers une oasis de sérénité parmi l'agitation de la circulation des voitures et des gens qui passaient par là.

            Il s'avéra que Carlos avait prévu cet impact et sa fonction didactique. Il commenta que c'était le banc favori de don Juan, ce qui me toucha beaucoup. En se frottant les mains, il m'assura que c'était le moment d'en venir au sujet.

            – Sais-tu ce qu'est la Règle ? demanda-t-il.

            Bien que j'eusse lu quelque chose à ce sujet dans l'un de ses livres, je n'en avais pas compris grand-chose. Je niai donc d'un signe de tête. 


            Il continua :

            – C'est le nom que les voyants ont donné au guide d'un clan de sorciers, un genre de charte de navigation, ou un livre de bord des missions et des devoirs d'un guerrier dans le cadre de ses pratiques.


Après une vérification exhaustive, les sorciers de l'ancien Mexique aboutirent à la conclusion que, de même que tous les êtres vivants possèdent un modèle biologique défini qui leur permet de se reproduire et d'évoluer, nous avons aussi un modèle énergétique responsable de notre développement en tant qu'êtres lumineux.

 

Le moule d'une espèce extrait son énergie de la Règle. La Règle est un genre d'utérus, elle contient un plan évolutif pour chaque être vivant, non seulement sur Terre, mais aussi dans chaque coin de l'univers où existe la conscience. Personne ne peut se détacher d'elle. La seule chose que nous puissions faire est d'ignorer son existence, dans ce cas, nous n'atteindrons pas l'étape où nous pouvons devenir ce que nous sommes vraiment : une masse vivante au service d'un but qui nous dépasse.


Dit en termes de sorciers, la Règle est un diagramme des commandements de l'Aigle, une équation qui met en corrélation l'efficacité des actes avec l'économie d'énergie. Dans la sphère pratique, une telle combinaison ne peut produire autre chose qu'un guerrier.


La Règle est complète et couvre toutes les facettes du chemin du guerrier. Elle décrit comment un clan du nagual est créé et nourri, de quelle façon les générations sont connectées pour former une lignée, et comment elle les conduit à la liberté. Mais pour l'utiliser comme une clé de pouvoir, nous devons la vérifier par nous-mêmes. 

            – Comment peut-elle être vérifiée ? demandai-je.

            – La Règle est évidente en soi pour le sorcier qui voit. Pour un débutant comme toi, le meilleur moyen pour attester de sa fonctionnalité consiste à détecter son intrusion dans ta vie quotidienne.

 



Publié à 09:26 le 20 avril 2007 dans Les Règles
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La règle du nagual à trois points (suite)

 

L'origine de la Règle

 

            Je demandai à Carlos comment l'homme était entré en contact avec cette matrice.
            Il répondit :

            – Elle a toujours existé. Cependant, les voyants en sont les découvreurs et les gardiens. La Règle est à l'origine de l'ordre universel. Son opération et son but sont ignorés, pas parce qu'ils ne sont pas connus, mais parce qu'ils ne sont pas compris. Des centaines de générations de sorciers ont donné leur vie dans leur empressement de l'élucider, et de développer des propositions pratiques pour chacune de ses unités conceptuelles.


Au début, aucun homme n'essayait de capturer une lueur de cette structure, parce que personne ne savait qu'elle existait. Quand les voyants de l'ancien Mexique entrèrent en contact avec d'autres entités conscientes sur cette Terre, beaucoup plus vieilles et plus expérimentées que les voyants eux-mêmes, ils commencèrent à acquérir des portions de la Règle. Un jour, ils virent que toutes ces portions s'adaptaient les unes aux autres comme un puzzle. Ce jour-là, ils découvrirent ce qu'ils appelèrent « la carte », et la lignée des voyants de l’Antiquité débuta.


Au travers de leur voir, ils vérifièrent chaque portion relative au rêve. Ils testèrent toutes les combinaisons et déterminèrent leurs effets sur la conscience. Ils organisèrent les exercices de rêver en sept niveaux de profondeur et ils pénétrèrent jusqu'aux lieux les plus intimes de l'univers. Petit à petit, ils développèrent le modèle du clan du nagual, une structure en forme de pyramide extrêmement stable, capable d'exprimer avec transparence les desseins du pouvoir.


Mais il y eut une chose que les anciens ne vérifièrent pas : la Règle pour les traqueurs. Ils voyaient traquer comme une possibilité latente qui ne valait pas la peine d'être explorée par la pratique.

            – Pourquoi ? m’étonnai-je.

            – Parce qu'en une époque où être sorcier signifiait être au sommet de l'échelle sociale, traquer en tant qu'art n'avait aucun but. Cela aurait été un pauvre investissement. Mais lorsque la modalité du temps changea, cette ligne de raisonnement emporta les anciens voyants quasiment au bord de l'extinction.


Ce ne fut qu'avec l'apparition des Toltèques que la deuxième grande portion de la Règle révéla son extraordinaire contenu. Les lignées qui furent capables de l'appliquer furent les seules qui survécurent; les autres furent dissoutes, et se perdirent dans un tourbillon qui signifiait la fin du règne des anciens voyants. L'incorporation de la traque détermina la naissance des nouveaux voyants. Avec eux, la Règle du nagual fut complètement élucidée.

            – Quand cela survint-il ?

            – L'ère des nouveaux voyants commença il y a approximativement cinq mille ans, et atteignit son apogée aux temps de Tula. Au travers de la traque, la contribution fondamentale de ces guerriers à la sorcellerie fut la notion d'impeccabilité.

 

Un organisme impersonnel

 

            – L'objectif de la Règle du nagual est de générer des clans; c'est-à-dire des organismes auto conscients capables de voler à l'intérieur de cette immensité-là. De tels organismes sont constitués de la somme d'un groupe de guerriers, qui ont harmonisé leurs intentions individuelles. Le but de cette conception est de perpétuer  une dimension non humaine de la conscience.

            – Non humaine ? m’étonnai-je

            – C'est exact. Une dimension dont l'objectif n'est plus la personnalité. Les êtres humains sont incapables d'entrer et de rester pour n'importe quelle durée de temps au royaume de la conscience cosmique – cette étape que don Juan appelait la « tierce attention ». Ou nous en sortons et oublions, ou nous y restons et fusionnons avec cette mer insondable. Mais le pouvoir qui nous gouverne a trouvé le moyen de contourner ces limitations, en créant des organismes dans lesquels les entités individuelles fonctionnent comme des membres.


Au cœur de ces organismes, une attention radicalement nouvelle est générée, une intention orientée vers l'exploration de l'inconnu, et l'investigation en équipes de ce ne que nous ne pourrions connaître autrement. Les sensations d'individualité n'ont plus de centre opératif, parce qu'elles sont substituées par quelque chose de beaucoup plus intense : vivre en étant une part du tout, un état d'énergie qu'aucun homme commun ne peut concevoir. Il n'y a aucune routine, aucun ego, il n'y a aucune ignorance, et il n'y a aucune interprétation. Ce type d'organisme n'est seulement qu'une étape sur la route infinie de la conscience, mais pour nous, en tant qu'êtres humains, cette étape est définitive.

            Je demandai alors à Carlos comment opérait la conscience d'un clan.


            Il me donna une analogie avec le corps physique :

            – Bien que de façon très confuse, chacune de nos cellules est consciente de son unité et, à l'intérieur de certaines limites, peut agir avec indépendance. Cependant, leur intention individuelle est subordonnée à un but supérieur qui est de former le tout que nous appelons « moi ».


Lorsque nous arrivons à l'incroyable accomplissement de se rendre compte du but global, nous pouvons entrevoir une ligne évolutionnaire supérieure. Nous percevons la possibilité d'être intégré avec nos êtres énergétiques complémentaires, créant une forme de vie dont les buts sont très distants des intérêts de notre monde journalier, comme la conscience d'une seule cellule l'est de notre totalité. Les nouveaux voyants appellent cette forme de vie le clan du nagual.

            – Qui sont nos êtres énergétiques complémentaires ?

            – Des êtres humains qui possèdent des caractéristiques lumineuses qui se complètent entre elles.  L'énergie est récurrente; elle génère des modèles que nous partageons tous. En général, on peut dire qu'il y a quatre modèles lumineux de base avec douze variantes, synthétisés par l'homme nagual et la femme nagual. Lorsqu'un tonal approche l'idéal lumineux de sa catégorie, se manifeste un degré de conscience supérieur. 


Quand les modèles idéaux se rencontrent, ils se combinent. Les sentiments d'attraction entre les êtres humains peuvent être expliqués comme étant le résultat de la fusion de leur moule d'énergie. Normalement, une telle fusion est partielle, mais parfois a lieu une vague soudaine et inexplicable de sympathie; un voyant dirait qu'a eu lieu un acte de réciprocité d'énergie.


Les guerriers d'un clan se combinent de telle façon que leur relation produit des résultats optimaux dans le sens d'un gain et d'une accumulation de pouvoir. 


Il est difficile de trouver des corps lumineux caractéristiques disponibles pour la tâche du nagual; l'habituel est de trouver des tonals déformés par la vie mondaine. Mais quand un nagual est capable d'intégrer son clan, l'énergie de ses guerriers fusionne. Ils sacrifient leur individualité à un objectif supérieur, et revenir à leur précieux isolement n'est plus possible, cela ne signifierait que la mort pour eux. On peut dire qu'un clan n'est pas composé d'individualités, mais plutôt qu'il est un seul organisme vivant, avec des capacités qui ne sont pas humaines.

 

La formation d'un clan

 

            - Quelle conscience de l'objectif du clan a chacun des membres.
           
            – Une conscience totale. Chacun d'entre eux connaît les histoires de pouvoir pertinentes à leur spécialité, et ils savent que leur fonction fait partie d'un but qui les transcende. 


La relation entre la Règle et le clan est exprimée aux travers des tâches. Par exemple, quand les guerriers femelles d'un groupe reçoivent l'ordre de pister l'énergie dans l'espace jusqu'à ce qu'elles aient trouvé des candidats possibles pour une nouvelle génération de sorciers, elles se concentrent sur cette tâche comme si c'était leur avenue vers la liberté. Elles ne sont pas intéressées par autre chose. Si la discipline de cette intention échoue, le résultat peut être chaotique.

            Il me donna un exemple de l'impact d'un intérêt personnel qui se glisse dans la tâche du sorcier :

            – Peu après le début de mon apprentissage, et bien que personne ne m'ait demandé de le faire, j'offris une aide à don Juan pour constituer le nouveau clan. Chaque fois qu'une belle fille s'intéressait à moi, je voyais en elle mon être énergétique complémentaire, et j'essayais de la vendre à don Juan.


Au début, les guerriers pensaient que je plaisantais. Mais petit à petit, ils en eurent assez, et un jour, alors que je leur apportais ma nouvelle femme nagual, je ne pus les trouver. Ils avaient tout déménagé de la maison. Ce sentiment d'isolement m'aida à retrouver ma sobriété.


Le clan est un être autoconscient qui nous surpasse complètement. Participer à son intention est quelque chose de si exceptionnel qu'aussitôt qu'un apprenti entrevoit sa totalité, la position de son ego fond tout simplement. Cela n'implique pas qu'il devienne automatiquement  impeccable; pendant des années, il devra faire encore bien des efforts pour tempérer son caractère et pour extirper son importance personnelle, aussi bien que l'obsession de pouvoir.


Seuls l'homme nagual et la femme nagual ont une vision totale de la fonction du clan. En poursuivant l'analogie, je dirais qu'ils sont les cellules nerveuses du clan; les unités qui dirigent le processus de la perpétuation. Les autres membres servent de support, et portent les tâches concrètes de la duplication du groupe.


Le travail du nagual est épuisant. Il doit parfaitement contrôler les arts de traquer et rêver, il doit apprendre à voir et à développer au maximum sa capacité de manipulation, il doit servir d'exemple de sobriété afin de maintenir la cohésion du groupe; s'il se permet d'être emporté par ses émotions, le résultat est la désintégration.

            Je lui demandai pourquoi.

            – Parce que le clan est un organisme de masse critique. Si un seul de ses composants se détourne du but, le dysfonctionnement qui en résulte cause un effondrement, et tout devra être recommencé. C'est pour cette raison que le nagual est obligé d'exiger de ses guerriers qu'ils donnent le maximum d'eux-mêmes, et il doit leur distribuer leurs tâches afin qu'ils participent tous avec optimisme et confiance. Le lubrifiant du clan est l'impeccabilité de ses membres, et son combustible le désir ardent de liberté totale.

 

La structure du clan

 

            Je demandai à Carlos combien de guerriers formaient un groupe.

            – La structure normale d'un clan est quadripartite, c'est-à-dire, basée sur le chiffre quatre, puisque la Règle a une forme pyramidale. Sa formation et sa croissance sont portées par cette structure de base essentielle. Comme dans les pyramides, l'architecture du groupe est composée d'une base avec quatre coins, chaque coin est formé de trois guerriers : un rêveur femelle, un traqueur femelle et un assistant mâle. Les coins sont connectés entre eux par des messagers, et au-dessus de tous, il y a le couple nagual.


La Règle se manifeste elle-même à un homme ou une femme double au moyen d'une vision, et ils doivent l'accepter pour être considérés comme naguals. Suivant cette acceptation, les naguals sont rejoins par leurs guerriers petit à petit, toujours suivant les signes de l'esprit. Leur capacité de mener est naturelle et incontestable, parce qu'étant double, ils reflètent chacun des types énergétiques de leur clan. 


Les naguals peuvent être définis comme un homme et une femme d'énergie extraordinaire, impliqués dans un acte de fécondation d'une portée infiniment plus grande que puisse connaître tout être humain. Aussi longtemps qu'ils restent ensemble, ils se présentent habituellement en société comme mari et femme.


La capacité de l'homme nagual est de trouver et d'utiliser les mots les plus appropriés pour exprimer les choses avec exactitude, clarté intellectuelle, fluidité et beauté. Parmi les voyants de la lignée à laquelle appartenait don Juan, le présage pour occuper cette place était d'être mourrant. Tous ses meneurs, excepté moi, furent trouvés en de telles conditions. 

            – Pourquoi votre cas était-il différent ? 

            – Parce que je suis, à proprement parler, un nagual excédentaire. Je ne suis pas venu pour continuer la lignée, mais pour la sceller.


            – Et quelle est la Règle pour la femme nagual ?

            – La femme nagual est la lumière qui guide tout l'effort, la vraie mère. Normalement, elle part avant le reste du groupe et reste en fluctuation entre la première et la seconde attention, visitant les apprentis en rêve. Elle fonctionne comme un phare et, si c'est nécessaire, elle peut revenir de la seconde attention pour semer une nouvelle génération de voyants.


Pour en venir aux guerriers, ils viennent en deux bandes, les traqueurs et les rêveurs. Ils ont deux types de fonction : portails et gardiens. Les portails appartiennent à la direction du sud, ils sont la passoire ou le filtre à travers lesquels les apprentis doivent passer. Ils déterminent si un guerrier reste ou part, et ils ont la plus grande influence sur la manière dont les membres de l'équipe sont fournis. Ils sont aussi les organisateurs des réunions de pouvoir.


Les gardiens sont une sorte de version extérieure des portails; il y en a un blanc et un noir. Ils ont la charge de tout superviser pour la bonne fonction du groupe, ce qui signifie qu'ils sont alertés de possibles attaques extérieures, et ils se tiennent prêts à résoudre tout problème interne. Parmi les nouveaux voyants, les femmes se chargent de toutes ces fonctions.

            – Pourquoi est-ce ainsi ?

            – Parce que les femmes ont une plus grande mobilité et plus d'énergie que les hommes. Pratiquement tout l'univers est féminin par nature, et les équipes de sorcières y voyagent comme si c'était leur propre maison. Cette capacité de circuler sans interférence au travers de l'énergie obscure fait d'elles les batteries d'un groupe.


En revanche nous, les hommes, sommes détectés immédiatement parce que notre énergie est claire et nous trahit. Aussi, comme nous n'avons pas été faits pour donner naissance, nous n'avons pas d'organe spécialisé pour rêver. À l'exception du nagual, les éléments mâles d'un clan n'ont pas beaucoup d'éclat. 


Néanmoins, la Règle dicte que quatre guerriers mâles se consacrent à l'organisation, l'exploration et la compréhension. Dans ce but, ils fixent leurs points d'assemblage en des positions très spécifiques de l'énergie. Leur présence sert à stabiliser le groupe, neutralisant les explosions fréquentes de pouvoir qui allument les guerriers femelles. Si ce n'était pas ainsi, la structure exploserait aussitôt que les femmes auraient atteint un certain niveau d'efficacité. Ainsi, les hommes fonctionnent comme des ancres; ils fixent le groupe jusqu'à ce qu'un maximum de pouvoir ait été obtenu.


Dû à sa forme, don Juan appelait le clan l'« organisation du serpent ». C'est un concept qu'il a hérité des anciens voyants, et qui se réfère à la forme des motifs carrés sur la peau du serpent à sonnettes. Il affirmait que la tête de l'animal, avec ses yeux fixes et hypnotiques, représente le couple nagual. La poitrine correspond aux guerriers rêveurs, dont la fonction est d'inhaler les visions et de les redistribuer à tout le groupe. L'estomac représente les traqueurs, capable de digérer toute situation concevable. La queue est formée des assistants, qui sont chargés de donner de la mobilité au groupe. C'est une disposition très fluide.

            – Y a-t-il des clans qui sont organisés différemment ?

            – Les guerriers sont, dans une large mesure, le résultat de la manipulation implacable du nagual. Je suis sûr que tu peux comprendre comment, après des années sous cette constante pression, la forme d'un groupe – incluant la tonalité particulière adopté par la luminosité de chacun de ses membres – devient très spécifique. C'est pourquoi tant de lignées de sorciers existent. Mais toutes ont, en gros, le même type de forme pyramidale que je t'ai décrit, car l'expérience a montré que c'était la formule la plus stable.



Publié à 09:25 le 20 avril 2007 dans Les Règles
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La règle du nagual à trois points ( fin)

 

Le but de la Règle

 

 Quel est le but du clan ?

 

– Du point de vue de l'Aigle : explorer, vérifier, et développer la Règle.

Chaque génération de guerriers doit laisser son empreinte, parce que la Règle est cumulative. L'héritage de la lignée consiste en une série de positions du point d'assemblage, auxquelles les clans suivants viendront ajouter leurs propres acquisitions. Il est normal que les lignées établissent des « journaux de bord » où les naguals notent leurs découvertes.


L'intérêt de base d'un organisme est de se reproduire. Par conséquent, une façon de la définir consisterait à dire que la Règle est la recette pour un processus reproducteur. Ce qui est recherché est la perpétuation de la conscience, quelque chose qui, au-delà d'un certain point, ne peut être réalisé par des conduits individuels. Les ressources que chaque guerrier acquiert personnellement durant son entraînement sont des accomplissements secondaires.


Du point de vue des sorciers, l'intérêt de se regrouper est de s'assurer le passage à un autre niveau d'attention, car sans masse énergétique il n'y a pas de vol.
 


L'intérêt de base d'un organisme est de se reproduire. Par conséquent, une façon de la définir consisterait à dire que la Règle est la recette pour un processus reproducteur. Ce qui est recherché est la perpétuation de la conscience, quelque chose qui, au-delà d'un certain point, ne peut être réalisé par des conduits individuels. Les ressources que chaque guerrier acquiert personnellement durant son entraînement sont des accomplissements secondaires.


Du point de vue des sorciers, l'intérêt de se regrouper est de s'assurer le passage à un autre niveau d'attention, car sans masse énergétique il n'y a pas de vol.
 


            – Cela signifie-t-il que les guerriers solitaires n'ont pas cette possibilité ?

 

            – Non. Ce que je dis c'est qu'un clan peut aller beaucoup plus loin. Imagine que tu vis dans une colonie de chenilles grégaires qui sont à l'état de métamorphose. Soudainement, l'un des cocons s'ouvre, et son résident part dans une explosion momentanée de lumière et de couleurs. La sensation qu'il te laisse est celle d'une chenille disparue. Pour la chenille, en revanche, sa vraie vie en tant que papillon aura commencé. Bon ! Une chenille solitaire finira vraisemblablement dans l'estomac d'un oiseau.


De la même façon, l'objectif final des guerriers est le saut définitif dans la tierce attention; la libération de toutes les formes d'interprétation. La quantité d'énergie nécessaire pour cela ne peut être obtenue qu'au moyen du consensus spécial d'une masse critique, afin de générer les accords nécessaires pour compacter l'énergie.


Cependant, comme beaucoup de clans sont incapables d'atteindre leur plénitude d'énergie, les naguals ont construit une oasis habitable au sein de la seconde attention, un énorme édifice d'intention situé dans une lointaine région du rêve, où les voyants vont seuls ou en petits groupes. Je l'appelle le « dôme de l'intention », parce que sa forme visible est celle d'un dôme, mais don Juan préférait l'appeler « le cimetière des naguals ».
 

    Pourquoi l'a-t-il nommé ainsi ?

 

         – Parce que séjourner dans cet espace pour y vivre implique la mort littérale du sorcier. Dans un sens pas du tout allégorique, c'est un cimetière. Bien que ceux qui choisissent ce destin aient accompli l'expansion de la conscience pour une énorme période de temps, ils devront la laisser aller quand viendra le moment.


Donc, pour beaucoup de sorciers, l'objectif immédiat du clan est le dôme des naguals, chacun espérant être capable de l'utiliser comme un port où il pourra accumuler des provisions pour une grande expédition. Pour y aller, il n'est pas nécessaire que le groupe entier parte en même temps. Parfois, les guerriers choisissent de s'y rendre un par un. Dans ce cas, ils peuvent revenir partiellement, jusqu'à ce que la structure énergétique du groupe soit complète.


Comme tu peux le voir, les défis dans lesquels les guerriers sont impliqués durant leur existence humaine sont à peine des préludes; les choses vraiment terribles viennent plus tard. Ne te demandes pas à quoi ils se consacrent pendant qu'ils restent dans ce monde; cela sonnerait comme un conte de fées. L'important est que toutes leurs activités sont gouvernées par la Règle.


            Je commentai que, en gardant à l'esprit le but du clan, la Règle pouvait être interprétée comme l'équivalent préhispanique de ce que d'autres cultures ont appelé « lois divines », c'est-à-dire un groupe de plans régulateurs conçus pour sauver l'homme.

            Carlos répliqua :


            – Ce n'est pas pareil, parce que cela ne vient pas d'un être suprême. Le mécanisme de la Règle est impersonnel, il n'a ni gentillesse ni compassion. Il n'a pas d'autre objectif que sa propre continuité.


En se permettant d'être séduits par les analogies, les anciens voyants firent l'erreur d'identifier la Règle avec leurs interprétations particulières, ils finirent alors par la vénérer et érigèrent des temples en son honneur. Les nouveaux voyants rejetèrent tout cela. Lorsqu'ils explorèrent l’art de traquer, ils dépoussiérèrent l'essence de la sorcellerie et redécouvrirent l'objectif de la liberté totale, qui ne ressemble en aucune façon aux objectifs religieux. Cela effaça la fascination du moule humain, mais eut un effet secondaire que je t'ai déjà expliqué : l'enthousiasme sauvage des anciens voyants fut substitué par des attitudes furtives et suspicieuses.


À la fin, traquer eut sur les clans de naguals l'effet de trahir les mobiles initiaux. Avec le temps, le but de la liberté totale fut réduit à de la rhétorique. Presque tous les sorciers de la lignée de don Juan ont préféré le vol vers la seconde attention. À l'exception du nagual Julian Osorio, aucun d'eux ne voulait être privé de l'aventure et de l'extase à visiter le dôme des naguals, construit par intention, situé dans une des étoiles de la constellation d'Orion.

 

Les naguals à trois points

 

              La Règle est définitive, mais son design et sa configuration sont en évolution constante. Cependant, contrairement aux évolutionnistes qui voient les adaptations de la vie comme une accumulation hasardeuse de mutations génétiques, les voyants savent qu'il n'y a pas de hasard à propos de la Règle. Ils voient comment un ordre de l'Aigle, sous la forme d'une vague d'énergie, secoue les lignées de pouvoir de temps en temps, produisant de nouvelles étapes dans la sorcellerie.


Une façon plus exacte de la décrire est de présumer que toutes les variations possibles de la Règle sont contenues dans une matrice antérieure, et que ce qui change avec le temps est le degré de connaissance que les sorciers ont de cette totalité, et quelle emphase ils développent pour certaines de ses portions. De telles périodes de changement sont récurrentes et sont représentées par le nombre trois.

            – Pourquoi trois ? 
           
            – Parce que les vieux Toltèques associaient le nombre trois avec le dynamisme et le renouvellement. Ils découvrirent que les formations ternaires – formations basées sur le chiffre trois – annoncent des changements inattendus.


La Règle dicta cela pour que, de temps en temps, un type spécial de nagual apparaisse dans les lignées; un nagual dont l'énergie n'est pas divisée en quatre parties, mais en seulement trois compartiments. Les voyants les appellent « naguals à trois points ».


            Je lui demandai en quoi ces derniers étaient différents des autres.

            Il répondit :

            – Leur énergie est volatile, ils sont toujours en mouvement et, pour cette raison, il leur est difficile d'accumuler du pouvoir. Du point de vue de la lignée, leur composition est défectueuse; ils ne seront jamais de vrais naguals. En compensation, ils n’ont pas la timidité et la réserve qui caractérisent les naguals classiques, et ils possèdent une capacité exceptionnelle à improviser et à communiquer.


On pourrait dire que les naguals à trois points sont comme les œufs du coucou qui sont incubés dans le nid des autres oiseaux. Ils sont opportunistes, mais ils sont nécessaires. Contrairement aux naguals à quatre points, dont la liberté est de passer inaperçu, ceux à trois points sont des personnalités publiques. Ils divulguent les secrets et apportent la fragmentation des enseignements, mais sans eux les lignées de pouvoir seraient éteintes depuis longtemps.


Parmi les nouveaux voyants, la Règle dit qu'un nagual s'en va en laissant un nouveau clan. Quelques-uns, par leur surplus d'énergie énorme, sont capables d'aider à l'organisation d'une seconde, voire d'une troisième génération de voyants. Par exemple, le nagual Elías Ulloa vécut assez longtemps pour créer le clan de son successeur, et avoir une influence sur le suivant. Mais cela ne signifie pas que la lignée fourchait; tous ces groupes faisaient partie de la même ligne de transmission.


Par ailleurs, le nagual à trois points est autorisé à transmettre sa connaissance de façon radiale, ce qui conduit à la diversification des lignées. Son cocon lumineux a un effet de désintégration sur le groupe qui casse la structure linéaire de transmission, et fomente un désir de changement et d'action chez les guerriers, ainsi qu'une intense disposition à être impliqués avec leurs compagnons.


            – Est-ce ce qui s'est passé avec vous ?


            – C'est cela. Dû à ma constitution lumineuse, je n'ai aucun problème à laisser des foyers de connaissance derrière moi. Je sais que j'ai besoin d'une quantité énorme d'énergie pour remplir ma tâche, et que je peux seulement l'obtenir d'une masse. Pour cette raison, que je suis disposé à diffuser largement la connaissance, à transformer et redéfinir les paradigmes.

 

La portion de la règle concernant le nagual à trois points

 

            – Comme tu le sais, reprit Carlos, mon maître prit conscience de la Règle du nagual à trois points quand il essaya d'analyser certaines anomalies à l'intérieur du nouveau groupe. Apparemment, je n'étais pas synchronisé avec le reste des apprentis. Alors il me consacra suffisamment d'attention pour voir que je masquais ma configuration énergétique.

            – Voulez-vous dire que la vision de don Juan était une méprise ?

            – Bien sûr que non ! rétorqua Carlos, ce qui le trompa était sa considération. Voir est la forme finale de la perception; il n'y a pas d'apparences, il est donc impossible de confondre. Cependant, en raison de la pression qu'il projeta sur moi pendant des années, mon énergie lutta pour se mouler à la sienne. C'est très commun chez les apprentis. Comme il était divisé en quatre compartiments, j'ai commencé à manifester une charge énergétique similaire dans mes actions.


Une fois que je fus capable de me débarrasser de son influence – ce qui me pris presque dix années de travail ardu –, nous découvrîmes quelque chose d'étonnant : ma luminosité n'avait que trois compartiments; cela ne correspondait pas à une personne moderne et ordinaire qui n'en a que deux, ni à un nagual. Cette découverte fut un grand choc dans le groupe de voyants, car ils le virent tous comme un changement profond et important pour la lignée.
Alors, don Juan revint à la tradition de ses prédécesseurs, et dépoussiéra un aspect oublié de la Règle.

 

Il me dit que l'élection d'un nagual ne peut en aucune manière être considérée comme un caprice personnel, car en tous temps, c'est l'esprit qui choisit le successeur d'une lignée. Par conséquent, mon anomalie énergétique faisait partie d'un ordre. Face à toutes mes questions urgentes, il m'assura qu'un messager apparaîtrait en temps voulu, et m'expliquerait la fonction de ma présence en tant que nagual à trois points.


Des années plus tard, durant une visite dans l'une des salles du musée national d'Anthropologie et d'Histoire, j'observai un Indien habillé d'un costume tarahumara à l'ancienne mode, qui paraissait avoir un grand intérêt pour l'une des pièces exposées. Il l'examinait de tous les côtés et montrait une telle concentration que cela  éveilla ma curiosité. Je me rapprochai alors pour regarder.


Quand il me vit, l'homme commença à m'expliquer la signification d'un groupe d'excellents dessins, soigneusement sculptés dans la pierre. Puis, tandis que je méditais sur ce qu'il venait de me raconter, je me souvins de la promesse de don Juan, et réalisai que cet homme était un envoyé de l'esprit qui venait de me transmettre la portion de la Règle concernant le nagual à trois points.

            – Et que dit cette portion, Carlos ? 

            – Elle affirme que, tout comme le clan a une matrice d'énergie de nombre dix-sept (deux naguals, quatre femmes rêveurs, quatre femmes traqueurs, quatre guerriers mâles, et trois éclaireurs), la lignée, qui est formée par une succession de clans, a aussi une structure de pouvoir, de nombre cinquante-deux. L'ordre de L'Aigle est qu'à chaque cinquante-deuxième génération de naguals à quatre points, apparaisse un nagual à trois points, qui a une action cathartique pour la propagation de nouvelles lignées à quatre points.


La Règle dit aussi que les naguals à trois points sont destructeurs de l'ordre établi, parce que leur nature n'est ni créative ni nourrissante, et ils ont tendance à asservir tous ceux qui les entourent. Elle ajoute que ces naguals doivent parvenir seuls à la liberté, parce que leur énergie n'est pas réglée pour guider des groupes de guerriers.


Comme tout dans le monde de l'énergie, le bloc de cinquante-deux générations est divisé en deux parties; les vingt-six premiers se consacrent à l'expansion et à la création de nouvelles lignées, le reste est orienté vers la conservation et l'isolement. Ce modèle de comportement a été répété millénaire après millénaire, c'est pourquoi les sorciers savent que c'est une partie de la Règle.


En résultante des activités du nagual à trois points, la connaissance devient largement connue, et de nouvelles cellules de naguals à quatre points se forment. À partir de là, les lignées reprennent à nouveau la tradition de transmettre l'enseignement selon une forme linéaire.

            Je demandai à Carlos quelle est la fréquence d'apparition des naguals à trois points ?

            – Approximativement une fois par millénaire. C'est l'âge de ma lignée.

 

La tâche des voyants d'aujourd'hui

 

            – Par la vérification de la Règle du nagual à trois points, don Juan en déduisit qu'inévitablement le temps d'une nouvelle espèce de guerriers était proche; je les ai appelés les voyants modernes.

              Y a-t-il des particularités dans la composition lumineuse de ces guerriers ?

            – Non. À toutes les ères, le modèle de l'énergie de l'homme a été très homogène, donc l'organisation du clan est la même. Cependant, les guerriers d'aujourd'hui font l'expérience d'un glissement vers le vert dans leur luminosité, ce qui signifie qu'ils sont en train de retrouver des caractéristiques des anciens voyants. C'est quelque chose d'imprévu, bien que cela soit, bien sûr, couvert par la Règle.


La vraie différence entre les voyants du passé et ceux de notre époque est dans leur comportement. En ce moment, nous ne sommes pas sujets aux mêmes répressions que dans les ères précédentes, et par conséquent, les sorciers ont moins de restrictions. Tout cela dans un but très clair : la popularisation de l'enseignement.


J'ai vécu un moment de renouvellement. Ma tâche est de fermer la lignée de don Juan avec une clé d'or, et d'ouvrir des possibilités pour celles qui viennent plus tard. C'est pourquoi j'ai dit que je suis le dernier nagual de ma lignée, pas dans un sens absolu, mais dans un sens de changement radical.


            À ce point de l’entretien, Carlos fit une pause dans son exposé et me rappela une conversation que nous avions eue la première fois que nous nous étions rencontrés.
À cette époque, je lui avais demandé de me raconter des histoires de pouvoir. Il me répondit qu'il ne pouvait pas refuser de me répondre, mais me remettre ces histoires sans aucune direction les aurait banalisées.

            – J'espère que ce que tu as vu durant ces années a rempli tes attentes. J'ai fait ce que je pouvais, prenant en compte tes limitations et les miennes. Je sais que tu as déjà commencé à entraîner ton double de rêve; et cela garantit que tu peux continuer tout seul; ton double ne te laissera pas jusqu'à ce que tu parviennes à ta totalité. La partie théorique est terminée, et il est temps de te donner un dernier cadeau.

            Le ton de sa voix, entre familier et solennel, avec lequel Carlos me dit ces mots, me fit concentrer toute mon attention.

            – L'enseignement définitif dit que, dans la connexion avec l'intention, toute personne – qui que ce soit – qui approche le nagual, a sa place dans le contexte total de la Règle. Alors tu n'es pas seul, les sorciers attendent quelque chose de toi.


            – Quoi ? lui demandai-je, un peu confus.


            Il m'expliqua : 


            – Tous les guerriers ont une tâche. La tienne est que tu accomplisses ce que l'esprit t'a demandé de faire; c'est ta voie de pouvoir.

        Et quelle est cette tâche ?

 

            – Bien, ta mission personnelle est quelque chose que ton benefactor te communiquera un jour. Cependant, en accord avec la Règle du nagual à trois points, je poursuis une stratégie à long terme élaborée par don Juan qui t'engage avec l'intention de mon maître.


Ce qui est attendu de toi est de dire à ceux qui t'entourent : « Vous êtes libres, vous pouvez voler par vous-mêmes ! Vous avez l'information nécessaire, qu'attendez-vous ? Agissez impeccablement et voyez comment l'énergie trouve son chemin. »


Dis à tout le monde qu'avec la culmination de la lignée de don Juan, la connaissance est grande ouverte. Chaque guerrier est responsable pour lui-même, et il peut lui être donné l'occasion minimale d'organiser son propre clan.



Publié à 09:23 le 20 avril 2007 dans Les Règles
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Tenségrité et passes magiques

 

 

 

Tenségrité et Passes Magiques

 

Entretien avec Carlos Castaneda

Par Clair Baron

 

 

Qu’est-ce que la Tenségrité ?

 

        Parmi l’infinité de choses que don Juan m’a enseignées, il y a avait quelques mouvements corporels qui furent découverts par les chamans de l’ancien Mexique, pour promouvoir des états de profond bien-être physique et mental.

 

        Il disait que ces mouvements étaient appelés passes magiques par les chamans qui les ont découverts, parce que leurs effets sur les praticiens étaient vraiment stupéfiants. En pratiquant ces mouvements, ces chamans furent capables d’atteindre un superbe équilibre physique et mental.

 

Vous dites que ces mouvements furent « découverts »...

 

        Don Juan m’a expliqué que dans certains états spécifiques de conscience accrue appelés « rêver », ces hommes et ces femmes furent capables d’atteindre des niveaux d’équilibre physique optimum. Ils furent également capables de découvrir – en rêvant – les mouvements exactes qui leurs permettaient de retrouver, durant leurs heures de veille, ces mêmes états d’équilibre physique optimum.

 

Pourquoi ces mouvements ne sont pas mentionnés dans vos premiers livres ?

 

        Les passes magiques devinrent la possession la plus prisée de ces chamans du Mexique antique, qui les découvrirent. Ils les entourèrent de rituels et de mystère, et les enseignèrent uniquement à leurs initiés dans le plus grand secret. Ce fut de cette manière que don Juan les enseigna à ses apprentis : Taisha Abelar, Florinda Donner-Grau, Carol Tiggs, et moi-même. Je n’ai jamais abordé le sujet des passes magiques parce qu’elles me furent enseignées dans le secret et pour m’aider dans un besoin personnel ; c’est-à-dire que les passes que j’ai apprises étaient conçues pour moi seul, pour convenir à ma condition physique.

 

        Chacun de ses autres apprentis a reçu des passes magiques qui lui étaient exclusivement destinées, exclusivement accordées à sa configuration énergétique – à sa personnalité. Nous quatre, étant le dernier maillon de cette lignée, en sommes venus à la conclusion unanime que le secret à propos des passes magiques ne comptait plus par rapport à l’intérêt que nous avions à rendre disponible le monde de don Juan pour nos semblables.

 

        Ainsi, nous avons décidé, après une existence de silence, de joindre nos forces afin de nous occuper des passes magiques et de les sortir de leur aspect obscur. Après des années d’effort, nous avons réussi à fusionner nos quatre lignes individuelles de passes magiques en unités de mouvements modifiées, applicables par n’importe quelle constitution physique, et tous ensemble, nous sommes arrivés à obtenir un composite qui a comblé nos attentes les plus profondes. Nous appelons Tenségrité ce composite.

 

Quelle est la différence entre les passes magiques de Tenségrité et d’autres formes d’exercices comme l’aérobic ou les exercices de fitness ?

 

        La différence entre les passes magiques et l’aérobic ou le fitness, c’est que ces derniers ont été conçus pour exercer la surface des muscles du corps, tandis que les passes magiques sont une alternance de relaxation et de tension à un profond niveau physique. Les passes magiques vont au-delà de la structure musculaire, et touchent le système glandulaire : l’énergie de base du corps.

 

        Don Juan disait que les mouvements étaient considérés comme des passes magiques depuis l’instant où ils étaient formulés. Il décrivait la « magie » des mouvements comme un subtil changement dont les praticiens font l’expérience en les exécutant ; une qualité éphémère que les mouvements apportent à leurs états mentaux et physiques, une sorte de brillance, de luminosité dans les yeux. Il parlait de ce changement subtil comme d’un « contact de l’esprit » ; comme si les praticiens, à travers les mouvements, rétablissaient un lien inusité avec la force de vie qui les soutient.

 

        Il expliquait aussi que les mouvements étaient appelés passes magiques parce qu’en les pratiquant, les chamans étaient transportés, en termes de perception, vers d’autres états d’être, dans lesquels ils pouvaient ressentir le monde de manière indescriptible.

 

Que diriez-vous à ceux qui n’ont jamais fait les mouvements ? A quel moment peut-on espérer obtenir des résultats ?

 

        Les résultats positifs sont presque immédiats, si on pratique les mouvements de manière méticuleuse et quotidienne – l’augmentation d’énergie génère du calme, de l’efficacité et de la résolution. Nous voulons tous une illumination instantanée, une connaissance instantanée ; c’est notre défaut.

 

        Don Juan avait l’habitude de dire que la maladie collective de notre époque est notre total manque de résolution. Il nous répétait sans cesse que sans l’énergie suffisante, il n’y aucun moyen de concevoir la moindre authentique résolution dans nos vies. Les passes magiques, en nous aidant à emmagasiner de l’énergie, nous permettent de saisir la possibilité d’avoir une véritable résolution dans nos pensées et nos actions.

 

Magazine « The New Times », juillet 1997

 



Publié à 01:18 le 15 avril 2007 dans Carlos Castaneda interviews
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Anaheim - Les 4 vents

 

 

 

 

Rêver et traquer : un pont à deux voies

Anaheim 2004

 

 

 

        Nyei a une nouvelle fois déconseillé de prendre des notes avec un stylo mais de le faire avec nos corps d’énergie. Créer un pont entre rêver et traquer. Rêver et traquer sont les deux arches et les deux arts clefs du lignage de don Juan.

 

        Naviguer entre la première et la seconde attention. Carlos Castaneda, notre nagual, nous a laissé des outils pour naviguer. Une prémisse des voyants : le monde est un monde de vibration et d’énergie, l’énergie change, nos attitudes et nos actes reflètent cela. Les passes nous permettent d’accéder directement à cette qualité vibratoire de notre être.

 

        Nous avons plus de possibilités que nous pensons. Les passes nous aident à réveiller l’être total, l’être qui perçoit, l’expérience directe. Approchez les passes magiques comme un débutant. Allez au-delà du langage et des pensées. Activez cette structure totale par la perception sans idées et sans jugements. Les passes magiques ont été découvertes en rêve.

 

        Ce sont des états de conscience découverts par les anciens voyants : des positions spécifiques du corps donnant des états de bien-être et de conscience accrue. Il faut ramener, traquer les passes dans la conscience de tous les jours. Une des clefs : engager toute la structure de l’être total. Les passes sont des outils pour nous aider à explorer toutes les possibilités de la forme humaine. Savoir où l’on est.

 

        Faire face aux quatre directions. Rêver est très spécifique : Voler ? Être plus précis…Carlos Castaneda suggérait de commencer à voir ses mains puis de faire son jardin. Pour les voyants, il ne faut pas s’éloigner de la vie pratique de tous les jours. Vois ce qui va et ce qui ne va pas à travers la vie quotidienne. Traquer et rêver sont initiés dans la première attention. Traquez avant de rêver. Il y a 4 vents, 4 humeurs, 4 directions.

 

Est : Le centre droit, le matin, il est léger, c’est l’énergie du réveil, le côté droit, le foie, l’action immédiate, l’éveil, la lumière, la joie.

 

Nord : Il est direct, fort, simple, c’est le centre de décision, le thymus.

 

Ouest : Le centre gauche, le sentiment, le pancréas, les reins, l’action soutenue, l’endurance, le silence, le calme.

 

Sud : la matrice, la perception directe, les fibres et les filaments qui nous connectent à la Terre, la renaissance, le repos, la régénérescence, le redéploiement, la nuit, le sommeil.

 

Il faut sentir ces 4 humeurs, ces 4 vents.

 

Les mots

 

        Regarder les mots comme des vibrations, des clefs pour ouvrir des portes (de la perception) ou pour construire des murs. Les mots qui viennent de l’habitude construisent les murs. Observer notre façon de recevoir et de transmettre l’information, les effets des mots dans notre corps, le ton et la prononciation.

 

        La réaction est une habitude. Une habitude a différentes composantes, changer un de ses composantes et elle est détruit.

 

Le témoin

 

        Exercice avec le témoin sur des phrases ou des mots qui nous ont offensés. Le témoin n’a pas de jugement. Il nous permet d’avoir une vision nouvelle, un nouveau point de vue sur notre propre rôle dans la situation. Ses questions sont factuelles : rôle dans la scène, position du corps, ressenti, respiration…tous les détails. Il nous aide à faire une pause, à prendre du recul pour percevoir la totalité, ainsi que notre responsabilité.

 

        On ne veut pas assumer la responsabilité de nos actes. Accuser les autres est inscrit dans notre code génétique (validé par des expériences comportementales avec des singes). La scène n’est pas seulement décrite, elle est rejouée avec le témoin. On en change un paramètre (respiration, position, regard…) pour en modifier l’issue. Cette expérience est un exercice sérieux (pas un psychodrame) : nous prenons conscience de la position de notre point d’assemblage, nous redéployons notre énergie pour rêver et améliorer notre perception.

 

        Cet exercice nous mène à la récapitulation. Le plus difficile est d’accepter notre rôle et notre responsabilité, d’assumer l’humeur du guerrier : « Personne ne fait rien à personne et encore moins à un guerrier ». C’est l’état d’esprit enseigné par don Juan. La clef, c’est d’être capable d’assumer l’entière responsabilité de ses actes. Cesser de se plaindre et de s’apitoyer sur soi-même.

 

        On ne peut changer l’autre, on ne peut que se changer soi-même. Reconnaître sa propre responsabilité et cesser d’accuser l’autre, c’est modifier son propre ADN.

Que puis-je faire différemment, comment puis-je répondre autrement, comment sortir de la réaction ? La réaction est une forme de compassion pour soi-même et d’apitoiement sur soi-même.

 

        Nos habitudes sont des secrets. En les livrant au témoin, nous récupérons de l’énergie. Livrer nos secrets libère de l’espace en soi et les rendent impersonnels. C’est un travail de coopération. Il faut s’adapter aux autres plutôt que d’être en concurrence et dans la syntaxe du combat.

 

        Suspendre nos jugements, nous réveiller ensemble. Chaque structure s’adapte à l’énergie des autres, c’est l’interdépendance, le conscience de groupe, c’est s’ajuster aux autres. Trouver notre vision globale avec notre propre rôle dans la scène, et trouver comment répondre autrement pour se réaligner.

 

        A tout moment, nous pouvons rechercher cette pause pour effectuer ce réalignement. On peut demander de l’aide au vent, en lui posant une question, et en lui demandant d’interrompre la fixité de notre dialogue intérieur. D’autres procédés existent pour interrompre la fixité de notre dialogue intérieur.

 

        Exemple de Miles : une personne fait tinter une pièce dans une coupelle à chaque fois que X fait référence à une pensée qui l’obsède. Nous sommes des instruments de conscience. Nous sommes en train de construire un nouveau rêve.

        Il ne faut pas rechercher de grands bouleversements, mais procéder par petites touches en faisant de petits ajustements dans notre vie quotidienne. Nous sommes des êtres sociaux et c’est dans l’interaction que nous pouvons enrichir notre conscience et changer. Dans l’interaction, la part du mental est réduite par rapport à tous les autres paramètres corporels et situationnels (position, niveau d’énergie, état émotionnel…).

 

Notes d'un praticien

 



Publié à 04:58 le 14 avril 2007 dans Séminaires de Tenségrité
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La Règle du Nagual

La Règle du Nagual

        Le pouvoir qui gouverne la destinée de tous les êtres vivants s’appelle l’Aigle, non que ce soit un aigle, ou qu’il soit lié en quelque manière à un aigle, mais parce qu’il apparaît au voyant qui le voit sous l’aspect d’un aigle immense, noir de jais, dressé à la manière d’un aigle, sa hauteur atteignant l’infini.

        Tandis que le voyant contemple le noir qu’est l’Aigle, quatre explosions de lumière permettent au voyant de voir à quoi l’Aigle ressemble. La première explosion, qui est comme un coup de foudre, aide le voyant à distinguer les contours du corps de l’Aigle. Il y a des taches de blancheur qui évoquent les plumes et les serres d’un aigle. Un second coup d’éclair révèle le noir battant, créant du vent qui ressemble à des ailes d’aigle. À la troisième flambée de lumière, le voyant est placé en face d’un œil perçant, inhumain. Et le quatrième et dernier feu dévoile ce que fait l’Aigle.

        L’Aigle dévore la conscience de toutes les créatures qui, vivantes sur Terre l’instant d’avant et désormais mortes, ont flotté jusqu’au bec de l’Aigle, comme un essaim ininterrompu de lucioles, à la rencontre de celui qui les possède et qui est leur raison d’avoir acquis la vie. L’Aigle dénoue ces flammes menues, les met à plat comme un tanneur étend une peau, puis il les consomme — car la conscience est l’aliment de l’Aigle.

        L’Aigle, ce pouvoir qui gouverne les destinées de tous les êtres vivants, est le reflet de toutes les choses vivantes — de la même manière et en même temps. L’homme n’a donc aucun moyen de prier l’Aigle, de lui demander des faveurs, d’espérer miséricorde. La partie humaine de l’Aigle est trop insignifiante pour exercer un effet sur le tout.

        C’est seulement à ses actes qu’un voyant reconnaît ce que désire l’Aigle. L’Aigle, quoique insensible aux conditions de toutes les choses vivantes, a accordé un don à chacun de ces êtres. Chacun d’eux, à sa manière et dans sa mesure, possède s’il le désire le pouvoir de conserver la flamme de la conscience, le pouvoir de désobéir à l’ordre de mourir et d’être consommé. Chaque chose vivante, si elle le désire, a reçu le pouvoir de rechercher une ouverture. Pour le voyant qui voit l’ouverture, ou pour les créatures qui la franchissent, il est évident que l’Aigle a accordé ce don afin de perpétuer la conscience.

        Afin de guider les choses vivantes vers cette ouverture, l’Aigle a créé le Nagual. Le Nagual est un être double à qui la règle a été révélée. Qu’il soit sous la forme d’un humain, d’un animal, d’une plante ou de tout autre vivant, le Nagual est poussé, du fait même de sa dualité, à rechercher ce passage caché.

        Le Nagual vient par couple — mâle et femelle. Un homme double ( et une femme double ) ne deviennent le Nagual qu’après avoir reçu l’un et l’autre l’enseignement de la règle, après l’avoir comprise et acceptée dans son intégralité.

        Aux yeux des voyants, un homme Nagual ou une femme Nagual apparaissent sous l’aspect d’œufs lumineux possédant quatre compartiments. À la différence des personnes normales, qui ont deux côtés, la gauche et la droite, le Nagual a un côté gauche avec deux longues divisions, et un côté droit également divisé en deux.

        L’Aigle a créé le premier homme Nagual et la première femme Nagual en tant que voyants, et il les a aussitôt placés dans le monde pour voir. Il les a pourvus de quatre guerriers femelles — des traqueurs —, de trois guerriers mâles et d’un courrier mâle, qu’ils doivent nourrir, sublimer et conduire à la liberté.

        Les guerriers femelles s’appellent les quatre orients, les quatre coins du carré, les quatre humeurs, les quatre vents, les quatre personnalités féminines différentes qui constituent la race humaine.

        La première est l’est. Elle s’appelle ordre. Elle est optimiste, légère et douce, insistante comme une brise continue.

        La deuxième est le nord. Elle s’appelle force. Elle est fertile en ressources, agressive, directe, tenace comme un vent violent.

        La troisième est l’ouest. Elle s’appelle sentiment. Elle est portée à l’introspection, pleine de remords, rusée, sournoise comme une bouffée de vent glacé.

        La quatrième est le sud. Elle s’appelle croissance. Elle est nourrissante, bruyante, timide, tiède comme un vent chaud.

        Les trois guerriers mâles et le courrier sont représentatifs des quatre types d’activité et de tempérament masculins.

        Le premier type est l’homme de savoir, l’érudit ; c’est un être noble et serein, à qui l’on peut faire confiance ; il se consacre totalement à sa tâche, quelle qu’elle soit.

        Le deuxième type est l’homme d’action, très versatile, compagnon d’humeur capricieuse et changeante.

        Le troisième type est l’organisateur en coulisses, l’homme mystérieux, inconnaissable. On ne peut rien dire de lui parce qu’il ne laisse rien percer de lui-même.

        Le courrier constitue le quatrième type. Il est l’assistant, homme taciturne, sombre qui fait tout très bien s’il est convenablement dirigé, mais qui ne peut rien faire tout seul.

        Pour faciliter les choses, l’Aigle a montré à l’homme Nagual et à la femme Nagual que chacun des quatre types mâles et femelles parmi les hommes et les femmes de la Terre, ont des traits spécifiques dans leurs corps lumineux.

        L’érudit a une sorte de creux, une dépression plus claire dans son plexus solaire. Chez certains hommes de savoir, on dirait une brillance comme un miroir sans reflet.

        L’homme d’action a des fibres émanant de la zone de vouloir. Le nombre de ces fibres varie de un à cinq. Leur taille passe d’un simple fil à un gros tentacule semblable à un fouet, d’un mètre cinquante à deux mètres cinquante de longueur. Certains hommes ont jusqu’à trois de ces fibres développées en tentacules.

        L’homme des coulisses ne se distingue pas par un trait particulier mais par sa faculté de créer, tout à fait spontanément, une explosion de pouvoir qui bloque efficacement l’attention des voyants. En présence d’un homme de ce type, les voyants, au lieu de voir, se trouvent noyés dans des détails hors du sujet.

        L’assistant n’a aucune configuration déterminante. Les voyants le voient comme une lueur claire dans une coquille de luminosité sans défaut.

        Dans le domaine femelle, l’est se distingue à des taches presque imperceptibles dans sa luminosité, semblables à de petites zones de dépigmentation.

        Le nord possède une radiation qui recouvre tout. Le nord femelle répand une lueur rougeâtre, presque comme de la chaleur.

        L’ouest possède une pellicule mince qui l’enveloppe et qui le fait paraître plus sombre que les autres.

        Le sud a un éclat intermittent, il brille pendant un instant puis se ternit et se remet à briller.

        L’homme Nagual et la femme Nagual ont dans leurs corps lumineux deux mouvements différents. Leur côté droit bouge par vagues tandis que leur côté gauche tourbillonne.

        Sur le plan de la personnalité, l’homme Nagual est un appui, il est ferme et constant. La femme Nagual est un être en guerre et pourtant détendu, toujours conscient mais sans tension.

        Ils sont tous deux le reflet des quatre types respectifs d’hommes et de femmes, exprimant quatre manières de se conduire.

        Le premier ordre donné par l’Aigle à l’homme Nagual et à la femme Nagual a été de trouver, tout seuls, un autre groupe de quatre orients : quatre guerriers femelles, répliques exactes des traqueurs mais qui soient des rêveurs.

        Les rêveurs apparaissent au voyant avec une sorte de tablier de fibres semblables à des cheveux, disposées vers le milieu de leur corps. Les traqueurs ont le même trait distinctif en forme de tablier, mais au lieu de fibres, il y a une infinité de petites protubérances rondes.

        Les huit guerriers femelles se divisent en deux clans que l’on appelle planètes, la droite et la gauche. La planète droite se compose des quatre traqueurs. La planète gauche des quatre rêveurs. Les guerriers de chaque planète ont reçu de l’Aigle la règle de leur tâche spécifique. Aux traqueurs il est enseigné l’art de traquer ; aux rêveurs, l’art de rêver.

        Les deux guerriers femelles de chaque orient vivent ensemble. Ils sont si semblables qu’ils semblent le miroir l’un de l’autre ; et c’est seulement par l’impeccabilité qu’ils peuvent trouver, dans leur propre reflet, soulagement et encouragement.

        Les quatre rêveurs ou les quatre traqueurs se réunissent uniquement lorsqu’ils doivent accomplir une tâche épuisante ; mais en aucune circonstance les quatre ne doivent joindre leurs mains, car le contact les fait fondre en un seul être, et cela ne doit être utilisé qu’en cas de nécessité extrême, ou au moment de quitter le monde.

        Les deux guerriers femelles de chaque direction sont reliés à l’un des mâles, dans n’importe quelle combinaison qui s’avère nécessaire. Ils forment ainsi une série de quatre maisonnées, capables d’incorporer autant de guerriers qu’il en est besoin.

        Les guerriers mâles et le courrier peuvent également former une unité indépendante de quatre hommes, mais chacun d’eux peut rester solitaire, selon ce que dicte la nécessité.

        Ensuite, le Nagual et son clan ont reçu l’ordre de trouver un groupe de trois courriers, soit un groupe mâle, soit un groupe femelle, soit un groupe mixte ; il leur a été précisé que les courriers mâles devaient provenir du quatrième type d’homme, l’assistant. Les femelles devaient appartenir au sud.

        Pour être sûr que le premier homme Nagual conduirait son clan à la liberté, ne dévierait pas de sa voie et ne se laisserait pas corrompre, l’Aigle emmena la femme Nagual dans l’autre monde pour lui servir de phare et guider le clan vers l’ouverture.

        Le Nagual et ses guerriers reçurent alors l’ordre d’oublier. Ils furent plongés dans le noir et on leur donna de nouvelles tâches : la tâche de se souvenir d’eux-mêmes, et la tâche de se souvenir de l’Aigle.

        L’ordre d’oublier était si puissant que tout le monde fut séparé. Personne ne se souvint de qui il était. L’intention de l’Aigle était la suivante : s’ils étaient capables de se souvenir d’eux-mêmes, ils découvriraient la totalité d’eux-mêmes ; alors seulement, ils auraient la force et la patience nécessaires à rechercher et à affronter leur voyage définitif.

        La dernière tâche, après avoir reconquis la totalité d’eux-mêmes, était de trouver un nouveau couple d’êtres doubles et de les transformer en un nouvel homme Nagual et une nouvelle femme Nagual, en leur révélant la règle. Et comme le premier homme Nagual et la première femme Nagual n’en avaient reçu qu’une partie minime, ils devaient fournir au nouveau couple de Naguals, quatre guerriers femelles qui seraient des traqueurs, trois guerriers mâles et un courrier mâle.

        Quand le premier Nagual et son clan furent prêts à franchir le passage, la première femme Nagual les attendait pour les guider. Ils reçurent alors l’ordre d’emmener la nouvelle femme Nagual avec eux dans l’autre monde pour servir de phare à son clan, tandis que le nouvel homme Nagual restait dans le monde pour répéter le cycle.

        Pendant le séjour dans le monde, le nombre minimum sous la responsabilité d’un Nagual est seize : huit guerriers femelles, quatre guerriers mâles (en comptant le Nagual ) et quatre courriers. Au moment de quitter le monde, avec la nouvelle femme Nagual inclue dans le groupe, le nombre du Nagual est dix-sept. Si son pouvoir personnel lui permet d’avoir davantage de guerriers, il doit les ajouter, mais toujours par multiples de quatre.

Extrait du "Don de l'Aigle", Carlos Castaneda, Gallimard, 1982



Publié à 04:58 le 14 avril 2007 dans Les Règles
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la magie de remercier

 

 

 

La magie de remercier

 

 

 

        Il existe un ordre dans l’univers, c’est indiscutable. Il existe un ordre dans le visible, qu’on y accède simplement grâce à nos yeux, ou bien grâce à une extension de nos yeux tournée vers l’immensité : le télescope, ou vers l’infiniment petit : le microscope. Pourquoi devrions-nous supposer que cet ordre se limite seulement au visible et qu’il ne s’étend pas au-delà, dans l’invisible ? Pourquoi devrait-il y avoir cette fracture ou cette coupure ? Bien évidemment, tout cela relève de notre façon de considérer “ l’invisible ”, qui ne prend pas ici un sens ésotérique mais qui se rapporte plutôt à la zone des sentiments — des sentiments qui sont, pour la plupart, eux, aussi invisibles. Pourrait-il aussi y avoir un ordre cosmique au sein de cette zone des sentiments ?

 

        Comment un ordre pourrait-il exister au sein de quelque chose qui peut s’enflammer à tout moment, où les cendres paraissent n’être jamais éteintes, où les raisonnements suivent une logique étrangère à la « raison » ? Pourtant, dès que l’on prête ne serait-ce qu’un petit peu d’attention à ce qui se passe autour de nous, l’intuition, la sensation semble confirmer qu’il existe bien un ordre de cette sorte, un certain équilibre au sein même de la région particulièrement changeante et déséquilibrée de nos sentiments.

 

        Le sentiment de gratitude pourrait se révéler être un exemple flagrant et caractéristique de cet ordre. En effet, notre capacité à éprouver de la gratitude est grande, et cela, indépendamment des blessures ontologiques dont nous avons pu souffrir, indépendamment des dommages dont la majorité d’entre-nous a été l’objet durant la petite enfance — et que le nagual Carlos Castaneda évoque lorsqu’il parle de nos ailes coupées qui nous empêchent de voler, voler au sens métaphorique aussi bien qu’au sens littéral du terme.

 

        Être capable d’éprouver cette gratitude malgré ces blessures que nous avons en nous, être capable de sentir cette chaleur, cette tendresse intérieure, dirigée vers personne en particulier et en même temps dirigée vers chacun et vers chaque chose, cela est une chose abstraite et, pourtant, tendue vers les feuilles vertes qui brillent au soleil, vers le ciel bleu intense, vers la fraîcheur de l’air, la clarté du jour, l’arôme et l’humidité montant de la terre après une forte pluie, vers le silence, l’harmonie, la mémoire.

 

        Et puis, de manière inattendue quelqu’un apparaît, quelqu’un avec un visage, un nom et un prénom, mais il n’est pas le seul, il y en a d’autres, ils apparaissent les uns après les autres — hommes et femmes —, chacun d’entre eux méritant ma gratitude pour m’avoir donner le meilleur d’eux- mêmes.

 

        Soudain, je suis emportée par une vague de gratitude. Peu importe ce qu’ils sont, ces individus sont tous également présents, là, juste devant moi. La gratitude fait partie de l’ordre cosmique. Il est possible que rien ne dérange plus l’ordre cosmique que le manque de gratitude. Merci et S’il-te- plaît : ces deux simples mots régleraient-ils l’univers entier ? Quelle signification de tels mots pourrait-elle avoir en regard de l’immensité de l’univers ? Et pourtant, pourquoi lorsqu’ils font défaut tout apparaît-il déformé ? Les personnes qui ne les expriment pas s’affaissent, se détériorent et s’estompent. Ils tombent de précipices en précipices, décrivant une spirale qui les plonge jusqu’au fond de l’abîme, si jamais ils l’atteignent.

 

        Le nagual Carlos Castaneda est entré en relation avec une grande variété de personnes. Certains d’entre eux furent des sommets d’impolitesse dans leurs manières d’être. « Eh, qu’importent les manières. Est-ce que les manières ne sont pas juste une autre expression de l’ordre social ? » Oui et non, comme tout. Certaines de ces personnes qui approchèrent le nagual Carlos Castaneda furent réellement grossières. Ils pouvaient éventuellement être raffinés à plusieurs égards, voire élégants, mai s’ils criaient pour être servis et pour ordonner, ignorant totalement les mots S’il-vous- plaît et Merci. Si l’on venait à rencontrer une de ces personnes qui étaient entrées en contact avec le nagual — même peu de temps après — on ne la reconnaissait pas.

 

        Elle avait une allure semblable, mais il fallait la regarder à deux fois avant de l’appeler par son nom. Ses manières avaient changées de telle sorte qu’elle avait les mots Merci et S’il vous plaît constamment à la bouche : elle s’était rendu compte qu’il y a toujours une chose pour laquelle on peut se sentir reconnaissant, comme chacune des petites ou des grandes faveurs, ou les nombreux services que l’on nous rend durant la journée, que nous ayons payé pour cela, et plus encore si nous n’avons pas payé.

 

        Cela représente un paradoxe intéressant, compte tenu du fait que les sorciers nous enseignent en même temps de ne pas dire Pardon sans cesse. Pardon semble rait également faire partie de ces mots en relation directe avec le genre d’ordre cosmique dont nous avons parlé précédemment. Beaucoup d’entre nous — particulièrement si nous sommes des femmes — ont été élevés selon un modèle de soumission, qui a fait de nous des personnes enclines à dire Pardon, même si l’on nous marche sur les pieds. Florinda disait : « ¡Pendeja ! Excuse-toi lorsqu’il y a vraiment quelque chose pour laquelle tu dois t’excuser, mais ne soit pas un Babosa. » C’est ainsi que les personnes qui purent approcher la sphère des sorciers furent façonnées, voire ciselées. Aussi insignifiant que cela puisse paraître, le mot Merci régit tout.

 

        La modestie pénètre ceux qui l’expriment, accueillant avec gratitude ce qu’ils reçoivent, des choses sur lesquelles nous n’avons aucun « droit » intrinsèque, puisque rien ne nous est dû. Le contraire est plus souvent vrai : nous croyons que tout nous est dû. Cela s’impose si naturellement que nous ne le réalisons même pas. Ceci appartient à l’état d’esprit du « créancier », auquel nous sommes tellement habitués. Nous recevons et recevons encore sans prendre conscience du fait que nous recevons, ou de ce que nous recevons.

 

        Le flux est néanmoins constant : des senteurs de la terre à l’aube au pépiement des oiseaux au moment du coucher du soleil, en passant par le délicieux déjeuner que nous avons dégusté en excellente compagnie, aussi bien que les querelles, les maux de tête et la colère. Ils représentent tous la vie et la vie est la grâce initiale, la condition naturelle à tous les autres présents. Être capable de remercier est une forme de pouvoir, ne pas être capable de remercier est un manque de pouvoir. Ce manque de pouvoir nous entraîne en spirale vers la ruine.

 

        C’est la « chute » à laquelle les philosophies et les religions font référence, la fameuse chute de la Chrétienté. La chute dont parle Heidegger, appartiendrait-elle au monde dans lequel la gratitude fait défaut ? La Bible fait référence à la fierté et à la vanité qui emplirent le coeur de l’homme lorsqu’il découvrit que des briques pouvaient être fabriquées en faisant cuire de l’argile, et qu’avec ces briques, il était en mesure de construire tout ce qu’il désirait . Il en vint à construire une tour si haute qu’elle pouvait « toucher les cieux ». Don Juan expliqua à Carlos Castaneda que les grandes cathédrales occidentales n’étaient rien d’autre que la preuve de l’égocentrisme de l’espèce humaine.

 

        Nous pouvons nous demander ce qu’il faut en conclure quant aux gratte-ciels. L’ancien testament complète cette narration en décrivant la manière dont Jéhovah —Di eu— fut irrité par l’attitude de l’homme, si bien que lorsque la tour atteignit une certaine hauteur, Dieu créa la confusion parmi les « langues » des hommes — leurs langages — de telle manière qu’ils devinrent incapables de communiquer entre eux, ce qui empêcha toute  progression dans la construction de l’édifice.

 

        La fierté de l’homme avait grandi aussi haut que la tour qu’il avait édifiée: l’homme avait cru qu’il avait été celui qui avait construit cela, qu’il en avait été l’unique auteur. Je sais que cela peut sembler une idée assez bizarre, mais la puissance des Etats- Unis ne serait-elle pas sans relation avec l’institutionnalisation de l’acte de remercier qui existe sous la forme du jour de célébration du Thanksgiving ? Y a-t-il d’autres pays dans le monde qui célèbre l’acte de remercier ? Même si aujourd’hui, la célébration du Thanksgiving n’est devenue qu’un simple événement où l’on ne fait presque rien de plus que de se rassembler en famille pour déguster une pintade. On nous apprend qu’avec la répétition, toute l’authenticité originelle se transforme en coquille vide : la répétition appauvrie la signification.

 

        Si nous pouvions seulement retrouver cet élan originel : la chaleur, la tendresse, la joie et la gratitude qui avait dû emplir le coeur de ces premiers colons qui s’installèrent sur ces terres d’Amérique du Nord. La sorcellerie montre le lien essentiel qui existe entre la gratitude — plus précisément entre le manque de gratitude, et la chute. Nous trébuchons, puis nous tombons, et nous tombons sans fin.

 

        Le nagual Carlos Castaneda disait régulièrement à propos des gens autour de lui : « Ils ont chuté. Untel et untel ont chuté. Machin-truc a chuté. » Des chutes abyssales se sont produites par manque de gratitude. Tomber c’est perdre du pouvoir. Quiconque est au sol ne peut pas faire grande chose, jusqu’à ce qu’il s’efforce de se remettre sur pied, par lui-même ou grâce à une assistance extérieure. La chute de l’homme à laquelle il est fait référence dans toutes les religions et les philosophies constitue le moment où l’homme perd son pouvoir. Le manque de gratitude ne provoque pas seulement la perte du pouvoir, mais est intrinsèquement un manque de pouvoir. Remercier exprime le pouvoir de ressentir de la gratitude.

 

Rosa Coll est écrivain et philosophe. Ses ouvrages traitent principalement des rapprochements entre les courants philosophiques et la pensée des chamans de l’ancien Mexique. Elle a également donné des conférences durant des séminaires de Tenségrité

 



Publié à 12:33 le 12 avril 2007 dans Notes de Sorcellerie
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Les êtres cycliques

                          

                 

                              

                  Les Êtres Cycliques

 

 

        Le sujet des êtres cycliques a été amené à tous les séminaires de Tenségrité auxquels j’ai participé. Au début, le terme « êtres cycliques » n’étaient attribué qu’à Tracy Kramer et Bruce Wagner, qui faisaient partie du petit groupe de Toltec Artists et qui se déplaçaient à la plupart des séminaires avec les sorcières. Récemment, au séminaire du Colorado (Avril 1995), une explication plus détaillée de la cyclicité fut donnée par Carol Tiggs, la femme nagual.         Carol Tiggs expliqua que chacun d’entre nous est relié à un vaste nombre d’autres êtres par un filament énergétique. Tous les êtres vivants individuels qui partagent le même filament sont cycliques avec un autre. Elle dit que ces filaments d’êtres reliés entre eux sont comme des « colliers de perles chinois ». Chaque chapelet de perles représente un collier différent d’êtres énergétiques reliés dans la cyclicité. 

   

     

         La cyclicité est l’explication sorcière des souvenirs et des sentiments incongrus que beaucoup d’entre nous  s’expliquent comme étant des expériences de vie antérieure. Dans la sorcellerie il n’y a pas de passé – il n’y a que de l’énergie. La croyance de la réincarnation selon laquelle nous revenons encore et encore en tant qu’ « âme » ou « conscience » dans de nouveaux corps n’a pas été confirmée par leur voir.

 

 

          Ce à quoi nous avons affaire ce sont à nos quasi-souvenirs d’autres « êtres cycliques », auxquels nous sommes énergétiquement reliés par notre filament. Non seulement il est possible de partager des souvenirs avec nos autres « êtres cycliques », mais les rêveurs se réveillent parfois dans les corps d’autres êtres appartenant au même filament.

 

 

         Carol Tiggs raconta l’histoire d’une expérience récurrente qu’elle et le nagual Carlos Castaneda avaient eue en rêvant ensemble. Ils se sont retrouvés dans un autre monde où Carol avait un mari et un enfant qui la reconnurent. Cependant, elle ne les connaissait pas – sauf lors de précédentes rencontres depuis cette position de rêve. Son explication était qu’elle avait momentanément remplacé un des autres êtres de son « filament de cyclicité ». Le mari et la fille voyaient le visage de la femme qu’ils connaissaient – mais Carol Tiggs était à sa place. L’homme, dans cet autre monde, reconnut Carlos comme quelqu’un de « petit » qu’il connaissait.

 

 

         La femme nagual dit qu’elle et Carlos Castaneda étaient sur le même filament. Lorsque le nagual Juan Matus la « vit » la première fois à Mexico, il fut intransigeant avec Carlos, il ne devait pas la laisser partir. « Attrape-la par la jambe si tu peux ! » Dit-il. Non seulement elle était une femme nagual avec quatre sections lumineuses, mais en plus elle était aussi l’être cyclique de Carlos, car elle partageait avec lui le même filament. Cela les rendait énergétiquement compatibles – bien que cela ne fut pas au début aussi au niveau du tempérament.   

 

 

        Carol Tiggs dit que ceux d’entre nous qui participaient au séminaire étaient, en réalité, représentatifs de beaucoup de différents filaments d’ « êtres cycliques », et que ce que nous expérimentions là avait des effets considérables. D’autres membres de nos filaments allaient se retrouver à penser des choses qu’ils n’avaient jamais pensé auparavant. Si ils entendaient le nom de Carol Tiggs ou de Taisha Abelar, ou le mot Tenségrité, cela pourrait sonner familier pour eux, alors jusque là ils n’en savaient rien. Peut-être allaient-ils lire un des livres de Carlos ou des autres, et cela leur semblera déjà familier. « Nous sommes des êtres cycliques », dit Carol.

 

 

 

Notes d'un praticien américain

 

 

 



Publié à 12:25 le 12 avril 2007 dans Carol Tiggs
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6 propositions explicatives

                      

 

 

       Six propositions explicatives

     (Préambule de la seconde édition du Don de l'Aigle en espagnol)

 

        En dépit des prodigieuses manoeuvres qu’exécuta don Juan avec ma conscience, je m’obstinais des années durant à essayer d’évaluer intellectuellement ce qu’il faisait. Bien que j’eusse écrit longuement à propos de ces manoeuvres, c’était toujours depuis le point de vue de l’expérimentation et, en plus, depuis une perspective purement rationnelle. Immergé comme je l’étais dans ma propre rationalité, je ne pus reconnaître les objectifs des enseignements de don Juan. Pour comprendre la portée de ces objectifs avec un certain degré de précision, il était nécessaire que je perde ma forme humaine et que je parvienne à la totalité de moi-même.

 

        Les enseignements de don Juan visaient à me guider à travers la seconde étape du développement du guerrier : la vérification et l’acceptation totale du fait que réside à l’intérieur de nous-même un autre type de conscience. Cette étape était divisée en deux catégories. La première, pour laquelle don Juan requerra l’aide de don Genaro, se rapportait aux actions. Elle consistait à me montrer certaines procédures, actions et méthodes qui étaient destinées à exercer ma conscience. La seconde consistait à me présenter les six propositions explicatives. Les difficultés que ma rationalité rencontrait à accepter la plausibilité de que m’enseignait don Juan le menèrent à présenter ces propositions explicatives en termes identiques à ceux de mes connaissances académiques.

 

        Ce qu’il fit en guise d’introduction, fut de créer une division en moi-même au moyen d’un coup spécifique porté à l’omoplate droite ; un coup qui me faisait entrer dans un état de conscience non-ordinaire, dont je ne pouvais me souvenir une fois revenu à la normalité. Jusqu’à l’instant précis où don Juan me faisait entrer dans un tel état de conscience, je conservais le sens d’une indéniable continuité, que je pensais être le produit de mon expérience vécue. L’idée que j’avais de moi-même était d’être une entité complète qui pouvait rendre compte de tout ce qu’elle faisait. De plus, j’étais convaincu que le cadre de ma conscience, pour peu qu’il y en ait eu un, résidait dans mon cerveau.

 

        Mais, don Juan me montra avec ce coup qu’il existe un centre dans la colonne vertébrale, à la hauteur des omoplates, qui est clairement le centre d’une conscience accrue. Quand je questionnais don Juan à propos de la nature de ce coup, il m’expliqua que le nagual est quelqu’un qui dirige, un guide qui a endossé la responsabilité d’ouvrir le chemin, et qu’il doit être impeccable pour imprégner ses guerriers d’un sentiment de confiance et de clarté. C’est seulement à ces conditions qu’un nagual a la possibilité de donner ce coup dans le dos, destiné à forcer un déplacement de la conscience. Le pouvoir du nagual est ce qui permet de mener à bien la transition. Si le nagual n’est pas un praticien impeccable, le déplacement ne se produit pas, comme ce fut le cas quand je tentais, sans succès, de faire passer les autres apprentis dans un état de conscience accrue, en les frappant dans le dos, avant que nous nous aventurions sur le pont.

 

        Je demandais à don Juan ce qu’impliquait ce déplacement de la conscience. Il me dit que le nagual devait frapper sur un point précis, dont la position variait d’une personne à l’autre mais qui se situe toujours dans la région des omoplates. Un nagual doit « voir » pour localiser le point, qui est situé à la périphérie de notre luminosité, et non pas sur le corps physique lui-même ; et lorsqu’il l’identifie comme tel, il exerce dessus une poussée, plus qu’il ne le frappe, et cela crée alors une concavité, une dépression dans la boule lumineuse. L’état de conscience accrue résultant de ce coup dure le temps que dure la dépression. Certaines boules lumineuses retournent à leur forme originale par elles-mêmes, d’autres doivent être frappées en un autre point afin d’être restaurées, et d’autres ne reprennent jamais leur forme ovale.

 

        Don Juan disait que les voyants « voient » la conscience comme une pellicule d’une brillance particulière. La conscience de la vie quotidienne est une brillance qui se situe sur le côté droit, qui s’étend de l’extérieur du corps physique à la périphérie de notre luminosité. La conscience accrue est une brillance plus intense combinée avec une concentration et une célérité plus importantes, un éclat qui sature la périphérie du côté gauche. Don Juan disait que les voyants expliquent les conséquences du coup du nagual comme provoquant le déplacement temporaire d’un centre situé dans le cocon lumineux du corps. Les émanations de l’Aigle sont en réalité évaluées et sélectionnées sur ce centre. Le coup altère leur fonctionnement normal. Grâce à leurs observations, les voyants parvinrent à la conclusion que les guerriers doivent être mis dans cet état de désorientation. Le changement dans la façon dont la conscience fonctionne dans ces conditions fait de cet état un terrain idéal pour élucider les commandements de l’Aigle : cela permet aux guerriers de fonctionner comme s’ils étaient dans la conscience de tous les jours, à la différence qu’ils peuvent se concentrer sur tout ce qu’il font avec une clarté et une force sans précédent.

 

        Don Juan disait que la situation était analogue à celle qu’il avait lui-même connue. Son benefactor avait créé une profonde division en lui, le faisant se déplacer encore et encore de la conscience du côté droit à la conscience du côté gauche. La clarté et la liberté de la conscience de son côté gauche étaient en opposition directe avec la rationalisation et les incessantes défenses du côté droit. Il me dit que tous les guerriers sont plongés dans les profondeurs d’une situation identique à celle provoquée par la bipolarité, et que le nagual crée et renforce la division pour être en mesure de conduire ses apprentis à la conviction qu’il existe une conscience encore inexplorée au sein des êtres humains.

 

1. Ce que nous percevons comme étant le monde sont les émanations de l’Aigle.

 

        Don Juan m’expliqua que le monde que nous percevons n’a pas d’existence transcendantale. Puisque nous sommes familiarisés avec lui, nous pensons que ce que nous percevons est un monde d’objets existant tels que nous les percevons, alors qu’en réalité, il n’existe pas un monde d’objets, mais plutôt un univers fait des émanations de l’Aigle. Ces émanations représentent la seule réalité immuable. C’est une réalité qui englobe tout ce qui existe, le perceptible et l’imperceptible, le connaissable et l’inconnaissable. Les voyants qui voient les émanations de l’Aigle les appellent commandements à cause de leur force contraignante.

 

        Toutes les créatures vivantes sont contraintes d’utiliser les émanations, elles les utilisent sans appréhender ce qu’elles sont. L’homme ordinaire les interprète comme étant la réalité. Et les voyants qui voient les émanations les interprètent comme étant la règle. En dépit du fait que les voyants voient les émanations, ils n’ont pas de moyens de savoir à quoi correspond ce qu’ils voient. Plutôt que de s’enfermer dans d’inutiles conjectures, les voyants s’intéressent à spéculer de manière fonctionnelle sur la manière d’interpréter les émanations de l’Aigle.

 

        Don Juan affirmait qu’avoir l’intuition d’une réalité qui transcende le monde que nous connaissons reste du niveau de la conjecture ; il ne suffit pas à un guerrier de conjecturer sur le fait que les commandements de l’Aigle sont instantanément perçus par toutes les créatures vivantes sur Terre, et qu’aucune d’entre-elles ne les perçoit de la même manière. Les guerriers doivent essayer d’être les témoins du flot des émanations et voir la façon dont l’homme et les autres êtres vivants les utilisent pour construire leur monde perceptible. Quand je proposais d’utiliser le mot « description » à la place des émanations de l’Aigle, don Juan me dit qu’il ne faisait pas une métaphore. Il dit que le mot « description » présuppose un accord humain, et que ce que nous percevons découle d’un commandement dans lequel les accords humains ne rentrent pas en ligne de compte.

 

2. L’attention est ce qui nous permet de percevoir les émanations de l’Aigle, en les « écrémant »

 

        Don Juan disait que la perception est une faculté physique que les créatures vivantes cultivent ; le résultat de ce développement est connu par les voyants comme « l’attention». Don Juan décrivait l’attention comme l’action d’accrocher et de canaliser la perception. Il disait que cette action est notre plus singulier accomplissement, couvrant tout le spectre des alternatives et des possibilités humaines. Don Juan établit une distinction précise entre alternatives et possibilités. Les alternatives humaines sont ce que nous sommes formés à choisir en tant que personnes fonctionnant au sein de l’environnement social. Notre panorama dans ce domaine est très limité. Les possibilités humaines sont ce que nous sommes capables d’accomplir en tant qu’être lumineux.

 

        Don Juan me révéla un schéma de classification de trois types d’attention, en insistant sur le fait que le mot « type » était une appellation erronée. En fait, il s’agit de trois niveaux de connaissance : la première, la seconde et la tierce attention ; chacune d’entre elles étant un territoire indépendant, intrinsèquement complet. Pour un guerrier qui se situe aux étapes initiales de son apprentissage, la première attention est la plus importante des trois.

 

        Don Juan disait que ces propositions explicatives étaient des tentatives pour ramener au premier plan la manière dont fonctionne la première attention, ce qui nous échappe complètement. Il considérait comme étant impératif pour les guerriers de comprendre la nature de la première attention s’ils voulaient s’aventurer au sein des deux autres. Il m’expliqua que la première attention à été formée à se déplacer instantanément à travers un spectre entier d’émanations de l’Aigle, absolument sans que cela soit souligné, afin d’atteindre des « unités de perceptions » que chacun d’entre-nous a appris à percevoir.

 

        Les voyants appellent cette prouesse de la première attention : « écrémer», car cela implique la capacité à supprimer les émanations superflues et à sélectionner celles qui doivent être mises en valeur. Don Juan expliqua ce processus en prenant comme exemple la montagne que nous voyions à ce moment-là. Il soutint que ma première attention, au moment de voir la montagne, avait écrémé une quantité infinie d’émanations pour obtenir un miracle de la perception ; un écrémage que tous les êtres humains connaissent, car chacun d’entre eux est parvenu à le faire par lui-même.

 

        Les voyants disent que tout ce que la première attention supprime pour obtenir un écrémage ne peut être en aucune manière être récupéré par la première attention. Une fois que nous apprenons à percevoir en termes d’écrémage, nos sens cessent d’enregistrer les émanations superflues. Pour élucider ce point, il me donna un exemple d’écrémage : « le corps humain ». Il dit que notre première attention est totalement inconsciente des émanations qui composent la coquille lumineuse externe du corps physique. Notre cocon ovale n’est pas sujet à perception ; Les émanations qui l’auraient rendu perceptible ont été rejetées au bénéfice de celles qui permettent à la première attention de percevoir le corps physique tel que nous le connaissons.

 

        Dès lors, le but perceptuel que les enfants doivent atteindre en grandissant consiste à apprendre à isoler les émanations appropriées pour être capable de canaliser leur perception chaotique et de la transformer en première attention ; en réalisant cela, ils apprennent à construire un écrémage. Tous les êtres humains adultes qui entourent les enfants leur apprennent comment écrémer. Tôt ou tard, les enfants apprennent à contrôler leur première attention dans le but de percevoir les écrémages en termes similaires à ceux de leurs professeurs.

 

        Don Juan ne cessait jamais de s’émerveiller de la capacité des êtres humains à mettre de l’ordre dans le chaos de la perception. Il affirmait que chacun d’entre nous est, de son propre fait, un magicien accompli, et que notre magie consiste à représenter la réalité à partir de l’écrémage que notre première attention a appris à construire. Le fait que nous percevons en termes d’écrémage est le commandement de l’Aigle, mais percevoir les commandements comme des objets est notre pouvoir, notre don magique.

 

        D’un autre coté, notre travers est que nous finissons toujours par être unilatéraux, en oubliant que les écrémages ne sont réels que dans le sens où nous les percevons comme réels, par le pouvoir que nous avons à le faire. Don Juan appelait cela une erreur de jugement qui détruit la richesse de nos mystérieuses origines.



Publié à 10:04 le 12 avril 2007 dans Notes de Sorcellerie
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6 propositions explicatives (suite)

3. Le produit de l’écrémage est transformé en sens par le premier anneau de pouvoir

 

        Don Juan disait que le premier anneau de pouvoir est la force qui découle des émanations de l’Aigle pour affecter exclusivement notre première attention. Il expliqua qu’il a été représenté tel un « anneau » à cause de son dynamisme, de son mouvement ininterrompu. L’appellation « anneau de pouvoir » provient premièrement de son caractère compulsif, et deuxièmement de sa capacité unique à interrompre ses travaux, à les modifier ou à renverser leur direction. Ce caractère compulsif apparaît plus évident en considérant le fait qu’il ne pousse pas uniquement la première attention à construire et à perpétuer l’écrémage, mais qu’il exige également un consensus de tous les participants. Chacun d’entre nous se voit exiger un accord complet sur la reproduction fidèle des écrémages, attendu que la conformité au premier anneau de pouvoir doit être totale.

 

        C’est précisément cette conformité qui nous donne la certitude que les écrémages sont des objets qui existent en tant que tels indépendamment de notre perception. De plus, le caractère compulsif du premier anneau de pouvoir ne cesse pas après l’accord initial, mais il demande que nous renouvelions constamment cet accord. Notre vie entière doit s’opérer dans ce sens, comme si, par exemple, chacun de nos écrémages était le tout premier pour l’être humain en termes de perception, en dépit des langages et des cultures. Don Juan concédait que bien que tout ceci soit trop sérieux pour être pris à la rigolade, le caractère contraignant du premier anneau de pouvoir est si intense qu’il nous force à croire que si « la montagne » pouvait avoir une conscience propre, elle se considérerait elle-même comme l’écrémage que nous avons appris à construire.

 

        La caractéristique la plus précieuse du premier anneau de pouvoir pour un guerrier est sa singulière capacité à interrompre son flux d’énergie ou à le suspendre totalement. Don Juan disait que c’est une capacité latente qui existe en chacun de nous comme une unité d’appui. Dans notre monde étroit d’écrémage, il n’est nul besoin de s’en servir. Puisque nous sommes si efficacement soutenus et protégés par le maillage étroit de notre première attention, nous ne réalisons pas du tout, ni même vaguement, que nous avons des ressources cachées.

 

        Néanmoins, si nous pouvions choisir une autre alternative, comme l’option que le guerrier possède d’utiliser la seconde attention, la capacité latente du premier anneau de pouvoir commencerait à fonctionner et pourrait être utilisée avec des résultats spectaculaires. Don Juan soulignait le fait que le plus grand accomplissement des sorciers est le processus d’activation de cette capacité latente ; il appelait cela bloquer l’intention du premier anneau de pouvoir.

 

        Il m’expliqua que les émanations de l’Aigle, qui ont déjà été isolées par la première attention de façon à construire le monde de tous les jours, exercent une pression inflexible sur la première attention. Pour que cette pression cesse de s’exercer, l’intention doit être déplacée. Les voyants appellent cela une obstruction ou une interruption de notre premier anneau de pouvoir.

 

4. L’intention est la force qui met en mouvement le premier anneau de pouvoir

 

        Don Juan m’expliqua que l’intention ne se réfère pas au fait d’avoir une intention, ou de souhaiter telle ou telle chose, mais qu’elle se rapporte plutôt à la force impondérable qui nous pousse à nous comporter selon ce qui peut être décrit comme l’intention, le souhait, la volonté, etc. Don Juan ne la présentait pas comme une condition de l’existence, provenant de chacun, comme peuvent l’être les habitudes issues de la socialisation ou des réactions biologiques, mais plutôt comme une force personnelle, intime que nous possédons et utilisons individuellement comme une clef qui déplace de manière satisfaisante le premier anneau de pouvoir.

 

        L’intention est ce qui conduit notre première attention à se focaliser sur les émanations de l’Aigle au sein d’un certain cadre. Et l’intention est aussi ce qui commande au premier anneau de pouvoir d’entraver ou d’interrompre le flux de l’énergie. Don Juan me suggéra de concevoir l’intention comme une force invisible qui existe dans l’univers, n’ayant pas connaissance d’elle-même, mais affectant pourtant chaque chose: une force qui crée et soutient les écrémages. Il affirmait que les écrémages doivent se recréer sans cesse afin d’être imprégnés du sentiment de continuité. Pour récréer à chaque fois les écrémages avec la fraîcheur nécessaire à construire un monde vivant, nous devons en avoir l’intention à chaque fois que nous les construisons. Par exemple, nous devons avoir l’intention de « la montagne » dans toute sa complexité pour que l’écrémage se matérialise complètement.

 

        Don Juan disait que, pour un spectateur, dont le comportement serait basé uniquement sur la première attention, sans l’intervention de l’intention, « la montagne » apparaîtrait sous la forme d’un écrémage complètement différent. Elle pourrait apparaître sous l’aspect de l’écrémage « forme géométrique » ou « vague tache de couleur ». Pour que le produit de l’écrémage « montagne » soit complet, le spectateur doit en avoir l’intention, même si cela se produit de manière involontaire sous la force contraignante du premier anneau de pouvoir, ou de manière préméditée, par le biais de l’entraînement du guerrier.

 

        Don Juan me fit remarquer qu’il existe trois manières pour l’intention de venir jusqu’à nous. La plus prédominante des trois est connue par les voyants comme étant «l’intention du premier anneau de pouvoir». C’est une intention aveugle qui vient à nous de manière fortuite. C’est comme si nous nous trouvions sur son chemin, ou comme si l’intention se trouvait sur le nôtre. Nous nous trouvons inévitablement pris dans les mailles de son filet sans avoir le moindre contrôle sur ce qui nous arrive.

 

        La seconde manière est quand l’intention vient à nous de son propre chef. Cela requiert de notre part un degré considérable de volonté, un sens de la détermination. C’est seulement grâce à notre capacité à agir en tant que guerriers que nous pouvons nous placer volontairement sur le chemin de l’intention ; nous l’appelons, pour ainsi dire. Don Juan m’expliqua que son insistance à agir en tant que guerrier impeccable n’était rien de plus qu’un effort pour faire savoir à l’intention qu’il se mettait lui-même sur son chemin. Don Juan disait que les guerriers appellent ce phénomène « pouvoir ». Ainsi, lorsqu’ils parlent d’avoir du pouvoir personnel, ils font référence à l’intention venant à eux volontairement. Le résultat, me disait-il, peut- être décrit comme la capa cité à trouver de nouvelles solutions, ou la capacité d’influer sur les gens ou les évènements.

 

        C’est comme si d’autres possibilités, auparavant resté es inconnues du guerrier, devenaient soudainement apparentes. De cette manière, un guerrier impeccable ne planifie jamais rien à l’avance, mais ses actions sont si décisives qu’il semble que le guerrier ait calculé en amont chaque facette de son activité.

 

        La troisième façon par laquelle nous rencontrons l’intention est la plus rare et la plus complexe des trois ; elle se produit lorsque l’intention nous autorise à s’harmoniser avec elle. Don Juan décrivait cet état comme le véritable moment de pouvoir : le point culminant d’efforts de toute une vie de quête d’impeccabilité. Seuls les guerriers suprêmes l’obtiennent, et aussi longtemps qu’ils sont dans cet état, l’intention se laisse manoeuvrer par eux à volonté. C’est comme si l’intention avait fusionné avec ces guerriers, et ce faisant, les transformait en force pure, dénuée de conception a priori. Les voyants appellent cet état « l’intention du second anneau de pouvoir» ou « volonté ».

 

5. Le premier anneau de pouvoir peut être arrêté par un blocage fonctionnel de la capacité à construire des écrémages

 

        Don Juan disait que la fonction des non-faires est de créer une entrave à la focalisation qu’exerce habituellement notre première attention. Les non-faires sont, en ce sens, des manoeuvres destinées à préparer la première attention au blocage fonctionnel du premier anneau de pouvoir, ou en d’autres termes, à l’interruption de l’intention. Don Juan m’expliqua que ce blocage fonctionnel, qui est la seule méthode pour utiliser de manière systématique la capacité latente du premier anneau de pouvoir, représente une interruption temporelle que le benefactor crée dans la capacité du disciple à construire des écrémages.

 

        C’est une intrusion, artificielle, puissante et préméditée, dans la première attention, exécutée dans le but de la pousser au-delà des apparences que les écrémages nous présentent ; cette intrusion s’obtient par l’interruption de l’intention du premier anneau de pouvoir. Don Juan disait que pour parvenir à cette interruption, le benefactor traite l’intention selon sa nature réelle, c’est-à-dire un flux, un courant d’énergie qui peut être finalement arrêté ou réorienté.

 

        Néanmoins, une interruption de ce genre implique une commotion d’une telle amplitude qu’elle peut forcer le premier anneau de pouvoir à s’arrêter totalement ; une situation impossible à concevoir dans des conditions normales de vie. Il est impensable pour nous que nous puissions retourner sur les pas du processus de consolidation de notre perception, mais il est possible de nous placer nous-même, sous l’impact de cette interruption, dans une position perceptuelle très similaire à celle de nos débuts, quand les commandements de l’Aigle étaient des émanations que nous n’avions pas encore chargées de sens.

 

        Don Juan disait que toute procédure utilisée par le benefactor pour créer cette interruption doit être intimement liée à son pouvoir personnel. Ainsi, un benefactor n’utilise aucune procédure pour manipuler l’intention, mais l’oriente et la met à la portée de l’apprenti au moyen de son pouvoir personnel. Dans mon cas, Don Juan accompli le blocage fonctionnel du premier anneau de pouvoir à travers un processus complexe, qui combinait trois méthodes : l’ingestion de plantes hallucinogènes, la manipulation du corps, et des manoeuvres avec l’intention elle-même.

 

        Au début don Juan se servit beaucoup de l’ingestion de plantes hallucinogènes, apparemment à cause de la persistance de mon côté rationnel. Les effets furent phénoménaux, mais retardèrent pourtant l’obtention de l’interruption qu’il recherchait. Le fait que les plantes furent hallucinogènes offrit à ma raison la justification parfaite qui lui permit de rassembler toutes ses ressources encore disponibles pour continuer à exercer son contrôle. J’étais convaincu que je pouvais expliquer de manière logique tout ce dont je faisais l’expérience, comme les incroyables prouesses que don Juan et don Genaro réalisèrent pour créer des interruptions, ainsi que les distorsions perceptuelles causées par l’ingestion d’hallucinogènes.

 

        Don Juan disait que l’effet le plus remarquable des plantes hallucinogènes était qu’à chaque fois que j’en ingérais, j’avais le sentiment particulier que tout ce qui m’entourait recelait des richesses surprenantes. Il y avait des couleurs, des formes, des détails que je n’avais jamais perçus auparavant. Don Juan utilisait cet accroissement de ma capacité à percevoir et, grâce à une série de commandes et d’observations, il me forçait à entrer dans un état d’agitation nerveuse. Par la suite, il manipulait mon corps et me faisait basculer d’un côté de la conscience à l’autre, jusqu’à j’eus des visions fantasmagoriques ou de scènes absolument réelles habitées de créatures tridimensionnelles qui ne pouvaient raisonnablement pas exister dans ce monde.

 

        Don Juan m’expliqua qu’une fois que la relation directe que nous construisions entre l’intention et les écrémages est rompue, elle ne peut jamais être réparée. A partir de ce moment-là, nous acquérons la capacité d’accrocher un courant qu’il décrivait comme étant « l’intention fantôme », ou l’intention des écrémages absents au moment ou à l’endroit de l’interruption, c’est-à-dire, une intention mise à notre disposition grâce à une certaine forme de mémoire. Don Juan affirmait que l’interruption de l’intention du premier anneau de pouvoir nous rend réceptifs et modelables; un nagual peut dès lors introduire l’intention du second anneau de pouvoir.

 

        Don Juan était convaincu que les enfants d’un certain âge se retrouvent dans une disposition de réceptivité similaire ; étant privé d’intention, ils sont prêts à être imprégnés de toute intention mise à la disposition des professeurs qui les entourent. Après ma période d’ingestion continue de plantes hallucinogènes, don Juan arrêta totalement de les utiliser. Néanmoins, il parvint à créer en moi de nouvelles interruptions, plus spectaculaires encore, en manipulant mon corps et en me déplaçant vers d’autres états de conscience, en combinant tout ceci avec des manœuvres en lien avec l’intention elle-même.

 

        Au moyen de combinaisons de séries d’instructions destinées à captiver l’attention et de commentaires adéquats, don Juan créa un courant « d’intention fantôme », et je fus alors amener à faire l’expérience des écrémages communs comme quelque chose d’inimaginable. Il engloba tout cela sous le concept « jeter un coup d’oeil dans l’immensité de l’Aigle ».

 

        Don Juan me conduisit magistralement à travers d’innombrables interruptions de l’intention jusqu’à ce qu’il fût convaincu, en tant que voyant, que mon corps montrait les effets du blocage fonctionnel du premier anneau de pouvoir. Il me dit qu’il pouvait voir une activité inhabituelle dans la zone des omoplates. Il décrivit cela comme une petite cavité qui s’était formée exactement comme si la luminosité était une couche musculaire contractée par un nerf.

 

        Pour ma part, le blocage fonctionnel du premier anneau de pouvoir eut pour effet de provoquer la disparition de la certitude, que j’avais eu toute ma vie durant, du fait que le produit de mes sens fût « réel ». J’entrais sereinement dans un état de silence intérieur.

 

        Don Juan me disait souvent que ce qui donne aux guerriers cette incertitude extrême, dont son benefactor avait fait l’expérience à la fin de sa vie, cette résignation à l’échec que lui-même vivait à présent, était due au fait que jeter un coup d’oeil à l’immensité de l’Aigle laisse chacun de nous sans espoir. L’espoir est le résultat de notre familiarité avec les écrémages et l’idée que nous les contrôlons. Dans de pareils moments, seule toute une vie de guerrier peut nous aider à persévérer dans nos efforts pour découvrir ce que l’Aigle ne nous a pas laissé voir, mais sans espoir que nous puissions parvenir un jour à comprendre ce que nous découvrons.

 

6. La seconde attention

 

        Don Juan m’expliqua que l’examen de la seconde attention doit commencer par la réalisation que la force du premier anneau de pouvoir, qui nous enferme, est une limite physique concrète. Les voyants l’ont décrite comme un mur de brouillard, une barrière qui peut être systématiquement amenée à notre conscience par le blocage du premier anneau de pouvoir, et ensuite perforée grâce à l’entraînement du guerrier.

 

        Après avoir perforé ce mur de brouillard, on entre dans un vaste état intermédiaire. La tâche des guerriers consiste alors à le traverser jusqu’à atteindre la ligne de séparation suivante, qui devra être perforée de manière à entrer au sein de ce qui est véritablement l’autre moi ou la seconde attention. Don Juan disait que les deux lignes de séparation sont parfaitement identifiables.

 

        Lorsque les guerriers perforent le mur de brouillard, ils ressentent une pression exercée sur leur corps, ou bien comme une vibration intense dans la cavité de leur corps, généralement à droite de l’estomac ou le long de la partie médiane du corps, de la droite vers la gauche. Lorsque les guerriers perforent la seconde ligne, ils ressentent un craquement aigu dans la partie supérieure du corps, quelque chose qui ressemble au son d’une petite branche sèche que l’on casse en deux.

 

        Les deux lignes qui encadrent les deux attentions, et les limitent individuellement, sont connues des voyants sous le nom de lignes parallèles. Elles limitent les deux attentions en s’étendant jusqu’à l’infini, sans jamais autoriser leur traversée, à moins d’une perforation. Entre les deux lignes existe une zone de conscience spécifique que les voyants appellent les limbes, ou monde entre les lignes parallèles. C’est un espace réel situé entre deux gigantesques commandements des émanations de l’Aigle ; émanations appartenant aux possibilités humaines de la conscience. L’une est le niveau qui crée le moi de la vie de tous les jours, et l’autre est le niveau qui crée l’autre moi.

 

        Les limbes étant une zone transitoire, les deux champs d’émanations s’étendent l’un pardessus l’autre. La fraction appartenant au niveau que nous connaissons, et qui s’étend dans cette zone, accroche une portion du premier anneau de pouvoir. Ainsi,  la capacité du premier anneau de pouvoir à construire les écrémages nous fait percevoir une série d’écrémages dans les limbes qui sont quasiment comme ceux de la vie de tous les jours, à l’exception qu’ils apparaissent grotesques, insolites et distordus.

 

        Ainsi les limbes possèdent des caractéristiques spécifiques qui ne changent pas arbitrairement à chaque fois que l’on y pénètre. Il y a à l’intérieur des limbes, des caractéristiques physiques qui ressemblent aux écrémages de la vie de tous les jours. Don Juan affirmait que la sensation de lourdeur dont on fait l’expérience dans les limbes est due à la charge croissante qui a été placée sur la première attention. Dans la zone située juste derrière le mur de brouillard nous pouvons encore nous comporter tel que nous le faisons normalement ; c’est comme si nous nous trouvions au sein d’un monde grotesque mais reconnaissable.

 

        A mesure que nous pénétrons plus profondément à l’intérieur, au-delà du mur de brouillard, il devient progressivement plus difficile de reconnaître les caractéristiques du moi connu ou de se comporter comme tel. Il m’expliqua qu’il était possible de faire en sorte que n’importe quoi d’autres apparaissent à la place du mur de brouillard, mais que les voyants ont opté pour accentuer ce qui consomme le moins d’énergie : visualiser le mur de brouillard ne demande aucun effort. Ce qui existe au-delà de la seconde ligne de séparation est connu des voyants comme étant la seconde attention, ou l’autre moi, ou le monde parallèle ; et l’action de traverser d’un bord à l’autre est connue comme « traverser les lignes parallèles ».

 

        Don Juan pensait que je pourrais assimiler ce concept plus profondément s’il me décrivait chaque domaine de la conscience comme une prédisposition perceptuelle spécifique. Il me dit qu’au sein du territoire de la conscience de tous les jours, nous sommes enfermés dans les prédispositions perceptuelles spécifiques de la première attention sans possibilité d’y échapper.

 

        A partir du moment où le premier anneau de pouvoir commence à construire des écrémages, la manière de les produire devient notre prédisposition normale de perception. Briser la force unificatrice de la prédisposition perceptuelle de la première attention implique de briser la première ligne de séparation. La prédisposition normale de perception passe alors dans la zone intermédiaire située entre les lignes parallèles.

 

        On continue à construire des écrémages de manière pratiquement normale pendant un certain laps de temps. Mais plus on approche de ce que les voyants appellent la seconde ligne de séparation, plus la prédisposition perceptuelle de la première attention commence à céder, à perdre de sa force. Don Juan disait que cette transition est marquée par une soudaine incapacité à se souvenir ou à comprendre ce que l’on est en train de faire.

 

        Lorsque l’on approche de la seconde ligne de séparation, la seconde attention commence à agir sur les guerriers qui ont entrepris le voyage. S’ils sont inexpérimentés, leur conscience se vide, elle s’efface. Don Juan soutenait que la cause de cela provient du fait qu’ils approchent un spectre des émanations de l’Aigle qui ne possède pas encore de prédisposition perceptuelle systématique. Mes expériences avec la Gorda et la femme Nagual au-delà du mur de brouillard étaient un exemple de cette incapacité. J’ai voyagé jusqu’à l’autre moi, mais je ne fus pas en mesure de me figurer ce que nous avions fait pour la simple raison que ma seconde attention restait encore informulée et cela m’ôtait la possibilité de formuler ce que j’avais perçu.

 

        Don Juan m’expliqua que l’on commence à activer le second anneau de pouvoir en forçant la seconde attention à sortir de sa léthargie. Le blocage fonctionnel du premier anneau de pouvoir accomplit cela. Ensuite, la tâche du maître consiste à recréer la condition qui a enclenché le premier anneau de pouvoir, la condition de saturation par l’intention. Le premier anneau de pouvoir est mis en mouvement par la force de l’intention donnée par ceux qui nous apprennent à effectuer l’écrémage. En tant que professeur, il me donna ainsi une nouvelle intention qui devait créer un nouvel environnement perceptuel.

 

        Don Juan disait qu’une vie entière d’une discipline incessante, que les voyants appellent intention inflexible, est nécessaire pour rendre le second anneau de pouvoir capable de construire les écrémages qui appartiennent à l’autre niveau des émanations de l’Aigle. Dominer la prédisposition perceptuelle du moi parallèle est un exploit d’une valeur inestimable que peu de guerriers accomplissent. Silvio Manuel était l’un de ceux-là.

 

        Don Juan m’avertit du fait qu’on ne doit pas essayer de la dominer délibérément. Si cela arrive, cela doit se produire selon un processus naturel qui se déroule sans un grand effort de notre part. Il m’expliqua que la raison de cette indifférence repose sur la considération pratique que lorsqu’elle est dominée, elle devient simplement très difficile à briser, puisque le but que les guerriers poursuivent activement est la rupture des deux prédispositions perceptuelles pour pénétrer finalement dans la liberté de la tierce attention.



Publié à 10:03 le 12 avril 2007 dans Notes de Sorcellerie
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Séminaire d'Amsterdam 2003

 

 

Faire face au temps qui vient

Amsterdam, juin 2003

 

 

        Introduction de Nyei sur le monde cognitif des voyants, une façon différente de percevoir le temps et l’espace. Faire face au connu, à l’inconnu  et à l’inconnaissable, faire face au temps qui vient.

 

Unité de la lignée de don Juan.

Développer et incorpore des unités de conscience.

Les chamans sont des praticiens des arts de rêver et traquer.

Un de ces arts est celui de traquer. C’est un état de conscience différent. De ces états de conscience différents viennent les passes magiques.

 

        Prémisse : L’Univers n’est pas un monde d’objets, c’est un monde d’énergie. Comment la perçoit-on ? Il est important de connaître la perception de la Tenségrité qu’en ont les nouveaux praticiens. Importance des débutants et de leur vision fraîche

 

        Question aux débutants : qu’avez-vous perçu la première fois ?

        Réponses : Chaleur, vague, courant électrique, connexion, détachement. Le connu et l’inconnu… Découvrir des choses de cet inconnu, son mystère.

 

        Une autre prémisse est le point d’assemblage, là où s’assemble la perception. Le point d’assemblage bouge ; impulsion dans ce point et assemblage d’une nouvelle perception qui s’assemble, se transforme en données sensorielles.

 

        Nous effectuons des mouvements légers du point d’assemblage. Dans la traque, il y a déplacement en un instant du point d’assemblage. Sentir la connexion, l’unité. L’art de traquer, c’est devenir conscient de ces petits mouvements du point d’assemblage.

 

        Un autre état de conscience est appelé rêver. Dans l’état de rêve, le dialogue intérieur est stoppé, c’est le silence intérieur. Il y a un sentiment de vitalité immense dans le rêve,  d’accroissement de l’énergie, de conscience élargie. Les anciens sorciers ont remarqué que dans l’état de rêve, le corps adoptait les positions qui correspondaient à cet accroissement d’énergie et de conscience des choses, et c’est de là que viennent les passes magiques.

 

        La Tenségrité est une pratique pragmatique,  il faut chercher par soi-même. Une des clés est de ne jamais être confortable avec les passes, rien n’est acquis, ne pas être en pilote automatique. Enrichir notre perception et notre conscience avec les nouveaux venus, c’est faire face au temps qui vient.

 

        La tradition des voyants est vivante, les naguals ont toujours recherché les possibilités de conscience de leur époque. Par exemple, Carlos Castaneda avec la Tenségrité. C’est une possibilité pour celui qui à l’espoir ou le désespoir d’agrandir sa conscience et sa perception. Nous devons prendre la décision de sortir de la routine, de se rendre disponible. Les passes magiques redéploient l’énergie.

 

        Le langage est un outil merveilleux pour décrire le changement. Mais le don du langage peut être utilisé dans un autre but : pour ouvrir un panorama de la perception.

 

        Il y a une possibilité d’expansion via la conscience de groupe plutôt que par une approche solitaire. Le redéploiement de l’énergie a un impact sur la sphère lumineuse. Nous avons besoin de la  masse critique pour créer une nouvelle syntaxe ; vision inspirante d’agir avec attention, respect et affection ; position du point d’assemblage de non jugement et de coopération ; mais attention, ne pas être désordonné, être conscient de ce qui nous entoure, s’adapter, en un instant on peut perdre notre sentiment de coopération. Alors nous faisons une pause, un pas en arrière, afin de revenir dans le moment présent, d’observer sa structure, son comportement et trouver cette position de la coopération.

 

        Allégorie du temps avec l’image d’un train : avancer en étant à la tête du train, au lieu de choisir de s’installer à l’arrière et de regarder les voies s’éloigner, c’est faire face au temps qui vient. L’énergie de l’arrière du train, faite de plaintes, de jugements, de pleurs, se dissipe des centres vitaux. Nous décidons de la récupérer pour être conscient, alerte, et être aux manettes.

 

        La Tenségrité offre la possibilité de travailler ensemble, ce n’est pas social, nous sommes des êtres lumineux, notre interaction est mystérieuse. Lors de rassemblements entre praticiens, il se passe des choses en dehors de la syntaxe habituelle.

        La Tenségrité est une structure architecturale faite d’intégrité et de tension, une structure où chaque membre contribue à l’ensemble, à la totalité. Changer un élément de la structure et tout le reste change. Par exemple, si on change un élément dans une habitude, toute l’habitude change.

 

        Rêver et traquer sont des arts parallèles qui se rapportent au point d’assemblage, aux petits mouvements, aux petits ajustements du point d’assemblage. Nous sommes tous des rêveurs et des traqueurs. Les petites actions fixent le point d’assemblage sur une nouvelle position. Par exemple, Einstein a cherché (rêve), puis il a fait un pas en arrière, il est allé dormir et a vu la structure complète.

 

        La traque mène au rêve et, en un instant, la totalité s’ajuste. Nous voulons aller à l’avant du train, chercher, voyager, en étant alerte et enthousiaste ; écrire, percevoir avec d’autres zones du corps.

 

        Faire face au temps qui vient : image du train, naviguer dans la conscience, à l’avant du train. La majorité de notre vie se déroule à l’arrière du train, elle est tournée vers le passé, et là nous faisons commentaires sur les autres.

 

        Suggestion : faire autre chose à l’avant du train, où les choses ne sont pas si connues. Prendre conscience de la merveille du connu et de l’immensité de l’inconnaissable.

Traquer à l’avant du train, traiter avec l’inconnu, éviter les réponses automatiques et reconnaître l’instant présent

 

 

Miles Reid et Brandon Scott

 

        Passe magique « joindre ses forces en un instant ». Cette forme nous a été enseignée par Carlos Castaneda sur une longue période. Cette passe magique, « joindre ses forces », est un legs de la lignée de don Juan, c’était une passe du nagual Lujan. Castaneda avait beaucoup d’affinités avec lui.  

 

        Cette passe vient d’une autre époque, elle vient de la seconde attention. La première attention traite du connu et de l’inconnu, la seconde attention traite du connu, de l’inconnu et de l’inconnaissable.

 

        Donc, nous sommes là pour un moment, mais nous n’agissons pas en conséquence ; nous sommes facilement offensés, nous cherchons à être reconnus…

Qu’est ce qu’un fait énergétique, qu’est ce que nous savons vraiment ?

 

        Voici quelques faits énergétiques : je suis vivant, je vais mourir, l’Univers ne cesse de changer ; nous sommes là pour un instant, ceci est fait irréductible, nous pouvons mourir en un instant.

 

        Exemple tiré d’une convention de linguistes en 2003, qui ont mis en avant les termes les plus usités ces derniers mois : « armes de destruction massive ».

 

        En un instant, on peut évoluer, si vous réalisez cela, vous pouvez le saisir, vous pouvez affronter votre rencontre avec l’infini en étant conscient. Peut être que c’est notre dernier acte sur cette Terre, nous ne sommes pas si sûrs de ce nous pensons connaître ; faire face au temps qui vient c’est traquer le connu.

 

        Un guerrier est prêt à accomplir son dernier acte ici et maintenant.

 

        Première partie de la forme « joindre ses forces en un instant » : Nous discutons, nous sommes dans l’auto-contemplation,  puis nous rencontrons quelqu’un de façon inattendue, nous adoptons une position d’agressivité, de lutte pour dominer. Le traqueur examine cela, l’homme moyen interprète par de la frustration et de la colère. Après ce combat, nous sommes défait mais nous revenons car nous sommes des êtres sociaux, nous sommes fait pour les interactions, et en un instant nous pouvons sortir de cette position.

 

        L’importance personnelle est l’ennemi du guerrier, perdre un peu de cette importance nous donne de l’énergie pour la seconde attention. Nous avons une interaction avec le monde, les êtres humains, les arbres, et même l’inconnaissable.

 

        Lorsque nous entrons dans une interaction, nous voulons être reconnu, le traqueur applique le cinquième principe de l’art de traquer : se mettre en retrait, faire une pause, occuper son esprit avec autre chose ; cela entraîne un changement physiologique dans le cerveau, ce n’est plus le cerveau reptilien qui fonctionne, à la place, c’est le silence.

 

        Après on se fait face à nouveau, changement de position, on collabore, on joint ses forces, on partage un instant et on observe le temps qui vient.

 

        Interprétation de la forme :

 

1 – Le guerrier se tient prêt, il entre en interaction, il rencontre quelqu’un et il se fige.

 

2 –  Le point d’assemblage est fixé dans une position d’auto-contemplation, que le traqueur va examiner.

 

3 – Sentiment de frustration, de défaite,  on retourne dans son coin.

 

4 – Puis on revient vers le champ d’interaction, plus d’attention est portée à retenter l’expérience.

 

5 – Chacun tire sur sa propre corde (fibres) d’énergie.

La quasi-totalité de notre énergie tend à proclamer notre importance. Se libérer de cette attitude permet l’émergence de la seconde attention.

 

        On peut répondre avec notre cerveau reptilien ou bien par un état de silence intérieur. Nous devons examiner notre lien avec l’infini.

        L’énergie s’accroît, en ce moment, elle est redéployée. En un instant, je suis là, mais je peux aussi me sentir offensé en un instant.

 

        Nous pouvons avoir de la gratitude envers n’importe quelle interaction, cela produit un impact sur ce que nous sommes, sur ce que nous sentons.

 

        Exercice 1 (5 minutes) : ce qui nous attrape en un instant. Etre aligné, en état de complétude, de bien être, d’énergie. On sort facilement de l’alignement en un instant, qu’est ce qui nous attrape et nous fait sortir de cet état, qu’est-ce qui fait retomber nos fibres lumineuses ? 

 

        Trouver un exemple récent et observer la position corporelle de cet instant, les tensions et le dialogue intérieur qui l’accompagnent et qui reviennent.

 

        L’interaction humaine est pleine de présupposés, de préjugés, de jugements, d’habitudes, de répétitions qui nous empêchent d’être dans le moment, l’instant, d’être à l’avant du train ; traquer le connu nous mène à l’inconnu.

 

        Exercice 2 : Parler avec le témoin de cette situation

 

        On peut perdre son détachement en un instant, se faire du mal ou du bien en un instant ; en un instant, on peut perdre son lien avec l’esprit ou le retrouver.

 

        Exercice 3 : Qu’est ce que tu aurais pu faire différemment pour ne pas en arriver là ?

 

        Nous faisons des actions alors que nous n’en avons pas l’énergie ; 3 à 4 minutes pour retourner dans la scène, observer des choses concrètes qui nous affectent qui ont fait qu’on s’est senti offensé en un instant.

 

        L’interaction nous permet d’accroître notre conscience.

Autre prémisse : adopter un état d’esprit de gratitude, remercier l’esprit.

 

 

La Tenségrité

 

        C’est la tension, l’intégrité, un membre bouge, tous les autres bougent, pour la conscience c’est la même chose et dans nos interactions aussi.

 

        La conscience est un environnement, comme l’air. Exemple des singes qui vivent sur différentes îles. Sur une des îles, des singes ont appris à utiliser un outil, les singes des autres îles l’ont appris aussi, sans être entrés en contact avec les premiers.

 

        Nous sommes tous connectés par la conscience. La conscience c’est se relier. Le chemin du guerrier est solitaire, dans le sens où nous sommes responsables de nos actes, responsables à cent pourcent, c’est simple et souvent on l’oublie.

 

        Deux champs sont observés dans nos interactions : la position du corps et le dialogue intérieur ; regarder, observer et changer un détail ; importance de la respiration, sans respiration il n’y a pas de nouvelles perceptions. Nous devons apprendre à oublier que nous sommes des experts. Lorsque nous prêtons attention au connu, il y a l’inconnu, à partir du moment où l’on traque le connu, on peut entrer dans l’inconnu et l’inconnaissable.

 

        Faire face au temps qui vient. Cette primauté de notre sens visuel donne un monde restreint de notre perception humaine. Nous pouvons élargir notre perception vers d’autres bandes, rester debout et faire face au temps qui vient ; les arbres ont une bande lumineuse proche des êtres humains, mais une vitesse plus lente. Le nagual parlait aux arbres, un de leur message était « ralentis un peu ».

 

        Passe magique « faire face au temps qui vient », aussi appelée l’arbre.

 

        Perception par les racines, avoir la conscience d’un arbre. Les arbres traquent avec leurs branches qui cherchent la lumière. Reconnaître les  nouvelles perceptions, parler aux arbres, le corps d’énergie est comme les racines d’un arbre, on ne peut pas le voir mais on le sent.

 

        Se déplacer dans l’inconnu. Comment traquer l’inconnaissable, on le reconnaît car il est toujours présent, quelquefois on le reconnaît, l’inconnu est en dehors de nos perceptions habituelles, il est superficiel pour l’homme ordinaire car il faut plus d’énergie pour le percevoir et on l’obtient en effaçant son importance personnelle, c'est-à-dire, quand on est pas sur la défensive.

 

        Qu’est ce qu’il y a de neuf ? Par rapport à nous, par rapport à notre sphère lumineuse.

 

        Exemple de la paix dans le monde : Nous voulons  la paix dans le monde mais sommes nous en paix nous-même ? C’est un problème de syntaxe.

 

        Premier principe : nous sommes responsable de nos actions ; deuxième principe : être impeccable, comment créer l’impeccabilité, comment utilise t-on notre énergie ? Dans l’interaction entre deux personnes, il y a souvent destruction massive car on ramène toujours tout à soi. Se poser la question : Où en suis-je, que fais-je ?

 

        Nous avons notre propre syntaxe ; notre façon de percevoir est souvent la perception du prédateur, mais nous pouvons percevoir autrement qu’en termes de nourriture et de danger, c’est cela voir l’énergie. Nous n’utilisons que la partie primitive de notre cerveau, qui est relié au plaisir, à la peur, aux menaces. Cela crée des émotions terribles qui transforment notre corps. Nous devons sortir de ce système, de ce cercle de douleur et d’isolation. 

 

        Le nagual proposait de ne pas entrer dans le champ de bataille, dans la situation. En un instant, nous pouvons changer, changer d’état d’esprit, explorer une autre possibilité, chercher, trouver, être fluide, explorer une autre forme de conscience, utiliser d’autres zones de notre cerveau. Le nagual disait souvent : « la bataille n’est pas ici entre les humains. »

 

        Peut-on être impeccable avec les autres, avec le monde ? C’est le vrai défi dans notre quotidien : créer l’impeccabilité en étant cent pourcent responsable, créer l’impeccabilité dans de petits instants, ça c’est le pouvoir.

 

        Etre spécifique : le langage nous aide à faire une pause et ralentir, il nous aide à nommer, à chercher, à élargir notre vision, à sortir de la position restreinte habituelle de notre point d’assemblage. Avec ces outils et cette nouvelle syntaxe, nous faisons de petits changements, des  ajustements dans notre vie, on ne cherche pas des états qui durent pour la vie, pas de précipitation, nous sommes ici et maintenant, le temps a une nature différente. Nous devons rendre des comptes à l’infini, utiliser le témoin, être conscient, responsable et faire ces petits changements, en un instant.

 

        Nous sommes tellement occupé à juger les autres que nous n’avons plus l’énergie de percevoir l’énergie ; nous devons stopper notre jugement pour percevoir directement.

Le guerrier doit tout faire avec affection, attention et précaution, preuve ultime de son impeccabilité : considérer les autres avec amour et affection, l’affection est une énergie abstraite que l’on manipule, elle a un sens profond, collaborer avec les autres et quelque chose vient, on est des êtres lumineux, on peut coopérer.

 

        Exercice : Se rappeler  un moment de collaboration avec quelqu’un (sentiment intérieur, position corporelle).

 

        La voie du guerrier est un chemin solitaire. Vous êtes seul responsable de  vos actes, mais vous ne le percevez qu’au travers des interactions avec autrui. Vous devez demander de l’aide, avoir un témoin, ou écouter quelqu’un d’autre et être son témoin.

 

        Vous pouvez ne pas être capable de modifier votre environnement, mais vous pouvez changer votre état d’esprit. La clé de la conscience réside dans la respiration

 

Reni Murez

 

        Elle raconte une expérience de perception directe.

Si nous n’utilisons pas nos capacités de perception, le résultat est une vision partielle et étroite du monde. S’arrêter, se tenir tranquille et faire face au temps qui vient.

 

        Après une nuit difficile, suite à une réunion de travail difficile à cause d’une personne qui bloquait une réunion, Reni se sentait mal. Taisha l’appela pour faire une promenade et l’emmena en voiture. Elles allèrent se promener dans un parc où il y avait des arbres. A un moment, elle eu une perception directe de se sentir comme un arbre, tranquille.

 

        Autre histoire racontée sur le thème de « se tenir tranquille ». A partir d’un texte des Indiens du nord ouest du Pacifique. Cette histoire a été racontée durant un séminaire qui traitait des questions  portant sur la relation avec la nature, organisé par le département d’agriculture. La conclusion du séminaire était que la coopération avec la nature est nécessaire.

 

        Responsabilité, impeccabilité : Que faites vous pour redéployer votre énergie ?

 

        Pendant ce séminaire, nous vous avons proposé des outils pour développer votre propre impeccabilité. Quand vous devenez conscient mais que vous continuez à réagir comme avant, la proposition est de s’arrêter et d’écouter.

 

        Exercice de masser les zones de mystère d’un partenaire du même sexe. Prendre le pouls de l’autre tout d’abord, ensuite silencieusement éveiller les zones de mystère, deux ou trois sur les bras (branches) et les pieds (racines) du côté gauche, puis rester silencieux à côté de la personne allongée, en communiquant par d’autres moyens que les mots. Quand on change de rôle aucun des deux partenaires ne discute

 

        La preuve ultime de l’impeccabilité du guerrier  est sa capacité à considérer ses semblables avec amour et affection ; cet exercice n’avait jamais été pratiqué en séminaire, on ne l’aurait pas proposé sans l’existence d’une masse critique d’affection.

 

        C’était une vue inspirante : tous les praticiens traitant ainsi avec une autre personne, avec soin, en étant dans la sensation et non dans l’interprétation. Vous devez continuellement être dans cette attitude, autant que vous le pouvez.

 

        Comme dans la forme de l’arbre, « faire face au temps qui vient »,  cela n’est pas lié à un rythme lent mais plutôt avec le non agir dans la précipitation et la confusion ;

Pour se calmer, en cas de besoin, respirer en baissant les mains, doigt recourbés, les ongles placés à la jonction entre les chevilles et les pieds (coup de pied), respirer et se lever, se calmer.

 

        Exercice à faire : Continuer à pratiquer la forme de l’arbre  pendant un mois, rencontrer un arbre et parler de notre expérience d’ici un mois. Prêter attention à des moments de coopération, écrire à ce propos.

 

Session de questions-réponses avec Nyei

 

        L’amour donne du sens, la peur fait aller de travers. Castaneda  agissait sans pitié et avec affection car il était sans jugement et sans apitoiement sur lui-même.

Quand on est conscient, on est responsable ; parler, énoncer les choses et elles perdent de l’importance. Le connu est entouré d’inconnu et d’inconnaissable, de mystère.

 

Notes d'un praticien français



Publié à 09:43 le 12 avril 2007 dans Séminaires de Tenségrité
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L'oeil du Prédateur - Rome 2006

 

 

L'œil du Prédateur

Rome, juin 2006

 

 

        Au début du séminaire il a été dit : « Ce séminaire va avoir un impact sur vous semblable à celui de sauter dans un gouffre. »

 

        Le cerveau humain est constitué de 3 cerveaux : le cerveau primitif, celui des mammifères, et le plus évolué qui nous est propre. Le premier a pour principales fonctions : la survie, la défense, le combat et l'attaque. Le second s'occupe plus particulièrement des émotions, il est en connexion avec le premier. Le troisième est lié au langage, au choix et aux décisions.

 

        Pour les scientifiques, les prédateurs se distinguent par une bonne vision binoculaire et des yeux situés devant le crâne. Les informations visuelles sont directement traitées par le lobe rachidien. Le lobe frontal met 20 ans pour devenir mature. Comme une bonne partie des leçons de l'enfance sont apprises avant 20 ans, alors elles sont intégrées dans les cerveaux les plus primaires. Et ce sont celles que l'on retient le mieux et qui constituent la batterie des comportements automatiques, il est même étrange de penser qu'un homme adulte va réagir comme il l'aurait fait enfant.

 

        Le cerveau le plus évolué est celui dont on se sert le moins. Les nouveaux comportements créent de nouvelles connexions neuronales dans le cerveau. Déplacer le point d'assemblage crée une connexion au corps d'énergie.

 

        Certains ne vont pas aimer cela, d'autres vont dire que ce n'est pas vrai, mais nous sommes des prédateurs !

 

Session de questions réponses à la fin du séminaire avec Teo

 

        Le séminaire commence vraiment quand il se termine, c'est maintenant qu'il commence vraiment !

 

Q : Pourquoi n'y a t-il pas de séminaire en France ?

R : Parce qu'il y a beaucoup de pays voisins qui en organisent déjà !

 

Q : Je ressens le besoin de sauter dans un gouffre !

R : Si c'est ton corps d'énergie qui te le dit là c'est différent, moi je ne suis pas prêt pour ce genre de chose ! Vous avez remarqué à la fin de la passe « Au-delà de l'oeil du prédateur », le corps d'énergie est alors proche du corps physique.

 

: Est-ce que vous êtes payé par Cleargreen ?

R : Non, si nous étions payés en moins de trois mois Cleargreen ferait faillite !

Tout l'argent récolté sert à organiser de nouveaux séminaires, de nouvelles classes, et à répondre aux emails, aux courriers, au téléphone.

 

Q : Comment fait-on pour devenir instructeur ?

R : J'étais comme vous un praticien, je suis originaire du Mexique. Oui j'ai rencontré le Nagual à une conférence et je n'ai absolument rien compris de ce qu'il disait. Intrigué, j'ai poursuivi.

 

Q : Est-il souhaitable de vivre en couple et d'avoir des relations sexuelles ?

R : Pour certains, c'est mieux de vivre seul et c'est leur défi, pour d'autres, c'est mieux de vivre en couple et c'est aussi un défi ; ces deux défis, l'un comme l'autre, se valent.

 

Q : Est ce que vous avez une petite amie ?

R : (Rires) Oui.

Q : Est ce que c'est une instructrice ?

R : (Surprise) Non !

 

        Quand on fait l'amour, on fusionne son énergie avec celle de l'autre, et c'est pour cela qu'il est préférable d'être avec une seule personne, et qu'elle aussi n'est de relation qu'avec vous.  Si votre petite amie va avec d'autres partenaires alors votre énergie va être amalgamée avec celle des autres, et si de votre côté vous avez aussi plusieurs partenaires... Je vous laisse imaginer comme il est difficile de s'y retrouver là dedans.

 

: Voyez vous les sorcières ?

R : Elles sont là autour de nous, Carol Tiggs particulièrement est autour de ce monde.

 

Q : Nous rencontrons des difficultés dans le sud de la France pour créer de nouveaux groupes.  Qu'est-ce qu'on peut faire pour faire de nouveaux groupes ? Ce n'est pas évident de trouver des salles, le groupe que nous avons à Aix est en train de se dissoudre et prend le chemin de ce qui s'est déjà passé avec celui de Marseille.

R : Quand j'étais à Mexico, il y avait 30 groupes dans la ville, alors que lorsque je suis allé vivre aux Etats Unis, j'étais dans un endroit désert où les groupes se composaient le plus souvent de 2 personnes, c'est souvent comme ça quand on est isolé les uns des autres, vous pouvez vous inscrire sur Cleargreen en tant que praticien isolé ! Les groupes se font et se défont.

 

Q : On a entendu que l'exercice du témoin était de la récapitulation active. Est-ce que cet exercice à plus d'importance que la récapitulation, il ouvre aussi de nouveaux horizons ?

R : Oui, mais je ne sais pas, cependant l'exercice du témoin est de la récapitulation active. Quand on pratique régulièrement cet exercice on fait de la récapitulation, je ne fais que l'exercice du témoin, je ne récapitule pas et ça marche ...

 

Q : Par rapport à ce qui a été dit à propos de l'exercice du testament : Est-il préférable d'avoir moins d'objet ?

R : Je ne sais pas. Cependant, quand tu as une voiture, des vêtements, un ordinateur, des meubles ... Certaines de ces choses sont indispensables pour que vous puissiez vivre, alors je ne crois pas qu'il soit souhaitable de s'en débarrasser ! Non, l'objectif de l'exercice est d'envisager à qui vous allez donner ces choses si vous mourrez, qui va s'occuper de ranger votre désordre ... ou comment vous voulez vivre si vous avez un accident ? Et aussi d'envisager ce que vous aimeriez faire avant de mourir ? Si c'est de s'inscrire sur une liste électorale alors allez y !

 

Reni Murez

 

        Certains lecteurs de Carlos Castaneda se sont imaginés que le nagual vivait toutes les interactions avec don Juan au même moment, mais ce n'est pas exact. La plupart du temps, il s'écoulait quatre mois entre chaque rencontre, dans les livres on peut avoir l'impression qu'il ne s'est écoulé qu'un seul jour.

 

        Don Juan lui a transmis des tonnes d'énergie. Le nagual est né avec quatre compartiments, mais quand don Juan l'a trouvé, il n'en avait plus que trois.

 

        Nous n'avons que deux compartiments, et chacun d’entre nous à une configuration différente d'énergie, c'est pourquoi à chacun de ses apprentis, le nagual a enseigné des choses différentes. A Nyei, il a enseigné la poésie et les textes, à Darien il a enseigné comment fabriquer des outils et des machines compliquées, ainsi que le jardinage ; à moi, il a enseigné les structures, et à Aerin, la danse et la gestuelle parce que cela correspondait à nos structures énergétiques.

 

Notes d'un praticien français



Publié à 08:03 le 12 avril 2007 dans Séminaires de Tenségrité
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La révolution des femmes

 

                  

 

 

               La révolution des femmes

 

 

        Il y a quelques années Octavio Paz, éminent poète et essayiste mexicain, répondit, au cours d’un entretien avec un journaliste, à une question à propos de la politique globale en affirmant que la seule révolution à venir, la seule viable, était la révolution des femmes. Ceci fut énoncé à une époque où la Perestroïka était encore en phase de construction et personne alors n’imaginait que le mur de Berlin put tomber ou que l’Union Soviétique put cesser d’être l’Union Soviétique.

 

        De quelque ordre qu’ils soient, la teneur ou la portée de cette révolution des femmes est ce qu’il nous reste à déterminer. C’est à nous de le faire pour la bonne et simple raison que nous sommes sur la terre ici et maintenant.

 

        « Révolution » n’est pas un mot très savoureux lorsqu’il est utilisé en référence aux femmes. Quelles autres images viennent à l’esprit que celles des suffragettes, celles qui appartiennent à l’histoire ou celle de notre époque : femmes portant des chaussures à talons plats, marchant d’un air martial, portants costumes, cheveux courts sans style et affichant sur leur visage un air renfrogné ?

 

        Comment pourrait-on ne pas s’attendre à ce que les hommes fussent effrayés ! Mais cela n’a rien à voir avec le fait d’effrayer les hommes, ou qui que ce soit d’ailleurs, et moins encore nous-mêmes. Ce qui est en jeu est une façon différente d’être au monde, une façon propre aux femmes, sans qu’il leur soit nécessaire de se transformer en hommes.

 

        C’est là que le chamanisme de la lignée de don Juan entre en scène, formulant l’intention de redéfinir la place des femmes aux côtés des hommes. Je dis intentionnellement ‘aux côtés’ et non pas « face aux hommes », à cause de la connotation conflictuelle qu’implique l’expression « face aux hommes ». Les femmes aux côtés des hommes, les hommes aux côtés des femmes, cela signifie pour les deux une nouvelle façon d’être au monde.

 

Rapprochement avec Martin Heidegger

 

        Martin Heidegger est le philosophe contemporain qui a pénétré avec le plus de profondeur et de clairvoyance les caractéristiques de la disposition d’être de l’homme — homme au sens générique d’être humain. Dans son classique et dense traité intitulé ‘Être et Temps’, Heidegger décrit, étape par étape, les observations ontologiques appartenant à la façon d’être de l’homme, appelée Da-Sein (ce qui signifie Être-là). Cette forme d’être diffère de la façon d’être des objets inanimés que Heidegger appelle « ustensiles » ou « présent-à-la-main ».

 

        Dans sa description phénoménologique, il fait une analyse détaillée de la façon d’être qui se manifeste chez l’homme ou, le Da-sein. De nos jours, le terme Da-sein a acquis un sens universel, quel que soit le langage dans lequel on l’écrit ou le prononce.

 

        Heidegger découvre trois caractéristiques ontologiques fondamentales, existentielles étant le terme employé par Heidegger : disposition, compréhension, et discours. Pour notre sujet, nous nous intéresserons à la première : la disposition.

 

        Heidegger nous montre que le Dasein n’est jamais absolument et totalement indifférent au monde, au contraire, son être-au-monde se manifeste toujours selon une certaine humeur, quelle qu’elle soit. Dans son être-au-monde, le Dasein ne peut s’empêcher d’être d’une humeur particulière, tel est le sens de disposition.

 

        Le Da-sein est toujours « déjà dans un certain état d’esprit », un fait qui nous est si familier que nous ne le percevons pas. De manière frappante, et c’est là que nous rejoignons notre thème, les seules humeurs particulières que le philosophe allemand choisies d’analyser, parmi tant d’humeurs existantes au sein du contexte de disposition, sont la peur et l’angoisse.

 

Une fenêtre sur le monde chamanique de Carlos Castaneda

 

        Le chemin vers la liberté enseignée par le nagual Carlos Castaneda est riche d’une connaissance qui comprend de nombreuses et différentes manières de le parcourir. L’une d’entre elles, par exemple, est la technique de la Récapitulation, méthode considérée comme étant de la plus haute importance. Son objectif est de ramener à la vie, de toutes les manières possibles, chacune et l’ensemble des expériences et des émotions de notre vie, en commençant par les plus récentes et en remontant aussi loin que notre mémoire nous y autorise, retournant même, si possible, jusqu’au moment de notre naissance.

 

        Le but de cette technique est la remémoration des interactions avec l’ensemble des personnes avec lesquelles nous sommes entrés en contact, même de la manière la plus infime. Mais en réalité, ce qui importe est de revivre chaque émotion, chaque sentiment, de manière à se nettoyer soi-même au moyen d’une respiration rythmée consciente. Par cette technique, nous renvoyons à l’univers toutes les expériences de notre vie.

 

        Carlos Castaneda a dit récemment — dans le nouveau prologue de son livre « Les Enseignements de don Juan », réédité à l’occasion du trentième anniversaire de sa publication (NDT : édition américaine) — que l’univers exerce une pression sur un nombre infini d’êtres organiques et inorganiques qui le peuplent, en les forçant à accroître leur conscience, et cela, de façon à accroître sa propre conscience.

 

        En vivant à nouveau chaque circonstance de notre vie – processus défini comme étant la Récapitulation – apparaissent de manière claire non seulement nos actions et les sentiments et émotions qui les accompagnent, mais également – et cela dans la mesure de l’étendue du processus de récapitulation – les motivations de nos actions, ou, en d’autres termes, les sentiments et les émotions qui les provoquent.

 

        C’est sans surprise que l’on rencontre le dénominateur commun qui est le moteur de nos actions, parfois obscurci au point de devenir indiscernable, et à d’autres moments pourtant parfaitement évident : la peur. La peur est permanente dans notre vie de tous les jours, que ce soit dans notre vie professionnelle ou dans nos fréquentations.

 

        De plus, un processus complet de récapitulation à l’intérieur de nous-mêmes nous donne la capacité de percevoir la peur sous un angle plus large : jusque derrière les décisions politiques – peur de perdre le pouvoir –, et même de la découvrir cachée au sein des convoitises qui motivent les décisions macro-économiques.

 

La disposition d’être de l’homme : la relation entre les sexes, l’angoisse et la peur

 

        La description phénoménologique faite par Heidegger dans le travail qui a été cité ci-dessus et dans son essai intitulé « Qu’est ce que la Métaphysique ? » qui fut écrit en premier lieu dans le dessein d’analyser l’angoisse (Angst en allemand) – mais aussi l’espoir, comme contrepartie de l’angoisse – constitue l’une des plus profondes perspectives philosophiques de la disposition d’être de l’homme. Dès lors, c’est à partir de cette solide et valeureuse base et perspective que j’aborderai le thème des rapports entre les sexes.

 

        Heidegger considère que l’humeur de l’angoisse est essentielle à l’être de l’homme (le Dasein) et que c’est précisément dans l’angoisse que l’homme peut reconnaître ce qu’est l’homme : un individu fini faisant face à l’infini. Pour échapper à ce fait l’espèce humaine se réfugie dans la frénésie de la vie de tous les jours, c’est-à-dire dans le discours stérile et l’ambiguïté au sein desquels l’esprit anonyme des « ils disent » et « ils font » devient la norme. Une telle fuite causée par l’angoisse conduit l’homme à une situation où le manque d’authenticité fait loi.

 

        L’homme est un être de peur car il est profondément angoissé par sa situation. L’angoisse est le territoire sur lequel germe la peur. Résumons ce qui a été discuté jusqu’ici : nous avons commencé par faire référence au mode sur lequel l’homme se situe dans le monde, suivant ainsi les traces de la description phénoménologique faite par le philosophe Martin Heidegger.

 

        Nous avons sélectionné la première caractéristique ontologique ou existentielle considérée par Heidegger comme propre à la façon dont l’être se manifeste à l’homme : la disposition. Cela signifie que l’homme se trouve toujours dans le monde selon une certaine humeur ; telle est sa façon dans le monde selon une certaine humeur ; telle est sa façon d’être-au-monde. Au sein de ce contexte, nous avons mentionné que Heidegger, dans son analyse du Dasein, étudie l’humeur de la peur soutenue par l’angoisse.

 

        De cette sorte, nous avons également vu que la tâche de récapitulation, condition sine qua none du chemin du guerrier, signale la peur comme étant la motivation principale de nos actions.

 

        En me basant sur ce que le nagual Carlos Castaneda disait souvent, à savoir que les êtres humains diffèrent peu les uns des autres, comme si nous répondions tous à une matrice commune, dès lors, ce que je découvre au cours de ma récapitulation ne peut différer de beaucoup de ce qui est découvert par les autres individus dans leur récapitulation. Castaneda ne reconnaissait-il pas ses propres soucis et problèmes dans les enregistrements des patients réalisés par le psychologue pour lequel il travaillait ?

 

        Dans notre récapitulation, nous découvrons la présence constante de la peur ; même notre langage de tous les jours nous le confirme :

        « J’ai bien peur que… », « Je crains que… », sont des expressions qui ne cessent d’apparaître dans nos conversations quotidiennes. Ainsi nous ne pouvons pas imaginer que la peur puisse être absente de nos interactions avec les mâles.

 

        En fait, en récapitulant, nous découvrons que la peur motive nombreuses de nos décisions, grandes et petites, en ce qui concerne les hommes : « Je n’ai pas le courage de lui parler » ; « Je n’ai pas le courage de lui dire ce que je ressens » ; « Je vais le perdre » ; « Je ne peux pas lui dire maintenant, je lui parlerai plus tard » ; « Je ne vais pas commander l’entrée la plus chère du menu, même si j’aime ça, peut-être ne m’invitera-t-il plus à sortir avec lui ? » ; « Je suis fatiguée de l’écouter mais… » ; « Si je ne reste pas avec lui, qu’est-ce que je vais devenir ? Ma maison vide ? » ; « Si je ne sors pas avec lui, avec qui sortirai-je ? Est-ce que je me retrouverai seule ? »

 

Sur quoi la révolution des femmes porte t-elle ?

 

        Femme et homme se trouvent l’un et l’autre sans recours au sein de la même condition ontologique : ils sont tous deux des êtres qui vont faire face à l’inconnu par eux-mêmes, tous deux des êtres qui vont mourir. Sur leur chemin, hommes et femmes s’aiment, se trompent l’un l’autre, rient et se battent, conçoivent des enfants, conçoivent des entreprises, travaillent, luttent, entrent en compétition, pas nécessairement l’un contre l’autre – ou peut-être que si ? En quoi cette révolution, que la vision acérée d’Octavio Paz a aperçue à l’horizon, consiste-t-elle ? Les révolutions ont pour la plupart été motivées par l’exaltation d’une plus grande justice.

 

        Cette révolution pourrait-elle consister à atteindre l’égalité des salaires à travail égal ? Cela peut-il être accompli en donnant aux deux sexes des chances égales ? En parvenant à une libération sexuelle ? Ce ne sont là que des transactions externes, et même si elles sont malgré tout le reflet de changements internes, il semble qu’il y ait plus à gagner qu’une conquête sociale, économique, politique et familiale déjà vigoureuse.

 

        La véritable révolution des femmes doit venir de l’intérieur, s’étendre à l’extérieur depuis les profondeurs de leur esprit. Une réponse délivrée de la peur n’est-elle pas profondément libératrice ? Imaginez être capable de fournir la réponse appropriée au moment adéquat, que ce soit à un amant, une soeur, un patron, un collègue !

 

        La liberté ne consiste-elle pas à cesser de ressentir la peur d’être abandonné par quelqu’un, que ce soit un ami, un gourou, une fille, un mari ? La liberté ne consiste-t-elle pas simplement à ne pas avoir peur ? La révolution des femmes doit être interne, liée d’une part à son pouvoir, d’autre part à sa liberté. Liberté et pouvoir, doubles instances qui sont deux aspects du même objet.

 

Liberté, affection et peur

 

        Nous avons l’intention ici de percevoir les difficultés qui sont au coeur de la transformation du lien homme femme en lien libre. Nous parlons en termes généraux, car il existe des cas – et ils semblent être de plus en plus nombreux – de liens établis en toute liberté. Les liens d’affections sont la plupart du temps pollués par la peur. Un lien d’affection au sein duquel la peur commence à gagner du terrain –peur qui est souvent celle de la perte de l’être aimé – voit décroître son affection. Si la peur entre par une porte, l’affection sort par l’autre. La liberté est le climat approprié pour que l’affection puisse fleurir. Cela est autant valable pour la relation homme/femme que pour tout autre relation.

 

        Le nettoyage d’un lien requiert au préalable une connaissance de nos motivations propres. Le nettoyage d’un lien avec un homme ne peut être entrepris à partir d’une cellule rigide, au sein d’une vie qui prétend d’un autre coté continuer comme elle l’a toujours fait. Le lien avec un homme, même s’il est important, n’est qu’un parmi les nombreux liens qui tissent la vie d’une femme. Le lien principal est néanmoins son lien avec elle-même, avec son propre corps, avec son propre esprit, avec sa pure essence.

 

        Aucun changement dans le lien avec les hommes ne peut survenir si notre essence nous reste voilée, à nous les femelles ; de là le besoin de tourner notre regard en nous-mêmes. Dès que nous affinons notre capacité d’observation, nous pouvons commencer à percevoir certains modèles qui régissent notre comportement. Par exemple : « Oh, je suis si généreuse, je suis complètement détachée, je peux abandonner n’importe quoi ! Mais comme cela est étrange ! J’ai toujours un mal fou à laisser un pourboire, je ne suis jamais à l’aise, j’ai toujours l’impression d’avoir laissé trop ou pas assez, mais ça n’a jamais l’air d’être le montant correct…

 

        Et puis, quand j’écris, j’écris avec de tout petits caractères (en dépit du fait que je ne vois pas bien) et je remplis les pages jusque dans les coins. Quelqu’un m’a dit un jour que cela est un signe d’avarice… mais cela n’est pas possible, je suis si généreuse ! »

 

        Au cours de notre récapitulation quotidienne, nous nous voyons en train d’agir. Lorsque nous avons été capable de créer quelque chose ressemblant à un voyant à nos cotés, c’est soudainement en marchant ou en travaillant que nous nous apercevons de certaines choses, des choses connectées à nos actions présentes ou passées.

 

        Le nagual Carlos Castaneda me disait que la récapitulation forme comme un fil conducteur à nos cotés, qui nous donne la capacité de récapituler au milieu de l’acte lui-même. Par exemple, ce que nous sommes en train de faire à un moment donné, dans une situation spécifique et avec une personne spécifique nous apparaît comme étant précisément ce que nous avions fait vingt ans auparavant dans une situation apparemment différente, mais en réalité identique.

 

        Ainsi nous voyons et découvrons notre mode particulier d’être-au-monde, notre disposition. Lorsque nous nous réveillons le matin nous sommes déjà dans une humeur particulière, qui peut être celle de l’optimisme ou du pessimisme, de la sérénité ou de l’angoisse, de la joie ou de la tristesse. Nous devons prendre conscience de ces humeurs, et être capable d’installer de nouvelles humeurs dans nos vies, qui nous appartiennent en propre et sont étrangères à nos façons traditionnelles d’être-au-monde.

 

        Nous avions ignoré jusqu’à présent l’existence de cette façon traditionnelle d’être-au-monde, car celle-ci était si habituelle qu’elle était pour nous comme une seconde peau, adaptée à nous-même comme un gant taillé sur mesure, néanmoins aussi inconfortable qu’un gant peut l’être.

 

Inventer une nouvelle façon d’être-au-monde

 

        Il y a plusieurs années, au cours d’un séminaire de Tenségrité à Mexico, Kylie Lundhal fit le récit de la manière dont elle avait rencontré Florinda Donner Grau et comment Florinda lui avait dit que sa tâche consistait à se reconstruire elle-même.

 

        Elle avait expliqué que c’était comme se couper un bras et en faire pousser un autre à la place. Sa tâche était de se transformer elle-même en une autre personne qui devait être capable de se comporter aussi naturellement que l’ancienne personne. Cela consistait à s’inventer une autre manière d’être-au-monde. « Cela ne veut pas dire que je parviendrai à ajouter un centimètre à ma taille » disait le nagual Carlos Castaneda, il y a des choses qu’on ne peut pas changer. Néanmoins, Kylie devait être dans le monde d’une manière différente.

 

        Telle est aussi notre tâche, cela incluant la reconstruction de nos liens avec les hommes. Ainsi nos décisions vis-à-vis des hommes ne trouveront plus de motivations comme: « Je veux être avec lui parce que je ne peux pas être seule » ou « Je veux un enfant parce que je ne sais pas quoi faire de ma vie ».

 

        Notre nouveau bras, notre nouvelle disposition pourrait être l’affection, pourquoi pas ? Une affection véritable, authentique, et profonde. Une affection abstraite, où le terme abstraite devient pratiquement synonyme d’humeur, au sens où elle ne s’adresse à aucun être en particulier, mais à tout ce qui nous entoure, aussi minuscule ou incongru qu’il puisse paraître, et où le terme affection devient quasi synonyme de gratitude : un sentiment qui englobe tout, qui n’exclue même pas nos barrières les plus ardues.

 

        De cette façon, affection et gratitude ensemble, réveillent le coeur d’une même chaleur. Tel est le terreau propice aux liens d’affections, ainsi qu’à la collaboration, à la compréhension et à l’honnêteté. Le nagual Carlos Castaneda disait que la plupart d’entre nous se considèrent comme étant immortel, au sens où nous ne prenons jamais la mort comme conseillère. Nous pensons toujours que la mort est si éloignée qu’elle ne viendra jamais nous frapper.

 

        Sans aucun doute la croyance en notre immortalité ne nous pousse pas à changer. La timidité toute puissante de l’être immortel proclame : « Pourquoi faire aujourd’hui ce que je pourrais faire demain ? J’ai tellement de temps, pourquoi me presser ? » Le sorcier accompli maintenant ce qu’il doit accomplir.

 

Une pièce infinie faite de quatre murs

 

        Il est nécessaire de nettoyer le lien entre hommes et femmes de la peur et du ressentiment qui s’y sont mêlés. Comment pourrait-on partager un bureau, une chambre ou un lit avec quelqu’un dont on a peur ou qui a peur de nous?

 

        Comme l’espace laissé par une humeur ne reste jamais vide, et qu’il n’est rempli que par une autre humeur, seul le courage peut nous permettre de remplacer la peur. De la même façon que l’affection s’éloigne lorsque la peur arrive, elle revient dès que le courage apparaît. Courage et affection vont de paire. Nous devons nous demander : le courage de quoi ?

 

        Le courage pour les femmes d’être et de nous montrer telles que nous sommes vraiment, et le courage d’agir en accord avec nos propres sentiments et nos propres désirs. Ainsi nous retrouvons notre pouvoir, sans l’avoir pris à quiconque, sans l’avoir pris aux hommes. Notre pouvoir n’est utile qu’à nous-mêmes, et à personne d’autre. Le fait que nous n’en faisions pas usage ne signifie pas que les autres puissent s’en servir, il était simplement endormi en nous-mêmes.

 

        Le pouvoir possède une caractéristique illogique : si notre pouvoir se retire, cela ne se produit pas au détriment du pouvoir authentique des autres, mais au contraire, leur pouvoir authentique s’accroît si nous faisons croître le nôtre.  Le pouvoir et l’affection se conduisent de manière similaire. Donner de l’affection ne l’appauvrie pas. Au contraire, plus nous donnons d’affection et plus nous en ressentons, plus elle s’accroît, jusqu’à devenir l'unique raison de notre existence.

 

        La connexion entre le plus haut degré d’affection et le plus haut degré de pouvoir dissout les pensées autodestructrices comme « c’est impossible » ainsi que les pensées d’autocontemplation comme « ce n’est pas convenable », aussi bien que les doutes et les réserves de même ordre qui nous hantent le plus souvent. En présence de l’affection, le pouvoir n’a pas besoin de règles ; l’affection conduit le pouvoir tel un guide naturel et génère le courage nécessaire.

 

        Une joie profonde, authentique et réparatrice peut grandir au coeur de cette mosaïque. La joie du pouvoir d’avoir été capable de le faire, quoi que nous fussions en train de faire. Quelle révolution ! : devenir celle qui embrasse et pas seulement celle qui se fait embrasser !

 

        Les femmes peuvent construire leur propre pièce de liberté avec quatre murs : affection, pouvoir, courage et joie. Cette pièce peut être infinie. Les hommes peuvent en construire une aussi. En fait, hommes et femmes ensemble peuvent habiter la même pièce infinie.

 

Rosa Coll



Publié à 03:32 le 12 avril 2007 dans Notes de Sorcellerie
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La masse critique

 

 

 

La masse critique

 

 

        « Il y a eu des hommes exemplaires qui ont rêvé d’une humanité libre. Carlos Castaneda, le sorcier, rêvait de ce qu’il appelait la “révolution de la perception” »

 

        Il y a de cela 12 ou 15 ans, le nagual Carlos Castaneda évoquait constamment le thème de la masse critique. J’eue la chance de le connaître à cette période. Il m’expliquait alors l’idée de masse critique par l’exemple des fourmis qui, me racontait-il, se déplacent de façon anarchique et s’orientent difficilement, avançant puis rebroussant chemin, tant que leur groupe n’a pas atteint une certaine masse, appelée la masse critique, qui, de son seul fait, les organise et les ordonne de telle façon qu’elles deviennent capables de s’orienter et de se diriger sans hésiter dans la direction qui leur convient.

 

        Il y a eu des hommes exemplaires qui ont rêvé d’une humanité libre. Carlos Castaneda, le sorcier, rêvait de ce qu’il appelait la « révolution de la perception ». Alors que nous étions assis dans un spacieux café à l’architecture moderne et au toit de verre, dans le quartier de Westwood à Los Angeles, il me dit que notre monde, ce monde qui nous paraît si solide, si ferme, si bien ancré, se trouve simplement soutenu par quelques fils très fins et qu’il suffit de très peu de chose, une masse critique de « percepteurs », pour que cette structure de fer se désagrège. Cette désagrégation c’est la révolution de la perception.

 

Pourquoi une révolution de la perception ?

 

        Don Juan, le maître de Carlos Castaneda lui avait appris à voir. Si voir, dans le monde de ces chamans signifie percevoir le flux de l’énergie, il signifie aussi voir dans notre monde quotidien beaucoup plus loin que ce que voit l’homme commun, même si celui-ci se trouve habitué aux perceptions intuitives. Le nagual Carlos Castaneda transperçait l’âme, si on peut utiliser ce terme, de la personne qui se trouvait en face de lui. D’un seul regard, il distinguait la tristesse profonde qui l’habitait et les raisons qui l’avaient conduite à cela ; d’un seul regard, il connaissait son degré d’audace et son degré de soumission, sa capacité à briser les règles établies et à prendre des risques.

 

        C’est pourquoi son diagnostique concernant l’homme possédait une telle force, une telle véracité, et coïncidait, bien entendu, avec le diagnostique des plus profonds philosophes contemporains et des sociologues les plus experts : l’homme est prisonnier. Mais à la différence des philosophes et des sociologues, pour Castaneda, la prison de l’homme c’est sa perception, et la liberté de l’homme c’est la liberté de percevoir. C’est cela, la grande nouveauté. Même Merleau Ponty, le penseur de la perception, n’est pas parvenu à une telle affirmation.

 

        Le fait que la prison de l’homme soit sa perception signifie que nous sommes prisonniers d’un monde déterminé dont la constitution a été établie sans notre participation active : on ne nous a pas demandé si nous voulions vivre dans ce monde-ci, nous n’avons pas eu d’autre alternative. Le sorcier voit que notre mal-être fondamental prend racine dans l’exiguïté de notre perception, bien que nous sachions, de façon sourde et impalpable, que des possibilités inouïes se trouvent à notre portée sans que nous en fassions usage.

 

        D’où la nécessité de cette révolution de la perception qui fut l’un des rêves du nagual Carlos Castaneda. Il considérait comme essentiel à la réalisation de cette révolution qu’une certaine masse de personnes partagent une nouvelle et plus vaste manière de percevoir. Cette certaine masse, inconnue, c’est la masse critique, celle qui permet aux fourmis de s’organiser autour d’un but commun, et celle qui permettra à l’humanité de briser les paramètres de sa perception quotidienne, sa prison, et de s’aventurer dans un monde différent, neuf.

 

        Le concept de masse acquiert une importance philosophique à partir du début du siècle dernier, surtout avec la publication, en 1930 de « La révolte des masses », ouvrage classique du penseur et excellent écrivain espagnol Ortegay Gasset. Par la suite, dans le courant du siècle, le concept de masse se trouve assimilé et profondément développé par la pensée philosophique et sociologique, connotant généralement une perte d’identité pour l’individu en même temps que l’acquisition d’une capacité à réaliser des actes qu’il n’accomplirait pas seul.

 

        A l’origine, la masse requiert la présence physique des individus réunis, mais, lorsque apparaît la révolution de la communication avec la radio et la télévision, l’individu n’a plus besoin de se trouver physiquement dans une situation de masse pour acquérir les caractéristiques de la massification comme, par exemple, la perte du critère personnel jusqu’à ne plus pouvoir choisir l’orientation de sa propre vie et faire en fonction de ce qui « se dit », de ce qui « se fait ».

 

        Carlos Castaneda disait que le phénomène de la masse, tel qu’il l’avait observé par rapport aux enseignements de son maître don Juan, était quelque chose d’inédit dans la sorcellerie, quelque chose que don Juan ignorait totalement. Pour Castaneda, la masse signifiait une force spéciale, quelque chose comme l’impulsion d’un moteur, une force qui manquait à l’individu réduit à sa seule personne. Pour Castaneda, les individus dans une situation de masse s’optimisent et ceux qui conduisent la masse s’optimisent pareillement.

 

        Energétiquement parlant, la masse n’est pas seulement la somme de ses membres, elle produit une énergie propre dont peuvent bénéficier tout ceux qui la composent. Ainsi nous avons pu expérimenter, lors des dizaines de séminaires de Tenségrité qui ont été donnés durant les huit ou neuf dernières années, que l’apprentissage des passes magiques, mouvements vus en rêve par les chamans de l’ancien Mexique, se faisait d’une manière beaucoup plus rapide dans une situation de masse que dans une situation individuelle ; on peut aussi faire l’expérience de cela, non seulement dans la Tenségrité, mais dans beaucoup d’autres situations d’apprentissage.

 

        Actuellement, non seulement des séminaires de Tenségrité continuent de se dérouler fréquemment, mais on trouve également, se réunissant dans les différentes villes d’un grand nombre de pays du monde, des groupes de pratique de Tenségrité et de Récapitulation (la pratique qui constitue avec la Tenségrité l’un des deux outils de base proposés par la sorcellerie de don Juan pour récupérer et redistribuer notre énergie, condition sine qua non pour l’accroissement de la perception).

 

        Tout cela est l’expression d’une situation de masse, les groupes de pratique génèrent eux-mêmes leur propre énergie qui soutient et alimente ceux qui les constituent. Que la masse critique puisse être atteinte ou non reste une inconnue, mais le rêve du nagual Carlos Castaneda d’une révolution de la perception n’a pas fini d’être rêvé.

 

Rosa Coll



Publié à 03:16 le 12 avril 2007 dans Notes de Sorcellerie
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Le voyant intérieur

 

 

 

Le voyant intérieur

 

 

        Il y a quelque temps, une personne que j’hébergeais chez moi eu un accident et je dus la conduire rapidement vers un service d’urgence. En un instant, l’endroit auquel je devais l’accompagner apparut clairement devant mes yeux, mais cette clarté fut aussitôt remplacée par l’habituelle série de raisonnements logiques : si je devais l’amener à cet endroit, je rencontrerai certainement un trafic très dense, car il était 17h30, heure à laquelle les artères principales étaient encombrées de voitures ; mieux valait l’emmener à cet autre endroit, pensai-je, vers lequel la route était plus aisée.

 

        Nous partîmes donc en direction du second endroit et, à ma grande surprise, l’avenue que nous étions sur le point de prendre était fermée pour cause de rénovation de la chaussée. Nous suivîmes les indications de déviation et nous dûmes suivre pendant un très long moment une rue très étroite, sur une file unique. Quand finalement nous réussîmes à quitter ce goulet d’étranglement, les signalisations n’étaient pas assez claires et nous prîmes la mauvaise direction, ce que je ne remarquais qu’après avoir roulé sur une assez longue distance ; Il nous fallut donc faire demi-tour et prendre une autre rue qui nous mena finalement là où nous voulions nous rendre. Je garai la voiture et nous entrâmes dans le bâtiment.

 

        Un long moment d’attente fut nécessaire avant que le personnel puisse s’occuper de nous, car il y avait deux personnes avant nous. Lorsque ce fut notre tour, ils nous dirent que le patient pouvait entrer mais qu’on ne lui dispenserait que des soins d’urgence car le spécialiste était parti pour une urgence médicale. Ils nous recommandèrent de nous rendre à l’endroit auquel j’avais pensé en premier lieu, car il était mieux équipé, disaient-ils, et possédait d’avantage de personnels spécialisés que celui-ci. Nous nous y rendîmes donc. Heureusement, l’état physique de mon invité autorisait ce contretemps.

 

        Nous atteignîmes cette clinique deux heures après avoir quitté mon domicile et nous dûmes prendre l’autoroute que j’avais voulu éviter tout d’abord, et sur laquelle le trafic était normalement fluide. Dans le pire des cas, si j’avais pris cette route, cela ne nous aurait pas pris plus de quarante-cinq minutes pour atteindre cette clinique, même au milieu d’une circulation ralentie.

 

Continuellement présent

 

        Le voyant intérieur est continuellement présent, voire même, ici, là où je me trouve. C’est moi-même. C’est nous-même : efficace, sûr, aussi sûr et efficace que ce que nous appelons l’intuition. Ce regard sans yeux, pour lequel il n’y a pas de temps et d’espace, est toujours là, dans le petit, l’ordinaire, ou le grand.

 

        Le cas mentionné précédemment est quelque chose de très ordinaire, aussi ordinaire que les objets que nous possédons et qui « nous font savoir » quand ils vont se perdre, de sorte que nous faisons attention à ce que nous faisons. N’est-ce pas souvent que nous savons d’avance que si nous n’attachons pas soigneusement notre montre, nous allons la perdre ?

 

        Malgré cela, notre intellect, motivé par la course dans laquelle nous nous trouvons perpétuellement, nous tapote sur l’épaule en nous soufflant: « Continue, pour le moment tout va bien ». Oui, tout va bien, mais nous avons perdu notre montre, mieux encore, nous savons précisément à quel moment et à quel endroit nous l’avons perdu.

 

        Heureusement, il ne s’agissait que de notre montre, car nous pouvons aussi perdre la vie si nous nous détournons du voyant intérieur.

 

        C’est au plus profond de nous-même, dans ce qui concerne notre être, que s’expriment la force du voyant intérieur et son extrême subtilité. Il ne crie pas, il ne nous secoue pas, il n’a la possibilité de se faire entendre que lorsque le dialogue intérieur s’interrompt un tant soit peu ; plus le silence se fait, plus grande est la sonorité de sa silencieuse voix. Don Juan disait que le voyant intérieur se fait entendre par une légère démangeaison dans certaines parties du corps. C’est indiscutablement vrai, mais par pour tout le monde ; Comme toujours, c’est une question de prédilections.

 

« Qu’est-ce que tu es en train de faire ? »

 

        L’état de bruit intérieur dans lequel nous nous trouvons ne permet qu’une manifestation extrêmement ténue du voyant intérieur, car cela requiert une bonne quantité de silence intérieur autant qu’un certain détachement vis-à-vis du monde, car ses suggestions, aussi attirantes qu’elles puissent nous paraître, ne s’accordent pas nécessairement avec les mandats et la logique de l’ordre social.

 

        Peut-être est-ce en usant de cette figure de style typique que l’ordre social définit les faires et les actions qui ne répondent pas rigoureusement à son code logique : « folie », « C’est de la folie », « Virginie est folle, sa décision est folle, comment peut-elle quitter son travail alors qu’elle gagne une fortune en étant si appréciée ».

 

        Mais c’est que Virginie n’a pu faire autrement que d’écouter son voyant intérieur, lequel, fatigué de tant de subtilité, a crié de sa voix la plus forte : « Qu’est-ce que tu es en train de faire ? Tu es en train de te tuer, tu vas mourir avant la fin de l’année, tu ne peux pas endurer une telle pression ! » Et l’ordre social a raison lorsqu’il qualifie les actions dont l’origine est le voyant intérieur comme « folles », car elles provoquent souvent des scandales en rompant avec les paramètres imposés de l’ordre social.

 

        Platon n’écrit-il pas dans son dialogue avec Fedro que la folie — en tant que délire et possession par quelque démon — est la source de bienfaits, tels que la poésie, et Erasme ne fait-il pas l’éloge de la folie ? Qu’est-ce que la folie pour le monde ordinaire, peut-être la forme suprême de sagesse du voyant intérieur.

 

        Hérodote, l’historien grecque, raconte, dans l’une de ses nombreuses histoires qui rendirent son travail d’historien si divertissant, comment le Roi de Lydie avait une femme magnifique, tellement magnifique qu’il ne pouvait s’empêcher de se vanter à son sujet auprès de son aide, Gygès. Il faisait sans fin l’éloge de sa beauté, et comme si cela ne suffisait pas, il dit un jour à son aide que, puisque les mots des hommes sont soufflés par le vent, il voulait qu’il la vie nue de ses propre yeux.

 

        L’aide, stupéfait, se sentit mal à l’aise. En aucune manière, il ne souhaitait voir la femme du Roi nue de ses propres yeux, et plus encore, son corps tout entier se rebellait contre cette idée, et il en fit part au Roi. Mais le Roi insiste et lui dit qu’il n’a rien à craindre, car il passera complètement inaperçu. L’aide continue en faisant montre du même sentiment de rejet, mais néanmoins écoute le Roi lorsque celui-ci lui explique comment il devra procéder pour voir la Reine nue sans être remarqué. Il devra se placer derrière un rideau, près duquel se trouve une chaise que la Reine utilise pour déposer ses vêtements, au moment de se déshabiller pour aller au lit avec le Roi. De cet endroit, il aura une chance de la voir et il devra ensuite se retirer furtivement.

 

        Gygès ne souhaite en aucune manière mettre en oeuvre ce que le Roi propose, mais incapable de lui désobéir, il se cache finalement derrière le rideau. La Reine s’approche de la chaise, mais tandis qu’elle commence à se déshabiller, elle aperçoit l’aide qui regarde à la dérobée. Elle ne semble pas surprise, et n’émet pas un son, ne prononce même une parole à l’attention du Roi. Le jour suivant, elle fait venir l’aide dans ses quartiers, ne laissant rien supposer d’autre qu’une démarche de routine, et quand Gygès se présente, elle lui dit qu’il a commis une faute scandaleuse, car personne, fut-ce un homme ou une femme, ne devait être vue nue contre sa volonté — conformément aux lois en vigueur dans le royaume— et elle ajouta, qu’ayant obéi aveuglément aux souhaits du Roi, il se trouvait maintenant confronté au choix suivant : il devait tuer le Roi et l’épouser ou bien se tuer lui-même.

 

        De toute évidence, l’aide opta pour la première alternative. Nous ne savons pas ce que connaissait Hérodote à propos du voyant intérieur, certainement en avait-il fait l’expérience, car il semblerait que ce voyant — disposition humaine naturelle — se soit réduit de plus en plus avec ce que l’on appelle le progrès de l’espèce humaine.

 

        Il est intéressant de constater que Hérodote fait référence à l’obéissance aveugle de Gygès. Aveugle, car l’aide ne voit pas les conséquences que ses actions pourraient engendrer sur lui-même, et qu’il n’écoute pas non plus son propre sentiment de dégoût pour ce qu’il s’apprête à faire, sentiment qu’il l’aurait probablement conduit à trouver un moyen de sortir de cette situation. La peur de désobéir au Roi prévalut en lui, peur de quelques idées ou hantises d’être puni, et ainsi il obéit aveuglément, réduisant son voyant intérieur au néant.

 

Rosa Coll

 



Publié à 03:05 le 12 avril 2007 dans Notes de Sorcellerie
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